Saint Claude de Besançon

Archevêque de Besançon et Patron du diocèse de Saint-Claude

Fête : 6 juin 7ᵉ siècle • saint

Résumé

Saint Claude fut archevêque de Besançon et abbé du monastère de Condat au VIIe siècle. Renommé pour son austérité et sa sagesse, il gouverna son diocèse avec charité avant de se retirer dans son abbaye où il mourut presque centenaire. Son corps, resté miraculeusement incorrompu pendant douze siècles, fit de son sanctuaire l'un des pèlerinages les plus célèbres d'Europe avant sa profanation en 1794.

Biographie

SAINT CLAUDE, ARCHEVÊQUE DE BESANÇON,

ET PATRON DU DIOCÈSE DE SAINT-CLAUDE

On croit généralement que Claude naquit dans le château de Bracon, près de Salins, d'une famille romaine et illustre. Son père était patrice du Scoding ou maire du palais, c'est-à-dire gouverneur de la contrée. Quand il eut sept ans, on lui donna d'excellents précepteurs pour lui apprendre les lettres humaines et le former aux exercices de la piété ; ses progrès furent rapides, car il avait un esprit vif, un jugement solide et une docilité extrême. Il lisait avec beaucoup d'assiduité les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, les histoires des Martyrs, la vie des saints confesseurs, et les sermons ou homélies des docteurs de l'Église, qui étaient alors bien plus répandus qu'aujourd'hui parmi les fidèles. Cela ne l'empêchait pas de s'adonner aux œuvres de piété : il allait tous les jours à la messe ; il passait les fêtes et les dimanches presque tout entiers à l'église, où il assistait dévotement aux saints mystères et à toutes les heures canoniales, et entendait le sermon avec une attention et une avidité merveilleuses. Il fuyait les sociétés et les lieux qui offraient du danger pour sa vertu ; tout son plaisir était de fréquenter les personnes de piété qui, par leurs discours saints et édifiants, pouvaient donner une nourriture solide à son âme. Il n'avait, avec les personnes du sexe, que des rapports de nécessité ou de convenance. Il était modeste dans son maintien, circonspect dans ses paroles.

Sa démarche grave, ses mœurs pures, le faisaient respecter et aimer de tout le monde.

Gollut dit que saint Claude porta les armes jusqu'à vingt ans. À cet âge (627), il entra dans la milice sainte : il embrassa l'état ecclésiastique et demanda à être reçu au chapitre de l'église cathédrale de Besançon, qui vivait dans la plus grande régularité, suivant les institutions et les exemples de l'archevêque saint Donat. Ce prélat admit avec empressement notre Saint parmi ses chanoines. Claude fut leur modèle. Il étudia avec tant d'assiduité les saintes Écritures, qu'aidé de la grâce divine, il devint très-savant. On le chargea d'enseigner la science sacrée aux jeunes clercs, fonction dont il s'acquitta avec un brillant succès.

Pendant qu'il enrichissait son esprit de tant de lumières, il était à son corps tout ce qui pouvait le porter au péché. Il avait les sens si bien réglés, que rien n'y entrait qui pût altérer son âme, et lui donner des pensées et des affections déshonnêtes. Il jeûnait tous les jours, excepté les fêtes et les dimanches : et ce jeûne était si rigoureux, qu'il ne mangeait que le soir. Ses veilles étaient fréquentes, et souvent il passait les nuits sans dormir. Il n'y avait rien d'éclatant dans ses habits ; sa retenue, son austérité, étaient celles d'un moine accompli.

