Saint Pierre, Prince des Apôtres
Pape et Martyr
Résumé
Pêcheur galiléen devenu Prince des Apôtres, Saint Pierre fut choisi par le Christ comme fondement de son Église. Après avoir évangélisé l'Orient et établi son siège à Antioche puis à Rome, il triompha de Simon le Magicien avant de subir le martyre sous Néron. Premier Pape, il est le gardien symbolique des clefs du Royaume des Cieux.
Biographie
SAINT PIERRE, PRINCE DES APÔTRES,
PAPE & MARTYR
instruire les fidèles de ses glorieuses actions et des faveurs signalées qu'il a reçues de son divin Maître.
Il était Juif, ou, pour mieux dire, Hébreu de naissance, et natif de Bethsaïde, bourg de la tribu de Nephthali, dans la Haute-Galilée, sur le bord occidental de la mer de Génézareth. Son père s'appelait Jonas ou Jean, d'où vient qu'il est nommé dans l'Évangile Bar-Jona, et Simon Joannis, fils de Jonas ou de Jean. Il exerçait la profession de pêcheur, qui paraît avoir été celle de leur père. Ils quittèrent depuis le séjour de Bethsaïde, pour aller fixer leur domicile à Capharnaüm, ville de Galilée. Cette ville était très commode pour la pêche, étant située sur le bord de la mer, près de l'embouchure d'un grand fleuve, sur les confins des tribus de Zabulon et de Nephthali. Il avait avec lui son frère aîné appelé André, qui ne se maria point ; mais, pour lui, il épousa, à Capharnaüm, une femme que l'on nomme Perpétue, et que Métaphraste dit avoir été fille d'Aristobule, frère de Barnabé. Sa vie était pauvre, mais juste et innocente. Il gardait fidèlement les commandements de Dieu et les ordonnances de la loi, et entretenait en paix sa famille avec sa belle-mère, du travail continuel de sa pêche. Comme son frère André n'avait pas les mêmes engagements que lui, il eut la liberté d'aller entendre saint Jean qui prêchait la pénitence dans le désert. Il se fit même son disciple, et eut le bonheur d'être présent lorsque ce saint Précurseur montra Notre-Seigneur du doigt, et déclara qu'il était l'Agneau de Dieu qui venait effacer les péchés du monde. Cette parole entra bien avant dans son esprit ; de sorte que, préférant le soleil à l'aurore et Jésus-Christ à son précurseur, il le suivit, lui demanda où il demeurait, et ayant eu, par cette occasion, une conférence avec lui, il fut tellement charmé de l'onction de ses discours et de l'éminence de sa doctrine, qu'il s'attacha à lui pour jamais.
Ce trésor était trop précieux pour n'être possédé que de lui seul : il en fit part à son frère, et l'amena dès le lendemain à son nouveau Maître. Notre-Seigneur le voyant, lui dit : « Vous êtes Simon, fils de Jonas ; désormais vous vous appellerez Pierre ». Ainsi il changea son nom, et, au lieu de celui de Simon, qu'il avait porté depuis sa circoncision, il lui donna celui de Pierre, c'est-à-dire, en hébreu, Céphas. Ce changement ne se fit pas sans un grand mystère ; car ce fut, selon la doctrine de saint Athanase, de saint Basile, de saint Chrysostome, de saint Augustin, de saint Jérôme, de saint Léon, et des autres Pères, pour nous apprendre que cet Apôtre serait, par lui-même et par ses successeurs, la base, le fondement, la pierre ferme et le rocher immobile sur lequel l'Église, qui est la colonne de la vérité, serait appuyée. C'est ce qui fait dire aussi à saint Hilaire, évêque de Poitiers, sur le chap. XVI de saint Matthieu, que, dans l'imposition de ce nouveau nom, il reconnaît d'abord le bienheureux fondement de l'Église, et la pierre digne de porter un si admirable édifice ; et à saint Cyrille d'Alexandrie, au livre II sur saint Jean, que dès la première démarche de saint Pierre, il paraît par le nom que le Fils de Dieu lui donna, que l'Église doit être établie sur lui comme sur un rocher très solide, qui ne peut jamais être ébranlé.
Nous ne doutons point que, dans cette heureuse entrevue, saint Pierre n'ait été changé en un autre homme, que son esprit n'ait été éclairé d'une lumière extraordinaire pour connaître l'excellence de celui qui lui parlait et le divin mystère de sa mission, et que son cœur ne se soit senti enflammé d'un grand amour pour lui et d'un zèle impatient de procurer sa gloire. Néanmoins, comme il était obligé de gagner sa vie et celle de sa famille par
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le travail de ses mains, il retourna à sa maison et à son emploi, attendant le bienheureux moment où son Maître le dégagerait de toutes les occupations séculières pour l'attacher à lui. Il y eut près de quinze mois entre cette première vocation, qui fut au commencement de la trente et unième année du salut, et la seconde, qui ne fut que vers le mois de mars de la trente-deuxième. Nous croyons pourtant que, dans cet intervalle, où l'Évangile nous représente toujours Notre-Seigneur avec des disciples, saint Pierre se dérobait souvent à ses fonctions domestiques pour aller avec lui, et qu'ainsi il se trouva aux noces de Cana, en Galilée, où Jésus changea l'eau en vin ; au temple de Jérusalem, où il chassa les marchands avec un fouet ; à l'entretien avec Nicodème, l'un des premiers d'entre les Pharisiens ; au passage par la ville de Sichar, où la Samaritaine fut convertie, et enfin à la guérison du fils d'un haut seigneur dans la ville de Capharnaüm ; car toutes ces actions se sont passées entre ces deux vocations.
Le temps étant venu où le Fils de Dieu voulait former son collège apostolique et préparer des ouvriers pour la prédication de l'Évangile, il vint sur le bord de la mer de Galilée, que l'Évangile appelle aussi la mer de Tibériade et le lac de Génézareth, et, ayant aperçu les deux frères Pierre et André qui jetaient leurs filets dans la mer, il leur dit : « Venez à ma suite et je vous ferai pêcheurs d'hommes ». Saint Pierre était trop averti par son nom de Simon, qui signifie obéissant, de l'obligation qu'il avait de se soumettre à la volonté d'un si grand Maître, pour y résister. Il laissa donc ses filets à l'heure même, et suivit celui qui l'appelait, abandonnant entièrement à sa providence le soin de sa personne et de toute sa maison, qui n'avait subsisté jusqu'alors que par le moyen de sa pêche. Mais il ne risqua rien par cet abandon ; car Notre-Seigneur, pour le gouvernement d'une barque, lui donna celui de son Église, et pour des filets à demi rompus, lui donna la plénitude des grâces gratuites qui sont des moyens souverains pour prendre les âmes et les attirer à Dieu. Il prit aussi en affection tout ce qui le touchait, et honora même sa maison de plusieurs visites, en l'une desquelles il guérit sa belle-mère d'une fièvre violente qui la tourmentait ; et, après avoir mangé avec ses disciples, il y fit sur le soir une foule de miracles.
La nacelle du saint Apôtre avait été jusqu'à ce temps-là l'instrument de son métier ; mais elle fut depuis une excellente figure de l'Église chrétienne dont il devait être le pilote. C'est dans cette vue que Notre-Seigneur lui permit quelquefois d'y retourner, de la conduire en mer et de s'en servir pour la pêche. Un jour étant lui-même extrêmement pressé par une foule nombreuse venue pour l'entendre, il entra dedans, et l'ayant fait reculer du bord, il s'en servit comme d'une chaire pour instruire cette innombrable multitude. Ensuite il commanda à Pierre d'aller en haute mer et d'y jeter ses filets pour prendre du poisson : saint Pierre lui répondit qu'ils y avaient travaillé inutilement toute la nuit, mais que, puisqu'il le commandait, il ne ferait point difficulté de jeter encore une fois le filet. Le commandement du Maître et l'obéissance du disciple eurent un si heureux succès, que le filet fut aussitôt rempli d'un grand nombre de beaux poissons, et il parut même si pesant, qu'il fallut appeler saint Jacques et saint Jean, qui étaient dans une autre barque, pour le tirer de l'eau. Saint Pierre fut alors touché du sentiment d'une profonde humilité, et, se jetant aux pieds du Sauveur, il lui dit : « Seigneur, retirez-vous de moi, parce que je suis un homme pêcheur ». Mais le Fils de Dieu le rassura et lui dit de ne rien craindre, et que, dans la suite, il ne pêcherait plus de poissons, mais qu'il prendrait des
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hommes par le filet et l'hameçon spirituels de la prédication. Toute cette action est remplie de grands mystères. L'on y voit, comme dans un tableau, que c'est dans l'Église seule, figurée par la nacelle de saint Pierre, qu'il faut chercher Jésus-Christ et sa doctrine ; qu'avant sa venue, les prédicateurs, qui étaient les Prophètes et les docteurs de la loi, étaient extrêmement impuissants pour opérer la conversion des âmes ; mais que sa présence a donné une force merveilleuse à ses missionnaires pour ce grand ouvrage ; qu'après qu'il aurait prêché, les Apôtres devaient aller en haute mer, c'est-à-dire dans toutes les nations infidèles, pour y jeter les filets de l'Évangile ; que saint Pierre serait le chef de cette mission et de toute l'Église, et que les autres ouvriers évangéliques, c'est-à-dire les évêques, les docteurs et les prédicateurs, seraient seulement appelés in partem sollicitudinis, pour être ses coopérateurs et pour avoir part à sa sollicitude ; enfin, que plus on réussit dans le ministère de la prédication et du salut des âmes, plus on se doit humilier devant Dieu, en reconnaissant que l'on est de soi-même incapable de tout succès, et qu'une œuvre d'un si grand mérite dépend entièrement de sa grâce et de sa miséricorde.
Tout l'Évangile est plein des autres faveurs que Notre-Seigneur a faites à saint Pierre. Lorsqu'il alla ressusciter la fille de Jaïre, l'un des principaux chefs de la synagogue, ne voulant avec lui que trois disciples, il nomma saint Pierre le premier pour l'accompagner. Lorsqu'il choisit douze Apôtres dans le grand nombre de ses disciples, pour être les fondements, les colonnes, les flambeaux, les pierres précieuses et les architectes de son Église, il donna aussi le premier rang à saint Pierre ; et c'est ce qui fait que les Évangélistes, qui changent souvent l'ordre des autres Apôtres, ne changent jamais celui de Pierre, mais le mettent toujours à la tête de tous les autres, et que souvent même ils ne nomment que lui, se contentant de parler des autres en commun, comme de ceux dont il était le chef. De plus, quand les Apôtres, qui étaient en mer, furent surpris d'une si furieuse tempête qu'ils se croyaient absolument perdus, le Sauveur étant venu à leur secours en marchant à pied sec sur les eaux, notre Apôtre fut encore le premier qui le reconnut, et il fut le seul qui eut le courage de lui demander de marcher sur l'eau comme lui, et de l'aller trouver par un chemin si nouveau et si peu frayé des hommes. L'exécution ne l'étonna pas plus que la demande : « car, à peine Notre-Seigneur lui eut-il répondu : « Venez », qu'il se jeta en bas du vaisseau, et se mit à marcher sur la mer comme si c'eût été la terre ferme : en quoi sa foi est d'autant plus admirable, que la mer était alors agitée par un grand vent : elle élevait de tous côtés des montagnes d'eau ; à peine un vaisseau bien fort et bien équipé pouvait-il être en sûreté. Il est vrai qu'un coup de vent qui augmenta la tourmente le fit un peu trembler ; ce qui fut cause qu'il commença à enfoncer dans l'eau et à se mouiller ; mais saint Maxime, dans le premier sermon sur la fête des Apôtres, après avoir dit que Notre-Seigneur ne permit cette faiblesse que pour montrer la différence qui était entre le Maître et le disciple, ajoute que, dans cette crainte même, la foi de Pierre paraît tout à fait merveilleuse, puisqu'en criant sans se troubler : « Seigneur, sauvez-moi », il montra qu'il se défiait bien de lui-même, mais qu'il avait une entière confiance au secours de Celui qui l'avait appelé. En effet, à peine le Fils de Dieu lui eut-il donné la main, qu'il reprit sa première fermeté, et que, marchant sur les flots avec une assurance intrépide, il retourna au vaisseau en sa compagnie, par le même chemin qu'il était venu.
Peu de temps après, le saint Apôtre donna une autre preuve de son
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amour et de son zèle pour Notre-Seigneur. Un jour, ce divin Maître, prêchant aux Juifs de Capharnaüm, leur découvrit le mystère adorable du Sacrement de l'autel, qu'il voulait instituer ; il leur dit que sa chair était véritablement une viande, et son sang véritablement un breuvage, sans l'usage desquels il serait impossible d'avoir la vie. Non-seulement le peuple grossier, mais aussi plusieurs de ses disciples en furent scandalisés et se retirèrent de sa compagnie. Alors il adressa la parole à ses Apôtres, et leur dit : « Et vous voulez, vous aussi, vous en aller ? » mais notre Saint, prenant la parole pour tous ses confrères, lui dit avec beaucoup de tendresse : « Seigneur, que nous dites-vous là ? A qui donc pourrions-nous aller ? Vos paroles sont des paroles de vie éternelle, et nous croyons fermement, et nous sommes entièrement persuadés que vous êtes le Christ, le Fils de Dieu vivant ». Ainsi, il fut le premier qui confessa la vérité de l'Eucharistie, et il engagea aussi ses compagnons à confesser ce grand mystère et à demeurer fermes au service de Jésus-Christ.
Il fit, à peu de jours de là, une confession presque semblable, qui lui mérita de grandes louanges et une promesse très avantageuse de la part de son divin Maître. Notre-Seigneur, étant passé au quartier de Césarée de Philippe, demanda à ses disciples quels sentiments les hommes avaient du Fils de l'Homme, c'est-à-dire de lui-même. Ils répondirent que les uns le prenaient pour Élie, d'autres pour Jean-Baptiste, d'autres pour Jérémie, d'autres enfin pour quelqu'un des anciens Prophètes, sans en déterminer aucun en particulier. « Jusque-là », dit saint Léon, pape, « la réponse fut commune, parce qu'il ne s'agissait que des diverses opinions du peuple ; mais quand le Fils de Dieu ajouta : Et vous, qui dites-vous que je suis, et quels sentiments avez-vous de ma personne ? » Alors celui qui était le premier dans la dignité d'Apôtre fut aussi le premier dans la confession de sa divinité : « Vous êtes », dit Pierre, au nom de tous, « le Christ, Fils du Dieu vivant ». Notre-Seigneur, qui ne se laisse jamais vaincre par ses serviteurs dans les témoignages d'amour et de bienveillance qu'ils lui font paraître, lui répliqua aussitôt : « Vous êtes bienheureux, Simon, fils de Jonas : car ce n'est pas la chair et le sang qui vous ont découvert ce grand mystère, mais mon Père qui est dans les cieux. Et moi je vous dis que, comme vous m'avez reconnu et confessé pour le Christ et le véritable Messie, qui est venu fonder l'Église des enfants de Dieu sur la terre, je déclare aussi que vous êtes la pierre et le fondement de cette Église, et que ce sera sur cette pierre que je la bâtirai ; ce que je ferai si solidement, que toutes les puissances de l'enfer ne pourront jamais l'emporter sur elle. Je vous donnerai aussi les clefs du royaume des cieux, en sorte que ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans les cieux, et que ce que vous aurez délié sur la terre sera en même temps délié dans les cieux ». Ainsi, comme dit encore saint Léon, il donna par participation à Pierre ce qui lui appartenait par puissance, et il l'associa à cette autorité souveraine qui ne convient qu'à lui seul par le mérite infini de sa personne.
Un jour, notre Saint, voulant dissuader son divin Maître d'endurer la mort qu'il souhaitait avec tant d'ardeur, Jésus-Christ le repoussa avec indignation et l'appela Satan ; non pas qu'il improuvât entièrement son affection et son zèle, que saint Jérôme relève extrêmement comme une marque de sa foi et de la haute estime qu'il avait de la dignité de son Maître : le Sauveur des hommes en agit ainsi pour nous apprendre que nous devons regarder comme des tentateurs ceux qui nous détournent de souffrir quelque chose pour son service. Peu de jours après, il le choisit encore le pre-
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mier pour être présent à sa Transfiguration, afin que le grand mystère qui devait faire paraître la gloire de sa divinité ne reçût pas seulement témoignage de Moïse, qui représentait la loi, et d'Élie, qui représentait les Prophètes, mais aussi de Pierre, qu'il avait désigné pour chef de son Église. Les Évangélistes nous apprennent que cet Apôtre fut tellement charmé de l'éclat merveilleux qui parut sur le visage et sur les habits du Fils de Dieu, qu'il s'écria : « Seigneur, nous sommes bien ici : dressons-y, s'il vous plaît, trois tentes, une pour vous, une pour Moïse et une pour Élie ». Mais il était alors en extase ; et ce n'était plus sa raison, dit saint Chrysostome, mais son amour qui parlait : ce que l'Écriture nous signifie lorsqu'elle dit qu' « il ne savait ce qu'il disait ».
Jésus-Christ fit encore voir par une autre action la prééminence qu'il voulait lui donner au-dessus de ses confrères. Les receveurs des impôts ayant demandé à cet apôtre si son Maître ne payait pas l'impôt annuel du temple, il voulut qu'il leur allât porter une pièce d'argent qu'il lui fit trouver miraculeusement dans la bouche d'un poisson, indivisiblement pour lui et pour soi. Il lui apprit ensuite, comme à celui à qui il avait donné les clefs du royaume des cieux, qu'il ne devait pas borner à sept fois le pardon des péchés, mais qu'il le devait accorder sans bornes, et autant de fois qu'il trouverait dans les pénitents les dispositions nécessaires pour le recevoir.
Depuis, notre Saint lui ayant demandé quelle récompense ils devaient attendre de sa bonté, lui et les autres Apôtres qui avaient tout quitté pour le suivre, il ne lui répondit pas que, n'ayant quitté qu'une barque et ses filets, ils n'avaient pas droit de s'attendre à une grande récompense, mais, considérant, dit saint Jérôme, qu'ils avaient beaucoup quitté puisqu'ils ne s'étaient rien réservé, et qu'ils avaient même renoncé au désir et à l'espérance d'acquérir les biens de ce monde, il répondit que leur salaire serait très grand, et que, puisqu'ils l'avaient suivi avec tant de promptitude et de courage, au grand jour de son jugement ils seraient assis sur douze trônes, et jugeraient les douze tribus d'Israël. Ce fut aussi l'interrogation de saint Pierre et de trois autres Apôtres qui lui fit déclarer, un peu avant sa passion, les signes terribles de la ruine de Jérusalem et ceux de la consommation des siècles ; qui lui fit rapporter les belles paraboles des dix vierges et des cinq talents, et qui lui fit enfin expliquer la forme du jugement dernier et la séparation qui s'y ferait des bons et des méchants, pour recevoir un arrêt définitif bien différent.
