Sainte Isbergue (Giselle)
Vierge
Résumé
Fille de Pépin le Bref et sœur de Charlemagne, sainte Isbergue refusa plusieurs alliances royales pour se consacrer à Dieu. Frappée par une lèpre miraculeuse pour décourager ses prétendants, elle fut guérie en mangeant une anguille trouvée près du corps de son mentor, saint Venant. Elle fonda ensuite un monastère à Aire où elle vécut trente ans sous la règle de saint Benoît.
Biographie
SAINTE ISBERGUE OU GISELLE, VIERGE,
ET SAINT VENANT, MARTYR
Les autorités respectables et les traditions constantes sur lesquelles s'appuie le savant biographe de sainte Isbergue, dans le Légendaire de la Morinie, donnent à son récit un très grand poids. On peut y puiser avec confiance pour présenter une notice qui fasse connaître cette sainte patronne de l'Artois.
Sainte Isbergue est cette enfant de bénédiction dont la naissance servit à resserrer les liens qui unissaient déjà la catholique France au Saint-Siège. Aussitôt qu'elle eut reçu le jour, Pépin le Bref, son père, envoya une ambassade au souverain pontife Étienne II, le priant de servir de père spirituel à sa fille. Le Pape accepta avec joie cette proposition que lui faisait le roi de France, et députa sur-le-champ un des premiers dignitaires de sa cour pour tenir en son nom l'enfant sur les fonts de baptême. Il paraît très probable qu'on lui donna alors le nom de Ghirla, abréviation du mot Ghirlanda, lequel aurait la même signification que le mot Étienne, en latin *Stephanus*, et en grec *Stephanos*, qui veut dire couronne. Dès ce jour, le pape Étienne donna à Pépin dans ses lettres le titre de *compater* (compère), qui exprime cette union spirituelle contractée au baptême de sainte Isbergue.
Ainsi, dans les vues admirables de la Providence, la naissance d'une innocente petite fille devenait un moyen puissant pour accomplir par l'Église son œuvre divine dans le monde entier. Il ne paraîtra donc pas étonnant que sainte Isbergue ait donné dès son plus bas âge des témoignages d'une éclatante sainteté.
Peu de temps après sa naissance, de graves événements qui se passaient à Rome forcèrent le pape Étienne de venir chercher un refuge en France, auprès du roi Pépin. Toute petite encore et avant que l'âge lui permît d'exercer quelque influence par elle-même, la jeune Isbergue devint alors le lien des sages résolutions qui devaient procurer le bien des peuples et la paix de la chrétienté. Aussi les circonstances ayant demandé le concours de la France, pour forcer à la paix les injustes ennemis du Saint-Siège, le pape Étienne trouva dans le roi Pépin une bonne volonté et un empressement que la pensée de Giselle, fille spirituelle du souverain Pontife, entretenait et faisait croître de jour en jour.
On croit qu'au retour de cette expédition, le roi Pépin vint, avec sa famille, habiter la ville d'Aire, où il avait une maison royale. La position de cette ville lui avait plu. Située dans une plaine, plusieurs collines l'environnent. Trois rivières qui l'arrosent et qui se divisent en plusieurs canaux rendent son terrain extrêmement fécond. Pépin se rendit donc à Aire ; il y fit construire auprès de l'église de Saint-Pierre, un château qui porta le nom de la Salle. C'est dans ces lieux, où le nom de sainte Isbergue est aujourd'hui si populaire, que cette Sainte habita avec sa famille. C'est de là peut-être que fut envoyé au pape Paul Ier le linge qui avait servi à son baptême, quand ce Pontife, successeur d'Étienne, écrivit au roi Pépin, pour lui annoncer son élévation sur le siège de saint Pierre, et le désir qu'il avait de continuer les bonnes relations qui avaient existé entre lui et son prédécesseur.
