Saint Salve d'Amiens

Évêque d'Amiens

Fête : 29 octobre 7ᵉ siècle • saint

Résumé

Moine fondateur à Montreuil-sur-Mer, Salve devint évêque d'Amiens au VIIe siècle après une désignation céleste. Il bâtit la cathédrale Notre-Dame au centre de la ville et retrouva miraculeusement les reliques de saint Firmin. Il mourut en 615, victime de son dévouement auprès des malades lors d'une épidémie.

Biographie

SAINT SALVE, ÉVÊQUE D'AMIENS

Le pain de l'âme, c'est la justice; heureux seulement ceux qui en ont faim, parce qu'ils seront rassasiés. Saint Bernard.

Saint Salve est la plus grande figure que nous offre l'histoire de l'Église d'Amiens au VIIe siècle; successeur d'un prélat illustre par sa sainteté, il ne parut inférieur à saint Honoré ni en science, ni en vertus, ni par les faveurs extraordinaires dont le Seigneur daigna le combler.

Salve naquit dans l'Amiénois, au VIe siècle. Sa naissance était distinguée. Dès sa jeunesse, il quitta le monde pour se consacrer entièrement à Dieu. Il était pieux, sage dans le conseil, non moins remarquable par la beauté de ses traits que par son éloquence et la profondeur de son savoir. Il s'en alla, à l'extrémité du Ponthieu, fonder un monastère sous l'invocation de la sainte Vierge et de l'apôtre saint Pierre, au lieu où s'éleva plus tard la ville de Montreuil-sur-Mer.

Nous ignorons si ce fut avant son entrée dans la vie religieuse, ou depuis, dans un voyage qu'il aurait fait à Amiens, que Salve fut témoin du plus célèbre des miracles qui signalèrent la vie de saint Honoré : l'apparition d'une main divine au-dessus de l'autel, pendant la messe; tout ce que nous savons sur la présence de saint Salve à ce prodige se bornait à la mention de ce fait.

L'occupation journalière de Salve, dans sa pieuse retraite, était le jeûne et la prière. Venir en aide à ses frères, vaincre constamment l'antique ennemi, gagner des âmes à Dieu, étaient ses œuvres. Les vertus du saint

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moine furent si éclatantes, qu'après la mort de l'abbé, que lui et ses frères avaient placé à la tête du monastère, il fut élu, d'une voix unanime, pour le remplacer. Élevé à cette dignité, son mérite devint encore plus évident aux yeux de tous. Moine pieux et fervent, il devint un abbé d'un mérite exemplaire, toujours le premier à accomplir la Règle, et ses disciples trouvaient en lui, à la fois, un modèle et un père. De nombreux miracles attestèrent dès lors sa sainteté.

Dans le même temps où Salve édifiait ainsi, par ses vertus et ses exemples, la partie de la portion du diocèse d'Amiens qui borde la mer, saint Honoré, évêque d'Amiens, vint à mourir à Port, lieu de sa naissance, à quelques lieues du monastère où vivait notre Saint. Dès que la nouvelle de ce décès fut parvenue aux oreilles du roi, il envoya dans la ville d'Amiens des délégués, dont le principal était saint Achaire, évêque de Noyon et de Tournai, pour faire procéder à l'élection d'un nouveau prélat. L'évêque de Noyon était spécialement chargé de veiller à ce que le clergé et le peuple d'Amiens se choisissent un évêque selon Dieu.

Un jeûne de trois jours fut ordonné pour demander au Seigneur de vouloir bien désigner celui que sa divine Providence destinait à monter sur le siège d'Amiens, et chacun fit au ciel d'ardentes prières à cet effet. La demande des Amiénois fut exaucée ; les trois jours écoulés, ils entendirent une voix céleste leur adresser ces paroles : « Sachez que j'ai choisi Salve et vous l'ai donné pour évêque ».

Tous furent remplis de joie par cette miraculeuse réponse ; l'humble religieux, seul, n'avait pas ratifié le choix divin : son humilité lui faisait regarder l'épiscopat comme un fardeau au-dessus de ses forces. Mais Dieu avait parlé, les Amiénois obéirent. Salve fut enlevé de force de sa cellule et placé malgré lui sur ce siège illustre qui avait déjà été occupé par tant de saints Pontifes, et dont il devait lui-même rehausser la splendeur.

Devenu évêque d'Amiens, il s'attira bientôt l'amour et le respect de ses diocésains, et la renommée de son mérite se répandit également au loin. Le roi l'appela à siéger dans ses conseils, tandis que les Amiénois, dont il s'était rapidement gagné tous les cœurs, réunirent en lui deux qualités de magistrat et d'évêque, le déclarant seigneur temporel de la ville épiscopale.

