Saint Fritz de Bassoues

Martyr

Fête : 16 janvier 8ᵉ siècle • saint

Résumé

Prince frison converti, saint Fritz combattit les Sarrasins en Aquitaine sous les ordres de Charles-Martel. Il mourut martyr près de Bassoues au VIIIe siècle après avoir été blessé par une flèche. Son corps fut retrouvé miraculeusement grâce à une vache et son tombeau devint un lieu de pèlerinage célèbre pour ses guérisons.

Biographie

XVIe JOUR DE JANVIER

SAINT FRITZ, MARTYR À BASSOUES

VIIIe siècle.

Bassoues, comme l'indique l'étymologie basque, fut d'abord un lieu couvert d'immenses forêts. Les Druides le trouvèrent convenable pour la célébration de leurs rites, et ils en firent un de leurs principaux sanctuaires.

Le culte druidique jeta de profondes racines dans les diverses contrées de la France, et bien des gens encore ajoutent foi aux superstitions que cette religion nous a léguées.

Les Romains, pour s'assurer la conquête de la Gaule, cherchèrent à ruiner le crédit des Druides, en introduisant les dieux de Rome dans notre patrie. Là où se célébraient naguère les mystères sacrés en l'honneur du dieu Teutatès, on vit s'élever des temples et des idoles. Ainsi dans les forêts de Bassoues, qui avaient servi d'asile aux prêtres d'Esus, furent érigés des autels en l'honneur du dieu Mars, et c'est de là que ces bois ont reçu le nom de Marsoulès.

La ville de Bassoues perdit en grande partie son importance, dès qu'elle ne posséda plus le sanctuaire druidique ; et ses annales n'offrent rien qui mérite d'être signalé, jusqu'à ce que Dieu, voulant la récompenser du sacrifice qu'elle lui avait fait en abandonnant ses superstitions pour suivre la loi de l'Évangile, lui eût rendu un sanctuaire bien autrement célèbre que celui des Druides, et qui devait être d'autant plus cher aux ancêtres des habitants de Bassoues, qu'il fut élevé pour consacrer la gloire d'un héros : saint Fritz, qui, après avoir renoncé aux honneurs et aux délices d'une cour, était venu verser généreusement son sang pour défendre leur religion et leur liberté.

Aussi cet illustre Martyr a-t-il toujours été en grande vénération au midi de la Garonne ; il n'est pas permis d'en douter, si l'on consulte les anciens missels et l'usage de plusieurs églises du diocèse d'Auch. Il est

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fâcheux que nous n'ayons pas des mémoires anciens et sûrs qui nous racontent la vie d'un Saint qui a jeté tant d'éclat, et dont le culte a survécu à toutes les révolutions. « On conservait », dit l'abbé d'Aignan, auteur d'une histoire inédite de la Gascogne, « un manuscrit très-précieux, où on lisait la vie de saint Fritz et l'histoire des guerres qui, à cette époque, avaient lieu dans ce pays ; ce manuscrit s'est perdu au commencement du siècle dernier ». D'après une croyance généralement adoptée, saint Fritz était fils de Radbod, prince frison, intrépide, mais opiniâtrement attaché au polythéisme.

Tous les ennemis du christianisme le considéraient comme le plus ferme défenseur des idoles. Pépin d'Héristal, voyant l'attitude menaçante et les dispositions hostiles de Radbod, leva une armée formidable et marcha contre lui. Les Francs remportèrent la victoire, et n'accordèrent la paix aux Frisons qu'à la condition de faire cesser toute persécution contre le christianisme.

À la faveur de ce traité, saint Villebrod, accompagné de douze clercs saxons, débarqua dans la Frise, vers l'an 690, pour y prêcher la religion de Jésus-Christ. Le zèle des missionnaires ne s'arrêta pas devant les embarras suscités par la haine de Radbod ; et grâce à la protection de la fille de Pépin, que le prince frison avait obtenue pour épouse, l'Évangile fit de rapides progrès. Radbod fut obligé de laisser pénétrer la nouvelle doctrine jusque dans le palais ; sa pieuse épouse se fit un devoir d'élever son fils dans la religion de ses pères ; elle sut lui inspirer le goût de la vertu et préserver sa jeunesse de la contagion d'une cour licencieuse.

