Saint Germain de Besançon

Évêque et Martyr

Fête : 11 octobre 3ᵉ siècle • saint

Résumé

Troisième évêque de Besançon au IIIe siècle, Germain était issu d'une noble famille gallo-romaine. Après avoir servi son diocèse avec zèle et fabriqué lui-même des vases sacrés, il fut poursuivi par les persécuteurs sous les règnes de Valérien et d'Aurélien. Il finit par subir le martyre à Grandfontaine, percé de flèches puis décapité, et ses reliques sont aujourd'hui vénérées à Baume-les-Dames.

Biographie

SAINT GERMAIN, ÉVÊQUE DE BESANÇON,

MARTYR À GRANDFONTAINE, AU MÊME DIOCÈSE

Vers 259. — Pape : Saint Denys. — Empereur romain : Valérien.

Horti aquis irrigati non ita germinant sicut Ecclesia, si martyrum irrigatur sanguine.

Les jardins qu'arrose une eau abondante ne sont pas aussi fertiles que l'Église lorsqu'elle est arrosée par le sang des martyrs.

Saint Jean Chrysostome.

Saint Germain succéda à saint Lin sur le siège de Besançon, et fut honoré comme lui de la palme du martyre. Il appartenait par sa naissance à une des familles gallo-romaines les plus anciennes et les plus distinguées de la Séquanie. Ayant eu le bonheur de connaître Jésus-Christ dès sa jeunesse, il s'appliqua à le servir avec ferveur, se fit remarquer parmi les chrétiens et mérita par ses vertus d'être élevé au sacerdoce. Les chroniqueurs vantent la perfection de sa vie; elle fut si grande, nous disent-ils, que les anges s'approchaient familièrement de sa personne, conversaient avec lui et le servaient à l'autel pendant les divins mystères. Une sainteté si éminente lui valut plusieurs fois les honneurs de la persécution, même avant d'être élevé à l'épiscopat; quand il fut revêtu de cette dignité, sa foi n'en devint que plus ardente et son ministère plus fructueux. Il convertit beaucoup de païens par la grâce que Dieu avait attachée à ses discours. Non moins zélé pour le soin des autels que pour le salut des âmes, il fabriquait de ses propres mains des vases précieux, et faisait ainsi servir ses loisirs même à la décoration du lieu saint.

Valérien venait de parvenir à l'empire. Ce prince, dans les commencements de son règne, avait donné aux chrétiens des marques particulières de bonté et de clémence; mais Macrien, en qui il avait mis toute sa confiance, sut lui inspirer peu à peu la haine dont il était animé contre la religion, et changea ce maître bienfaisant en un tyran redoutable. Ce sont communément les mauvais ministres qui font les mauvais princes. Saint Germain ne pouvait échapper, dans ces jours d'orage, aux recherches des persécuteurs. Il comparut jusqu'à sept fois devant le préfet de la province et confessa héroïquement le nom de Jésus-Christ. Dieu, qui voulait le conserver encore pour le bien de son troupeau, ôta aux païens tantôt la volonté, tantôt les moyens de le perdre. Quelque désir qu'il eût de mourir dans les tourments,

SAINT GERMAIN, ÉVÊQUE DE BESANÇON, MARTYR. 263

il crut cependant qu'après avoir rendu témoignage à la divinité du christianisme, il était de son devoir de ne pas s'exposer de lui-même au martyre. Telles étaient les règles de l'Église, qui recommande la prudence à ses enfants en même temps qu'elle leur inspire le courage. Saint Germain s'éloigna donc de Besançon, et chercha un asile à Grandfontaine. Ce village, situé à deux lieues de la ville épiscopale, était alors un bourg fortifié. L'évêque y demeura caché pendant quelque temps, au commencement de la persécution suscitée par Aurélien.

La cruauté de ce nouvel empereur dépassait encore celle de son prédécesseur. Les Gaules, qu'il avait gouvernées en qualité de préfet sous le règne précédent, avaient ressenti surtout les effets de sa haine farouche contre les chrétiens. Devenu maître du monde, il n'en devint que plus cruel et présida lui-même, dans la ville de Troyes, à l'interrogatoire et au martyre de saint Patrocle. Ce fut vraisemblablement dans la même année que saint Germain mourut pour la foi (259). Poursuivi dans sa retraite par le préfet de la province, il obtint enfin la grâce de signer de son sang sa croyance à la divinité de Jésus-Christ. Le bourg de Grandfontaine, qui lui avait servi d'asile, fut le théâtre de son martyre. On l'avait surpris au milieu de sa prière, et la voix céleste avec laquelle il s'entretenait fut entendue même par ses ennemis. Les uns, touchés de ce miracle, se convertirent à Jésus-Christ ; les autres, n'y voyant qu'une conjuration magique, se montrèrent plus furieux encore qu'auparavant. Le Saint était à genoux ; malgré les clameurs des païens, il demeura dans la même attitude, fut percé de flèches et ensuite décapité.