Cependant la vertueuse Isbergue grandissait en sagesse et en âge devant Dieu et devant les hommes. Son cœur, saintement abandonné aux volontés du ciel, ne cherchait en toutes choses qu'à les accomplir avec fidélité : aussi demandait-elle souvent à Dieu qu'il lui plût de lui faire connaître celui qu'elle devait prendre pour le guide de sa conduite, afin d'arriver plus sûrement à la perfection évangélique vers laquelle elle se sentait fortement attirée. Dieu exauça sa prière et lui fit trouver un directeur sage et éclairé dans la personne de saint Venant. Homme de noble extraction (probablement même membre de la famille impériale et royale des Carolingiens, et parent de sainte Isbergue), Venant se livra dans sa jeunesse à l'exercice des armes. Il aimait surtout, selon la coutume du temps, à montrer son adresse et sa valeur dans ces fêtes à la fois militaires et civiles où les hommes d'armes, en présence de la foule de leurs compagnons et d'un grand nombre de nobles dames, luttaient l'un contre l'autre avec des armes qui trop souvent ne respectaient point le caractère de ces combats, et les faisaient dégénérer en assauts meurtriers. Venant fut donc gravement blessé à la jambe dans une de ces dangereuses rencontres, et, comme plus tard saint Ignace de Loyola, retenu longtemps sur un lit de douleur, il eut le loisir de rentrer en lui-même et de méditer sérieusement sur la fin pour laquelle il était créé. La conclusion de ses réflexions salutaires fut que désormais, imitant son patron, saint Venant de Bourges, il suivrait un tout autre genre de vie. Aussi, à peine fut-il guéri, ou à peu près, de sa blessure, qu'aussitôt, laissant là parents et amis, il vint s'enfoncer dans une vaste solitude qu'il y avait alors sur les bords de la Lys. Là, vers l'endroit où s'élève aujourd'hui la petite ville qui porte son nom, il se construisit une petite cabane, qui était ainsi assez peu éloignée de l'église de Saint-Pierre-la-Montagne, à Aire-sur-la-Lys.
Les religieux qui desservaient cette église voyaient souvent ce pieux solitaire venir adorer le Seigneur dans son temple et prendre part aux Sacrements. Ils parlèrent de ses vertus extraordinaires ; bientôt le château de la Salle retentit des éloges que l'on faisait de sa sainteté ; tous voulurent le connaître, et la pieuse Giselle, dans des vues bien supérieures à celles d'une simple curiosité, ou même d'une édification passagère, désira vivement entrer en communication avec ce grand serviteur de Dieu. Déjà elle méditait un genre de vie plus parfaite encore que celle qu'elle avait menée jusque-là ; elle pressentait que c'était là le secours que Dieu lui envoyait pour l'aider à accomplir ses généreux desseins.
La première entrevue de ces deux âmes si saintes se fit à un quart de lieue environ de l'église de Saint-Pierre d'Aire, sur le penchant de la montagne, et auprès de la fontaine, qui, depuis très longtemps, porte le nom de Fontaine Sainte-Isbergue.
Dès ce moment, la Sainte avança encore avec plus de rapidité dans la carrière des vertus. Son amour envers Jésus-Christ se développa de plus en plus dans son cœur, et lui inspira même le désir de vivre pour lui dans la virginité perpétuelle. L'occasion de manifester ces dispositions d'une manière éclatante se présenta bientôt. L'empereur de Constantinople, Constantin Copronyme, informé des brillantes qualités de la fille du roi des Francs, et voulant contracter avec ce prince une alliance, lui fit demander Giselle en mariage pour son fils aîné Léon. Cette proposition était bien de nature à flatter Pépin, et elle fit en effet une grande impression sur son esprit ; mais l'opposition que les grands du royaume ainsi que les évêques témoignèrent à cette alliance, les lettres qu'écrivit le souverain Pontife lui-même pour l'empêcher, et plus encore que tout cela sans doute les ferventes prières de sainte Giselle, ne permirent pas que ce projet fût réalisé. La Sainte, qui avait promptement communiqué toutes ses craintes à saint Venant, en reçut les plus sages conseils. C'est même alors qu'elle fit en sa présence le vœu solennel de chasteté, afin de s'engager par cet acte irrévocable au service de Dieu.
A quelque temps de là, un noble prince du pays de Galles (d'autres disent un roi des Écossais), ayant entendu parler de la beauté extraordinaire et des autres grandes qualités de la Sainte, vint en personne la demander en mariage, et comme il était bon catholique (nous disent les historiens du pays), beau, bien fait, riche et accompli de tous points, il plut au roi, à la reine et à toute la cour. Giselle seule était plongée dans la tristesse. Pressée par ses parents de consentir à ce mariage, elle leur demanda une nuit pour y penser et fit dire à saint Venant de la passer de son côté en prières, afin d'obtenir de Dieu la rupture de ce second projet et l'éloignement de ce péril nouveau. Comme elle savait quelle était la cause principale qui la rendait un objet de désir pour ce prince, elle demandait à Dieu de lui ôter cette beauté qui lui faisait courir tant de dangers.
Après avoir longtemps prié, une fièvre ardente la saisit, et en même temps elle est couverte d'une sorte de lèpre si hideuse, qu'elle devient un objet d'horreur pour ceux qui la regardent. Ses parents ne doutent pas qu'il n'y ait là une marque d'intervention céleste ; ils cessent de lui parler de mariage, et le prince d'outre-mer, l'ayant vue si laide et défigurée, prend congé du roi et s'en retourne en son pays.
Toutefois il avait appris que c'était par les conseils et les exhortations de saint Venant que Giselle avait été amenée à penser et agir ainsi qu'elle l'avait fait. Il manifeste alors hautement sa colère, et, dès ce moment, deux des hommes de sa suite se mettent à chercher les moyens de le venger.
