Saint Eustathe d'Antioche
Patriarche d'Antioche, Écrivain ecclésiastique
Résumé
Patriarche d'Antioche au IVe siècle, Eustathe fut un défenseur acharné de la foi catholique contre l'arianisme au concile de Nicée. Victime d'une machination calomnieuse orchestrée par les Ariens, il fut déposé et exilé par l'empereur Constantin. Il mourut en exil à Philippes, laissant derrière lui une réputation de grande sainteté et d'érudition.
Biographie
SAINT EUSTATHE, PATRIARCHE D'ANTIOCHE,
ÉCRIVAIN ECCLÉSIASTIQUE
Virtus pro fide, pro justitia, nec exilium metuit.
Le chrétien courageux, quand il s'agit de la foi ou de la justice, ne craint pas même l'exil.
Lact. Firm., in Epitome.
Saint Eustathe eut pour patrie la ville de Sidé, en Pamphylie. Nous apprenons de saint Athanase, qu'il confessa généreusement la foi devant les persécuteurs, sans qu'on puisse toutefois déterminer si ce fut sous Dioclétien ou sous Licinius. Il était recommandable par son savoir et par son éloquence ; mais il l'était beaucoup plus par son éminente sainteté et par son zèle ardent à maintenir la pureté de la doctrine catholique. C'est pourquoi un écrivain célèbre, le comte de Stolberg, l'appelle « une des principales colonnes de l'Église ». Ayant été placé sur le siège de la petite ville de Bérée, en Syrie, il s'acquit bientôt une grande considération dans l'Église, et il mérita de recevoir, en 323, une lettre particulière de saint Alexandre d'Alexandrie, au sujet d'Arius et de ses dogmes impies.
Antioche perdit la même année saint Philogone, son évêque, prélat illustre par le titre de confesseur qu'il avait mérité dans la persécution de Licinius. On lui donna pour successeur un nommé Paulin, qui était peu propre à remplir les devoirs de cette place. Heureusement son épiscopat ne fut pas de longue durée ; les ronces et les épines qu'il avait laissé croître dans le champ de son Église demandaient une main habile qui sût les arracher du milieu du bon grain.
Personne ne paraissant plus capable qu'Eustathe de remédier aux maux qui s'étaient introduits, on le choisit, en 324, pour remplir le siège d'Antioche, qui était alors le troisième du monde chrétien. Il s'opposa fortement à sa translation ; mais il fut enfin obligé d'y acquiescer. Sa résistance venait de ce que ces sortes de translations sont défendues par les canons de l'Église, à moins qu'il n'en résulte de grands avantages pour la gloire de Dieu et pour l'utilité du prochain. On a voulu par là fermer la porte du sanctuaire à l'ambition et à l'avarice, et attacher les évêques à un diocèse qu'ils doivent gouverner toute leur vie. Eustathe, plein de zèle pour l'Église, travailla fortement, dans le concile de Nicée, à faire maintenir la discipline ecclésiastique sur l'article dont nous parlons, et il eut beaucoup de part aux règlements que l'on dressa pour empêcher que les évêques ne passassent d'un siège à un autre ; il se distingua aussi dans une assemblée par son zèle contre l'arianisme.
SAINT EUSTATHE, PATRIARCHE D'ANTIOCHE.
De retour à Antioche, il y tint un concile pour rétablir la paix dans son Église, qui était déchirée par diverses factions. À cette assemblée se trouvèrent saint Jacques de Nisibe, saint Paul de Néocésarée et plusieurs autres évêques, au nombre de vingt-cinq, des provinces de l'Orient soumises au patriarcat d'Antioche. Saint Eustathe se montra fort sévère dans l'examen de ceux qu'il recevait parmi le clergé. Il rejetait toutes les personnes dont la foi ou les mœurs étaient suspectes. Plusieurs de ceux qu'il avait refusés embrassèrent depuis l'arianisme, ce qui justifia la conduite qu'il avait tenue à leur égard. Il n'oublia jamais, au milieu des fonctions du ministère, qu'il devait principalement s'appliquer à sa propre sanctification; car, après avoir orné son âme de toutes sortes de vertus, il était plus en état de répandre sur les autres de sa plénitude. Il envoya aussi dans les diocèses de la juridiction de son patriarcat, des hommes capables d'instruire et d'encourager les fidèles. Eusèbe, archevêque de Césarée, en Palestine, dont l'Église était jusqu'à un certain point soumise à celle d'Antioche, ayant favorisé l'hérésie d'Arius, Eustathe en conçut une vive douleur, et son zèle en fut extrêmement alarmé ; ce zèle fut la cause de l'orage violent qui se forma contre lui.