Lors de son avènement, l'église cathédrale d'Amiens était encore celle élevée, hors des murs de la cité, par saint Firmin le Confesseur, sur le tombeau de saint Firmin le Martyr, et dédiée à Notre-Dame des Martyrs. Comme elle était trop éloignée de la ville, Salve en construisit une autre, dans son enceinte, au lieu où nous voyons actuellement la basilique de Notre-Dame. Cette nouvelle cathédrale était une construction somptueuse pour l'époque, quoique bâtie principalement en bois. Elle fut, plus tard, brûlée par les Normands. Saint Salve y transféra toutes les reliques conservées jusqu'alors dans l'église Notre-Dame des Martyrs, à laquelle il laissa quelques prêtres pour y célébrer l'office divin, et qui devint plus tard l'abbaye de Saint-Acheul.

Le saint évêque fit encore construire dans Amiens une autre église, qu'il dédia aux saints apôtres Pierre et Paul, et qui fut remplacée ensuite par la collégiale de Saint-Firmin le Confesseur, détruite à la Révolution.

Saint Salve désirait vivement pouvoir vénérer dans sa nouvelle cathédrale, les précieuses reliques de saint Firmin le martyr. Le lieu précis de la sépulture du premier évêque d'Amiens était ignoré, bien que l'on sût qu'il était dans l'enceinte de l'église Notre-Dame des Martyrs, ce qui, du

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reste, était indiqué par de fréquents miracles. Le saint évêque résolut de s'adresser à Dieu pour en obtenir la révélation.

Après un triduum de prières, un rayon céleste, plus brillant que la lumière du jour, indiqua à saint Salve la place où reposait ce saint trésor qu'il s'empressa de lever de terre et de transférer à Amiens, au milieu des plus grands prodiges. Le récit détaillé de cette translation, à laquelle assistèrent les évêques de Beauvais, de Cambrai, de Thérouanne et de Noyon, appartient à l'histoire des reliques de saint Firmin.

Salve, suivant le devoir d'un bon pasteur, parcourait assidûment son diocèse, annonçant à tous la parole de la vie éternelle. Il contribua beaucoup à déraciner des cœurs de ses ouailles les derniers vestiges du paganisme, et engendra à Jésus-Christ, par l'Évangile, d'innombrables fils.

Souvent, avec la santé de l'âme, il rendait à ses diocésains celle du corps, car Dieu se plaisait à confirmer ses paroles par des prodiges. L'auteur de sa Vie nous apprend qu'en parcourant ainsi son diocèse, il rendit la vue à un aveugle, délivra du démon la fille d'un nommé Guadon, etc. Un de ses plus célèbres miracles fut la guérison d'un enfant sourd et muet, auquel il rendit l'ouïe et la parole, qu'il baptisa et nomma Ingaud, et qui, après avoir été son disciple sur la terre, partage maintenant sa gloire dans les cieux.

Salve ne renferma pas son zèle dans la seule étendue de son diocèse ; il fit partie, comme nous l'avons dit, des conseils du roi, dans lesquels il s'opposa, avec un esprit vraiment épiscopal, aux désirs des méchants et à la corruption des ennemis du Christ. Humble et doux pour tous, dur seulement pour lui-même, pauvre de volonté, mais riche en libéralités, non seulement il distribuait ses biens aux pauvres ; mais il se donnait lui-même à tous, dans les ardeurs d'une inépuisable charité, qui le portait non-seulement à enrichir ses ouailles en s'appauvrissant, mais à se sacrifier pour elles.

Pendant que le saint Évêque distribuait des secours temporels et spirituels aux malades, au milieu d'une contagion publique, il fut atteint à son tour par le fléau, et mourut victime de son dévouement le 28 octobre, vers l'an 615. Les miracles qui avaient illustré sa vie, glorifièrent son tombeau après sa mort.

La clôture du chœur de Notre-Dame d'Amiens, consacrée à l'histoire de saint Firmin le Martyr, contient dans sa seconde travée quatre scènes où figure saint Salve. La première arcade représente la prédication du saint évêque : une trentaine de personnages sont reçus dans une église ; les hommes sont debout et ont la tête couverte ; les femmes sont assises sur des pliants. Saint Salve, monté dans une chaire de forme sexagonale, engage les fidèles à prier Dieu pour obtenir révélation du lieu où reposent les reliques du martyr saint Firmin. — La deuxième arcade représente le rayon miraculeux : saint Salve a vu un rayon miraculeux émaner du trône céleste pour désigner la sépulture de son saint prédécesseur. Il est descendu de chaire, a quitté sa chape et, revêtu seulement de l'aube et du manipule, il s'est mis à genoux au pied de l'autel et contemple le prodige qui vient de s'accomplir. — La troisième arcade représente l'invention des reliques : saint Salve vient de déterrer à moitié le corps de saint Firmin qui est revêtu de ses insignes pontificaux. Il est accompagné de quatre évêques, d'un prêtre en aube, d'un chanoine portant l'aumusse, de clercs en tunique, d'acolytes portant croix et chandeliers, etc. Leurs physionomies expriment le ravissement qu'ils éprouvent en respirant une odeur miraculeuse. — La quatrième arcade représente la translation des reliques : elles sont trans-

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férées dans une chasse, de Saint-Acheul à Amiens, par six lévites, diacres et prêtres. La procession s'ouvre par une confrérie qui porte des flambeaux et se termine par cinq évêques crossés et mitrés. Les arbres verts et les épis mûris rappellent le prodige du changement de saison. On voit sur la route deux malades qui sont guéris par l'intercession de saint Firmin. — Au portail Saint-Firmin, à Notre-Dame d'Amiens, on voit la statue de saint Salve, portant l'étole, le manipule, la chasuble, la mitre et la crosse. — On conservait jadis à Saint-Firmin-en-Castillon trois grandes tapisseries où figurait saint Salve, découvrant et transférant les reliques de saint Firmin. — Mentionnons encore un vitrail moderne à Villers-Bretonneux et un tableau à la chapelle de l'évêché.