L'occasion ne leur fit pas défaut. En effet, ils persuadent à quelques scélérats qu'Isbergue, dans ses visites mystérieuses, va porter à Venant une foule d'objets précieux, que tous ces trésors sont cachés dans la cellule de cet ermite, et tout aussitôt ceux-ci ont résolu de tuer le saint solitaire, afin de se rendre maîtres de ces richesses supposées. Et bientôt saint Venant est tué par ces impies, et ainsi reçoit-il la palme du martyre, en récompense du sage conseil qu'il a donné à la princesse.
Cependant sainte Isbergue continuait de souffrir de la maladie qu'elle-même avait sollicitée comme une grâce. Mais le Seigneur, dont les voies sont toujours admirables, voulait que cette maladie servît à la fois à sauver du danger sa fidèle épouse, et à procurer le triomphe de son serviteur saint Venant.
Une vision céleste apparaît donc à la pieuse princesse, et une voix mystérieuse lui dit que, pour être guérie, elle n'a qu'à prendre comme remède le premier poisson qui sera pêché dans la rivière voisine, la Lys.
Aussitôt le roi donne des ordres, mais c'est en vain que les pêcheurs jettent leurs filets et font de longs efforts ; leur pêche est infructueuse, et ils allaient revenir, lorsque tout à coup, à un certain endroit de la Lys, ils aperçoivent quelque chose qui flotte à la surface de l'eau. Ils s'approchent, ils voient que c'est un corps mort décapité, ils le prennent sur leur barque, et, au milieu des herbes amoncelées qui couvrent la poitrine du cadavre, ils trouvent une anguille que, dans leur foi simple et obéissante, ils s'empressent de porter à sainte Isbergue. La princesse, ne doutant nullement du caractère merveilleux de cet événement, et pleine de confiance en Dieu, n'hésite pas à manger ce poisson que d'autres eussent rejeté avec répugnance, et aussitôt sa fièvre cesse, les difformités dont elle était couverte disparaissent, la santé la plus parfaite lui est subitement rendue.
Elle ne doute plus alors que le corps trouvé par les pêcheurs ne soit celui de son guide vénéré, et bientôt les preuves les plus claires viennent lui donner pleinement raison. Une vieille femme aveugle avait souvent rendu à saint Venant des services de charité, en lavant et pansant la blessure qu'il avait à la jambe, et qui n'était pas encore parfaitement guérie lorsqu'il vint se retirer dans le bois de Wastelau. Cette femme est mandée, elle vient, palpe la jambe, reconnait immédiatement la cicatrice de la blessure, et recouvre en même temps la vue. De plus on retrouve la tête du Saint, le doute n'est plus possible, de nouveaux miracles s'opèrent au contact de ces restes précieux, et le roi, pénétré de vénération et de reconnaissance, ordonne qu'on rende au saint Martyr les honneurs les plus grands. On porta solennellement le corps saint dans l'église où il avait coutume d'aller prier, celle de Saint-Pierre, sur la montagne (aujourd'hui Sainte-Isbergue), et il y fut inhumé. L'endroit où il avait mené la vie érémitique devint célèbre par la suite, et prenant de l'accroissement forma une ville qui porta le nom du Saint et s'appela Saint-Venant.
Après la mort du roi Pépin, qui arriva en 768, la bienheureuse Giselle eut encore à remporter une troisième victoire semblable aux deux précédentes. Cette fois, c'était avec un fils du roi des Lombards que Berthe sa mère voulait l'unir par les liens du mariage. Alors encore les circonstances et surtout les prières de la Sainte s'opposèrent à cette union que le ciel lui-même semblait réprouver.
Afin de mettre un terme à ces sollicitations aussi importunes que multipliées, sainte Giselle résolut d'embrasser la vie religieuse, et de vivre sous la Règle si sage de Saint-Benoît. Elle fonda donc à Aire, dans l'enceinte de la seconde ville, et vraisemblablement dans le château même de la Salle, un monastère où se réunirent bientôt sous sa conduite un grand nombre de jeunes filles. Pendant trente ans la princesse vécut dans ce pieux asile, où plusieurs fois elle reçut la visite de son illustre frère Charlemagne. Elle continua d'exercer autour d'elle, par ses exemples et ses inspirations, la plus salutaire influence, jusqu'au jour où elle alla dans le ciel se réunir à son céleste époux. Cette bienheureuse mort arriva le vingt-unième jour du mois de mai de l'année 806 ou 808. Son corps fut transporté avec une grande pompe et déposé dans l'église de Saint-Pierre, sur la montagne où elle avait voulu être inhumée. C'est ce lieu qui dans la suite porta le nom de Ghisleberg ou Isbergue.