Le saint patriarche d'Antioche attaqua vigoureusement Eusèbe de Césarée, et l'accusa de porter atteinte à la doctrine de Nicée. Sur cette accusation, Eusèbe de Nicomédie, arien déclaré, résolut, avec plusieurs de ses amis, de perdre Eustathe à quelque prix que ce fût. Il feignit d'avoir envie de voir Jérusalem, où l'on avait fait de nouveaux embellissements; il se rendit donc dans cette ville, accompagné de Théognis, de Nicée, son confident. Il y trouva Eusèbe de Césarée, Patrophile de Scythopolis, Aëtius de Lydde, Théodote de Laodicée, et plusieurs autres évêques qui étaient, comme lui, partisans de la doctrine d'Arius; et ils s'en allèrent tous ensemble à Antioche, où ils s'assemblèrent comme en concile pour exécuter leur dessein. Une prostituée qu'ils avaient subornée se chargea du soin de servir leur aveugle passion; elle vint à l'assemblée, tenant dans ses bras un enfant dont elle assura qu'Eustathe était le père. Le Saint protesta qu'il était innocent du crime dont on l'accusait, et représenta que l'Apôtre défendait de condamner un prêtre, à moins qu'il n'ait été convaincu par la déposition de deux ou trois témoins. La calomnie fut enfin découverte. La prostituée, étant tombée dans une longue maladie dont elle mourut, rentra en elle-même et prit la résolution de se rétracter. Elle fit venir plusieurs clercs, et déclara en leur présence que le patriarche était innocent; elle ajouta que les Ariens l'avaient engagée par argent à intenter l'accusation dont il s'agissait; que, toutefois, le serment qu'elle avait fait n'était point un parjure, qu'effectivement l'enfant était fils d'un nommé Eustathe, ouvrier en cuivre, de la même ville. Cette excuse, quoique frivole, n'empêchait pas la vérité de paraître dans tout son jour.
Les Ariens accusèrent encore Eustathe de sabellianisme. C'était une calomnie qu'ils employaient contre tous ceux qui professaient la doctrine orthodoxe. Le patriarche et les évêques catholiques, qui étaient présents, crièrent inutilement à l'injustice; on ne voulut point les écouter, et l'on prononça une sentence de déposition contre le Saint; après quoi, Eusèbe de Nicomédie et Théognis se hâtèrent d'informer l'empereur Constantin de ce qui venait de se passer. Les évêques ariens invitèrent Eusèbe de Césarée à passer de son siège à celui d'Antioche; mais il refusa de le faire, alléguant qu'une pareille translation était contraire à la discipline de l'Église. L'empereur fit l'éloge de sa modestie dans une lettre que nous avons encore et qu'Eusèbe a lui-même insérée dans la vie de Constantin. On aurait été plus édifié de la modestie de l'évêque de Césarée, s'il eût laissé aux autres le soin de rapporter cette circonstance.
46 JUILLET.
La nouvelle de la déposition de saint Eustathe ne se fut pas plus tôt répandue, qu'il s'éleva une sédition à Antioche. Il n'en fallut pas davantage pour achever de persuader à Constantin qu'il était coupable des crimes qu'on lui imputait; il lui envoya donc un ordre de se rendre à Constantinople, d'où il devait le faire partir pour le lieu de son exil. Le saint pasteur, avant de quitter Antioche, assembla les fidèles et les exhorta fortement à rester inébranlables dans la doctrine de l'Église. Ses exhortations produisirent leur effet, en préservant un grand nombre de ses diocésains du malheur de tomber dans l'hérésie. Nous apprenons de saint Jérôme et de saint Chrysostome, qu'il fut banni dans la Thrace avec plusieurs autres, tant prêtres que diacres. Théodoret assure qu'on l'exila de la Thrace dans l'Illyrie. C'était vers l'an 331.