Mais si ce grand Apôtre a paru si souvent dans le cours de la vie de Notre-Seigneur, il a paru beaucoup plus dans le temps de sa passion et depuis sa résurrection. Il fut l'un des deux qu'il envoya préparer les choses nécessaires pour la dernière cène, afin que, devant être le premier prêtre du Nouveau Testament, il disposât lui-même ce qui devait servir à l'institution de l'auguste Sacrement de nos autels. Lorsque Notre-Seigneur lui voulut laver les pieds, il donna des marques d'un grand amour et d'une profonde révérence pour son maître : encore plus fervent à se vouloir laisser laver pour n'être point séparé de lui, qu'il ne l'avait été à refuser cet office d'humilité, il fit voir que c'était l'ardeur de sa foi et de sa charité qui lui faisait agir en toutes choses. Poussé par cette même ferveur, il voulut savoir quel était le traître qui devait livrer Jésus-Christ entre les mains des Juifs, et il fit signe à saint Jean de le demander. Il faut avouer qu'il témoigna trop de présomption lorsque, le Fils de Dieu ayant dit à ses Apôtres que cette nuit-là même ils seraient tous scandalisés à cause de lui et l'abandonneraient, Pierre répondit que, quand tous les autres se laisseraient aller
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à la lâcheté et l'abandonneraient, lui seul n'en ferait rien, mais qu'il demeurerait inséparablement attaché à sa personne, et qu'il était prêt à endurer pour lui et la prison et la mort. Aussi, cet excès de hardiesse lui attira-t-il la terrible prédiction de ses trois reniements. Néanmoins, il ne faut pas omettre ici ce que dit saint Jérôme à ce sujet : *Non est temeritas neque mendacium, sed fides et ardens affectus Apostoli Petri* : « ce ne fut pas là une témérité ni un mensonge, mais un effet de la foi et de l'amour ardent de l'apôtre saint Pierre ».
C'est à cette même ardeur qu'il faut attribuer ce qu'il fit dans le jardin des Oliviers, lorsque, voyant le Sauveur entre les mains de ses persécuteurs, il tira son épée, et, en donnant un coup à l'un des serviteurs du grand prêtre, lui abattit l'oreille droite. Les hérétiques taxent cette action de violence et d'impiété ; mais saint Ambroise, sur le chapitre xxii de saint Luc, en parle bien autrement, et il ne fait point difficulté de la comparer à celle que fit Phinées, lorsqu'il perça de son épée un prince du peuple d'Israël qui allait joindre à l'idolâtrie une honteuse impudicité avec une femme Madianite : ce qui fut si agréable à Dieu, que, pour cela seul, il arrêta les fléaux qu'il allait décharger sur son peuple et promit à ce grand prêtre que la souveraine sacrificature ne sortirait jamais de sa maison. En effet, bien loin que Notre-Seigneur eût défendu à Pierre de se servir d'une épée, il avait, au contraire, témoigné qu'il en fallait avoir au temps de sa prise ; et, lorsque notre Apôtre lui répondit qu'ils en avaient deux, il avait seulement dit que c'était assez. Saint Jean Chrysostome relève aussi merveilleusement l'obéissance de saint Pierre, en ce qu'il ne fut pas moins prompt, au premier commandement de son Maître, à remettre son épée dans le fourreau, qu'il l'avait été à la tirer. Il est aisé de voir que, comme le caractère des hérétiques est d'envenimer toute chose et de décrier les actions les plus héroïques des serviteurs de Dieu, c'est au contraire le caractère et l'esprit des saints Docteurs de l'Église de juger favorablement de celles que l'Écriture ne condamne pas, et qui peuvent avoir été faites dans l'esprit de Jésus-Christ.
Pour ce qui est de l'assoupissement de notre Apôtre dans le jardin des Oliviers, et de sa fuite lorsque Notre-Seigneur eut été pris, on ne peut les attribuer qu'à la faiblesse de sa nature, dont il ressentit la misère, afin qu'il reconnût mieux dans la suite ce qu'il avait de lui-même et ce qu'il avait par le secours de la grâce. Ses reniements, dont l'un fut accompagné de parjure et de blasphème, sont encore plus inexcusables, et nous le devons considérer comme un exemple terrible des chutes dont nous sommes capables lorsque nous ne nous appuyons plus que sur nous-mêmes. Mais si nous regardons, d'autre part, la pénitence de Pierre et les larmes qu'il versa pour ce crime, non-seulement les trois jours de la mort du Fils de Dieu, mais aussi tout le reste de sa vie, nous serons obligés d'avouer qu'ils ont servi avantageusement à sa sanctification, et qu'ils sont du nombre de ces fautes, qui, selon saint Augustin, sont des occasions d'un plus grand bien dans ceux qui sont appelés à la sainteté, par les décrets divins. Aussi, quelque grand que fût ce péché, il n'empêcha pas Notre-Seigneur, qui a une bonté infinie pour les pécheurs pénitents, d'avoir pour lui, après sa résurrection, les mêmes considérations qu'il avait eues auparavant. Lorsqu'il apparut à Madeleine, il lui recommanda surtout d'aller avertir Pierre qu'il était ressuscité ; peu de temps après il se fit voir à lui-même en particulier, avant de rendre visite à son collège apostolique ; et, bien loin de lui faire des reproches sur son infidélité et son ingratitude, il essuya doucement ses
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larmes, et lui remit le cœur qui était comme noyé dans un torrent de douleur et d'amertume. Enfin, il ne lui retira pas la promesse qu'il lui avait faite de lui donner les clefs du royaume des cieux ; au contraire, comme le remarque fort bien saint Grégoire le Grand dans l'homélie xxi° sur les Évangiles, il n'avait permis sa chute qu'afin que, devant être le souverain Pasteur des fidèles, il apprît, par sa propre faiblesse, la compassion qu'il devait avoir pour les pécheurs, et la miséricorde qu'il devait exercer envers les pénitents.
Pierre et Jean étaient accourus ensemble au sépulcre du Fils de Dieu ; Jean, comme le plus jeune et le plus agile y arriva le premier ; mais Pierre y entra néanmoins le premier ; selon le même saint Grégoire, ce ne fut pas sans grand mystère ; de même ce ne fut pas sans une singulière prérogative de bienveillance et d'amour, que Pierre fut honoré le premier de tous les Apôtres de cette aimable présence de son divin Maître. Qui ne voit en cela sa prééminence au-dessus d'eux, et que Notre-Seigneur le regardant comme leur chef, voulait qu'il commençât d'exercer à leur égard ce qu'il lui avait recommandé avant sa passion par ces paroles : « Lorsque vous serez converti, ne manquez pas de confirmer et de fortifier vos frères ? » Nous ne doutons point aussi que, dans les quarante jours d'intervalle entre sa Résurrection et son Ascension, il ne l'ait consolé beaucoup d'autres fois par ses visites secrètes et particulières, afin de l'instruire de tout ce qu'il avait à faire dans la suite pour le bon gouvernement de son Église. Mais les Évangélistes n'ont rapporté que les apparitions qu'il lui a faites en public et en présence des autres Apôtres. Dans une de celles-là, le Sauveur lui demanda trois fois s'il l'aimait, et s'il avait plus d'affection pour lui que les autres disciples. C'était, dit saint Augustin, afin que Pierre rendant trois fois témoignage du grand amour qu'il avait pour Jésus-Christ, il effaçât par là la honte des trois reniements qu'il avait commis par sa lâcheté, et que sa langue ne fût pas moins l'instrument de son amour que de sa crainte. C'était aussi pour le disposer au grand emploi de pasteur des âmes, que saint Augustin appelle *amoris officium*, « l'office ou l'emploi de l'amour » ; saint Chrysostome, *amoris argumentum*, « la preuve de l'amour » ; et saint Grégoire, *amoris testimonium*, « le témoignage de l'amour ». En effet, à mesure que Pierre l'assura avec humilité de sa véritable dilection, il lui dit deux fois : « Paissez mes agneaux », et une fois : « Paissez mes brebis » ; par ces paroles, il le fit non-seulement le Pasteur du peuple chrétien, signifié par les agneaux, mais aussi le Pasteur des autres pasteurs, signifié par les brebis ; et, pour parler avec saint Ambroise, il le donna à son Église, *ut sui amoris Vicarium*, « comme le vicaire de son amour ». Il lui prédit ensuite la manière dont il devait mourir, qui était le supplice de la croix ; il lui commanda de le suivre : Pierre obéit aussitôt ; et, voyant saint Jean qui suivait aussi, il demanda au Sauveur ce que deviendrait ce cher disciple. Les hérétiques ont vu en cette demande une curiosité condamnable ; mais saint Jean Chrysostome y a remarqué, au contraire, une grande charité de saint Pierre envers saint Jean ; et, en effet, lorsque Notre-Seigneur lui dit de le suivre, sans se mettre en peine de Jean, il ne le fit pas pour taxer Pierre d'aucun vice, mais pour lui apprendre que la grâce qu'il lui faisait de lui découvrir le genre de sa mort, était un privilège particulier qu'il n'accordait pas à tous les autres.
Voilà ce que nous trouvons dans les quatre Évangélistes sur la personne de saint Pierre. Il y paraît de tous côtés avec une foi vive, une humilité profonde, une obéissance aveugle et une charité ardente et généreuse. Les
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faveurs de Notre-Seigneur en son endroit y sont continuelles et abondantes, et il n'y a point de rencontre qui ne nous donne des marques de sa primauté au-dessus des autres disciples. Mais il faut avouer que c'était un temps où, n'ayant pas encore reçu le Saint-Esprit, il était bien éloigné de posséder toutes les qualités qui lui étaient nécessaires pour détruire l'idolâtrie, pour convertir les hommes obstinés dans leurs crimes et pour établir par tout le monde la foi d'un Dieu crucifié : l'abondance des lumières et de la force, dont il avait besoin pour une si grande entreprise, était réservée à l'infusion de ce don divin qui devait éclairer son âme et l'embraser du feu de son saint amour. Pour se rendre digne d'une si grande faveur, il se retira, après l'Ascension de Notre-Seigneur, avec les autres Apôtres, dans le cénacle, où cette compagnie d'hommes divins avaient coutume de se retirer lorsqu'ils étaient à Jérusalem. Cependant, après la chute déplorable de Judas et sa mort désespérée, il manquait un Apôtre au nombre mystérieux de douze que le Sauveur avait établi. Pierre se leva au milieu de ses frères, et, commençant plus ouvertement ses fonctions de Pasteur universel, il leur dit qu'il était nécessaire de remplir la place de ce misérable, selon cette parole du Psalmiste : *Episcopatum ejus accipiat alter* : « Que sa dignité épiscopale soit donnée à un autre ! » On procéda à cette élection, et le sort tomba heureusement sur saint Matthias, qui fut le douzième Apôtre.
Depuis dix jours les Apôtres étaient dans l'attente, vivant dans le recueillement et la prière, quand le premier jour de la fête de la Pentecôte ou de l'oblation des prémices du blé, une des trois fêtes principales du peuple de Dieu, vers neuf heures du matin, au moment où l'on offrait au temple les pains faits avec le blé nouveau, on entendit tout à coup un bruit violent, comme celui d'une tempête. La maison où les disciples étaient assemblés en fut ébranlée. Au même instant des langues de feu descendirent du ciel et se reposèrent sur chacun d'eux. Ces flammes étincelantes étaient le symbole des ardeurs divines qui embrasaient leur âme, et l'emblème de la charité surnaturelle destinée à échauffer le monde, depuis longtemps refroidi par l'égoïsme, la superstition et la dépravation des mœurs.
Saint Pierre, en particulier, reçut en cette occasion une effusion du Saint-Esprit plus abondante que celle qui fut répandue sur les anciens Prophètes et sur Moïse lui-même. C'est alors qu'il entra dans cette sainte ivresse que le prophète Joël avait prédite, et qu'étant rempli de la vertu d'en haut, il ouvrit la bouche pour prêcher le mystère inconnu de la Rédemption du monde ; il ne parlait qu'une langue, mais il fut entendu dans toutes sortes de langues, et sa prédication fit un si grand fruit, qu'il n'y eut pas moins de trois mille personnes qui se convertirent et embrassèrent la foi de Jésus-Christ crucifié. Ce qui est en cela bien remarquable, c'est que, parmi ces personnes, il y en avait plusieurs que ni les paroles, ni les miracles, ni les exemples admirables de Jésus-Christ n'avaient pu amollir et attirer à son service, et qui même s'étaient rendues coupables de sa mort en demandant à Pilate qu'il fût crucifié, comme notre Apôtre le leur reprocha publiquement dans son sermon. Ainsi le Fils de Dieu fit, par son Apôtre, ce qu'il n'avait pas fait par lui-même, et rendit la parole de celui-ci plus efficace qu'il n'avait rendu la sienne propre, afin de faire voir que la rémission des péchés et la sanctification des âmes étaient un fruit de l'effusion de son sang et de la descente du Saint-Esprit.
SAINT PIERRE, PRINCE DES APÔTRES.
On vit donc alors dans saint Pierre, dit saint Augustin, ce que peut une abondante effusion de la grâce du Saint-Esprit. Elle fortifia tellement ce cœur auparavant si timide, si faible, qu'elle lui fit rendre publiquement et courageusement témoignage à Celui qu'il venait de renoncer. Elle ouvrit cette bouche que la crainte avait fermée pour la vérité, et elle l'ouvrit avec un avantage singulièrement remarquable. Tous ceux sur qui le Saint-Esprit était descendu reçurent le don de parler diverses langues. Mais saint Pierre fut ou le seul ou le premier de tous à prêcher hautement Jésus-Christ à cette foule de Juifs qui l'environnaient, et à confondre ceux qui l'avaient fait mourir par l'irrésistible témoignage qu'il rendit à sa glorieuse résurrection. Si quelqu'un, ajoute le même docteur, veut goûter le plaisir d'un spectacle si saint et si agréable, qu'il lise le livre des Actes ; il y verra avec admiration Jésus-Christ, prêché avec intrépidité par celui-là même dont il lit avec douleur le renoncement dans l'Évangile. Il y verra ce cœur, autrefois si lâche, rempli maintenant d'un noble courage ; cette langue, autrefois esclave de la crainte, maintenant pleine de liberté et de confiance ; la bouche, qui naguère renonça par trois fois Jésus-Christ, le fait confesser actuellement par trois mille bouches ennemies. La grâce brille en lui avec tant d'éclat, le Saint-Esprit brille en lui avec tant de plénitude, dans sa bouche la parole de vérité a tant de poids et d'autorité, que cet homme, qui tremblait tout à l'heure dans la crainte que les Juifs ne le fissent mourir avec Jésus-Christ, fait maintenant trembler les Juifs, en convertit un très grand nombre, et rend ceux qui ont ôté la vie au Sauveur, prêts à perdre la leur pour l'amour de lui. Tel est l'ouvrage du Saint-Esprit.
Mais si la grâce paraît admirablement dans le courage de saint Pierre, elle ne se manifeste pas moins dans son humilité. Ce feu, dit Origène, cette activité, cette hardiesse à parler et à agir que l'on a vue jusqu'ici en lui, disparaissaient presque dans la suite, pour faire place à un esprit si humble, si modéré, si prêt à céder aux autres, et à s'humilier devant tout le monde, qu'on peut à peine reconnaître le naturel impétueux de saint Pierre et le rang qu'il tenait dans l'Église au-dessus de tous les autres. Toutefois il faut admettre l'exception suivante : Quand il s'agissait des intérêts de l'Église et de s'exposer aux fatigues et aux dangers, alors nous le voyons toujours paraître le premier. En dehors de ces circonstances, il est bien aisé de ne rien faire qu'en commun avec les autres, sans avoir aucun honneur particulier. L'humilité qu'il pratiquait alors faisait voir que la promptitude et la hardiesse qu'il témoignait dans les autres occasions, n'étaient plus l'effet de son ardeur naturelle, mais bien celui de la charité que le Saint-Esprit avait répandue dans son cœur.
Les Actes des Apôtres nous représentent ensuite que saint Pierre, entrant dans le temple avec saint Jean, y rencontra à la porte un mendiant âgé de quarante ans, qui était boiteux de naissance, et que l'on apportait tous les jours en ce lieu pour demander l'aumône aux passants ; il lui en fit une beaucoup plus considérable que toutes celles qu'il avait reçues jusqu'alors ; car, après lui avoir dit qu'il n'avait ni or ni argent, il le guérit par ces paroles : « Au nom de Jésus-Christ de Nazareth, lève-toi et marche ! » Un si grand miracle attira une foule nombreuse autour des Apôtres, et c'est ce qui donna sujet à saint Pierre de faire un second sermon : il avança encore plus les affaires de la religion que par le premier, puisqu'il eut le bonheur d'y convertir cinq mille hommes. Plusieurs Saints ont remarqué, sur ce
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miracle, que, lorsque les prélats sont des modèles de renoncement, de pauvreté volontaire, ils font de grands prodiges et opèrent des conversions merveilleuses ; mais que, quand ils s'attachent aux biens du monde, ils n'ont plus le même pouvoir. Tel était saint Pierre : après la conversion de tant de personnes qui apportaient leurs trésors à ses pieds, il était si dénué de tout, qu'il n'avait pas même de monnaie pour donner l'aumône à un pauvre.
Les prêtres qui se trouvèrent alors dans le temple conçurent un extrême dépit de sa prédication, et, s'étant saisis de sa personne et de celle de saint Jean, ils les envoyèrent en prison. Le lendemain, Anne et Caïphe, princes des prêtres, assemblèrent le conseil souverain pour connaître de cette affaire, et, y ayant fait comparaître les saints Apôtres, ils leur demandèrent au nom de qui, et par quelle vertu ils avaient fait marcher le boiteux. Saint Pierre répondit courageusement : « Nous avons opéré cette guérison au nom de Jésus-Christ de Nazareth, que vous avez rejeté comme une pierre de rebut et que vous avez crucifié, mais que Dieu, son Père, a ressuscité pour être la source du salut de tous les hommes ». Une réponse si généreuse les étonna d'autant plus, qu'ayant fait aussi venir devant eux ce même boiteux qui était connu de tout le monde, et le voyant marcher fort droit, ils ne pouvaient rien objecter à un miracle si indubitable. Ainsi, tout ce qu'ils purent faire après une longue délibération, fut de défendre à Pierre et à Jean de parler jamais de Jésus-Christ à qui que ce fût. Mais les Apôtres leur répondirent avec le même courage qu'ils ne garderaient nullement cette défense, parce qu'ils étaient plus obligés d'obéir à Dieu, qui leur commandait d'annoncer le mystère du salut, qu'à eux, qui en voulaient empêcher la publication : malgré cette réponse, nos illustres accusés furent renvoyés.
