Saint Antide de Besançon

Évêque et Martyr

Fête : 17 juin 5ᵉ siècle • saint

Résumé

Évêque de Besançon au Ve siècle, Antide se distingua par sa piété et son dévouement pastoral face aux invasions barbares. Il fut martyrisé par décapitation par les Vandales sous les ordres de Crocus après s'être offert en victime pour protéger son peuple au château de Ruffey. Ses reliques, longtemps conservées à l'église Saint-Paul, font l'objet d'une grande vénération en Franche-Comté.

Biographie

S. ANTIDE, ÉVÊQUE DE BESANÇON ET MARTYR

V° siècle.

Nihil aliud est pastorale officium, quam pro coitibus sibi commissis animam ponere, et sanctitatis ac laudabilis conservationis exemplum ostendere.

Le devoir d'un pasteur ne consiste que dans l'obligation où il est d'exposer sa vie pour les brebis qui lui sont confiées, et de donner l'exemple de la sainteté et d'une admirable vigilance.

S. Laur. Just. De Regim. prælat., c. 4.

Antide était issu d'une de ces familles séquanaises qui avaient laissé à la civilisation romaine ce qu'elle donnait de corruption et de mollesse, pour embrasser le christianisme avec les vertus nobles et austères qu'il inspire. Éclairés des pures lumières de la foi, ses parents firent naître de bonne heure dans son âme l'amour de la vertu et le goût du travail. Dès sa jeunesse, il se faisait remarquer parmi les compagnons de son âge par un air de candeur et de piété, et, dans les jours où saint Fronime instruisait et bénissait la jeunesse chrétienne de la cité, Antide profita particulièrement de ses instructions et de ses avis. Dédaignant les honneurs et les richesses du monde, il alla de bonne heure se mêler aux clercs que le saint pontife avait réunis autour de la cathédrale de Saint-Étienne. Là, pieux et savant entre tous, il vaquait à l'oraison et à l'étude, n'ayant d'autre délassement que le service des autels et la participation aux pompeuses cérémonies qui commençaient à embellir le culte de notre sainte religion.

La grâce que Dieu avait déposée dans le cœur d'Antide ne cessait d'y produire des fruits admirables. Pénitent sans avoir été pécheur, il macérait son corps avec une grande austérité, visitait souvent les pauvres, et leur donnait en même temps le pain qui nourrit le corps et la douce parole qui porte la consolation dans l'âme. Semblant pressentir sa destinée, il n'aspirait qu'aux biens incorruptibles du ciel. Aussi, à la mort de saint Fronime,

tous les suffrages du clergé et du peuple se portèrent sur Antide, qui ne put, malgré ses efforts, résister au vœu général, et qui dut unir l'obéissance à l'humilité. Comprenant alors tout le poids du fardeau qu'il venait d'accepter, il ne vécut désormais que pour son peuple.

Rempli d'amour pour la vérité, il cherchait à la répandre partout, unissant à la force de sa parole l'entraînement toujours efficace de l'exemple. D'une humilité profonde, d'une patience et d'une modestie admirables, d'une pureté angélique, il montrait partout sa foi et son amour pour la religion, remplissait avec une sainte joie tous les devoirs que lui imposait sa charge de premier pasteur, et savait garder, au milieu des temps difficiles où il vivait, la paix et la sérénité les plus profondes. Enfin, malgré ses travaux, il se regardait encore comme un serviteur inutile, et, mettant toutes ses espérances en Dieu, il répétait souvent ces paroles de l'Écriture : *Nisi Dominus custodierit civitatem, frustra vigilat qui custodit eam* ; « si Dieu ne garde la cité, c'est en vain qu'on veillera autour d'elle ». Son peuple le vénérait comme un saint ; les pauvres surtout l'aimaient comme un père, et toutes les chroniques s'accordent à dire combien étaient grands son détachement des choses d'ici-bas et sa confiance en la Providence.