Mécontent de l'obstination de son père dans le paganisme, le jeune prince se retira sur les terres des Francs pour porter les armes sous Charles-Martel, dans la guerre qu'il allait faire aux Sarrasins. Chargé par son oncle de commander un corps d'armée dans l'Aquitaine, et sachant les Barbares campés dans une plaine, derrière la ville de Lupiac, il se porta au-devant des ennemis et alla leur présenter la bataille. Notre jeune héros fit des prodiges de valeur ; rien ne résistait à son courage, et déjà la victoire paraissait lui être assurée, lorsque le général infidèle accourut avec un secours extraordinaire ; cet incident arrêta ses troupes effrayées et mit le désordre dans l'armée chrétienne. Fritz tâcha de rallier les soldats autour de sa bannière, dans le lieu qu'on appelle encore aujourd'hui le moulin de l'Eten-bard, parce qu'il y avait planté son drapeau. Le combat recommença avec acharnement et se prolongea jusqu'à la nuit.

La victoire était restée indécise. Mais on dit que le lendemain il se donna une seconde bataille, où saint Fritz fut tué. La tradition du pays a conservé jusqu'au genre de mort qui enleva ce héros chrétien : dans la chaleur du combat, un infidèle lui lança une flèche ; qui lui traversa les cuisses ; il perdait tout son sang, et comme on cherchait à le soustraire à la fureur des ennemis, il expira assez près du pont qu'on appelle encore aujourd'hui Pont du Chrétien, et on l'inhuma dans ce même lieu.

Notre Martyr demeura longtemps ignoré dans sa tombe ; mais Dieu, voulant glorifier le courageux défenseur de la religion, fit connaître miraculeusement le lieu qui renfermait ce précieux dépôt. Selon une tradition populaire, une vache allait tous les jours lécher une pierre cachée sous des broussailles ; elle vivait sans prendre d'autre nourriture, et était cependant plus grasse que le reste du troupeau. Des pasteurs observèrent ce prodige et le firent remarquer à un grand nombre de personnes qui en furent témoins. On creusa la terre et on trouva le corps du guerrier armé de toutes

SAINT FRITZ, MARTYR À BASSOUES.

pièces. À peine les reliques du Saint furent-elles enlevées, qu'aux yeux du peuple étonné on vit tout à coup une source miraculeuse jaillir de son tombeau, telle qu'on la voit encore aujourd'hui. On voulut transporter dans la ville, avec le corps, le tombeau que les soldats du jeune chef avaient construit à la hâte; mais plusieurs bœufs attelés ensemble furent impuissants à le traîner. Alors un des assistants donna l'idée de le faire porter par la vache qui l'avait découvert; aussitôt elle fut attelée au char qui portait le précieux dépôt, et seule, sans aucun autre secours, elle le traîna jusqu'au sommet de la colline; mais arrivée là, elle s'arrêta, sans qu'il fût possible de la faire passer outre. On pensa que le Saint ne voulait pas entrer dans la ville, et on le déposa sur ce coteau. Bientôt après on y construisit une magnifique église, et son corps fut enfermé dans un tombeau de marbre. On le voit encore derrière un autel, seul reste de cet édifice.

Les miracles qui s'opérèrent sur son tombeau, devinrent bientôt célèbres dans toute la contrée, et attirèrent un grand concours auprès de ses reliques. On l'invoquait avec succès contre l'épilepsie.

Les pèlerins qui se rendaient auprès du tombeau de saint Fritz, allaient aussi visiter la fontaine miraculeuse et emportaient de l'eau pour la distribuer à leurs amis malades qui n'avaient pu les suivre.

Dieu signala la vertu de cette eau par plusieurs miracles; aussi se serait-on bien gardé de s'en servir pour un usage profane; personne, du reste, n'ignorait qu'une femme d'Andreou, qui avait voulu employer l'eau de la fontaine pour faire du pain, l'avait vue se changer en sang.

Ainsi s'établit le culte de saint Fritz, et sa fête fut fixée au 16 janvier, jour de l'invention de son corps.

En 1020, Raymond, seigneur de Bassoues, fit donation au monastère de Pessan de l'église de Saint-Fritz, à condition qu'on y érigeât, pour la desservir, un couvent de Bénédictins.

En peu d'années, les moines défrichèrent une grande partie des bois dont se trouvait couvert le sol de Bassoues.

Peu de monastères furent sujets à autant de vexations de la part des seigneurs voisins, que celui de Bassoues. En 1270, on supprima la conventualité, et le monastère de Saint-Fritz fut uni, avec tous ses revenus, à la mense archiépiscopale, du consentement de l'abbé et des religieux de Pessan.