Cette première persécution, bien loin d'être préjudiciable à l'Église, lui fut, au contraire, extrêmement avantageuse ; on la vit aussitôt s'augmenter merveilleusement par le nombre de ceux qui s'y rangeaient tous les jours, et on ne peut assez admirer la sainteté avec laquelle vivaient ces premiers chrétiens sous la conduite de saint Pierre. Saint Luc nous apprend qu'ils n'avaient tous qu'un cœur et qu'une âme ; qu'ils ne possédaient rien qu'en commun, et que la distribution des biens s'y faisait avec tant de justice, qu'il n'y avait point de pauvres parmi eux. L'Apôtre maintenait cet esprit avec une douceur admirable : il gagnait tellement tous les fidèles, que ceux qui avaient quelques restes de possession les vendaient à l'envi pour en apporter l'argent à ses pieds. Ananie et Saphire, sa femme, furent de ce nombre : mais, soit qu'ils l'eussent fait à contre-cœur et seulement pour ne pas paraître singuliers, soit qu'ils se fussent depuis repentis de l'avoir fait, ils complotèrent ensemble de ne déclarer à l'Apôtre qu'une partie du prix qu'ils en avaient reçu. Pierre, qui savait qu'il est de l'office du Pasteur de mêler la sévérité avec la douceur, de peur qu'une trop grande indulgence ne donne lieu au relâchement, ayant connu, par révélation, le dessein sacrilège de ces deux chrétiens, les en châtia d'une manière terrible. Ananie lui ayant apporté son argent, et lui ayant protesté que c'était là tout le prix de son héritage, il lui dit d'un ton foudroyant et digne de la majesté du chef de l'Église : « Pourquoi, Ananie, avez-vous donné lieu à Satan de prendre possession de votre cœur ? N'était-il pas en votre pouvoir de ne pas vendre votre champ, et n'était-il pas encore en votre pouvoir, après l'avoir vendu, d'en garder tout le prix ? Pourquoi donc avez-vous pris cette résolution criminelle de venir mentir au Saint-Esprit ? Sachez que ce n'est pas aux hommes que vous avez menti, mais à Dieu ». À ces paroles, qui furent
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comme un coup de foudre, Ananie fut saisi d'une frayeur de mort, et, étant tombé à ses pieds, il expira. Il en arriva de même à Saphire, sa femme. Ne sachant rien de la mort tragique de son mari, elle vint, trois heures après, faire la même protestation qu'il avait faite. Leur crime n'était pas de vouloir garder une partie de leur argent, puisque, pouvant légitimement garder toute la somme et l'héritage même, ils ne pouvaient être coupables d'en garder une partie ; mais c'était de faire profession devant Dieu d'une parfaite pauvreté et d'un entier dépouillement de tous leurs biens, et de demeurer néanmoins propriétaires, en retenant ce qu'ils faisaient semblant d'abandonner pour son amour ; ce qui était une hypocrisie et une espèce de sacrilège. Le châtiment terrible qui suivit cette faute fut une salutaire instruction pour les fidèles, et l'Écriture sainte nous apprend qu'il imprima une grande crainte dans l'esprit de tous ceux qui en eurent connaissance.
Pour une action de sévérité de saint Pierre, nous en avons une infinité d'autres de bienveillance et de miséricorde. Il faisait tant de miracles, que les rues par où il passait se trouvaient continuellement bordées de malades que chacun y mettait à la porte de sa maison, afin de recevoir la guérison par son attouchement ou par sa parole. Mais il n'était pas nécessaire qu'il les touchât ni qu'il les vît, puisque son ombre seule donnait la santé à ceux sur qui elle passait ; ce que n'avait pas fait celle de Jésus-Christ, pour montrer la vérité de ce que lui-même avait dit : « que ceux qui croiraient en lui feraient des miracles semblables à ceux qu'il faisait, et qu'ils en feraient encore de plus grands ». On amenait aussi à saint Pierre des malades et des possédés de tous les environs de Jérusalem, et il ne manquait jamais de les guérir. Tant de prodiges animant l'envie et la rage des prêtres et des docteurs de la loi, ils se saisirent encore une fois de saint Pierre et en même temps de tous les autres Apôtres, et les firent enfermer dans une étroite prison. Mais un ange les ayant délivrés la nuit, sans forcer les portes ni faire de brèche aux murailles, ils recommencèrent dès le lendemain matin à prêcher la foi de Jésus-Christ au milieu du temple. Le Conseil, en étant averti, les envoya chercher sans violence, de crainte d'irriter le peuple ; et, lorsqu'ils furent arrivés, les princes des prêtres leur demandèrent pourquoi, après la défense qu'ils leur en avaient faite, ils n'avaient pas laissé de parler continuellement au peuple de Jésus de Nazareth. « C'est », dit encore généreusement saint Pierre, « parce que nous avons un Maître plus grand que vous, qui nous commande, qui est Dieu, et que nous sommes plus obligés de lui obéir qu'à vous ». Cette réponse, qui fut approuvée de tous les Apôtres, fut cause qu'ils furent fouettés devant toute l'assemblée ; mais ce supplice, bien loin de les attrister, leur donna une joie extrême, et ils se crurent beaucoup honorés d'avoir souffert cet affront pour le nom de Jésus-Christ, leur Maître.
Saint Pierre présida ensuite à l'élection des sept diacres, dont les principales fonctions doivent être d'assister l'évêque à l'autel, de distribuer le sang de Jésus-Christ, et d'avoir soin de la subsistance des pauvres et des veuves de l'Église ; et il eut bientôt la consolation d'en voir un de cette bienheureuse troupe, saint Étienne, combattre et mourir pour la foi. Mais, comme la grande persécution qui s'éleva en même temps contre tout le troupeau de Jésus-Christ, obligea les fidèles à sortir de Jérusalem et à se disperser de tous côtés, notre Apôtre eut une belle occasion de faire paraître sa prudence, sa charité, son zèle et le soin infatigable qu'il avait de cette Église encore naissante. Il demeura d'abord avec les autres Apôtres dans la ville de Jérusalem, de peur que leur sortie ne décourageât
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ce qu'il y restait de chrétiens et ne fit triompher leurs persécuteurs.
Mais, peu de temps après, saint Philippe, l'un des sept diacres, ayant converti et baptisé beaucoup de monde dans Samarie, et même Simon le Magicien, qui fut touché des grands miracles que faisait continuellement ce grand prédicateur de l'Évangile, saint Pierre et saint Jean y vinrent, à la prière des autres Apôtres, pour imposer les mains sur les nouveaux baptisés et leur donner le Saint-Esprit. Simon le Magicien, voyant que, par cette auguste cérémonie, le Saint-Esprit descendait visiblement sur les fidèles, et qu'ensuite ils parlaient diverses langues et opéraient de grands prodiges, offrit de l'argent aux Apôtres pour avoir, comme eux, la puissance de donner le Saint-Esprit. Mais saint Pierre, prenant la parole, lui dit : « Que ton argent périsse avec toi, misérable et impie, qui t'es persuadé que le don de Dieu s'acquérait avec de l'argent ! tu ne peux avoir de part au mystère de vie que nous annonçons ». Il l'exhorta néanmoins ensuite à faire pénitence ; mais, comme ce sacrilège, qui a donné son nom à la plus détestable plaie qui puisse être dans l'Église, nous voulons dire à la simonie, bien loin de faire pénitence, continua de semer ses erreurs, non-seulement parmi les Samaritains, mais aussi parmi les Juifs et les Gentils, et même jusqu'à dans Rome, saint Pierre, qui avait commencé à le combattre dans Samarie, le poursuivit partout jusqu'à sa mort, et nous le verrons par la suite remporter sur lui de grandes victoires, et, après un signalé triomphe, l'obliger de s'enfuir et de se cacher pour ne plus paraître sur la terre.
Saint Paul, ayant été converti à la foi le 25 janvier de l'année 35 du salut, vint, trois ans après, à Jérusalem, pour y voir saint Pierre et conférer avec lui des mystères de notre religion, comme il le dit lui-même en son épître aux Galates, chapitre 1er. C'était donc en l'année 38. En ce temps, la paix étant rendue aux fidèles par toute la Palestine et la Syrie, notre saint Apôtre, qui savait que le soin de toutes les Églises lui avait été confié, résolut de parcourir tous les lieux où l'Évangile avait été prêché, tant par les autres Apôtres que par les disciples qui s'étaient dispersés pendant la persécution, afin d'y fortifier les nouveaux convertis, et d'y augmenter, par sa parole et par ses miracles, le troupeau du Seigneur. Ce fut alors, selon la plus probable opinion, qu'il établit son siège dans Antioche, comme dans la capitale de tout l'Orient, en attendant qu'il le pût établir dans Rome, qui était la capitale de l'Occident, de l'empire et de tout le monde. Il est vrai que saint Luc, dans les Actes des Apôtres, ne fait point mention de ce siège d'Antioche ; mais, outre la tradition qui en fait foi, nous en avons des témoignages authentiques dans Eusèbe de Césarée, saint Jérôme, saint Léon et plusieurs autres auteurs ecclésiastiques très-anciens : et l'Église même en fait la fête au 22 février. Quelques-uns disent qu'il ne dura que quatre ans, d'autres sept ans ; mais qu'il faut commencer dès le temps de l'Ascension de Notre-Seigneur. D'autres enfin disent qu'il dura sept ans, selon l'opinion des anciens, et que néanmoins il n'est pas nécessaire de le commencer avant l'année 38. Mais cela dépend du temps de la mort de notre Saint, puisqu'ayant tenu vingt-cinq ans son siège à Rome, et sept ans à Antioche, il faut nécessairement qu'il y ait eu trente ou trente-deux ans entre l'établissement de ce siège et le temps de son martyre.
Dans le cours de la même visite, notre saint Apôtre étant à Lydda, ville située sur le bord de la Méditerranée, et très-célèbre dans la suite sous le nom de Diospolis, y guérit un homme nommé Énée, qui était paralytique depuis huit ans : cela fut cause de la conversion des habitants de cette ville et de ceux de Sarone. Il ressuscita aussi dans Joppé, une sainte veuve
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nommée Tabitha ou Dorcas, grande aumônière, et qui était considérée comme la mère des pauvres et l'asile des malheureux, en lui disant seulement ces trois mots : « Tabitha, levez-vous ! » Ce fut au même lieu, qu'étant en extase, il vit descendre du ciel un grand linceul soutenu par les quatre bouts, où il y avait toutes sortes de bêtes à quatre pieds, de reptiles et de volatiles, et il entendit une voix qui lui disait : « Pierre, levez-vous, tuez et mangez ». Il répondit : « A Dieu ne plaise, Seigneur, que je mange de ces animaux ! je n'ai jamais mangé d'aucune des viandes que la loi déclare immondes ». Mais la voix lui répliqua aussitôt : « N'appelez pas immonde ce que Dieu a purifié ». Cette vision recommença de la même manière par trois fois, et, à la troisième fois, le linceul parut rentrer dans le ciel. Comme il méditait profondément sur ce que signifiait cette apparition, qui était la figure de la vocation des Gentils à la foi, il vint trois messagers, de la part de Corneille, centenier dans les troupes romaines, le supplier de venir à Césarée, afin de l'instruire, avec toute sa famille, des moyens véritables de se sauver. Il consulta là-dessus le Saint-Esprit, qui lui ordonna de suivre ces messagers, comme étant envoyés par son mouvement, et lui fit connaître que ceux qui l'attendaient à Césarée étaient ces animaux immondes qu'il devait spirituellement tuer et manger. Lorsqu'il y fut arrivé, il prêcha la foi à Corneille et à une grande foule d'autres Gentils, qui s'étaient assemblés pour l'entendre ; à la fin de son sermon, le Saint-Esprit, qui avait opéré invisiblement dans leurs cœurs, descendit aussi extérieurement sur eux ; saint Pierre, reconnaissant par là que Dieu les voulait incorporer dans son Église, les fit tous baptiser au nom de Jésus-Christ, c'est-à-dire, non pas du baptême de saint Jean, qui n'avait pas la force de remettre les péchés, mais du baptême de Jésus-Christ, au nom des trois personnes divines, qui avait la puissance d'opérer cette rémission.
De là il se rendit à Jérusalem, où il apaisa les murmures de Cérinthe, qui, depuis, a été un impie et un hérésiarque, et des autres Juifs nouvellement convertis, qui trouvaient mauvais qu'il eût donné entrée dans l'Église à Corneille le centenier et aux autres qui n'étaient pas circoncis. Il envoya ensuite saint Barnabé à Antioche, pour cultiver en son absence ce grand champ où la foi avait été heureusement plantée, et il eut la consolation d'apprendre qu'il y fit de grands fruits, et que les fidèles y avaient quitté le nom de disciples pour prendre celui de chrétiens. Quelque temps après, il s'éleva dans la Judée une nouvelle persécution contre le troupeau du Fils de Dieu, par l'impiété d'Hérode Agrippa, que l'empereur Caligula avait fait roi des Juifs, et qui voulait, par cette cruauté, gagner les bonnes grâces de cette nation. En effet, saint Jacques le Majeur fut décapité ; et saint Pierre, qu'il fit arrêter prisonnier, devait aussi être exécuté en présence de tout le peuple après la fête de Pâques ; mais un ange le tira miraculeusement de prison, et le rendit aux prières, aux larmes et aux gémissements de toute l'Église.
Ce fut à cette occasion que les Apôtres, après avoir composé le symbole qui porte leur nom, et qui, en douze articles, contient les principaux points de notre foi, prirent la résolution de partager le monde entre eux, et de se distribuer par toutes les nations de la terre pour y porter la lumière de l'Évangile. Saint Pierre devait prêcher dans le Pont, la Galatie, la Bithynie, la Cappadoce et les autres provinces de l'Asie, fixer son premier siège à Antioche et ensuite à Rome, où devait être établie la chaire de Jésus-Christ, et résider le chef de l'Église.
Saint Pierre, après avoir été délivré de la prison, sortit de Jérusalem,
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et se mit en marche avec quelques disciples pour parcourir de nouveau les provinces de l'Orient, de la Syrie et de l'Asie-Mineure qu'ils avaient déjà évangélisées. Il alla à Césarée, ville très importante alors, avantageusement située sur le bord de la Méditerranée. Simon le Magicien se trouvait alors dans cette cité, entouré de nombreux disciples qu'il s'était attirés par ses prestiges, et par sa doctrine qui justifiait tous les désordres et tous les péchés, de même que toutes les erreurs de l'esprit humain. Saint Pierre réfuta toutes les erreurs et les infamies de cet imposteur ; car quelle que soit la puissance de l'homme et du démon, elle ne saurait prévaloir contre la vérité ni contre la puissance divine qui résident dans les ministres de Jésus-Christ. Simon, ayant été convaincu d'imposture et de magie, fut chassé hors de la ville par le peuple indigné, et une grande partie des habitants reçut le don de la foi.
Saint Pierre, après avoir fortifié les fidèles de Césarée dans leur croyance, quitta cette ville pour aller porter l'Évangile ailleurs et détruire le mal que l'ennemi de Dieu et de l'Église faisait en différents lieux. Il mit à la tête de l'Église de Césarée, en qualité d'évêque, le centurion Corneille. Ayant appris que Simon s'était rendu à Tyr, l'Apôtre appela trois de ses disciples, Clément, Nicétas et Aquila, et leur commanda de s'y transporter avant lui, de s'informer de ce qui s'y passait et de lui en rendre compte par lettre. Les trois disciples obéirent, arrivèrent à Tyr, en passant par Dora, logèrent chez Bérénice la Chananéenne, qui les informa exactement de tout le succès que Simon avait obtenu sur l'esprit des habitants.
L'Apôtre, à cette nouvelle, se mit aussitôt en route, et après avoir visité et évangélisé, en passant, la ville de Ptolémaïde, il arriva dans la ville de Tyr où il fut reçu au milieu des acclamations des habitants. Après leur avoir annoncé un seul Dieu, créateur du ciel et de la terre, auteur et conservateur de nos âmes et de nos corps, il leur déclara que les maladies dont ils avaient été affligés par Simon et par les démons dont ce magicien était l'instrument et le ministre, disparaîtraient lorsque, convertis au vrai Dieu, ils auraient été purifiés par le saint baptême. En effet, un grand nombre de Tyriens furent instruits, baptisés et guéris de leurs maladies corporelles et spirituelles. Le bruit de ces merveilles alla jusqu'à Sidon ; ce qui engagea les habitants de cette ville à envoyer une députation à saint Pierre qui séjournait encore à Tyr. L'Apôtre acheva donc de guérir les maladies de cette dernière ville, y institua une église, à la tête de laquelle il mit pour évêque un des prêtres qui l'accompagnaient. Puis il partit pour Sidon.
Dès que Simon eut appris l'arrivée de saint Pierre dans cette ville, il en sortit précipitamment avec ses compagnons. Un grand nombre d'habitants, à la parole de l'Apôtre, crurent en Jésus-Christ, firent pénitence, furent guéris et formèrent une Église à laquelle saint Pierre préposa un évêque. De Sidon, l'Apôtre se rendit à Béryte où, à son arrivée, il se fit un tremblement de terre. Le peuple vint trouver saint Pierre pour implorer son secours. Alors Simon reprit son audace ; il ourdit une trame, de concert avec Appion, Annubion, Athénodore, et ses autres compagnons ; mais le peuple se précipita en foule sur eux, les couvrit de blessures, et ne cessa de les frapper que quand il les eut expulsés de la ville.
Ensuite tous ceux qui étaient aux prises avec les maladies et avec les démons, vinrent se jeter aux pieds de saint Pierre. Alors l'Apôtre de Dieu, élevant les mains au ciel, et conjurant le Seigneur, les guérit par le seul effet de sa prière. Il séjourna encore quelques jours au milieu d'eux, et d'après
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en avoir confirmé un grand nombre dans la foi et les avoir baptisés, il leur donna pour évêque Quartus.
En quittant Béryte, l'Apôtre se rendit à Byblis. Là, il apprit que Simon venait de s'enfuir à Tripoli. Il ne demeura qu'un court espace de temps dans cette ville. Après y avoir rendu la santé à plusieurs malades et instruit ses habitants dans la doctrine de la vérité et de la piété, il leur donna pour évêque Jean-Marc ; puis il se mit en marche vers Tripoli, afin de suivre les traces de Simon, pour qu'il fût manifeste qu'il le poursuivait, et qu'il ne cherchait point à l'éviter.
Or, comme saint Pierre entrait dans cette ville, beaucoup de personnes de Tyr, de Sidon, de Béryte, de Byblis, accoururent au-devant de lui, désireuses de l'entendre ; les habitants de Tripoli, en particulier, montrèrent un vif empressement de le voir : ils accoururent pour la plupart. Ceux des frères qui avaient été envoyés d'avance racontèrent à saint Pierre et à ses disciples, quel était l'état de cette ville, et ce que Simon y avait fait. L'Apôtre fut conduit dans la maison de Maron. Arrivé à la porte de cette demeure, il se tourna vers la foule qui le suivait, et lui promit de lui parler le lendemain de ce qui concerne le culte de Dieu. Simon, apprenant son arrivée et sa brillante réception, comprit qu'il ne pouvait lutter contre lui dans cette ville, et il sortit de Tripoli la nuit même pour se rendre dans la Syrie.
Saint Pierre, après avoir annoncé à la foule immense qui le suivait les paroles de la vie éternelle, imposa les mains à tous les malades qu'on lui présenta, et les guérit entièrement ; ce qui fit qu'un grand nombre d'hommes crurent en Jésus-Christ et demandèrent le baptême. L'Apôtre les régénéra dans les eaux sacrées, leur distribua l'Eucharistie, leur donna pour évêque Maron, son hôte, homme distingué par sa vertu et par la considération qu'il s'était acquise, et chrétien déjà arrivé à la perfection, puis ordonna douze prêtres et plusieurs diacres, qui devaient pourvoir aux besoins des veuves. Après leur avoir parlé de la nécessité de l'ordre et du bon accord général, leur ayant représenté que le bien de l'Église était intéressé à cette parfaite union et à l'obéissance respectueuse à l'évêque qu'il venait de leur donner, il leur fit ses adieux et partit pour Antioche de Syrie, après être resté trois mois à Tripoli, ville considérable de la Phénicie.