Une tradition constante, que n'ont point fait disparaître les révolutions, accorde à saint Antide le don des miracles tandis qu'il était encore au milieu des siens. Traversant un jour la ville de Besançon, il rencontra un prêtre qui portait le saint Viatique à un malade, s'approcha de lui et l'invita à retourner à l'église, parce que le vase sacré qu'il tenait en ses mains ne renfermait aucune hostie. Le prêtre, étonné, ouvrit le ciboire, reconnut la vérité du fait, et, rempli d'admiration, demanda, ainsi que les assistants, la bénédiction de celui qui dès lors fut regardé comme un saint. Peu de temps après, dans une circonstance semblable, l'évêque dit à un autre prêtre qui portait une hostie non consacrée : « Retirez-vous, car Dieu n'est point dans le vase précieux que vous tenez entre les mains ». Frappé et interdit, le prêtre baissa la tête, avoua son crime et s'en retourna sans doute pour le pleurer dans les exercices de la pénitence. Ce double miracle, opéré par notre saint pontife, devait avoir pour effet de préserver sa province de l'hérésie d'Arius, qui troublait alors l'Orient tout entier. Arius, niant la divinité de Jésus-Christ, attaquait assez ouvertement par là le dogme de l'Eucharistie, tandis que les merveilles opérées à l'occasion de ce divin Sacrement prouvaient la divinité de Celui qui a bien voulu s'y incarner.

Toutes les traditions s'accordent à donner à notre Saint un grand pouvoir sur les mauvais esprits. De là les légendes qui le représentent domptant le démon et l'obligeant à le transporter jusque dans la capitale du monde chrétien. Contentons-nous de voir dans ce récit merveilleux, conservé par quelques auteurs, le souvenir embelli d'un voyage que notre Saint aurait fait à Rome pour resserrer ainsi les liens qui n'ont jamais cessé d'exister entre l'Église de Besançon et la mère de toutes les Églises. Dans cette entrevue, saint Antide puisa un nouveau courage et reprit de nouvelles forces. Les temps étaient malheureux, et l'orage qui avait éclaté sur la province au milieu du IVᵉ siècle n'était que le prélude du bouleversement universel qui, au commencement de l'âge suivant, devait anéantir dans une ruine commune, et les nobles restes des Séquanais, et les derniers débris de la civilisation romaine. Depuis quelque temps, les peuples du nord attiraient sur eux les regards du monde tout entier. Les uns attaquaient l'empire avec fureur, les autres le défendaient avec fidélité. Malgré la valeur des Francs préposés à la garde du Rhin, les Barbares, qui stationnaient sur les limites

25 JUIN.

de la Germanie, passèrent le fleuve et se répandirent dans l'Europe occidentale. Des bandes furieuses sillonnèrent successivement le nord, le centre et le midi de la Gaule. Leurs ravages furent horribles. « Si l'Océan », dit un poète, « eût inondé les campagnes de la Gaule, ses eaux eussent porté moins de désolation. Ni les hautes montagnes, ni les fleuves, ni les rochers inaccessibles, ne peuvent défendre les villes et les châteaux. Le pillage impie et la profanation sont dans le temple de Dieu ; on voit luire la flamme qui le dévore. La mort, partout la mort ». Luxeuil, Port-Abucin et d'autres villes subirent les horreurs de la dévastation ; une partie des habitants périt sous le fer, une autre fut réduite en esclavage ; Besançon seul résista au torrent. Pendant le siège de cette ville, tandis que la faim pressait déjà les habitants, saint Antide, ayant rencontré au milieu de la place quatre mulets chargés de froment, les fit arrêter, adressa une fervente prière à Dieu, et bénit le blé, qui se multiplia tellement que tout le peuple put en prendre sa part. Cependant, l'orage passa, les ennemis s'éloignèrent, et l'espérance commença à renaître. Mais cette tranquillité devait être de peu de durée : Dieu nous réservait encore d'autres malheurs.