Saint Eustathe mourut à Philippes, en Macédoine, vers l'an 338. On lit dans Théodore, lecteur, que son corps fut reporté à Antioche, vers l'an 482, par Calandion, patriarche de cette ville.
Saint Jérôme appelle saint Eustathe une trompette retentissante, et dit qu'il fut le premier qui prit la plume pour combattre les Ariens; il admire en lui une vaste étendue de connaissances, et assure qu'il était parfaitement versé dans les lettres sacrées et profanes. Saint Chrysostome lui donne les mêmes louanges dans le panégyrique qu'il a composé en son honneur. Selon Sozomène, il était universellement admiré pour la sainteté de sa vie et pour l'éloquence de ses discours. Saint Fulgence le compte parmi les plus grands évêques de l'Église, tels que les Athanase et les Hilaire. Saint Anastase le Sinaïte lui donne le titre de divin et dit qu'il le regarde comme un pasteur consommé dans les voies de Dieu, comme un sage prédicateur, un saint martyr, un maître qu'il veut suivre avec respect, comme son père et son protecteur, comme un homme en qui Dieu parle.
## ÉCRITS DE SAINT EUSTATHE.
Les ouvrages que saint Eustathe avait composés contre les Ariens, et qui étaient fort célèbres dans le ve siècle, ne sont point parvenus jusqu'à nous. Il nous reste de lui un *Traité sur la Pythonisse ou magicienne d'Endor*, que Léon Allatius a publié avec une savante dissertation, et qui a été réimprimé dans le huitième tome des *Critici sacri*. L'auteur veut y prouver, contre Origène, que la magicienne n'évoqua point et ne put évoquer l'âme de Samuel, mais qu'elle fit seulement paraître un spectre représentant le Prophète, dans le dessein de tromper Saïd. Il y enseigna expressément que, sous la loi mosaïque, les âmes des justes reposaient dans le sein d'Abraham, qu'aucune ne pouvait entrer dans le ciel avant que Jésus-Christ n'en eût ouvert les portes; mais que les chrétiens, en cela plus heureux que les Patriarches et les Prophètes, ont l'avantage d'être unis au Sauveur dans la gloire immédiatement après leur mort, s'ils ont mené une vie sainte. Ce traité est bien écrit, et il justifie les louanges que les anciens ont données au saint patriarche d'Antioche. Sozomène dit, en parlant des ouvrages de saint Eustathe, qu'on les admire pour la pureté du style, la sublimité des pensées, la beauté de l'expression; mais rien n'a plus contribué à sa gloire que cette patience héroïque avec laquelle il supporta les horreurs de la calomnie, son injuste déposition, la disgrâce de son prince, qu'il n'avait point méritée, et l'exil qui en fut la suite.
Nous avons encore divers fragments du livre que saint Eustathe avait composé sur l'*Âme*; de son discours sur ces paroles des *Proverbes*: *Le Seigneur m'a créé dès le commencement de ses voies*; de ses explications sur les Psaumes xv et xciv; de son écrit sur les Inscriptions et les Titres des Psaumes.*
SAINT EUSTATHE, PATRIARCHE D'ANTIOCHE. 357
[ANNEXE: NOTICE SUR LA VIE ET LES ÉCRITS D'EUSÈBE DE CÉSARÉE.]