Sorti de Tripoli, saint Pierre se mit donc en marche pour Antioche. Dans sa route, il demeura un jour à Orthosia, peu distante de Tripoli ; comme presque tous les habitants de cette ville avaient entendu la prédication évangélique, il n'y séjourna qu'un jour, et se rendit à Antarada ou simplement Arada. Il y guérit un paralytique et une autre femme privée de l'usage de ses mains, et par sa présence délivra une possédée. De là, il partit pour les Balanées ; le jour suivant il arriva à Pelta ou Paltos, puis à Gabala et ensuite à Laodicée. Parvenu aux portes de cette belle et grande cité, il dit à Nicétas et à ceux qui le suivaient : Il convient que nous séjournions ici quelques jours ; car il peut se faire que, dans une multitude si considérable, il se trouve quelques personnes dignes des promesses et de l'héritage de Jésus-Christ.
Ce grand Apôtre opéra dans cette ville de nombreuses guérisons, et y délivra plusieurs personnes possédées par des esprits impurs. Il y établit des Églises, à la tête desquelles il mit des évêques. Il ne resta que quelques jours dans cette ville, et se mit en route pour venir à Antioche.
A son approche, le peuple de cette grande cité, qui avait souvent entendu parler de lui, vint à sa rencontre, l'accueillit avec joie, comme le
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héraut et l’apôtre de la vérité. Par ses prières et par l’imposition des mains, saint Pierre guérit dans Antioche un grand nombre de malades. Il annonça aux habitants de cette ville l’unité de Dieu et la trinité des Personnes divines. Ce fut là qu’il conféra le baptême à Faustus qui s’y était préparé depuis quelque temps. Dans le même temps, un ordre de l’empereur faisait rechercher tous les magiciens. Pour éviter d’être arrêté à Antioche par les satellites impériaux, Simon le Magicien s’enfuit de cette ville et retourna dans la Judée.
Saint Pierre travailla, dès lors, librement au sein de cette cité populaire, y augmenta considérablement l’Église qui y existait déjà, et lui donna pour évêque saint Évode, avant d’aller fonder l’Église de Rome. Il confia à saint Évode cette Église à gouverner, comme le riche confie son troupeau au pasteur qui doit le garder ; il conservait sur cette bergerie la même juridiction qu’il possédait auparavant. Il envoya aussi saint Marcien, comme évêque à Syracuse, ville de Sicile, et saint Pancrace à Taormina, autre ville de la même province.
Après avoir quitté Antioche, il se mit en route pour l’Asie. Il vint, en passant par différentes villes et bourgades, séjourner à Thyane, ville de Cappadoce, ensuite à Ancyre, dans la Galatie ; dans cette dernière ville, au moyen de sa prière, il ressuscita un homme mort, puis il instruisit dans la foi et baptisa un grand nombre de personnes. Il y fonda aussi une Église et y établit un évêque.
De là, il vint à Synada, ville de Phrygie, puis à Pessinonte, métropole de cette province. Gagnant ensuite le Pont, il évangélisa différentes villes, telles que Gangre, en Paphlagonie, Claudiopolis, Amasée, métropole de l’Hellespont, et arriva jusqu’à Sinope, ville importante, située sur les rives du Pont-Euxin. De Sinope il se rendit à Nicée, puis à Nicomédie, où il établit évêque le disciple Prochorus. Ensuite il prêcha à Ilion, ou Troie dans l’Hellespont, et confia cette Église à Corneille le Centurion, qui avait déjà la charge épiscopale de Césarée en Palestine. Suivant un ancien auteur, l’Apôtre serait retourné une ou deux fois à Jérusalem, pour la fête de Pâques, avant d’achever ses courses apostoliques en Asie. Mais il est certain qu’il a évangélisé les diverses provinces du Pont, de la Galatie, de la Bithynie, de la Cappadoce et de l’Asie, après avoir fondé l’Église d’Antioche et avant d’aller à Rome. C’est ce que les historiens ont conclu de la lettre qu’il écrivit à ces divers peuples, de même que des témoignages d’Eusèbe qui marque cette prédication de saint Pierre comme l’une des plus importantes fonctions de son apostolat. Saint Jérôme et saint Léon l’attestent également. Saint Épiphane dit même que depuis qu’il eut fixé son siège à Rome, il quitta néanmoins cette Église pour venir visiter celles de Bithynie et du Pont. Le pape saint Agapet témoigne que cet Apôtre a ordonné et établi différents évêques dans l’Orient. L’histoire ecclésiastique et toutes les traditions sont d’accord sur ce point.
Ajoutons qu’au nombre des évêques institués par saint Pierre, la tradition range encore saint Urbain, qui fut mis à la tête de l’Église de Tarse ; saint Épaphrodite, qui gouverna l’Église d’Andriaca (Andraca ou Adriana), ville de la Lycie, située à peu de distance de Myre ; Phygelle, qui fut évêque à Éphèse, mais qui peu après eut le malheur de faire naufrage dans la foi, et d’embrasser les erreurs de Simon le Magicien ; saint Apelles, qui était frère de saint Polycarpe, et qui fut préposé à l’Église de Smyrne.
Voici un fait d’une très grande portée. Saint Pierre a ordonné et institué le premier évêque de Byzance, aujourd’hui Constantinople. C’est ce
SAINT PIERRE, PRINCE DES APÔTRES.
qui devient manifeste par la lettre du pape Agapet, qui a été lue au cinquième concile œcuménique. On y lit en propres termes que Mennas était le premier évêque de Constantinople que le Saint-Siège eût ordonné, depuis que saint Pierre, le Prince des Apôtres, avait consacré le premier évêque de Byzance. Cette lettre, approuvée par les Pères d'un concile général, acquiert plus de poids et d'autorité que tous les récits des historiens grecs et modernes.
Après avoir accompli d'immenses travaux apostoliques dans l'Orient, érigé des épiscopats dans les villes principales, et fondé de florissantes chrétientés ; après avoir, par la vertu du nom de Jésus, enlevé d'innombrables dépouilles au démon et soumis à l'obéissance de la foi de vastes régions, saint Pierre, ce grand Apôtre, dont le zèle était héroïque et le courage infatigable, priait le Fils de Dieu de daigner l'éclairer, et lui indiquer manifestement sur quels points il devait désormais porter ses pas et ses efforts. Ce fut alors, comme nous l'apprend l'ancienne tradition, que Notre-Seigneur lui apparut pendant la nuit dans une vision, et lui dit : « Levez-vous, Pierre, prenez possession de l'Occident ; car il a besoin que vous fassiez briller à ses yeux le flambeau de la lumière évangélique. Pour moi, je serai avec vous ».
Saint Pierre, qui savait déjà que Rome devait être le lieu principal de sa chaire apostolique, comprit alors que sa mission en Orient était accomplie. Il ne balança point, il résolut de partir aussitôt. Il fit part de la vision qu'il avait eue aux fidèles de l'Asie, leur laissa des constitutions, puis s'embarqua pour l'Italie, alors la dominatrice du monde.
Il arriva d'abord en Macédoine, et donna pour évêque à l'Église de Philippes, Olympe, l'un des soixante-douze disciples ; il institua Jason évêque de Thessalonique, et Silas évêque de Corinthe, où ce disciple séjournait en attendant l'arrivée de saint Paul. Après avoir également placé Hérodion à la tête de l'Église de Patras, il s'embarqua pour la Sicile.
Arrivé dans cette province, il se rendit à Taormina et logea chez Pancrace. De là, il prit sa route vers Rome, en passant par différentes villes d'Italie, qui, jusqu'à ce jour, se glorifient d'avoir été honorées de la présence d'un tel Apôtre. C'est ainsi que Naples, cette cité splendide, qui le dispute en magnificence à Carthage et à Corinthe et qui rivalise avec Rome pour la grandeur, Naples fut illustrée par les prodiges qu'y opéra saint Pierre ; après qu'il y eut célébré les saints mystères, il donna pour évêque à cette ville son disciple Asprénas, ou Asprénate ; et jamais, depuis cet heureux événement, les Napolitains n'oublièrent d'en célébrer la mémoire et de témoigner leur reconnaissance à leur insigne bienfaiteur. L'Apôtre était accompagné de Clément, fils de Faustus, homme très distingué aux yeux des Romains par sa noble origine et par sa rare sagesse, de saint Marc, de saint Martial, de saint Apollinaire et de quelques autres disciples. Baronius ajoute, d'après une ancienne tradition, que saint Pierre, poussé par les vents, aborda à Livourne ; que de là il se rendit à Pise, où il célébra le saint sacrifice, et que de cette ville il se dirigea vers la capitale du monde.
Ce fut la seconde année de l'empire de Claude, que l'Apôtre entra à Rome. Il commença aussitôt à éclairer cette grande ville, qui s'était laissé plonger plus que nulle autre dans les ténèbres de l'idolâtrie. Le nombre infini de martyrs, que l'on y vit bientôt après, marque assez le grand succès de ses prédications, et avec combien de bonheur il travailla à la con-
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version des principaux du sénat, des chevaliers et du peuple. Il envoya dès lors des missionnaires en diverses provinces, non-seulement de l'Italie, mais aussi des Gaules, de l'Espagne et de l'Afrique : ce qui acquit un grand nombre de nouveaux serviteurs à Jésus-Christ. Enfin, il y écrivit sa première Épître, qu'il adressa aux chrétiens dispersés dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l'Asie et la Bithynie, afin de les fortifier dans leur croyance, de les munir contre les embûches des hérétiques, et de leur inspirer la véritable morale du Christianisme.
La fondation de l'Église de Rome et des autres Églises par saint Pierre, porta aussitôt un coup mortel aux superstitions du paganisme, au règne des démons et de l'idolâtrie. L'historien Dion témoigne que l'empereur Claude fut obligé de déclarer abrogées et supprimées un grand nombre de fêtes et de cérémonies païennes. Les portes de l'enfer, dépouillées de leur ancienne puissance, ne pouvaient plus soutenir leur ouvrage. Leur règne, celui du mensonge et de l'iniquité, décroissait alors sensiblement. Mais si elles ne purent arrêter leur rapide décadence, du moins firent-elles alors les plus grands efforts pour paralyser les effets de la toute-puissante vertu de Jésus-Christ, qui se faisait sentir dans la prédication de l'Apôtre. Elles suscitèrent des troubles et de vives agitations au sein même de Rome, de sorte que la paix de l'empire en parut menacée, et que les magistrats et l'empereur Claude se crurent obligés de décréter l'expulsion des Juifs et des Chrétiens. Cette expulsion eut lieu dans la neuvième année de l'empire de Claude, la quarante-neuvième de Jésus-Christ. Ce décret toutefois n'eut pas de grandes suites. Tous les Juifs obtinrent bientôt la permission de rentrer dans Rome. Quoi qu'il en soit, saint Pierre quitta à cette époque la capitale pour aller de nouveau dans l'Orient, où sa présence était nécessaire.
Ce ne fut pas sans une conduite particulière de la divine Providence, qu'il se rendit peu de temps après à Jérusalem. Il s'était élevé à Antioche une grande contestation entre les fidèles : les uns, qui étaient Juifs, soutenaient qu'il fallait joindre le Judaïsme au Christianisme, et qu'on ne pouvait être sauvé sans observer la loi de Moïse ; et les autres, qui étaient Gentils, refusaient absolument de se soumettre à cette servitude. Une question de si grande importance méritait bien d'être examinée et décidée par celui qui représentait Jésus-Christ sur la terre. Saint Paul et saint Barnabé, avec quelques autres disciples, députés des deux partis, le vinrent trouver à Jérusalem. Il y assembla les Apôtres qui y pouvaient être, c'est-à-dire, saint Jean qui ne s'en était pas éloigné, et saint Jacques le Mineur qui en était évêque particulier, avec les prêtres qui composaient cette Église, et tint avec eux le premier Concile de la chrétienté. La difficulté y fut proposée, et l'apôtre saint Paul, après avoir représenté comment Dieu s'était servi de lui pour attirer les Gentils à la foi, déclara que c'était fort mal à propos qu'on leur voulait imposer une obligation que les Juifs mêmes avaient toujours regardée comme un joug insupportable. Aussi, lorsque saint Jacques eut opiné dans le même sentiment, on le rédigea par écrit, et le décret fut formulé en ces termes : « Il a semblé bon au Saint-Esprit et à nous, de ne vous point imposer d'autres lois que celles-ci, qui ont été jugées nécessaires : Que vous vous absteniez des viandes immolées aux idoles, du sang des animaux, des bêtes suffoquées et de la fornication ». Ce décret fut adressé aux fidèles d'Antioche, de Syrie et de Cilicie, qui avaient quitté la gentilité.
Comme il ne défendait pas encore aux Juifs, qui s'étaient faits chrétiens,
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l'observation des cérémonies légales, ils continuèrent toujours de les garder, et saint Pierre, avec les autres Apôtres, pour s'accommoder à leur faiblesse, les gardaient aussi quelquefois, surtout lorsqu'ils se trouvaient avec eux, et qu'ils le jugeaient nécessaire pour ne point aliéner leurs esprits de la doctrine de l'Évangile. Ainsi notre Apôtre, étant depuis allé à Antioche pour y confirmer dans la foi les Gentils devenus fidèles, mangea d'abord avec eux indifféremment de toutes sortes de viandes ; mais, à l'arrivée de quelques Juifs qui vinrent de Jérusalem pour lui parler, craignant qu'ils ne fussent scandalisés de le voir vivre dans la liberté que le christianisme donnait aux Gentils, il se sépara de ceux-ci et se remit dans l'abstinence des viandes défendues par la loi. Saint Paul, qui appréhenda que cet exemple du chef de l'Église, dont toutes les actions étaient regardées comme des règles vivantes de la morale chrétienne, en servant aux Juifs, ne fût préjudiciable aux Gentils, et ne leur fît douter de la doctrine du Concile de Jérusalem, l'en reprit publiquement ; il est même dit, en l'Épître aux Galates, qu'il lui résista en face, c'est-à-dire en sa propre présence, parce qu'il était répréhensible. Saint Jérôme et les Pères grecs se sont persuadés que cela se fit de concert entre eux, et que saint Pierre, qui avait une charité extrême pour les chrétiens de l'un et de l'autre peuple, voulut lui-même, par une sainte adresse, être repris, afin que, son action empêchant d'un côté le scandale des Juifs, la remontrance de saint Paul empêchât de l'autre celui des Gentils. Mais saint Augustin s'est opposé de toutes ses forces à ce sentiment, croyant qu'il donnait trop d'atteinte au sens littéral de l'Écriture sainte. En effet, il vaut mieux dire, avec ce saint docteur, que saint Paul jugea effectivement l'action de saint Pierre répréhensible, et qu'il lui en fit sérieusement la remontrance, à cause des mauvaises suites qu'il en prévoyait. Mais cela ne diminue rien du mérite et de la gloire de notre grand Apôtre, puisque, s'il y commit quelque faute, elle fut extrêmement légère et tout à fait excusable, n'ayant d'autre intention que celle du salut des Juifs, qu'il regardait comme le peuple chéri de Dieu, et ne croyant pas que les Gentils, qui savaient qu'il était Juif, dussent tirer de mauvaises conséquences pour eux de le voir observer des cérémonies dans lesquelles il était né et avait été élevé. D'ailleurs saint Cyprien remarque qu'il fit paraître en cette rencontre une douceur et une humilité incomparable, puisque, bien loin de contester contre saint Paul, et de défendre son action et son intention, il se rendit aussitôt à ses remontrances, sans que sa qualité de prince et de pasteur de toute l'Église, et cette autorité souveraine qu'il avait reçue sur tous les fidèles, lui donnassent aucun mouvement d'insignation contre celui qui le reprenait.
Les hérétiques, au lieu d'admirer cette modestie dont on trouve si peu d'exemples dans les princes et dans les souverains, se sont servis de la dispute des Apôtres pour combattre la primauté de saint Pierre ; mais ils ne sont pas moins ridicules en cela que celui qui contesterait la souveraineté d'un roi, en lisant dans l'histoire que quelqu'un de ses conseillers lui a fait une remontrance. Dieu, pour tenir les plus grands hommes dans l'humilité, se sert souvent de leurs inférieurs pour les éclairer et leur déclarer ses volontés. Ainsi il instruisit Moïse par Jéthro, et David, roi et prophète, par d'autres Prophètes beaucoup moindres que lui ; mais cela ne combat point leur prééminence, et n'empêche point qu'ils ne soient au-dessus de ces instruments que la sagesse divine emploie pour les instruire.
D'Antioche, saint Pierre retourna en Italie dont il parcourut les diverses provinces, en y annonçant l'Évangile. C'est ce que rapportent Eusèbe, Rufin
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et d'autres anciens auteurs. En effet, comme le témoigne Astérius, cet Apôtre ayant reçu de Jésus-Christ la charge de paître et de nourrir son troupeau, il n'a pas langui dans une molle oisiveté. Il n'a pas choisi une vie douce et paisible ; il n'a point cherché à éviter les périls. Il a vécu, au contraire, dans la plus grande et la plus continuelle activité ; il a fait de longues et pénibles courses dans toutes les parties de la terre, dans le but d'éclairer les aveugles par le flambeau de l'Évangile, de servir de guide à ceux qui étaient égarés, d'encourager et de faire avancer ceux qui marchaient déjà dans le sentier de la vérité et de la piété, de combattre sans cesse les ennemis de Dieu et de son Église, d'exhorter ses soldats, de souffrir toutes sortes de persécutions, d'endurer l'horreur des prisons les plus affreuses ; en un mot, de prêcher Jésus-Christ en tout lieu, parmi tous les travaux et tous les dangers que l'esprit peut imaginer.
Il avait déjà envoyé de ses disciples dans toutes les parties de l'univers, dans l'Orient et dans l'Occident. Il voulut encore y aller lui-même en personne. Après avoir confié à saint Lin et à saint Clet l'administration de son Siège Pontifical de Rome, il partit pour la Grande-Bretagne, qu'une conquête récente venait d'ouvrir aux Romains. Il franchit les Alpes, les Pyrénées, l'Océan, et aborda chez ces peuples belliqueux, barbares, inhumains, abandonnés à l'idolâtrie, et jeta dans leurs cœurs la féconde semence de la foi, qui devait bientôt y produire des fruits abondants.
Lorsqu'il eut soumis au joug de l'Évangile plusieurs de ces hommes inflexibles et féroces, prêts à livrer les plus rudes combats aux Romains, pour repousser le joug dominateur, le Pêcheur traversa l'Océan pour visiter l'Espagne, et passer de là en Afrique. Tertullien, saint Cyprien, saint Grégoire, Innocent Ier, Métaphraste, Baronius, témoignent que saint Pierre a donné la foi à l'Afrique, et notamment à Carthage, à la Numidie et à la Mauritanie. Après avoir parcouru les principaux lieux de ces contrées, de même que les deux Lybies et la Cyrénaïque, après avoir laissé saint Crescent comme évêque de Carthage, il arriva en Égypte, à Alexandrie, où il confirma publiquement l'institution de saint Marc, son disciple, comme évêque et administrateur de cette grande ville, se rendit de là dans la Thébaïde, institua saint Rufus évêque de Thèbes, cité opulente, très peuplée et très célèbre par ses cent portes, pénétra ensuite dans le fond de l'Éthiopie, dans les vastes régions de l'Aurore, visus etiam Memmonis domum et secreta Aurora extremaque Æthiopum.