Les habitants de Bassoues vivaient depuis longtemps en paix, sous la sage administration de leurs archevêques, lorsque les hérétiques, faisant appel à toutes les passions coupables, se jetèrent sur cette contrée sous la conduite du farouche Montgummery. Ces hordes de barbares, qui ravageaient tout sur leur passage, massacrant les prêtres, brisant les images, brûlant les églises et les oratoires des saints, ne devaient pas épargner celui de Saint-Fritz; la confiance que les populations avaient en cet illustre Martyr, devait même exciter leur rage frénétique. Après l'avoir pillé, ces misérables le livrèrent aux flammes, qui le détruisirent en grande partie.

Lorsque l'ennemi eut disparu, ils s'empressèrent de se rendre à la chapelle de Saint-Fritz, persuadés qu'il ne restait plus rien de ce magnifique monument. Mais, quelle ne fut pas leur surprise, lorsqu'ils virent la chapelle où se trouvait le saint Martyr, entièrement conservée et le corps intact. Les flammes avaient respecté l'autel qui renfermait un aussi précieux dépôt. Ce fut vers la fin de 1569 que Bassoues perdit cette belle basilique.

L'archevêque, Léonard de Trappes, afin de remédier aux maux causés par la Réforme, résolut de parcourir tout son diocèse, accompagné de

VIES DES SAINTS. — Tome 1er

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quelques prêtres, et de prêcher lui-même à son peuple la saine doctrine. Il arriva à Bassoues en 1623. L'église de Saint-Fritz ne présentait plus alors que des ruines, et la crypte, que les flammes avaient respectée, ne renfermait plus que quelques reliques. Les habitants de Bassoues, craignant le retour des Huguenots, avaient divisé le corps du saint Martyr et l'avaient envoyé en dépôt dans les paroisses voisines pour le mettre en sûreté.

Léonard de Trappes, voulant sans doute que ces précieux dépôts fussent restitués plus tard à Bassoues, fit constater ce fait dans le procès-verbal, qui fut dressé à l'occasion de sa visite. Cette pièce précieuse a été conservée aux archives de l'archevêché, jusqu'en 1793 ; elle indiquait à quel titre les églises de Vic, de Peyrusse-Grande, etc., possédaient les reliques de saint Fritz.

Une note, trouvée par le curé de Bassoues dans les archives d'Auch, lui a fait découvrir le lieu où était déposée la tête du saint Martyr ; il s'empressa de la faire connaître à Mgr de Salinis. En conséquence, ce pieux prélat, heureux de contribuer à relever le culte d'un des principaux saints de son diocèse, rendit, le 29 mai 1857, une ordonnance par laquelle il prescrivait aux habitants de Peyrusse-Grande de rendre ce saint dépôt. M. l'abbé Darré, vicaire-général du diocèse, fut chargé de son exécution, et le premier du mois de juin, le chef de saint Fritz rentrait dans son antique chapelle, aux acclamations d'une foule immense accourue à sa rencontre.

Ce fut à la voix de Mgr de Trappes, que les habitants de Bassoues résolurent de rétablir la chapelle dédiée au saint Martyr. D'après ce qui en reste et le souvenir des vieillards, l'église de Saint-Fritz se composait de trois nefs. Une tour très-élevée couronnait le magnifique portail de l'entrée principale. Sur chaque portail, saint Fritz était représenté à cheval, portant la couronne sur la tête et le sceptre à la main.

La dévotion à notre saint Martyr survécut à toutes les guerres de religion. Dans l'ancien missel, il y avait une messe particulière de saint Fritz, et sa fête était célébrée avec pompe dans plusieurs localités. Un grand nombre d'églises lui étaient dédiées : ainsi, à Vic-Fezensac, le chapitre collégial se rendait en procession la veille de la fête à la chapelle du cimetière, qui possédait une relique considérable de notre Saint. Le concours du peuple y était prodigieux ; on chantait les premières vêpres, et le lendemain on chômait la fête jusqu'à midi, « par grande dévotion ». Mais le lieu qui semblait être proprement le théâtre de la gloire de saint Fritz, était Bassoues. Tous les jours de nombreux étrangers affluaient à son tombeau, attirés par les merveilleuses guérisons qui s'y opéraient.

À Bassoues, comme dans tout le reste de la France, la mort de Louis XVI fut le signal des plus affreux excès. Rien ne fut épargné ; et, au nom de la liberté et de la fraternité, on se livra aux actes les plus arbitraires.