Ne trouvant pas néanmoins ce genre de vie assez austère, il sortit du chapitre de Besançon après douze ans, et se retira dans le monastère de Condat (639), alors appelé Saint-Oyand. Il y fut, dit son historien, outre sa piété et son assiduité à la prière, sobre dans ses repas, ne se nourrissant que de racines ; il ne se reposait que sur un dur grabat ; la pâleur de son visage et la maigreur de son corps lui servaient d'ornement. À l'âge de trente-sept ans (644), il lui fallut, malgré sa résistance, accepter la charge d'abbé, devenue vacante par la mort d'Injuriose. Sous son gouvernement, il y eut, dans ce monastère, beaucoup de Saints, dont on vénéra plus tard des reliques. Il obtint, en 650, du roi Clovis II, la restitution des biens enlevés à son Ordre avec de nouvelles libéralités ; il embellit, orna les églises, répara, augmenta les bâtiments, introduisit ou du moins fit observer la Règle de Saint-Benoît. On possédait encore, au XIIe siècle, un recueil de sermons, dans lesquels le pieux abbé avait laissé à ses enfants sa doctrine et son esprit.

Après la mort de saint Gervais, archevêque de Besançon (685), le clergé et le peuple furent longtemps divisés sur le choix d'un successeur ; enfin, pendant qu'ils priaient Dieu de mettre un terme à leurs contestations, une voix du ciel se fit entendre et leur ordonna de choisir Claude pour évêque. On obéit avec joie à cette élection divine. Une députation alla l'annoncer à Claude, qui se trouvait alors à Salins, dans sa famille. Consterné à cette nouvelle, il refusa d'abord ce lourd fardeau de l'épiscopat ; mais la crainte d'aller contre la volonté de Dieu si clairement manifestée, l'obligea de l'accepter. Tout le pays de Salins, ainsi que les parents de Claude, virent avec joie élever si haut un Saint qui faisait déjà leur gloire. Conduit à Besançon, il y fut reçu et sacré avec les démonstrations de la plus vive allégresse. Il ne faut pas s'étonner qu'il ait averti de son élection le pape Jean V, car, bien que les souverains Pontifes n'intervinssent pas alors directement dans l'élection de chaque évêque, les liens les plus intimes unissaient l'Église de Besançon au Saint-Siège.

Dans cette dignité, Claude s'acquitta parfaitement de tous les devoirs d'un pasteur. Bien loin de diminuer ses austérités et son assiduité à la prière, il les augmenta de plus en plus. Il ne manquait jamais d'assister

6 JUIN.

aux divins offices avec ses chanoines. Il entendait avec patience et douceur les causes ecclésiastiques et les terminait toujours si justement, que personne n'en pouvait être mécontent. Ses occupations ne l'empêchaient pas de prêcher son clergé et son peuple, parce qu'ayant l'esprit plein des vérités divines, il ne lui était pas difficile de le répandre sur ses auditeurs. Ses sermons avaient même tant de force, qu'ils arrachaient le vice du cœur des plus endurcis, qu'ils y imprimaient l'amour de la vertu et qu'ils firent un grand changement dans les mœurs de ses diocésains. Dans la visite de sa province, il exerçait en même temps les œuvres de charité corporelle et spirituelle, visitant les malades, assistant libéralement les pauvres et travaillant infatigablement à la conversion des pécheurs et à la réformation des désordres qu'il trouvait dans ses paroisses.