Ce fut alors qu'il eut révélation d'aller à Jérusalem afin d'assister au trépas de la sainte Vierge. Les circonstances qui accompagnèrent la présence du Prince des Apôtres, à la mort, à la sépulture et à la résurrection de Marie, sont décrites dans la narration de l'assomption de la glorieuse Mère de Jésus-Christ.
1. L'ancien auteur ecclésiastique cité par Hollandus, dit que saint Pierre institua évêque son disciple saint Lin, afin de gouverner l'Église de Rome pendant son absence. Saint Lin fut ordonné, ajoute Hollandus, sous le consulat de Saturninus et de Scipion, c'est-à-dire l'an 56, et pendant neuf années de la vie de saint Pierre, il fut son vicaire ou son chérêque. Saint Pierre ordonna également saint Clet, pour être comme saint Lin, son vicaire ou son chérêque. Mais tant que cet Apôtre vient, il demeura souverain Pontife de l'Église catholique.
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De Jérusalem il revint en Égypte, et passa par l'Afrique, pour retourner à Rome. Après avoir séjourné quelque temps dans cette ville, et y avoir réglé toutes choses, il parcourut encore les autres provinces, y institua des évêques et des prêtres, donna, en particulier, saint Barnabé pour évêque à l'église de Milan, et saint Paulin à l'église de Lucques. Il pourvut également au gouvernement spirituel des villes de la Méditerranée. Ce soin des églises demanda beaucoup de temps.
Or, pendant qu'il travaillait ainsi au ministère de la prédication, après qu'il eut gagné à Jésus-Christ des peuples innombrables, il reçut un avertissement céleste et l'ange du Seigneur lui dit : « Pierre, le temps de votre mort et de votre délivrance approche, il vous faut retourner à Rome ; c'est dans cette ville que vous souffrirez la mort de la croix, et ensuite vous recevrez la couronne de justice ». À ces paroles saint Pierre glorifia Dieu et lui rendit des actions de grâces. Il acheva, pendant quelques jours, de mettre ordre aux affaires des Églises, et revint à Rome vers la onzième année de l'empire de Néron.
Ce qui l'obligea à ce retour, ce fut, d'un côté la cruelle persécution que cet empereur exerça contre les fidèles, dans laquelle ils n'avaient pas besoin d'un moindre secours que de celui de leur Pasteur et du chef du peuple de Dieu, et, de l'autre, ce fut l'impudence de Simon le Magicien, qui, ayant gagné l'esprit de Néron par ses opérations magiques, se faisait de nouveau reconnaître dans Rome pour une vertu divine et pour un dieu descendu du ciel. Lorsque notre Apôtre y fut arrivé, il fortifia merveilleusement les chrétiens contre ces abominations, et, ayant un moment de loisir, il écrivit sa seconde Épître canonique contre un grand nombre d'hérétiques qui commençaient, dès ce temps-là, à tourmenter l'Église. Il l'adressa à tous les fidèles en général, et, entre autres choses, il les avertit que le temps de sa mort était proche, et qu'il en avait révélation de Notre-Seigneur.
Pour la guerre qu'il fit à Simon, après plusieurs disputes qu'il eut avec lui, où il réfuta admirablement ses impostures, il lui proposa enfin que, pour terminer leurs différends, l'on apportât le corps d'un homme mort, et que celui qui le ressusciterait serait reconnu pour prédicateur de la vérité. Simon y consentit, se fiant aux enchantements de son art magique ; et, en effet, un corps mort fut apporté et exposé devant tout le monde ; mais Simon ne put faire autre chose, avec tous ses sortilèges, que de lui faire un peu remuer la tête. L'Apôtre, au contraire, après avoir laissé tout le temps au peuple de reconnaître l'impuissance de sa magie, et la faiblesse du démon lorsqu'il est lié par la vertu de Dieu, invoquant le nom de Jésus-Christ, ressuscita le mort et le fit marcher, parler et manger en présence de ce grand nombre d'assistants. Ce miracle ayant discrédité l'imposteur, que saint Ignace appelle le premier-né de Satan, il se vit bientôt abandonné de ceux qui le regardaient auparavant comme une divinité. Dans sa rage, ayant fait pacte avec le démon pour être enlevé dans les nues et transporté dans un lieu inconnu, il dit aux Romains que, puisqu'ils ne lui rendaient pas les honneurs qui lui étaient dus, il avait résolu de s'en retourner dans le ciel, d'où il les châtierait par des misères et des calamités incroyables, et il leur marqua le jour où il devait les quitter et s'envoler dans le milieu de l'air. Saint Pierre, pour dissiper cette entreprise qui ne pouvait être que préjudiciable à la propagation de l'Évangile, ordonna, la veille, qui était
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un samedi, un jeûne général dans l'Église : ce qui fut, selon quelques auteurs, l'origine du jeûne ou de l'abstinence du samedi ; et, après avoir joint l'oraison et les larmes à cette mortification, il parut généreusement, le lendemain, au lieu que le magicien avait désigné pour être le théâtre de son imposture. La curiosité y avait attiré une foule nombreuse. L'on vit d'abord cet imposteur, qui était invisiblement porté par le démon, prendre son essor vers le milieu de l'air, et s'élever pour gagner les nues. Mais le saint Apôtre ayant renouvelé sa prière, et l'ayant envoyée sur les ailes des anges devant la majesté de Dieu, il en attira un si prompt secours, que Simon fut renversé avant qu'il fût hors de la vue des hommes. Ainsi, celui qui voulait monter dans le ciel, tomba misérablement sur la terre ; et celui qui voulait voler comme les aigles, se cassant les pieds et les jambes, se vit dans l'impuissance de marcher. Il devait mourir à l'heure même ; mais l'Apôtre lui obtint un peu de répit, afin qu'il eût le temps de se reconnaître, et que le peuple fût mieux convaincu de sa malice et de son impiété. Ce délai, néanmoins, fut fort court ; car le lendemain, s'étant fait porter à un village nommé Arezzo, près de Rome, il y expira comme un réprouvé, c'est-à-dire sans pleurer ses crimes et sans donner des marques de regrets de son apostasie, de ses sacrilèges, de ses infamies, et du grand nombre d'hérésies qu'il avait semées dans le monde.
Comme ordinairement les Pères et les auteurs ecclésiastiques ne présentent que la substance et l'indication des faits qui accompagnèrent le martyre de saint Pierre, et non les détails qui s'y rapportent, nous allons reproduire les monuments primitifs, qui contiennent non-seulement le fond des faits, mais aussi les circonstances, développées d'une manière entièrement conforme à la tradition des Pères de l'Église. Voici le récit que le pape saint Lin a adressé aux églises de l'Orient sur la passion et le martyre de saint Pierre :
« Après avoir longtemps et par différentes sortes d'instructions annoncé la voie du salut, opéré, en présence du peuple, d'éclatants miracles, livré pour le nom de Jésus-Christ de nombreux combats à Simon le Magicien et à plusieurs autres hérauts de l'Antéchrist ; après avoir enduré des souffrances multipliées, les rigueurs de la flagellation, les ténèbres et l'horreur des prisons, le bienheureux Pierre tressaillait de joie dans le Seigneur, lui rendait grâces jour et nuit avec les frères, à la vue de la multitude qui venait pour embrasser la foi de Dieu et de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Constamment appliqué à la prière et à la prédication, ainsi qu'aux autres devoirs de la piété, spécialement à ceux de la charité et de la chasteté, il faisait pénétrer la grâce dans le cœur de ceux qui venaient l'entendre, il exhortait ceux qui croyaient en Jésus-Christ, à vivre selon les règles de la pudeur et de la continence. En effet, à la vue de la puissante domination qu'elle exerçait sur le monde, la grande ville de Rome avait conçu des sentiments d'orgueil et pris des airs de faste ; elle s'était par cette raison même, comme cela arrive d'ordinaire dans l'opulence et dans une oisive sécurité, laissée dominer par le dérèglement du sensualisme. Car très-souvent l'orgueil de l'esprit est accompagné du déshonneur de la chair.
« Il arriva donc que les discours du bienheureux Pierre inspirèrent à plusieurs femmes de différents âges, des classes nobles et puissantes, un grand amour de la chasteté : la plupart même des Dames romaines prirent la résolution de conserver purs leurs cœurs, en même temps que leurs corps, autant qu'il dépendrait d'elles. Mais comme le temps approchait, où la fidélité et les souffrances du bienheureux Apôtre devaient être récompensées. »
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pensées, le chef du parti de la perdition vint s'opposer au progrès de l'Évangile : l'antechrist Néron, qui était l'iniquité consommée, ordonna que l'Apôtre fût enchaîné et mis dans une prison affreuse.
« Ce fut là qu'il fut visité par quatre concubines du préfet Agrippa, nommées : Agrippine, Eucharie, Euphémie et Dione. Lorsqu'il leur eut parlé de la chasteté et exposé tous les commandements de Notre-Seigneur Jésus-Christ, elles rougirent et conçurent de la peine de se voir ainsi soumises aux passions d'Agrippa. Dès lors, s'étant entendues entre elles, elles se vouèrent à la chasteté, et, fortifiées par Notre-Seigneur Jésus-Christ, elles résolurent de ne plus désormais acquiescer à ses désirs adultères. Elles évitèrent, en effet, non-seulement tout commerce avec lui, mais même sa présence. Agrippa en éprouva un vif chagrin. Il fit épier leurs démarches, et ses gens lui apprirent qu'elles se rendaient assidûment auprès du bienheureux Apôtre pour écouter ses instructions. Il se les fit amener, et, dans la violence de sa passion insensée, il leur dit : « Je sais d'où vous venez. Ce Disciple du Christ vous a appris à ne plus me voir. Mais j'ai la persuasion que sa magie, ses artifices, n'ont pu diminuer l'amour que vous avez pour moi ». Elles furent insensibles à toutes ses caresses, parce que les discours de l'Apôtre les avaient affermies.
« Voyant alors qu'elles suivaient la doctrine de Pierre et que c'était la cause qui les portait à ne point consentir à ses paroles flatteuses et à mépriser d'un commun accord sa passion, il se mit à leur faire les menaces les plus effrayantes ; il jura qu'il les ferait brûler toutes vivantes dans un feu ardent ; qu'il infligerait à Pierre les plus grands supplices, et qu'il effacerait à jamais son nom de la mémoire des hommes. Mais il ne put les amener à consentir à ses vues passionnées. « Nous aimons mieux », disaient-elles, « perdre la vie pour la chasteté dans toute sorte de tourments, plutôt que de renoncer à Jésus-Christ, à qui nous avons fait vœu de continence ».
« Le préfet Agrippa était donc irrité, principalement contre l'Apôtre ; il grinçait les dents contre lui, et il cherchait quelque occasion et quelque raison plausible pour le faire périr. Cependant l'une des matrones de la première noblesse de Rome, femme d'Albinus, l'un des intimes de César, vint entendre Pierre. Elle s'appelait Xandippe, et était accompagnée de plusieurs autres dames distinguées. Lorsqu'elle eut entendu ce que disait l'Apôtre touchant la foi et la chasteté, elle résolut, à ce sujet, d'éviter avec soin tout ce qui pourrait être illicite. Albinus en ressentit un vif déplaisir, et fut très irrité contre l'Apôtre. En vain employa-t-il les caresses et les menaces, Xandippe demeura ferme dans la foi et dans sa résolution. Albinus était lié d'amitié avec Agrippa, le préfet de Rome ; il lui fit part de sa peine, lui dit que les prédications de Pierre en étaient la cause. Il le pria par l'amitié qu'il lui avait témoignée jusqu'alors, de le venger de Pierre. Il ajouta que si son ami lui refusait cette faveur, il se vengerait lui-même. Agrippa répondit que par suite des discours de cet homme, il avait lui-même à supporter des choses semblables, et même de plus dures.
« Albinus, voyant qu'il lui était impossible d'engager Xandippe à renoncer à la foi et aux règles évangéliques, se concerta donc avec Agrippa pour surprendre Pierre comme dans un filet, et le faire périr comme magicien. Or, Xandippe, apprenant ce projet, envoya à saint Pierre un messager fidèle pour l'avertir de sortir de Rome et d'éviter des pièges presque inévitables. Elle-même néanmoins fit aussi connaître le complot d'Albinus et du préfet Agrippa au fils du préfet Marcus, à Marcellus, qui, après avoir quitté la doctrine pernicieuse de Simon le Magicien, s'était montré en toute circons-
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tance fidèlement et courageusement attaché au bienheureux apôtre Pierre.
« Le lendemain, quelques-uns des sénateurs se levèrent au milieu de la séance et dirent : Nous appelons votre attention, nobles Patriciens, sur une doctrine qui tend à la perversion de la ville éternelle : Pierre délie les mariages par l'enseignement du divorce, il sépare de nous nos épouses, et nous ne savons quelle loi nouvelle et inouïe il introduit parmi nous.
« En disant ces paroles, ils provoquaient les autres à se soulever contre l'Apôtre, et à le faire comparaître devant les tribunaux. Alors Agrippa se félicita de voir que l'occasion qu'il désirait d'accuser Pierre s'était présentée dans le Sénat. Mais ni Pierre ni les fidèles n'ignorèrent ce qui venait de se passer. Ils en avaient aussitôt reçu la nouvelle par ceux des sénateurs que le Seigneur avait éclairés par l'intermédiaire de Pierre. C'est pourquoi Marcellus et les frères suppliaient Pierre de s'éloigner. L'Apôtre leur dit : Il ne faut pas, mes frères et mes enfants, fuir les souffrances qui se présentent à endurer pour le Seigneur Jésus-Christ, lorsque lui-même, de son plein gré, dans la vue de notre salut, s'est offert à la mort.
« A ces mots, Marcellus et les frères fondent en larmes, et lui disent : Ayez pitié de nous, Père plein de bonté, ayez compassion des jeunes personnes et de ceux qui sont encore novices dans la foi ; ne nous délaissez pas, ne les abandonnez pas au milieu des dangers de l'idolâtrie. Pierre répondit à leurs instances en ces termes : Vous me conseillez de fuir, et d'inspirer ainsi par mon exemple à la jeunesse et aux fidèles la crainte de la souffrance, tandis que je dois annoncer avec constance la parole de Dieu et conserver les règles fondamentales de la sainte pureté, que j'ai posées. Vous pensez que je dois fuir, afin d'éviter une mort que tout le jour j'appelle par mes soupirs et par mes gémissements, parce que je la considère comme l'entrée de la vie, et que, de plus, je dois par elle glorifier le Seigneur, selon qu'il me l'a révélé.
« En entendant ces paroles, les frères s'écrièrent : O Père, qui nous enseignez la vérité, que sont devenues les paroles que vous nous avez adressées, lorsque vous nous assuriez que vous étiez prêt à mourir pour notre salut ? Et maintenant nous ne pouvons obtenir que, pour notre salut, et jusqu'à ce que nous soyons affermis, vous consentiez à vivre encore un peu de temps.
« Les jeunes adolescents qu'il conservait avec sollicitude, et qu'il avait élevés avec soin dans la foi et dans la chasteté, levaient les mains au ciel, puis considérant attentivement sa face, tombaient à ses pieds en poussant des cris de douleur : O bon père ! bon pasteur ! vous qui êtes, après le Seigneur, la douceur même, pourquoi, après nous avoir environnés de tant d'affection, nous avoir naguère enfantés au Seigneur, dans la fontaine sacrée, pourquoi, par une résolution qui n'était jamais entrée dans votre cœur, nous abandonnez-vous si prématurément, et nous exposez-vous aux morsures de loups cruels ?
« Les dames, la tête couverte de cendre, jetaient aussi des cris : Est-ce là, disaient-elles, cette bonté que vous nous prêchiez en parlant du Sauveur ? Dans sa miséricorde il accorda à vos larmes un éternel pardon pour votre renoncement momentané ; et maintenant, malgré nos pleurs, et ces flots de larmes, vous ne nous accordez même pas un court délai, surtout qu'en demeurant en cette vie vous pourriez encore servir le Seigneur, et mériter cette couronne éternelle qui vous est toute préparée.
« Les gardiens de la prison, Processus et Martinianus, avec d'autres
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magistrats et employés, le conjuraient pareillement. Seigneur, lui disaient-ils, éloignez-vous où vous voulez ; car nous croyons que déjà l'empereur ne se souvient plus de vous ; mais cet injuste Agrippa, qu'excitent et l'amour de ses concubines et l'ardeur de ses passions, se hâte de vous perdre. Si, en effet, il obtenait un ordre impérial, Plautinus, cet homme à qui nous avons des obligations, qui nous a confié votre garde et vous a recommandé à nos soins, nous enverrait un arrêt de mort contre vous. Vous le savez : lorsque, par l'efficace de vos prières, à la vue du prodige admirable qui fit, dans la prison voisine, couler une fontaine du rocher, vous nous eûtes amenés à la foi, et baptisés au nom de la sainte Trinité, vous fûtes libre d'aller où vous vouliez : personne ne vous inquiéta ; il n'en serait plus de même maintenant, si le feu démoniaque qui excite la ville s'emparait de plus en plus d'Agrippa. C'est pourquoi nous vous prions, vous qui êtes le ministre de notre salut, de daigner nous accorder ce retour ; vous nous avez délivré des liens de nos péchés et de ceux des démons, maintenant, pour le salut d'un peuple nombreux, non pas tant en vertu de notre permission que par égard pour nos prières, sortez de ces fers et de cette affreuse prison dont la garde nous est confiée, et éloignez-vous !
« Les veuves aussi, et les orphelins, et des personnes accablées de vieillesse, venaient, les cheveux épars, le visage défait, la poitrine nue, et lui disaient : Vous avez guéri de diverses maladies, vous avez même ressuscité des personnes qui venaient à notre secours et qui prenaient soin de nous soulager, et aujourd'hui, Père plein de bonté, vous vous soustrayez à nos besoins. Laissez-nous plutôt, laissez-nous tous aller devant vous, de peur que, privés de l'enseignement de votre doctrine, nos âmes ne périssent, et que, dépourvus des soulagements que vous leur procuriez, nos corps ne soient consumés par les langueurs ; hâtez-vous de nous envoyer là où vous désirez que nous allions, afin que nous n'ayons pas le malheur, étant dépourvus de notre maître, de voir périr la vie qu'il nous a communiquée, et que, en demeurant dans cette vie, nous ne mourions point d'une mort malheureuse.
« Pierre, entendant venir ces plaintes de toutes parts, comme il était compatissant au-delà de toute expression, et qu'il ne pouvait jamais sans pleurer voir les larmes des affligés, fut vaincu par tant de pleurs ; il leur dit : Que personne de vous ne m'accompagne, je sortirai seul après avoir changé de costume. En effet, la nuit suivante, après avoir célébré l'office, il fit ses adieux aux fidèles, leur donna sa bénédiction en les recommandant à Dieu, puis il partit seul. Dans sa route, les courroies qui servaient à le lier tombèrent d'elles-mêmes. Or, dès qu'il voulut sortir par la porte de la ville, il vit le Christ se présenter à sa rencontre ; il l'adora, et lui dit : Seigneur, où allez-vous ? Le Christ lui répondit : Je vais me rendre à Rome, pour y être crucifié de nouveau. — Vous allez être crucifié de nouveau ? lui demanda saint Pierre. — Oui, lui repartit le Seigneur, je vais être encore attaché à la croix. — Pierre lui dit : Seigneur, je vais retourner et je vous suivrai.
