Saint Ferjus (Ferréol)
Évêque de Grenoble et Martyr
Résumé
Évêque de Grenoble au VIIIe siècle, saint Ferjus se consacra à l'instruction de son peuple face à l'hérésie. Alors qu'il prêchait sur une colline dominant l'Isère, il fut assommé par un opposant puis jeté vivant dans un four à pain. Ses cendres et ossements furent recueillis par les fidèles et déposés à La Tronche.
Biographie
SAINT FERJUS OU FERRÉOL,
ÉVÊQUE DE GRENOBLE ET MARTYR
Saint Ferjus, évêque de Grenoble, au VIIIe siècle, brillait par toutes les qualités qui font les grands évêques : la sainteté de la vie, la science, la sollicitude pastorale et le zèle pour la pureté de la foi. Son peuple était alors enveloppé dans les ténèbres de l'infidélité et de l'hérésie, et vivait dans de grands désordres. Aussi saint Ferjus travaillait-il avec ardeur et sans relâche, par ses instructions et par ses exemples, à ramener ses ouailles à la connaissance de la religion, à la règle de la foi, à la pratique de la piété.
Au-dessus de Grenoble, sur la rive droite de l'Isère, s'élève une haute colline qui s'appelait alors le mont Esson, et sur les flancs de laquelle s'étalait un petit et charmant plateau. C'est probablement l'emplacement occupé aujourd'hui par le fort de Rabot. Le pieux évêque, trouvant ce lieu propre au ministère de la prédication, y avait fait dresser une chaire de bois, et venait souvent y prêcher la parole de Dieu, expliquer les saintes Écritures et les mystères de la foi qui y sont cachés. On peut juger par là combien il avait soif de la gloire de Dieu et du salut des âmes. On peut aussi supposer que saint Ferjus avait été exilé ou expulsé de sa ville épiscopale. Du moins, quelques-uns disent que ce fut à l'instigation ou par les ordres du cruel Ébroin, maire du palais royal, qu'il fut mis à mort, comme nous allons le raconter.
Un jour qu'une grande foule d'hommes et de femmes s'était réunie pour l'entendre, l'homme de Dieu, pénétré de l'esprit du divin Maître qui, voyant la multitude, gravit la montagne pour l'instruire, monta dans sa chaire comme d'habitude. Il y parla longtemps de la divinité et de l'humanité de Jésus-Christ, surtout de sa coexistence éternelle avec le Père et le Saint-Esprit, de sa naissance éternelle dans le sein du Père, et de sa naissance dans le temps d'une mère toujours vierge. Personne, ajouta-t-il, sans l'aide de la grâce de Jésus-Christ, ne peut avoir accès auprès de la miséricorde de Dieu ; personne non plus ne doit désespérer de son pardon, s'il croit de tout son cœur et de toute l'affection de son âme en celui qui a dit : « C'est moi qui suis la porte ; si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé et il trouvera des pâturages » ; et qui a dit dans un autre endroit : « Personne ne vient au Père sinon par moi ».
Telles étaient les paroles de foi et de charité que saint Ferjus faisait entendre avec cette chaleur qui anime un pasteur pieux, vigilant et tout dévoué au salut de son peuple, lorsqu'un des assistants, transporté de fureur et poussé par cette haine du démon qui a jeté la mort dans le monde, après s'être armé d'une branche de saule dans un bois voisin des eaux, en frappa d'une main sacrilège sa tête vénérable et le renversa sans connaissance. Cet attentat n'assouvit point la rage d'hommes forcenés ; d'autres complices d'une conjuration parricide accourent, ils enlèvent violemment le saint pontife et le jettent dans un four voisin qu'on chauffait par hasard pour y
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cuire du pain. Ils ne se retirèrent qu'après la consommation de leur crime impie. Les chairs du saint évêque furent promptement réduites en cendres et ses os carbonisés ; mais son âme, décorée de la palme du martyre, s'envola aux cieux. Ces cendres et ces ossements furent recueillis par de pieux fidèles qui, ne voulant point les exposer à de nouvelles profanations, ne les apportèrent point dans la ville, mais descendant de la montagne du côté de l'orient et remontant le cours de l'Isère l'espace d'environ deux milles pas, ils allèrent les ensevelir dans une tombe de pierre, à l'endroit même où l'on construisit ensuite en son honneur l'église de la paroisse de Saint-Ferjus, qu'on appelle maintenant La Tronche, et où il n'y avait plus, depuis quelques années, que le cimetière communal. À l'époque récente du déplacement de l'église, le conseil municipal de La Tronche s'était engagé à rebâtir une chapelle commémorative sur le tombeau du saint patron de la paroisse.
« Cet engagement a été facilement rempli, en l'année 1867, grâce aux libéralités contenues dans le testament de M. Jarquier, avocat, au profit de la commune et de la fabrique de l'église de La Tronche. La principale condition de son legs en faveur de la fabrique, était qu'une somme de 10 000 fr. au moins serait prélevée pour élever un monument à saint Ferjus. Le conseil de fabrique s'est empressé d'exécuter les pieuses intentions de ce généreux bienfaiteur ; et le voyageur qui suit les bords de l'Isère au-dessus de Grenoble, peut voir maintenant, au milieu du cimetière de La Tronche, la chapelle de saint Ferjus, d'un style roman, grave et d'un bon goût, surmontée de la statue du saint évêque, martyr. La fabrique a consacré à cette œuvre près de 12 000 fr. M. Jarquier, qui a ainsi acquitté la dette de la commune, était un homme aussi savant que désintéressé. L'histoire et le culte du saint patron de sa paroisse ont été de sa part l'objet de patientes recherches et de soins assidus. Il nous a laissé sur ce sujet un mémoire manuscrit rempli d'érudition et que nous avons mis à profit, avec les légendes des anciens bréviaires de Grenoble, pour la rédaction de cette notice ».
Le catalogue des évêques de Grenoble, que saint Hugues a dressé au commencement du XIIe siècle, constate le culte dont saint Ferjus était honoré dans son diocèse, par l'épithète exceptionnelle dont son nom s'y trouve précédé : Sanctus Fergeolus ; et l'ancien bréviaire de Grenoble, de 1513, ajoute à la légende que nous venons de traduire, que Dieu opéra pendant longtemps un grand nombre de miracles sur le tombeau de son serviteur, et qu'il s'y en opérerait encore si, par la négligence des habitants, son église n'eût été délaissée et ses ossements enlevés. Ces restes précieux étaient à cette époque dans l'église de Varacieu, aussi du diocèse de Grenoble, sans qu'on puisse dire avec certitude ce qu'ils sont devenus plus tard.
La fête de notre Saint est indiquée par le Père Giry, au 12 janvier, dans les additions du Martyrologe de France. — Notice fournie par M. Auvergne, chanoine, secrétaire de l'évêché de Grenoble.
Événements marquants
- Épiscopat à Grenoble marqué par la lutte contre l'hérésie
- Exil ou expulsion possible de sa ville épiscopale
- Prédication sur le mont Esson
- Agression par un assistant avec une branche de saule
- Supplice du four à pain
Miracles
- Nombreux miracles opérés sur son tombeau selon le bréviaire de 1513
Citations
C'est moi qui suis la porte ; si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé et il trouvera des pâturages