L'église paroissiale servit à tenir des assemblées patriotiques. Les jours de fêtes, on y dansait la carmagnole, et la chaire de vérité était occupée par des impies, qui prêchaient au peuple les plus affreuses doctrines. Ce fut une raison pour conserver ce monument ; mais la chapelle de Saint-Fritz, qui ne paraissait plus devoir être d'aucune utilité à ces malheureux, devint l'objet de leur exécrable fureur ; ils renversèrent les voûtes, brisèrent les autels, et leurs mains sacrilèges profanèrent les vases sacrés. En décrétant la démolition de ce monument, l'un des plus beaux de la province, le conseil fut entraîné par quelques meneurs, et c'est sur eux surtout que doit retomber la responsabilité d'un acte aussi impie.

Dès que la liberté fut rendue à la religion, les habitants de Bassoues

LE BIENHEUREUX VITAL, FONDATEUR DE L'ABBAYE DE SAVIGNY. 643

s'empressèrent de rappeler les prêtres, qui avaient été chassés et qui survivaient encore à la tempête révolutionnaire.

Une nef latérale avait été conservée pour le rivage des terres ; on s'empressa d'en fermer les arceaux, d'élever un autel, et de placer au-dessus, dans une niche, le buste du Saint, que le peuple accompagne avec tant de respect dans les processions. La chapelle possédait autrefois une magnifique statue de saint Fritz, au pied de laquelle venaient prier les pèlerins. M. l'abbé de Belloc, originaire de Bassoues, trouva dans sa maison une partie de la tête, que son père avait arrachée des mains des révolutionnaires, et il s'en servit pour former le nouveau buste. Aussi le peuple a-t-il une dévotion toute particulière pour cette image vénérée ; et ceux qui viennent visiter le tombeau, se retireraient avec regret, s'ils ne pouvaient la toucher ou placer sur elle quelque objet de piété.

Derrière l'autel, sur six colonnes de marbre, fut élevé l'antique tombeau du Saint, qui rappelait de si touchants souvenirs, et qui, pendant plus de dix siècles, avait été l'objet de la vénération de toute la province. L'impiété ne l'avait pas épargnée ; après en avoir brisé le couvercle, on avait emporté le reste pour servir d'abreuvoir aux animaux. Cette profanation ne devait pas rester impunie : le premier bœuf qui s'en approcha, tomba raide mort. Ce fut assez pour le faire respecter, et on s'empressa de le rendre aussitôt après que la tourmente révolutionnaire eut cessé.

On apprit bientôt au loin que les saintes reliques avaient été rapportées dans leur chapelle. On accourut de toutes les contrées voisines pour leur rendre hommage et pour leur faire une réparation solennelle des outrages qu'elles avaient reçus. De nombreux miracles récompensèrent la foi des pèlerins et encouragèrent leur dévotion.

Trois fêtes surtout sont remarquables par le concours immense des populations de la contrée : la fête de saint Fritz, la fête de la Trinité et la fête de Saint-Jean ; c'étaient les fêtes des trois autels de la chapelle. Inutile de dire que le peuple chôme entièrement les fêtes de saint Fritz et de saint Jean ; mais celle de la Trinité l'emporte sur toutes les autres fêtes de l'année par les magnificences qu'on y déploie et par l'affluence des étrangers qui y accourent des pays les plus éloignés.

Extrait de l'Histoire de Bassoues et de la chapelle de Saint-Fritz, par M. l'abbé Guilhempey ; Anch, 1655. Cette brochure se vend au profit de la chapelle de Saint-Fritz que l'on reconstruit sur l'ancien plan.

Événements marquants

  • Fils de Radbod, prince des Frisons
  • Éducation chrétienne secrète par sa mère
  • Service militaire sous Charles-Martel contre les Sarrasins
  • Commandement d'un corps d'armée en Aquitaine
  • Bataille près de Lupiac et au moulin de l'Eten-bard
  • Mort au combat par une flèche traversant les cuisses
  • Invention miraculeuse du corps par une vache

Miracles

  • Une vache découvre le tombeau en le léchant quotidiennement sans autre nourriture
  • Source miraculeuse jaillissant du tombeau lors de l'exhumation
  • La vache traîne seule le tombeau jusqu'au sommet de la colline
  • Eau de la fontaine changée en sang pour une femme l'utilisant de façon profane
  • Mort subite d'un bœuf ayant bu dans le tombeau profané comme abreuvoir

Date de fête

16 janvier

Époque

8ᵉ siècle

Décès

VIIIe siècle (martyre)

Catégories

Patron(ne) de

Invoqué(e) pour

épilepsie, guérisons diverses via l'eau de sa fontaine

Prénoms dérivés

Fritz

Famille

  • Radbod (père)
  • Fille de Pépin d'Héristal (mère)