(Une petite chapelle s'élève aujourd'hui au lieu de la rencontre. Elle est connue sous le nom de *Domine, quo vadis?*)
« Après qu'il eut achevé ces paroles, le Seigneur remonta au ciel. Pierre le suivit longtemps des yeux, versant des larmes de joie. Rentrant ensuite en lui-même, il comprit que le Seigneur lui avait, par ces paroles, annoncé la mort qu'il devait souffrir ; que ce Sauveur plein de bonté, qui souffre dans la personne de ses élus par un sentiment de compassion et qui mani-
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feste sa protection par la gloire dont il honore leur martyre, devait encore souffrir dans la personne de son Apôtre. Il retourna donc sur ses pas, revint à la ville plein de joie, et glorifiant Dieu, il raconta à ses frères qu'il avait rencontré le Seigneur, et il leur dit comment le Sauveur lui avait déclaré qu'il allait être crucifié de nouveau en la personne de son Apôtre.
« Lorsqu'il eut annoncé qu'il allait souffrir la mort, tous versèrent des larmes et jetèrent des cris ; ils faisaient éclater leur douleur par des pleurs et des sanglots : Bon pasteur, disaient-ils, considérez vos brebis : considérez combien il est utile que vous fortifiez par votre parole ceux dont la foi est encore si faible. Voyez combien ces cœurs chancelants ont besoin d'être raffermis par vous. — Il est facile au Seigneur, répondit Pierre, de confirmer sans mes faibles paroles les cœurs de ses serviteurs. Car ceux qu'il a plantés, il les fera croître à un tel point de perfection, qu'ils pourront eux-mêmes planter. Pour moi, en ma qualité de serviteur, il est nécessaire que j'accomplisse la volonté du Maître. C'est pourquoi, s'il veut que je demeure encore dans ce corps pour vous, je ne m'y refuse pas. Et si son dessein est que je souffre pour son nom et que par mes souffrances il daigne me recevoir, je suis heureux, je suis ravi de joie à la vue de son bienfait.
« Lors donc que par ces paroles et par d'autres semblables il consolait les âmes de ses frères, et que ceux-ci ne pouvaient contenir leurs larmes, survint Héros avec quatre appariteurs et dix autres hommes qui l'appréhendèrent. Après l'avoir arraché du milieu des fidèles, ils le garrottrèrent et l'allèrent présenter devant Agrippa, préfet de la ville. Agrippa le voyant, lui dit : Vous êtes bien hardi de circonvenir le peuple et de persuader aux femmes de se séparer de leurs maris. Vous avez osé, à la honte des Juifs, introduire le culte de je ne sais quel Christ, en enseigner je ne sais quelle vaine doctrine, entièrement opposée à la religion et aux cérémonies sacrées de la ville éternelle !
« Dans ce moment, la face de l'Apôtre devint brillante comme le soleil, et Pierre lui parla en ces termes : Je vois où vous en voulez venir, ô vous, le flambeau du libertinage, l'ami des voluptés illicites, l'inventeur des plus atroces cruautés, le persécuteur des innocents, le fauteur des hommes immoraux et pervers, l'artisan du mensonge, la demeure de Satan ! Vous ignorez la gloire que j'ambitionne, et c'est pour cela que vous dites que je cherche à m'emparer de la confiance des hommes et des femmes. — Puisque vous savez, reprit Agrippa, que j'ignore ce en quoi vous vous glorifiez, faites-le-moi connaître. — Pierre lui répondit : Que je n'aie point d'autre gloire que la croix de mon maître et Seigneur Jésus-Christ, dont je suis le serviteur. — Voulez-vous donc, dit Agrippa, être crucifié comme votre Seigneur et votre Dieu a été crucifié ? — Je ne suis pas digne, répondit Pierre, de rendre du haut de la croix le monde témoin de mes souffrances ; mais je souhaite, quel que soit le genre de supplice qu'il vous plaise de me faire endurer, je désire ardemment imiter la passion du Christ. Alors Agrippa, cachant la passion de son incontinence derrière une accusation de superstition, condamna l'Apôtre à être crucifié.
« Dès que cette nouvelle fut répandue, il se fit aussitôt un grand concours de peuple ; les rues et les places ne pouvaient contenir les hommes de tout âge et de toute condition qui accouraient : riches, pauvres, veuves, orphelins, petits et grands, tous élevaient la voix et disaient hautement :
SAINT PIERRE, PRINCE DES APÔTRES.
Pourquoi livre-t-on Pierre à la mort? Quel crime a-t-il commis? En quoi a-t-il nui à la ville? Il n'est pas permis de condamner un innocent! On doit craindre que le Christ ne venge la mort d'un si grand homme, et que nous ne périssions tous. En même temps des foules de peuple se déchaînèrent contre Agrippa ; elles entreprenaient de délivrer Pierre et de lui conserver la vie : les voix tumultueuses du peuple se répondaient l'une à l'autre, et Rome était dans le trouble et la confusion.
« Alors saint Pierre s'arrêta un peu, puis monta sur une éminence ; de là, ayant par signe invité le peuple au silence, il lui parla ainsi : Romains, qui croyez en Jésus-Christ et espérez en lui seul, rappelez-vous sa patience, et que les prodiges qu'il a opérés à vos yeux par mes mains vous consolent. Attendez-le à son avènement, lorsqu'il viendra rendre à chacun selon ses œuvres. Ce que maintenant vous voyez se passer à mon égard, m'a été annoncé depuis longtemps par le Seigneur : Le disciple, disait-il, n'est pas au-dessus du Maître, ni le serviteur au-dessus de son Seigneur. Sachez donc que j'ai hâte d'arriver à ce dernier terme, où, délivré de ce corps, je me présenterai au Seigneur. Si votre charité pour moi est sincère, si vous voulez me donner une véritable preuve de votre piété filiale, ne me retenez pas lorsque je vais à Dieu, ne m'empêchez point d'aller promptement auprès de Jésus-Christ. Demeurez donc paisibles, réjouissez-vous de mon immolation, afin que, joyeux, j'offre mon sacrifice au Seigneur. Car Dieu aime celui qui donne de bon cœur.
« Ces paroles eurent peine à calmer la sédition, et à empêcher qu'Agrippa ne fût déchiré. Car ces foules de peuples pouvaient et désiraient vivement renverser ce préfet ; elles ne craignaient que de contrister l'Apôtre qui imitait l'exemple de son Maître, lorsque celui-ci disait : Je puis prier mon Père, et il m'enverra à l'heure même, si je le veux, plus de douze légions d'anges. Une multitude infinie suivit l'Apôtre et les appariteurs vers un lieu appelé Naumachie, près de l'Obélique de Néron, sur la montagne. Là était posée une croix. Alors l'Apôtre considérant le peuple qui pleurait et voulait exciter une nouvelle sédition, lui parla ainsi : Je vous en conjure, mes frères, n'empêchez point mon sacrifice. Ne cherchez point à sévir contre Agrippa, n'ayez pas contre lui d'amer ressentiment, car il est l'artisan d'une œuvre étrangère. L'auteur de ma mort corporelle, c'est le démon, qui en cela abuse de la permission que le Seigneur lui a laissée. Il est irrité de voir que mon ministère évangélique lui a enlevé des vases d'ignominie, qui sont devenus des vaisseaux de continence, des temples de Jésus-Christ, des tabernacles d'honneur et de grâce. C'est pourquoi, mes frères et mes enfants, montrez-vous obéissants à mes recommandations... C'est maintenant le temps d'offrir mon sacrifice. Souvenez-vous des signes, des prodiges et des guérisons miraculeuses, que le Christ, par mon ministère, a opérés à vos yeux et en votre faveur. *Mémentote signorum et prodigiorum atque sanitatum, quæ Christo operante et me ministrante, vidistis et sensistis*. Les maladies corporelles de plusieurs n'ont été guéries, qu'afin que les âmes de tous fussent sauvées. Des corps morts ont été ressuscités, afin que les âmes mortes fussent rendues à la vie. Mais pourquoi tarder et ne pas m'avancer vers la croix ? Adieu, mes frères, soyez patients, et observez ce que je vous ai dit, je vous recommande au Seigneur Jésus-Christ.
« Il avança alors, puis se tenant debout devant la croix, il dit : O croix, dont le nom est un mystère caché ! ô faveur inéfable ; car dans le nom de la croix est la paix ! ô croix, toi qui unis l'homme à Dieu, et le tiras magnifiquement de l'empire et du joug de Satan ! O croix, toi qui, tou-
VIES DES SAINTS. — TOME VII.
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jours par le moyen de la vraie foi, représentés vivement au genre humain la passion du Sauveur du monde, et le rachat de tous les hommes jusqu'alors captifs ! O croix, toi qui chaque jour offres aux peuples fidèles la chair de l'Agneau immaculé, qui les préserves efficacement du mortel venin de l'antique serpent, et qui éteins sans cesse en faveur du croyant l'épée flamboyante qui empêche l'entrée du paradis ! O croix, toi qui chaque jour établis la paix entre le ciel et la terre, et remets sous les yeux du Père éternel la mort du Médiateur qui ressuscita d'entre les morts pour ne plus mourir ; toi qui fus si heureusement chargée de renouveler incessamment ce grand mystère ; c'est pour toi que je souffre violence ; maintenant que je touche au dernier terme de cette existence corporelle, je ne cesserai de faire connaître le secret mystère que Dieu a caché en toi, et que mon âme et ma vie n'ont jusqu'ici cessé de publier. O vous qui croyez en Jésus-Christ, ne regardez point comme une croix ce qui apparaît ici à vos regards. Et maintenant surtout, ô vous qui pouvez m'entendre à cette dernière heure de ma vie temporelle, faites taire le langage des sens, élevez vos esprits : de ces apparences visibles portez-les vers ce qui est invisible, et vous comprendrez qu'en Jésus-Christ, par la croix, a été opéré le mystère du salut. Rendre à la terre le corps que tu en as reçu, Pierre, c'est une dette que tu dois acquitter par le ministère de ceux à qui il appartient de tuer le corps.
« En même temps, il dit à ceux qui commandaient les bourreaux : Pourquoi perdez-vous le temps ? appariteurs, vous à qui je suis confié, que tardez-vous ? Accomplissez l'ordre qui vous a été donné, déponillez-moi de ce vêtement mortel, afin que, revêtu de celui de l'immortalité, je jouisse de la présence du Seigneur ».
« Ensuite il fit une autre demande ; il pria en ces termes ceux qui servaient les bourreaux : Je vous prie, vous les ministres de mon véritable salut, de me placer dans mon crucifiement la tête en bas et les pieds en haut. Car il ne convient pas que le serviteur soit crucifié comme le Maître de l'univers a été crucifié pour le salut de tout le monde : je veux lui rendre gloire par ma mort. Je demande que vous m'accordiez cette faveur, afin encore que mes yeux puissent directement contempler le mystère de la croix, et que les paroles que j'adresserai de là à ceux qui m'environnent puissent être entendues plus facilement. Les bourreaux tournèrent donc la croix, en fixèrent le pied en haut, et les bras en bas.
« Dès que les exécuteurs eurent achevé le crucifiement, Pierre, voyant le peuple pleurer, commença à le consoler en lui parlant du mystère de la croix ; il disait : O grand et profond mystère de la croix ! ô ineffable et invincible lien de la charité ! Car c'est par la croix que Dieu a tout attiré à lui. C'est là l'arbre de vie qui a détruit l'empire de la mort. C'est par le fruit de cet arbre que vous m'avez ouvert les yeux, Seigneur ; ouvrez pareillement les yeux à tous ceux-ci, afin qu'ils contemplent aussi la consolation de la vie éternelle.
« A ces paroles, Dieu ouvrit, en effet, les yeux de ceux qui pleuraient et qui versaient des larmes sur les souffrances de Pierre, et ils virent des anges présents avec des couronnes de fleurs de roses et de lis, et Pierre qui se tenait au sommet d'une croix droite, recevant de Jésus-Christ un livre, où il lisait les paroles qu'il proférait. A cette vue, ils commencèrent à se réjouir et à manifester tellement leur joie en présence du Seigneur, que les incrédules et les bourreaux, voyant ainsi dans la joie et dans l'allégresse ceux qu'ils voyaient auparavant dans la tristesse et dans les pleurs, furent
SAINT PIERRE, PRINCE DES APÔTRES.
tout à coup comme frappés de stupeur et comme saisis de crainte.
« Le bienheureux Pierre, voyant alors que sa gloire était manifestée à ceux qui, il y a un instant, versaient des larmes, rendit grâces à Notre-Seigneur Jésus-Christ, en disant : Vous seul, Seigneur, étiez digne d'être crucifié directement au haut de la croix, parce que vous avez racheté du péché le monde entier : j'ai souhaité vous imiter, même dans votre mort ; mais j'eusse regardé comme une usurpation d'être crucifié comme vous ; *Sed rectus crucifigi, non usurpavi*. Car nous sommes simplement des hommes et des pécheurs, nés d'Adam ; pour vous, vous êtes Dieu engendré de Dieu, et la vraie lumière sortie de la vraie lumière avant tous les siècles ; vers la fin des temps, vous avez daigné, en faveur de tous, vous faire homme, sans contracter la souillure de l'homme, afin d'être le rédempteur glorieux de l'homme. La rectitude, l'élévation, la hauteur, n'appartiennent qu'à vous seul. Pour nous, nous sommes, selon la chair, les enfants du premier homme, qui abaissa vers la terre la partie principale de son être. Sa chute marque le mode de la génération humaine. Car nous naissons de telle manière, que nous sommes renversés et que nous paraissons penchés vers la terre, et que ce qui est à droite, se trouve à la gauche, et que ce qui est à gauche, se trouve à la droite ; c'est qu'en effet dans nos premiers parents, la condition de cette vie a été changée. Ce monde regarde comme la partie droite ce qui est la partie gauche : c'est par ce dernier moyen, Seigneur, c'est par votre sainte prédication que vous avez délivré ceux qui devaient périr, comme autrefois les Ninivites. Pour vous, mes frères, qui aimez à écouter la parole de Dieu, comprenez ce que je vais vous annoncer, c'est-à-dire le mystère de toute la création, le principe de toute existence créée. Car le premier homme avait perdu toute sa race. *Nam primus homo, cujus genus in specie ego habeo, misso deorum capite, ostendit olim perditam generationem, mortua enim erat generatio ejus, et nec vitalem habebat motum*. Mais entraîné par sa miséricorde, Celui qui est le principe, vint dans le monde, revêtu de la substance corporelle, suspendu ensuite à la croix pour honorer cette sainte vocation, c'est-à-dire la croix ; il a rétabli et il nous a prescrit les choses qui, par suite de l'iniquité et de l'erreur des hommes, ont été interverties, renversées ; ainsi, les choses présentes ont été considérées comme les choses éternelles, et les choses éternelles étaient regardées comme des choses présentes et temporelles ; on prenait ce qui appartient à la droite pour ce qui appartient à la gauche. *Restituit et constituit nobis ea, quæ antea hominem iniquo errore immutata fuerunt, præsentia videlicet ut æterna, et æterna ducebantur ut præsentia, et dextera sinistra*. En effet, il a glorifié la droite, il a ramené tous les signes à leur nature propre, estimé comme biens les choses que l'on ne considérait pas comme des biens, et déclaré réellement avantageuses les choses que l'on croyait nuisibles. C'est pourquoi le Seigneur avait dit mystérieusement : Si vous ne traitez la droite comme étant la gauche, et la gauche comme étant la droite, et les choses de dessus comme étant les choses de dessous, et ce qui est devant comme étant ce qui est en arrière, vous ne connaîtrez point le royaume de Dieu. Cette science donc, je la fais paraître en moi, mes frères, et ce que je viens de dire est l'image sous laquelle les yeux charnels m'envisagent suspendu à cette croix. C'est là, en effet, le caractère du premier homme. Pour vous, mes bien-aimés, qui entendez ces choses, si vous les comprenez parfaitement et si vous en faites l'application à votre ancienne erreur, à votre première manière de vivre, vous allez vers le port le plus assuré de la foi ; continuez de marcher de la sorte, dirigez votre course vers le repos de
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votre céleste vocation ; que votre manière d'agir soit sainte : la voie que vous devez suivre pour arriver à ce but, c'est Jésus-Christ. Il faut donc monter sur la croix avec Jésus-Christ, le Dieu véritable, qui est pour nous la parole immuable et vivante. C'est pour cela que l'Esprit-Saint dit aussi : Jésus-Christ est la parole et la voix de Dieu. Au reste, la parole marque cette croix droite à laquelle je suis attaché. Et parce que la voix appartient proprement au corps, lequel porte des traits particuliers qui ne sont point attribuables à la Divinité, on reconnaît que les traits propres de la croix figurent la nature humaine, laquelle devint par le premier homme assujétie à l'erreur de l'intervertissement des choses, mais qui en recouvra la vraie intelligence par celui qui est Dieu et homme. En effet, la clef même de la science fut attachée au milieu de la croix, et ne s'obtient que par la conversion et par une vie sainte, par la foi accompagnée du repentir.
« Le bienheureux Apôtre parlait ainsi au peuple avec un visage joyeux et un air serein. Il s'écria alors, et fit une prière en ces termes : Ces paroles de vie, Seigneur Jésus-Christ, c'est vous-même qui me les avez fait connaître ; vous m'avez révélé ce que j'ai annoncé touchant ce bois, cet arbre mystérieux ; je vous en rends grâces, non avec un cœur qui souvent admet quelque affection peu conforme à la sainteté, non avec des lèvres charnelles ni avec une langue qui profère le vrai ou le faux, ni avec des paroles qu'articulent les organes matériels ; mais je vous rends grâces, Roi clément, avec cette voix qui se comprend au milieu du silence, qui s'entend non en public, non par le moyen des sons d'une bouche mortelle ; cette parole ne vient point de la terre, ni n'a rien de terrestre, elle ne s'écrit point dans des livres, elle n'a rien de matériel, elle ne touche personne d'une manière sensible. Seigneur Jésus-Christ, vous qui êtes mon roi et mon Maître, je vous rends grâces avec cet esprit qui vous croit, qui vous comprend, qui vous aime, qui vous embrasse, et avec cette voix intérieure qui vous parle, qui vous interpelle, et dont les accents, formés par un esprit humble, sont entendus de vous seul. Mon Seigneur, mon Père, vous êtes plein d'une bonté amicale, vous êtes l'auteur et le consommateur de notre salut. Vous êtes l'objet de mes désirs, vous êtes mon rafraîchissement et mes délices. Vous êtes tout pour moi, et à mes yeux tous les biens sont en vous ; vous êtes tout pour moi et vous me tenez lieu de tout ce qui existe. À mes yeux vous êtes tout. C'est en vous que nous avons la vie, le mouvement et l'être. C'est pourquoi nous devons vous considérer comme tenant lieu vous-même de tous les biens, afin que vous nous accordiez ceux que vous avez promis, que l'œil n'a point vus, que l'oreille n'a point entendus, que le cœur de l'homme n'a point conçus, et que vous avez préparés à ceux qui vous aiment. Conservez ces biens pour vos serviteurs, faites-les entrer en participation, en possession de ces précieux avantages, parce que vous êtes le Pasteur éternel et souverainement bon, vous êtes le véritable Fils de Dieu. Je vous remets, je vous recommande les brebis que vous m'avez confiées. Faites-les vous-même entrer dans votre bercail ; conservez-les, car vous êtes vous-même la porte, le bercail et le portier. Vous êtes vous-même leur pâturage et leur éternel aliment. À vous l'honneur et la gloire, avec le Père et l'Esprit-Saint, maintenant et dans tous les siècles des siècles !