Les Vandales, Goths d'origine, avaient passé le Rhin avec les autres Barbares. Quoique inférieurs en puissance et en courage à tous les autres peuples du nord, ils se rendirent cependant maîtres des plus belles provinces de l'empire, comme si la Providence eût voulu convaincre le monde que leurs conquêtes n'étaient dues qu'au Dieu des armées, qui se servait d'un ennemi si faible, si méprisable, pour châtier les Romains.

A la tête d'une de ces hordes barbares se trouvait Crocus, plus barbare encore que les soldats qu'il menait au pillage. Il ne laissait sur son passage que l'incendie et des ruines. Sa mère lui avait conseillé, comme moyen infaillible pour parvenir à la gloire, de combattre ardemment la religion de Jésus-Christ, de renverser les églises et de persécuter les fidèles. Ajoutant aux exemples domestiques sa propre impiété, il suivit exactement les conseils de la haine maternelle. L'arianisme, qu'il avait embrassé, lui inspirait encore une nouvelle fureur. Ayant pris part au sac de Mayence, il se sépara des autres peuplades, parcourut l'Austrasie, s'empara de Metz et arriva à Reims, où il fit mourir saint Nicaise, évêque de cette ville. Bientôt il s'avança jusqu'aux portes de Langres. La rage de ses troupes augmenta encore à l'aspect des préparatifs que la ville avait faits pour se défendre. Au sommet des remparts se trouvait l'évêque saint Désiré, qui encourageait les combattants ; mais ni ses prières, ni la valeur des habitants de Langres, ne purent sauver la cité : elle fut emportée d'assaut, et le saint pontife tomba sous la hache du bourreau, près des murailles. Un des prêtres qui l'accompagnaient, nommé Vincent, reçut aussi la couronne du martyre. Leurs corps furent inhumés dans une basilique qui était située près des murs. Les Vandales continuèrent leur route, et, étant arrivés à Port-Abucin, ils atteignirent saint Valère, archidiacre de Langres, qui fuyait vers le Jura, et le mirent à mort.

Le torrent dévastateur approchait de Besançon, et saint Antide, dans ses

communications intimes avec le ciel, pressentait les nouveaux malheurs qui allaient fondre sur son troupeau. Tout en plaçant sa confiance en Dieu, il ne négligeait aucun des moyens que conseillait la prudence humaine. La chronique nous peint ce saint pontife, semblable à un chef intrépide, se portant partout où quelques travaux de défense étaient nécessaires, imposant par son autorité à ceux mêmes qui avaient vieilli sous les armes, et demandant ensuite à son clergé, avec une sainte résignation, s'il ne valait pas mieux souffrir la mort pour l'amour de Dieu que de verser, en combattant, le sang des Barbares. Déjà mille bruits alarmants circulaient dans la ville ; ils étaient répandus par quelques soldats qui fuyaient devant l'armée ennemie, et par des laboureurs qui arrivaient dans la grande ville de la Séquanie, espérant y trouver des secours que ne pouvaient plus donner leurs moissons consumées par l'incendie. Alors saint Antide dispose son peuple à accepter la volonté du ciel ; il l'exhorte à la pénitence, ranime le courage des guerriers, leur distribue le pain des forts et les assure de la protection du Dieu des armées.

