Saint Pamphile de Césarée

Prêtre et Martyr

Fête : 1er juin 4ᵉ siècle • saint

Résumé

Prêtre de Césarée originaire de Phénicie, Pamphile fut un savant illustre qui constitua une bibliothèque monumentale et travailla à la correction des textes bibliques. Disciple d'Eusèbe et admirateur d'Origène, il subit deux ans de prison et de cruelles tortures avant d'être décapité sous la persécution de Maximin Daïa.

Biographie

SAINT PAMPHILE, PRÊTRE ET MARTYR

Scientiam Dei vulvi, plus quam holocænista. Je préfère la science de Dieu à tous les holocaustes. Osée, VI, 6.

Pamphile était né à Béryte en Phénicie, de l'une des premières familles de la province, et après avoir commencé ses études dans son pays, il était allé de bonne heure les perfectionner à Alexandrie en Égypte, où florissait alors la célèbre école chrétienne qui a donné à l'Église tant de personnages d'une vertu éminente, et ses docteurs les plus distingués. Il y étudia sous Pierius, célèbre philosophe, grand prédicateur et profond théologien, appelé, pour son érudition, le jeune Origène, et qui eut sur l'ancien l'inestimable avantage de verser son sang pour la foi. Il vint ensuite se fixer à Césarée en Palestine, où Agapius, le saint évêque de cette ville, lui donna l'onction sacerdotale, et dès ce jour commença la vie vraiment apostolique de cet illustre Martyr.

Les temps de la persécution s'avançaient. Il était alors facile de prévoir que le christianisme allait s'établir sur les ruines de l'ancienne religion des gentils, principe de vie et de régénération, sur des dogmes morts et que le raisonnement avait percé de toutes parts. Il y avait pourtant encore quelques hommes savants qui luttaient contre l'Église, et défendaient avec acharnement les intérêts de leurs plaisirs et de leurs passions. Ces hommes étaient pour la plupart philosophes. Assez instruits pour comprendre le faible des doctrines qu'ils défendaient, ils voulaient au moins en imposer au peuple par certaines pratiques extraordinaires de dévotion et d'austérités, et le monde idolâtre était plein alors de ces vertus platoniciennes, formées à l'école de Marc-Aurèle et de Trajan. C'est pour cela que nous voyons déjà dans les saints docteurs du second âge, comme dans saint

JUIN.

Justin, ce vernis si brillant de philosophie chrétienne, polie, élégante dans ses mœurs comme un souvenir de Rome et d'Athènes, pure, humble et dévouée comme une digne enfant de l'Évangile, et qui courait mourir dans les amphithéâtres pour la foi qu'elle professait. Nous pouvons dire que Pamphile, prêtre de l'église de Césarée, en fut lui-même un modèle sublime, et que nul ne sut mieux allier l'amour de la science, le désintéressement, le mépris des douleurs, à cette humilité chrétienne, à cette charité qui rapporte tout à Dieu, véritable caractère des disciples de Jésus-Christ. Joignant le goût de la science à celui de la piété, il commença à rassembler une bibliothèque composée des meilleurs ouvrages anciens, qu'il fit venir de tous les côtés à grand prix. Mais comme il ne songeait qu'à défendre la foi, ce fut surtout d'auteurs ecclésiastiques qu'il la remplit, et le nombre des livres qu'elle contenait devint si considérable par la suite, qu'il fut porté jusqu'à trente mille. Parmi eux, on remarquait surtout les écrits d'Origène, dont il était grand admirateur. Il écrivit de sa main la plus grande partie de ses œuvres, et saint Jérôme estima avoir acquis un trésor, lorsqu'il retrouva le manuscrit que notre Saint avait fait des vingt-cinq livres de commentaires de cet auteur sur les douze petits prophètes.