Quelques auteurs fixent à l'an 396 la date de cet événement. D'autres ont démontré aisément que, d'après la teneur même de la légende, le saint Martyr occupa le siège de Besançon avant le règne de Constantin, durant les persécutions de la primitive Église. Ce point d'histoire est jugé maintenant. Saint Germain vivait à la fin du IIIe siècle, et on doit lui donner le troisième rang parmi les évêques de Besançon.

## CULTE ET RELIQUES.

Le corps de saint Germain est précieusement conservé à Baume-les-Bames. On peut croire que l'abbaye de Baume fut établie par Guntrau, roi de Bourgogne, ou par son ministre Garnier, en exécution d'une promesse sacrée. Ce fut alors qu'elle reçut pour apanage le corps de saint Germain, à la sollicitation du fondateur. En effet, on n'élevait guère d'églises ou de cloîtres sans doter de quelques reliques insignes ces sanctuaires nouveaux. En les plaçant sous la protection d'un grand serviteur de Dieu, on leur conciliait les respects du peuple, et les pieuses libéralités dont ils étaient comblés ne tardaient pas à les rendre très-florissants. Le fondateur de l'abbaye de Baume n'eut pas de peine à obtenir de l'évêque de Besançon le corps de saint Germain, en faveur du monastère qu'il venait de bâtir. Les religieuses, saintement jalouses du dépôt sacré qui leur avait été confié, mirent beaucoup de zèle à honorer les reliques de l'illustre évêque et à propager son culte dans toute l'étendue de leurs terres. Sa fête, qui se célèbre le 11 octobre, attirait dans l'abbaye un grand concours de peuple de tous les villages environnants. Mais saint Germain n'était invoqué nulle part avec plus de dévotion que par les habitants de Baume. Sitôt qu'un bruit de guerre ou une maladie contagieuse commençait à répandre l'effroi dans la ville, la population tout entière se pressait aux portes du cloître pour invoquer au pied des autels la protection du saint Martyr. Quand les récoltes étaient en danger de se perdre, les fidèles lui confiaient leurs alarmes et imploraient encore son intercession. En 1629, une fièvre, dont les ravages s'étendaient chaque jour, cessa tout à coup au milieu des prières publiques. En reconnaissance de cette faveur, qui fut attribuée à saint Germain, les habitants promirent de solenniser tous les ans sa fête dans l'église paroissiale. Ce vœu fut prononcé le 11 octobre par le maire, assisté des officiers municipaux et des notables.

L'esprit d'incrédulité qui domina à la fin du siècle suivant n'altéra point cette pieuse confiance.

11 OCTOBRE.

Lorsque l'abbaye eut été fermée pendant les troubles révolutionnaires, les reliques de saint Germain, protecteur de la ville, furent transportées dans l'église paroissiale, le 11 octobre 1794, à la demande du conseil général de la commune et avec le concours de toutes les autorités du temps. Les habitants de Baume avaient sollicité cette translation avec les plus vives instances. C'est ainsi que les restes vénérés de saint Germain ont survécu aux orages de la Révolution française, protégés par la foi et par la reconnaissance de la cité. Ils sont encore aujourd'hui l'objet de la vénération publique, et les habitants de Baume les regardent avec raison comme leur plus riche trésor et leur meilleure sauvegarde.

Le nom de saint Germain se trouve dans tous les martyrologes de notre diocèse ; son office fait encore partie de notre bréviaire, et plusieurs paroisses de Franche-Comté ont choisi ce saint Martyr pour patron.

Tiré des Saints de Franche-Comté. — Cf. Acta Sanctorum : les Rollandistes placent saint Germain au Ve siècle. Nous ne les avons pas suivis, parce que des hagiographes modernes, entre autres Ferron (Documents inédits, tome II, page 112), ont démontré la fausseté de cette date.

Événements marquants

  • Succède à saint Lin sur le siège de Besançon
  • Élévation au sacerdoce
  • Comparution sept fois devant le préfet de la province
  • Retraite à Grandfontaine pour fuir la persécution d'Aurélien
  • Martyre par flèches et décapitation

Miracles

  • Conversation familière avec les anges qui le servaient à l'autel
  • Voix céleste entendue par ses ennemis lors de sa prière finale
  • Cessation d'une fièvre épidémique en 1629 à Baume

Citations

Horti aquis irrigati non ita germinant sicut Ecclesia, si martyrum irrigatur sanguine.

— Saint Jean Chrysostome (en exergue)