Eusèbe fut élevé à Césarée, et y fit ses études avec saint Pamphile. L'amitié qu'il avait pour ce saint était si tendre que dans la suite il en ajouta le nom au sien. Il fut emprisonné pour la foi vers l'an 309. Pamphile, qui était déjà dans la même prison depuis la fin de l'an 307, termina sa vie par le martyre ; mais Eusèbe fut mis en liberté sans avoir souffert comme les autres confesseurs. Saint Potamou lui reprocha en plein concile cette exception faite en sa faveur. S'il connut alors quelque faute, elle demeura secrète, puisqu'il fut élevé sur le siège de Césarée en 314. Six ans après, Arius se retira en Palestine, où la sentence de déposition du sacerdoce prononcée contre lui en 319 par saint Alexandre, patriarche d'Alexandrie, l'avait déterminé à chercher un asile. Cet hérésiarque vint à bout d'en imposer à plusieurs évêques. Eusèbe fut du nombre. Il occupa le siège de Césarée jusqu'à l'an 339, époque à laquelle il mourut. On lui a reproché avec raison d'avoir toujours eu des liaisons étroites avec les sectateurs d'Arius. Henri de Valois a essayé de justifier sa foi dans les protogomènes qu'il a mis à la tête de la traduction latine de son *Histoire ecclésiastique*, et il a prétendu qu'on ne devait point lui attribuer les erreurs des Ariens, quoique souvent il n'employât pas le mot *consubstantiel* ; du moins est-il certain qu'il s'en laisse imposer par Arius, au point de croire que cet hérésiarque admettait l'éternité du Verbe. On trouve d'ailleurs dans ses écrits plusieurs passages qui prouvent la divinité et même, quant au sens, la consubstantialité du Fils. Ceillier et quelques autres auteurs ont aussi parlé d'Eusèbe à cet égard d'une manière favorable, ou au moins d'une manière qui lui est peu désavantageuse, et ils sont portés à croire qu'il n'a jamais adhéré à l'erreur capitale d'Arius. Il nous paraît cependant qu'il est bien difficile de justifier entièrement l'évêque de Césarée sur ce point. Ce qu'on peut dire de plus avantageux pour lui, c'est qu'il n'a point soutenu formellement l'arianisme, et qu'il a voulu tenir une espèce de milieu entre l'hérésie et la doctrine appuyée sur la tradition de l'Église. (Voir Baronius, sous l'an 380 ; Witasse, le Père Alexandre, et le traité in-folio composé contre l'arianisme par Dom Maran, savant bénédictin de la Congrégation de Saint-Maur.) Photius, dans un certain ouvrage que le Père de Montfaucon a donné, *Bibl. Coislin.*, p. 348, accuse ouvertement Eusèbe d'arianisme et d'origénisme.
Mais, quoique la foi d'Eusèbe doive passer au moins pour suspecte, et que sa conduite ait été répréhensible à bien des égards, il n'en faut pas moins accorder à ses talents les éloges qu'ils méritent. L'Église a tiré une grande utilité de ses écrits, de ceux surtout qu'il composa en faveur de la religion chrétienne avant la naissance de l'arianisme. Nous allons en donner une notice.
1° Le Livre contre Hiérocées. Cet Hiérocées était un magistrat de Nicomédie, qui persécuta les chrétiens sous l'empereur Dioclétien. Sa cruauté lui fit donner pour récompense le gouvernement de l'Égypte. Il se flatta d'anéantir le christianisme, en comparant les miracles de Jésus-Christ avec ceux d'Apollonius de Tyane, et en avançant que les seconds étaient de beaucoup supérieurs aux premiers. Il fit un ouvrage où il tâchait d'établir la vérité du parallèle. Ce fut contre cet ouvrage qu'Eusèbe écrivit celui dont nous parlons. Après avoir fait sentir l'indécence du parallèle, il prouve en détail qu'il n'est appuyé que sur un roman rempli de spécités, de contradictions et de faussetés. Il montre que Philostrate, auteur de la vie d'Apollonius, ne composa sa prétendue histoire que cent ans après la mort de cet imposteur, pendant qu'il enseignait la rhétorique à Rome ; que les mémoires dont il s'était servi ne méritaient aucune créance ; qu'il suffisait de les lire pour s'en convaincre. Eusèbe écrivit son livre contre Hiérocées avant son épiscopat. Cet ouvrage a été imprimé à la suite de sa démonstration évangélique de l'édition de 1688.
Vers le temps où il fut placé sur le siège de Césarée, il entreprit deux autres ouvrages, dont le projet ne fait pas moins d'honneur à la beauté de son génie que l'exécution n'en a fait à l'étendue de ses connaissances.