« Dès que tout le peuple eut, à l'heure même, répondu : Amen, Pierre rendit l'esprit. Ainsi mourut cet Apôtre, qui avait alors près de quatre-vingts ans, après avoir gouverné l'Église de Rome pendant vingt-cinq ans, et porté la charge de Chef de la Chrétienté durant trente-huit ans, depuis la mort du Christ.
SAINT PIERRE, PRINCE DES APÔTRES.
« Aussitôt Marcellus, fils de Marc, préfet de Rome, converti par saint Pierre, et devenu l'un de ses plus fervents disciples, sans attendre l'avis de personne, déposa de la croix le corps du bienheureux Apôtre, le lava avec du lait et avec du vin excellent. Ayant ensuite broyé des gommes aromatiques, pris quinze cents mines d'aloès, de myrrhe, de feuilles balsamiques et de stacté, avec différents autres aromates, il l'embauma avec soin. Il remplit aussi de miel d'Attique le tombeau neuf qu'il prépara, et, après avoir oint le corps de parfums très-précieux, il le déposa dans ce sépulcre.
« Dans cette œuvre, il fut aidé par trois hommes Saints qui apparurent aussitôt après que le bienheureux Apôtre eut expiré. Ils se disaient venus de Jérusalem en faveur des fidèles de Rome. Personne ne les avait vus avant, et personne ne put les voir dans la suite. Ils s'étaient joints à Marcellus, cet homme illustre qui, après avoir quitté le parti de Simon le Magicien, s'était attaché à la suite de saint Pierre ; ils transportèrent avec lui le corps de l'Apôtre et le placèrent au pied d'un térébinthe, près d'un lieu appelé Naumachia, et qu'on nomme encore Vatican. Or, ces hommes qui se dirent venus de Jérusalem, parlèrent au peuple : Réjouissez-vous, dirent-ils, et félicitez-vous ! car vous avez mérité d'avoir de grands patrons ! Ce sont les amis de Notre-Seigneur Jésus-Christ ! Mais sachez, ajoutèrent-ils, qu'après la mort des Apôtres, l'infâme Néron ne peut plus tenir les rênes de l'empire.
« Dans la nuit même, comme Marcellus veillait au tombeau de l'Apôtre, et que le vif regret de son maître lui faisait verser des larmes, le bienheureux Pierre se présenta à lui. À sa vue, Marcellus fut saisi de crainte : il se leva aussitôt, pour aller à lui. Frère Marcellus, lui dit le bienheureux Pierre, vous n'avez pas entendu la voix du Seigneur qui a dit : Laissez les morts ensevelir leurs morts. — Maître chéri, je l'ai entendue. Alors Pierre lui dit : Ne pleurez donc point, comme si, mort vous-même, vous aviez enseveli un mort. Mais réjouissez-vous comme vivant et comme ayant rendu les honneurs à Celui qui est au sein de la vie et de la joie. Laissez les morts ensevelir leurs morts ! Pour vous, comme vous l'avez entendu de ma bouche, allez, annoncez le royaume de Dieu !
« Ce fut une nouvelle bien agréable pour tous les frères, lorsque Marcellus leur apprit ces choses ; et dès lors, de toutes parts, la foi des fidèles, par la vertu des souffrances de saint Pierre, fut confirmée par Dieu le Père, au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et par l'efficace de la grâce sanctifiante du Saint-Esprit.
« Or, Néron, apprenant la mort du bienheureux Pierre, qu'il avait ordonné d'emprisonner, et non de mettre à mort, envoya des gens avec ordre d'arrêter le préfet Agrippa, pour avoir, sans son aveu, fait mourir Pierre, auquel il se disposait à faire subir divers supplices. Il se plaignait, en effet, de ce qu'il était, par suite des prestiges de cet homme, privé de Simon le Magicien, le conservateur de sa vie, et il s'affligeait de la perte d'un tel ami, qui, suivant sa manière d'envisager les choses, rendait d'innombrables services au prince et à la République. Mais Agrippa, par l'entremise de ses amis, obtint de rester privé de sa charge, et de pouvoir vivre chez lui en simple particulier, et il évita par ce moyen la colère de l'empereur. Mais il n'échappa pas à la peine du jugement divin : la vengeance céleste l'atteignit peu de temps après, et il périt tristement.
« Enfin, le cruel Néron s'appliqua à persécuter ceux qu'il sut être attachés d'une manière plus intime au bienheureux Pierre ; il voulut, par les tourments qu'il leur fit endurer, satisfaire sa haine contre Pierre. Le bien-
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heureux Apôtre, par révélation, donna connaissance de cela aux fidèles, et leur indiqua la manière d'éviter la fureur de cette bête féroce.
« Néron lui-même, dans une vision, vit saint Pierre se présenter devant lui, et commander à quelqu'un de flageller le prince avec force et rigueur, et il entendit cet Apôtre lui dire : Abstiens-toi, impie, de porter les mains sur les serviteurs de Notre-Seigneur Jésus-Christ, il ne t'est pas donné de les arrêter maintenant.
« Un peu effrayé par cette apparition, le tyran se tint en repos. Quant aux fidèles de Rome, ils se réjouissaient en présence du Seigneur, de ce que le bienheureux apôtre saint Pierre leur apparaissait souvent, et les fortifiait par ses paroles. Ils glorifiaient donc ensemble Dieu le Père Tout-Puissant, et le Seigneur Jésus-Christ, avec le Saint-Esprit. A lui soient la gloire, la puissance et l'adoration dans les siècles des siècles ! Amen ».
Nous n'entreprenons pas de rapporter ici les éloges que les Conciles et les Pères de l'Église ont donnés à notre saint Apôtre : on peut lire pour cela les sermons qu'ils ont faits aux jours de sa fête ; on les trouvera imprimés ensemble dans la Bibliothèque des Prédicateurs du savant Père Combeïls, de l'Ordre de Saint-Dominique. Il suffit de dire que saint Denis l'Aréopagite l'appelle la Gloire souveraine, le plus haut Ornement, le Pilier et la très-forte et très-ancienne Colonne de tous les théologiens, et que saint Jean Chrysostome le nomme le Maître des Apôtres, le Principe de la foi orthodoxe, le grand Interprète des mystères de Jésus-Christ, le Conseiller nécessaire des chrétiens, le Trésor des vertus surnaturelles, le Temple de Dieu, le Flambeau qui éclaire toute la terre, la Pierre solide de la religion et la Source ancienne des véritables sentiments de l'Église. Il témoigne aussi que Pierre est son inclination et son amour, et qu'il ne peut penser à lui sans être rempli d'un étonnement mêlé de joie. Enfin, il souhaite que les clous de Pierre, comme autant de pierres précieuses, lui composent une couronne, dont il se trouverait plus orné que de tous les diadèmes des empereurs.
Les évêques de Rome ne lui ont pas seulement succédé pour ce siège particulier, qui s'étend sur quelques villes d'Italie, mais pour sa primauté sur tous les évêques et toutes les Églises du monde, et pour son pouvoir de lier et de délier par toute la terre, de déclarer les vérités de la foi et de définir les controverses qui naissent à leur sujet ; de faire des lois universelles et qui obligent en conscience tout le peuple chrétien, d'assembler des Conciles généraux, de condamner les hérésies, d'expliquer le sens véritable de l'Écriture, et généralement de faire tout ce qui appartient au souverain Pasteur du troupeau de Jésus-Christ. En effet, ce n'est pas à Pierre en sa seule personne, mais aussi en celle de tous ses successeurs, que Notre-Seigneur a dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne pourront rien contre elle » ; et ailleurs : « Confirme tes frères ; puis mes brebis ». Comme cette Église devait subsister jusqu'à la fin des siècles, sans que ni les princes du monde, ni toutes les puissances de l'enfer fussent jamais capables de la renverser, ce n'était pas assez pour la conduire, pour la soutenir et pour la rendre immobile, de lui donner un premier pasteur qui eût, pendant trente ou quarante ans, ces droits et ces privilèges ; mais il lui fallait donner une succession de pasteurs aussi stable qu'elle-même et qui ne finit qu'avec le monde universel, lesquels exerceraient le même pouvoir. Aussi, tous les Pères, tant grecs que latins, éclairés par la tradition, l'ont perpétuellement reconnu dans les évêques du Siège de Rome. C'est ce qui fait dire à saint Jérôme, en son Épître au pape Da-
SAINT PIERRE, PRINCE DES APÔTRES.
mase : « Pour moi, je suis uni de communion à votre béatitude, c'est-à-dire à la chaire de saint Pierre. Je sais que l'Église a été bâtie sur cette pierre : quiconque mange l'Agneau hors de cette maison est un profane ». Et plus bas : « Je ne reconnais point Vital, je rejette Méléce, j'ignore Paulin : celui qui ne ramasse point avec vous ne fait que disperser, c'est-à-dire, celui qui n'est pas de Jésus-Christ est de l'Antéchrist ». Et encore au même lieu : « Si vous déclarez qu'il faille dire trois hypostases, je n'aurai aucune appréhension de parler ainsi ». C'est aussi ce qui fait dire à saint Pierre Chrysologue, en son Épître à Eutychès, qu'il l'exhorte à recevoir avec obéissance les décisions du bienheureux évêque de Rome, parce que saint Pierre, qui vit et préside toujours en son siège, continue d'y déclarer la vérité de la foi. C'est enfin ce qui fait dire à saint Bernard, en son Épître à Innocent, que tous les dangers et les scandales du royaume de Dieu lui doivent être rapportés, surtout ceux qui concernent la foi, parce que c'est en ce siège que les dommages de la foi doivent être réparés, que la foi ne peut recevoir aucune altération ni diminution, suivant cette parole du Fils de Dieu : « Pierre, j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas ». Dans ce même sentiment, le même saint Bernard, parlant au pape Eugène, au deuxième livre de la Considération, où personne ne l'a jamais soupçonné d'avoir parlé par flatterie, lui dit qu'il est le grand prêtre, le souverain Pontife, le prince des évêques et l'héritier des Apôtres ; qu'il est Abel par sa primauté, Noé par son gouvernement, Abraham par son patriarcat, Melchisédech par son ordre, Aaron par sa dignité, Samuel par son autorité de juger, Pierre par sa puissance, et Christ par son onction ; qu'il est à lui que les clefs ont été données et que les ouailles ont été confiées ; que les autres prélats ont été appelés pour avoir part à sa sollicitude ; mais que toute la plénitude de la puissance lui a été communiquée. Enfin, que sa juridiction n'a point d'autres bornes que celles du monde, au lieu que celle des autres évêques est limitée à quelques ressorts particuliers ». Il serait infini de rapporter ce que les autres saints Pères ont dit sur ce sujet, qui est un des principaux points de la doctrine catholique contre les erreurs des derniers siècles : ceux qui voudront en être plus parfaitement instruits pourront lire ce qu'en ont écrit le cardinal Bellarmin, au premier tome de ses Controverses, et du Fal, docteur de Sorbonne, en son Traité des souverains Pontifes.
Ainsi, le fruit que les fidèles doivent tirer de cette vie n'est pas seulement d'imiter les grandes actions et les vertus admirables de ce prince des Apôtres, mais aussi de s'attacher avec une foi si ferme et si constante à la doctrine de son siège, que nulle tentation, nulle persécution, nulle adresse des hérétiques, nulle difficulté suggérée par le démon ne soit capable de les en séparer. Car celui qui est attaché à ce siège marche dans la lumière et dans la voie du salut ; mais celui qui s'en sépare se jette dans les ténèbres et ne peut attendre autre chose que d'être condamné avec les infidèles et les ennemis de Dieu.
Les attributs de saint Pierre sont affirmatifs de sa prééminence sur les autres Apôtres.
Ainsi : 1° de nombreux monuments, peintures, mosaïques, sculptures, nous le montrent avec les clefs à la main, ou dans l'acte même de les recevoir du divin Maître ; c'est une traduction figurée des promesses faites par le Sauveur à celui qu'il établissait le chef de ses Apôtres et de son Église. C'est un chapitre de l'Évangile mille fois reproduit par les arts de ces premiers siècles : *Tibi dabo claves regni cœlorum*.
2° On sait que, voulant préluder à ses souffrances par un exemple d'hu-
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milité, notre Sauveur lava les pieds de ses Apôtres. Or, quand ce fait est représenté dans nos monuments antiques, c'est toujours saint Pierre, et saint Pierre seul qui est mis en scène. Un sarcophage d'Arles le fait voir manifestant par ses gestes et par l'animation de son visage son étonnement et sa confusion, comme dans le texte sacré : « Vous, Seigneur, me laver les pieds ! »
3° S'il est représenté avec saint Paul dans les fonds de coupe, par exemple, souvent l'artiste le distingue par quelque marque particulière destinée à montrer que, bien que collègues dans l'apostolat, saint Pierre et saint Paul ne sont pas égaux. Quand ils sont figurés en buste, vêtus l'un et l'autre de la *lucerna*, ce vêtement, qui est uni pour saint Paul, est orné chez saint Pierre d'une bordure de perles, ou de colifichet tout autour du cou. Quand ils sont assis, saint Pierre occupe une chaire à dossier, tandis que saint Paul n'a qu'un simple banc ou *subseillium*. En général, quand ils paraissent s'entretenir ensemble, saint Pierre fait ordinairement un geste d'allocution, ou présente d'un air impérieux un volume à son interlocuteur ; celui-ci, au contraire, écoute attentivement, fait de la main un signe d'adhésion ou appuie sur le livre qu'il tient sur ses genoux.
Si saint Pierre est représenté avec tous les autres Apôtres, comme dans la mosaïque du baptistère de Ravenne, outre l'emblème caractéristique des clefs, il est coiffé d'une espèce de tiare, tandis que les autres sont la tête nue ; dans une des fioles de Monza, dont le disque est orné des bustes des douze Apôtres, saint Pierre, à la droite du Sauveur, porte une couronne radiée qui le distingue de ses collègues dans l'apostolat. Dans les bas-reliefs, les mosaïques et ailleurs, toutes les fois que Notre-Seigneur, au milieu de ses disciples choisis, leur confère ses pouvoirs, c'est invariablement à saint Pierre qu'il remet le volume déroulé, symbole du souverain pouvoir d'enseignement et de direction qui lui est donné, non-seulement sur les agneaux, mais encore sur les brebis. Ailleurs, toujours sur les sarcophages, le divin Maître, encore en bon Pasteur entouré de ses douze Apôtres et de douze brebis qui les figurent, caresse tendrement de la main une brebis plus grande que les autres et qui correspond exactement au prince des Apôtres. Quand l'Église est figurée sous l'emblème du navire, c'est saint Pierre qui manie l'aviron.
4° Mais voici qui est bien plus important encore pour attester la croyance des siècles primitifs à la primauté de saint Pierre. Moïse, chef de l'Église judaïque et législateur des Hébreux, était la figure de Pierre, vicaire de Jésus-Christ et chef visible de l'Église chrétienne ; ou plutôt le second n'était que le continuateur du premier, comme le Nouveau Testament était le complément de l'Ancien. C'est là une vérité dont la tradition était constante et vulgaire parmi les premiers chrétiens, et qui était souvent développée dans l'enseignement des Pères. Telle est l'origine des innombrables reproductions de la figure de Moïse dans les monuments chrétiens. Et ces représentations le prennent presque toujours dans le trait qui constitue la plus vive ressemblance entre le rôle du Moïse ancien et du Moïse nouveau, c'est-à-dire la percussion du rocher d'Oreb. Là, en effet, le rapprochement n'est pas arbitraire, il est présenté par saint Paul lui-même : « Les Israélites buvaient l'eau jaillissant de la pierre, et cette pierre est le Christ ».
- Moïse tire du rocher une eau qui étanche la soif des Hébreux ; Pierre fait jaillir du vrai rocher, qui est le Christ, la source mystérieuse de la grâce qui arrive aux fidèles par les canaux des Sacrements. Une peinture
SAINT PIERRE, PRINCE DES APÔTRES.
vraiment merveilleuse, découverte naguère dans une crypte du cimetière de Calliste, qu'on a surnommée la chambre des Sacrements, déroule cette doctrine sous nos yeux dans une série de tableaux disposés avec un art infini. En premier lieu, on y voit Moïse ou plutôt saint Pierre, frappant le rocher mystique ; du fleuve qui s'en échappe, un personnage assis retire un poisson au bout d'une ligne. C'est l'image de la conversion d'un idolâtre par la vertu de la grâce découlant du flanc du Sauveur ; plus loin, dans cette même eau divine, ce même homme est baptisé par un ministre debout devant lui et appuyant sa main sur la tête du néophyte pour la triple immersion. A quelque distance encore un prêtre, étendant les mains sur un pain et un poisson, consacre la sainte Eucharistie ; et enfin sept personnages assis à une table prennent part au festin sacré, où ne figure comme précédemment que le pain et le poisson.
Mais quelque palpable que soit cette démonstration, nous avons des monuments qui la rendent plus certaine encore. C'est d'abord un fond de coupe où la détermination du personnage frappant le rocher se trouve fixée par le nom même de Pierre, *Petrus*, écrit dans le champ, et encore par la conformité parfaite de la tête avec le type traditionnel du prince des Apôtres. Ce même type n'est pas moins reconnaissable dans la plupart des sculptures de sarcophages où le sujet qui nous occupe se trouve reproduit. Et, pour qu'on ne puisse pas s'y méprendre, un point de comparaison est ordinairement offert tout à côté, l'arrestation de saint Pierre, et la tête de cet Apôtre et celle de Moïse frappant le rocher sont absolument identiques.
Il y a plus encore : dans le bas-relief d'un sarcophage magnifique et vraiment précieux sous tous les rapports, monument du IVe siècle, découvert il y a peu d'années à Saint-Paul hors des Murs, on voit d'abord saint Pierre au moment où Notre-Seigneur lui annonce sa chute et en même temps la prière qu'il adresse à son père pour que la foi de son vicaire, une fois converti, n'éprouve plus de défaillance. Le coq est à ses pieds, ce qui ôte toute hésitation sur l'attribution du personnage de saint Pierre. Le prince des Apôtres porte à la main la verge, symbole de l'autorité qui lui est confiée et qui n'est jamais attribuée, dans nos monuments, à aucun autre Apôtre. Un peu plus loin, il fait usage de ce sceptre pour frapper le rocher mystique, dont on voit sortir une eau abondante. C'est la divine parole annoncée par Pierre au jour de la Pentecôte. La Synagogue se scinde en deux parts : d'un côté, ceux des Israélites qui accourent avec avidité aux eaux vivifiantes du Christ ; de l'autre, et ceci est l'objet d'une troisième scène, ceux qui, fermant les yeux à la lumière, conspirent contre saint Pierre, le saisissent par le bras et le traînent devant les tribunaux des scribes. Et ici encore saint Pierre tient la verge du commandement dont, libre ou captif, il ne se dessaisira plus. Allegranza donne une pierre antique chrétienne très curieuse, qui fait voir le Bon Pasteur entouré de douze figurines en pied, qui ne sont autres que les douze Apôtres. Or, le premier à droite est reconnu pour saint Pierre, à la verge qu'il tient à la main.