Le culte de sainte Isbergue a toujours été très cher aux populations de l'Artois et surtout aux habitants d'Aire et de ses environs. De nombreux pèlerins se rendaient chaque année à la fontaine et à la chapelle qui portent son nom depuis des siècles. Voici la description qu'un savant auteur a donnée de cette fontaine et de cette chapelle.
« La fontaine de sainte Isbergue est à cinq ou six minutes de l'église, sur la voyette de sainte Isbergue, petit sentier tracé à mi-côte ou presque au bas de la montagne sur laquelle est bâtie l'église, et qui va jusqu'à l'endroit encore appelé Wastelau, lieu présumé de la grotte ou ermitage de saint Venant. Le canal d'Aire à la Bassée coupe aujourd'hui cette voyette, par laquelle Giselle aimait à se rendre d'Aire à l'église de Saint-Pierre, sur la montagne, et à la rencontre de son père spirituel. Une petite chapelle ombragée de deux grands arbres séculaires est au-dessus de la fontaine, à laquelle on descend par un double escalier, dont les degrés, partie en terre, partie en pierre, forment avec la fontaine, située tout en bas derrière la chapelle, un demi-cercle autour de cette même chapelle. Cette fontaine ne tarit jamais. Elle a environ un mètre de profondeur ; elle est entourée d'un mur circulaire très convenable, avec une ouverture sur le devant, et dans le fond une petite niche pour une statue de la Sainte. C'est un endroit délicieux de fraîcheur et de recueillement, à l'ombre du mur du fond de la chapelle et des deux grands arbres, au bas des deux quarts de cercle en escalier, à la naissance d'un tout petit ruisseau qui s'échappe silencieux jusqu'au bas de la côte. En avant de la chapelle est une belle pelouse en forme de carré long, où le peuple assiste en grande foule à la messe qui se célèbre dans la chapelle pendant la neuvième de la fête de sainte Isbergue. Dans la chapelle même sont plusieurs bâtons et béquilles, témoignages populaires des miracles et des guérisons obtenues par l'invocation des deux Saints. Au-dessus de l'autel, à droite de la statue du milieu, sont les statuettes de saint Venant et de saint François d'Assise, sujets très convenablement traités. A gauche on voit celle de sainte Isbergue et de saint Fiacre. Saint Venant est représenté tenant un livre à la main, dans l'attitude d'un homme qui réfléchit profondément et qui donne des explications ; c'est un docteur qui enseigne. Sainte Isbergue, d'autre part, est dans la position d'une personne qui écoute avec admiration et reçoit avec avidité les choses sublimes qui lui sont transmises. Cette statue est beaucoup moins bien exécutée que la première.
« En se rendant de cette fontaine à l'église d'Isbergue, on aperçoit cette église entourée de la plus belle ceinture d'ormes que l'on puisse voir. Ces ormes, disposés en forme de double et par endroits de triple couronne, sont très élevés, tous semblables et de la même hauteur. On ne peut s'empêcher de penser à la noble fille du roi, à l'illustre sœur de l'empereur, à la Sainte vénérée, en voyant cette magnifique couronne qui s'élève si grande, si majestueuse et si belle autour de l'église qui renferme ses restes vénérables ».
La chapelle dont on vient de lire la description a été augmentée depuis, par M. Blondel, curé de la paroisse, d'une construction fort importante avec un charmant clocher et un portail délicieux, le tout d'un excellent style roman fleuri.
Les images qu'on a faites de sainte Isbergue sont fleurdelisées, ainsi que celles de plusieurs grands seigneurs et grandes dames se rattachant à la maison de France, comme saint Riquier, saint Mauront. Au manteau fleurdelisé, on ajoute souvent une couronne. Mais un attribut plus propre à la distinguer des autres Saintes est l'anguille qu'elle tient dans la main ou qui est placée sur un plat. Nous avons raconté l'épisode de l'anguille.
On invoque sainte Isbergue pour obtenir la guérison de la fièvre, des affections de la peau et des difformités.
Vie des Saints de Cambrai et d'Arras, par M. l'abbé Destombes ; Vie abrégée de saint Isbergue, par M. Van-Driral ; Légendaire de la Morinie.
21 MAI.
Événements marquants
- Baptême sous le patronage du pape Étienne II
- Installation de la famille royale à Aire
- Rencontre avec saint Venant près d'une fontaine
- Vœu de chasteté pour échapper au mariage avec le fils de Constantin Copronyme
- Guérison miraculeuse de la lèpre par la consommation d'une anguille
- Fondation d'un monastère de l'ordre de Saint-Benoît à Aire
- Direction du monastère pendant trente ans
Miracles
- Apparition d'une lèpre hideuse suite à sa prière pour préserver sa virginité
- Guérison subite de la lèpre et de la fièvre après avoir mangé une anguille miraculeuse
- Vision céleste indiquant le remède à sa maladie