2° Le premier, intitulé *de la Préparation évangélique*, est divisé en quinze livres. Eusèbe y fait paraître une érudition très-vaste et y réfute solidement l'idolâtrie. Il y montre que les Grecs ont emprunté leurs sciences et la plupart de leurs dieux, des Égyptiens, dont l'histoire, dans ce qu'elle a de vrai, s'accorde avec celle de Moïse. Il fait voir ensuite que la théologie des païens est un tissu de fictions monstrueuses, impies, extravagantes, que les personnes éclairées d'entre eux condamnent ; que leurs oracles ne sont que des réponses des démons, ou un enchaînement d'impostures ; qu'ils ne sont jamais parvenus à une connaissance infaillible des événements contingents ; qu'ils ont même été réduits au silence par un pouvoir à la supériorité duquel ils ont été forcés de rendre hommage. Viennent après cela les preuves de l'unité de Dieu et d'une religion révélée qui est aussi ancienne que le monde.
3° Le second ouvrage a pour titre *de la Démonstration évangélique*, et est divisé en dix livres. Le premier de ces livres est sans commencement, et le dixième sans fin. Les six derniers sont perdus. Il y est prouvé que les livres des Juifs annoncent clairement Jésus-Christ et l'Évangile. L'antiquité ne nous a rien transmis de plus précieux que cet ouvrage et le précédent en faveur du christianisme. Scaliger dit, en parlant du premier, que c'est un livre divin, et qu'il a fallu, pour le composer, ouvrir tous les écrits des anciens auteurs.
16 JUILLET.
La meilleure édition que nous ayons de la Préparation évangélique, est celle du Père Vigier, jésuite, en grec et en latin, avec des notes. Elle parut à Paris, en 1628, 2 vol. in-folio. Les exemplaires en sont devenus rares. Elle fut réimprimée à Leipsick (quoique le titre porte Cologne) en 1688, aussi in-folio.
Entre les différentes éditions de la Démonstration évangélique, on estime surtout celle qui fut donnée, en grec et en latin, à Paris, en 1628, in-folio. Elle reparut à Cologne, ou plutôt à Leipsick, en 1688. La version latine est de Bernardin Bonat de Vérone.
Albert Fabricius a tiré les trois premiers chapitres du livre premier, ainsi que la fin du dixième livre de la Démonstration évangélique, d'un Ms. authentique de la bibliothèque de Jean-Nicolas Maurocordati, prince de Valachie, et les a publiés en grec et en latin, au commencement de la bibliothèque des auteurs qui ont écrit pour et contre la vérité de la religion chrétienne. Hambourg, 1725, in-4°.
4° Les deux livres contre Marcel d'Ancyre, et les trois livres de la Théologie ecclésiastique, sont une réfutation du sabellianisme. Ils ont été imprimés à la suite de la Démonstration ecclésiastique dans l'édition de 1688.
5° La Topographie, ou Explication alphabétique des lieux dont il est parlé dans l'Ancien Testament. C'est un ouvrage exact et utile. Saint Jérôme l'a traduit en latin et y a fait des additions.
6° Un bon Commentaire sur les Psaumes, que le Père de Montfaucon a publié dans sa *Collectio nova Scriptor. Græcor.* Paris, 1706.
7° Quatorze discours sous le titre d'Opuscules, qui ont été donnés au public par le Père Sirmond, *Oper.*, t. I. On ne les conteste point à Eusèbe, quoique les anciens n'en aient point parlé. Tillement dit cependant qu'il y en a quelques-uns qui paraissent n'être point de lui.
8° Le Discours sur la dédicace de l'église de Tyr, qui fut réédifiée en 315, après la persécution. On y trouve un détail curieux des cérémonies qui s'observèrent alors, et une description de la structure de cette église.
9° La Lettre à ceux de Césarée, écrite après la conclusion du concile de Nicée. Eusèbe y exhorte son troupeau à recevoir les définitions et le symbole de ce concile.
10° Le Panégyrique de Constantin, prononcé à Constantinople en présence de ce prince, qui célébrait alors la troisième année de son règne par des jeux publics. Constantin y est loué surtout à cause de la destruction de l'idolâtrie. Le style de cet ouvrage est trop recherché, et la lecture en est ennuyeuse.