Ce saint évêque avait conservé le titre et les fonctions d'abbé de Saint-Oyand et gouvernait son monastère avec la même sollicitude qu'auparavant. C'était même là que tendaient ses plus tendres affections. Il s'y retira après sept ans d'épiscopat (693), âgé d'environ quatre-vingt-six ans. Il demeura encore à la tête de son abbaye pendant plusieurs années. Tous les historiens de la Franche-Comté s'accordent à dire qu'il parvint à une extrême vieillesse. Sa vie sainte fut couronnée par une mort aussi douce que glorieuse devant Dieu. Quelques jours avant son décès, il fut atteint d'une légère indisposition. Le troisième jour de sa maladie, il rassembla tous ses religieux et leur parla d'une manière admirable de l'amour de Dieu, du mépris des choses terrestres et de la résignation avec laquelle il devait supporter son départ de ce monde. Voyant couler leurs larmes, il leur donna à tous le baiser de paix et les fit sortir de sa cellule, puis il passa toute la nuit en prières. Lorsque le jour fut venu, il se fit conduire à l'église, où il reçut les Sacrements avec la foi la plus vive. Son humilité lui faisait craindre même ces honneurs que l'amitié rend à la dépouille des morts. Quand il fut rentré dans sa cellule, il ordonna à ses disciples de l'inhumer sans pompe et sans éclat, et le cinquième jour de sa maladie, à trois heures après midi, tandis qu'il était appuyé sur le siège où il avait coutume de lire et de prier, il leva les mains et les yeux vers le ciel, et s'endormit doucement dans le Seigneur. C'était le sixième jour de juin, l'an 699 et la quatrième année du règne de Childebert III. Saint Claude avait alors quatre-vingt-treize ans. On embauma son corps, dit un de ses biographes, en l'enveloppant de parfums précieux, et il fut déposé dans l'église de Saint-Oyand. Les Égyptiens ôtaient les entrailles des morts pour les embaumer, de manière à les rendre incorruptibles pour des siècles. Il n'en fut point ainsi de saint Claude ; car il ne paraissait aucune incision sur son corps, comme on l'a vérifié plusieurs fois. C'est ce qui rendait plus admirable le miracle de son incorruption pendant tant de siècles. Si donc on employa quelques aromates pour sa sépulture, ce fut seulement à l'extérieur, comme on l'avait fait autrefois pour le corps sacré de Jésus-Christ, en signe d'affection et de piété.

Rappelons que les attributs les plus communs de saint Claude dans l'art populaire sont un enfant assis à ses pieds et le sifflet. L'enfant, parce qu'il était très-secourable aux noyés, et que des enfants ont surtout été sauvés par son intermédiaire ; — le sifflet, parce qu'il est le patron des ébénistes et bimbelotiers du Jura, dont l'art est né à l'ombre de son sanctuaire.

[ANNEXE: CULTE ET RELIQUES DE SAINT CLAUDE.]

L'humble vœu que saint Claude avait formé à sa dernière heure s'était accompli. On l'avait inhumé dans un sépulcre modeste, et pendant longtemps son tombeau délaissé fut presque sans gloire aux yeux des hommes. C'est au XIIe siècle seulement que Dieu manifesta à son Église tous les mérites de notre glorieux pontife. Jusque-là on ne lui avait rendu qu'un culte ordinaire, et les plus anciens Bréviaires manuscrits ne font de lui qu'une simple commémoration.

La confiance des fidèles envers notre Saint se manifesta surtout lorsqu'on découvrit que son corps était resté sans corruption depuis sa mort. De nombreux pèlerins accoururent dès lors à son tombeau, pour vénérer ses reliques sacrées et obtenir les grâces que Dieu se plaît à nous communiquer par l'intermédiaire des Saints, en glorifiant leurs vertus. La ville de Saint-Claude prit dès lors des accroissements rapides.

Ce grand serviteur de Dieu a manifesté pendant plusieurs siècles une telle puissance, qu'on l'a surnommé le faiseur de miracles. Le corps du saint évêque avait été exposé jusque-là à la vénération des fidèles dans une châsse sans décoration. Mais en 1249, lorsque les pèlerinages commencèrent à devenir plus fréquents, Humbert de Buenc, abbé de Saint-Gyand, voulut que les deux Saints, dont le monastère portait les noms glorieux, fussent honorés d'une manière moins indigne de leurs mérites. Il fit donc faire deux châsses d'argent d'un riche travail, qui furent placées derrière le maître-autel de l'église. Celle qui était du côté de l'épître renfermait le corps de saint Gyand, et les reliques de saint Claude étaient déposées dans la châsse qui se trouvait du côté de l'évangile. Cette châsse était de chêne, ornée de pierres précieuses et couverte de tous côtés de lames d'argent avec divers ornements. Le monastère portait déjà de ce temps les noms de Saint-Gyand et Saint-Claude. Mais ce dernier finit par être, dans la suite, le seul en usage pour désigner la ville et le monastère où Dieu manifestait, par des miracles éclatants, la gloire de son serviteur.

La gloire de l'abbaye augmentait avec celle de son saint protecteur. Les plus illustres familles tenaient à honneur d'y envoyer leurs fils, et, dans un acte de l'an 1271, les religieux sont désignés sous le nom de noble Chapitre, ce qui semble indiquer que dès ce temps cette abbaye était déjà destinée à la noblesse. Une église en l'honneur de saint Claude avait été bâtie dans l'enceinte même du monastère, dans le lieu qui porte aujourd'hui le nom de place Louis XI. Son nom avait été donné, comme un présage de bénédiction, à un pont bâti sur la Bienne par la Congrégation des maçons, appelés les Frères pontifes !

SAINT CLAUDE ! était le cri de guerre des habitants de ces montagnes lorsqu'ils s'élançaient contre l'ennemi. Les captifs l'invoquaient dans leur prison et obtenaient miraculeusement leur liberté. Les naufragés se recommandaient à lui au milieu de la tempête, et Dieu récompensait leur confiance en les arrachant à la fureur des flots. En 1754, on conservait encore, dans l'église de Saint-Claude, les chaînes de fer que des chrétiens, captifs chez les infidèles, y avaient placées, après avoir été délivrés par la protection du Saint.

Guillaume de Sure, archevêque de Lyon en 1335, ordonna que la fête de saint Claude serait célébrée dans son diocèse, et que ce jour serait chômé. Le 7 mai 1446, on décréta que cette fête se ferait, dans le diocèse de Besançon, sous rite double.

Sur la fin du XIVe siècle, les religieux de Saint-Claude jetèrent, dans l'enceinte du cloître, les fondements de la cathédrale actuelle de Saint-Pierre. Elle fut bâtie sur l'emplacement de la plus ancienne église de l'abbaye, qui était dédiée aux saints apôtres Pierre, Paul et André, pour qui les premiers fondateurs de Condat avaient une vénération particulière. Dans la suite, les moines chantaient l'office de nuit dans l'église de Saint-Pierre, et l'office du jour dans l'église de Saint-Claude, qui servait de paroisse à la ville. Ils semblaient en quelque sorte partager le culte qu'ils avaient pour ces deux Saints, en partageant leur office.

Aux hommages que l'Église rendait à saint Claude, le peuple mêlait quelquefois des idées superstitieuses. À cette époque, on croyait généralement aux sorciers, et les montagnes du Jura passaient pour en être infestées. Quand un malade s'imaginait qu'on avait jeté sur lui quelque maléfice, il venait implorer saint Claude pour être délivré. Quelle que opinion qu'on se forme sur l'existence et le pouvoir des sorciers, ces prières que le peuple adressait au saint thaumaturge, attestent au moins la grande confiance qu'on avait en sa puissante protection.

Le pèlerinage de Saint-Claude devint un des plus célèbres de l'Europe ; on s'y rendit des provinces les plus éloignées ; de là des fêtes, des confréries et autres institutions ; il serait trop long de les énumérer, ainsi que les miracles opérés par son intercession et les personnages illustres qui vinrent l'honorer.

Dès la fin du XVe siècle, la fête de saint Claude se célébrait avec une grande magnificence.

Cette fête donnait lieu à une foire où se rendaient en foule les populations voisines. Déjà on y faisait ce commerce d'objets de dévotion, statuettes, crucifix, médailles, chapelets, etc., qui a contribué à développer dans ces montagnes l'art de la sculpture, si heureusement cultivé à Saint-Claude. Le bois croît en abondance dans les environs de cette ville, et les habitants ont cherché dans l'industrie les ressources que le sol leur refusait. La sculpture en nourrissait ainsi un grand nombre, qui vendaient aux pèlerins de petits ouvrages de piété. Elle en a élevé d'autres à la réputation d'artistes distingués, et c'est à Saint-Claude que se sont formés ces Basset qui pétrissaient l'ivoire, et dont les chefs-d'œuvre sont si recherchés. On voit que la piété est utile à tout. Elle attirait auprès de la châsse de Saint les populations, qui venaient y chercher des consolations spirituelles, et elle fournissait aux habitants de ces montagnes stériles l'occasion d'exercer cette industrie charmante qui soumet la racine du bois, avec toutes ses images capricieuses, à des formes si variées, et qui est encore aujourd'hui la principale richesse du pays.

Ce n'était pas seulement une province, un royaume qui manifestait sa dévotion envers saint Claude ; mais on se rendait de tous les points de l'Europe à ce pèlerinage fameux. La foi des peuples en avait fait un des plus célèbres sanctuaires de France, et ces pieuses manifestations prenaient quelquefois le caractère d'institutions publiques. Des paroisses, des villes, des provinces entières envoyaient presque chaque année des députations à Saint-Claude. Une des plus remarquables était le pèlerinage des Picards. Nous ignorons à quelle époque il a commencé ; mais il se fit pendant longtemps d'une manière assez régulière. « Nous savons », dit un de nos historiens, « que le jour où la pieuse députation de Picardie passait à Moiraux, l'une des stations de son itinéraire, tous les bourgeois de cette ville devaient l'accueillir avec honneur et la festoyer d'une manière empressée et cordiale. Moiraux était, il est vrai, la première et la seule halte à faire dans la terre monastique de Saint-Claude, avant d'atteindre la sainte destination ; et le révérendissime abbé, qui était seigneur de Moiraux, avait peut-être fait un devoir à ses sujets d'offrir l'hospitalité à des étrangers qui lui apportaient de notables offrandes de la part de quelque ville de la Picardie, pour l'acquit d'un vœu solennel envers monsieur saint Claude, ami de Dieu. Il est bon de rappeler que les troupes de Picards faisaient partie de l'armée de Louis XI, au comté de Bourgogne, et qu'elles avaient pu composer la garde du roi de France, vainqueur du pays, lorsqu'il exécuta l'un ou l'autre de ses pèlerinages à la châsse de notre Saint. » Quand les Picards retournaient dans leur pays, ils étaient reçus en triomphe par leurs compatriotes, qui les attendaient à la frontière, et à qui ils distribuaient des objets bénis, rapportés de leur lointain pèlerinage.

Le corps de saint Claude fut sauvé, non sans miracle, des profanations des protestants, dans la guerre de dix ans (1632 à 1642). Pour échapper aux malheurs dont cette guerre affligea la Franche-Comté, dix ou douze mille Bourguignons de tout sexe allèrent se fixer à Rome. Cette communauté franc-comtoise introduisit dans la patrie commune de tous les chrétiens le culte de saint Claude, et bâtit une église en son honneur et sous son nom.

Dès le commencement du XVIIIe siècle, une confrérie était établie en son honneur dans l'église du monastère. Des confréries semblables s'établirent dans toutes les parties de la France, et plusieurs subsistent encore aujourd'hui. Il y en eut à Besançon et dans beaucoup de villes de la Bourgogne. La confrérie d'Autun est une des plus anciennes et des plus célèbres. La Vendée et la Picardie, surtout, en instituèrent un grand nombre. Il y en avait trois à Paris, une dans l'église de l'hôpital Saint-Jacques, une autre à Saint-Étienne du Mont, et la troisième dans l'église du petit Saint-Antoine. Les chapelles dédiées à saint Claude étaient souvent ornées d'un tableau où le bienheureux évêque était représenté avec un petit enfant à genoux à ses côtés. Suivant la tradition, c'était un enfant qu'il avait ressuscité par ses prières pendant qu'il était évêque, ou plutôt c'était le symbole de tous ceux qu'il avait rappelés à la vie depuis qu'il était dans la gloire.

Rien de plus commun dans le récit des grâces merveilleuses obtenues au tombeau du saint évêque, que le baisement de ses pieds bénis. Trois fois le jour on ouvrait un des côtés de la châsse pour faire baiser au peuple ces pieds vénérés ; et cependant, ni l'humidité de l'air, ni l'haleine des pèlerins, n'y causèrent jamais aucune corruption. Ce prodige constant, avéré déjà en particulier par le rapport qui en fut fait au pape Nicolas V, fut encore attesté d'une manière authentique en 1690, par le cardinal d'Estrée, abbé commendataire de Saint-Claude, qui s'était rendu dans cette abbaye pour satisfaire à une délégation apostolique.

Un témoignage plus solennel devait attester bientôt le miracle perpétuel de la conservation des saintes reliques. Dieu voulait ménager cette consolation à l'Église du Jura, avant que les fureurs révolutionnaires viennent faire disparaître le corps de saint Claude.

En 1742, l'abbaye de Saint-Claude fut sécularisée par le pape Benoît XIV, et érigée en évêché sous la métropole de Lyon. Le premier évêque de Saint-Claude, Joseph de Médllet de Fargues, ayant terminé l'église de Saint-Pierre, l'érigea en cathédrale et y transféra toutes les reliques du monastère dont l'église tombait en ruines ; mais avant il les reconnut, assisté de son Chapitre et d'une commission, qui comprenait plusieurs médecins et les notables de la cité. La châsse de saint Claude fut ouverte en présence de l'évêque et de toute sa suite, et l'incorruptibilité de ce saint corps fut solennellement constatée une fois de plus. On y reconnut un corps de grandeur ordinaire,

qui paraissait fort ancien, et dont chaque membre avait conservé ses connexions et situations naturelles. Il était encore tout entier, à l'exception du petit doigt de la main droite, qui paraissait avoir été arraché, et de la partie cartilagineuse du nez, qui était endommagée. La partie gauche de la lèvre supérieure paraissait un peu retirée ; mais la langue était vermeille, et tout le reste du corps palpable et élastique. Il n'y avait ni incision, ni ouverture faite sur le corps ; il n'exhalait aucune odeur aromatique qui pût faire juger qu'il avait été embaumé. C'est pourquoi les médecins faisant partie de cette commission déclarèrent que « l'incorruptibilité de ce corps pendant près de douze siècles étant au-dessus de la conception de leur art, ils ne pouvaient la contempler qu'avec admiration, comme surnaturelle et miraculeuse ».

En 1769, le prince de Croÿ vint vénérer ces saintes reliques. Voici ce qu'en rapporte un témoin oculaire : « Hier, quatorze septembre, on ouvrit toute la châsse pour faire voir le corps de saint Claude à Monsieur le prince. Je le vis à cette occasion. Il est toujours dans la même situation, la bouche ouverte ; on y voit la langue, un peu de rougeur au teint, encore du brillant dans les yeux, quelques cheveux et la barbe ; les deux mains sont sur l'estomac sans y être appuyées ; tout son corps couché dans la longueur, et la tête un peu élevée sur un coussin, toujours palpable, sauf que la chair n'est pas bien blanche. On croit que c'est le souffle des personnes qui veut baiser les pieds qui occasionnent cette couleur ; le visage est plus blanc que le reste du corps ».

Le Chapitre de la cathédrale fit faire une nouvelle châsse en argent, ornée de cristaux, dans laquelle le corps saint fut déposé en 1785. Cette châsse laissait voir entièrement la précieuse relique. Mais au mois de juin 1794, le représentant Lejeune, chargé d'organiser, dans l'Est, l'esprit public, arriva à Saint-Claude, en déclarant que « les peuples ne voulaient plus reconnaître d'autre Dieu que celui de la nature, d'autre religion que celle de la patrie, d'autre culte que celui de la liberté ». À la suite d'une orgie qui s'était prolongée jusqu'à minuit, Lejeune se fit apporter les clés de la cathédrale, et y envoya ses satellites avec ordre de lui apporter tous les hochets de la superstition. Le corps de saint Claude fut mis en morceaux et porté au séminaire, où s'était installé Lejeune. Dans le trajet, l'os de l'avant-bras tomba par terre et fut recueilli par un artisan nommé Jacquet, qui le conserva pieusement pour le rendre à l'Église dans des jours meilleurs. Les reliques insignes, qui avaient survécu pendant douze siècles à tant de vicissitudes et de révolutions, furent brûlées la nuit même du 19 juin 1794.

Cinq ans plus tard (1799), un incendie détruisit entièrement la ville de Saint-Claude. On croit que c'était un trait de la justice divine, qui voulait punir par un affreux désastre une offense profanée. « En effet », dit un historien, « l'incendie ayant commencé on ne sait comment, en plein midi, le ciel étant serein et l'air calme, les habitants furent frappés d'un tel aveuglement et d'une stupeur si extraordinaire, que, malgré la présence des secours et l'heure favorable, loin d'employer les moyens d'éteindre le feu, chacun s'occupa de déménager sa maison, la laissant dévorer par les flammes, de sorte que, après un court espace de temps, le sol que couvrait une ville riche et florissante n'offrait plus à la vue qu'un tas de décombres enflammées et des cendres fumantes. Le feu épargna une seule maison : ce fut celle d'un homme pieux nommé Calais, dont l'épouse avait reçu le chapelet de saint Claude, que les impies lui avaient donné à l'instant où ils brûlaient la relique ». La cathédrale de Saint-Pierre ne put échapper à la violence de l'incendie ; mais, grâce à la solidité de ses voûtes et de ses murs, les flammes ne pénétrèrent point dans l'intérieur, et le toit seul fut détruit. Lorsque la liberté eut été rendue au culte catholique, on restaura cet édifice et on y déposa ce qui restait des reliques du Saint. Claude Lecos, archevêque de Besançon, après avoir fait une enquête pour en constater l'authenticité, ordonna qu'elles seraient exposées à la vénération des fidèles. Lorsque l'évêché de Saint-Claude eut été rétabli par le concordat de 1817, le titulaire de ce siège, Mgr Antoine-Jacques de Chamon, décréta qu'on célébrerait le 29 août l'office de la translation des reliques de saint Claude. On voit aujourd'hui ces restes précieux dans une petite chasse d'argent, qui est renfermée elle-même dans une autre chasse en bois doré. Si le culte du saint évêque n'attire plus comme autrefois un immense concours de peuple dans la ville qui porte son nom, sa mémoire est toujours vénérée dans l'Église, et surtout dans la Franche-Comté, comme celle d'un grand pontife et d'un puissant intercesseur auprès de Dieu. Plusieurs Confréries l'honorent comme leur protecteur spécial, et un grand nombre de paroisses le reconnaissent pour leur patron. Ce sont, dans le Doubs, celles de Saint-Claude, Pont-les-Moulins, Luisans, la Sommette, Epenouse, Droitfontaine, Noël-Cerneux, les Fins, Malbuisson, Vuillecin ; dans le Jura, celles de Saint-Claude, les Nans, Ouglières, Maynal, le Frasnois.

L'église d'Émery-Hallon (Somme) possède, dans un buste, une relique du Saint.

Nous nous sommes servi, pour refaire cette vie, de la Vie des Saints de Franche-Comté.

6 JUIN.

Événements marquants

  • Entrée dans l'état ecclésiastique à Besançon (627)
  • Retraite au monastère de Condat (639)
  • Élection comme Abbé de Condat (644)
  • Élection divine comme Archevêque de Besançon (685)
  • Retour au monastère de Saint-Oyand après sept ans d'épiscopat (693)
  • Mort à l'âge de 93 ans (699)
  • Découverte de l'incorruptibilité du corps au XIIe siècle
  • Destruction des reliques par le feu durant la Révolution (1794)

Miracles

  • Voix céleste ordonnant son élection épiscopale
  • Incorruptibilité totale du corps constatée pendant 1100 ans
  • Résurrection d'un enfant
  • Délivrance miraculeuse de captifs
  • Sauvetage de naufragés
  • Maison de Calais épargnée par l'incendie de 1799

Citations

L'incorruptibilité de ce corps pendant près de douze siècles étant au-dessus de la conception de leur art, ils ne pouvaient la contempler qu'avec admiration, comme surnaturelle et miraculeuse

— Rapport des médecins (1742)