Un des travaux que Pamphile avait le plus à cœur était de corriger le texte de la Bible, afin de présenter ce livre divin aux fidèles, pur de toutes les altérations que la faiblesse humaine avait pu y introduire. Pour mieux réussir dans ce travail, il s'associa le plus célèbre de ses disciples, Eusèbe, depuis évêque de Césarée, et l'ami du grand empereur Constantin. Eusèbe — estimable comme savant, peu estimable comme évêque et partisan acharné d'Arius — s'attacha à notre Saint avec tant d'affection, que la mort seule fut capable de l'en séparer, et que n'ayant pu partager ses travaux et son martyre, il voulut au moins faire connaître à la postérité par quels liens intimes ils avaient été unis, en prenant le nom d'Eusèbe de Pamphile. L'un des premiers et des plus importants ouvrages qu'ils aient fait ensemble a été sans doute la correction des Septante, dont le texte avait été extrêmement corrompu par l'ignorance et la négligence des copistes, depuis qu'Origène l'avait corrigé.

Du reste, ce n'est pas là le seul service éminent que la science de Pamphile et son amour des saintes lettres aient rendu à l'Église. De précieux restes de la bibliothèque du Saint ont survécu aux outrages des siècles dans l'histoire ecclésiastique d'Eusèbe de Césarée, qui est parvenue jusqu'à nous. Et peut-être est-il vrai de dire que, sans cette collection précieuse, l'Église aurait perdu la connaissance d'un grand nombre de faits de ses premiers siècles, puisque c'est de ce trésor qu'Eusèbe tira tous les secours qui lui étaient nécessaires pour l'écrire.

Il est inutile de raconter tous les exercices de pénitence et de piété que saint Pamphile ajoutait à tant d'utiles travaux. Pour pratiquer d'une manière plus parfaite la mortification et le détachement évangélique, il distribua son patrimoine aux pauvres, ne garda auprès de lui que les domestiques et les esclaves depuis longtemps attachés à sa famille, se sépara du monde et chercha dans la solitude le silence et la liberté. Les jeûnes prolongés jusqu'au coucher du soleil, les prières récitées au milieu du silence de la nuit pendant que tout reposait autour de lui, l'abnégation de la volonté propre, tels étaient les exercices de pénitence par lesquels il se préparait au martyre auquel Dieu l'avait prédestiné.

Il donnait des leçons publiques dans la ville de Césarée, lorsque la persécution de Maximin Daïa, qui surpassait encore en cruauté l'empereur Galère Maximin, vint interrompre le cours de ses saints exercices. Il n'était guère de moyen plus sûr de flatter le féroce César, que d'inventer quelque nouveau supplice pour tourmenter les disciples de Jésus-Christ et d'arroser les villes et les provinces de leur sang. Urbain, une de ses créatures, qu'il avait fait gouverneur de Palestine et qui exécutait avec une violence inouïe les ordres de son protecteur, fit arrêter Pamphile, sur la réputation qu'il avait d'être l'un des principaux docteurs des chrétiens, dans la ville de Césarée. Le récit qu'on lui avait fait de la science et des vertus de cet homme extraordinaire, lui avait donné le désir de le voir et d'éprouver par lui-même son savoir et son mérite. L'ayant fait paraître devant lui, il s'entretint quelques instants amicalement avec le saint prêtre, et ne tarda pas à comprendre de quelle importance il serait de gagner au paganisme un homme d'un si grand poids. Promesses, menaces, souffrances et séductions de tout genre, il n'oublia rien pour abattre la vertu de Pamphile. Il lui fit déchirer les côtes avec des ongles de fer ; il le fit flageller avec une cruauté si grande, qu'il fallut transporter le Martyr dans sa prison demi-mort, épuisé de sang. Tous ses efforts furent inutiles, et sa rage vint échouer devant le courage du vaillant champion de la foi. Il attendait que ses plaies fussent fermées pour recommencer avec lui cet horrible combat de la tyrannie contre la conviction, lorsque arriva un ordre de l'empereur, qui le privait lui-même de ses dignités et le condamnait à perdre la vie. Urbain, dépouillé de tout, abandonné de ses gardes, chassé honteusement du palais, fut traîné dans les rues et abandonné aux outrages de la plus vile populace. Elle se vengea largement des exactions de ce gouverneur infidèle, de sa barbarie, de sa vie licencieuse ; elle le couvrit de boue, d'insultes et de blessures jusqu'au lieu du supplice, où il eut la tête tranchée de la main du bourreau.

Maximin, qui n'avait aimé ce malheureux gouverneur qu'à cause de la haine qu'il portait aux chrétiens, envoya à sa place Firmilien, auquel il ordonna de ne rien diminuer de la fureur de la persécution. Le nouveau gouverneur, voyant la ville de Césarée presque entièrement peuplée des disciples de la nouvelle religion, ne voulut pas les irriter au commencement de son administration. Pamphile fut presque oublié dans sa prison, et les amis du saint confesseur eurent la faculté de venir le visiter comme bon leur semblait. Eusèbe de Césarée était emprisonné avec lui ; ils profitèrent de ce temps d'épreuves, pour composer ensemble cinq livres de l'Apologie d'Origène, auxquels Eusèbe seul a ajouté plus tard un sixième livre. Cet écrit était principalement adressé aux confesseurs qui travaillaient aux mines de la Palestine, incertains, dans leur simplicité, s'ils devaient vénérer la mémoire d'Origène, ou croire à ceux qui se déclaraient les ennemis de sa croyance et de ses écrits. Ce fut pour réfuter les calomnies de ces derniers que l'œuvre de Pamphile fut entreprise. On en voyait encore les six livres au neuvième siècle, du temps de Photius. Aujourd'hui nous n'en avons plus que le premier.

Il y avait près de deux ans que saint Pamphile était dans sa prison, lorsqu'une circonstance tout à fait imprévue lui donna l'occasion de recevoir enfin la couronne qu'il attendait depuis si longtemps. Cinq Égyptiens revenaient de Cilicie, où ils avaient conduit des confesseurs condamnés aux mines. Arrivés dans la ville de Césarée, ils se déclarèrent chrétiens aux gardes de la porte, et furent aussitôt conduits en prison. Ces saints personnages avaient quitté les noms profanes que leurs parents leur avaient donnés, et s'étaient appelés Jérémie, Isaïe, Samuel, Elie et Daniel. Le lendemain ils furent conduits devant le gouverneur, qui fit appeler en même temps Pamphile, quatre autres chrétiens, Paul et le saint vieillard Valens, les deux derniers qui devaient recevoir la couronne du martyre avec lui.

Nous ne parlerons ici du martyre des cinq Égyptiens et de leurs quatre compagnons, dont la sentence ne fut pas prononcée en même temps que celle de Valens, de Paul et de Pamphile. Ces neuf martyrs étaient déjà condamnés, lorsque Firmilien en vint aux trois confesseurs, et se disposa à leur faire subir la question. Mais sur l'avis qu'il reçut qu'ils y avaient été soumis tous les trois sous son prédécesseur, il jugea inutile de mettre encore une fois leur constance à l'épreuve, les interrogea pour la forme et les condamna à mort, appliquant la peine prononcée par les édits des empereurs. En ce moment, Porphyre, domestique de Pamphile, jeune philosophe plein de courage, de vertu et d'attachement pour son maître, demanda hautement la sépulture pour les condamnés qui devaient être exposés aux bêtes féroces et aux oiseaux de proie. On le saisit et on le précipita dans le feu, sans autre forme de jugement. Il reçut le baptême du sang dans les flammes qui le consumèrent, et le catéchumène précéda le prêtre de quelques heures dans la gloire de Dieu. Saint Pamphile et ses deux compagnons furent exécutés sur le soir, et leurs corps, par ordre du gouverneur, restèrent exposés pendant la nuit sur le lieu du supplice. Mais aucun animal ne s'en étant approché pendant la nuit pour les dévorer, une protection du ciel si visible toucha les gardes, qui laissèrent aux fidèles la liberté de les emporter.

MM. Ju-le et Caillau, *Vies des Pères* ; — Cf. AA. SS., Ralliet, Godescard et tous les hagiographes.

Événements marquants

  • Études à Alexandrie sous Pierius
  • Ordination sacerdotale à Césarée par l'évêque Agapius
  • Constitution d'une bibliothèque de 30 000 volumes
  • Correction du texte de la Bible (Septante) avec Eusèbe
  • Emprisonnement de deux ans et rédaction de l'Apologie d'Origène
  • Martyre par décapitation après avoir été torturé

Miracles

  • Protection divine des corps exposés aux bêtes que les animaux refusèrent de toucher

Citations

Scientiam Dei vulvi, plus quam holocænista.

— Osée, VI, 6 (cité en exergue)