Saint Jean de Valence

Premier abbé de Bonnevaux et évêque de Valence

Fête : 26 avril 12ᵉ siècle • saint

Résumé

D'abord chanoine à Lyon, Jean entra à Cîteaux après une vision divine. Premier abbé de Bonnevaux en 1117, il devint évêque de Valence en 1141 pour restaurer la paix après les scandales de son prédécesseur. Il mourut en 1145, laissant l'image d'un pasteur charitable et indulgent.

Biographie

SAINT JEAN, PREMIER ABBÉ DE BONNEVAUX,

ET ÉVÊQUE DE VALENCE (1145).

Né à Lyon, il fut d'abord chanoine de la cathédrale de cette ville. Ayant fait vœu à Dieu d'entrer dans l'Ordre de Cîteaux, il s'en laissa quelque temps détourner par ses amis. Effrayé de sa faiblesse plutôt que des rigueurs de la Règle bénédictine, il crut pouvoir, de son propre chef, commuer un vœu qui lui semblait impraticable : sur cette fausse persuasion, il résolut d'aller en pèlerinage au tombeau de saint Jacques de Compostelle.

À peine de retour à Lyon, Dieu lui fit connaître son erreur dans une vision menaçante. Notre-Seigneur se présente à lui, accompagné de saint Pierre et de saint Jacques. Le premier tenait à la main un livre où, parmi les noms des élus, il prononça celui de Jean. Mais Notre-Seigneur, se levant en courroux, dit à saint Pierre : « Effacez ce nom du livre des élus ; Jean est un parjure ». Alors saint Jacques se jeta aux pieds du Sauveur et s'écrie : « Grâce, Seigneur, pour l'un de mes plus fervents pèlerins... Il est vrai que Jean n'a point été fidèle à sa promesse ; mais pardonnez-lui. Effrayé de vos menaces et touché de vos miséricordes, il accomplira le vœu qu'il a fait d'entrer dans l'Ordre de vos enfants de Cîteaux ».

À ces mots, Jean se réveille, se jette à genoux et promet de faire pénitence. Sans attendre le lendemain, au milieu des ténèbres mêmes de la nuit, il se dispense à partir pour Cîteaux, ne donnant, cette fois, avis à personne de sa détermination.

À quelque temps de là, Jean fut mis à la tête de la colonie que Cîteaux envoya à Bonnevaux, près de Vienne, en Dauphiné (1117). C'est lui qui eut le bonheur de recevoir dans les bras de la religion saint Pierre de Tarentaise, saint Amédée d'Hauterives et, avec ce dernier, dix-sept autres gentilshommes ; de fonder les abbayes de Tamié, au diocèse de Tarentaise, de Léoncel, au diocèse de Valence, de Mansiade, au diocèse de Viviers.

Or, en ce temps, le siège épiscopal de Valence était occupé par un prélat nommé Eustache, dont le faste, les folles dépenses et la dureté envers les pauvres n'étaient pas d'un évêque. En vain saint Bernard, qui veillait à tout dans l'Église de Dieu, lui écrivit une lettre sévère ; en vain le Pape le frappa d'interdit : six ans s'écoulèrent encore pendant lesquels le prélat prévaricateur se maintint par la force dans Valence. À la fin, le peuple se révolta, se saisit de la personne d'Eustache et le chassa pour toujours de la ville, le lendemain de Pâques (1141). Trois jours après, Jean, que les évêques de la province de Vienne jugèrent seul capable de guérir tant de maux, fut arraché des bras de ses religieux et porté en triomphe sur le siège épiscopal de Valence.

Nous ne suivrons point le bon pasteur allant à travers les villes et les hameaux, chercher la brebis égarée, consoler l'indigent, rendre à chacun la justice. On voulut voir se multiplier l'argent de son aumônière à mesure qu'il le distribuait aux pauvres, et les pierres de Livron servirent aux partisans d'Eustache à le lapider : mais le Saint ne parut pas même s'apercevoir de cet affront : il continua sa route en disant : « Seigneur, ne leur imputez pas cela à péché ».

— « La maison où je vous parle », disait-il à ses officiers de justice qui se plaignaient de sa trop grande indulgence, « a vu assez de rigueurs et de violences : il est temps que nous songions, vous et moi, que nous sommes hommes, capables, par conséquent, de commettre des crimes aussi grands que ceux que nous voudrions punir dans les autres avec tant de sévérité ». Il ne faut pas oublier que, au moyen âge, la plupart des évêques étaient seigneurs temporels.

L'historien de sa vie — un religieux anonyme de Bonnevaux — a résumé en trois mots le but des efforts du saint évêque de Valence : la gloire de Dieu, le salut de son âme, le soin de son troupeau.

Jean rendit son âme à son Créateur, un jeudi, 26 avril de l'année 1145. Le tombeau, où il fut enseveli dans l'église cathédrale, attira bientôt un concours immense de pèlerins. Ce tombeau et les saintes reliques qu'il renfermait furent profanés, en 1562, par les protestants. Il n'en reste plus trace aujourd'hui.

Cf. Propre de Valence, 1853, et Histoire hagiologique de ce diocèse, par M. Nadal.

Événements marquants

  • Chanoine de la cathédrale de Lyon
  • Vœu d'entrer à Cîteaux et pèlerinage à Compostelle
  • Vision de Notre-Seigneur, saint Pierre et saint Jacques
  • Entrée à l'abbaye de Cîteaux
  • Nommé abbé de Bonnevaux en 1117
  • Élection au siège épiscopal de Valence en 1141
  • Lapidation par les partisans d'Eustache à Livron
  • Mort le 26 avril 1145

Miracles

  • Vision de Notre-Seigneur, saint Pierre et saint Jacques
  • Multiplication de l'argent de son aumônière lors des distributions aux pauvres

Citations

Seigneur, ne leur imputez pas cela à péché

— Texte source (lors de sa lapidation)

Il est temps que nous songions, vous et moi, que nous sommes hommes, capables, par conséquent, de commettre des crimes aussi grands que ceux que nous voudrions punir

— Texte source (discours aux officiers de justice)