Saint Paul de Trois-Châteaux
Évêque de Trois-Châteaux
Résumé
Né à Reims, Paul vécut d'abord comme un humble laboureur près de Saint-Remy après avoir fui les invasions barbares avec son épouse, avec qui il gardait la virginité. Élu évêque de Trois-Châteaux par un miracle de sa verge qui fleurit instantanément, il gouverna son diocèse avec sainteté pendant quarante ans. Il est célèbre pour avoir confondu un créancier malhonnête en faisant parler son prédécesseur depuis son tombeau.
Biographie
SAINT PAUL, ÉVÊQUE DE TROIS-CHÂTEAUX
Mort au commencement du Ve siècle.
Filles qui non habuit animi sui tristitium. Heureux celui qui n'est point triste en son âme. Eccl., XIV, 2.
Né à Reims, en Champagne, de parents chrétiens et craignant Dieu, Paul donna de bonne heure des marques de sa sainteté future. Il ne se livrait jamais tout entier aux amusements de son âge ; il était humble et obéissant ; il soulageait la misère des pauvres « selon son petit pouvoir » ; il fuyait soigneusement la compagnie des libertins, et, comme Job, il renouvelait chaque jour le pacte qu'il avait fait avec ses yeux, de ne rien regarder qui pût allumer ses passions. Marié à l'âge de dix-huit ans avec une fille noble, « ce chaste Joseph fit consentir son épouse à vivre avec lui dans une entière et perpétuelle virginité ». Une irruption de barbares ayant jeté l'épouvante dans leur pays, « nos deux jeunes colombes, pour éviter la cruauté de ces vautours », prennent la fuite, et forment le projet de se retirer dans quelque solitude. Ils arrivent à Lyon, sous la conduite de la Providence, s'embarquent sur le Rhône, avec leur mère qui les a suivis, et se dirigent vers la ville d'Arles. N'y trouvant pas de lieu assez désert, ils se retirent sur une montagne voisine de Saint-Remy, où l'on voit encore aujourd'hui une église qui porte le nom de notre saint Paul.
C'est là que Paul vécut « ignoré des hommes, connu seulement de Dieu et de ses anges ». Pour gagner sa vie, celle de sa femme et de sa mère, il fut obligé de cultiver un champ, en qualité de serviteur à gages. Il pensait ensevelir sa vie dans cette obscure retraite, mais Dieu en avait disposé autrement. Un jour qu'il conduisait sa charrue au pied de la montagne, une troupe d'envoyés l'aborde au nom de la ville de Trois-Châteaux, où plusieurs personnes pieuses avaient connu ses vertus par révélation. Ils lui demandent son nom. « Je m'appelle Paul », répondit-il avec simplicité. — « Vous êtes donc celui que nous cherchons. — Et pourquoi me cherchez-vous ? — Pour vous apprendre que le peuple et le clergé de notre église vous ont choisi pour leur évêque. — Moi ! pour leur évêque ? Allez, mes amis, allez ; je ne suis pas le Paul que vous cherchez. Ne voyez-vous pas que je ne suis qu'un pauvre laboureur ? — Nous savons ce que vous êtes, mais nous savons aussi que Dieu vous destine à devenir notre premier pasteur. C'est vous que nous désirons : nous n'en voulons point d'autre ». Paul n'en peut croire ses oreilles : tel Abdolonyme, surpris dans son jardin, qu'il sarclait près de Sidon, par les envoyés de Parménion, qui lui offraient une couronne et un trône au nom d'Alexandre. Souriant de la prétendue méprise des envoyés, il prend la verge sèche et aride dont il se sert pour conduire ses bœufs, et s'écrie en l'enfonçant dans la terre : « Voyez-vous cette verge ? Quand elle produira des feuilles et des fleurs, je vous crois, j'accepte l'offre que vous me faites ». Dieu le prit au mot ; à l'instant la verge se couvrit de verdure et de fleurs. Ce prodige comble de joie les envoyés, et d'étonnement Paul, qui adore la volonté divine, et, interdit, accepte par obéissance ce qu'il refusait par humilité.
4e FÉVRIER.
Informée de l'événement, sa vertueuse épouse bénit le Seigneur et se retira dans un monastère d'Arles, où elle mourut en odeur de sainteté. Pour lui, il fut reçu comme en triomphe dans la ville de Trois-Châteaux. Il se laissa, en tremblant, consacrer prêtre et évêque. Il passa la nuit suivante dans la prière et les larmes pour obtenir de Dieu la rémission de ses péchés, et un ange vint lui annoncer qu'ils lui étaient pardonnés. Ce saint évêque fit un bien immense à son peuple par ses instructions, et surtout par ses exemples de modestie, de foi, de charité. Il prit part au concile de Valence (374), qui rétablit la discipline ecclésiastique dans cette province. On lit son nom parmi les autres Pères du concile, à la fin des canons qu'ils y dressèrent, et de la lettre synodale qu'ils écrivirent au clergé de Fréjus, au sujet d'Accepte, évêque élu de cette ville.
À son retour de ce concile, il confondit par un prodige éclatant la fourberie d'un juif qui lui réclamait une somme d'argent prêtée, disait-il, à Torquat, prédécesseur de notre Saint, et non remboursée. Pour découvrir la vérité, il se met en oraison, et, plein de cette foi dont il ne faut qu'un grain pour transporter les montagnes, il s'approche du tombeau de saint Torquat, revêtu de ses habits pontificaux, le touche de son bâton pastoral, et lui commande, de la part de Dieu, de dire s'il a payé le juif ou non : une voix répond du fond du sépulcre que le juif a été payé. Tout le monde cria au miracle, et l'on put distinguer la perfidie d'avec la loyauté.
Ce saint évêque gouverna son église près de quarante ans, et mourut au commencement du Ve siècle. Ses saintes reliques ont disparu, enlevées, les uns disent en 1535, par le comte de Lamarche, les autres en 1561, par les Huguenots. Ce fut à la même époque, probablement, que disparut la verge miraculeuse qui avait fleuri à l'élection de saint Paul et qui était religieusement conservée à Saint-Remy.
Saint Paul est le patron de l'église et de l'ancien diocèse de Trois-Châteaux. Dans cette ville, tous les ans, le 4e février, jour de la fête de notre Saint, on porte solennellement à la procession, en mémoire du miracle que nous avons raconté, une verge, appelée dans ce pays aiguillado, entourée de rubans, de verdure et de fleurs d'amandiers, ou de toutes autres fleurs quand celles-là font défaut.
Pour cette vie, nous avons suivi et quelquefois reproduit l'Histoire hagiologique de Valence, par M. l'abbé Nadal.
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Événements marquants
- Mariage à 18 ans et vœu de virginité perpétuelle
- Fuite devant les barbares vers Arles et Saint-Remy
- Vie de laboureur au pied d'une montagne
- Miracle de la verge fleurie confirmant son élection épiscopale
- Participation au concile de Valence en 374
- Miracle au tombeau de saint Torquat contre la fourberie d'un juif
- Gouvernement de son église pendant près de quarante ans
Miracles
- Floraison instantanée d'une verge sèche enfoncée en terre
- Voix sortant du tombeau de saint Torquat pour témoigner d'un remboursement
- Apparition d'un ange annonçant le pardon de ses péchés
Citations
Voyez-vous cette verge ? Quand elle produira des feuilles et des fleurs, je vous crois, j'accepte l'offre que vous me faites