Sainte Anastasie la Jeune

Vierge et Martyre

Fête : 25 decembre 4ᵉ siècle • sainte

Résumé

Noble romaine du IVe siècle, Anastasie consacra sa vie et ses biens au secours des chrétiens persécutés sous Dioclétien. Après avoir survécu aux mauvais traitements de son mari et à un naufrage miraculeux, elle fut dénoncée en Macédoine. Elle mourut martyre par le feu sur l'île de Palmarola, restant fidèle à sa foi malgré les tortures.

Biographie

STE ANASTASIE LA JEUNE, VIERGE ET MARTYRE

DANS L'ÎLE PALMAROLA, SUR LES CÔTES D'ITALIE

25 DÉCEMBRE.

N'ayant point de plus grande joie que de mourir pour Jésus-Christ, une seule chose m'afflige, c'est de voir donner à des infâmes et à des scélérats le bien que j'avais consacré au service de mon Seigneur ; c'est pourquoi je vous supplie, serviteur de Dieu, de lui demander dans vos prières que je puisse disposer de ces biens pour sa gloire ».

Saint Chrysogone reçut cette lettre étant en prison avec beaucoup d'autres confesseurs, et après qu'ils eurent offert leurs prières à Dieu pour celle qui l'avait écrite, il lui fit cette réponse : « Ne doutez point que, dans les flots et les tempêtes qui vous agitent, Jésus-Christ ne vienne promptement à votre secours. Il marchera à pied sec sur les eaux, et, d'une seule parole, il abattra ces vents impétueux que le démon excite contre vous. Ayez donc patience, et, étant au milieu de l'orage, attendez constamment ce divin Libérateur qui doit bientôt vous délivrer. Rentrez en vous-même, et écriez-vous avec le Prophète : « Pourquoi, mon âme, es-tu triste, et pourquoi me troubles-tu ? » Espère en Dieu ; car je lui rendrai encore mes actions de grâces comme à mon Sauveur, sur qui je jette continuellement les yeux, et comme à mon Dieu. Vous aurez un double témoignage de sa bonté en votre endroit, parce que les biens de la terre vous seront rendus, et que vous serez aussi comblée des biens du ciel ; que si ce secours est un peu différé, c'est que le divin Maître veut vous faire concevoir par ce retard le prix infini des faveurs qu'il vous prépare. Ne vous scandalisez point de voir qu'aimant la piété, vous soyez exercée par beaucoup d'adversités. On ne vous trompe pas, mais on vous éprouve. Ne vous appuyez pas sur les hommes, car l'Écriture dit : « Maudit soit celui qui met son espérance en l'homme, et béni soit celui qui met son espérance en Dieu ! » Évitez avec force et avec vigilance toutes sortes de péchés, et n'attendez du soulagement et de la consolation que de Celui dont vous observez les commandements. Le calme succédera enfin à la tempête, la lumière aux ténèbres et la sérénité du printemps aux glaces insupportables de l'hiver. Ainsi, vous pourrez assister temporellement ceux qui sont affligés pour Jésus-Christ, afin de mériter par cette charité une récompense éternelle ».

Anastasie reçut une admirable consolation de cette lettre ; mais, comme son mari la réduisit à une si grande misère, qu'elle n'avait pas même de pain pour subsister, croyant que sa fin était proche, elle écrivit à saint Chrysogone pour se recommander à ses prières dans son heure dernière. Cette autre lettre donna lieu au bienheureux Martyr de lui en écrire une seconde, où, après lui avoir représenté les diverses conduites de Dieu sur ses élus, pour les mener par des voies différentes à une même fin, il lui prédit qu'elle fera encore la fonction d'assister les confesseurs dans les prisons et dans les supplices, et qu'elle-même endurera ensuite un illustre martyre.

La douleur de sainte Anastasie, durant cette captivité, n'était pas d'être privée de la conversation du monde, pour lequel elle n'avait que de l'horreur ; mais c'était de ne pouvoir plus assister les serviteurs de Jésus-Christ et surtout cet illustre martyr dont elle avait reçu de si saintes instructions, et qu'elle savait être accablé de misère. Elle pria instamment Notre-Seigneur de lui rendre la liberté ; et, selon la prédiction de son saint précepteur, elle fut enfin exaucée. Son mari fut nommé par l'empereur pour aller en ambassade vers le roi de Perse ; il accepta cette mission, et, en partant, il laissa Anastasie sous la garde d'un scélérat, nommé Codisse, auquel il recommanda de la tenir si resserrée, qu'elle ne put pas même respirer l'air, espérant que cette rigueur la ferait mourir, et qu'à son retour il n'aurait plus qu'à se mettre en possession des grands biens qu'elle lui avait

apportés en mariage ; mais la justice divine le punit de son inhumanité. Il mourut en chemin d'une mort violente, et les projets de sa cruauté et de son avarice moururent avec lui. Anastasie fut ainsi délivrée des idolâtres qui la gardaient, et se trouvant maîtresse de tous ses biens, elle se vit dans une plus grande liberté que jamais de secourir les martyrs. Elle reprit donc ses premiers offices de charité, et elle ajouta celui de chercher et de racheter les corps de ceux qui avaient été exécutés, de les ensevelir de ses propres mains et de leur donner une honorable sépulture.

Il arriva cependant que Dioclétien, étant à Aquilée, y commença une horrible boucherie de chrétiens ; et, entre autres, il fit venir de Rome saint Chrysogone, qu'il espérait vaincre par ses promesses ou par ses menaces. Anastasie crut que c'était un beau champ pour exercer son zèle. Elle y courut aussitôt, et on ne peut croire les secours qu'elle rendit à ces précieuses victimes du Christianisme. Lorsqu'elle eut enterré saint Chrysogone, avec les saintes Agape, Chionie et Irène, elle sortit d'Aquilée et s'en alla en Macédoine, où elle eut les mêmes occasions de signaler sa charité. Les prisons y étaient si pleines de confesseurs, qu'elles ne pouvaient en tenir davantage : il vint un ordre de Dioclétien d'en faire mourir une grande partie pour faire place à d'autres qui faisaient la même profession et que l'on arrêtait à tout moment. Un jour que l'on avait entièrement vidé une de ces prisons, Anastasie, qui n'en savait rien, vint à son ordinaire pour rendre ses assistances aux bienheureux captifs ; mais, ne les trouvant plus, elle se mit à pleurer à chaudes larmes et à pousser de grands soupirs. On lui demanda ce qu'elle avait ; elle répondit, avec un courage merveilleux, que le sujet de sa douleur était de ne plus trouver les serviteurs de Jésus-Christ, dont elle imitait la foi, afin de les secourir comme membres de son adorable Sauveur. On connut par là qu'elle était chrétienne, on se saisit de sa personne, et on la mena à Florus, préfet d'Illyrie.

Ce juge s'informa d'abord qui elle était, et, ayant appris son nom, sa patrie, sa famille, et qu'elle avait été mariée à Publius, ambassadeur de l'empereur vers le roi de Perse, il lui fit de grandes instances pour l'engager à se rendre aux volontés du prince. Ses réponses lui firent bien juger qu'il n'en viendrait pas à bout ; mais, comme il était défendu aux juges des provinces de tourmenter les dames de qualité, sans un ordre particulier de la cour, il se vit obligé de renvoyer cette affaire à Dioclétien. Comme ce tyran n'était pas moins avare que cruel, et qu'il aimait encore plus l'homme que ses dieux, il voulut d'abord savoir ce qu'elle avait fait de ses richesses. « S'il me restait encore du bien », répondit-elle, « je ne me serais pas si tôt découverte, et j'aurais continué de le répandre en secret sur les serviteurs de mon divin Maître ; mais m'étant entièrement épuisée à les assister, je viens présentement de bon cœur offrir mon corps pour en faire un sacrifice au vrai Dieu, puisque mon plus grand désir est de participer aux souffrances de ceux auxquels j'ai fait part de mes trésors ». Dioclétien, incapable d'une si haute sagesse, la traita d'extravagante, et ne voulut point discuter avec elle. Il la fit donc ramener à Florus, et celui-ci la remit entre les mains d'Ulpien, pontife du Capitole, homme adroit et malicieux, qu'il jugea capable de la réduire au culte des idoles.

Ce profane n'épargna rien pour en venir à bout, et joignit les promesses du monde les plus belles et les plus propres à ébranler un cœur tant soit peu timide aux menaces les plus effroyables ; mais la constance de la Sainte, rendant tous ses artifices inutiles, il lui dit pour conclusion qu'il lui donnait encore trois jours, et qu'après cela on emploierait contre elle toutes

25 DÉCEMBRE.

sortes de tortures et de supplices. « Qu'est-il nécessaire de trois jours ? » dit Anastasie ; « imaginez-vous qu'ils sont déjà passés, car je ne vous dirai rien autre chose que ce que je vous dis maintenant. Je déteste vos dieux, je me moque des ordres impies et sacrilèges de vos empereurs, je ne sacrifie qu'à Jésus-Christ et je suis prête à mourir pour son honneur ». Cette résolution n'empêcha pas qu'on ne lui donnât les trois jours. On la mit entre les mains de quelques femmes idolâtres, afin qu'elles fissent leurs efforts pour l'ébranler. Elles y travaillèrent de tout leur pouvoir, mais sans succès. La Sainte employa tout ce temps dans un jeûne rigoureux et dans une oraison continuelle. Lorsqu'on la ramena devant Ulpien, ce pontife eut la témérité de vouloir porter sur elle une main lascive ; mais il en fut repoussé avec horreur, et, en punition de cet attentat, il perdit la vue, et, un moment après, la vie du corps aussi bien que celle de l'âme, qui fut précipitée dans les enfers.

Florus la fit venir devant lui quelque temps après, et, la prenant en particulier, il lui dit que, si elle voulait lui céder les grands biens qu'elle possédait encore en fonds de terre, il la laisserait vivre en paix dans sa religion. « Si vous étiez dans la nécessité », lui répliqua Anastasie, « je vous assisterais très-volontiers avec la même charité que j'ai assisté tous les pauvres ; mais, puisque vous êtes riche, je n'ai garde de vous faire cession des biens que la divine Providence m'a donnés pour le secours des malheureux. Il est vrai que vous êtes dans une très-grande indigence des biens de la grâce ; mais c'est à Dieu à les donner, et il n'en fait largesse qu'aux âmes qui les lui demandent avec ferveur ».

Le préfet fut au désespoir de cette réponse ; et, pour s'en mieux venger, il la fit enfermer dans une obscure prison, avec ordre de ne lui donner presque rien à manger. C'était ce que la Sainte souhaitait. Elle y fut visitée et consolée par sainte Théodote, autrefois sa compagne dans la visite des cachots où étaient les martyrs, et depuis exécutée pour la foi avec ses trois enfants à Nicée en Bithynie, ainsi que nous l'avons dit au 2 août. Les visites fréquentes de cette illustre martyre firent que sainte Anastasie lui demanda comment elle avait la liberté de la venir voir. « Dieu », lui répondit Théodote, « accorde quelquefois aux âmes des martyrs le privilège de visiter ceux qu'elles veulent, pour les consoler et s'entretenir avec eux ». Au bout de trente jours, Florus voyant Anastasie en pleine santé, crut que ses geôliers avaient eu de l'indulgence pour elle ; c'est pourquoi il la fit conduire dans une autre prison, dont les gardes étaient très-barbares. Elle y fut traitée avec la dernière rigueur ; mais elle ne laissa pas d'y être presque toujours en prière et souvent les bras en croix, pendant un mois qu'elle y demeura.

Après ce mois on la mit, par ordre du préfet, dans une barque avec un chrétien, nommé Eutychien, et cent vingt idolâtres, condamnés à mort pour leurs crimes ; elle fut conduite en pleine mer, afin d'y être submergée. On trouva la barque en beaucoup d'endroits, afin qu'elle fît eau de tous côtés, et on l'abandonna à l'impétuosité des vagues. Sa perte était naturellement inévitable, et la mer avait déjà presque couvert tout le vaisseau lorsque Théodote parut dessus les voiles et en prit le gouvernail. Elle l'empêcha d'enfoncer, et elle le conduisit si bien au rivage, qu'il n'y eut personne de noyé. Ce miracle causa la conversion des cent vingt idolâtres, lesquels, au lieu d'endurer la mort pour leurs crimes, eurent trois jours après le bonheur de mourir pour la confession du nom de Jésus-Christ.

LE BIENHEUREUX PIERRE MAURICE DE MONTBOISSIER, ABBÉ. 473

Pour la généreuse Anastasie, elle fut menée dans l'île Palmarola (mer Tyrrhénienne) avec deux cents hommes et soixante-dix femmes, tous condamnés pour la foi de Jésus-Christ ; lorsqu'elle y fut arrivée, les bourreaux l'attachèrent à un poteau les pieds et les mains étendus, et ils allumèrent un grand feu autour d'elle pour la brûler. Elle acheva glorieusement le cours de son martyre par ce supplice, et elle alla triompher dans le ciel avec ceux qu'elle avait si charitablement secourus sur la terre. Ses autres compagnons perdirent aussi la vie par diverses sortes de tourments.

Le corps de sainte Anastasie fut enlevé par une dame de qualité, nommée Apollonie, qui, après la persécution, fit bâtir à Rome en l'honneur de la Sainte, une magnifique église dans laquelle furent déposés ses précieux restes. Cette église est un titre de cardinal. Saint Léon le Grand y prononça sa fameuse homélie contre l'hérésie d'Eutychès ; on y conserve encore un calice, que l'on assure avoir servi à saint Jérôme alors qu'il y célébrait les saints mystères. C'est dans cette église que les souverains Pontifes ont coutume de chanter la messe de l'aurore au jour de Noël, en mémoire de sainte Anastasie.

Ce récit est du Père Giry, que nous avons complété avec l'Année dominicaine. — Cf. Métaphraste et Surius.

