Saint Prior
Ermite de Nitrie
Résumé
Disciple de saint Antoine au IVe siècle, Prior vécut en ermite dans le désert de Nitrie en Égypte. Reconnu pour son humilité radicale et son détachement, il mourut centenaire après une vie de mortification et de charité envers ses frères.
Biographie
SAINT PRIOR, ERMITE DE NITRIE
Fin du IVe siècle.
*Melius est habitare in extrema solitudine quam inter bonorum scelera versari.*
*Mieux vaut habiter le fond d'un désert que de demeurer au milieu des crimes des hommes.*
*S. Hier., lib. II sup. Jerem., c. 2.*
Prior, originaire d’Égypte, fut un des premiers disciples de saint Antoine. Il quitta, étant encore fort jeune, la maison de ses parents, et promit à Dieu, dans le mouvement de sa ferveur, de ne plus les revoir des yeux du corps, tant était ferme la résolution qu’il avait prise de renoncer parfaitement au monde. Il alla se mettre sous la conduite de saint Antoine, et il fit de si rapides progrès dans la perfection, qu’en peu d’années il fut en état de vivre seul dans le désert. Ayant communiqué à son père spirituel le désir qu’il se sentait pour la vie érémitique, Antoine l’approuva et lui dit : « Allez, Prior, demeurez où vous voudrez. Vous reviendrez me voir lorsqu’il s’en présentera une occasion raisonnable ». Il avait alors vingt-cinq ans.
Il fixa sa demeure dans le désert de Nitrie, du côté de celui de Scété. Sa vertu était principalement fondée sur la mortification, l’humilité, le détachement du monde et de lui-même. Il ne mangeait ordinairement par jour qu’une demi-livre de pain et quelques olives, encore marchait-il en prenant ce peu de nourriture. Quelqu’un lui en ayant demandé la raison, il répondit : « J’agis de la sorte, parce que le manger n’est pas une action à laquelle on doive s’appliquer, ainsi je la fais comme une chose passagère. Je ne veux pas non plus que mon âme éprouve de satisfaction sensuelle lorsque je mange ». Voici un exemple de son détachement des choses de la terre. Il avait été faire la moisson chez un laboureur, et en cela il imitait d’autres solitaires qui, par là, voulaient gagner leur vie à la sueur de leur front. La moisson finie, le laboureur remit à un autre temps à lui payer son salaire. Prior, sans insister, retourna à sa cellule. L’année suivante, il revint travailler chez le même laboureur. Celui-ci le renvoya encore sans lui rien donner, et en fit autant l’année d’après. Prior ne témoigna aucune impatience et ne diminua rien de son ardeur pour le travail. Sa conduite toucha le laboureur, qui, à la fin, résolut de s’acquitter. L’ayant cherché dans plusieurs monastères, il le trouva avec beaucoup de peine. Lorsqu’il l’aperçut, il se jeta à ses pieds, lui demanda pardon et lui offrit ce qu’il lui devait. Prior allégua d’abord diverses raisons pour ne pas l’accepter, puis il lui dit de le porter au prêtre.
Nous avons observé que Prior, en quittant le monde, avait résolu de ne plus revoir ses proches. Il y avait environ cinquante ans qu’il était sorti de sa patrie, lorsque sa sœur, devenue veuve, apprit qu’il vivait encore. Elle obtint de l’évêque qu’il écrivit aux supérieurs des monastères, afin qu’ils ordonnassent à son frère de venir lui rendre une visite pour la consoler. Là-dessus saint Antoine l’envoya chercher, puis, après l’avoir instruit de l’intention de l’évêque, lui commanda d’aller procurer à sa sœur la consolation qu’elle demandait. Prior, prenant un des frères avec lui, partit sans aucun délai. Lorsque sa sœur eut ouvert la porte, il lui parla les yeux fermés et ne voulut point entrer dans la maison ; il fit ensuite sa prière et retourna dans sa solitude.
Le lieu qu'il habitait était un des plus affreux de l'Égypte ; il n'y avait d'autre eau que celle d'un puits creusé de ses propres mains : cette eau, d'ailleurs, était si amère et si salée que personne ne pouvait en boire ; en sorte que ceux qui venaient le voir étaient obligés d'en apporter pour leur usage.
Quoique dur envers lui-même, il était plein de douceur pour les autres, sans en excepter ceux qui tombaient dans de grandes fautes. Se trouvant à une assemblée qui se tenait à Scété, les solitaires, après le sacrifice, se mirent à conférer ensemble. Quelques-uns parlèrent d'une faute commise par un frère qui était absent. Prior gardait le silence ; mais, voyant à la fin qu'on blessait la charité, il sortit de l'assemblée, prit un sac qu'il remplit de sable, et le mit sur ses épaules derrière son dos ; il prit ensuite un petit panier, qu'il remplit aussi de sable, et le porta devant lui. Les autres lui ayant demandé quel était son dessein, il leur fit cette réponse : « Ce sac rempli de sable représente mes péchés, qui sont en grand nombre ; c'est pour cela que je les ai mis derrière mon dos pour ne les pas voir et pour m'épargner un sujet de confusion et de larmes. Ce panier que je porte devant moi, et qui ne contient qu'un peu de sable, représente les péchés de ce frère que j'ose considérer pour le juger et le condamner. Il vaudrait bien mieux que je misse mes péchés devant moi pour y penser sans cesse et pour prier Dieu de me les pardonner ». Tous les solitaires furent touchés de ce discours et convinrent que c'était le chemin par lequel on devait parvenir au salut.
On lit dans Pallade que saint Prior fut favorisé du don des miracles. Il mourut à la fin du IVe siècle, âgé d'environ cent ans. Il est honoré par les Grecs le 17 juin.
Acta Sanctorum, 17 junii ; — Cf. Vies des Pères du désert, par le P. Michel-Ange Marin ; Godescard, etc.
Événements marquants
- Devient disciple de saint Antoine à un jeune âge
- S'établit dans le désert de Nitrie à l'âge de 25 ans
- Travaille trois ans chez un laboureur sans exiger son salaire
- Visite sa sœur veuve après 50 ans de séparation en gardant les yeux fermés
- Leçon de charité à Scété avec les sacs de sable
Miracles
- Don des miracles mentionné par Pallade
Citations
Ce sac rempli de sable représente mes péchés... Ce panier que je porte devant moi... représente les péchés de ce frère que j'ose considérer pour le juger.