Saint Gengoul (Gingolph)

Martyr de la justice et de la chasteté

Fête : 11 mai 8ᵉ siècle • saint

Résumé

Seigneur bourguignon et guerrier sous Pépin le Bref, Gengoul se distingua par sa piété et sa patience face à l'infidélité de son épouse. Après avoir confondu cette dernière par le miracle d'une fontaine, il se retira à Avallon où il fut assassiné en 760 par l'amant de sa femme. Il est honoré comme martyr de la chasteté et patron des époux éprouvés.

Biographie

SAINT GENGOUL, MARTYR

Ce qui est agréable à Dieu, c'est que l'on endure en vue de lui plaire les peines que l'on souffre injustement. I Ep. de saint Pierre, II, 19. Une mauvaise femme est plus amère que la mort.

Saint Gengoul peut servir de modèle à ceux dont le ménage est troublé par l'infidélité.

Saint Gengoul était d'une maison très-illustre de Bourgogne ; ses parents, qui n'avaient pas moins de vertus que de richesses, eurent grand soin de son éducation. Il passa son enfance et les premières années de sa jeunesse dans une parfaite innocence, joignant à l'étude des lettres, où il réussit extrêmement, les exercices de la piété chrétienne. Il n'y avait rien de si honnête ni de si pudique que lui : il fuyait la compagnie des libertins et la vue de tous les objets qui pouvaient ternir la fleur de sa chasteté. Son plaisir était de visiter les églises, d'entendre la parole de Dieu, de la méditer dans le secret de son cœur, et de lire des livres spirituels et capables de l'instruire des pures maximes de l'Évangile. On n'entendait jamais sortir de sa bouche des paroles indiscrètes, ni même inutiles. Son visage, par sa modestie, inspirait de la dévotion à ceux qui avaient le bonheur de l'entretenir.

Ses parents étant morts, il se vit maître de beaucoup de terres et de seigneuries ; mais, bien loin de dissiper ces biens par des dépenses criminelles ou superflues, il les administra avec autant de prudence et de sagesse que s'il eût été un vieillard consommé dans l'art de l'économie et du gouvernement domestique. Les églises et les pauvres y eurent beaucoup de part, et il crut qu'il ne pouvait témoigner sa reconnaissance envers Dieu, qui lui avait donné ces richesses, qu'en lui en rendant une partie par l'assistance de ses ministres et de ceux dont il veut que nous considérions l'indigence comme semblable à la sienne propre. Étant en âge de se marier, il prit une femme qui était aussi d'une maison noble et riche, mais elle lui convenait peu d'ailleurs pour les qualités de l'esprit et du cœur : elle n'avait point la piété de notre Saint ; elle était vaniteuse, mondaine, légère. Dieu permit une société si inégale pour éprouver la vertu de son serviteur et le purifier dans le creuset des afflictions.

Gengoul, qui était un des principaux seigneurs de Bourgogne, et qui avait beaucoup de bravoure, prit une grande part aux guerres nombreuses que fit le roi Pépin le Bref ; il passa pour avoir prêté le secours du bras séculier à la prédication de l'Évangile dans la Frise ; ce qui expliquerait la dévotion dont il a été et est encore l'objet en Hollande.

Pépin l'estimait singulièrement, à cause de ses beaux faits d'armes et de sa sainteté, qu'il vit éclater même par des prodiges. Il l'aimait tant, qu'il le faisait coucher dans sa tente. Un soir, quand ils furent tous deux au lit, la lampe, qu'on avait éteinte, se ralluma. Le roi, s'étant réveillé, fut surpris de cette lumière ; il se leva et souffla la lampe, qui se ralluma encore ; le prodige se renouvela trois fois, et convainquit Pépin qu'un saint reposait dans sa tente. L'histoire de Gengoul raconte une merveille bien plus extraordinaire : il s'en retournait en Bourgogne, pour s'y reposer des fatigues de la guerre ; en passant par le Bassigny, il s'arrêta dans un endroit délicieux, pour y prendre sa réfection : c'était sur le bord d'une fontaine, dont les eaux étaient très-belles et excellentes. Il l'acheta et la paya à celui qui en était le possesseur. Dieu voulut punir l'avarice de ce dernier : car il croyait bien avoir à la fois la fontaine et son prix, ne voyant pas comment le Saint pourrait la transporter dans ses terres. Gengoul, arrivé à Varennes, sa résidence habituelle, ficha son bâton dans la terre et en fit jaillir une magnifique fontaine : c'était celle qu'il avait achetée, car elle cessa d'exister dans la terre du vendeur avare.

Nous l'avons déjà dit, Notre-Seigneur destinait Gengoul à être un grand modèle de patience, un autre Tobie, un autre Job. Sa femme se moquait de sa piété, insultait à ses vertus ; à la fin, elle lui devint infidèle. Le Saint, s'en étant aperçu, fut plongé dans une vive douleur et une grande perplexité, trouvant également pénible et funeste de punir ce crime et de le laisser impuni. Il était toujours dans cet embarras, lorsqu'un jour, se promenant seul avec la coupable, il lui dit : « Il y a longtemps qu'il court des bruits contre votre honneur. Je n'ai pas voulu vous en parler avant de savoir s'ils étaient fondés ; mais aujourd'hui, il ne m'est plus permis de garder le silence : je vous rappelle donc qu'une femme n'a rien de plus cher au monde que son honneur ; elle doit tout faire pour le conserver ou le recouvrer ».

Cette misérable épouse lui répondit avec impudence « qu'il n'y avait rien de plus injuste que les bruits qu'on faisait courir contre elle ; elle lui avait gardé sa foi jusqu'alors et elle la lui garderait toujours ; il était malheureux pour elle d'être victime de telles calomnies ». — « S'il en est ainsi, réplique le Saint, voici une eau limpide et qui n'est ni assez chaude ni assez froide pour nuire (ils étaient alors sur le bord d'une fontaine). Plongez-y votre bras : si vous n'en éprouvez aucun mal, vous serez innocente à mes yeux ». La coupable, considérant cette épreuve comme un trait de la simplicité de son mari, s'empressa de fournir un témoignage si facile de son innocence, et plongea son bras dans l'eau jusqu'au coude. Elle fut bien surprise quand, à mesure qu'elle l'en retira, la peau, se détachant comme si on l'eût écorchée, vint pendre jusqu'au bout de ses doigts d'une manière horrible : elle ressentit des douleurs excessives. Confuse, interdite, elle n'osait plus lever les yeux sur son mari; et néanmoins, l'orgueil l'empêchant encore de s'avouer coupable et de demander pardon, elle demeura dans un honteux silence, à l'exception des cris que la douleur lui arrachait. Alors Gengoul lui dit: « Je pourrais vous livrer à toute la sévérité de la loi; mais j'aime mieux vous laisser la liberté d'expier vous-même, dans la pénitence et les larmes, l'adultère dont le ciel vient de vous convaincre. Cependant je ne demeurerai pas plus longtemps avec vous; retirez-vous dans la terre que je vous ai affectée pour votre douaire, tâchez d'y apaiser la colère de Dieu justement irrité contre vous, compensez par des bonnes œuvres les iniquités que vous avez commises; et, pour moi, je me retirerai aussi, afin que la compagnie d'une adultère ne me fasse pas participant de son crime ».

Ainsi saint Gengoul mit sa femme dans une de ses seigneuries, et lui assigna un certain revenu pour sa subsistance; lui, de son côté, se retira dans un château qu'il avait auprès d'Avallon, ville de Bourgogne, sur le Cussin, entre Anzerre et Autun. De là, il continua de veiller sur la conduite de celle que son infidélité avait rendue indigne de ses soins: il l'exhortait souvent, par lettres, à rentrer en elle-même et à expier ses fautes passées par une meilleure vie. Mais ses remontrances furent fort inutiles. Cette femme libertine, se voyant séparée de son mari, en profita pour continuer ses désordres. Elle ne se contenta pas de vivre publiquement dans l'adultère; mais, craignant que son mari ne donnât tous ses biens aux pauvres, à qui il faisait déjà de grandes aumônes, ou même ne la punît selon toute la rigueur des lois, elle résolut sa mort, avec le complice de ses désordres, qui se chargea de l'exécution. Cet assassin se rend donc secrètement à la résidence de Gengoul, et, ayant trouvé le moyen d'entrer dans sa chambre lorsqu'il était seul et encore couché, prend l'épée qui était pendue près de son chevet et lève le bras pour lui en décharger un grand coup sur la tête. Mais Gengoul, s'étant réveillé en ce moment, pare le coup, qui le frappe seulement sur la cuisse. La blessure était néanmoins mortelle. Le Martyr de la justice et de la chasteté eut le temps de recevoir les derniers Sacrements avant de s'endormir dans le Seigneur, le 11 mai 760.