[ANNEXE: CULTE ET RELIQUES.]

Le culte de saint Salve était fort populaire au moyen âge. On lui bâtit à Amiens une chapelle qui a disparu depuis longtemps et dont on ignore même l'ancien emplacement. Une autre chapelle lui fut dédiée dans la cathédrale d'Amiens ; mais, quand on y eut placé le crucifix miraculeux de Souveur, désigné vulgairement sous le nom de Saint-Sauve, notre saint évêque, qui devait être perpétuellement la victime d'une confusion de noms, se vit peu à peu oublié, et la piété populaire, ne restant fidèle qu'au nom de Saint-Sauve, s'adressa exclusivement à l'image byzantine qui représente Jésus crucifié.

L'évêque Arnoul, qui mourut en 1246, légua une somme de quatre livres pour qu'on célébrât plus solennellement la fête de saint Salve. Bien qu'il soit mort le 28 octobre, on ne faisait sa fête que le 29, parce qu'elle coïncidait avec celle des saints apôtres Simon et Jude. Elle est inscrite dans tous les bréviaires amiénois, dans l'ancien Propre de Saint-Florent de Roye et dans le Propre de Saint-Valery ; dans l'ancien bréviaire de Noyon (1764), qui se trompe en faisant de notre Saint le patron d'une église de ce diocèse, tandis que c'est saint Sauve, évêque d'Angoulême, qui est le patron d'Essigny ; enfin dans le Propre actuel d'Arras.

Le nom de saint Salve est inscrit dans les litanies amiénoises du XIIe siècle, dans le martyrologe romain, dans ceux de Du Saussay, de Chastelain, de Galesinus, de Hugues Ménard, etc., qui ont commis la même erreur de date, en confondant saint Salve, évêque d'Amiens, avec le martyr saint Salvien.

Il y avait une confrérie de Saint-Sauve à Waben, paroisse de l'ancien doyenné de Montreuil. Une impasse, à Abbeville, porte le nom de Saint-Saulve. L'ancienne abbaye montreuilloise de ce nom ne s'est même pas survécu dans quelques ruines. C'est l'Hôtel-de-Ville qui est construit sur son emplacement.

Saint Salve fut enseveli dans la cathédrale de Notre-Dame des Martyrs (Saint-Acheul) ; mais ses reliques furent transférées vers l'an 695 à l'église de l'abbaye de Montreuil, qui prit bientôt le nom de Saint-Saulve. Le 11 juin 1111, saint Geoffroy, évêque d'Amiens, les transféra dans une nouvelle chasse. Une troisième translation eut lieu le 28 mai 1702. Le 24 août 1729, l'évêque Pierre de Sabatier fit à Montreuil la reconnaissance des reliques de saint Salve. Dans ces diverses ouvertures de chasse, on retira quelques ossements du Saint pour les donner à l'abbaye de Sainte-Austreberte de Montreuil, à l'abbaye de Saint-Vincent de Leon, et à la cathédrale de Canterbury.

Il ne reste plus aujourd'hui, à Montreuil, qu'un ossements de saint Salve dans un petit reliquaire en argent. La grande chasse et deux autres reliquaires, l'un en forme de pyramide, l'autre en forme de bière, furent envoyés à la Monnaie par Le Bon, lors de la mission que ce conventionnel remplit à Montreuil en 1793.

Cette notice, due à M. Charles Salmon, est tirée de la *Sauvie religieuse du diocèse d'Amiens* ; nous l'avons complétée avec l'*Hegingreghne du diocèse d'Amiens*, par M. l'abbé Corhint.

Événements marquants

  • Naissance dans l'Amiénois au VIe siècle
  • Fondation d'un monastère à Montreuil-sur-Mer
  • Élection comme abbé du monastère
  • Élection miraculeuse au siège épiscopal d'Amiens
  • Construction de la nouvelle cathédrale Notre-Dame d'Amiens dans l'enceinte de la ville
  • Invention miraculeuse des reliques de saint Firmin le Martyr
  • Décès en soignant les malades lors d'une contagion publique

Miracles

  • Voix céleste désignant Salve comme évêque
  • Rayon céleste indiquant la sépulture de saint Firmin
  • Guérison d'un aveugle
  • Guérison d'un enfant sourd et muet nommé Ingaud
  • Exorcisme de la fille de Guadon
  • Odeur miraculeuse lors de l'invention des reliques
  • Changement de saison (arbres verts et épis mûrs) lors de la translation

Citations

Sachez que j'ai choisi Salve et vous l'ai donné pour évêque

— Voix céleste rapportée dans le texte