Un des attributs les plus ordinaires de saint Pierre, c'est la croix, et communément la croix gemmée qu'il tient de la main gauche, et appuyée contre son épaule, tandis que de la droite il reçoit de Notre-Seigneur le volume déroulé. C'est là le type commun dans les sarcophages, les pierres sépulcrales, les mosaïques et les verres dorés. La statue de bronze que l'on voit à Saint-Pierre de Rome, porte la croix monogrammatique. L'attribut de la croix fait allusion au genre de mort de cet Apôtre, et le monogramme,
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qui n'est autre chose que l'abréviation du nom du Christ, rappelle entre ses mains le pouvoir qui lui avait été donné d'opérer des miracles par la vertu de ce nom auguste : « Je n'ai ni or ni argent », dit-il à cet infirme qui implorait sa pitié à la porte du temple, « mais au nom de Jésus-Christ de Nazareth, lève-toi et marche ». Un sarcophage de la crypte de Saint-Maximin offre dans la résurrection de Tabithe, un intéressant exemple de l'exercice de ce pouvoir du prince des Apôtres. Il existe aussi à Fermo, en Italie, un tombeau où tous les sujets représentés en bas-reliefs sont relatifs à la vie de saint Pierre.
## CULTE ET RELIQUES. — MONUMENTS. — ÉCRITS.
Saint Pierre ayant été déposé dans les grottes du Vatican, sur la voie Triomphale, cette montagne qu'une si riche dépouille a rendue plus vénérable que n'était auparavant le Capitole, fut plus tard renfermée dans la ville, et les Papes y ont fait bâtir la basilique de Saint-Pierre, qui est le plus riche et le plus superbe édifice qui ait jamais été vu dans le monde. En effet, ni le temple d'Éphèse, si renommé parmi les païens, ni celui de Salomon, si célèbre parmi les Juifs, ni Sainte-Sophie de Constantinople, qui est présentement la principale mosquée des Turcs, ni l'Escurial de Madrid, ni les cathédrales d'Amiens, de Beauvais, de Reims et de Paris, que nous avons en France, n'ont rien de comparable à cette auguste basilique : elle est toute bâtie de marbre dedans et dehors ; sa grandeur et son élévation sont merveilleuses ; son pavé, ses murailles et sa voûte sont si admirablement ornés, qu'ils semblent avoir épuisé toute la force de l'art : son dôme, qui monte, pour ainsi dire, jusqu'aux nues, est un abrégé de toutes les beautés de la peinture, de la sculpture et de l'architecture ; sa couverture est de plomb et de cuivre doré. Enfin, tout y est si rare et si exquis, qu'il surpasse tout ce qu'on s'en peut imaginer. C'est dans un lieu si magnifique que reposent les cendres précieuses du pêcheur, afin que tout le monde connaisse combien Dieu honore ses amis, et combien il est avantageux de vivre et de mourir à son service. On ne peut exprimer la dévotion de tous les peuples pour visiter son sépulcre. On y a vu de tout temps une infante de pèlerins de tous les coins de la terre. Les empereurs, les rois et les plus grands princes du monde y sont venus implorer le secours de celui qui a été tiré d'une barque pour être fait le pasteur de l'Église. Les infidèles mêmes, et les hérétiques ont été comme fumés de le respecter. Lorsque Alaric, roi des Goths, prit Rome, ayant permis le pillage à ses soldats, il voulut que les basiliques de Saint-Pierre et de Saint-Paul fassent des asiles, et défendit de toucher ni aux personnes ni aux biens qui seraient dans leur enceinte : et lorsque l'impératrice Théodora commanda à Anthime de se saisir du pape Vigile, en quelque lieu qu'il le pût prendre, elle en excepta la basilique de Saint-Pierre, comme un lieu si saint et si auguste, qu'il devait être exempt de toutes sortes de violences.
Durant quelques instants, les reliques du prince des Apôtres reposèrent dans les catacombes de Saint-Sébastien, sur la voie Appienne. On les y avait transportées dans un moment de danger ; mais elles furent rétablies en leur place primitive par le pape saint Corneille. Sous l'empereur Constantin, elles furent déposées, par le pape saint Silvestre, dans une châsse d'argent, laquelle fut enfermée dans une autre châsse en bronze doré. Au-dessus, on mit une croix d'or d'un poids considérable. La crypte au milieu de laquelle allait rester ce précieux dépôt, fut couverte intérieurement de plaques de métal : une voûte solidement construite défendit l'accès de ce vénérable sanctuaire souterrain contre la dévotion indiscrète des pèlerins ou contre la rapacité des barbares. Du temps de saint Grégoire de Tours, une petite ouverture carrée, pratiquée dans le pavé et garnie d'une porte en bronze, donnait sur la châsse. La Confession entière fut splendidement décorée. À l'époque de la construction de l'édifice actuel, la disposition primitive n'a subi aucun changement : Paul V s'est borné à en refaire les abords. Vers la fin du XVIe siècle, en travaillant au pavé, on découvrit la crypte obscure où repose le corps de l'Apôtre. Clément VIII, accompagné de Bellarmin et de deux autres cardinaux, descendit dans la grotte sacrée, et, à la lueur d'une torche, il contempla la croix d'or posée sur la châsse par Constantin. À cette vue, le Pontife et les assistants furent saisis d'une émotion profonde. Le Pape ordonna ensuite de clore cette ouverture en sa présence. L'autel majeur de la basilique actuelle recouvre l'ancien oratoire fondé par le pape saint Anaclet, et l'autel de l'ancienne basilique de Constantin. Il est donc placé au-dessus du tombeau des saints apôtres Pierre et Paul. La moitié du corps de saint Pierre et la moitié du corps de saint Paul sont dans ce tombeau. Les autres moitiés des corps des saints Apôtres sont à Saint-Paul hors les Murs, sous l'autel majeur. Les têtes sont à Saint-Jean de Latran, comme on le verra plus loin.
Comme les souverains Pontifes ont toujours empêché avec beaucoup de soin que les reliques du prince des Apôtres ne fussent enlevées de Rome, on n'en voit presque point ailleurs que dans cette capitale du monde catholique. Néanmoins, l'abbaye de Cluny possède un peu de ses cendres
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qui ont été apportées de Rome par des religieux. Ces reliques inestimables, contenues dans une urne précieuse, furent placées sous l'autel majeur de l'église abbatiale par Hugues, archevêque de Bourges, reconnues authentiques et vénérées avec une tendre dévotion par le pape Calixte II, quand il honora de sa présence le monastère de Cluny.
On voyait à Abbeville, dans le prieuré de Saint-Pierre, de l'Ordre de Cluny, un des clous dont ce saint Apôtre a été attaché à la croix.
Quant aux chaînes de saint Pierre, qui sont religieusement conservées à Rome, nous en parlerons au 1er août, jour auquel on en fait la fête.
Les républicains français, s'étant emparés de Rome en 1798, dépouillèrent les églises de toute leur argenterie, et ne respectèrent pas même les reliquaires qui renfermaient les chefs vénérables de saint Pierre et de saint Paul. Ces reliquaires, plus riches qu'élégants, avaient été exécutés en 1369, sous le pontificat d'Urbain V. Ils étaient ornés d'un grand nombre de pierres précieuses, données par Charles V, roi de France. Il fallut donc livrer ces reliquaires ; mais en même temps on prit un soin particulier de la conservation des saintes reliques, qui furent déposées dans une boîte de fer-blanc, bien scellée et placée au-dessus du maître-autel de Saint-Jean de Latran, où ces chefs étaient vénérés depuis plusieurs siècles. Ils y restèrent dans la même boîte jusqu'en 1803. À cette époque, une très-riche dame espagnole, nommée Marie-Emmanuelle Pignatelli, duchesse de Villa Ibernosa, veuve, voulut réparer une partie des pertes que la rapacité des Français avait causées aux églises de Rome. Elle fit orner d'or et d'argent la crèche de Notre-Seigneur, conservée à Sainte-Marie-Majeure, ainsi que le morceau insigne de la vraie Croix que possède l'église de Sainte-Croix de Jérusalem ; puis exécuter en argent deux grands bustes des saints apôtres Pierre et Paul, dont elle voulut que les figures fussent en or. Ces bustes ayant été portés dans l'église de Saint-Jean de Latran, le pape Pie VII s'y rendit le 3 juillet 1804, et fit ouvrir la boîte de fer-blanc, dans laquelle on trouva deux autres boîtes d'argent, en forme de boules, soigneusement enveloppées et scellées. Sur l'une était le nom de saint Pierre, et sur l'autre celui de saint Paul. La première contenait le crâne, la mâchoire inférieure et une vertèbre du prince des Apôtres. Le procès-verbal ne fait pas mention de ce que contenait la seconde ; mais l'on voit par cet acte que la majeure partie du chef de saint Paul s'y trouvait. Ces saintes reliques furent renfermées dans des vases de cristal, afin que les fidèles pussent, selon le désir de la donatrice, les voir lorsqu'elles seraient exposées. On plaça ces vases, garnis en vermeil, dans l'intérieur des bustes où ils sont maintenant, et on les en tire lorsqu'on expose les saintes reliques à la vénération des fidèles.
On montre encore aujourd'hui, à Rome, la partie de la prison Mamertine où les saints apôtres Pierre et Paul furent enchaînés par ordre de Néron. Elle se compose de deux cachots, placés l'un au-dessus de l'autre. Un escalier de construction moderne permet de descendre dans le premier, enfoui à vingt-cinq pieds sous terre. Sous les Romains, il n'y avait ni escalier ni perte : on y glissait les condamnés par une ouverture circulaire, pratiquée au centre de la voûte, et qui est encore fermée par une grille de fer. A droite, on distingue les traces d'un soupirail qui laissait arriver un peu d'air et de jour dans ce vivant tombeau. Le cachot supérieur a huit mètres de long, sur trois de large et quatre d'élévation. Le cachot inférieur, situé au-dessous du premier et appelé prison Tullienne, est plus étroit, plus humide et totalement privé de lumière. On y descendait de même les condamnés par une ouverture pratiquée au centre de la voûte. La colonne de granit à laquelle la chaîne des saints Apôtres fut scellée pendant leur captivité est encore debout. A ses pieds coule une fontaine dont les pèlerins boivent avec respect l'eau consacrée. La tradition nous apprend que cette source jaillit miraculeusement à la voix de saint Pierre, lorsque les deux geôliers Processus et Martinianus, convertis par l'Apôtre, reçurent le Baptême de sa main enchaînée. Un autel a été érigé le long de l'une des parois de la prison qui est maintenant un sanctuaire vénéré où des messes sont chaque jour célébrées. Au-dessus de ce sanctuaire, qui porte aujourd'hui le nom de *San Pietro in carcere*, on a bâti deux églises, l'une dite du Crucifix, et l'autre dédiée à saint Joseph.
Sur la route d'Ostie s'élève une petite chapelle, dite des Adieux ou de la Séparation. Elle fut érigée au lieu où les deux Apôtres allant au martyre se dirent le dernier adieu. Au-dessus de la porte, un bas-relief en marbre blanc représente les deux Apôtres se donnant le baiser de paix et d'adieu ; au-dessous on lit ces paroles, conservées à la mémoire des siècles par saint Denis l'Aréopagite : « La paix soit avec toi, chef de l'Église, pasteur de tous les agneaux du Christ ! dit saint Paul. — Va en paix, prédicateur des biens célestes, guide des justes dans le chemin du salut ! répondit saint Pierre ».
Sur le mont Janicule se trouve l'église de Saint-Pierre in Montorio, qui fut bâtie au XVe siècle, sous Sixte IV ; c'est l'église du couvent des Franciscains. La cour de ce couvent renferme un joli temple en rotonde, élevé aussi au XVe siècle sur le trou où fut plantée la croix de saint Pierre.
En arrivant au lieu où furent bâtis plus tard les Thermes de Caracalla, les bandelettes qui entourent la plaie faite par les chaînes aux jambes de l'Apôtre se détachèrent. La piété des fidèles nota cet endroit, et Constantin éleva à cet emplacement la basilique *della Fascista*, où les bandelettes teintes de sang furent déposées. Le monument, reconstruit depuis cette époque, conserve
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encore sa glorieuse tradition sous le titre cardinalice des saints Nérée et Achillée, dont il porte maintenant le nom.
Dans l'église Sainte-Marie *Traspontina*, on voit les colonnes auxquelles les deux Apôtres furent liés pour être flagellés avant d'être conduits au martyre.
L'église de Sainte-Marie la Neuve, au Forum, fut bâtie par le pape Paul Ier, pour consacrer le lieu où saint Pierre s'était agenouillé pendant que Simon le Magicien s'élevait dans les airs. Les genoux du saint Apôtre restèrent gravés sur la pierre, et cette pierre, baisée avec amour par des millions de pèlerins, se conserve dans le lieu même où le fait s'est accompli. C'est la plus précieuse relique de Sainte-Marie la Neuve.
Dans la basilique de Saint-Jean de Latran, au centre du transept, sous le grand arc de la nef principale, soutenu par deux colonnes de granit oriental de trente-huit pieds de hauteur, s'élève l'autel papal, le même où saint Pierre a dit la messe. Il est là tel qu'il fut tiré des catacombes par le pape saint Sylvestre. Sa simplicité et sa pauvreté même rappellent bien les premiers siècles de l'Église : quelques planches de sapin, sans dorure et sans ornement qu'une croix taillée sur la partie antérieure, voilà tout. Par respect, on l'a entouré d'une balustrade en marbre, sur laquelle sont gravées les armes d'Urbain VIII et du roi de France. Une riche étoile le recouvre tout entier. C'est, nous croyons, l'unique autel dans le monde sous lequel il n'y ait point de reliques. Au successeur de Pierre appartient le droit exclusif d'y célébrer les saints Mystères. Au-dessus de l'autel, on voit, à une grande hauteur, une tente de velours cramoisi rehaussé d'or. Ce pavillon recouvre une arche ou ciboire en marbre de Paros soutenu par quatre colonnes de marbre égyptien avec des chapiteaux d'ordre corinthien en bronze doré. Là sont renfermées les têtes des apôtres saint Pierre et saint Paul. Deux fois chaque année, le samedi saint et le mardi des Rogations, elles sont exposées solennellement à la vénération des fidèles. Il est un autre usage non moins digne d'être connu. Afin de tremper toutes les jeunes lèvres à la source même de l'esprit sacerdotal, esprit de l'apostolat et du martyre, c'est au pied de l'autel dont nous venons de parler, sous les yeux de saint Pierre et de saint Paul, qu'ont lieu les ordinations.
Nous avons deux épîtres sous le nom de saint Pierre, qui sont du nombre de celles que nous appelons *catholiques* ou *œcuméniques*. La première est adressée de Babylone, c'est-à-dire de Rome, aux fidèles du Pont, de la Bithynie, de la Galatie, de l'Asie et de la Cappadoce. Le but principal de l'Apôtre est de consoler et de fortifier dans la foi les fidèles auxquels il écrit, et de les soutenir au milieu des afflictions et des persécutions qu'ils souffraient. C'est pourquoi il leur met souvent devant les yeux la grandeur de leur vocation, la grâce que Dieu leur a faite de les choisir, et les avantages qu'il y a à supporter patiemment les maux de la vie présente. Il leur prescrit aussi des règles pour se conduire avec sagesse dans les différents états de cette vie. Il leur ordonne à tous d'obéir aux princes et à tous les supérieurs ; aux serviteurs, de servir fidèlement leurs maîtres, non-seulement ceux qui sont bons et doux, mais même ceux qui sont rudes et fâcheux ; aux femmes, d'être soumises à leurs maris et modestes dans leurs habits ; à tous généralement, de s'entr'aider les uns les autres, de s'occuper à la prière et aux œuvres de charité ; aux pasteurs, de se conduire avec un entier désintéressement, et de gouverner leur troupeau avec charité et avec douceur, non en dominant sur l'héritage du Seigneur, mais en se rendant les modèles du troupeau, par une vertu qui naisse du fond du cœur.
La seconde épître fut écrite de Rome, comme la première, mais quelques années après, et adressée aussi aux mêmes fidèles du Pont et des provinces voisines. Le dessein de saint Pierre, dans cette lettre, est de réveiller les fidèles et de leur laisser par écrit un abrégé des vérités qu'il leur avait enseignées, afin qu'ils puissent plus aisément se les remettre devant les yeux après sa mort. Il les exhorte à s'appliquer aux bonnes œuvres, à persévérer dans la saine doctrine des Apôtres et à prendre garde de se laisser corrompre par les illusions des faux docteurs qui répandaient, dès lors, plusieurs erreurs dans l'Église et la scandalisaient par leurs mauvais exemples. Il réfute les erreurs de ceux qui soutenaient qu'il n'y aurait ni résurrection des corps, ni jugement dernier, ni venue de Jésus-Christ, ni embrasement du monde.
On a attribué à saint Pierre un livre de ses actes, une apocalypse, un évangile, un ouvrage ayant pour titre : *De la prédication* ou *De la doctrine de saint Pierre*, et un autre : *Du jugement*. Mais tous ces ouvrages sont reconnus comme apocryphes.
Nous avons complété cette vie avec l'*Histoire de saint Pierre*, par l'abbé Molstra ; Godassard ; l'*Histoire générale de l'Église*, par l'abbé Darras ; *Les trois Roms*, par Mgr Gaume ; la Bible sans la Bible, par M. l'abbé Galnet, 2 vol. in-8 raisin, papier vergé, chez M. Guérin, à Bar-le-Duc. — Cf. *Rome, ses Églises, ses monuments, ses institutions*, par l'abbé Rolland ; l'*Hagiologie niçarum*, par Mgr Crousier ; les Apôtres, par l'abbé Bourassé ; l'*Histoire des souverains Pontifes romains*, par Artand de Montor.
Événements marquants
- Vocation par Jésus sur le bord de la mer de Galilée
- Confession de la divinité du Christ à Césarée de Philippe
- Reniement pendant la Passion et pénitence
- Réception du Saint-Esprit à la Pentecôte
- Établissement du siège d'Antioche
- Premier Concile de Jérusalem
- Fondation de l'Église de Rome
- Victoire sur Simon le Magicien
- Martyre par crucifixion
Miracles
- Guérison du boiteux à la porte du Temple
- Résurrection de Tabitha à Joppé
- Guérison par son ombre seule
- Résurrection d'un mort à Rome pour confondre Simon le Magicien
- Jaillissement d'une source dans la prison Mamertine
Citations
Seigneur, à qui irions-nous ? Vous avez les paroles de la vie éternelle.
Vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant.