Saint Paul (Saul de Tarse)
Apôtre des Gentils et Martyr
Résumé
Né à Tarse et d'abord persécuteur acharné des chrétiens, Saul se convertit miraculeusement sur le chemin de Damas après une vision du Christ. Devenu Paul, l'Apôtre des Gentils, il parcourt l'Empire romain pour fonder de nombreuses Églises et rédige quatorze Épîtres majeures. Il meurt martyr à Rome, décapité sous l'empereur Néron.
Biographie
SAINT PAUL, APÔTRE DES GENTILS ET MARTYR
66. — Empereur : Néron.
*Considera Paulum apostolum prius persecutorem, postea annuntiatorem, ante hoc zizaniam, post hoc frumentum, antea lupum, postea pastorem, prius dissipantem, postea aedificantem.*
Admirez l’Apôtre saint Paul; il avait persécuté Jésus, et voilà qu’il l’annonce à haute voix; il avait semé la zizanie, et voilà qu’il répand partout le bon grain. De loup rapace il devient pasteur vigilant, et l’édifice qu’il a ruiné tout à l’heure, il s’emploie tout entier maintenant à le reconstruire.
S. Chrys., in Homil.
Voilà sans contredit un des Saints les plus grands et les plus légitimement illustres que la terre puisse s’enorgueillir d’avoir portés. Sa conversion miraculeuse, sa vocation extraordinaire à l’apostolat, ses travaux immenses, ses souffrances inouïes, ses chaînes qui n’ont jamais arrêté la liberté de sa parole, sa doctrine si haute, ses épîtres si vives, si fortes, si apostoliques, les formes même parfois si rudes de sa langue, distinguent tellement saint Paul qu’il résume en lui toutes les gloires de l’apostolat. Il en est le modèle achevé; dans l’Église on l’appelle le grand Apôtre; et quand on dit simplement l’Apôtre, c’est lui qu’on désigne.
Né à Tarse, en Cilicie, l’an 2 de Jésus-Christ, de parents juifs de la tribu de Benjamin, il reçut en naissant le nom de Saul et le titre de citoyen romain : Dieu, qui le destinait à prêcher l’Évangile principalement parmi les Gentils, voulut qu’il possédât une dignité capable de l’accréditer plus facilement auprès d’eux, et de le délivrer de certains périls très-graves auxquels son œuvre devait l’exposer. À cette époque florissaient à Tarse des écoles qui égalaient en réputation celles d’Athènes et d’Alexandrie. Appartenant à la secte des Pharisiens, probablement par le hasard de sa naissance, le futur apôtre des Gentils les fréquenta de bonne heure, pour s’y faire initier à la science de son siècle. Mais la famille de Saul, qui se distinguait par la droiture de ses mœurs et servait Dieu avec une conscience pure, ce qui était rare chez les Pharisiens, favorisa son goût pour la science de la loi et l’envoya à Jérusalem, à l’école de Gamaliel, chef de l’Académie et prince du sénat judaïque. Ce maître fameux, honoré par tout le peuple, l’initia à la science entière et la plus profonde de la loi, telle qu’on l’étudiait alors, et aux plus hautes spéculations de la théologie, telle qu’on l’enseignait dans une école où étaient réunis les jeunes élèves les plus considérables de la Judée. Saul fit auprès de ce maître habile de si grands progrès que nul ne le surpassait dans la science de la loi de Moïse, dans la tradition des Juifs, dans l’histoire, les coutumes et les cérémonies de sa nation. À cette science si haute il joignait une ardeur dévorante à en maintenir la pratique.
La plus haute personnification de cette pratique minutieuse si caressée du jeune étudiant était le Pharissisme. Secte la plus autorisée du judaïsme,
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elle faisait servir la religion à son ambition personnelle. Dans le but de dominer le peuple et de lui faire accepter sa domination, elle le frappait par l'exagération pratique de la loi. Regardant la justice intérieure avec indifférence, la forme extérieure de la piété lui paraissait seule essentielle. L'Évangile lui reproche vivement cette conduite immorale qu'elle étayait insolemment par des maximes corrompues. C'est au sein de cette secte redoutable que se formait le persécuteur futur de l'Église naissante. Avec son caractère résolu, il embrassa ses préjugés, ses illusions, et s'efforça d'en faire une réalité. Son fanatisme ardent, que rien ne pouvait modérer, alla se heurter contre le christianisme au berceau. Qui l'aurait retenu ! la foi nouvelle détruisait absolument ses idées chimériques et menaçait de tout envahir; devant cette marche conquérante, il n'hésita pas à s'y opposer par l'emploi de la violence.
L'occasion était superbe, l'Église de Jérusalem présentait alors aux yeux du monde un magnifique spectacle, les chrétiens, sous la direction des Apôtres, ne formaient qu'un cœur et qu'une âme et avaient mis tous leurs biens en commun. Des diacres avaient été créés, chargés de distribuer convenablement à tous les membres les revenus de cette association. Vaincus par ce premier élan, bon nombre de Juifs vendaient leurs biens et en apportaient le prix aux pieds des Apôtres. Le diacre Étienne, rempli de l'esprit de Dieu, prêchait avec force et devenait le principal moteur de ces conversions : la lutte était inévitable, elle éclata. Des Juifs de diverses provinces, irrités de ses actions miraculeuses, en vinrent avec Étienne sur le sujet de la religion. Saul fut-il le premier instigateur de cette dispute ou se laissa-t-il entraîner par les autres ? D'après son caractère, il dut en être l'instigateur. Tous ces adversaires d'Étienne, incapables de résister à la sagesse et à l'esprit de Dieu qui parlait en lui, exaspérés de voir leur réputation de science compromise auprès du peuple, s'abandonnèrent aux excitations haineuses d'un orgueil humilié, et, recourant à l'arme des lâches, ils subornèrent des hommes qui osèrent affirmer que le thaumaturge avait prononcé des paroles de blasphème contre Dieu et contre Moïse. Un grand tumulte s'éleva parmi le peuple. Étienne fut enlevé et entraîné au conseil. Là, de faux témoins déposèrent contre lui avec audace, soutenus qu'ils étaient par les sympathies de la foule et la puissance de leurs complices. Alors le grand prêtre Joseph Caïphas demanda au prévenu si les charges qu'on produisait contre lui étaient réelles : lui, pour toute réponse, le visage illuminé comme celui d'un ange, prononça à la honte de ses bourreaux ce discours si connu qui lui valut le martyre. En vertu du jugement du peuple, il fut arraché de l'assemblée et on le traîna hors des murs de la ville pour le lapider. Les témoins de son discours étaient les exécuteurs de la sentence. Or, les témoins qui lapidaient Étienne déposèrent leurs habits aux pieds d'un jeune homme nommé Saul, comme pour exprimer tous, d'une manière sympathique, que c'était de lui, comme représentant du conseil, qu'ils tenaient le droit de le lapider. Saul, complice dans ce premier meurtre, préludait ainsi à une persécution plus ouverte, plus sanglante.
Les fidèles de Jérusalem, atterrés par la mort violente du premier de leurs martyrs, poursuivis par la haine du sanhédrin et violemment dispersés, avaient cru trouver à Damas un abri protecteur. Mais cette capitale de la
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Célé-Syrie était alors soumise au sceptre d'Arétas que des démêlés avec Hérode le Tétrarque avaient rendu ennemi déclaré de Jérusalem. On n'ignorait pas d'ailleurs dans la ville sainte que le disciple Ananias, homme de bien, jouissant d'une grande considération parmi ses compatriotes, avait réussi à décider bon nombre de Juifs de Damas à embrasser la foi de Jésus-Christ. Il s'agissait de frapper un grand coup dont le retentissement arrêterait les progrès d'une doctrine détestée. Saul, ne respirant encore que haine et carnage contre les disciples du Seigneur, s'arma d'une commission du sanhédrin, investi à cette époque d'un pouvoir dictatorial sur toutes les synagogues de la dispersion; puis il vint trouver le grand prêtre Caïphe et sollicita de ce chef des lettres de créance pour les synagogues de Damas, afin que s'il y trouvait quelque membre de la secte du Galiléen, hommes ou femmes, il fût autorisé à les amener chargés de chaînes à Jérusalem. Il se mit donc en route et déjà il approchait de Damas.
Mais le moment est proche où la grâce va opérer un miracle de transformation et nous faire assister, non point à une scène de roman psychologique, comme le voudrait insinuer un rationalisme impie, mais à un drame solennel et mystérieux, à un prodige unique dans les annales de la prédestination des Saints. Elle va procéder par un coup de foudre, saisir le persécuteur et le changer, au sein même de ses projets homicides; quand ses sentiments de rage contre le Christ et de haine contre ses disciples sont au comble, elle va le précipiter dans la foi et la justice qu'elle enfante : saint Étienne a prié pour son condisciple l'élève de Gamaliel, l'Église va saluer saint Paul.
Le persécuteur était à un kilomètre environ de la ville protectrice des chrétiens : une lumière éblouissante l'environne tout à coup; il en est frappé comme d'un éclat de foudre et renversé à terre. C'était en plein midi. En même temps, il entend une voix du ciel qui lui dit : « Saul, Saul, pourquoi me persécutez-vous ? » Au moment où la voix retentit à son oreille, il aperçut le visage du Sauveur : il ne lui apparut pas avec cette majesté voilée qu'il avait sur la terre, et qu'il conserva même avec ses disciples après sa résurrection, en s'entretenant avec eux ; il se montra dans toute la splendeur de son corps glorifié. Saul comprit seul la voix céleste. Ses compagnons de voyage virent la lumière; ils entendirent le bruit des paroles, mais ils n'en comprirent pas le sens et ne virent personne : c'étaient des Juifs hellénistes, et la manifestation surnaturelle se fit en langue syro-chaldaïque, bien connue du savant disciple de Gamaliel. « Qui êtes-vous, Seigneur ? » demanda Saul, les yeux fixés sur la figure radieuse. « Je suis », reprit le personnage céleste, « Jésus de Nazareth que vous persécutez ». Vaincu, l'orgueilleux pharisien de tout à l'heure repart humblement : « Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? » Et le Seigneur : « Levez-vous, entrez dans la ville, et là vous apprendrez ce que vous devez faire ».
Lorsque la vision eut disparu, Saul se releva; mais, ébloui par la clarté d'en haut, il était aveugle : ses compagnons furent obligés de le conduire par la main. Arrivé à Damas dans un appareil bien différent de celui qu'il avait préparé, il resta privé de la vue pendant trois jours qu'il employa au jeûne et à la prière. Mais si les yeux du corps étaient plongés dans les ténèbres, l'œil de l'esprit s'ouvrait à la lumière céleste. En trois jours il vécut
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plusieurs années de pénitence : la grâce inonda son âme de clartés divines. N'est-ce point encore par le silence et les méditations d'une laborieuse solitude que l'Église catholique forme ses ministres aux luttes de l'apostolat ? Or, le lion terrassé aux portes de Damas s'était relevé apôtre : il fallait qu'à la faveur de cette providentielle retraite son intelligence comprit les textes les plus obscurs de l'Écriture, et qu'elle connût que les promesses de l'ancienne loi avaient eu leur accomplissement en Jésus-Christ, le Messie attendu par les Patriarches, annoncé par les Prophètes, l'objet des ardentes espérances de la nation fidèle. Après la clarté éblouissante qui avait inondé le corps, l'illumination intérieure devait être complète ; à cette nature ardente et fanatique, prête à se faire l'esclave d'un maître qui personnifierait son idée, il fallait un précepteur nouveau ; à Saul converti il fallait un Gamaliel chrétien aux leçons duquel il pût en appeler. Cet instructeur est donné au futur apôtre, et il pourra inscrire désormais en tête de ses immortelles épîtres : « Paul, serviteur de Jésus-Christ, appelé à l'apostolat et instruit dans ses nouveaux devoirs non par les hommes, ni par un homme en particulier, mais par Jésus-Christ ».
Le grand converti était instruit, il lui manquait la consécration. Or, Ananias, dans une vision, reçut de Dieu l'ordre d'aller imposer les mains à Saul, afin de lui rendre la vue. Surpris, il objecte les agissements du persécuteur d'hier ; mais le Seigneur le rassurant : « Allez, car il est pour moi un vase d'élection ; je l'ai destiné à porter ma loi parmi les nations, devant les rois, et à l'annoncer aux enfants d'Israël. Je lui montrerai, en outre, combien il aura à souffrir pour mon nom ».
A la même heure, Saul avait une vision semblable qui lui annonçait sa guérison par le ministère d'Ananias. Celui-ci ne tarda pas à frapper à la porte d'un Juif, nommé Jude, dans la rue Droite, chez lequel Saul était logé. « Saul, mon frère », dit-il en entrant, « le Seigneur Jésus, qui vous est apparu sur le chemin, m'a envoyé vers vous pour vous rendre la vue et pour que vous receviez le Saint-Esprit ». Dès qu'il lui eut imposé les mains, il lui tomba des yeux comme des écailles et il recouvra la vue. Saul se leva et reçut aussitôt le baptême.
Voici le moment solennel : converti, instruit, consacré, régénéré par les eaux du Baptême, l'illustre néophyte avait tout ce qu'il fallait pour devenir l'instrument de grands desseins : la diffusion de la foi dans le monde entier, tel est le programme dont l'exécution lui est confiée par son nouveau maître ; sa mission va commencer. Il ne lui manquait plus que la préparation immédiate : Saul passa par ses épreuves. Damas, qui devait être le théâtre de ses fureurs, fut celui de ses premiers essais apostoliques. Il se mit à prêcher dans les synagogues, au grand ébahissement des Juifs qui connaissaient le but de son voyage. Ne pouvant lui pardonner son changement de rôle, ils le poursuivirent d'une haine implacable ; et pour en finir plus vite avec lui, ils résolurent de le tuer : cette espèce d'argument, en effet, n'admet point de réplique. Mais Saul, prévenu du complot qui se tramait contre sa personne, réussit à se soustraire à cette argumentation.
tentation du poignard. La fuite lui était difficile, les Juifs gardaient jour et nuit les portes de la cité, comptant frapper plus sûrement leur victime. Pour déjouer leur malice, les fidèles de Damas descendirent Saul pendant la nuit, dans une corbeille, par-dessus les remparts de la ville. Il se retira alors en Arabie. A cette nature ardente il fallait, avant de parcourir sans s'arrêter sa nouvelle carrière apostolique, un séjour dans la solitude : le désert attire les grandes âmes. Saul resta trois ans dans la retraite, se disposant par la prière, la méditation, le recueillement et la pénitence, à remplir la mission à laquelle Dieu l'appelait. Ces trois années devaient remplacer, pour ainsi dire, celles que les Apôtres avaient eu le bonheur de passer en la compagnie du divin Maître. Aussi bien il était juste que Saul allât méditer l'Évangile dans la contrée où Moïse avait médité la loi, et qu'il allât, comme Élie dont il avait le zèle ardent, visiter l'Horeb, cette montagne des visions divines. De la race des Moïse et des Élie, il convenait qu'il allât préparer son sublime apostolat dans ces lieux illustrés par tant de prodiges, et fouler de ses pieds d'apôtre cette terre et ces rochers que les plus grands zélateurs de la loi ancienne avaient parcourus plusieurs siècles avant lui. Au sortir de l'Arabie, à trente ans, il était Apôtre et missionnaire dans toute la rigueur de l'expression : il pouvait, au lendemain des péripéties et des travaux de sa vie cachée, commencer, à l'exemple du Sauveur, l'apostolat de sa vie publique.
C'est ici le lieu d'esquisser le portrait de celui qui joua un si grand rôle dans la diffusion du Christianisme. De tous les personnages de l'âge apostolique, saint Paul est, sans contredit, celui que nous connaissons le mieux. Saint Luc, dans les Actes, et plus encore lui-même dans ses Épîtres, ont dépeint sa personne et son caractère. Il était de taille médiocre ; il avait trois coudées, dit saint Chrysostome, et pourtant il touchait le ciel. Sa physionomie avait plus de finesse que de majesté, aussi les Lycaoniens le prirent-ils pour Mercure, tandis qu'ils regardaient saint Barnabé comme Jupiter, à cause de son extérieur plein de dignité. Ses ennemis de Corinthe reconnaissaient la force et l'énergie de son âme dans ses lettres ; mais ils étaient étonnés de la faiblesse de son corps et de son apparence chétive. Aux yeux de quelques gens d'un goût raffiné et difficile, son élocution paraissait quelquefois embarrassée, quoiqu'elle fût ordinairement abondante et suffisamment ornée. Absorbé par des pensées sérieuses, il ne faisait pas beaucoup de cas de l'éloquence ; mais sa diction était empreinte d'une certaine fierté, et, à l'occasion, son langage devenait entraînant, persuasif, noble, sublime. Ce qui donnait plus de force à son discours, c'est qu'il avait la conviction de posséder l'esprit de Dieu et que Jésus-Christ parlait par sa bouche : de là la confiance qui l'anime, sans jamais lui faire défaut.
Mais, sous cette frêle enveloppe est cachée une âme forte, un esprit généreux, un cœur que rien ne saurait abattre, que le danger n'étonne et n'épouvante jamais. Si son corps est débile, si la souffrance l'accable, il se glorifie de ses infirmités. Il sent sa propre faiblesse, mais il est fort de la force de Dieu. Il montre comme des souvenirs glorieux les cicatrices des coups et des blessures qu'il a reçus dans l'exercice de l'apostolat et dont son corps est couvert. Ce sont les stigmates auxquels on reconnaît qu'il est
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serviteur de Jésus-Christ. Quatre fois, comme il nous l'apprend lui-même, saint Paul fut consolé et fortifié par des visions célestes; il eut même une extase où il fut transporté en présence de la majesté divine, et entendit des paroles mystérieuses qui ne pouvaient être répétées. En outre il était en communication directe et continuelle avec le Sauveur qui lui avait apparu sur le chemin de Damas. Dans ce commerce surnaturel, il trouvait une vertu qui ranimait ses forces souvent près de défaillir. Dix ans environ avant sa mort, il avait déjà été flagellé cinq fois par les Juifs. En violation de ses droits de citoyen romain, trois fois il fut battu de verges. À Lystre, après avoir voulu lui rendre les honneurs divins, le peuple, par suite d'un changement inconcevable, le lapida et le laissa pour mort. Dans ses voyages sur mer, trois fois il fit naufrage; une fois il passa un jour et une nuit à la merci des flots, soutenu sur un débris de navire. Durant ses pérégrinations apostoliques, il fut enchaîné et jeté sept fois en prison. Dans les tribulations qu'il endure, au milieu des douleurs qui l'accablent, il voit la continuation et le complément des souffrances de Jésus-Christ dans sa Passion. Peu lui importe la vie ou la mort, pourvu que sa vie ou sa mort contribue à la glorification de Jésus. Il eût préféré mourir pour être uni au Christ, mais il accepte de grand cœur la nécessité du travail pour remplir sa mission.
Vrai modèle de l'Apôtre et du pasteur des âmes, saint Paul se fait tout à tous, se plie aux circonstances, s'identifie avec les sentiments et les besoins de ceux qu'il a convertis à la foi. Il garde toujours la dignité de l'Apôtre, il est ferme dans le maintien de la foi et les pratiques importantes; mais pour le reste il est indulgent, facile, miséricordieux. Pour ses néophytes il a des entrailles de mère. Il pense, il sent, il souffre, il se réjouit avec eux. Au lieu de leur imposer sèchement des lois, il s'efforce, en usant de toute la condescendance possible, de les amener à ne pas avoir d'autre volonté que la sienne. Rarement il use du commandement. Il semble toujours calculer d'avance l'effet de ses paroles, guidé par son expérience des hommes, et par son amour pour les nouveaux chrétiens.
La suite de cette histoire va mettre en évidence tous les traits du caractère de saint Paul, et mettre en relief cette grande figure.
Comme le succès de la propagation de l'Évangile et sa consolidation dans le monde dépendaient surtout de l'unité de vues et de directions, Saul comprit la nécessité de se mettre en relation avec saint Pierre, prince des Apôtres; dans ce but il se rendit à Jérusalem où résidait alors le chef de l'Église. Cette déférence nécessaire, loin de diminuer la dignité de sa vocation extraordinaire, devait donner à sa prédication une autorité plus incontestable. En s'unissant au collège apostolique dans la personne de son chef, il conservait l'unité de la foi; la prédication de l'Évangile aux Gentils, dont il allait être spécialement chargé et qui devait soulever contre lui tant de haines, de calomnies, d'atroces persécutions, ne devait offrir rien d'anormal aux yeux de l'Église. Cette entrevue de Pierre et de Paul, « la forme des siècles futurs », selon l'expression de Bossuet, est un des moments les plus solennels de l'histoire de l'Église. Entre le premier baiser des deux Apôtres et leur dernier adieu sur la voie d'Ostie, quand ils se séparèrent pour aller au martyre, les deux frères auront fondé Rome chrétienne et fait adorer le nom de Jésus par tout l'univers.
Toutefois, quand Saul reparut sur la scène de ses anciennes fureurs, toutes les émotions pénibles se réveillèrent : l'ancienne crainte reparut, parce que sa conversion ne trouvait que des incrédules. Repoussé de toutes
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parts, il était dans un état de grande perplexité, quand l'heureuse rencontre de Barnabé la fit cesser. C'était un vieil ami, ils avaient étudié ensemble chez Gamaliel, à ce qu'on pense. Ayant appris sa conversion miraculeuse, il le prit avec lui, et, usant en sa faveur de son crédit auprès des Apôtres, il le leur présenta en leur racontant la manière dont le Seigneur lui était apparu sur le chemin, tout ce qu'il lui avait dit dans cette vision, et comment, depuis ce jour, il avait parlé librement et fortement au nom de Jésus dans la ville de Damas. Pierre et Jacques, ayant appris de la bouche de Barnabé le changement prodigieux de Saul, le reçurent avec joie, le premier en qualité de chef de l'Église, le second comme premier évêque de Jérusalem; il demeura même avec saint Pierre pendant quinze jours. Recommandé aux fidèles de Jérusalem par ces deux grands Apôtres, il put communiquer avec eux.
A peine introduit dans cette Église, la première de toutes, Saul ne prit pas un instant de repos; toujours Apôtre, il commença aussitôt à parler avec force aux Gentils, et à disputer avec les Grecs ou Juifs hellénistes. Vaincus dans ces disputes où le génie, la foi et la science de Saul brillaient d'un si vif éclat, dominés surtout par cet amour de Jésus-Christ qui brûlait son cœur et donnait tant de force à sa parole, les Hellénistes ne purent souffrir plus longtemps sa présence à Jérusalem. Dans leur impuissance à lui imposer le silence par la parole, ils résolurent de le faire taire en le faisant mourir. Mais Dieu veillait sur son Apôtre. Ravi en extase pendant qu'il priait dans le temple, il fut éclairé d'en haut sur la conspiration clandestine des Hellénistes et leur opposition opiniâtre à ses discours; en même temps, Jésus-Christ lui ordonna de sortir de Jérusalem où jamais il ne devait trouver la paix, et d'aller annoncer l'Évangile aux nations lointaines auxquelles il devait être envoyé. Les frères le conduisirent donc à Césarée de Philippe d'où Saul se rendit par mer à Tarse, sa patrie. Il y rentra avec une science et une sagesse bien supérieures à celles qu'il avait emportées en la quittant. Tarse avait envoyé un disciple à l'école pharisienne de Gamaliel : c'était un apôtre que Jésus et saint Pierre lui renvoyaient.
Mais ce n'était que pour un temps. « La persécution faite du temps d'Étienne », dit l'auteur des Actes, « avait dispersé les fidèles. Quelques-uns s'étaient arrêtés en Phénicie, d'autres s'étaient retirés dans l'île de Chypre, d'autres s'étaient établis à Antioche : ils firent connaître la doctrine nouvelle aux Juifs seulement. Mais quelques Cypriotes et des Cyrénéens n'hésitèrent pas à annoncer Jésus-Christ même aux Grecs. La main de Dieu était avec eux, et beaucoup se convertirent au Seigneur ». Dieu répandit des bénédictions abondantes sur cette expansion de l'Évangile au-delà des limites étroites du judaïsme, des coups efficaces étaient ainsi portés au mur de séparation élevé entre les Juifs et les Gentils, et ce mur allait bientôt crouler sous les coups bien plus forts du grand démolisseur que Dieu tenait en réserve dans la ville de Tarse. Cependant le nombre des Gentils qui se convertirent à la foi dans la métropole de la Syrie devint si considérable que le bruit en étant parvenu à Jérusalem, les Apôtres jugèrent nécessaire d'envoyer Barnabé à Antioche. Originaire de l'île de Chypre, il avait une grande connaissance de la langue de cette ville, et il pouvait travailler efficacement à la conversion de ses habitants. Son espoir ne fut pas déçu, l'immense multitude qui l'entendit crut et se donna au Seigneur par son ministère. Mais aussi, il sentait avec peine que sa parole ne suffirait jamais à elle seule à semer la vérité dans un champ vaste comme celui qu'il avait entrepris de défricher. Juste appréciateur du zèle ardent
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de Saul, dont il connaissait depuis longtemps la vaste science, et que d'ailleurs il avait entendu à Jérusalem, il jugea sagement qu'il devait l'appeler auprès de lui. Il se hâta donc d'aller le chercher à Tarse où il le trouva occupé à évangéliser ses parents et ses compatriotes, il le prit et l'emmena avec lui à Antioche.
C'était une heureuse inspiration d'une âme généreuse toute dévouée à l'œuvre de la propagation de la foi; aussi cette louable initiative eut-elle le succès le plus complet, et, pendant l'année qu'ils travaillèrent ensemble dans cette ville célèbre, répandirent-ils la lumière divine à flots. Les disciples devinrent si nombreux qu'ils durent chercher un nom qui ne put être usurpé ni par les Juifs ni par les Gentils : ils furent heureusement inspirés d'en haut en prenant pour la première fois et à tout jamais celui si glorieux de chrétiens, nom d'autant plus juste qu'ils sont la riche dépouille arrachée par Jésus-Christ au prince de ce monde.
Tandis que Saul et Barnabé consolidaient par leurs travaux la nouvelle église d'Antioche, la voix du prophète Agabus annonçait qu'une grande famine désolerait la terre : cette prédiction s'accomplit en effet sous le règne de Claude. Elle excita la pitié des chrétiens d'Antioche. Oubliant que cette calamité pouvait les atteindre, leur charité expansive s'émut de compassion sur le sort des frères de Judée. Généreusement résolus à prévenir un malheur, ils travaillèrent à réunir une somme assez forte, et chargèrent Saul et Barnabé de porter cette offrande aux chrétiens de Jérusalem. Les deux envoyés la remirent aux chefs de cette église, puis revinrent dans la capitale de la Syrie, en compagnie de Jean-Marc, parent de Barnabé, qu'ils ramenèrent de la ville sainte. Cette mission de Saul et de Barnabé est le premier exemple d'un secours d'argent envoyé par une Église à une autre Église. Ce mouvement de compassion spontanée est le germe des grands développements que la charité chrétienne allait prendre avec son esprit de dévouement et de sacrifice.
Or, à mesure que les travaux des Apôtres donnent à l'Église naissante de plus grands accroissements, la mission de Saul se dessine plus nettement. Encore confondu avec d'autres ministres sacrés, tout annonce que sa grandeur apostolique va briller enfin d'un plus vif éclat; celui qui est inscrit le dernier sur la liste des Prophètes et des orateurs de l'église d'Antioche va devenir le premier et tout effacer.
Le collège apostolique, pour la diffusion de la bonne nouvelle dans l'univers, devait être composé de douze, selon les desseins du Sauveur. Déjà Matthias avait remplacé l'apôtre infidèle, Judas, qui avait indignement trahi son Maître et renoncé aux honneurs comme aux labeurs de l'apostolat. Deux places maintenant étaient vacantes dans le corps des envoyés par excellence : saint Jacques le Majeur venait de recevoir la couronne du martyre; saint Jacques, fils d'Alphée, avait été constitué évêque de Jérusalem, et se trouvait ainsi placé en dehors de l'action apostolique, auprès des nations. Or, pendant que les ministres de l'Évangile accomplissaient devant le Seigneur les fonctions de leur ministère sacré, c'est-à-dire pendant qu'ils offraient la liturgie ou le saint sacrifice et qu'ils jeûnaient, Dieu qui dispose des Apôtres eux-mêmes selon son bon plaisir, leur dit par la bouche de l'Esprit-Saint : « Séparez-moi Saul et Barnabé pour l'œuvre à laquelle je les ai appelés ». Cet ordre divin fut intimé avec une telle manifestation de la volonté céleste que tous s'y soumirent avec respect. Les Apôtres désignés acceptèrent avec joie les travaux et les fatigues de cet itinéraire à travers les nations païennes; leur zèle était préparé à vaincre tous les
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obstacles, à supporter avec patience toutes les souffrances. Les autres, animés du même esprit d'obéissance et de dévouement à la cause de l'Évangile, regardèrent sans envie ni esprit d'émulation le choix de Saul et de Barnabé. Tous ensemble, ayant jeûné et s'étant mis en prières, ils imposèrent les mains aux voyageurs apostoliques, et ils le laissèrent aller où le vent de Dieu les poussait. Remplis de l'Esprit-Saint, qui les conduisait à de nouvelles conquêtes, ils prirent le bâton d'Apôtres et partirent.
Saul et Barnabé complétaient ainsi le nombre sacré de ceux qui devaient être employés à une mission active; et ils cheminaient déjà vers les pays idolâtres qu'il s'agissait de conquérir, quand Celui qui avait arrêté Saul sur le chemin de Damas ou de la persécution, voulut le terrasser encore sur celui de l'apostolat. La mission de Saul était si grande, que Jésus, qui la lui avait confiée, hésitait à le croire préparé suffisamment pour une œuvre si gigantesque. Il semble qu'il manquait à la perfection de l'ouvrage divin une dernière entrevue, un sublime adieu, où le Maître révélerait au disciple les plus intimes secrets et où le disciple assurerait au Maître qu'il l'a parfaitement compris. Saul fut donc ravi en extase jusqu'au troisième ciel; son âme fut inondée de lumières au-dessus de la portée commune de l'esprit humain : Dieu daigna ouvrir à ses yeux les trésors de sa grâce et de sa sagesse. Ce rude apostolat, où il devait porter le nom de Jésus-Christ à toutes les puissances du siècle, allait l'exposer à tant de périls, lui faire subir tant de contradictions et souffrir tant de persécutions sanglantes, qu'il méritait d'être précédé de cette vision des mystères célestes. Ce fut elle, qui, en retrempant son âme si forte, la rendit pour ainsi dire invulnérable et la fit sortir heureusement de toutes les épreuves.
Nous pouvons le suivre dès lors, prêchant depuis Jérusalem jusqu'en Illyrie et dans les régions environnantes, avant même d'avoir mis les pieds en Italie, comme il l'écrivait lui-même aux Romains. L'Arabie, la Séleucie, le pays de Damas, la région d'Antioche, les villes de l'île de Chypre, de la Pamphylie, de la Pisidie, de la Lycaonie, de la Syrie, de la Cilicie, de la Phrygie, de la Galatie, de la Mysie, de l'Achaïe, de l'Épire et des autres contrées situées entre Jérusalem et l'Illyrie, ce qui embrasse un espace de quatre à cinq cents lieues à la ronde, ont entendu sa parole apostolique; ces régions l'ont vu créant des Églises en courant et faisant surgir du sein de l'idolâtrie le peuple fidèle, destiné à adorer Dieu en esprit et en vérité.
Saul et Barnabé, en compagnie de Jean-Marc, qui leur servait de ministre, remplissant la fonction de catéchiste et pourvoyant à leurs besoins temporels, se dirigèrent d'abord vers l'île de Chypre, patrie de Barnabé, en passant par Séleucie sur l'Oronte, où ils firent sans doute quelques conversions et s'embarquèrent. Ils abordèrent et prêchèrent à Salamine, où les Juifs possédaient plusieurs synagogues. Leur zèle leur fit parcourir rapidement l'île entière et ils arrivèrent à Paphos, où le proconsul Sergius Paulus
1. On voit dans ce passage des Actes, l'origine des jeûnes et des prêtres que l'Église emploie dans les ordinations : quand l'âme s'élève à Dieu en s'humiliant dans la prière, et offre en hostie vivante un corps mortifié par le jeûne, l'Esprit-Saint se communique aux Ordinands avec une plus grande abondance de lumière et fait connaître la volonté de Dieu. On assista de plus ici à la naissance de la coutume de l'Église catholique, d'ordonner ses ministres durant l'oblation des saints mystères; tout prêtre étant destiné à offrir le sacrifice du corps et du sang de Jésus-Christ, doit recevoir l'ordination au moment de son immolation.
Cette imposition des mains sur Saul et sur Barnabé était-elle une ordination épiscopale? c'est le sentiment général. La question méconnue relative à l'apostolat n'ayant pas exempté Saul de l'obligation de recevoir le baptême des mains d'Ananias, on ne voit pas pourquoi cette même vocation l'aurait exempté de recevoir le sacrement de l'Ordre. Dans les vocations même extraordinaires, Dieu qui agit toujours avec mesure, ne supprime pas les règles qu'il a établies.
29 JUIN. avait fixé sa résidence. Là, se trouvait le temple de Vénus, le plus ancien et le plus vénéré de cette abominable idole ; mais là où le péché abondait, la grâce devait surabonder. L'arrivée des deux Apôtres produisit une émotion profonde. Saul s'adressa d'abord aux Israélites, ce qu'il continua de faire par la suite dans toutes les villes où existait une synagogue. La parole du salut devait retentir premièrement aux oreilles des fils des patriarches : quand ceux-ci se montrèrent indociles, il se tourna vers les étrangers.
Cependant, la réputation des deux missionnaires étant parvenue aux oreilles du proconsul romain, il voulut les voir et les entendre. Sergius Paulus était un homme grave et instruit, qui, à ce qu'il paraît, était versé dans l'étude des questions religieuses. Dès que les Apôtres eurent commencé à lui parler de Jésus-Christ, un Juif, nommé Barjésu et surnommé Élymas ou le Magicien, se mit à les contredire avec violence. Ne pouvant supporter plus longtemps l'insolence de cet ennemi furieux de l'Évangile, Saul lui reprocha vivement de mettre des obstacles dans les voies du Seigneur, et le frappa d'aveuglement. L'imposteur sur-le-champ perdit la vue, et cherchait, dans sa marche mal assurée, quelqu'un qui lui donnait la main. Saul acheva son œuvre, il instruisit le proconsul qui embrassa le Christianisme. Cette conversion était propre à faire une vive impression ; aussi, Saul en ressentit une joie extrême. A partir de ce jour, le nom de Saul disparaît entièrement de l'histoire, et le conquérant apostolique, orné de cette dépouille opime, échange le vocable juif, qu'il tenait de ses aïeux, pour celui de Paul, le proconsul qu'il a enfanté à Jésus-Christ.
Au sortir de Paphos, Paul et Barnabé, ayant toujours Jean-Marc en leur compagnie, s'embarquèrent pour le continent Asiatique. Leur première station sur la terre ferme fut à Perge, en Pamphylie, la ville de la déesse Artémis, qu'elle adorait à l'égal de la Diane d'Éphèse ; mais Dieu, qui règle par ses décrets le temps de sa visite, ne permit pas aux Apôtres de s'arrêter en cet endroit : laissant Perge dans son infatuation sans y faire briller la lumière, ils allèrent, en suivant l'impulsion de l'Esprit-Saint, à Antioche de Pisidie. A cette époque, Jean-Marc quitta ses guides pour retourner à Jérusalem, auprès de sa mère. Paul fut très-sensible à cette retraite, comme si le premier compagnon de ses voyages eût paru découragé en face des difficultés ou céder à un mouvement d'inconstance. Paul était citoyen romain, il était assuré de voir tomber devant lui des obstacles : aussi Barnabé ne fit-il pas difficulté de demeurer avec lui. Les Juifs étaient en nombre à Antioche, et ils y possédaient une synagogue fréquentée. Le jour du sabbat, les deux missionnaires y entrèrent : l'assemblée était considérable. Suivant la coutume, quand un Israélite de distinction, venu d'ailleurs, se trouvait dans la salle, le président de la synagogue l'invitait à prendre la parole pour expliquer à ses frères le passage des livres sacrés dont on faisait la lecture publique. Ce jour-là, on lut le chapitre premier du Deutéronome et le chapitre premier du prophète Isaïe. Paul avait une réputation d'éloquence : il fut invité à faire le commentaire du texte sacré, et à prononcer quelques paroles d'édification. L'Apôtre saisit avec empressement l'occasion d'annoncer Jésus-Christ. Il se leva aussitôt, et de la main imposant le silence : « Enfants d'Israël », dit-il, « et vous tous qui craignez le Seigneur, écoutez-moi ». Ensuite, conformément à une coutume traditionnelle parmi les descendants d'Abraham, il rappela brièvement quelques-unes des grandes merveilles opérées par Dieu en faveur du peuple choisi. C'était une espèce d'exorde pour arriver à prêcher ouvertement la venue du Messie, le témoignage solennel rendu par Jean-Baptiste à Jésus-Christ, la mission divine du
SAINT PAUL, APÔTRE DES GENTILS ET MARTYR.
Sauveur, sa passion, sa résurrection glorieuse. Si le Christ a été livré à la mort par les princes de sa nation, l'Apôtre ne manque pas de dire qu'ils l'ont fait par ignorance et parce qu'ils ne comprenaient pas les prophéties. « Enfin », ajoute Paul en terminant, « c'est par Jésus et en Jésus que la rémission des péchés nous est annoncée ».
Ce discours produisit une impression si profonde dans l'esprit des auditeurs, qu'on pria les missionnaires de reprendre leurs conférences le sabbat suivant. Ceux qui avaient fait cette prière s'attachèrent aux deux Apôtres qui s'appliquèrent à développer en eux ces heureuses influences de la grâce ; mais aussi, bon nombre des membres de l'assemblée s'étaient séparés, animés de tout autres sentiments : une rixe était inévitable. Au jour convenu, l'affluence fut énorme : les Grecs y étaient en foule, heureux d'apprendre que le salut leur était préparé, et que désormais il n'y aurait plus de différence en Jésus-Christ entre les Juifs et les Gentils. Paul n'eut pas plus tôt ouvert la bouche, qu'il fut arrêté par les objections, les récriminations, les injures même et les blasphèmes. Paul et Barnabé dirent alors avec fermeté à ceux de leur nation : « Il fallait vous annoncer la parole de Dieu à vous les premiers ; mais puisque vous la repoussez avec mépris, et que vous vous jugez indignes de la vie éternelle, nous nous adressons aux Gentils, d'après le précepte du Seigneur ». A ces mots, beaucoup de Grecs se convertirent, tandis que les Juifs proféraient des menaces. Alors, suivant la pratique que les disciples avaient apprise du Sauveur, apôtres et néophytes secouèrent la poussière de leurs pieds et se retirèrent à Iconium, capitale de la Lycaonie.
On honorait à Iconium, de même qu'à Éphèse, une pierre tombée du ciel et regardée comme l'image de la divinité. Arrivés dans cette cité, alors florissante, représentée aujourd'hui par un amas de chétives masures, les Apôtres entrèrent dans la synagogue et se mirent à enseigner. Grand nombre de Juifs et de Gentils embrassèrent la foi. Remplis d'une sainte audace, malgré les obstacles qu'on leur suscitait, Paul et Barnabé prolongèrent leur séjour de manière à accroître leurs conquêtes ; les miracles ajoutaient une autorité singulière à leurs paroles. Telle fut l'agitation qui s'empara des esprits à la vue de ces prodiges et en écoutant cet enseignement sublime que la ville fut partagée en deux camps : les uns étaient ouvertement déclarés pour les Apôtres, les autres encourageaient les passions des Juifs. Les préjugés populaires eurent enfin le dessus : une émeute était imminente. Les prédicateurs de l'Évangile, pour éviter de plus grands maux, s'éloignèrent de la ville, tout en demeurant dans la même province ; ils se fixèrent à Lystre et à Derbe, d'où ils évangélisèrent toute la contrée voisine.
Il y avait à Lystre un boiteux, privé dès sa naissance de l'usage des jambes, et dont l'infirmité était connue de tous les habitants. Cet homme se faisait remarquer par son application à écouter la parole de Dieu. Paul le distingua entre tous, et, cédant à un mouvement intérieur inspiré du ciel, il lui dit à haute voix : « Levez-vous ». Le boiteux se leva aussitôt et se mit à marcher. On comprend mieux qu'on ne saurait l'exprimer l'étonnement de l'assemblée. La stupéfaction fit bientôt place à l'admiration. Tous, hors d'eux-mêmes, ne comprenant pas la véritable cause de ce prodige, criaient : « Des dieux, revêtus de la forme humaine, sont descendus parmi
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nous ! » Dans leur enthousiasme, ils donnèrent à Barnabé le nom de Jupiter, à cause des traits majestueux de son visage, et Paul fut salué du nom de Mercure, interprète des dieux, à cause de son éloquence. Toute la ville céda au même transport, si bien que le prêtre de Jupiter courut au temple et en amena deux taureaux couronnés de fleurs pour leur offrir un sacrifice. Les premières clameurs avaient été poussées en idiome lycaonien ; aussi les Apôtres furent-ils surpris et indignés en voyant les préparatifs d'un tel acte d'idolâtrie : « Que faites-vous ? » s'écrièrent-ils en déchirant leur tunique, « nous sommes des hommes mortels comme vous ; nous venons précisément vous exhorter à quitter ces vaines superstitions de l'idolâtrie pour adorer le Dieu vivant, Créateur du ciel et de la terre ». Ils eurent beaucoup de peine à calmer l'effervescence populaire. Cependant (triste exemple de l'inconstance de la foule), quelques Juifs d'Antioche et d'Iconium étant survenus, réussirent à changer en une haine furieuse l'admiration tout à l'heure si enthousiaste des Lycaoniens. On se rua sur les Apôtres. Paul fut entraîné hors de la ville, accablé de pierres et laissé pour mort. Les disciples, désolés, l'entourèrent ; mais, à leur grande joie, les blessures étaient moins graves qu'ils ne le craignaient. L'Apôtre se releva, rentra avec eux dans la ville et se trouva le lendemain en état de partir. Il avait dès lors un trait de ressemblance de plus avec Celui qui, après avoir été reçu comme roi à Jérusalem, fut, six jours après, conduit par les mêmes personnes sur le Calvaire, comme un criminel.
A Derbe, dans la même province de Lycaonie, Paul et Barnabé reprirent avec ardeur le cours de leurs prédications. La persécution n'avait nullement refroidi leur zèle. Après avoir opéré de nouvelles conquêtes à l'Évangile, ils revinrent à Lystre et à Iconium confirmer les néophytes dans la foi, ne leur laissant pas ignorer qu'il nous faut parvenir au royaume de Dieu à travers beaucoup de tribulations. Ils parcoururent encore la Pisidie, la Pamphylie, établissant des évêques et des prêtres partout où ils le jugèrent utile pour l'avantage de ces chrétientés naissantes. Ils descendirent enfin à Attalie, port de la Méditerranée, d'où ils s'embarquèrent pour Antioche. Les fidèles de cette grande ville les reçurent avec une sainte allégresse, après une absence de quatre ans. Mais leur âme surabonda de joie, lorsqu'ils apprirent les grandes choses que Dieu avait opérées par leur ministère, et la moisson abondante recueillie parmi les Gentils, auxquels était si largement ouverte la porte de l'Évangile.
Telle fut, parmi les Gentils, la première mission de Paul et de Barnabé, couronnée de si heureux résultats. Elle ne fut qu'un prélude à d'autres succès encore plus remarquables, mais aussi achetés au prix de plus grands labeurs. Les deux Apôtres restèrent deux ans au sein de cette florissante chrétienté d'Antioche.
Leur repos y fut troublé par des discussions graves et intestines qui y surgirent tout à coup. Les ethnico-chrétiens d'Antioche et les judéo-chrétiens de Jérusalem, les Grecs convertis de saint Paul et les Juifs convertis de
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saint Jacques allaient se voir inquiétés dans leurs rapports mutuels : la controverse, ou plutôt l'erreur des Judaïsants, timide jusqu'alors, jetait le masque maintenant, et se montrait audacieuse. Ces pharisiens convertis, venus de la Judée avec leur attachement ridicule pour le formalisme mosaïque, voulaient étouffer dans des langes usés le christianisme naissant, le garrotter dans leurs entraves, l'empêcher de se mouvoir et de marcher dans ses libres allures. Pharisiens après comme avant leur conversion, ils semaient la division dans la chrétienté naissante d'Antioche, en soutenant la nécessité de la circoncision et des autres observances de la loi cérémonielle comme initiation préalable de l'Église chrétienne, tandis que saint Paul, le pharisien converti par excellence, subalternisant le Judaïsme à l'Évangile, prétendait délivrer les néophytes de ce joug usé de la loi de Moïse. A l'origine de l'Église, au passage du pur judaïsme au pur christianisme, à la séparation définitive des deux cultes, cette controverse dangereuse devait nécessairement surgir, et Paul, que Dieu avait prédestiné plus spécialement à porter l'Évangile aux Gentils, devait presque seul en porter le poids. Aidé de Barnabé, il repoussa avec vigueur des prétentions qui ne tendaient à rien moins qu'à enchaîner pour toujours le christianisme au judaïsme, l'Église à la Synagogue. Mais toute l'éloquence de l'Apôtre ne put réduire au silence ces farouches Judaïsants, qui redisaient plus haut encore leur brutale assertion, et les fidèles de l'Église d'Antioche désiraient ardemment une solution capable de calmer le trouble de leur conscience. Il fut donc résolu que Paul et Barnabé, accompagnés de quelques-uns d'entre les autres, monteraient à Jérusalem, afin de provoquer sur cette question fondamentale la décision des Apôtres et des anciens ou des prêtres de cette Église. Une décision formelle, partie d'aussi haut, pouvait seule rassurer les timides, donner un plus grand poids à l'égalité devant la foi, prêchée par saint Paul, et rejeter hors de l'Église les obstinés qui refuseraient de s'y soumettre. Nous voyons l'Apôtre donner un grand exemple du respect que l'on doit avoir pour les jugements de l'Église, en se soumettant le premier à cette détermination.
Paul, Barnabé, Tite et quelques autres membres de la députation traversèrent donc la Phénicie en suivant le bord de la mer ; remontant ensuite par la Samarie, ils se dirigèrent vers Jérusalem, où ils furent reçus très-favorablement par l'Église, les Apôtres et les prêtres. Paul, prenant alors la parole, fit le tableau du succès de ses premiers travaux apostoliques, et des prétentions subversives de toute unité de quelques convertis de la secte des Pharisiens. Les Apôtres qui résidaient alors à Jérusalem étaient Pierre, Jacques et Jean, regardés comme les colonnes de l'Église. Ils aperçurent clairement la gravité de la question soulevée par les Judaïsants, et résolurent de s'assembler pour la résoudre après l'avoir préalablement considérée sous toutes ses faces. C'était le premier Concile apostolique tenu par le premier pape. Après les débats, Pierre, chef de l'Église, se leva, développant cette proposition que les Juifs ne devaient pas imposer aux Gentils un joug qu'ils n'avaient pu supporter eux-mêmes. Toute la multitude des auditeurs se tut, approuvant ainsi le dogme à jamais incontestable de la prééminence absolue de la foi sur la loi de Moïse. Pierre avait décidé le principe, Paul et Barnabé montrèrent son application heureuse en racontant à l'assemblée tous les prodiges que Dieu avait opérés par leur ministère chez les Gentils, sans qu'ils les eussent soumis au joug grossier de la circoncision et des observances légales. Saint Jacques, défenseur-né des judéo-chrétiens, en sa qualité d'évêque de Jérusalem, et journellement témoin de leurs suscepti-
29 JUIN. bilités, proposa une transaction qui n'arrêterait en rien la décision dogmatique, estimant qu'il fallait écrire aux Gentils de s'abstenir des souillures des idolâtres, de la fornication, des chairs étouffées et du sang. La décision de saint Pierre et l'amendement de saint Jacques ayant été généralement applaudis des membres du Concile, une lettre encyclique fut rédigée qui en exposait les canons, et deux des principaux frères, Jude et Silas, furent choisis pour aller, avec Paul et Barnabé, la transmettre aux fidèles d'Antioche. Dès leur arrivée dans cette ville, leur premier soin fut de réunir toute la multitude des frères, principalement ceux dont la conscience avait été troublée par les judaïsants, et de leur remettre la lettre synodale. En prenant connaissance de cette décision si sage, ils furent remplis d'une joie inexprimable : désormais ils étaient consolés et raffermis dans leur foi. Jude retourna à Jérusalem : Silas s'attacha à Paul et resta à Antioche. Paul et Barnabé y prolongèrent également leur séjour : aidés de plusieurs autres prédicateurs, ces Apôtres enseignaient et annonçaient sans interruption la parole du Seigneur.
Cependant saint Pierre, averti de l'accroissement prodigieux de la chrétienté d'Antioche, et ne pouvant oublier cette église où il avait établi sa première chaire avant de la transférer à Rome, vint la visiter. La voyant composée principalement de chrétiens incirconcis, il jugea convenable de converser et de manger librement avec eux ; mais ces dispositions changèrent, quand des zélateurs ardents de la loi arrivèrent de Jérusalem, où les judéo-chrétiens observaient encore les prescriptions de la loi de Moïse. Pierre, spécialement chargé de prêcher l'Évangile aux Juifs, cédant peut-être à la crainte de les offenser, commença à se séparer de la table des fidèles sortis de la gentilité ; il cessa de manger avec eux. Cette conduite inopportune entraîna, par l'autorité de son exemple, tous les fidèles sortis du judaïsme à s'en séparer également, en sorte que Barnabé lui-même sentit son courage faiblir et commença à se soustraire à leur mode de vie. Mais Paul, plus spécialement chargé de prêcher la foi aux Gentils, s'émeut de l'incident, et cédant à un mouvement de zèle, il reprit publiquement le prince des Apôtres de cet éloignement dont l'influence pouvait entraîner les chrétiens sortis de la gentilité, à judaïser. Toutefois, cette controverse agitée entre saint Pierre et saint Paul, étant une simple question d'opportunité, de convenance, et non de foi, ce différend fut aussitôt terminé ; et les deux Apôtres demeurèrent toujours étroitement unis, jusqu'à ce que le martyre leur donnât à Rome une union suprême.
Ayant pris congé du chef de l'Église, Paul se hâta de courir après de nouvelles conquêtes. Impatient de gagner le monde entier à Jésus-Christ, il proposa à Barnabé d'aller voir les villes et les pays où ils avaient porté la foi. Coopérateur fidèle de Paul, et confident intime de ses desseins, Barnabé goûta ce projet ; mais, comme il voulait emmener avec lui son parent Jean-Marc, qui les avait abandonnés dans leur premier voyage, et que saint Paul s'y refusait, ne comprenant pas qu'on pût être inconstant dans l'œuvre de la propagation de la foi, ils convinrent d'aller chacun de son côté, ce qui avait dû rester, dans les secrets desseins de la Providence, l'avantage de doubler le nombre des prédications. Barnabé prit alors Jean-Marc dans sa compagnie, et fit voile vers l'île de Chypre, sa patrie, où il évangélisa les parties de la contrée qui n'avaient pas encore reçu la foi ; tandis que Paul, s'adjoignant l'éloquent Silas, partait avec lui, après avoir été abandonné à la grâce de Dieu par ses frères. En traversant la Cilicie et la Syrie, il raffermit les églises dans la foi, et ordonna aux fidèles sortis du paganisme, de
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garder inviolablement les préceptes des Apôtres et des prêtres, rédigés au concile de Jérusalem, sans s'arrêter aux discours téméraires des judaïsants. Continuant son itinéraire, il alla à Derbe, et de cette ville il se rendit à Lystre, terme de sa première mission. Il y rencontra un disciple appelé Timothée, fils d'un père gentil et d'une mère juive nommée Eunice. Celle-ci avait mis tous ses soins à l'élever saintement dans l'étude des divines Écritures, les exercices de la piété, la crainte et l'amour du Seigneur. Frappé de la maturité de son esprit, l'Apôtre le jugea capable de porter la parole et d'opérer des conversions ; il le prit avec lui, lui imposa les mains malgré sa jeunesse, et, consultant l'utilité de la religion, il fit spontanément ce qu'il avait refusé dans une autre rencontre aux judaïsants de Jérusalem, donnant lui-même la circoncision à son nouveau disciple, afin qu'il pût, sans obstacles, prêcher dans les synagogues. Paul avait désormais avec lui deux grands ouvriers évangéliques : sa seconde mission allait commencer.
Ce second voyage apostolique devait avoir des résultats plus considérables encore que le premier. De cette époque, en effet, date la fondation des grandes Églises de la Macédoine et de la Grèce proprement dite. Le paganisme allait être vaincu dans les capitales de la philosophie et de la civilisation antiques, Athènes, Corinthe et autres cités renommées.
Les Apôtres traversèrent donc la Phrygie et la Galatie en commençant à y prêcher l'Évangile ; mais bientôt, le Saint-Esprit qui dirigeait tous leurs mouvements, leur défendit d'annoncer la parole de Dieu en Asie. Ils se disposaient à passer en Bithynie, d'où ils auraient pu gagner Pergame, quand la même défense leur fut intimée. Dieu prévoyait sans doute que les habitants de ces contrées étaient disposés à mépriser sa parole, et il attendait des temps meilleurs avant de la leur faire annoncer. Fidèle à l'ordre divin, Paul, laissant la Bithynie, descendit avec ses coopérateurs à Troade, ville maritime de la petite Phrygie et capitale de la Troade. Il y eut pendant la nuit une vision qui lui fit changer entièrement son itinéraire apostolique. Un homme de la Macédoine se présenta devant lui et lui fit cette prière : « Passez en Macédoine et secourez-nous ». Or, toujours des signes certains empêchaient l'Apôtre de confondre des visions divines reçues pendant le sommeil avec les visions enfantées par des songes ordinaires. Aussi, cet ordre fut à peine manifesté aux ouvriers évangéliques, qu'ils se disposèrent à partir, tant il leur tardait d'aller répandre la parole dans cette Macédoine, prémices de la Grèce d'Europe, où de nombreuses Églises devaient être fondées par leurs travaux.
Cependant saint Luc, un des soixante-douze disciples, émerveillé des travaux apostoliques de Paul qu'il avait connu à Antioche, sa ville natale, était à la recherche de ce grand propagateur de l'Évangile. Il le rencontra à Troade et ne le quitta plus, se faisant dès lors le compagnon de ses souffrances et l'historien de sa vie. Paul, Silas, Timothée et Luc, s'étant donc embarqués à Troade, firent voile directement vers Samothrace ; le lendemain ils abordèrent à Néapolis, mais ne s'y arrêtèrent pas, impatients d'arriver à Philippes, colonie romaine et première ville de cette partie de la Macédoine. Saint Paul était dans l'usage d'aller d'abord dans les villes les plus populeuses ou les plus centrales y former des Églises influentes, dont l'action salutaire se ferait sentir alentour. En sa qualité de citoyen romain, il s'arrêta volontiers à Philippes, où se trouvaient un nombre considérable de citoyens romains ; ils étaient gouvernés selon les lois et les coutumes de Rome. Dans les occasions favorables, l'Apôtre n'hésitait pas à faire servir au succès de l'Évangile cet avantage terrestre d'un si grand prix à cette
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époque où une foule immense d'hommes en étaient privés. Or, le premier jour de sabbat qui suivit leur arrivée, Paul, accompagné de Silas, de Timothée et de Luc, sortit de la ville et se rendit auprès de la rivière où était situé le lieu ordinaire de la prière des Juifs. S'étant assis, les Apôtres parlèrent de la foi aux femmes qui y étaient déjà assemblées, attendant que le peuple fût arrivé. Une de ces femmes, nommée Lydie, docile à la vérité dont l'illumination soudaine chassait les ténèbres de son âme, crut en Jésus-Christ avec une foi parfaite et se trouva digne d'être baptisée, elle et toute sa famille. Manifestant alors sa foi par une action de charité, elle obligea Paul et ceux de sa compagnie à prendre un logement chez elle.
Ce premier succès, prémices de plusieurs autres, irrita l'ennemi du salut ; cet instigateur de troubles en suscita un très-grand, dans l'espoir de mettre un terme aux progrès de la foi : une jeune fille possédée de l'esprit de Python fut l'instrument dont il se servit dans le but de ruiner la cause de l'Évangile. Cette fille, ayant un jour rencontré dans les rues de la ville saint Paul et ceux qui étaient avec lui, se mit à les suivre en criant : « Ces hommes sont les serviteurs du Dieu Très-Haut, et ils nous annoncent la voie du salut ». Elle continua de la sorte pendant quelques jours. Saint Paul la laissa dire d'abord : c'était en effet une chose remarquable que d'entendre la vérité publiée par le père du mensonge. Mais voyant que le démon continuait toujours et s'arrogeait ainsi une fonction qui ne lui appartenait pas, il lui commanda au nom de Jésus-Christ de sortir de cette fille dont l'état lui faisait d'ailleurs compassion, imitant en cela son divin Maître, qui avait fait taire les démons, même lorsqu'ils publiaient qu'il était le Messie et le Fils de Dieu. Vaincu par la puissance du nom de Jésus-Christ, le démon sortit à l'instant du corps de cette possédée ; mais les maîtres de cette fille, fâchés de se voir privés tout à coup des gains illicites que sa faculté leur permettait de réaliser, et colorant leur avarice de l'apparence du zèle pour la religion de leur pays, ameutèrent la populace et traînèrent les Apôtres devant les magistrats qui, sans vouloir les entendre, les firent frapper de verges comme des séditieux. Luc et Timothée ne furent pas soumis à cette flagellation ; se trouvant en arrière de Paul et de Silas, ils furent séparés d'eux par le mouvement impétueux de la foule. Cependant les magistrats, non contents d'avoir couvert le corps de leurs victimes de plaies nombreuses, ajoutant injustice à injustice, les envoyèrent en prison, avec ordre au geôlier de les garder étroitement. Celui-ci exécuta cet ordre avec une rigueur inouïe : il mit les saints personnages dans un cachot noir, espèce de prison dans une prison, et leur serra les pieds dans des ceps de bois qui les empêchaient de remuer et les obligeaient à demeurer couchés sur le dos. Ce luxe de précautions était inutile, ni Paul ni Silas n'avaient l'idée de fuir. Au milieu des ténèbres de la nuit et au sein d'horribles douleurs, ils célébraient, par des hymnes pieux, la faveur insigne que le Sauveur venait de leur accorder en leur faisant partager ses souffrances. Soudain il se fit un tremblement de terre violent : les fondements de la prison en furent ébranlés, toutes les portes s'ouvrirent, et les liens de tous les prisonniers furent rompus. Le geôlier, s'étant éveillé, trouva les portes de la prison ouvertes, et s'imaginant que tous ceux qui étaient sous sa garde et dont il répondait sur sa vie, s'étaient échappés, il prit de désespoir son épée pour se tuer ; mais Paul, averti par l'Esprit de Dieu, lui cria avec force : « Ne vous faites point de mal, car nous sommes tous ici ». Touché de ce prodige, le geôlier, ayant demandé de la lumière, entra et se jeta tout tremblant aux pieds de saint Paul et de Silas ; puis, les tirant à la hâte de cette basse fosse où il les
SAINT PAUL, APÔTRE DES GENTILS ET MARTYR. avait jetés, il leur demanda ce qu'il devait faire pour être sauvé. Saint Paul, qui se connaissait si bien en cris partis du fond du cœur, lui répondit avec Silas : « Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé, toi et ta famille ». Ils se mirent à l'instruire, lui et tous ceux qui étaient dans sa maison, et ils reçurent le baptême. Le jour étant venu, les magistrats envoyèrent dire au geôlier de laisser aller les deux prisonniers de la veille ; mais Paul qui avait supporté sans se plaindre les mauvais traitements, refusa de sortir, disant qu'il était bien étrange qu'on eût emprisonné des citoyens romains sans leur faire de procès et qu'on prétendît encore les renvoyer secrètement de prison sans leur faire aucune sorte de réparation. Il agit de la sorte pour intimider les juges et les rendre plus doux envers les chrétiens à l'avenir. Les magistrats, qui avaient manqué doublement aux lois, en refusant d'entendre et en faisant battre de verges un citoyen romain, vinrent en personne à la prison et prièrent les Apôtres d'en sortir, et, quand ils furent dehors, ils les conjurèrent de se retirer de leur ville, craignant que cette affaire ne fît du bruit et ne leur fût fâcheuse. Saint Paul n'insista pas pour y demeurer davantage ; il retourna seulement chez Lydie, la femme qu'il avait convertie, pour prendre congé d'elle et des fidèles qu'il avait gagnés au Seigneur : il y retrouva Luc et Timothée. Tous ces néophytes ayant été consolés et fortifiés dans leur foi, les saints missionnaires partirent, heureux de laisser dans cette ville une chrétienté florissante. On voit, par l'épître que saint Paul écrivit plus tard aux Philippiens, que cette Église se maintint et porta toujours une vive affection à son fondateur.
Les intrépides voyageurs, dirigeant alors leur itinéraire apostolique vers le midi, pénétrèrent plus avant dans la Macédoine, et traversant Amphipolis et Apollonie, ils vinrent à Thessalonique où ils annoncent hardiment l'Évangile, développant le dogme de la nécessité des souffrances de Jésus-Christ, de sa mort et de sa résurrection d'entre les morts. Plusieurs crurent à cette parole puissante et se joignirent à l'Apôtre et à Silas après leur conversion. Ces succès naissants étaient de nature à raviver la haine tenace des ennemis de Paul. Ils excitèrent un grand tumulte dans la ville, et, furieux, se ruèrent sur la maison de Jason, Juif converti qui avait donné l'hospitalité à Paul et à Silas ; mais ils n'y trouvèrent pas leurs victimes. Les frères qui avaient soustrait les Apôtres à une mort violente, les conduisirent hors de la ville, sur la route de Bérée, où les deux Apôtres dirigèrent leurs pas. Le zèle pour le salut des âmes qui les dévorait, semblable à la flamme qui plus elle est poussée par le vent plus elle croît et embrase tout ce qu'elle rencontre, les poussa dans la synagogue où Paul parla avec énergie sur le Messie dont il montra tous les caractères dans Jésus-Christ. Les Juifs de Bérée, d'un naturel plus doux que ceux de Thessalonique, montrèrent un grand amour pour la vérité : Sosipâtre, fils de Pyrrhus et parent de saint Paul qui en parle dans son épître aux Romains, fut au nombre de ceux qui se convertirent. Les émeutiers de Thessalonique accoururent à Bérée pour y continuer leurs violences : mais ces forcenés ignoraient que l'Évangile ne peut être supprimé par une émeute. Les frères se hâtèrent de faire sortir l'Apôtre, pendant que Silas et Timothée demeuraient dans la ville, et par leur présence empêchaient la cause de Jésus-Christ d'y péricliter. Paul arriva sans encombre, par voie de terre, jusqu'à Athènes : là il renvoya ceux qui l'avaient accompagné, en les priant de dire à ses deux auxiliaires, dans la prédication de l'Évangile, de venir le rejoindre au plus tôt, car Athènes offrait une moisson grande et difficile à cueillir ; elle exigeait de grands ouvriers.
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Athènes, capitale de l'Attique, était située à peu de distance de la mer, dans un territoire stérile. Cécrops, son fondateur, lui apporta le culte de Minerve. Au moment où l'Apôtre y parut, elle était bien déchue de son ancienne splendeur, et n'avait guère conservé que ses monuments et son beau langage, ses philosophes, ses sophistes, son amour des nouveautés, sa loquacité et son esprit moqueur. En attendant l'arrivée de Silas et de Timothée, saint Paul se mit à parcourir cette ville dans le but de se rendre compte de l'esprit religieux de ses habitants. En homme profond et expérimenté, il sondait le terrain. Un triste mélange de ténèbres et de lumière, tel fut le spectacle qui s'offrit à ses yeux. Certes il y avait beaucoup à faire, mais pour cela il fallait affronter les moqueries des Athéniens : celui qui n'avait pas faibli devant la prison et les verges, aurait eu garde de reculer devant l'esprit moqueur du peuple. Fidèle donc à l'ordre divin, Paul commença sa prédication par les Juifs ; les jours de sabbat, il allait dans les synagogues discourir avec eux et avec les Grecs qui craignaient Dieu ; les autres jours de la semaine, il abordait les philosophes et les autres habitants d'Athènes qu'il rencontrait au Forum. Parmi les philosophes, les Stoïciens et les Épicuriens se partageaient l'arène. Pouvait-il espérer de persuader la mortification des sens aux Épicuriens, et la soumission aux décrets de la Providence aux Stoïciens, les plus orgueilleux des hommes ? En lui entendant parler de la pénitence et de la résurrection des morts, les uns disaient : « Quel but se propose ce semeur de paroles ? » Les autres répliquaient : « C'est sans doute un homme qui annonce des dieux nouveaux ». Toujours est-il que les discours de l'Apôtre piquèrent vivement la curiosité générale, et qu'on le pria de monter à l'Aréopage. L'Apôtre dut se prêter d'assez bonne grâce à cette invitation ; il n'était pas homme à reculer devant ce tribunal, le plus célèbre du monde païen. Chargé de la grande mission de rendre témoignage à Jésus-Christ devant toutes les puissances du siècle, il se laissa conduire sans résistance là où il pouvait plaider savamment la cause de son maître.
Debout au milieu de l'Aréopage, l'Apôtre fit entendre ce discours : « Hommes d'Athènes, je vous vois en toutes choses superstitieux à l'excès, car, passant et voyant vos simulacres, j'ai trouvé un autel portant cette inscription : Au Dieu inconnu. Or, ce que vous adorez sans le connaître, moi je vous l'annonce. Le Dieu qui a fait le monde et tout ce qui est dans le monde, étant le Seigneur du ciel et de la terre, n'habite pas des temples faits de main d'homme : il n'est pas honoré par des mains humaines, comme s'il avait besoin de quelque chose, puisque lui-même donne à tous la vie, la respiration et toutes choses. Il a fait d'un seul tout le genre des hommes pour habiter sur toute la face de la terre, déterminant le temps de leur durée et les limites de leur habitation pour chercher Dieu et le trouver comme à tâtons, quoiqu'il ne soit pas loin de chacun de nous ; car en lui nous vivons, nous nous mouvons et nous sommes, et, comme certains de vos poètes l'ont dit : « Nous sommes de sa race ». Étant donc de la race de Dieu, nous ne devons pas estimer que l'Être divin soit semblable à l'or, ou à l'argent, ou à la pierre sculptée par l'art et la pensée de l'homme. Or, Dieu détournant ses yeux des temps de cette ignorance, annonce maintenant aux hommes que tous partout fassent pénitence, parce qu'il a décrété un jour où il doit juger le monde par Celui qu'il a établi à cette fin, et qu'il a ressuscité des morts pour le manifester à tous ».
On ne saisirait pas le but de ce discours si l'on y cherchait une simple exposition de la foi chrétienne ; l'Apôtre avait une autre idée ; il se proposait de réfuter surtout les anciennes erreurs des philosophes et les opinions
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superstitieuses des Athéniens sur la nature de Dieu ; il voulait saper par la base les doctrines subversives de Zénon et d'Épicure, écraser l'orgueil effréné de l'un et anéantir l'abject matérialisme de l'autre, pour implanter dans une terre vierge, l'humilité et la spiritualité de la croix.
Les auditeurs réunis dans l'Aréopage demeurèrent frappés de la gravité et de l'élévation de cette parole apostolique, si différente de celle des sophistes et des philosophes dont s'amusait le frivole public d'Athènes ; mais dès que saint Paul eut abordé le dogme de la résurrection des morts, dogme incroyable aux yeux des païens, ceux-ci tournèrent en dérision le novateur et laissèrent passer le moment de la vérité de Dieu. Quelques-uns, mais en petit nombre, insensibles à la moquerie athénienne, se joignirent à l'Apôtre et crurent d'une foi ferme et inébranlable. Parmi ces convertis, saint Luc cite Denys l'Aréopagite et une femme nommée Domaris, peut-être son épouse.
Sorti de l'Aréopage, Paul rencontra Timothée et Silas qui arrivaient de Bérée ; il aurait voulu les retenir près de lui, mais, impatient de consoler les Thessaloniciens et de les confirmer dans la foi, il chargea de cette mission les saints voyageurs, et resta seul dans Athènes avec saint Luc. Ce séjour fut d'environ trois mois. Cependant les fidèles coopérateurs de l'Apôtre accomplissaient leur saint ministère : ils revinrent ensuite dans la ville où ils avaient quitté leur maître, dans l'espoir de l'y retrouver ; mais poussé par l'Esprit, il était allé sur d'autres terres y semer la parole de vie.
Il était parti pour Corinthe en passant par Éleusis, la ville des mystères et des initiations. A Éleusis, le temple de Cérès était le monument consacré à l'agriculture, et rappelait le souvenir de Triptolème qui, le premier, enseigna aux hommes l'art de cultiver la terre. En important de l'Asie-Mineure en Grèce l'orge et le froment, il y avait en même temps introduit certaines doctrines religieuses dont les parties les plus mystérieuses devaient être révélées aux seuls initiés. Paul, selon la belle expression d'un Père de l'Église, fut un nouveau Triptolème ; il devint, dans cette région de la Grèce antique, le grand initiateur aux mystères du Christianisme. L'Apôtre arriva enfin dans Corinthe : c'était une ville de luxe et de plaisirs, comme Athènes, et comme elle aussi une ville de rhéteurs. Comme partout, Paul s'adressa d'abord aux Juifs. Il avait rencontré, fort à propos, une maison hospitalière où il pouvait méditer dans la solitude et seul avec Dieu les divins enseignements dont il étonnait le monde païen : c'était celle d'Aquila et de sa femme Priscille, deux Juifs de la dispersion, dont le métier, comme celui de saint Paul, était la fabrication des tentes. Tant que l'illustre étranger demeura dans leur maison, il travailla avec eux, gagnant sa vie du travail de ses mains, plutôt que d'user du droit qu'avaient les Apôtres de vivre de l'Évangile, tant il craignait que les marchands de cette ville, si habiles en affaires, osant le juger d'après leurs idées, pussent s'imaginer, s'il avait agi autrement, que la prédication était une spéculation pour lui. Il donnait donc le jour à la parole et la nuit au travail des mains. Chaque jour de sabbat il se rendait à la synagogue où il annonçait Jésus-Christ aux Juifs et aux prosélytes. Inhabiles à réfuter les arguments de l'Apôtre et jaloux des progrès que le Christianisme ne tarda pas à faire parmi les Gentils, les Israélites recoururent à d'autres armes ; ils éclatèrent en injures contre le prédicateur et en blasphèmes contre la religion nouvelle. Indigné, Paul se leva au milieu de l'assemblée, secoua ses vêtements, et dit à haute voix : « Que votre sang retombe sur vos têtes, dès ce jour je suis pur et je passe
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aux Gentils ». Aussitôt il sortit de la synagogue et quittant, pour la cause de l'Évangile, la maison de ses hôtes dévoués Aquila et Priscille, il choisit, pour lieu de réunion, la maison de Titus, surnommé le Juste. Sa mission cependant ne fut pas sans produire de fruits parmi les fils de la promesse. Un chef de la synagogue, nommé Crispus, se convertit avec toute sa famille, ainsi que plusieurs de ses coreligionnaires. Paul baptisa Crispus de sa main et fit baptiser les autres par ses disciples.
Cependant la chrétienté de Corinthe devenait de jour en jour plus florissante. L'envie des Juifs ne connut plus de bornes; ils dénoncèrent Paul au proconsul de l'Achaïe, l'accusant d'enseigner aux hommes une nouvelle manière d'adorer Dieu. Le proconsul était alors Gallion, fils du philosophe Sénèque; il affectait la plus grande indifférence pour les questions religieuses. L'accusé ouvrait la bouche pour se défendre, quand le proconsul, interpellant les accusateurs, leur fit cette déclaration : « S'il s'agissait d'un crime ou d'une injustice, je vous entendrais, mais pour des questions de mots et votre loi, je ne veux pas m'en établir juge : cela vous regarde ». Et il les congédia. Exaspérés, ils tombèrent sur Sosthènes, prince de la synagogue, et le chargèrent de coups; Gallion n'eut pas l'air d'en prendre le moindre souci. Sosthènes était chrétien, saint Paul en parle dans sa première épître aux Corinthiens.
Au milieu du succès présent, l'Apôtre considérait d'un œil attentif l'état des diverses Églises fondées par son zèle. Celle de Thessalonique était dans un état prospère et pouvait être citée comme modèle aux chrétiens de la Macédoine et de l'Achaïe. Le rapport de Timothée et de Silas sur la constance dans la foi, manifestée par les chrétiens de Thessalonique au milieu des persécutions dont ils furent l'objet de la part des Juifs et des païens, réjouit tellement le cœur de saint Paul, qu'il se hâta de leur en exprimer toute sa joie. Ces heureux fidèles eurent ainsi les prémices de la correspondance apostolique.
Quelques-uns éprouvaient une douleur trop vive de la mort de leurs proches; d'autres avaient de fausses idées sur la résurrection, sur l'avènement de Jésus-Christ et sur le jugement dernier. L'Apôtre, dans la première épître, les loue de leur fermeté dans la foi, et leur exprime la plus vive affection. Il les exhorte à ne pas s'attrister outre mesure de la mort de leurs parents, et à ne pas imiter en cela les païens qui n'ont pas d'espérance. La mort des chrétiens n'est qu'un sommeil. Jésus-Christ, notre chef, est ressuscité: ceux qui se seront endormis dans le Christ, ressusciteront comme lui, pour rester ensemble éternellement dans le Seigneur. Plusieurs fidèles manifestaient une extrême frayeur, causée par une fausse interprétation de quelques passages de cette épître. On peut même supposer qu'une lettre apocryphe, sous le nom du grand docteur, avait été mise en circulation par les ennemis de la foi chrétienne, afin de troubler les consciences. Paul écrivit la seconde épître aux Thessaloniciens peu de temps après la première. Il n'avait pas dit que le dernier jour était proche; mais que l'avènement de Jésus-Christ serait subit, et qu'il ne pouvait être prévu d'avance. Pour les tranquilliser, il leur fait connaître quels signes certains doivent précéder le second avènement du Christ. Il les exhorte à ne pas se laisser surprendre par de faux docteurs. Qu'ils restent fidèles aux enseignements
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qu'il leur a donnés de vive voix, et aux traditions qu'ils ont apprises. L'Apôtre ne s'explique pas ici plus longuement; ce qui fait qu'il y a dans cette épître des expressions voilées d'une demi-obscurité, mais que ceux auxquels il s'adressait comprenaient sans peine. Avant de clore sa lettre, il reprend avec une sainte vigueur ceux qui se laissaient aller à une curiosité inquiète, ou qui s'abandonnaient à l'oisiveté. Enfin, après avoir apposé sa signature de sa propre main, il les engage à la remarquer, pour ne pas être exposés à l'avenir à se laisser surprendre par un faussaire.
Corinthe eut le bonheur de posséder pendant dix-huit mois le grand semeur d'Églises: c'était un temps considérable dans la vie d'un Apôtre chargé de porter la foi jusqu'aux extrémités du monde, de l'Orient à l'Occident. Cependant il lui tardait d'aller à Jérusalem: sa pensée était toujours tournée vers cette cité mystérieuse, théâtre de sa vie orageuse pendant sa conversion, ville aux terribles souvenirs, où le christianisme avait pris naissance. Après avoir dit adieu à ses frères, il se rendit, en compagnie d'Aquila, de Priscille et de ses compagnons de voyage, à Cenchrée, port oriental de Corinthe. Il s'y fit couper les cheveux à cause d'un vœu qu'il avait fait: semblable à celui du Nazaréen, il consistait à s'abstenir de vin, de toute liqueur enivrante et même de raisins secs, à ne pas couper les cheveux pendant le temps de sa durée; ordinairement il était d'un mois entier. Cette cérémonie étant accomplie, l'Apôtre s'embarqua au port de Cenchrée avec Aquila et Priscille et fit voile avec eux vers la Syrie. La navigation fut orageuse. Après avoir traversé toute la mer Égée, il atteignit Éphèse, la métropole de l'Asie-Mineure: c'était une ville commerçante, riche et très-fréquentée. Saint Paul comprit l'importance d'une Église fondée dans cette métropole; les lieux où il y avait plus d'activité, de vie extérieure, d'affaires et de science, les plus brillants théâtres du monde dans ce siècle, l'attiraient de préférence. Il s'arrêta quelques jours dans cette ville; il voulait seulement y mettre le pied, la marquer de son empreinte comme une terre à lui, avant d'y faire un plus long séjour. A peine descendu du navire, encore brisé des fatigues de la navigation, il courut à la synagogue où il conféra avec les Juifs d'Éphèse. Sa parole, nouvelle pour eux, les charma; ils le prièrent de demeurer plus longtemps avec eux. Volontiers il eût accédé à leur prière s'il n'avait eu hâte d'arriver à Jérusalem; mais il leur promit de revenir dans Éphèse, si telle était la volonté de Dieu.
Après avoir jeté cette première semence dans leur cœur, l'Apôtre leur dit adieu, laissant parmi eux Aquila et Priscille avec la mission de féconder l'Église naissante. Le vaisseau qu'il montait avec ses autres coopérateurs navigua vers Césarée de Palestine, connue auparavant sous le nom de Tour de Straton. Il y aborda heureusement. Après avoir salué les fidèles de cette cité, il monta à Jérusalem pour y célébrer la fête prochaine, celle de Pâques, d'après les uns, celle de la Pentecôte, d'après les autres. Là, comme ailleurs, son séjour ne fut pas de longue durée; après avoir salué l'Église, il descendit à Antioche de Syrie, où il passa quelque temps, raffermissant les chrétiens dans la foi par sa parole puissante. En sortant d'Antioche, il traversa par ordre, et de ville en ville, la Galatie et la Phrygie; fondateur des diverses Églises de ces régions, il y revenait en visiteur apostolique.
Sur ces entrefaites, un homme du nom d'Apollos, Juif de nation et né à Alexandrie, arriva à Éphèse; puissant dans les Écritures, cet homme était très-éloquent. Il était instruit dans la voie du Seigneur, il parlait avec zèle et ferveur d'esprit; il expliquait et enseignait avec soin ce qui regardait Jésus, quoiqu'il ne connût que le baptême de Jean. Aquila et Priscille,
VIES DES SAINTS. — TOME VII.
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qui remplissaient à Éphèse le ministère apostolique en l'absence de saint Paul, furent autant frappés de l'éloquence d'Apollos que de l'imperfection de sa science; ils le prirent chez eux et lui enseignèrent, dans leur commerce familier, la voie de Dieu, c'est-à-dire toute la doctrine de Jésus-Christ. L'écolier devint promptement un grand maître dans la science de la foi; avec son génie, sa bonne volonté et les lumières de l'Esprit de Dieu, ses succès furent rapides. Dès que sa parole fut moins nécessaire à Éphèse, il résolut de passer dans l'Achaïe et d'y exercer son apostolat. Ce dessein reçut l'approbation des frères, ils l'exhortèrent même vivement à partir. Son arrivée à Corinthe fut précédée par des lettres où on le recommandait fortement à l'Église de cette ville. Depuis le départ de saint Paul, il était à craindre que le mouvement des affaires n'affaiblît la foi parmi ces chrétiens exposés, dans cette cité, à toutes sortes de séductions. L'éloquence d'Apollos prévint ce malheur; il instruisit les ignorants, il fortifia les esprits qui faiblissaient, il triompha de la contradiction des ennemis de l'Évangile. La célébrité de son éloquence et de son érudition, soutenue par un zèle véhément, donna à ce nouvel apôtre une telle autorité dans l'Église de Corinthe, qu'aux yeux d'un certain nombre de fidèles il éclipsa le grand Apôtre lui-même. L'Église de Corinthe se divisa en deux camps; l'un des deux prit le nom de cet orateur, par opposition à saint Paul; plus tard un autre parti se forma et prit le nom de Céphas. L'Apôtre fut attristé de cette rivalité de noms, sources ordinaires de schismes déplorables. Ce n'est pas qu'il portât envie à Apollos, encore moins au succès de son éloquence, car il en parle avec éloge et reconnaît volontiers dans cet orateur un digne coopérateur de ses travaux et un véritable propagateur de l'Évangile.
Cependant saint Paul, selon la promesse qu'il en avait faite aux Éphésiens, s'était rendu dans leur ville. Métropole de l'Asie proconsulaire, l'une des plus illustres de la Grèce asiatique, cette capitale de l'Ionie était située à l'embouchure du Caystre, à une lieue environ de la mer. Ses habitants s'adonnaient à la recherche des délices; on les accusait de surpasser toutes les villes grecques par leur luxe et le soin excessif de leur corps; ils portaient à l'excès la magnificence des vêtements et des ornements destinés à les embellir. On comprend quelles grandes difficultés l'Apôtre dut y rencontrer quand il s'y établit dans le dessein d'y prêcher l'Évangile et de lui inspirer un nouvel esprit. Il y rencontra tout d'abord des disciples au nombre de douze, initiés seulement au baptême de Jean. La demande qu'il leur fit: « Avez-vous reçu l'Esprit-Saint ? » et leur réponse: « Nous n'avons pas même ouï dire qu'il y eut un Esprit-Saint », nous les montre imbus à peine des plus faibles éléments de la foi. Étonné de cette ignorance, saint Paul continuant de les interroger, leur dit: « Quel baptême avez-vous donc reçu ? » Ils lui répondirent: « Nous avons été baptisés du baptême de Jean ». L'Apôtre se hâta de compléter leur connaissance du christianisme à peine ébauchée, en leur apprenant la différence qui séparait le baptême de Jean de celui de Jésus-Christ. Après cette instruction préalable, il les baptisa au nom de notre Sauveur et leur imposa les mains: alors l'Esprit-Saint descendit sur eux et les enrichit de ses dons, car ils parlaient diverses langues et ils prophétisaient.
Habile à saisir les occasions favorables à l'avancement de l'Évangile, l'Apôtre, appuyé sur ce miracle insigne, se mit à parler avec plus de confiance aux Juifs et aux Gentils d'Éphèse. Plein d'une noble assurance, il entra dans la synagogue, où il jeta aux enfants d'Israël une parole libre et hardie, capable de les convaincre des vérités relatives au royaume de Dieu.
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Pendant trois mois il continua de conférer avec eux, ne se lassant jamais, tant la confiance dans la cause qu'il soutenait était inébranlable. Hélas ! la semence de la parole tomba sur leur cœur comme sur la pierre. Les exhortations prophétiques de l'Apôtre les trouvèrent d'abord insensibles comme des troncs desséchés ; irrités ensuite de sa constance à les prêcher, furieux de ses succès, ils s'efforcèrent de les arrêter par l'arme de la calomnie ; puis, par un contraste artificieux, ils lui opposèrent la peinture brillante de leur Messie temporel et de son prétendu royaume terrestre. S'apercevant que cette lutte exposait ses néophytes à faire naufrage dans la foi, l'Apôtre y mit un terme en les séparant de ces obstinés. Il se hâta de transporter sa chaire de la synagogue dans l'école de Tyrannus. Ce Tyrannus pouvait bien être un philosophe grec converti par saint Paul à Jésus-Christ, et qui tenait une école littéraire. Son local ayant paru convertible au dessein de l'Apôtre, il le mit à sa disposition. A l'abri désormais d'une opposition violente et désordonnée, le grand docteur des Gentils put exposer avec calme et en toute sûreté la voie de Dieu à tous ceux qui se réunissaient autour de sa chaire pour l'entendre. Pendant deux ans, l'Apôtre y enseigna tous les jours, sans interruption, la doctrine du salut. Tous les habitants de l'Asie, Juifs, Grecs, étrangers, eurent ainsi la faculté d'entendre sa parole. Elle était soutenue par l'opération de miracles si nombreux et si extraordinaires que les linges qui avaient touché le corps de l'Apôtre, opéraient, par leur application sur les malades, la guérison de leurs infirmités. Le simple attouchement de ces objets avait la vertu de chasser les esprits malins du corps des possédés. Ces guérisons miraculeuses étaient d'ailleurs plus nécessaires à Éphèse que dans d'autres villes : les magiciens et les exorcistes circulateurs accourus de la Judée et d'autres contrées abondaient dans cette métropole.
À l'aspect des nombreux prodiges dont ils étaient témoins tous les jours, ces jongleurs s'imaginèrent que le nom de Jésus-Christ, employé par l'Apôtre, était une simple forme d'incantation plus puissante que la leur ; ils crurent donc, en la lui dérobant, pouvoir opérer des effets semblables aux siens. Ces Juifs étaient sept frères de l'ordre sacerdotal et enfants de Scéva, que saint Luc appelle prince des prêtres. Ils eurent l'audace de prononcer sur les énergumènes et autres possédés le nom sacré de Jésus, à la divinité duquel ils ne croyaient pas, en leur disant : « Nous vous conjurons par le nom de Jésus-Christ, que Paul prêche ». Cette tentative criminelle eut une triste issue ; l'esprit impur dit à ces méchants hommes : « Je connais Jésus et je sais qui est Paul ; mais vous, qui êtes-vous ? » Aussitôt, l'homme possédé d'un esprit très-méchant se jeta sur deux de ces exorcistes et s'en étant rendu maître, il les traita si rudement qu'ils furent contraints de s'enfuir tout nus et blessés. La nouvelle de ce tragique événement s'étant répandu instantanément dans Éphèse, frappa de crainte les Juifs et les Grecs qui l'habitaient. Toutes leurs illusions sur la magie se dissipèrent. Ils glorifiaient le nom du Seigneur Jésus, beaucoup même venaient et confessaient les actions criminelles de leur vie ; d'autres apportaient leurs livres de magie et les brûlaient devant tout le monde.
D'après Baronius et d'autres érudits, Apollonius de Thyane, en Cappadoce, était à Éphèse vers le temps de saint Paul et se montra l'un de ses plus violents adversaires. Défenseur du paganisme, il s'efforçait d'arrêter sa décadence ; il ne pouvait souffrir que l'Apôtre détruisit les idoles des dieux qu'il adorait et renversât leurs autels. Par ses pratiques et ses faux miracles, il cherchait à ruiner ceux de Paul. Outre ce prétendu demi-dieu, l'Apôtre
29 JUIN. eut à combattre des philosophes. La capitale de l'Ionie les attirait dans son sein ; théâtre moins célèbre qu'Athènes, ils pouvaient néanmoins y jeter un éclat capable de satisfaire leur orgueil. A ce double obstacle, saint Paul opposait une arme double : à sa prédication publique il joignait l'enseignement privé, il exhortait chaque personne en particulier, sa parole était souvent accompagnée de larmes. Aussi, dit l'historien sacré, la parole de Dieu se raffermissait et croissait avec force. La bénédiction de Dieu coopérant avec la parole de l'Apôtre, enfantait ce succès merveilleux.
Vers cette époque (an 56) saint Paul écrivit son épître aux Galates. C'est celle où il déploie le plus de verve. Il s'élève contre les judaïsants avec une vigueur qu'on ne rencontre pas au même degré dans ses autres épîtres. Il réprimande les Galates d'avoir ouvert si facilement l'oreille à des doctrines étrangères aux instructions qu'il leur a données lui-même. « Quand bien même », dit-il, « un ange descendu du ciel vous enseignerait une doctrine différente de l'Évangile de Jésus-Christ que je vous ai annoncé, qu'il soit anathème ! » S'il entre ensuite dans les détails de sa conversion, c'est pour rappeler qu'il a reçu sa mission directement de Jésus-Christ. Il insiste longuement sur ce point, que la loi ne justifie pas, mais la foi en Jésus-Christ. Pourquoi donc alors renoncer à la liberté évangélique, pour se soumettre au joug de la loi ancienne ? « Sachez », continue-t-il, « que ceux qui ont la foi sont les vrais fils d'Abraham ». Avant de terminer, il exhorte les fidèles à pratiquer le bien envers tous, et principalement envers ceux qu'il appelle *domesticos fidei* ; expression difficile à rendre, mais d'une signification admirable. La véritable Église est la maison de Dieu, où se garde le dépôt intact de la foi. Les croyants sont de la maison de Dieu, ils appartiennent vraiment à la famille du Père céleste ; ce sont les domestiques de la foi, à l'exclusion des hérétiques, étrangers aux privilèges de la grande famille, de laquelle ils se sont volontairement séparés par leur opiniâtreté.
Après la fondation solidement assise de l'Église d'Éphèse, saint Paul, à l'aspect de son état florissant, trouva que, par sa stabilité dans la foi, son amour de la vérité, la répudiation des sciences occultes et des pratiques mauvaises, elle avait atteint à une haute perfection. Il résolut donc de partir, de visiter d'abord Corinthe, d'aller ensuite en Macédoine, puis de revenir de nouveau à Corinthe ; de cette ville il voulait gagner la Judée, d'où, après avoir remis aux prêtres de Jérusalem les collectes d'argent faites en Macédoine et en Achaïe, en faveur des chrétiens pauvres de la première des Églises, il serait parti pour Rome ; puis, de la reine des cités du monde, il se serait rendu en Espagne. Tel était son plan. En attendant que Dieu lui permît de le réaliser, il envoya en Macédoine deux de ses coopérateurs, Timothée et Éraste. Quant à lui, il demeura encore pendant un certain temps en Asie, avec l'intention de parcourir l'Asie lydienne, de prêcher l'Évangile dans les villes voisines d'Éphèse, de pénétrer même dans la Carie et de revenir ensuite à Éphèse, où il avait résolu de rester jusqu'à la Pentecôte.
Saint Paul roulait ces projets dans son esprit, quand Apollos, qui souffrait du grand schisme qui s'était élevé dans l'Église de Corinthe à son occasion, vint en Asie avec d'autres frères, porteur d'une lettre des Corinthiens à saint Paul : ils le consultaient au sujet de la grave question du mariage et du célibat. Telle fut l'occasion qu'il eut d'écrire sa première épître aux Corinthiens : il la leur envoya par Stéphanas, Fortunat et Achaïque, chrétiens venus de Corinthe pour accompagner Apollos. Celui-ci refusa de revenir aussitôt ; il ne voulait pas paraître favoriser par sa présence la faction
SAINT PAUL, APÔTRE DES GENTILS ET MARTYR.
qui se couvrait de son nom. La première épître aux Corinthiens fut écrite d'Éphèse l'an 56. Il revendique toujours la liberté chrétienne en faveur des fidèles et résiste énergiquement aux tentatives des judaïsants qui veulent les asservir au mosaïsme. Pour réparer le scandale du chrétien incestueux et pour relever ce malheureux du triste état où il était tombé, il l'excommunie en usant des expressions les plus énergiques. A un désordre si révoltant, il fallait une condamnation publique et une réprobation manifeste. L'Apôtre saisit cette occasion de traiter directement des devoirs du mariage. Il donne des conseils utiles aux époux chrétiens. Non content de recommander la chasteté conjugale, il élève les esprits à des pensées plus hautes, et conseille la pratique de la continence parfaite et la virginité aux âmes choisies auxquelles Dieu inspire l'attrait de cette vertu angélique. Ces avis, dictés par un zèle éclairé, sont exposés avec une prudence toute divine. La résurrection de la chair est un dogme dont les philosophes d'Athènes avaient refusé d'entendre parler dans l'aréopage. Saint Paul l'explique par la comparaison du grain de blé. Semé en terre, le grain subit une prompte décomposition. Il paraît être tombé en pourriture. Mais bientôt il germe, pousse, verdit, monte et produit plusieurs épis ; il n'était donc pas mort, il éprouvait une transformation. Il saisit l'occasion du désordre des Agapes pour rappeler aux fidèles de Corinthe le mystère de la table eucharistique. Il serait impossible d'exprimer en termes plus précis et plus énergiques la présence réelle de Jésus-Christ sous les voiles du sacrement. Celui qui communie indignement mange et boit sa propre condamnation. Avant de manger le pain céleste, il faut s'éprouver, c'est-à-dire il faut communier avec une grande pureté de conscience. L'Apôtre désapprouve encore que les fidèles portent leurs différends devant le tribunal des juges païens. L'Église est un tribunal amiable, vénéré de tous, propre à arranger toutes les difficultés, à faire réparer les torts, à rétablir la concorde, à adoucir des relations devenues pénibles, à redresser, en un mot, tous les griefs qui trop souvent existent entre les hommes. Il ne faut pas, d'ailleurs, scandaliser les infidèles en les rendant témoins des discussions que l'intérêt ou d'autres infirmités humaines peuvent soulever entre les disciples du Christ. Enfin, en présence du magistrat, les chrétiens sont exposés au péril de l'idolâtrie, en prêtant le serment judiciaire au nom de fausses divinités.
Rien désormais ne pouvait plus, ce semble, arrêter le départ du grand missionnaire ; il faisait ses préparatifs avec pleine sécurité ; il n'avait pas le moindre soupçon du grand trouble qui allait traverser la voie du Seigneur. Une tempête populaire, suscitée par une des industries les plus lucratives d'Éphèse, faillit l'emporter dans sa fureur. C'était une ville très-célèbre par le temple de Diane, que l'on comptait entre les sept merveilles du monde. L'Asie avait employé deux cents ans à le bâtir, et toutes ses provinces avaient contribué à un si grand ouvrage. Sa longueur était de quatre cent vingt-cinq pieds et sa largeur de deux cent vingt. On y voyait cent vingt-sept colonnes, faites par autant de rois, dont trente-sept étaient ciselées. Leur hauteur allait à soixante pieds, et toutes les règles de l'architecture y étaient admirablement bien observées. Mais ce qui donnait tant de réputation à Éphèse était aussi la cause de son malheur, parce que ce temple, y attirant des vœux de toutes les provinces du monde, la rendait attachée au culte des idoles. La Grèce païenne portait à l'extrême sa vénération envers cette Diane inanimée ; une grande affluence d'adorateurs accourait à ce temple et ne voulait pas s'éloigner d'Éphèse sans emporter chez elle un souvenir durable de cette idole. Ce désir superstitieux donna naissance
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à diverses industries lucratives : d'habiles ouvriers firent des réductions de l'idole et du temple sur une échelle plus ou moins exiguë, et vendirent une quantité considérable de ces édicules d'argent. Le chef de la corporation de ces orfèvres, à l'époque où saint Paul prêchait à Éphèse, était un certain Démétrius ; il avait une grande fabrique de petits temples d'argent sur le modèle du grand temple de Diane. Très-perspicace sur ses intérêts, il s'aperçut avec effroi de la ruine prochaine de son industrie. On achetait beaucoup moins de ses édicules, la vente de ses produits devenait plus difficile de jour en jour. Quand toute l'Asie accourait auprès de la chaire de saint Paul, quel auditeur, après l'avoir entendu, aurait eu le courage d'acheter de pareilles idoles ? Il réunit donc ses ouvriers, et, dans une harangue chaleureuse, il s'étudia à irriter cette masse contre le grand prédicateur. Dès qu'ils eurent entendu le discours de leur chef, transportés de fureur, les ouvriers se mirent à vociférer : « La grande Diane des Éphésiens ! la grande Diane des Éphésiens ! » Une confusion extrême remplit à l'instant toute la ville. Les meneurs se portèrent au théâtre où le gros du peuple se trouvait réuni. Dans leur course tumultueuse, ayant rencontré Gaïus de Derbe, et Aristarque de Thessalonique, compagnons de voyage de l'Apôtre et ses coopérateurs, ils se saisirent de leurs personnes et les entraînèrent avec eux. Dès que saint Paul apprit le danger qu'ils couraient, il voulut se jeter au milieu de cette multitude de peuple en délire, dans l'espoir de les délivrer ou de partager leur sort, mais ses disciples l'empêchèrent prudemment d'affronter cet orage. Enfin, après deux heures d'une pareille vocifération, cette multitude, fatiguée et épuisée par ses propres cris, prêta enfin l'oreille au secrétaire de la ville et laissa tomber sa colère devant ses paroles. La fureur du peuple était apaisée, et Paul et ses amis délivrés de ses mains.
Ce soulèvement avança son départ de quelques jours : ayant fait venir ses disciples, il leur fit une exhortation pathétique, les embrassa avec une piété paternelle et prit la route de la Macédoine. Vers cette même époque, Aquila et Priscille, qui avaient généreusement exposé leur vie pour le salut de saint Paul, sur la nouvelle de la mort de Claude, quittèrent Éphèse et revinrent à Rome. La mort de cet empereur avait annulé l'édit qui les avait chassés de la ville avec les autres Juifs. Les commencements d'un nouveau règne étaient favorables à ce genre de proscrits ; on fermait les yeux sur leur retour. Ces amis dévoués de saint Paul étaient à Éphèse, quand il écrivit sa première Épître aux Corinthiens ; leur départ dut donc coïncider avec celui de l'Apôtre. En compagnie de Timothée, saint Paul descendit d'Éphèse à Troade ; son esprit fut comme troublé de ne pas rencontrer Tite qu'il espérait y trouver ; après avoir dit adieu aux fidèles, il monta sur un navire qui le porta en Macédoine. A peine descendu à terre, il se mit à parcourir les Églises de cette province, où il comptait des amis si nombreux et si dévoués ; il sema la parole et soutint les disciples par ses puissantes exhortations. C'est à cette époque que nous le voyons éprouver intérieurement des afflictions et des frayeurs terribles ; au dehors il avait à souffrir des combats et des luttes de la part des infidèles, et trop souvent de la part des fidèles encore imparfaits ; et au dedans il éprouvait des craintes. Dieu l'éprouvait en le livrant à cette désolation intérieure, il fallait lui faire sentir que toute sa force venait de la grâce et non de ses qualités naturelles. Heureusement l'arrivée de Tite le consola ; il se réjouit des heureuses nouvelles qu'il lui apportait touchant l'état des Corinthiens. L'exemple de leur générosité lui servit à exhorter les Macédoniens à disposer l'envoi de leurs col-
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lectes en faveur de Jérusalem ; il leur dit que l'Achaïe avait préparé son envoi dès l'année précédente. Touchés de cet exemple, les fidèles de la Macédoine se montrèrent généreux au-delà de leurs forces. Peu de temps après, il envoya Tite à Corinthe porter sa seconde Épître aux Corinthiens (an 37), et le fit accompagner de saint Luc ; ils étaient chargés tous deux de préparer les collectes des Corinthiens. Saint Paul, d'une grande circonspection à l'égard des choses qui prêtent facilement occasion à des discours fâcheux, voulait que l'administration de ces sommes d'argent fût mise hors de tout soupçon. Cette Épître est remarquable par un sage mélange de force et de douceur, d'indulgence et de fermeté.
Usant d'abord de la puissance de lier et de délier, il lève l'excommunication portée contre l'incestueux qui s'était soumis à la pénitence. Il relève ensuite la dignité des ministres du Nouveau Testament. Indigné de ce que des hommes superbes et téméraires répandaient la calomnie contre l'Église chrétienne et son sacerdoce, il stigmatise d'une manière ineffaçable ces faux prophètes, Juifs d'origine, gonflés par la présomption. Il parle ensuite de la patience dans les tribulations, qui convient au pasteur des âmes. Enfin, pour que sa prédication ne reste pas stérile par sa faute et ne tombe pas dans le mépris, Paul ne fait pas difficulté de mettre en évidence tout ce qui peut le recommander aux yeux des fidèles. Par sa naissance, il possède les mêmes privilèges que ceux de sa nation : comme eux, il est de la race d'Abraham. Mais ce qu'il estime au-dessus des privilèges de race, c'est qu'il est « l'ambassadeur de Jésus-Christ ». En cette qualité, il se glorifie de ses travaux, des fatigues, des persécutions qu'il a endurées, des chaînes qu'il a portées, de la flagellation qu'il a subie cinq fois de la part des Juifs. « Trois fois », dit-il, « j'ai été battu de verges, j'ai été lapidé une fois, trois fois j'ai fait naufrage, un jour et une nuit j'ai été ballotté à la merci des vagues ; j'ai été exposé à mille dangers de la part des voleurs, de la part des Juifs, de la part des Gentils, dans les villes, dans le désert, en traversant les rivières, en naviguant sur la mer ; j'ai supporté les travaux et les privations ; j'ai enduré la faim et la soif ; je me suis imposé des veilles et des jeûnes ; j'ai souffert du froid et de la nudité. Outre ces choses extérieures, parlerai-je de mes soucis quotidiens, et de ma sollicitude pour toutes les Églises ? » L'Apôtre saisit cette occasion pour faire connaître l'extase dans laquelle il a été ravi au troisième ciel, où lui ont été révélés des secrets qu'il n'est pas permis à la langue humaine de redire. La glorification du grand Apôtre est complète. Il ajoute, avant de terminer, que s'il a parlé ainsi de lui-même, c'est qu'il y a été contraint. On sent qu'il fait violence à sa modestie, et qu'il a fallu de graves raisons pour l'engager à rompre le silence. Il peut bien dire : « Mon cœur s'est dilaté pour vous, ô Corinthiens ».
Après avoir parcouru la Macédoine en apôtre et en ami, Paul vint en Grèce, c'est-à-dire dans l'Achaïe ; fidèle à sa promesse, il alla visiter de nouveau les Corinthiens. D'après saint Augustin, dans ce troisième voyage en cette ville il régla le mode le plus convenable d'offrir le saint sacrifice et de recevoir la sainte Eucharistie ; il établit particulièrement la loi du jeûne avant la communion. Son séjour dans ces contrées fut de trois mois, visitant les églises de l'Achaïe et celles d'Athènes, usant partout de son autorité apostolique dans la réformation des choses répréhensibles, et recueillant les aumônes préparées d'avance dans ces diverses Églises.
D'après le sentiment général des exégètes, saint Paul écrivit de Corinthe sa célèbre Épître aux Romains ; il la dicta à son secrétaire Tertius sous
29 JUIN. l'inspiration immédiate de l'Esprit-Saint et la fit porter à Rome par Phébé, diaconesse de l'Église de Cenchrée, le plus célèbre des deux ports de Corinthe. La suscription qui porte qu'elle fut écrite de Corinthe ne suffirait pas à elle seule à désigner exactement le lieu où il la dicta ; mais la recommandation de l'auteur de l'Épître d'accueillir et de traiter convenablement Phébé, les salutations diverses dans lesquelles l'Apôtre rappelle le souvenir des personnes qui l'accompagnèrent de la Grèce à Jérusalem, tels que Sopâtre, fils de Pyrrhus de Bérée, Aristarque et Second de Thessalonique, Gaïus de Derbe, Timothée et Trophime d'Asie, démontrent, d'après Origène, qu'elle fut réellement écrite de Corinthe.
L'Épître de saint Paul aux Romains contient une doctrine très-élevée ; aussi a-t-elle toujours passé pour être difficile à expliquer, du moins en certains passages. Les Juifs fixés à Rome, cédant, comme en beaucoup d'autres villes, à un sentiment de jalousie en voyant les Gentils participer à la grâce de l'Évangile avec la même facilité et la même abondance qu'eux-mêmes, se glorifiaient outre mesure des privilèges accordés à leur nation et des grâces qu'ils devaient à la loi mosaïque. Ils regardaient comme profanes tous les peuples du monde, et quelques-uns, par suite d'une excessive complaisance dans la gloire de leur naissance et dans les promesses faites à leurs pères, prétendaient que les nations ne devaient avoir aucune part à la grâce de la nouvelle alliance, tant qu'elles demeureraient étrangères aux observances légales. Les Romains, de leur côté, entêtés de leur vaine philosophie, faisaient valoir le mérite de leurs philosophes qui avaient découvert les préceptes principaux de la morale, par la seule force de leur génie, sans le secours de la révélation et de la loi. Abusant des faveurs dont ils avaient été comblés, les Juifs s'étaient montrés fréquemment rebelles à Dieu. Les Gentils avaient adoré Jésus-Christ aussitôt qu'ils l'avaient connu, tandis que les Israélites l'avaient rejeté et crucifié. Saint Paul humilie les Gentils en montrant que les lumières de leurs philosophes n'avaient servi qu'à les rendre plus coupables. S'ils ont connu Dieu, ils ne l'ont pas adoré comme Dieu. Ils étaient même tombés dans des erreurs de conduite inexcusables et dans les vices les plus honteux. L'Apôtre ne craint pas d'en faire l'énumération, tant les désordres de Rome, sous le règne de Néron, étaient publics et généralement connus. Les enfants d'Abraham, de leur côté, ont-ils bien raison de se glorifier ? Non ; car les œuvres sans la foi en Jésus-Christ, les œuvres purement légales, ne sauraient justifier. Saint Paul part de là pour exposer les mystères de la prédestination et de la réprobation. Mystères terribles ! Ici nous devons nous écrier avec lui : « Ô profondeur des trésors de la sagesse et de la science de Dieu ! Que les jugements de Dieu sont incompréhensibles et ses voies inexplicables ! » En terminant son Épître, l'Apôtre exhorte les Romains à la paix ; il prie Dieu, auteur de la paix et de la concorde, de demeurer avec eux et de leur accorder l'esprit d'union et de charité.
Quand il eut terminé sa visite apostolique et raffermi dans la foi les Églises de la Grèce et de la Macédoine, l'Apôtre résolut d'aller directement de Corinthe en Syrie ; un dessein pervers de ses ennemis l'obligea de changer son itinéraire. Au moment de se mettre en route, il apprit que de méchants Juifs lui avaient tendu des embûches sur le chemin qu'il devait parcourir. Leur but était de s'emparer des collectes d'argent qu'il apportait à Jérusalem. Il retourna donc par la Macédoine, et se rendit directement de cette province dans l'Asie proprement dite. Sopâtre, fils de Pyrrhus de Bérée, Aristarque et Second de Thessalonique, Gaïus de Derbe et Timothée,
SAINT PAUL, APÔTRE DES GENTILS ET MARTYR. Tychique et Trophime, tous deux d'Asie, l'accompagnèrent dans ce voyage, et saint Luc également, car il est dit que ces deux derniers les précédèrent et les attendirent à Troade. « Pour nous, après le jour des Azymes nous nous embarquâmes à Philippes, et nous vînmes en cinq jours les retrouver à Troade, où nous demeurâmes encore sept jours ».
Après ce repos de sept jours à Troade, ville de la petite Phrygie, le premier jour de la semaine, c'est-à-dire le dimanche, les disciples étant assemblés en vue de rompre le pain, expression qui désigne l'oblation du sacrifice eucharistique et la communion, saint Paul, qui devait partir le lendemain, commença un discours et le prolongea jusqu'au milieu de la nuit. L'assemblée se tenait dans une salle haute éclairée par un grand nombre de lampes : elle était tout entière sous le charme de cette parole animée du feu de la charité qui jaillissait de son cœur. Oubliant dans l'ardeur de sa parole que les heures s'envolaient, l'Apôtre parlait toujours depuis longtemps, quand un jeune homme du nom d'Eutyque, qui s'était assis sur une fenêtre, se laissa surprendre par un sommeil profond ; son corps, qui se balançait par un mouvement machinal, perdit l'équilibre et tomba du troisième étage dans la rue : on le releva mort ! L'Apôtre interrompit aussitôt son discours et descendit à la hâte du troisième étage dans la rue, se jeta sur le corps du jeune homme, et, l'ayant embrassé, il sentit que la vie ranimait ce cadavre : « Ne vous troublez pas », dit-il aux assistants, « car il vit ». L'Apôtre renouvela au milieu de la rue les miracles d'Élie et d'Élisée, quand ils rappelèrent à la vie, l'un le fils de la veuve de Sarepta, l'autre celui de la Sunamite. Sentant le besoin de remettre l'assemblée de sa double émotion instantanée de tristesse et de joie vive, il « rompit le pain ». Après ces saintes agapes, il reprit la parole et continua son discours jusqu'au point du jour. Insensible aux fatigues de la nuit, il sortit de cette assemblée tout émue de sa parole, de son grand miracle et des exercices pieux d'une si longue veille ; puis, sans prendre de repos, il alla faire embarquer ses coopérateurs sur un vaisseau qui allait les porter jusqu'à Asson, lieu où ils devaient le reprendre, d'après l'ordre qu'il leur en avait donné. Quant à lui, il préféra prendre la route de terre. L'Apôtre rejoignit ses amis à Asson ; il monta sur le vaisseau qui les portait, et tous ensemble firent voile vers Mitylène, une des principales villes de l'île de Lesbos. La rapidité avec laquelle saint Paul et ses compagnons voyageaient en ce moment ne leur laissa le temps ni de s'arrêter dans cette île, ni de visiter Mitylène. Ils arrivèrent le lendemain vis-à-vis de Chio, l'une des îles de l'Archipel. Le peu d'importance de cette île, et la hâte qu'ils avaient d'arriver à Jérusalem ne leur permirent pas de descendre à terre. Le lendemain, ils abordèrent à Samos. Ils allèrent mouiller, pour passer la nuit, au petit port, ou plutôt au promontoire de Trogylle. Le jour d'après, ils allèrent à Milet, ville opulente et voluptueuse. Saint Paul désirait ardemment de se trouver à Jérusalem le jour de la Pentecôte, pour célébrer l'anniversaire de la promulgation de l'Évangile. C'est pourquoi il résolut de passer devant Éphèse sans y prendre terre. D'un autre côté, il ne lui convenait pas de passer à la dérobée, sans jeter dans le cœur des fidèles ministres placés par lui-même à la tête des Églises de cette ville une de ces exhortations vives et pénétrantes, si capables de ranimer leur zèle. A cet effet, il mit à profit son séjour à Milet, situé à peu de distance d'Éphèse : il fit assembler auprès de lui les évêques et les prêtres de cette Église, et quand ils furent réunis tous ensemble, il leur adressa ces paroles touchantes : « Je m'en vais à Jérusalem sans que je sache ce qui m'y doit arriver, sinon que dans toutes les villes par où je passe, l'Esprit-Saint
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me fait connaître que des chaînes et des afflictions m'y sont préparées. Mais je ne crains rien de toutes ces choses, car ma vie ne m'est pas plus précieuse que ma personne, pourvu que j'achève ma course, et le ministère de la parole que j'ai reçu du Seigneur Jésus, pour prêcher l'Évangile de la grâce de Dieu ». Dès qu'il eut terminé cette émouvante exhortation dans laquelle son âme apostolique se révèle tout entière, il se mit à genoux et pria avec eux avec cette effusion de charité dont le feu brûlait son cœur. Cet épanchement de son âme dans cette prière remua vivement le cœur des assistants ; tous aussitôt se mirent à fondre en larmes, puis, se jetant à son cou, ils l'embrassaient, affligés de la pensée de ne plus le revoir. Tous ces saints personnages accompagnèrent l'Apôtre jusqu'au vaisseau qui devait l'emporter.
Après s'être arraché à grand'peine des bras de ces bien-aimés évêques et prêtres de l'Église d'Éphèse, le grand docteur des Gentils et ses amis montèrent sur le bâtiment qui les attendait ; pressé de partir, il mit aussitôt à la voile, s'éloigna du port et cingla droit vers Cos, petite île de la mer Égée, à l'entrée du golfe Céramique. Le lendemain, ils arrivèrent à Rhodes, île située non loin de la côte méridionale de la Carie. De Rhodes le vaisseau se rendit à Patare, ville maritime et capitale de la Lycie, où se trouvait un temple d'Apollon, dont l'oracle était regardé comme le plus célèbre de toute l'Asie. En descendant de son vaisseau, saint Paul put apercevoir les tristes victimes de cette superstition frappée au cœur par l'Évangile, et gémir sur leur aveuglement prodigieux. L'Apôtre et ses compagnons de voyage quittèrent à Patare le vaisseau sur lequel ils avaient déjà navigué, et montèrent sur un navire qui faisait voile vers la Phénicie. Pendant leur route ils aperçurent l'île de Chypre, qu'ils laissèrent à gauche, et, continuant à naviguer vers la Syrie, ils abordèrent à Tyr. Des disciples qu'ils rencontrèrent dans cette ville les retinrent pendant sept jours. Éclairés par une lumière supérieure, ils prédirent à saint Paul les maux qu'il devait éprouver à Jérusalem, et l'engagèrent à ne pas y monter. Leurs sollicitations empressées laissèrent l'Apôtre inébranlable dans sa résolution. Les sept jours écoulés, lui et ses amis se disposèrent à partir. Tous les fidèles de Tyr, suivis de leurs femmes et de leurs enfants, les accompagnèrent au dehors de la ville ; étant arrivés sur le rivage de la mer, ils mirent les genoux en terre et prièrent tous ensemble, et, après s'être dit adieu les uns aux autres avec un saint attendrissement, l'Apôtre et ses amis montèrent sur leur navire. De Tyr le vaisseau cingla droit à Ptolémaïde, terme de cette navigation de l'Apôtre. Les voyageurs apostoliques ne donnèrent qu'un jour aux frères de cette ville. De Ptolémaïde ils descendirent le lendemain par la voie de terre à Césarée de Palestine, ou Tour de Straton. Philippe l'Évangéliste, l'un des sept diacres, demeurait dans cette ville. Les saints voyageurs descendirent dans sa maison.
Pendant le séjour de l'Apôtre à Césarée, un prophète, nommé Agabus, célèbre par sa prédication de la famine qui sévit sous l'empire de Claude, arriva de la Judée. Dans la visite qu'il fit à saint Paul et à ses amis, il prit la ceinture de l'Apôtre et lui prédit, d'une manière symbolique, à l'exemple des anciens Prophètes, les liens qui l'attendaient à Jérusalem. S'étant lié
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les pieds et les mains avec cette ceinture, il dit : « Voici ce que dit l'Esprit-Saint : L'homme à qui appartient cette ceinture sera lié de cette sorte par les Juifs dans Jérusalem et ils le livreront entre les mains des Gentils ».
Dès que les amis de l'Apôtre et les fidèles réunis autour de lui eurent entendu cette prophétie, ils le supplièrent instamment de ne pas monter à Jérusalem. Toutes ces instances faites par des amis sincères furent impuissantes à ébranler sa résolution. Martyr futur de la foi, il ne put s'empêcher, dans l'attente de cette glorieuse couronne, de répondre avec attendrissement à leurs touchantes prières : « Que faites-vous de pleurer ainsi et de m'attendrir le cœur ? » Mais loin de faiblir, reprenant toute son intrépidité naturelle, il ajouta : « Je vous déclare que je suis tout prêt à souffrir à Jérusalem non-seulement les liens et la prison, mais la mort même pour le nom du Seigneur Jésus ». A ces paroles fermes et vraiment apostoliques, les assistants comprirent qu'ils ne pourraient le persuader ; ils lui dirent : « Que la volonté du Seigneur soit faite ». Après quelques jours de repos, tout étant disposé pour le départ, les voyageurs apostoliques prirent la route de Jérusalem : ils étaient suivis de plusieurs disciples de la ville de Césarée, parmi lesquels il s'en trouvait un, déjà ancien, nommé Mnason, originaire de l'île de Chypre, dans la maison duquel ils devaient loger. Possesseur d'une maison à Jérusalem, il put offrir l'hospitalité à l'Apôtre et à ses amis dans ces jours où l'immense multitude de pèlerins rendait très-difficile le choix convenable d'un logement.
Ce cinquième voyage de saint Paul à Jérusalem, entrepris par une impulsion divine, fut l'un des plus dramatiques de sa vie, qui était tout entière un véritable drame apostolique. A son arrivée dans la ville sainte, lui et ses dignes coopérateurs furent accueillis avec joie par les frères. Le lendemain de son arrivée, l'Apôtre et ses amis allèrent rendre visite à saint Jacques le Mineur, cousin de Jésus-Christ et premier évêque de Jérusalem. Averti de l'arrivée et de la visite de saint Paul, saint Jacques, dans le désir de le recevoir avec plus d'honneur, avait réuni auprès de sa personne les prêtres de Jérusalem. L'Apôtre, après les avoir tous embrassés, selon la coutume, remit à saint Jacques le montant des nombreuses aumônes qu'il avait recueillies au sein des Églises de l'Achaïe, de la Macédoine et d'autres contrées. Placées au sein du judaïsme, les prêtres de l'Église de Jérusalem subissaient l'influence du milieu dans lequel ils vivaient. Obligés de transiger avec les Juifs convertis à la foi, mais peu disposés à se dégager de tous les rites prescrits par la loi, ils observaient eux-mêmes avec ces fidèles les prescriptions légales. Dans cet état de fausse conscience, ils voulurent l'approbation de saint Paul ; ils lui dirent donc : « Vous voyez, frère, combien de myriades de Juifs ont cru ; mais tous, malgré leur foi, sont zélés pour la loi. Et, comme ils sont la principale partie de l'Église chrétienne, les aînés dans la foi, la prudence autant que la charité commandent qu'on ait de l'indulgence pour eux en respectant leurs idées. Or, ils ont entendu dire que vous enseignez à tous les Juifs qui habitent parmi les Gentils de renoncer à Moïse, en disant de ne point soumettre leurs enfants à la circoncision et de ne point vivre selon leurs anciennes coutumes. Il y a précisément parmi nous quatre hommes qui se sont liés par un vœu ; prenez-les avec vous ; sanctifiez-vous avec eux ; fournissez-leur le prix de la cérémonie, afin qu'ils se rasent la tête, et que tous apprennent par là que toutes les choses qu'ils avaient entendu dire à votre sujet étaient fausses, puisque vous continuez à observer la loi. Quant à ceux d'entre les Gentils qui ont cru, nous leur avons écrit que nous avions jugé qu'ils devaient s'abstenir
29 JUIN. des viandes immolées, du sang, des viandes étouffées et de la fornication ». Saint Paul crut devoir accepter ce compromis. L'Apôtre, s'étant donc voué à Dieu comme Nazaréen temporaire, prit ces quatre hommes, et s'étant purifié avec eux, il alla au temple le jour suivant en leur compagnie. Conformément à la loi, ils firent connaître les jours où s'accomplirait leur purification, et le moment où l'offrande serait présentée pour chacun d'eux. L'Apôtre, dont la maxime était de se faire tout à tous, en vue de les gagner tous à Jésus-Christ, crut, à une époque où les cérémonies légales n'étaient pas encore mortifères ou ensevelies dans l'oubli, devoir user de condescendance à l'égard des préjugés si tenaces des judéo-chrétiens de Jérusalem, si dignes de respect. Les cérémonies du vœu de Nazaréat temporaire prescrites par la loi touchaient à leur terme sans avoir éprouvé la moindre entrave. On pouvait regarder déjà la paix comme assurée, quand un orage imprévu éclata tout à coup, avec une telle violence, sur l'Apôtre, qu'il fut sur le point d'être brisé. Vers la fin du septième jour de son vœu, ces Juifs asiatiques l'ayant aperçu dans le temple, se saisirent de lui et émurent tout le peuple en criant : « Hommes d'Israël, à l'aide ! voici cet homme qui dogmatise partout contre le peuple, contre la loi et contre ce lieu saint ; il a de plus amené des Gentils dans le temple, il a profané ce lieu saint. Toute la ville fut fortement émue. Ceux qui s'étaient saisis de saint Paul, le tirèrent hors du temple, ne voulant pas l'immoler dans son enceinte ; aussitôt les portes en furent fermées ; dans le paroxysme de leur colère, ils se disposaient à le tuer, quand on vint heureusement avertir le tribun de la cohorte préposée à la garde du temple, que toute la ville de Jérusalem était dans un trouble et une confusion inexprimables. Aussitôt il prit des soldats et des centeniers avec lui, et courut vers ceux qui tenaient l'Apôtre et le frappaient. A l'aspect du tribun et des soldats, ils cessèrent de le battre, moins par modération et par sentiment de justice, que par la crainte de représailles sévères de la part des Romains dominateurs de la Judée. Le tribun Claudius Lysias se saisit vivement de l'Apôtre : il l'enchaîna d'abord, puis, après l'avoir chargé de liens, il s'informa de sa personne et de son prétendu crime. Ensuite il commanda à ses soldats de conduire l'Apôtre au camp, qui était situé dans la tour Antonia. Cette forteresse adossée au temple du côté du septentrion, servait de logement à la garnison romaine. Au moment d'entrer dans la forteresse, Paul dit au tribun : « Permettez-moi, je vous prie, de parler au peuple ». Ayant obtenu cette permission du chef de la milice, saint Paul, debout sur les degrés du portique de la citadelle, fit signe de la main au peuple. Tant que l'Apôtre leur exposa l'institution première de sa vie, les circonstances miraculeuses de sa conversion, et sa vocation à l'apostolat, ils écoutèrent patiemment son discours. Si ses paroles les choquèrent un peu, elles avaient, du moins pour eux, le charme de la nouveauté. Mais quand il leur dit que Jésus-Christ l'avait chargé d'aller prêcher l'Évangile aux Gentils, incapables de se contenir plus longtemps, ils perdirent patience, et d'une voix unanime ils crièrent avec force : « Otez cet homme du monde, ce serait un crime de le laisser vivre ». Ils ne cessaient de vociférer, de jeter leurs vêtements et de faire voler la poussière en l'air ; le tribun le fit conduire dans la forteresse. Ne pouvant découvrir la cause de ces vociférations, il imagina de faire donner la question à l'Apôtre et de le faire battre de verges, afin de tirer de sa bouche, par la violence des tourments, la connaissance du prétendu crime qui les exaspérait si fort contre lui. Quand saint Paul eut été lié avec des courroies, il dit au centenier chargé de présider à cette exécution : « Vous est-il per-
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mis de fouetter un citoyen romain, et qui n'a point été condamné? » Le centenier, surpris de cette parole, se hâta d'aller trouver le tribun et de lui dire : « Qu'allez-vous donc faire? cet homme est citoyen romain ». A cette révélation inattendue, le tribun tout troublé accourut vers son prisonnier et lui dit : « Êtes-vous citoyen romain? » — « Oui, je le suis », répondit l'Apôtre. Le tribun lui repartit : « Il m'en a coûté bien de l'argent pour acquérir ce droit de citoyen romain ! » — « Et moi », dit saint Paul, « je le suis par ma naissance ». Dès que saint Paul eut manifesté son titre de citoyen romain, les soldats chargés de le flageller et de lui donner la question se retirèrent après l'avoir délié.
Cependant les princes des prêtres et le conseil s'étant assemblés sur l'ordre du tribun, celui-ci fit ôter les chaînes à saint Paul et le présenta devant eux. Aussi ferme qu'en face de la multitude en fureur, quand elle demandait son sang, il regarda fixement les membres de l'assemblée et leur dit : « Hommes frères! jusqu'à cette heure je me suis conduit en toutes choses devant Dieu avec la droiture d'une bonne conscience ! » A ces mots, prononcés avec une noble assurance, prélude d'une vigoureuse apologie, le grand prêtre Ananie, fils de Zébédée, incapable de souffrir cette liberté de parole dans l'Apôtre, ordonna à ceux qui étaient auprès de lui de le frapper au visage. Il répondit à l'homme qui avait donné l'ordre de le frapper : « Muraille blanchie, Dieu te frappera un jour lui-même ! Quoi, tu es assis ici pour me juger selon la loi, et contrairement à la loi tu commandes qu'on me frappe! » Les membres du sanhédrin virent dans ces paroles une injure, et dirent à saint Paul : « Tu maudis le grand prêtre de Dieu ! » Il leur répondit avec calme : « Frères, j'ignorais que ce fût le prince des prêtres ; car il est écrit : Tu ne maudiras pas le prince de ton peuple ». Ayant parlé de la sorte, il s'éleva une discussion entre les Pharisiens et les Sadducéens. Le tumulte s'augmentant par les récriminations mutuelles, le tribun eut peur que son prisonnier ne fût mis en pièces par ces forcenés. Voulant éviter cet affreux malheur, il commanda qu'on fît venir des soldats qui l'enlevèrent d'entre leurs mains et le conduisirent dans le camp. La nuit suivante, Jésus-Christ lui apparut, et lui dit : « Aie bon courage ; car, comme il lui avait rendu témoignage dans Jérusalem, il devait également lui rendre témoignage dans Rome ». En effet, le jour étant venu, quelques Juifs se liguèrent entre eux, par un vœu terrible, confirmé avec serment et imprécation, de ne rien manger ni boire avant de l'avoir tué. S'étant donc présentés aux princes des prêtres, aux membres du sénat, ils leur dirent résolument : « Nous avons fait vœu, avec de grandes imprécations, de ne point manger que nous n'ayons tué Paul ! vous n'avez donc qu'à faire savoir, de la part du conseil, au tribun, que vous le priez de faire amener demain Paul devant vous, dans le but de connaître plus particulièrement son affaire, et nous serons tout prêts à le tuer avant qu'il arrive ». Cette machination si bien ourdie, dont l'effet paraissait assuré, parvint à la connaissance du fils de la sœur de saint Paul. Ce jeune homme, effrayé du péril que courait son oncle, accourut en toute hâte au camp et l'avertit de ce dessein homicide contre sa personne. Saint Paul fit donc appeler un centurion et lui dit : « Menez, je vous prie, ce jeune homme au tribun, il a quelque chose à lui dire ». Le centurion prit ce jeune homme avec lui et le conduisit au tribun ; en le lui présentant, il lui dit : « Paul, le prisonnier, m'a prié de vous amener ce jeune homme qui a quelque avis à vous donner ». Prenant par la main le neveu de l'Apôtre et le tirant à l'écart, le tribun lui demanda ce qu'il avait à lui communiquer ; les officiers romains étaient
29 JUIN. toujours disposés à recueillir tous les renseignements sur les personnes et les choses. Ce jeune homme lui révéla secrètement le plan de la conspiration : « Les Juifs », lui dit-il, « ont résolu ensemble de vous prier de faire comparaître demain Paul dans leur assemblée, sous le prétexte de connaître plus exactement l'état de son affaire ; gardez-vous bien de consentir à leur demande. Plus de quarante d'entre eux se sont concertés pour lui dresser des embûches ; ils ont fait vœu, avec de grands serments, de ne manger ni boire avant de l'avoir tué. Ils sont déjà préparés à faire le coup, attendant votre promesse ». Le tribun Claudius Lysias fit appeler deux centeniers et leur dit : « Tenez prêts dès la troisième heure de la nuit deux cents soldats, soixante et dix cavaliers et deux cents archers pour aller à Césarée ». Il leur ordonna également de préparer des chevaux pour monter Paul et le mener sûrement au gouverneur Félix ; en même temps il écrivit à Félix en ces termes : « Les Juifs s'étant saisis de cet homme et commençant à le tuer, j'accourus avec des soldats et je l'arrachai de leurs mains, ayant su qu'il était citoyen romain. Désirant être instruit du sujet de leurs accusations, je le menai dans leur conseil ; là je trouvai qu'on l'accusait seulement de certaines choses relatives à leur loi, et nullement d'aucun crime qui fût digne de mort ou de prison ; et sur le rapport que j'ai reçu des embûches que les Juifs avaient dressées contre lui pour le tuer, je vous l'ai envoyé. J'ai également commandé à ses accusateurs d'aller soutenir leur cause devant vous ». Les cavaliers étant arrivés à Césarée allèrent rendre la lettre du tribun au gouverneur et lui présentèrent le prisonnier. Le gouverneur, après la lecture de la lettre de Claudius Lysias, s'enquit de quelle province était l'Apôtre ; ayant appris qu'il était de Cilicie, il lui dit : « Je vous entendrai quand vos accusateurs seront venus ». Il commanda ensuite qu'on le gardât dans le prétoire d'Hérode où étaient situées les prisons du palais.
Les ennemis de l'Apôtre, avec leur soif ardente de son sang, ne mirent aucun retard à porter leur accusation devant Félix. Conformément à la pratique usitée chez les Grecs et les Romains, ils avaient pris un avocat à gages nommé Tertullus. Félix fit comparaître saint Paul et le mit en leur présence, afin qu'après avoir entendu l'accusation portée contre lui, il pût se mettre en mesure de la repousser. L'orateur des Juifs s'exprima en ces termes : « Comme c'est par vous, très-excellent Félix, que nous jouissons d'une profonde paix, et que plusieurs choses justes et salutaires ont été établies par votre sage prévoyance au milieu de notre nation, partout et toujours nous aimons à le reconnaître, avec toutes sortes d'actions de grâces. Nous avons rencontré cet homme, vraie peste publique ; prince de la secte séditieuse des Nazaréens, il met la division et le trouble parmi tous les Juifs de l'univers ; il a même tenté de profaner le temple. En l'interrogeant vous-même pour le juger, vous pourrez reconnaître la vérité de tous les crimes dont nous l'accusons ». Tous les Juifs présents certifièrent la vérité des faits criminels reprochés à l'Apôtre par l'orateur Tertullus. Saint Paul écouta avec calme cette accusation mensongère ; avant de la repousser il attendit que Félix lui donnât la permission de la réfuter. Quand il l'eut obtenue, il brisa une à une, avec une logique formidable, toutes les armes de ses ennemis. Maître de ses impressions, Félix écouta, sans les manifester, l'accusation des Juifs, et la défense victorieuse de l'Apôtre. Alléguant la nécessité d'une plus ample information, il remit les parties à un autre temps : « Lorsque je me serai plus exactement informé de cette secte, et que le tribun Lysias sera descendu de Jérusalem, je jugerai votre affaire ».
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Après ce dénouement pacifique, Félix quitta momentanément Césarée ; il alla chercher sa femme Drusille, qui désirait ardemment entendre parler saint Paul, tant la renommée de son éloquence apostolique était grande ! Peu de jours après, il rentra dans le siège de son gouvernement avec cette reine devenue la femme d'un affranchi. Félix, né de race servile, était l'affranchi de l'empereur Claude, et de sa mère Antonia. Saint Paul parut devant Félix et Drusille, non en accusé, mais en Apôtre de la loi nouvelle. Dans son premier discours, il s'était borné à repousser les crimes dont ses ennemis acharnés l'accusaient ; dans le second, il parla de la foi en Jésus-Christ, ce grand objet de ses travaux apostoliques. Sans nul souci de déplaire au gouverneur qui le retenait dans les liens, il lui parla avec une grande liberté de la justice, de la chasteté et du jugement futur. Il porta la parole avec tant de force, que Félix en fut tout effrayé. « C'est assez pour cette heure », lui dit-il, « retirez-vous ; quand j'aurai le temps, je vous manderai ». Après cette audience, il eut de nombreux entretiens avec l'Apôtre, dans l'espoir que le saint prisonnier achèterait sa délivrance en lui donnant de l'argent. Saint Paul avait recueilli des aumônes en faveur des pauvres de Jérusalem, mais il aurait préféré subir une détention perpétuelle plutôt que de recourir personnellement à ce moyen de délivrance.
Deux ans s'étant écoulés, Félix fut rappelé à Rome ; il eut pour successeur Porcius Festus. Avant son départ, il aurait pu délivrer saint Paul ; mais dans le but de faire plaisir aux Juifs, il le laissa dans les liens. Porcius Festus monta à Jérusalem. Ananie et les premiers d'entre les Juifs, pressés de l'ardente soif de la mort du prisonnier, allèrent trouver le nouveau gouverneur et lui demandèrent sa condamnation. La haine contre l'Apôtre s'était accrue de toute la résistance que Félix avait opposée à l'accomplissement de leurs projets homicides. Festus, trop juste ou trop habile, refusa de condamner, sur leur demande évidemment inique, un prisonnier absent. « Sous peu de jours », leur dit-il, « j'irai à Césarée où Paul est détenu ; que les principaux d'entre vous y viennent avec moi, et si cet homme a commis quelque crime, ils l'en accuseront devant mon tribunal ». Le lendemain de son arrivée, s'étant assis sur son tribunal, il commanda qu'avant toute autre cause on lui amenât le prisonnier Paul. Les Juifs accusateurs chargèrent l'Apôtre de plusieurs grands crimes, dont ils ne purent fournir aucune preuve. Avec la force que l'innocent puise dans une conscience irréprochable, celui-ci se défendit victorieusement d'avoir agi contre la loi des Juifs, contre le temple et contre César. Festus soupçonna facilement, à la passion extrême dont les Juifs poursuivaient la condamnation de l'Apôtre, qu'une cause secrète, dont la nature lui était cachée, était le vrai mobile de cette affaire. Toutefois il usa d'un détour qui put mettre sa responsabilité à couvert. Il dit donc à son grand prisonnier : « Voulez-vous monter à Jérusalem et y être jugé devant moi sur les choses dont on vous accuse ? » Le grand Apôtre ne pouvait pas accepter une pareille translation ; c'est pourquoi il répondit à Festus : « Me voici devant le tribunal de César, c'est devant lui que je dois être jugé ; vous n'ignorez pas que je n'ai fait aucun tort aux Juifs... J'en appelle à César ! » Festus fut obligé d'accepter cet appel à un tribunal supérieur au sien ; après en avoir conféré avec ses assesseurs il lui dit : « Vous en avez appelé à César, vous irez à César ! »
Porcius Festus, dessaisi par l'appel de l'Apôtre du droit de le juger, attendait le moment opportun de l'envoyer à Rome. Pendant ce temps, Agrippa le Jeune, dernier roi des Juifs, et sa sœur Bérénice, descendirent à Césarée dans l'intention d'y saluer le nouveau président de la Judée. Festus,
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que l'affaire de saint Paul avait frappé, en parla au roi, soit comme un sujet extraordinaire de conversation, soit qu'il voulût le consulter sur cette cause si obscure à ses yeux. « Il y a ici », dit-il à Agrippa, « un homme que Félix a laissé dans les liens ; les princes des prêtres, les anciens des Juifs, vinrent pendant ma visite à Jérusalem me demander de le condamner à mort ; je refusai, en leur disant que les Romains n'avaient pas la coutume de condamner un homme avant que l'accusé ait ses accusateurs présents devant lui, et qu'on lui ait donné la liberté de se justifier du crime dont on l'accuse. Mais voici qu'il en a appelé à César. Comme, d'après cet appel, il faut que la cause soit réservée à la connaissance d'Auguste, j'ai ordonné qu'on le gardât jusqu'au jour où je pourrai l'envoyer à César ». Après ce récit, Agrippa dit à Festus : « Depuis un certain temps j'ai envie d'entendre parler cet homme ! » — « Vous l'entendrez demain », lui répondit Festus. Le lendemain, en effet, Agrippa et Bérénice vinrent avec une grande pompe, portant de riches ornements royaux, entourés d'un brillant cortège composé de leur cour, des tribuns et des principaux habitants de la ville de Césarée, et ayant pris place dans le prétoire, saint Paul leur fut amené par le commandement de Festus. Le prisonnier de Jésus-Christ parut au milieu de cette brillante assemblée sans éprouver le moindre trouble d'esprit, malgré les chaînes dont il était lié, et ses vêtements pauvres qui contrastaient avec le luxe éblouissant des personnes présentes. Agrippa, s'adressant directement à saint Paul, sans prendre l'avis de Festus, lui dit : « On vous permet de parler pour votre défense ». Aussi calme, aussi ferme devant cette imposante assemblée qu'en face de la multitude en furie, l'Apôtre étendit la main. Après un exorde où il en appelle à la science d'Agrippa, ce qui lui permettait de donner à son apologie un développement scientifique nécessaire, il raconte sa vie de Pharisien dans Jérusalem, depuis ses jeunes années, vie connue de tous les Juifs. Il raconte ensuite l'acharnement terrible avec lequel, poussé par son zèle pharisaïque, il avait d'abord persécuté les chrétiens dans le dessein d'effacer de ce monde le nom de Jésus de Nazareth, et enfin le miracle de sa conversion ; il termine ainsi : « Roi Agrippa, je ne résistai pas à cette vision céleste ; tout d'abord, j'annonçai à ceux de Damas, puis à ceux de Jérusalem, ensuite dans toute la Judée et aux Gentils, qu'ils eussent à faire pénitence et à se convertir à Dieu, en faisant de dignes fruits de pénitence. Tel est le sujet pour lequel les Juifs s'étant saisis de moi dans le temple, se sont efforcés de me tuer. Vaine tentative ! Car par l'assistance de Dieu, j'ai subsisté jusqu'à ce jour, rendant toujours témoignage de Jésus aux grands et aux petits, et ne disant rien en dehors des choses que Moïse et les Prophètes ont prédit devoir arriver, savoir, que le Christ souffrirait la mort, et que le premier il ressusciterait d'entre les morts, et qu'il éclairerait de sa lumière le peuple Juif et les Gentils ». Festus interrompit brusquement l'apologie de l'Apôtre en s'écriant : « Paul, tu es insensé ; ton grand savoir t'a fait perdre le sens ». Sans s'arrêter à cette exclamation injurieuse que la surprise avait arrachée à l'ignorance et au dépit de Festus, il lui répondit avec calme : « Je ne suis pas insensé, très-excellent Festus, les paroles que je viens de dire sont des paroles de vérité et de bon sens ! » Et afin que Festus revînt de sa fausse appréciation, il en appela au témoignage d'Agrippa. « Ô roi Agrippa, ne croyez-vous pas aux Prophètes ? Je sais que vous y croyez ». Telle est la fameuse exclamation qu'arrache des lèvres du roi l'éloquence scientifique de Paul : « Il ne s'en faut guère que vous ne me persuadiez d'être chrétien ! » L'Apôtre répliqua : « Plût à Dieu que non-seulement il ne s'en fallût guère, mais qu'il ne s'en
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fallût rien du tout que vous et tous ceux qui m'écoutent présentement devinssiez tels que je suis, à la réserve de ces liens ». Le roi, le président, Bérénice et ceux qui étaient assis avec eux, se levèrent alors, et, s'étant retirés à part, ils dirent ensemble : « Cet homme n'a rien fait qui soit digne de mort ou de prison ». Agrippa dit à Festus : « Il pouvait être renvoyé absous s'il n'eût point appelé à César ». Ainsi tombèrent et s'évanouirent toutes les accusations calomnieuses de ses ennemis.
La résolution d'envoyer l'Apôtre à Rome vider son appel étant ainsi arrêtée, « il fut décidé qu'il irait par mer en Italie, et qu'on le mettrait avec les autres prisonniers entre les mains du nommé Jules, centurion d'une cohorte de la légion Augusta ». Ce voyage devant se faire par mer, il monta sur un vaisseau d'Adrumette. Saint Luc et Aristarque de Macédoine, témoins des persécutions et des souffrances de l'Apôtre, ne rougirent pas de ses liens ; ils briguèrent l'honneur de l'accompagner dans son voyage maritime, et d'affronter les périls de sa navigation. Poussé par un vent favorable, le jour suivant le vaisseau aborda à Sidon, ville célèbre de la Phénicie. Jules, se dépouillant, à l'égard de saint Paul, de la rudesse si connue des soldats envers leurs prisonniers, le traita avec tant d'humanité, qu'il cessa de voir en lui un captif. Il lui donna la liberté sur parole ; il put ainsi aller visiter ses amis les chrétiens de Sidon, et pourvoir lui-même à ses besoins. En sortant de Sidon, le vaisseau fut obligé, à cause des vents contraires, de côtoyer l'île de Chypre ; l'ayant doublée, il entra dans les mers de Cilicie et de Pamphylie, et il aborda à Myre, en Lycie (d'après le grec), et non pas à Lystre, comme porte la Vulgate. Cette dernière ville, située dans la Lycaonie, n'est pas un port de mer. Par une heureuse rencontre, Jules trouva dans ce port un vaisseau d'Alexandrie, qui faisait voile vers l'Italie. Comme c'était le but de son voyage, il abandonna celui d'Adrumette, et monta avec ses prisonniers et les amis de l'Apôtre sur ce nouveau navire. Celui-ci, lourdement chargé de blé, naviguait difficilement, ayant le vent en face, obligé de lutter contre le vent d'ouest, à une époque où la navigation sortait à peine de l'enfance de l'art ; il mit beaucoup de jours à s'approcher de Gnide, ville située sur un promontoire du même nom, dans la partie de la Carie plus spécialement nommée Boride. Le vaisseau prit ensuite au-dessous de l'île de Crète, par le cap oriental de Salmone, opposé à Gnide et à Rhodes, longea la côte méridionale de Crète, au lieu de celle du nord, car il aurait été exposé à toute la violence du vent nord-ouest, et après une navigation difficile, qui l'obligeait à louvoyer, il arriva en un lieu nommé Bon-Port ou Beau-Port, près duquel était située la ville de Thalassa ou de Laséa, dont le nom subsiste encore au midi de l'île de Crète. Ce port, beaucoup trop découvert, et exposé à des coups de vents, offrait un mouillage peu sûr pour y passer l'hiver.
Pendant cette marche pénible, un grand nombre de jours s'étaient écoulés : la navigation devenait de plus en plus pénible. Saint Paul connut le péril imminent que courait le vaisseau ; aussitôt il donna à ceux qui le dirigeaient cet avis prudent : « Mes amis, je vois que la navigation va devenir très-fâcheuse, et pleine de péril, non-seulement pour le vaisseau et sa charge, mais aussi pour notre vie ». Le centurion Jules préféra l'opinion
1. *Adrumettinum*, dit la Vulgate : Ἀδραμεττιώ, dit le texte grec. On ne sait s'il faut entendre ici la ville libyenne d'Adrumette, capitale de la Byzantine, ou celle d'Adramytte, en Mysie, sur l'embouchure du Caïque. Quoi qu'il en soit, ces deux cités maritimes, l'une de l'Afrique, l'autre de l'Asie-Mineure, tenaient alors un rang distingué parmi les ports commerciaux de l'Orient.
VIES DES SAINTS. — Tome VII.
29 JUIN. des hommes de mer; leur vieille expérience lui parut préférable à la science surnaturelle de Paul. Le port où ils se trouvaient n'offrait aucun abri convenable au navire. On se remit en mer, afin de gagner Phénice, port de Crète, qui regarde les vents du couchant et du midi; l'hiver aurait pu s'y passer sans danger. L'imprévoyance des hommes de mer fut surprise par un vent impétueux qui se leva peu de temps après, entre le levant et le nord; il soufflait avec une telle violence contre l'île, qu'il emportait le navire sans que sa masse pût y opposer la moindre résistance; toute manœuvre devenant inutile, il fut le jouet du vent, poussé avec impétuosité au-dessous d'une petite île appelée Cauda, située tout près de l'île de Crète, et célèbre par ses onagres; on put à grand'peine se rendre maître de la chaloupe. Il fallut le jour suivant jeter les marchandises à la mer, afin d'alléger le navire et de diminuer ses rudes secousses; trois jours après, la mer, toujours insatiable, exigea d'autres sacrifices; ils jetèrent de leurs propres mains les agrès du vaisseau dans le gouffre. Pour comble d'horreur, ni le soleil ni les étoiles ne parurent de plusieurs jours. Sauveur inespéré, l'Apôtre se leva au milieu d'eux, et avec une noble assurance il leur promit la vie sauve. Dans l'attente du naufrage, personne n'avait songé à manger, il les exhorta à prendre de la nourriture, en leur disant: « Mes amis, vous eussiez, sans doute, mieux fait de croire ma parole, et de ne point partir de Crète; vous nous auriez épargné une aussi grande peine, et nous n'aurions pas subi une si grosse perte! Néanmoins, personne ne périra; ce vaisseau seul sera perdu; donc prenez maintenant bon courage, car cette nuit même un ange du Dieu que je sers m'est apparu et m'a dit: Paul, ne craignez point, il faut que vous comparaissiez devant César; Dieu, touché de vos prières, vous a donné tous ceux qui naviguent avec vous! C'est pourquoi, amis, ayez bon courage! ma confiance en Dieu ne sera point trahie, tout ce qui m'a été annoncé arrivera; nous devons seulement être jetés contre une certaine île». Cette parole ferme releva le cœur des passagers abattus par la crainte de la mort.
La quatorzième nuit de cette navigation horrible sur la mer Adriatique, les matelots s'aperçurent vers minuit qu'ils approchaient de terre; aussitôt ils jetèrent la sonde et trouvèrent vingt brasses, un peu plus loin ils en trouvèrent seulement quinze. Dans la crainte d'aller se briser contre un écueil, ils se hâtèrent de jeter de la poupe quatre ancres à la mer, et ils attendirent ensuite avec impatience que le jour vint éclairer leur situation, peu auparavant si désespérée. Saint Paul, attentif aux besoins des passagers, certain que dans peu ils seraient à l'abri de tout péril, les exhorta à prendre de la nourriture, en leur disant: « Quatorze jours se sont écoulés depuis que vous êtes à jeun. Croyez-m'en, prenez de la nourriture afin de pouvoir vous sauver; car nul d'entre vous ne perdra même, un seul cheveu de sa tête». A cette parole convaincue et rassurante il joignit son propre exemple, toujours puissant sur des cœurs abattus. Il prit du pain, et après avoir rendu grâces à Dieu, en présence de tous les passagers, afin de leur enseigner à remercier le Maître du monde, même au milieu d'un péril imminent, il le rompit et se mit à manger. Le calme plein d'assurance avec lequel il procédait acheva de ranimer les esprits abattus; tous, reprenant courage, se mirent à manger comme lui; on comptait dans le navire deux cent soixante-seize personnes; après s'être rassasiées, elles achevèrent de soulager le vaisseau en jetant le blé à la mer.
Jules commanda à ceux qui pouvaient nager de se jeter les premiers hors du vaisseau et de se sauver ainsi à terre; tous les autres se mirent, ou
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sur des planches, ou sur des pièces du vaisseau; à l'aide de ces divers moyens de sauvetage, tous les passagers gagnèrent la terre, et Dieu tint la promesse qu'il avait faite à son Apôtre; nul d'entre eux ne périt ! En préservant d'une mort affreuse ce grand nombre de personnes, le prisonnier de Jésus-Christ glorifia ses chaînes; l'opprobre retomba sur ceux qui l'en avaient chargé. Ce naufrage de saint Paul fut le quatrième. Échappés à ce terrible danger les passagers s'aperçurent qu'ils étaient dans l'île de Malte; les insulaires les recueillirent avec empressement et les traitèrent avec bonté. Leur premier soin, en voyant les naufragés tout transis de froid et mouillés encore de la pluie, fut d'allumer un grand feu pour les réchauffer et les sécher. Ne dédaignant pas les petits offices de la charité, lui dont le cœur brûlant embrassait le monde entier, saint Paul ramassa des broussailles et les jeta dans le feu afin de lui donner plus d'intensité; une vipère engourdie, ranimée soudain par la chaleur, sortit des sarments, et s'élança sur sa main; quand les habitants de l'île de Malte virent ce reptile si dangereux suspendu à sa main, frappés d'étonnement, ils se dirent entre eux: « Cet homme est sans doute un meurtrier; voyez comment, après s'être sauvé d'une mer en courroux, il est poursuivi par la vengeance divine qui ne veut pas le laisser survivre ». Sans s'effrayer de leurs pensées ni de la vipère autrement dangereuse, l'Apôtre la secoua tranquillement dans le feu et n'en reçut aucun mal; attentifs aux effets ordinaires de la morsure du reptile, les barbares attendaient avec une avide curiosité que le poison, après avoir pénétré dans son sang, fît enfler son corps; et après avoir atteint les sources de la vie, le fît tomber mort tout d'un coup, comme frappé de la foudre. Il n'en fut rien: la violence du venin de la vipère fut neutralisée par une vertu divine; après une longue attente, les barbares, étonnés de l'innocuité de cette morsure sur la personne de l'Apôtre, changèrent de sentiment à son égard; pleins d'admiration pour ce naufragé invulnérable, ils allèrent d'un bond à l'extrémité opposée; ils s'écrièrent que c'était un dieu! Peut-être ces païens le soupçonnèrent-ils d'être leur Hercule!
Dans cet endroit, il y avait des terres qui appartenaient au Premier de l'île, nommé Publius; cet homme mit un grand empressement à donner l'exemple de l'hospitalité; il reçut avec beaucoup d'humanité saint Paul et ses amis; il les garda durant trois jours. Pendant ces jours, ils eurent le temps de se remettre un peu des horribles fatigues de cette longue tempête, suivie d'un tel naufrage. Publius les reçut dans sa villa qui occupait les hauteurs où est maintenant Cixita-Vecchia ou Medina-Vecchia, l'ancienne capitale de l'île, dont la cathédrale est dédiée à saint Pierre et à saint Paul. Par une rencontre heureuse, le père de Publius était malade de la fièvre et de la dyssenterie; l'Apôtre alla le voir, et trouvant l'occasion de lui témoigner une reconnaissance vraiment apostolique de sa bonne réception, il lui imposa les mains et le guérit. Ce miracle, précédé de celui de la vipère secouée dans le feu sans danger, fit grand bruit dans l'île; aussitôt tous les esprits s'émurent, tous les infirmes vinrent à lui et furent guéris. Saint Paul ne borna pas son ministère à la guérison des maladies corporelles des habitants infirmes de l'île de Malte; tous les esprits qui se montrèrent dociles à sa voix se convertirent, les idoles tombèrent, et Jésus-Christ régna dans les cœurs. La conversion de Publius, que l'Apôtre établit évêque de cette nouvelle Église, fut la plus éclatante de toutes et dut en entraîner d'autres. D'anciens martyrologes attestent ces faits; ils ajoutent que plus tard Publius dirigea l'Église d'Athènes en qualité d'évêque successeur de saint
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Denis l'Aréopagite ; saint Denys d'Alexandrie affirme, en effet, qu'un Publius succéda à saint Denys, évêque d'Athènes. Ce Publius, à ce qu'on croit, est le même que celui de Malte. D'après saint Jérôme, il remporta la couronne du martyre.
Après trois mois de résidence forcée dans l'île de Malte, où les nombreuses guérisons miraculeuses qu'il avait opérées lui avaient attiré de grands honneurs, l'Apôtre put enfin monter, avec ses compagnons de voyage, sur un vaisseau d'Alexandrie qui avait passé l'hiver dans un des ports de l'île, et faire voile vers l'Italie. Ce navire portait pour enseigne l'image de Castor et de Pollux. De Malte il cingla directement vers Syracuse où il aborda. Il séjourna trois jours dans cette ville célèbre. Quand saint Paul parvint dans cette ville, les Romains en étaient les maîtres depuis trois siècles ; d'après Cornelius à Lapide, il y fut reçu par saint Marcien, que saint Pierre y avait établi évêque plusieurs années auparavant. Tandis que les marchands et les propriétaires du navire se livraient à leur trafic, il visita les frères, et laissa parmi eux une telle empreinte de son passage, que le christianisme fructifia merveilleusement, comme le prouve avec évidence le grand nombre de saints et de martyrs illustres que Syracuse a donnés à l'Église. Faisant le tour de la côte, le vaisseau aborda à Rhégium (Reggio), ville grecque fondée par les Chalcidiens. Cette ville conserve encore son nom. Le jour d'après, le vent du midi s'étant levé, le vaisseau appareilla et arriva en deux jours à Pouzzoles, ville de la Campanie, autrefois Puteoli, située à environ huit milles de Naples, partie sur le rivage de la mer, et partie sur une hauteur. En sortant du navire, saint Paul trouva, parmi les habitants de Pouzzoles, des frères qui l'accueillirent avec une sainte joie ; avides de l'entendre et trop heureux de le posséder dans leur cité, ils le supplièrent, avec de vives et instantes prières, de rester chez eux pendant sept jours. Le centurion Jules ne mit aucun obstacle à leur désir. Pendant son séjour, l'Apôtre, avec cette parole puissante dont les accents vibraient si fortement dans tous les cœurs, confirma ses frères dans la foi.
Paul touchait enfin cette terre d'Italie, objet de ses vœux ardents. Le voyage de Pouzzoles à Rome aurait pu se faire par mer jusqu'à Ostie ; mais le centurion préféra suivre la voie de terre. Les frères de Rome, avertis par les lettres des chrétiens de Pouzzoles de l'arrivée de l'Apôtre dans leur cité, et de son départ pour la ville éternelle, allèrent à sa rencontre. Ce fut l'an VII de Néron, vers les premiers jours d'avril au plus tard, qu'il fut présenté tout enchaîné au stratopédarque par le centurion Jules. Il était suivi de Luc et d'Aristarque, qui l'avaient accompagné dans son voyage, attentifs à le servir et à le consoler dans ses chaînes.
Le centurion Jules ayant donc remis à Afranius Burrhus, stratopédarque ou préfet du prétoire, les prisonniers qu'il amenait de l'Orient, ce chef de la justice impériale les fit tous enfermer dans la prison de la ville, à l'exception de saint Paul. Par une distinction caractéristique, il le sépara de tous les autres, sans qu'il l'en eût sollicité ; il lui permit de loger dans une hôtellerie, sous la garde d'un prétorien. Saint Paul, soumis à la garde la plus douce, jouissait d'une demi-liberté. La permission d'habiter un logis particulier, d'y recevoir les visites de ses amis et de toutes les personnes qui voulaient lui parler, n'était accordée qu'à des personnages considérables : on ne traitait pas avec tant d'humanité des prisonniers vulgaires. Le jour de son arrivée, saint Paul n'eut pas le loisir de s'occuper de son
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appel, il dut employer la journée suivante à chercher une maison et à s'y installer. Une fois convenablement logé, il dut recevoir la visite des judéo-chrétiens et des ethnico-chrétiens dont il avait apaisé, par sa célèbre Épître, la dispute touchant leurs prérogatives mutuelles et leur valeur morale auprès de Dieu. Le troisième jour de son arrivée, il voulut, avant de comparaître devant le tribunal de César, conférer avec les principaux d'entre les Juifs qui résidaient à Rome. Il les fit donc prier par les judéo-chrétiens de la ville de s'assembler dans sa maison. Cette invitation fut très-bien accueillie. Les principaux d'entre eux vinrent en effet le trouver, soit par curiosité, soit par esprit national. Quand ils furent réunis, l'Apôtre les engagea à ne mettre aucune opposition à son élargissement, et à se désister même de toute poursuite contre sa personne, si telle avait été leur pensée première. Les Juifs de Rome répondirent au grand prisonnier : « Nous n'avons point reçu de la Judée des lettres accusatrices contre vous ; aucun frère n'a été envoyé vers nous pour nous en informer ; personne même ne nous a dit le moindre mal contre votre personne ; c'est pourquoi nous désirons connaître vos sentiments relativement à la secte dont vous êtes un des propagateurs ardents, car la seule chose que nous savons, c'est qu'on s'y oppose de toutes parts ». On fixa pour cette affaire le jour d'une seconde conférence.
Les Juifs, fidèles à leur promesse, se rendirent en grand nombre, au jour fixé, dans sa demeure. Quand ils furent réunis, l'Apôtre, préparé par la prière, soutenu par l'inspiration de l'Esprit-Saint, parut, entouré de saint Luc et de ses autres disciples présents à Rome, enchaîné au bras d'un légionnaire, et leur exposa depuis le matin jusqu'au soir le mystère de Jésus-Christ, la nécessité de croire en lui si l'on veut être sauvé. Le feu divin qui animait son discours, produisit son double effet habituel : les uns, dociles à l'impression de l'Esprit, ouvrirent les yeux à la lumière de la vérité, et la reçurent avec bonheur ; ils crurent d'une foi ferme cette vérité nouvelle que saint Paul manifestait à leur intelligence. Les autres, poussés par l'esprit de contradiction, fermèrent les yeux à la lumière ; ils se raidirent contre les vérités qui la leur rendaient sensible et palpable, et demeurèrent attachés à la lettre morte de la loi.
Saint Paul demeura pendant deux ans entiers dans l'hôtellerie où il avait pris son logement ; il y reçut tous ceux qui venaient le voir et l'entretenir de la grande cause de l'Évangile ; il leur prêchait le royaume de Dieu et leur enseignait ce qui regarde Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec une entière liberté, sans que personne mît empêchement à sa prédication. Contre l'attente de ses plus cruels persécuteurs, il recouvra dans la métropole de l'idolâtrie, dans la ville de tous les dieux, sous l'empire d'un Néron, et dans les chaînes, une liberté entière de prêcher la loi nouvelle à toutes sortes de personnes ; liberté qui lui avait été ravie à Jérusalem, ville capitale de la religion ; ses chaînes, loin de mettre un obstacle à sa parole, servirent à la porter plus loin et plus haut. Ce contraste entre un bras enchaîné et une langue libre lui donna plus de célébrité ; on aurait dit qu'il renouvelait les merveilles du forum, muet depuis si longtemps, tellement que ses liens devinrent célèbres dans tout le prétoire, et que des chrétiens existaient même dans la maison de César, convertis à la foi par sa prédication.
D'après la promesse formelle de Jésus-Christ : « Il te faut comparaître devant César », et la manifestation de ses liens dans tout le prétoire, il est certain que saint Paul comparut devant Néron en personne. Or, quand l'empereur présidait, il avait pour assesseurs le préfet du prétoire et l'un de ses ministres. Ces personnages durent être Afranius Burrhus et Sénèque,
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lesquels, en raison de leur charge, ne pouvaient pas s'absenter de cette audience; ils devaient se trouver dans le lieu où César rendait la justice en personne. Seul, sans patron, sans avocat, saint Paul défendit sa cause avec sa présence d'esprit et son éloquence admirables. Si nous avions encore son discours, nous y reconnaîtrions la sublimité de celui qu'il prononça devant l'aréopage, et la science qu'il déploya devant le roi Agrippa; nous pourrions surtout y admirer les arguments appropriés à sa cause et au chef de l'empire. Ce fut par ce discours qu'il se fit connaître de César, du préfet du prétoire, de ses assesseurs et des autres personnages célèbres qui entouraient Néron. Une foule d'auditeurs choisis affluaient de la ville aux audiences impériales; Néron, avec sa soif des applaudissements, n'était pas homme à les écarter. Ne trouvant aucun motif de condamner l'Apôtre, il le renvoya des fins de la plainte, et termina ainsi son procès d'appel. Les liens de l'Apôtre furent brisés vers la fin de la seconde année de son arrivée à Rome.
Ce n'est pas seulement dans le prétoire et la ville de Rome que les chaînes de l'Apôtre acquirent une grande célébrité. Le bruit de sa captivité se répandit promptement jusqu'en Orient. Toutes les Églises qu'il avait fondées le suivaient en esprit dans toutes ses pérégrinations, s'informant avec soin de tous les événements de sa vie. On recherchait avec avidité tout ce qui le concernait. Mais si toutes les Églises rivalisaient de zèle à son égard, il en était une cependant qui l'emportait sur les autres par son affection plus tendre et plus vive: c'est l'Église de Philippes, en Macédoine. En toute occasion, les saints de cette ville s'empressaient de lui témoigner leur attachement. Veillant toujours sur lui, ils se hâtaient, dès qu'ils le voyaient dans la peine, de mettre à sa disposition leurs biens et leur vie. Aussitôt qu'ils apprirent sa captivité à Rome, sans s'arrêter à des larmes stériles ni à de vaines émotions, ils lui envoyèrent leur Apôtre, ou l'évêque Épaphrodite, en le chargeant de le servir dans ses chaînes et de lui offrir, de leur part, un secours pécuniaire. Le noble prisonnier de Jésus-Christ n'avait d'autres ressources pour vivre que le travail de ses mains. Or, ce labeur continuel, au milieu de ses travaux apostoliques, aurait achevé de briser ses forces si ses vrais amis avaient négligé de venir à son secours. Au moment de son départ, l'Apôtre le chargea de sa touchante Épître aux Philippiens. Il l'écrivit de Rome, où il était encore prisonnier. C'est un monument touchant de sollicitude pastorale, et de noble reconnaissance d'un chef de famille à l'égard de ses enfants. L'Apôtre témoigne beaucoup de tendresse envers ses chers néophytes, maintenant affermis dans la voie chrétienne. Son cœur déborde de joie, non pas tant à cause de l'abondance de leurs largesses que par la considération de leurs excellentes dispositions. Pour lui, depuis longtemps il est accoutumé aux privations: il a vécu parfois dans l'affluence, souvent dans l'indigence. Dieu leur tiendra compte de leurs aumônes. Il les exhorte à se montrer constamment au milieu du monde comme de vrais enfants de lumière: qu'ils brillent comme des étoiles parmi les païens qui les environnent. Cédant à une constante préoccupation, l'Apôtre les fortifie contre les docteurs du judaïsme, qu'il appelle ennemis de la croix de Jésus-Christ. « Évitez les querelles », leur dit-il en finissant, et il les conjure de conserver toujours entre eux une parfaite union. « Un des moyens les plus efficaces de maintenir la paix et la concorde, c'est de pratiquer l'humilité, à l'exemple de Jésus-Christ, anéanti volontairement, et obéissant jusqu'à la mort de la croix ».
Pendant son séjour à Rome, saint Paul rencontra un esclave fugitif du
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nom d'Onésime, qui appartenait à Philémon, riche Phrygien et son ami. Après avoir volé son maître, cet esclave avait évité par la fuite le rude châtiment qu'il avait mérité. De Colosses, en Phrygie, il était venu chercher un refuge dans la ville de Rome. Il espérait échapper à toutes les recherches dans cette cité immense ; il ignorait que Rome était sans entrailles pour cette chose sans nom qu'on nommait un esclave. Il risquait d'y mourir de faim ou d'être jeté en pâture aux bêtes de l'amphithéâtre. Heureusement pour lui, après avoir épuisé ses dernières ressources, il découvrit dans cette ville l'Apôtre qu'il avait déjà connu chez son maître. Onésime, se confiant dans la charité de saint Paul, lui confessa sa faute. Touché de son repentir, le grand Apôtre le convertit à la foi, et comme il reconnut en lui des qualités précieuses, il résolut d'en faire un ouvrier évangélique. Mais, toujours prudent, avant de l'employer au service de l'Église, il voulut en obtenir la permission de son maître ; après l'avoir transformé en homme nouveau, il le lui renvoya muni d'une Épître, qui montre sous un nouveau jour sa charité admirable. Ému par la lecture de sa belle et touchante Épître, Philémon reçut Onésime avec bienveillance et lui pardonna sa fuite et son vol. Dès qu'il apprit qu'il pouvait être utile à saint Paul dans ses liens, il le lui renvoya en le rendant à la liberté. Épaphras, évêque de Colosses, ville de Phrygie voisine de Laodicée, partageait à Rome les chaînes de l'Apôtre. C'était un zélé serviteur de Dieu, dont les prédications avaient contribué beaucoup à répandre l'Évangile en Phrygie. Il manifesta une vive et constante sollicitude pour les villes de Colosses, de Laodicée et d'Hiérapolis, principal théâtre probablement de ses labeurs apostoliques. Saint Paul l'appelle son cher frère et son compagnon dans le service de Dieu. C'est de lui sans doute qu'il apprit les principaux détails de la conversion des fidèles de ce pays. Aussi, dans son Épître aux Colossiens, leur dit-il qu'il prie sans cesse pour eux, demandant à Dieu de les remplir de la connaissance de sa volonté, afin qu'ils vivent d'une manière digne de lui. Une circonstance grave décida saint Paul à écrire aux Colossiens. Des séducteurs avaient jeté parmi eux le trouble et la division. Prétendant que Jésus-Christ est trop élevé au-dessus des hommes, ils imaginaient des médiateurs, placés entre lui et nous, destinés à rapprocher, pour ainsi dire, l'éloignement infini et l'espace incommensurable qui séparent l'humanité de la divinité. Ces erreurs provenaient du gnosticisme, dont les progrès étaient continus ; elles étaient mêlées d'observances judaïques et de pratiques superstitieuses d'origine païenne. Comme d'habitude, ces fausses théories étaient accompagnées d'instructions secrètes et de cérémonies impures. Comme toujours aussi, saint Paul déploie la plus vive énergie contre ces doctrines impies.
Saint Paul aimait les Hébreux de Jérusalem et de la Palestine convertis au christianisme, avec une telle ardeur, qu'il ne pouvait concentrer ce feu en lui-même ; malgré lui il faisait souvent explosion ; son cœur laissait échapper ces flammes qui le brûlaient. Vainement sa personne semblait leur causer une répugnance visible, son zèle l'emportait vers eux. L'obstacle, on peut le dire, doublait son amour. Dans l'espoir de vaincre enfin leur éloignement, il leur écrivit de Rome ou d'Italie sa célèbre et savante Épître, qui est à leur égard ce que l'Épître aux Romains est à l'égard des Gentils. On reste toujours saisi d'admiration devant son explication de l'esprit de la Loi ancienne et du changement qu'elle avait subi par la prédication de l'Évangile. Malgré des marques intrinsèques d'authenticité, cette sublime Épître eut une étrange destinée. Se refusant à voir dans la haute science que l'auteur déploie, la griffe du lion, plusieurs exégètes l'attribuèrent à
29 JUIN. saint Luc, d'autres à saint Barnabé, quelques-uns même à saint Clément de Rome, et enfin à Apollos. Ce dernier, grand et puissant orateur, n'a rien laissé par écrit; c'est peut-être par suite de l'impossibilité où l'on est de leur opposer ses précédents ouvrages qu'ils l'en regardent comme l'auteur. En la lisant attentivement et sans parti pris, il est aisé d'y reconnaître la profonde doctrine du docteur des Gentils. Convaincue de ce fait, l'Église l'a insérée définitivement dans le canon de l'Écriture. L'idée d'écrire une telle Épître ne pouvait surgir que dans l'esprit du grand Apôtre. Paul console ses compatriotes de la persécution qu'ils avaient à souffrir de la part de leurs frères: ce qui concorde exactement avec l'époque du martyre de saint Jacques le Mineur. En même temps, en effet, beaucoup de disciples de l'Évangile furent maltraités, quelques-uns même jusqu'à l'effusion de leur sang. Le but de cet écrit est facile à saisir. Comme dans ses lettres aux Romains et aux Galates, l'Apôtre montre que la vraie justice ne vient pas de la loi, mais découle de Jésus-Christ. Non-seulement la justification ne saurait être produite par les cérémonies mosaïques, ni par la circoncision, vérités développées dans les précédentes Épîtres; elle ne saurait non plus provenir des sacrifices. A ce sujet, saint Paul exalte en termes magnifiques la grandeur de Jésus-Christ, la vertu du sacrifice de la nouvelle alliance et l'excellence de son sacerdoce. Les sacrifices anciens ont été abolis, parce qu'ils étaient figuratifs.
A peine mis en liberté, saint Paul, toujours animé du même zèle, reprit ses courses apostoliques. L'ardeur de son activité naturelle, loin de s'éteindre, avait pris plus d'intensité au contact du feu sacré de l'Esprit-Saint, et ne lui permettait pas de s'abandonner au repos. Avec sa prudence consommée, il choisissait les lieux où sa présence était le plus nécessaire. L'île de Crète, aujourd'hui Candie, cette île aux cent villes, si florissante et si renommée dans le paganisme grec et romain, attira la première ses regards. L'Apôtre annonça l'Évangile aux Juifs d'abord, selon son usage, puis aux Gentils; les diverses conversions opérées par sa parole formèrent les premiers éléments de l'Église de Crète; des alluvions impures vinrent bientôt souiller leur pureté. En se convertissant à la foi, l'esprit indocile de ces insulaires ne se dépouilla pas complètement de ses erreurs antérieures. Leur première superstition renaissait parfois, comme ces plantes mauvaises qu'on extirpe difficilement. Il leur prit fantaisie de s'entêter des rêveries des Juifs et de leurs cérémonies légales, de celles surtout qui leur semblaient avoir une certaine affinité avec le paganisme; ces esprits rebelles, incapables de se laisser gouverner par la raison, ne pouvaient être ramenés dans la voie de la vérité et de la justice que par la crainte; c'est pourquoi saint Paul écrivit plus tard à Tite de les reprendre avec dureté : *Increpa eos dure*. Habile dans la conduite des hommes, il savait que des manières trop douces restent sans effet sur de tels caractères. De l'île de Crète, saint Paul se transporta en Judée, dont il visita les Églises; il réalisa alors, d'après saint Chrysostome, la promesse qu'il avait faite aux Hébreux, dans sa célèbre Épître, d'aller les visiter dès que ses liens seraient brisés.
Après avoir relevé le moral des judéo-chrétiens de Jérusalem avec cette grande et puissante manière apostolique dont l'Épître aux Hébreux nous donne l'idée, il visita dans le même but les fidèles de la Palestine et de la Syrie. D'après la promesse formelle qu'il avait faite à Philémon, il ne put se dispenser d'aller visiter l'Église de Colosses, ville de l'Asie-Mineure, située au confluent du Lycus et du Méandre et voisine de Laodicée, que Pline met au nombre des villes les plus célèbres de la Phrygie. Le triste état où
SAINT PAUL, APÔTRE DES GENTILS ET MARTYR. un tremblement de terre avait réduit la ville de Laodicée en la renversant de fond en comble, l'empêcha-t-il d'y porter ses pas? C'eût été pour l'Apôtre un motif de plus d'aller visiter des chrétiens si rudement affligés; car, malgré leurs richesses, les habitants étaient fort en peine de la rebâtir. Assurément l'Apôtre ne pouvait aider de ses deniers cette reconstruction; mais il pouvait relever leur moral abattu. On ne voit rien qui ait pu mettre opposition à ce voyage. Il dut terminer le cours de cette visite apostolique vers la fin de l'an 62, époque à laquelle il arriva à Éphèse avec Timothée. Ce fut pour lui un bonheur inespéré, et dont il semblait avoir perdu l'espoir, que de revoir cette ville où il avait exercé son apostolat avec tant de succès. Quand l'Apôtre eut pourvu avec sa prudence surhumaine, selon les exigences du temps et du lieu, à tant de choses périlleuses, pressé par le devoir impérieux de suivre l'ordre divin, il quitta Éphèse et prit le chemin de la Macédoine, où l'attendaient ses chers amis de Philippes. Cette Église était la première dans ses affections; il se trouvait là au milieu de vrais amis, dont le cœur était toujours disposé à se sacrifier en sa faveur. Malgré son affection singulière pour l'Église de Philippes, si digne à tous égards de son amitié, l'Apôtre n'oublia pas, pendant son séjour au milieu de ses amis, les autres Églises de Macédoine. Toutes celles qui se rencontrèrent sur sa route reçurent sa visite. Dans ce court voyage en Macédoine, il suivit vraisemblablement la voie qu'il avait parcourue dans le premier, quand il passa d'Asie dans cette province d'Europe, et ensuite de la Macédoine en Asie. Obligé de s'embarquer dans le port où l'on trouvait le plus ordinairement des navires en destination de cette province, il dut se rendre d'Éphèse à Troade, situé en face de la Macédoine.
D'après la croyance commune, saint Paul écrivit de la Macédoine la première épître à Timothée: tous y voient un magnifique tableau des devoirs de la charge pastorale. Cette épître résume les règles divines et visiblement inspirées pour le sage gouvernement de la maison de Dieu et de la famille chrétienne. On l'a constamment regardée dans l'Église comme le premier fondement de la discipline ecclésiastique relative à l'épiscopat et aux divers degrés de la cléricature.
De peur qu'on ne méprise sa jeunesse (Timothée avait alors à peine trente ans), l'Apôtre lui adresse diverses recommandations et lui trace une ligne de conduite. Il doit se tenir en garde contre les nouveautés profanes de langage, et combattre le bon combat de la foi. Une fausse science, en effet, tendait à corrompre la pureté de la doctrine. A cette époque, les femmes s'employaient à disséminer l'erreur. Elles servaient d'instruments à des docteurs d'iniquité, grâce à cette influence qu'elles prennent aisément sur l'esprit des hommes. Pour couper court à tout abus, et même faire disparaître le danger de ce côté, saint Paul défend aux femmes d'enseigner: elles doivent garder le silence dans les assemblées chrétiennes, et écouter les instructions avec attention et respect.
Dans ses rapports d'évêque avec les femmes chrétiennes, Timothée traitera celles qui sont âgées avec le respect qu'on porte à sa mère; il considérera les plus jeunes comme ses sœurs, toujours avec une réserve extrême. Un évêque doit être irrépréhensible dans ses mœurs comme dans la foi, instruit, sobre, hospitalier, doux, modeste, ennemi des dissensions, généreux. Si, avant de recevoir le caractère sacré de l'épiscopat, il était engagé dans le mariage, qu'il maintienne ses enfants dans l'obéissance et une conduite régulière. Comment un homme qui ne sait pas gouverner sa maison, pourra-t-il gouverner l'Église de Dieu? Il ne faut pas élever un néophyte à
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la dignité épiscopale, de peur qu'il ne s'enfle d'orgueil et ne soit surpris par le démon. Les prêtres qui remplissent bien leur charge doivent être honorés : toute accusation portée contre eux ne doit pas être facilement accueillie, à moins qu'elle ne soit soutenue par deux ou trois témoins. L'évêque, en toutes choses, doit montrer beaucoup de calme et user d'une grande modération ; il priera et fera prier pour tous les hommes, pour les princes et ceux qui sont constitués en dignité.
Saint Paul écrivit-il également de Macédoine l'Épître à Tite ? Celle-ci a le même but, les mêmes idées et souvent la même forme que la précédente. Ces deux Épîtres ont donc dû, à ce qu'il paraît, être écrites dans le même temps et du même lieu ; dans l'une et dans l'autre, il trace un plan de conduite à suivre dans l'organisation de l'Église ; on y trouve des recommandations contre les judaïsants.
Saint Paul dut aller en Grèce et, de cette province, il vint, comme il l'annonce à Tite, passer l'hiver à Nicopolis, ville d'Épire sur le golfe d'Ambracie, aujourd'hui Prévéza. De Nicopolis, l'Apôtre repassa en Asie-Mineure ; il suivit la route ordinaire, longea l'île de Samothrace et aborda à Troade, où il logea chez Carpus, chrétien considérable de cette ville ou peut-être un de ses prêtres. Il y demeura un certain temps. Saint Paul alla visiter ensuite Antioche de Pisidie, Iconium et Lystre, où il souffrit les grands maux dont il parle à Timothée. Il vint ensuite à Milet, où il laissa Trophime malade. Ayant terminé sa visite apostolique des Églises de l'Asie, où il marqua son passage par des travaux, des souffrances et des persécutions nouvelles, il revint à Corinthe, où il laissa Éraste, l'un de ses disciples et de ses saints coopérateurs ; il y rencontra saint Pierre, et tous deux allèrent ensemble à Rome, comme le décrit Denys de Corinthe dans sa lettre aux Romains.
D'après une tradition fondée sur les témoignages les plus graves, dont le faisceau ne semble pas pouvoir être rompu, saint Paul alla de Rome en Espagne en traversant une partie des Gaules. L'Apôtre, dont l'activité ne pouvait être arrêtée que par la mort, ne voulut pas quitter la terre sans avoir porté la lumière de l'Évangile jusqu'aux dernières limites de l'Occident. Les Pères de l'Église grecque et latine admettent presque unanimement ce voyage. Pierre de Marca trace ainsi l'itinéraire de saint Paul en Espagne à travers les Gaules : « Paul », dit ce savant archevêque, « en allant en Espagne, dut suivre cette voie publique, si célèbre chez les anciens, qui de l'Italie conduisait à travers les Gaules jusque dans la Bétique même ; l'itinéraire d'Antonin décrit cette voie par Nice, Arles, Narbonne, les monts Pyrénées, la Jonquière, Barcelone » et les autres lieux. Strabon explique également cette voie avec soin : « J'ai redressé les interprètes qui ne l'ont pas toujours bien compris ». Étienne VI, dans une lettre (citée par Labbe) contre Sylva et Hermamire, faux évêques d'Urgel et de Gérone, dit que saint Paul partit de Narbonne en compagnie de Sergius Paulus, et que tous deux parvinrent jusqu'aux confins de l'Espagne en prêchant l'Évangile. Dans le commentaire sur saint Paul, attribué à saint Anselme, ou plutôt à Hervé de Bourg-Dieu, on lit le même fait, le départ de Narbonne avec son disciple surnommé Paulus. Emmanuel-Cajétan Souza admet aussi qu'il fit ce voyage par terre à travers les Gaules. L'Église de Tolède met à la tête de ses évêques Marcel, fils de Marcellus, préfet de Rome, et le qualifie de disciple de saint Paul ; il fut converti par ce grand Apôtre, lorsqu'il était en Espagne. Ce Marcel, premier évêque de Tolède, avait été envoyé dans cette ville par l'empereur, afin de la conserver dans l'obéissance aux Romains.
L'Église de Tortose regarde saint Luf ou Ruffus comme son premier
SAINT PAUL, APÔTRE DES GENTILS ET MARTYR. évêque. Fils de ce Simon le Cyrénéen, qui fut contraint par les soldats à porter la croix de Jésus-Christ jusqu'au Calvaire, il était célèbre dans l'Église d'Antioche, où il imposa les mains à saint Paul et à saint Barnabé. Il accompagna saint Paul en Espagne, et le grand Apôtre l'ordonna évêque de cette Église. Plusieurs croient également que Priscille et Aquila accompagnèrent le grand Apôtre en Espagne et prêchèrent l'Évangile avec lui, dans cette vaste province ; ils y souffrirent même le martyre.
Averti par une révélation divine, que le temps de sortir de ce monde approchait, saint Paul acheva ses itinéraires apostoliques. Il reprit le chemin de Rome en compagnie de Luc, de Tite, de Crescent, de Démas et d'autres saints coopérateurs. Saint Denis de Corinthe, comme le rapporte Eusèbe, dans son *Histoire de l'Église*, semble affirmer que saint Paul rentra dans Rome en compagnie de saint Pierre. Le chef de l'Église et le grand Apôtre se seraient rencontrés au terme de leur mission apostolique et auraient fait ensemble leur entrée triomphale dans cette ville, où leurs corps devaient reposer et être vénérés de tout l'univers. Baronius adopte ce sentiment, d'après Métaphraste et d'autres auteurs. Saint Astère pense que saint Paul retrouva saint Pierre à Rome, et s'appliqua, de concert avec lui, à instruire les Juifs dans les synagogues, et à convertir les païens sur les places et dans les assemblées publiques. Surtout ils consolèrent les chrétiens qui avaient échappé jusqu'alors à la persécution si horrible de Néron. Égalant leur zèle à l'excès du mal, ils allaient visiter les témoins de la foi dans leurs cachots et les préparer à une immolation prochaine. Avant de se coucher, ce soleil voulait illuminer un grand nombre d'âmes encore plongées dans les ténèbres ; il leur prêcha, avec la dernière force, l'Évangile de la grâce de Dieu, la foi, la sanctification, la charité, l'horreur du péché et de l'idolâtrie, cette source impure de tous les crimes qui inondent la terre ; il les exhorta surtout à être permanents dans la grâce de Dieu : *Ut permanerent in gratia Dei*. Le monstrueux empereur, déjà couvert du sang des chrétiens, ne put voir sans colère, ni les succès de cette prédication, ni la vie sainte des néophytes, satire vivante de ses vices, éternel reproche de ses crimes horribles ; il ordonna à ses satellites de jeter en prison le grand Apôtre, ainsi que saint Pierre, le chef de l'Église, alors également à Rome.
A la suite de cette arrestation, saint Paul comparut devant Néron. Ses amis éprouvèrent un tel effroi, qu'ils l'abandonnèrent dans cette extrémité, et peut-être le renièrent ! Déjà perdus à leurs yeux, ils craignirent, en lui prêtant leur appui, d'être enveloppés dans sa ruine ; tous l'abandonnèrent. Mais si tout secours humain fit défaut à l'Apôtre, Dieu lui donna un courage surhumain, et le rendit invincible. Il sortit sain et sauf de la fosse du lion. Fut-il mis en liberté ? Put-il continuer dans Rome sa prédication apostolique ? Saint Chrysostome semble l'avoir cru. Il échappa certainement à la mort, mais il demeura vraisemblablement dans les liens. Au milieu de ses tribulations et de l'abandon de tant de lâches amis, même des Asiatiques qui étaient à Rome, Dieu lui ménagea un noble cœur, un ami dévoué jusqu'au sacrifice de sa vie, Onésiphore ! Dans le désir de secourir saint Paul, il accourut d'Asie à Rome ; il venait y couronner noblement les services qu'il avait rendus à l'Église. Des difficultés presque insurmontables de trouver saint Paul, n'arrêtèrent ni son zèle, ni son dévouement. Il ne recula pas à l'aspect de ce lieu effrayant ; avec une grandeur d'âme admirable il l'assista de tout son pouvoir, sans craindre d'exposer sa vie. Ému de cet attachement héroïque, saint Paul veut que Timothée aille saluer
29 JUIN. de sa part la maison d'Onésiphore. C'est, en effet, de la prison Mamertine, et presque à la veille du martyre, que saint Paul écrivit sa seconde Épître à Timothée, comme le testament de son affection paternelle. « Dieu », lui dit-il, « ne nous a pas donné l'esprit de crainte, mais de courage. Ne rougissez pas de rendre témoignage à notre Dieu... Je souffre, mais je ne suis pas confondu ; car je sais en qui j'ai foi... Pour moi, j'ai combattu un bon combat, j'ai consommé ma course, j'ai gardé ma foi ».
La prison Mamertine, malgré ses murs épais, ne mit aucun obstacle sérieux à sa prédication apostolique. Qui peut enchaîner le souffle de l'Esprit, retenir la voix du Verbe divin, qui retentit comme la foudre ? Il travailla à consommer la conversion de la concubine de Néron et de son échanson. Messager du salut, Onésiphore put être employé à porter les paroles de l'Apôtre ; ce service était plus agréable à saint Paul que celui qu'il rendait à sa propre personne ; qu'importait au docteur des nations le soin de son corps ! Que Jésus-Christ fût glorifié, le reste le préoccupait peu. L'Apôtre, du centre de cette prison, jetait ses regards sur les Églises du monde, et les dirigeait avec une grande sollicitude. Pressé par les étreintes de la charité de Jésus-Christ, il inspectait tous les fidèles. Sur la fin de sa course, saint Paul écrivait plus fréquemment ; il multipliait ses Épîtres, ses avis, ses expositions de doctrine ; vrai testament de son inépuisable charité, dernière expression de sa foi ferme et constante, c'était comme la dernière étincelle du désir ardent qu'il avait de voir son œuvre de l'établissement de la foi parmi les Gentils consommée. L'Épître aux Éphésiens a été écrite dans ce but ; ni l'Épître elle-même, ni l'histoire ne font aucune mention, il est vrai, du motif qui porta l'Apôtre à l'écrire ; des schismes, des dissensions ont pu en être la cause comme celle de la première aux Corinthiens, ou bien une défection de la vérité de l'Évangile comme celle de l'Épître aux Galates ; ce fut surtout la pensée que des hommes séducteurs devaient envahir cette Église et la troubler. Voilà pourquoi il prémunit avec soin les Éphésiens contre tout respect humain relatif à sa personne ; il les avertit de ne pas rougir des liens qui le détiennent captif à Rome, car il souffrait ces liens pour la cause de l'Évangile ; leur cœur ne devait donc point s'affaiblir, ni leur esprit s'éloigner du droit chemin de la vérité et de la piété, soit par honte, soit par crainte. Cette sublime Épître fut écrite dans les derniers liens de l'Apôtre, et non dans les premiers. Tychique, fidèle messager de saint Paul, fut chargé de la porter aux Éphésiens, et de leur faire connaître en même temps l'état des affaires et la situation pénible où il se trouvait. Saint Paul fait mention de cette mission de Tychique aux Éphésiens dans la seconde à Timothée. Cette Épître encyclique était destinée à toutes les Églises d'Asie, car elle était adressée aux fidèles d'Éphèse et des villes de la métropole de l'Ionie ; de là vient que parfois on la citait comme étant adressée spécialement aux chrétiens de Laodicée. Certains auteurs même, qui ont attribué à saint Paul une première lettre aux Éphésiens, regardaient celle-ci comme postérieure : c'était une erreur ; l'Épître aux Éphésiens est unique.
Le martyre de saint Pierre et de saint Paul mit le comble à la persécution de Néron. Les captifs sortirent ensemble de la prison Mamertine ; ils s'acheminèrent vers l'autel de leur immolation ; ils quittèrent la ville par la porte d'Ostie, aujourd'hui de Saint-Paul. Dans un lieu consacré par la tradition, ils se séparèrent en s'embrassant et en s'adressant des paroles de félicitation. Rome, la ville aux souvenirs impérissables, ne pouvait pas oublier ce dernier embrassement des deux plus grandes victimes que Néron
SAINT PAUL, APÔTRE DES GENTILS ET MARTYR.
ait sacrifiées ! Tant de pèlerins sont venus depuis ce jour visiter cet endroit mémorable, que la trace de leurs pas est restée ineffaçable. Une inscription, encadrée entre deux petites colonnes ornées d'un bas-relief, indique aujourd'hui ce lieu aux voyageurs qui parcourent la voie d'Ostie. Saint Paul suivit cette voie jusqu'à un lieu nommé les Eaux Salviennes. Là il fut frappé du glaive ; en qualité de citoyen romain il devait périr ainsi et non par la croix, supplice réservé par Rome aux personnes de condition vile à ses yeux. Le martyre de saint Paul arriva le trois des calendes de juillet, le 29 juin de l'an 66. Plautilla, patricienne, femme très-noble, qui avait été baptisée par saint Pierre dans les eaux du Tibre, s'était rencontrée face à face avec saint Paul au moment où le grand Apôtre marchait au martyre, suivi d'une foule innombrable de peuple ; celui-ci, la voyant pleurer, lui demanda son voile afin de se bander les yeux selon la coutume au moment d'avoir la tête tranchée. Plautilla s'empressa de le lui donner libéralement. Plus tard l'Apôtre lui apparut et le lui rendit. D'après une inscription grecque, citée par Gruter et qui fut trouvée à la troisième pierre milliaire de la voie Appienne sur deux colonnes, le terrain sur lequel saint Paul souffrit le martyre s'appelait le champ d'Hérude ; c'était sans doute une propriété d'Agrippa. Quand le glaive de l'exécuteur eut séparé la tête de l'Apôtre de son corps, au lieu de sang, les veines laissèrent jaillir du lait. Saint Ambroise et saint Jean Chrysostome parlent de ce fait traditionnel avec leur éloquence ordinaire. A peine tranchée, la tête de saint Paul rebondit trois fois, et à chaque fois elle fit jaillir de terre une source d'eau vive. Ces trois sources ont donné leur nom au théâtre où le docteur des Gentils reçut la plus belle des couronnes ; on l'appelle les Trois-Fontaines.
Il manquerait quelque chose à la vie de cet Apôtre, si nous ne donnions pas ce que l'antiquité nous a laissé pour reproduire son portrait physique.
Le premier coup de pinceau nous est fourni par une main ennemie, qui ne songeait qu'à jeter du ridicule sur la physionomie du grand Paul. Voici ce que dit Lucien : « J'ai rencontré un Galiléen chauve, un nez aquilin, qui est monté jusqu'au troisième ciel, où il avait appris des choses étonnantes. Jésus-Christ nous a renouvelés par l'eau ; il nous a fait marcher sur les traces des bienheureux, et nous a rachetés du séjour des impies. Si tu veux m'écouter, je te rendrai vraiment homme ». La malveillance de Lucien nous rend ici un véritable service : non-seulement il nous donne une idée de l'extérieur de saint Paul, mais il nous apprend quelque chose de sa manière de prêcher dans les groupes de citoyens où il se présentait. Saint Chrysostome nous dit un mot de sa taille : « Celui qui n'avait que trois coudées, touche cependant au ciel ». « Paul », dit Nicéphore, « avait un corps petit, sensiblement incliné, le visage pâle, annonçant un âge qui allait au-delà de ses années ; sa tête était petite ; il avait beaucoup de grâce dans ses yeux, les sourcils forts et pendants, le nez grand et agréablement aquilin, la barbe longue et, assez fournie, et comme sur la tête, les cheveux blancs y brillaient dans une grande proportion ».
Les monuments antiques placent très-fréquemment derrière l'image de saint Paul un phénix sur un palmier, double emblème de résurrection qui a en grec le même nom. On en peut voir de fréquents exemples dans les mosaïques, les sarcophages, etc., etc., et même sur des fonds de tasse. Cette particularité, qui ressemble presque à une formule hiératique, avait sans doute pour but d'honorer le principal prédicateur de la résurrection future.
Saint Paul porte quelquefois comme attribut le livre de ses Épîtres. Ainsi le voit-on dans une mosaïque du VIe siècle, de Sainte-Marie-
29 JUIN.
in Cosmedin, de Ravenne, paraissant offrir deux volumes roulés au trône de l'Agneau, tandis que saint Pierre, de l'autre côté, a ses clefs dans les mains.
L'attribut du glaive, qui fut l'instrument de sa mort, n'a été donné à l'apôtre des Gentils que dans les temps postérieurs aux premiers siècles de l'Église.
## CULTE ET RELIQUES. — ÉCRITS DE SAINT PAUL.
Le corps du grand Apôtre fut enlevé du lieu où il reçut la couronne du martyre par Lucine, femme clarissime et de rang sénatorial; elle choisit dans son domaine un tombeau honorable sur la voie d'Ostie, où elle le déposa. Plus tard les corps sacrés des deux Apôtres furent réunis et portés dans les catacombes. Les lieux où les corps de saint Pierre et de saint Paul furent ensevelis, loin de rester obscurs ou inconnus, devinrent au contraire très-célèbres; ils excitèrent la vénération de tout l'univers. Au milieu des persécutions horribles qui éprouvèrent si rudement l'Église naissante et qui lui firent un calvaire sanglant de trois siècles, ni les persécuteurs, si acharnés à faire mourir les disciples de Jésus-Christ, ni les adorateurs d'idoles, n'eurent la pensée de leur faire subir des outrages. Dieu préserva ces nobles et magnifiques trophées de leur victoire de toute atteinte de profanation. Aucune main sacrilège n'osa les souiller de leur contact, et tandis qu'on jetait dans le Tibre ou dans la mer les cendres des martyrs qui périssaient dans le feu, ou le corps même de ceux qui mouraient par le glaive, on ne chercha pas à jeter au vent cette tente de limon que l'âme des saints Apôtres avait érigée en sanctuaire où habitait l'Esprit-Saint, et avait offerte à Dieu en hostie vivante, sainte et agréable. L'Église entière ne cesse de vénérer ces restes sacrés; admirables reliques, elles servent de bouclier contre ses ennemis. Destinées à être un jour absorbées par la vie, elles brilleront au jour de la résurrection des saints, semblables à des astres brillants.
Dans les temps de persécution, où la nature, effrayée de la cruauté raffinée et de la variété horrible des supplices, véritable invention de l'enfer, pouvait fléchir et succomber à l'effroi qu'ils lui causaient, les chrétiens de Rome allaient se fortifier contre cette terreur auprès des tombeaux des grands Apôtres. Là leur foi se retrempait et prenait la force de braver les tyrans. Depuis cette époque glorieuse, on a toujours vu, dans tous les siècles, des milliers de chrétiens accourir à Rome des régions les plus éloignées, de l'Orient et de l'Occident, du Nord et du Midi, au tombeau où reposent ces saintes reliques. Là ils se prosternent et vénèrent ces frères selon la foi, dont l'un porte les clefs du ciel, et l'autre celles de la science. Il sort toujours de ces dépouilles glorieuses une vertu puissante qui ranime la foi la plus vacillante et la raffermit contre le monde, son grand destructeur.
Les chaînes de saint Paul se conservent à Rome comme celles de saint Pierre. Saint Jean Chrysostome dit que s'il avait plus de force de corps, et que le service et les affaires de l'Église ne l'eussent pas absorbé, il aurait entrepris volontiers un voyage aussi long qu'était celui d'Antioche à Rome, dans le seul dessein d'y voir la prison où saint Paul avait été enfermé et les chaînes dont il avait été chargé pour Jésus-Christ, de baiser ces chaînes qui font trembler les démons et sont révérées des anges, et de les mettre sur ses yeux après les avoir embrassées.
Dans son livre contre le Schisme des Donatistes, Optat de Milève parle des monuments des deux Apôtres à Rome. Prudence décrit leur position sur les deux rives du Tibre; il montre l'un, situé près du jardin de Néron, sur la voie Aurélienne, dans la basilique Vaticane, et l'autre dans la basilique de Saint-Paul hors des murs.
Siméon Métaphraste, qui a recueilli les légendes des saints, dit qu'il y avait autrefois dans ce portique de l'ancienne église du Vatican des peintures, détruites malheureusement depuis longtemps, qui représentaient la déposition des deux Apôtres dans les catacombes et l'exaltation du corps de saint Pierre par le pape saint Sylvestre, lorsqu'on le plaça dans la basilique Vaticane.
D'après le conseil du pape saint Sylvestre, l'empereur Constantin fit construire en l'honneur de saint Paul une basilique magnifique sur son tombeau, entre la voie d'Ostie et le Tibre; il la dota de revenus opulents. L'empereur Valentinien, trouvant qu'elle n'était pas d'une grandeur assez ample, à cause du défaut d'espace, bornée qu'elle était par la voie d'Ostie, l'agrandit en embrassant dans le circuit de ses murs cette même voie. Théodose et Arcadius terminèrent cette construction plus auguste. Cette vénérable basilique, l'une des gloires de Rome, connue sous le nom de Saint-Paul hors des murs, avait dépassé les vingt premières années du XIXe siècle sans accidents fâcheux. Par un bonheur inouï, elle était restée seule étrangère aux divers systèmes de restauration que la suite des siècles avait fait subir à toutes les autres églises de Rome. Sa disposition primitive, ses peintures, les diverses particularités de son antique construction étaient restées intactes. Ce n'est pas que ses lignes architecturales fussent toutes irréprochables, mais l'effet en était grandiose. Prudence en fait la description. « Tout ici », dit-il, « est royal; un excellent prince a consacré ce monument, et en a fait resplendir l'enceinte de mille richesses; les poutres sont dorées afin que la lumière se répande à l'intérieur. Des colonnes de marbre de Paros soutiennent des lambris de
SAINT PAUL, APÔTRE DES GENTILS ET MARTYR.
couleur fauve, et les arceaux sont ornés d'admirables verres qui rappellent la variété et l'éclat des fleurs du printemps ». Cet édifice, qui avait bravé les siècles et les Barbares, fut détruit, en 1823, par un horrible incendie. Un feu dont la violence était alimentée par le bois de cèdre dont sa charpente était fabriquée, la ruina presque en entier. Cette perte était grande ; l'art, l'histoire et la religion voyaient ainsi disparaître un de ses plus beaux et vénérables monuments. Le gouvernement pontifical ne se borna pas à déplorer cette catastrophe inattendue ; Léon XII commença de réédifier ce temple auguste, l'une des plus belles gloires de l'Église romaine. Grâce aux efforts soutenus de ses successeurs et à leur générosité éclairée, la Ville éternelle possède de nouveau, restaurée avec le respect le plus scrupuleux, cette basilique que les premiers empereurs chrétiens avaient noblement érigée.
Ce vaste édifice, précédé d'un portique, s'étendait en cinq nefs jusqu'à l'abside ; elles étaient divisées par une forêt de colonnes du marbre le plus précieux, et aujourd'hui introuvable. Une immense arcade, connue sous le nom d'arc de Placidie, séparait l'abside de la grande nef ; une vaste mosaïque représentant l'image du Sauveur entouré des vingt-quatre vieillards de l'Apocalypse, auxquels on avait ajouté les images de saint Pierre et de saint Paul, la décorait. C'est au zèle de saint Léon, ainsi qu'à la munificence de *Galla Placidia*, fille de Théodose et mère de Valentinien III, que l'église de Saint-Paul était redevable de ce monument.
À la Confession, sous l'autel de la nouvelle basilique, on conserve la moitié des corps des deux Apôtres, sous un baldaquin gothique, soutenu par quatre magnifiques colonnes ; on lit sur ses quatre faces : *Tu es spes electorum* — *Sancte Paule apostole* — *Praedicator veritatis* — *In universo mundo*. Dans une chapelle du couvent des Bénédictins attenante à la basilique, on vénère les glorieuses chaînes qui ont lié les membres du grand Apôtre. Dans la nouvelle église, on admire quatre colonnes d'albâtre d'une magnificence inouïe.
L'an 350, saint Damase, pape, fit ériger la première et l'unique église consacrée à saint Paul dans l'intérieur de la ville de Rome ; il choisit l'emplacement où était située la maison où l'Apôtre passa deux ans prisonnier et gardé par un prétorien. Une tradition constante avait conservé le souvenir de cette demeure, tant ce lieu était en grande vénération parmi les fidèles. Il y fit bâtir cet édifice sacré, connu de nos jours sous le nom de *Scuola di S. Paolo*, école de Saint-Paul. Ce nom remonte à l'époque des chaînes de l'Apôtre, parce que c'est là qu'il enseignait du matin au soir la foi chrétienne à toutes sortes de personnages Juifs et Gentils. Consacré par un si long souvenir, ce nom sert encore à désigner l'église qui l'a remplacée. Tous les savants qui ont écrit sur Rome en conviennent.
Le pape saint Sylvestre, qui avait une égale vénération pour ce lieu sacré, et le regardait comme un des plus saints monuments de la religion chrétienne dans Rome, donna à cette église un bras de saint Paul. Urbain II, dans la bulle *Apostolica sublimitas dignitatis*, l'honora de privilèges spéciaux. La rumeur des fidèles étrangers y a toujours été grande. Cette église et la basilique de Saint-Paul hors des murs sont les deux monuments qui attestent la présence de saint Paul dans Rome et le souvenir de son martyre.
Il nous reste de saint Paul quatorze épîtres, dont neuf sont adressées à sept Églises, une aux Romains, deux aux Corinthiens, une aux Galates, une aux Éphésiens, une aux Philippiens, une aux Colossiens, deux aux Thessaloniciens ; quatre autres sont écrites à ses disciples, deux à Timothée, et une à Tite, une à Philémon ; la quatorzième est aux Hébreux. Ces Épîtres ont toujours été plus célèbres dans l'Église que celles des autres Apôtres, et elles ont fait non seulement le sujet de la consolation et de l'édification des chrétiens, mais encore de l'admiration des Juifs et des païens. Ceux mêmes qui étaient ses plus grands ennemis et les plus jaloux de sa gloire, et qui méprisaient ses discours quand il était présent, se sont crus obligés d'avouer que ses lettres étaient remplies de force et d'autorité. Les raisonnements en sont justes, les pensées nobles, le style vif et animé. Il y a des endroits obscurs et un peu embarrassés, soit à cause de la sublimité de la matière qu'il y traite, soit à cause des fréquentes parenthèses dont elles sont entrecoupées, et d'un assez grand nombre de transpositions et d'hyperboles. Les critiques remarquent aussi que le grec n'en est pas pur, et que souvent le tour de la phrase est hébraïque.
Saint Paul met ordinairement son nom et ses qualités à la tête de ses Épîtres. Quelquefois il y ajoute celui de quelques-uns de ses disciples, soit parce qu'ils lui avaient servi de secrétaires, soit pour leur faire honneur, ou pour donner plus de crédit à ses lettres, ou enfin parce qu'ils étaient fort connus des Églises auxquelles il écrivait. Nous en avons un exemple dans la première Épître aux Corinthiens, qu'il commence ainsi : « Paul, Apôtre de Jésus-Christ par la vocation et la volonté de Dieu, et Sosthène, son frère » ; et dans l'Épître aux Thessaloniciens : « Paul, Silvain et Timothée, à l'Église de Thessalonique ». Mais on n'a jamais douté dans l'Église que saint Paul en fût seul auteur. Tertius, qui dit avoir écrit la lettre aux Romains, n'en fut que le secrétaire ou le copiste ; et il y a apparence que l'Apôtre dicta aussi à quelqu'un de ses disciples la première aux Corinthiens, celle aux Colossiens et la seconde aux Thessaloniciens. Cependant, pour qu'on ne s'y méprît et qu'on ne fît passer de fausses lettres sous son nom, il avait coutume de mettre son seing dans toutes ses Lettres et de les souscrire d'une façon qui lui était particulière. C'est ce qu'il nous apprend lui-même dans sa seconde aux Thessaloniciens, où il dit : « Je vous salue ici de ma propre main, moi Paul ; c'est là mon seing dans toutes mes Lettres, j'écris ainsi ; la grâce
29 JUIN. de Notre-Seigneur Jésus-Christ soit avec vous tous. Amen ». Ceux qui ont arrangé les Épîtres de saint Paul dans nos Bibles ont eu moins d'égard au temps auquel elles ont été écrites qu'à la dignité des Églises, ou au mérite des fidèles qui les composaient, ou à la grandeur des mystères qui y sont expliqués, ou à l'excellence des matières qui y sont traitées. La première de toutes, selon l'ordre des temps, est celle que saint Paul écrivit aux Thessaloniciens; la seconde, adressée aux mêmes peuples, fut écrite peu de temps après; ensuite, celle aux Galates; après quoi il écrivit les deux aux Corinthiens, puis la première à Timothée, à Tite, aux Romains, aux Philippiens, à Philémon, aux Éphésiens, aux Colossiens et aux Hébreux; la dernière de toutes est la seconde à Timothée. L'Apôtre l'écrivit, étant à la fin de sa vie et proche de son martyre, comme il nous l'assure lui-même.
On a quelquefois attribué à saint Paul, mais à tort :
1° Un discours où il conseille de lire les livres des païens, entre autres ceux de la Sybille et d'Hystaspe. 2° Une troisième lettre aux Thessaloniciens. 3° Plusieurs lettres à Sénèque. 4° L'Évangile de saint Luc. 5° Plusieurs apocalypses ou ascensions. 6° Un livre intitulé : Voyages de saint Paul et de sainte Thècle. 7° Un autre livre intitulé : Les Actes de saint Paul. 8° Une épître aux Laodicéens.
Nous avons analysé, pour composer la substance de cette biographie, les deux ouvrages les plus parfaits, à notre avis, qui aient été publiés jusqu'ici sur saint Paul : celui de M. Vidal, curé de Notre-Dame de Berry, intitulé : Saint Paul, sa vie et ses œuvres. Paris, 1868; et celui de l'abbé Keurraud, chanoine de Tours, intitulé : Les Apôtres. D'autres ouvrages d'un ordre différent, mais non moins élevé, comme *La Bible sous la Bible* par M. l'abbé Gainet; l'*Histoire des auteurs sacrés et ecclésiastiques*, par Dom Coiffier, etc., nous ont servi à combler quelques lacunes.
Événements marquants
- Naissance à Tarse l'an 2 de J.-C.
- Éducation à Jérusalem auprès de Gamaliel
- Participation à la lapidation de saint Étienne
- Conversion sur le chemin de Damas par une vision du Christ
- Baptême par Ananias
- Voyages apostoliques en Asie Mineure, Grèce et Macédoine
- Concile de Jérusalem
- Captivité à Rome
- Martyre par décapitation sous Néron
Miracles
- Guérison d'un boiteux à Lystre
- Aveuglement du magicien Élymas
- Délivrance miraculeuse de la prison de Philippes par un tremblement de terre
- Jaillissement de trois sources (Trois-Fontaines) à l'endroit de sa décapitation
Citations
Saul, Saul, pourquoi me persécutez-vous ?
J'ai combattu un bon combat, j'ai consommé ma course, j'ai gardé ma foi.