Il avait deux tantes d'une insigne vertu, qu'il avait laissées à Varennes; l'une s'appelait Villetrude et l'autre Villegose. Ces saintes femmes, ayant appris la mort de leur neveu, souhaitèrent que son corps fût enterré en l'église de leur bourg: c'était d'autant plus juste, qu'il en était le fondateur et qu'il avait donné de grands revenus pour l'entretien des clercs qui la desservaient. Elles prirent avec elles tout le clergé, et, encore suivies d'une partie des habitants, elles se transportèrent en diligence au lieu où il était décédé. On ne put pas leur refuser son corps: il fut donc conduit à Varennes avec beaucoup de solennité et au milieu des flambeaux et des chants ecclésiastiques, qui ne discontinuèrent presque point durant tout ce chemin, qui est de plusieurs lieues. Ce qui rendit cette pompe funèbre fort éclatante, ce fut que saint Gengoul fit paraître, par plusieurs miracles, la gloire dont son âme jouissait déjà dans le ciel.

Dieu continua à manifester par de nombreux miracles la vertu et la sainteté du Martyr. La France, les Pays-Bas, l'Allemagne lui élevèrent des autels. La Suisse plaça sous son invocation plusieurs de ses églises; et au pied des Alpes, sur le bord du lac de Genève, dans le diocèse d'Annecy, un village qui porte le nom de saint Gingolph est dédié à saint Gengoul. La tradition rapporte qu'il y séjourna quelque temps retiré parmi les rochers, comme un anachorète, et se livrant à la contemplation, à la prière et à la pénitence.

Au reste, le meurtre de saint Gengoul ne demeura pas impuni : l'adultère qui l'avait assassiné, étant retourné vers son infâme maîtresse pour lui donner avis de son homicide, fut saisi sur-le-champ de violentes coliques et mourut dans un lieu digne de lui, au milieu des plus atroces douleurs. La femme du Saint, qui ajouta à ses crimes celui de se moquer de ses miracles, fut châtiée par une incommodité honteuse qui lui dura toute la vie.

On représente saint Gengoul en costume de baron, armé de toutes pièces, avec une croix sur son écu, la main posée sur la garde de son épée, dont la pointe fait sortir de terre une source. Saint Gengoul est l'un des patrons de Harlem, en Hollande, de Florennes, dans la province de Namur, de Toul, de Varennes, en Champagne, de Montreuil-sur-Mer, etc. Il est spécialement invoqué par les mal mariés.

## RELIQUES DE SAINT GENGOUL.

Ses saintes reliques furent dans la suite transférées à Langres, où une église des Carmélites a porté son nom. Beaucoup d'autres lieux se glorifient d'en posséder ou d'en avoir autrefois possédé quelque partie, surtout la ville de Florennes, près de Philippeville, où Gérard, chanoine de Reims et depuis évêque de Cambrai, fit bâtir une célèbre maison en l'honneur de cet illustre Martyr. Elle fut d'abord occupée par des chanoines et puis par des religieux. Les miracles qui s'y furent ont été décrits par Gouzon, qui en a été le quatrième abbé.

M. Henriot, curé de Varennes, nous écrivait le 23 décembre 1858 : « L'église de Varennes n'a qu'une parcelle d'ossements de saint Gengoul. M. l'abbé Carré en possède une plus grande, mais qu'on ne peut considérer comme insigne. L'évêché de Langres a un fragment considérable de la cotte de mailles du Saint. M. le curé des Loges possède aussi un fragment de cette cotte de mailles. Voilà tout ce que je sais des reliques.

« La fontaine de saint Gengoul est dans la crypte d'une chapelle autrefois bien fréquentée des pèlerins. Bon nombre de personnes encore existantes ont vu, appendus aux murs de la crypte, des béquilles et des ex-voto du siècle précédent. Malheureusement la chapelle a été convertie en habitation et la crypte en cave. La fontaine a été recouverte de maçonnerie, et l'eau en a été dérivée par un conduit ou drainage. La dévotion n'a plus d'objet dans cette chapelle.

« Cette chapelle tient sa village. Elle est du XVe siècle. Sa hauteur est divisée en étages ; mais aucune dégradation n'a altéré son caractère. Il faudrait peu pour la restaurer, et, si je n'avais dû relever l'église paroissiale de ses ruines, j'aurais déjà fait cette restauration ».

Et M. l'abbé J.-L. de Blaye, curé d'Imling, le 19 décembre 1862 : « Saint Gérard, évêque de Toul, obtint, pour l'église collégiale qu'il avait fondée en l'honneur de saint Gengoul, des reliques de ce saint Martyr, qui furent conservées jusqu'à la Révolution. Cette église, maintenant paroissiale, ne possède plus, sans ce titre, qu'un fragment de crâne dont la certitude est loin d'être complète : on offrit, il est dans un état de détérioration assez avancé pour qu'il soit permis de douter qu'il appartienne au même squelette que le chef et les nombreux ossements conservés à la cathédrale de Langres. Ceux-ci, dont la provenance est d'une notoriété incontestable, accusent un fort développement, sont d'une conservation presque éburnée, et ont une teinte d'un brun rougeâtre.

Les fidèles de Montreuil se rendaient autrefois en pèlerinage à la chapelle de Saint-Gengoul, située sur la paroisse Saint-Josse (Pas-de-Calais). Cette dévotion a été transférée depuis dans une église du faubourg, en même temps que sa statue équestre. Le culte de ce Saint a persisté à Bernay, il y a de ses reliques à Saint-Vulfran d'Abbeville. La relique (d'une) obtenue du chapitre de Toul, en 1671, et conservée à Montreuil-sur-Mer, fut brûlée en 1793 ; elle a été remplacée depuis par une autre que Mgr Paris lui donna à la chapelle actuelle.

La célèbre Hocquillia a composé, au XIIe siècle, un poëme latin, extrêmement curieux, sur la passion de saint Gengoul. On en trouvera l'analyse dans la Revue de Paris ecclésiastique, t. XIII, p. 186.

Plusieurs auteurs parlent honorablement de saint Gengoul : le martyrologe romain lui donne la qualité de Martyr ; Surius et Hollandus rapportent ses Actes, tirés de divers manuscrits.

11 MAI.

Événements marquants

  • Service militaire sous le roi Pépin le Bref
  • Prédication de l'Évangile en Frise
  • Achat d'une fontaine en Bassigny et transport miraculeux à Varennes
  • Épreuve de l'eau pour confondre l'infidélité de son épouse
  • Retraite au château d'Avallon
  • Assassinat dans son lit par l'amant de sa femme

Miracles

  • Lampe éteinte qui se rallume trois fois dans la tente de Pépin le Bref
  • Transport d'une fontaine achetée en Bassigny jusqu'à Varennes
  • Épreuve de l'eau : la peau du bras de son épouse infidèle se détache au contact de l'eau
  • Punition divine de l'assassin par des coliques mortelles

Citations

Une mauvaise femme est plus amère que la mort.

— Texte source (Ecclésiaste cité)

Je vous rappelle qu'une femme n'a rien de plus cher au monde que son honneur ; elle doit tout faire pour le conserver ou le recouvrer.

— Paroles de Saint Gengoul à son épouse

Date de fête

11 mai

Époque

8ᵉ siècle

Décès

11 mai 760 (martyre)

Catégories

Invoqué(e) pour

mal mariés, infidélité conjugale, patience dans les afflictions domestiques

Autres formes du nom

  • Gingolph (fr)

Prénoms dérivés

Gengoul, Gingolph

Famille

  • Villetrude (tante)
  • Villegose (tante)