Crocus, après avoir fait suivre à ses troupes la voie romaine qui conduisait de Langres à Port-Abucin, descendit la vallée de la Saône jusqu'à Scey, où ses éclaireurs avaient découvert une des plus belles routes de la Séquanie. Arrivé dans la vallée de l'Ognon, si riante et si fertile encore malgré la ruine récente de ses villas, il se dirige du côté du château de Ruffey, situé sur la pointe d'un rocher, près de la rivière, car il a appris qu'en ce lieu se trouvent réunies les populations de toute la vallée. Mais saint Antide l'avait devancé ; le zèle de ce bon père avait été plus rapide que la fureur du tyran. Après avoir pourvu à la sûreté des fidèles de Besançon, le saint pontife avait tourné ses regards vers une autre partie de son troupeau, qu'il voyait exposée à la dent d'un loup furieux. N'écoutant que son dévouement, il s'était dérobé aux larmes et aux prières des habitants de la ville et se dirigeait seul et à pied vers le château de Ruffey. Bien différent du gardien mercenaire qui abandonne ses brebis et qui fuit à l'aspect du danger, il venait, semblable au bon Pasteur, offrir généreusement sa vie pour son troupeau. Le saint évêque arrive au milieu de ses enfants éplorés, qui l'accueillent avec des cris de joie. Hélas ! ce bonheur devait être de peu de durée. Les acclamations duraient encore au château de Ruffey, lorsque tout à coup l'on entendit les hurlements des Barbares. Alors la douleur devint générale. À genoux aux pieds de leur père, les habitants éplorés lèvent les mains vers le ciel et implorent le secours de Dieu. Saint Antide prend la parole au milieu des lamentations des femmes et des enfants, tantôt il cherche à faire entrer l'espoir dans ces cœurs abattus, tantôt il exhorte son troupeau à bien mourir. L'auréole du martyre semblait déjà briller sur son front ; sa voix avait quelque chose des accents du ciel. Victime volontaire, il s'était déjà offert à Dieu, en demandant qu'un seul mourût pour tous, et le Seigneur, qui aime les hosties innocentes, avait accepté son sacrifice. « Mes enfants », disait le saint évêque, « que l'amour de la vérité soit plus fort en vous que la crainte des tourments ! Rappelez-vous que la peine ne dure qu'un instant et que la récompense est éternelle. Vous m'avez choisi pour votre chef, soyez aujourd'hui mes imitateurs, et que personne ne recule devant le péril... Suivez-moi donc, vous qui désirez unir votre âme à celle de Jésus ». Saint Antide, ayant dit ces paroles, marche au-devant des Barbares. Parvenu aux premières lignes des cohortes, il élève les mains en signe de supplication et

demande grâce pour le peuple qui le suit. Mais les cœurs impies et cruels ne se laissent point impressionner par le dévouement. Un des soldats, plus furieux que les autres, lève la main sur l'oint du Seigneur, le frappe avec violence en lui demandant de quel droit il ose parler pour demander la paix et arrêter des troupes toujours en marche et toujours victorieuses. Le supplice avait commencé ; le saint évêque répondit comme tous les martyrs : « Je suis un chrétien, je me fais gloire de porter la croix de Jésus-Christ, Dieu vrai et puissant, qui dirige tout l'univers par sa volonté ». Loin d'être touchés par cette réponse, les soldats se précipitent sur saint Antide, lui lient les mains derrière le dos et le conduisent à leur chef.