11° La Vie de Constantin, divisée en quatre livres. Elle fut écrite en 338, un an après la mort de cet empereur. Le style en est diffus, et d'autant plus désagréable qu'il est moins naturel. Photius reproche à Eusèbe d'avoir dissimulé ou supprimé dans cet ouvrage les principaux faits qui concernent Arius, et la condamnation de cet hérésiarque dans le concile de Nicée.
12° La Chronique, qui a dû coûter un travail immense, est divisée en deux parties. La première, appelée Chronologie, présente la succession des rois et souverains des principaux peuples depuis le commencement du monde. La seconde, intitulée Chronique ou Règles des temps, peut être regardée comme une table de la première. On y voit d'un coup d'œil les chronologies particulières rapprochées les unes des autres et confrontées entre elles. Saint Jérôme traduisit cette seconde partie en latin et y fit des additions. La première était perdue avant le travail de Joseph Scaliger ; encore ne peut-on se fâcher de l'avoir recouvrée. Scaliger ne nous a donné que des fragments tirés de George le Syncelle, de Cédrénus et de la chronique d'Alexandrie, et il n'a pas toujours exactement distingué ce qui était d'Eusèbe d'avoir ce qui pouvait lui être attribué.
13° L'Histoire ecclésiastique, divisée en dix livres. C'est de tous les ouvrages d'Eusèbe celui qui lui a mérité le plus de célébrité. L'auteur commence son histoire à la naissance de Jésus-Christ, et la continue jusqu'à la défaite de Licinius, arrivée au mois de septembre de l'année 323. L'ayant ensuite revisée, il y ajouta quelques faits qui vont jusqu'à l'an 326. Le huitième livre contient un abrégé des actes qu'il avait recueillis sur les martyrs de la Palestine. Rufin a fait une bonne traduction latine de cette histoire, qu'il a réduite à neuf livres, auxquels il en ajoute deux autres qui vont jusqu'à la mort de Théodose.
Eusèbe s'est beaucoup servi du travail de Jules Africain, en rédigeant sa chronique; il a aussi beaucoup profité, en composant son histoire, de celle de saint Hégésippe, qui était conduite jusqu'en 170. On ne saurait assez estimer ce second ouvrage, quoiqu'il s'y soit glissé quelques fautes, qu'il y ait des omissions essentielles par rapport à l'arianisme, et que la vérité y soit quelquefois altérée sur les affaires de l'Église d'Occident, dont l'auteur n'était pas bien instruit.
Christopherson, évêque de Chichester, a donné une élégante traduction latine de l'histoire ecclésiastique d'Eusèbe, où il a changé l'ordre et la division des chapitres. Celle de Henri de Valois est plus exacte. La traduction de ce savant a été imprimée avec le texte original, à Paris, 3 vol. in-folio, 1659-1673, et à Canterbury, 1720, 3 vol. in-folio. En 1570, on a donné à Bâle, chez Eusèbe Episcopius, une édition complète des histoires ecclésiastiques d'Eusèbe, de Rufin, de Socrate, de Théodoret, de Sozomène, de Théodore, d'Evagrins et de Dorothée. Elle est due aux soins de Jean-Jacques Grynaus, professeur à Bâle et à Heidelberg, ce que Mencke et Jocher ont oublié de marquer dans leur dictionnaire des savants.
Le président Cousin a donné une bonne traduction française de ces histoires ecclésiastiques ; Paris, 1675, 4 vol. in-4° ; réimprimée en Hollande en 1686, 5 tomes en 6 vol. in-12.
Eusèbe est un des plus doctes prélats de l'antiquité. Il avait une étendue prodigieuse de connaissances ; mais il ne s'est point appliqué à la politesse du style, défaut assez ordinaire aux érudits.
Godescard et Dom Ceillier.
Événements marquants
- Confession de la foi devant les persécuteurs
- Évêque de Bérée en Syrie (323)
- Élection au siège d'Antioche (324)
- Participation au concile de Nicée (325)
- Lutte contre l'arianisme
- Déposition injuste suite à une calomnie (331)
- Exil en Thrace puis en Illyrie
- Mort en exil à Philippes en Macédoine
Citations
Virtus pro fide, pro justitia, nec exilium metuit.