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## LE BIENHEUREUX PIERRE MAURICE DE MONTBOISSIER,

## SURNOMMÉ LE VÉNÉRABLE, ABBÉ DU MONASTÈRE DE CLUNY (1157).

Pierre Maurice de Montboissier, surnommé le Vénérable, appartenait au pays d'Auvergne, qui déjà avait vu naître saint Odilon et le duc Guillaume, fondateur de l'abbaye de Cluny. Élevé à Sousclange (abbaye, fille de celle de Cluny), par les soins de saint Hugues, qui l'aimait tendrement, il se montra le digne disciple d'un si grand maître.

Dès sa jeunesse, on le nommait « le docteur et le maître des vieillards », et plus tard, « le soutien de l'Ordre monastique ». Théologien, poète, orateur, controversiste habile et redoutable, il joignit à de vastes connaissances dans toutes les sciences divines et humaines, la pureté d'une vie sans tache, une humilité profonde, une onction et une tendresse de cœur sans égales ; il fut à l'Ordre de Cluny ce que saint Bernard était à l'Ordre de Cîteaux. Sa taille était élégante, sa figure belle, ses mœurs graves ; sa voix des plus harmonieuses ravissait ceux qui l'entendaient. Il fut élu abbé de Cluny en 1122, à l'âge de trente ans.

Son nom, devenu si célèbre, est sans cesse mêlé aux grands noms et aux grands événements du XIIe siècle, et l'on peut dire qu'il tient une des places les plus éminentes entre les plus éminents personnages de son époque, qui en produisit tant. Il était un des plus illustres défenseurs de l'Église ; c'est lui qui fit rétracter Abailard et le porta à embrasser l'Institut de Cluny. Ce fut lui aussi qui extirpa le schisme de Pontius, et qui établit une réforme savante, régulière et complète dans plusieurs monastères de son Ordre. Confident et conseiller des papes et des rois, consulté par les plus savants docteurs, ami intime de saint Bernard, appelé et admiré au Concile de Pise et au deuxième de Latran, il fut le pacificateur des Piseus et des Lucquois, le médiateur entre le roi de France Louis le Jeune et Amédée de Savoie, entre le souverain pontife Eugène II et le roi d'Espagne ; enfin, l'ornement de l'état religieux et de l'Église ; et quand ce grand homme avait ainsi accompli les plus hautes missions que lui commandait le bien de l'Église et de l'État, il venait humblement se cacher, se recueillir et se reposer dans la modeste cellule du religieux, et s'appliquer avec ardeur à l'étude et aux vertus monastiques.

Nous avons de lui plusieurs ouvrages, qui sont : six livres de Lettres fort précieuses, quatre Sermons dogmatiques, des Hymnes et quelques petits Traités. Mais nous avons perdu trois livres de son immortelle Controverse. On n'a retrouvé que la table générale des matières renfermées dans les quatre premiers livres ; c'est une curiosité bibliographique à consulter. Ses lettres sont

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enquises de fraîcheur et de pureté de style, de finesse, de douceur et de sentiment. En général, elles sont belles et écrites avec clarté, facilité et élégance; les sentiments délicats abondent partout.

Pierre le Vénérable combattit contre les doctrines des Mahométans, et fit traduire le premier le Coran. Ce fut une merveille pour l'époque. Il écrivit aussi contre Pierre Bruys, d'où les Pétrubruziens prirent leur nom. Mais ses moments suprêmes arrivaient, et sa glorieuse carrière touchait à son terme; sa mort était depuis longtemps connue par la sainteté de sa vie; elle arriva en 1157, à la soixante-cinquième année de son âge; il avait régi trente-cinq ans l'abbaye qu'il aimait. Des regrets unanimes éclairèrent sur cette perte immense. On ne pouvait croire encore en être privé en le voyant mort, tant son visage avait conservé de beauté pure et de sérénité! On ne saurait dire de quel respect ses reliques et sa mémoire ont été environnées!

Quoique Pierre le Vénérable n'ait pas été canonisé, plusieurs monuments publics lui donnent le titre de Saint.

Extrait de l'Esprit des Saints, par M. l'abbé Grimes.

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Événements marquants

  • Correspondance avec saint Chrysogone pendant sa captivité
  • Délivrance après la mort violente de son mari Publius
  • Assistance aux martyrs à Aquilée puis en Macédoine
  • Arrestation et comparution devant Florus, préfet d'Illyrie
  • Survie miraculeuse à une tentative de naufrage
  • Martyre par le feu dans l'île Palmarola

Miracles

  • Cécité et mort subite d'Ulpien après une tentative d'attentat à la pudeur
  • Apparition de sainte Théodote guidant une barque percée vers le rivage
  • Conversion de cent vingt idolâtres suite au sauvetage de la barque

Citations

Je déteste vos dieux, je me moque des ordres impies et sacrilèges de vos empereurs, je ne sacrifie qu'à Jésus-Christ et je suis prête à mourir pour son honneur.

— Réponse à Ulpien