Crocus, étonné de la noblesse qui resplendissait sur le visage du Saint, croit qu'il a devant lui un des chefs de la Séquanie, et, se réjouissant dans son orgueil, il l'interroge avec hauteur : « Quelle est ta dignité ? Réponds, je te l'ordonne ». Saint Antide, le sourire sur les lèvres, élève la voix et dit : « Je suis chrétien, voilà le titre dont je m'honore et que j'estime au-dessus de tous les autres, car rien n'est plus noble que le service de Dieu, seul Maître qui offre d'éternelles récompenses ». Le chef des Barbares, admirant cette réponse noble et hardie, remarquait le feu divin qui brillait dans les regards de son prisonnier. Mais où le démon n'a-t-il pas ses suppôts ? Quelques habitants de Ruffey, espérant que la trahison dont ils allaient se rendre coupables les rendrait agréables à Crocus, s'approchèrent du groupe qui entourait saint Antide, et s'écrièrent : « Cet homme est le pontife de la religion des chrétiens ». A cette parole, Crocus se laisse aller à sa fureur naturelle ; il ordonne qu'on dépouille l'évêque de ses vêtements, et le menace d'une cruelle flagellation s'il n'abandonne à l'instant sa religion. Le saint confesseur garda le silence ; à l'instant plusieurs bourreaux, armés d'épaisses lanières de cuir, frappèrent avec brutalité la figure et les épaules de leur victime, qui, tandis que son sang ruisselait sur tous ses membres, tandis que ses plaies s'élargissaient et mettaient à nu tous ses os, levait les yeux au ciel, priant Dieu d'accepter ses souffrances et de protéger son peuple. A la vue de la sérénité qui resplendissait sur le visage du saint Martyr, Crocus redouble de fureur, et ordonne au bourreau de trancher la tête au serviteur de Dieu. A genoux sur la terre arrosée de son sang, le saint pontife élève encore une fois la voix : « Ô Dieu Créateur », dit-il, « ô Christ égal au Père, ô Saint-Esprit, visitez les plaies de mon corps, emmenez avec vous l'âme que vous avez créée, afin de la réunir aux esprits célestes. Seigneur, fortifiez mon peuple, protégez notre ville, soyez toujours son Dieu ». Puis, se tournant vers le bourreau : « Achève », ajoute-t-il, « Dieu me soutient, la mort ne peut m'effrayer ». Le soldat, saisissant son glaive, trancha la tête du serviteur de Dieu, et les hordes sauvages poussèrent un effroyable cri. La légende ajoute que la langue du Saint murmura encore quelques paroles après son martyre, et que ce prodige effraya tellement les Barbares, que plusieurs, dans leur fuite précipitée, se percèrent de leurs propres armes.

Crocus, maudit de Dieu, sentit alors en son cœur une joie infernale. Ayant rassemblé ses soldats, il pénétra dans le château, en massacra la garnison et enchaîna les habitants pour les traîner à sa suite, car il voulait unir leur supplice au triomphe prochain qu'il se promettait devant Besançon. Cependant Dieu veillait à la conservation des reliques de saint Antide. De pieux chrétiens, à la faveur de la nuit, pénétrèrent, malgré les sentinelles ennemies, jusqu'au lieu du supplice, recueillirent les vénérables restes de saint Antide et les ensevelirent hors des murs du château, arrosant de leurs larmes ce coin de terre, qui devenait si précieux à la Séquanie. Un peu

SAINT ANTIDE, ÉVÊQUE DE BESANÇON ET MARTYR. 343

d'espérance se mêlait à leurs larmes, et ils priaient celui qu'ils regardaient comme un saint de mettre un terme à tant de malheurs. Ayant rempli leur devoir filial, ils se dirigèrent vers Besançon, seul asile qui restât à la population séquanaise.

A l'approche des Vandales, les habitants de la cité s'étaient disposés à une héroïque défense. Ils se racontaient en pleurant la mort de leur saint pasteur, et se disaient que, sans doute, il veillait sur eux du haut du ciel. Ces entretiens ranimèrent la confiance dans leur cœur. Les Barbares donnèrent plusieurs assauts, et furent repoussés avec perte. Crocus, qui avait placé son camp sur le mont Délie, voyant tous ses efforts inutiles, leva le siège, pénétra dans la Gaule lyonnaise et porta ses ravages dans le noble pays des Arvernes. Après avoir détruit les vieux temples des païens aussi bien que les autels nouveaux du christianisme, il fit mourir saint Priscet, évêque des Gevaudans. Alors la main de Dieu le frappa. Marius, préfet d'Arles, l'arrêta dans ses triomphes. L'ayant surpris dans une embuscade, il le fit charger de chaînes, le donna en spectacle aux villes qu'il avait ravagées, et le fit mourir au milieu des tortures. Ses troupes furent dispersées et anéanties par les Gaulois, et les bourreaux de saint Antide furent punis jusqu'à dans leurs descendants. Dieu montra par cet exemple à quels châtiments on s'expose en persécutant ceux qu'il a choisis pour ministres de son culte.

Saint Antide est cité dans les martyrologes d'Usuard, de Ferrarius et de Canisius, etc.

## CULTE ET RELIQUES.

Le lieu où saint Antide avait été inhumé fut bientôt connu et vénéré par toutes les populations de la Séquanie. Les malades et les affligés accouraient sur cette terre sainte, et s'en retournaient guéris et consolés. Dès le milieu du ve siècle, on y éleva une église, que l'on croit avoir occupé l'emplacement de l'église actuelle, située à quelque distance du château. Ce lieu, devenu célèbre par les pèlerinages, retentissait presque continuellement des louanges de notre Saint.

Cependant Besançon ne possédait pas encore les corps du pontife qui l'avait protégé contre les Barbares. Au XIVe siècle, Hugues Ier, archevêque de Besançon, dont le génie relevait toutes les ruines et conservait précieusement tous les souvenirs glorieux de la province, ayant ordonné la reconstruction de l'église Saint-Paul, voulut que, au jour de la consécration solennelle de ce sanctuaire, on y apportât les reliques de saint Antide. Ce fut le 24 février 1044, ou, selon d'autres, le 24 janvier 1042, qu'eut lieu cette translation. Les chrétiens, accourus de toutes parts, se joignirent aux habitants de la ville pour grossir le cortège du saint Martyr. Le pontife, à la tête de son clergé et accompagné des principaux de la cité, se rendit en procession jusqu'à Buffey. Les précieuses reliques, placées sur un char magnifiquement décoré, parcoururent, au milieu des populations attendries et prosternées, ce chemin que saint Antide avait parcouru, six siècles auparavant, seul et dans des jours mauvais. Telle est la gloire des serviteurs de Dieu. On ne connaît plus le lieu où le persécuteur de notre évêque posa son pied, tandis qu'on se prosterne sur le chemin sanctifié par la présence de la sainte victime. La ville de Besançon reçut avec autant de joie que de magnificence ce nouvel hôte qui venait la bénir du fond de sa tombe. Les précieux restes de l'illustre Martyr furent déposés près du maître-autel, du côté de l'évangile, dans un grand sépulcre de pierre sur lequel on avait gravé l'effigie de saint Antide avec cette inscription :

*Corpus beati Antidii, egregii martyris, fuit a Buffeo translatum et ibi positum ; qui pro nobis oret. Amen.*

En 1147, Raymond, comte de Bourgogne, allant secourir Alphonse VIII, roi de Castille et de Léon, s'avança contre les Maures avec les nobles de la province, ayant à la tête de ses troupes une image miraculeuse de saint Antide. La victoire ayant couronné ses efforts et sa piété, Alphonse fit ériger dans le monastère de Saint-Vincent, près de Lisbonne, une chapelle où fut placée l'image protectrice, et aujourd'hui encore on a pour elle une grande vénération, justifiée d'ailleurs par une foule de miracles.

Le 25 juin de l'an 1360, Jean de Vienne, archevêque de Besançon, fit enlever les saintes reli-

25 JUIN.

ques du tombeau où elles avaient été placées et les mit dans une chasse d'argent, après en avoir été toutefois le crâne qui fut envoyé à Dijon, un des os du bras qui fut transféré à Flomet, dans le Faucigny, et une autre parcelle qui fut déposée derrière le maître-autel de notre métropole.

Un hôpital, connu sous le nom d'hôpital Saint-Antide, fut fondé à Besançon. Les malades et les pauvres y affluent tellement, que, en 1425, Simon de Clerval, abbé de Saint-Paul et de Gosille, fit faire des quêtes dans les diocèses de Besançon et de Langres, afin de pourvoir aux besoins de cette maison de charité. Cette quête se faisait avec la chasse de saint Antide. En 1432, l'abbé de Saint-Paul amodia le produit de cette quête pour cent livres et douze bons linges.

Au milieu des dangers de la Révolution française, le sacristain de Saint-Paul, de concert avec M. Gilley, curé de cette église, enleva secrètement les reliques de saint Antide et les cacha dans un cimetière. Lorsque le calme revint, en 1803, on recueillit pleinement ces précieux restes et on les plaça à l'église Saint-Maurice, où elles furent reconnues solennellement, en 1807, par M. Durand, vicaire général du diocèse de Besançon.

En 1836, à la sollicitation de Monsieur le curé de Ruffey et des habitants de cette paroisse, une partie des saintes reliques fut portée avec pompe dans ce village, où elles reposent aujourd'hui. Un buste antique représentant saint Antide avec le costume d'évêque fut donné par la paroisse de Saint-Maurice à M. Vanchet, curé de Ruffey, qui le fit placer dans une chapelle élevée par ses soins, dans une position très-agréable, sur la route de Marnay à Besançon. En cette même circonstance, une parcelle de l'avant-bras fut aussi extraite de la grande chasse pour être placée dans le reliquaire avec lequel on donne la bénédiction aux fidèles pendant la fête et l'octave de saint Antide. Toutes les autres reliques sont renfermées dans un coffret de bois précieux, entouré de velours rouge et placé dans une chasse que l'on expose chaque année à la vénération des fidèles.

On conserve à Palleau, paroisse d'Écuelles (diocèse d'Autun), des reliques de saint Antide. Renfermées dans une chasse de cuivre doré, elles ont été vérifiées, en 1450, par Jean Germain, en 1630, par Jacques de Nenchèze, tous deux évêques de Châlons, et récemment encore par Messieurs les vicaires généraux de Monseigneur l'évêque d'Autun.

La fête de saint Antide se célèbre le 17 juin dans le diocèse de Besançon, et le 25 du même mois à Rome, sans doute parce que c'est en ce jour que les précieuses reliques furent extraites du tombeau et placées dans un reliquaire d'argent.

Voici les noms des paroisses dont les églises sont sous le vocable de saint Antide : Mallorans (canton d'Ornans), Passavant (canton de Baume-les-Dames), Naisey (Roulans), Chaux-les-Passavant (Vercel), Aubonne et Chaux-de-Gilley (Montbenoit), Filain (Monthoson), Poutcey (Scey-sur-Saône). Il y a aussi des reliques de saint Antide à l'église de Guyans, dans la chapelle de Notre-Dame de Consolation. Le reliquaire dans lequel elles sont renfermées contient aussi des ossements de saint Prothade et de saint Germain. Une partie notable des reliques fut apportée dans l'église du prieuré de Puluelle, du diocèse de Châlon-sur-Saône, et y a été pleinement conservée jusqu'à ce jour.

Nous avons composé cette biographie à l'aide de la Vie des Saints de Franche-Comté, par les professeurs du collège de Saint-François-Xavier de Besançon.

---

Événements marquants

  • Élève de saint Fronime à Besançon
  • Élection comme évêque de Besançon à la mort de Fronime
  • Voyage à Rome pour resserrer les liens avec le Saint-Siège
  • Multiplication miraculeuse du blé durant le siège de Besançon
  • Martyre par décapitation au château de Ruffey par les Vandales

Miracles

  • Discernement d'hosties non consacrées dans le ciboire de prêtres
  • Multiplication du blé durant la famine à Besançon
  • Domptage du démon pour un voyage à Rome
  • Parole post-mortem après la décapitation

Citations

Nisi Dominus custodierit civitatem, frustra vigilat qui custodit eam

— Écriture Sainte (citée par le saint)

Je suis chrétien, voilà le titre dont je m'honore et que j'estime au-dessus de tous les autres

— Réponse à Crocus