Sainte Angadrème de Renty

Vierge et Abbesse

Fête : 14 octobre 7ᵉ siècle • sainte

Résumé

Fille du comte de Renty, Angadrème obtint de Dieu la lèpre pour échapper à un mariage imposé et préserver sa virginité. Guérie miraculeusement lors de sa prise de voile, elle devint abbesse de l'Oroer à Beauvais. Elle est honorée comme la protectrice de Beauvais, notamment pour son intercession lors du siège de 1472 contre Charles le Téméraire.

Biographie

SAINTE ANGADRÈME DE RENTY, VIERGE.

ABBESSE DE L'OROER, AU DIOCÈSE DE BEAUVAIS.

Vers 695. — Pape : Sergius Ier. — Rois de France : Clovis III ; Childebert III.

« Voulez-vous paraître belle ? méprisez la beauté du corps et attachez-vous à orner votre âme. »

Saint Jean Chrysostome.

Angadrème était fille d'un seigneur, nommé Robert, comte de Renty, au diocèse primitif de Thérouanne (diocèse actuel d'Arras), et garde des sceaux de France, sous le règne de Clotaire III. On ne sait pas le nom de sa mère, mais on dit qu'elle n'était pas de moindre naissance, et que ses bonnes qualités répondaient parfaitement bien à celles de son mari. Cette excellente fille, à qui la nature avait donné une très-rare beauté, reçut de l'un et de l'autre une éducation toute sainte ; aussi, dès ses plus faibles années, elle se porta avec une ferveur admirable aux exercices de la piété chrétienne. Saint Omer, son évêque, qui aimait singulièrement cette illustre famille, fut son premier directeur, et il perfectionna, par ses sages conseils, les vertus que l'instruction de ses parents avait déjà fait naître en son âme ; et saint Lambert, son cousin-germain, qui, depuis, fut abbé de Saint-Vandrille et archevêque de Lyon, bien qu'il ne fût pas beaucoup plus âgé qu'elle, ne laissa pas de contribuer extrêmement, tant par son exemple que par la ferveur de ses discours, à lui faire haïr le monde et à allumer dans son cœur un grand feu de l'amour divin.

Comme elle connut bientôt les avantages de la virginité sur le mariage, et combien il est plus glorieux d'avoir un Dieu pour époux que s'assujétir à un homme changeant et sujet à la mort, elle s'obligea par vœu à la garder toute sa vie ; et, afin que la chair n'eût pas la force de s'élever contre l'esprit, elle l'affaiblissait par des jeûnes, des veilles et d'autres austérités que sa ferveur lui inspirait.

Cependant, le comte, son père, qui ne savait rien de sa consécration, la voyant en âge d'être mariée, l'accorda à Ansbert, fils de Siwin, gentilhomme de grand mérite, et riche seigneur de Chaussy près de Mantes.

Angadrème fut fort surprise de cet engagement, qui s'était fait à son insu ; mais comme elle avait un profond respect pour toutes les volontés de son père, et qu'elle craignait extrêmement de lui déplaire, elle ne résista point à la proposition qu'il lui en fit ; se reposant de toutes choses sur les soins de la divine Providence, elle fit semblant de vouloir bien avoir Ansbert pour mari. Ansbert, de son côté, ne voulait point de femme, et il n'y avait que le respect de l'autorité paternelle qui le faisait consentir à ce mariage. Ils s'entre-communiquèrent donc leurs sentiments, et, se voyant l'un et l'autre résolus de garder inviolablement leur chasteté, ils s'adressèrent au Père des miséricordes, et le prièrent avec de grandes instances de leur inspirer ce qu'ils devaient faire pour l'accomplissement de ce dessein. La bienheureuse Angadrème, en particulier, demanda à Notre-Seigneur qu'il lui plût de la rendre si difforme, qu'elle ne fût l'objet de l'amour d'aucun homme mortel.

Nous avons déjà remarqué, dans la vie de saint Ansbert, que sa prière fut exaucée, que son visage parut tout d'un coup couvert de lèpre, et que, les médecins ne voyant point de remède à ce mal, il fut résolu entre les parents qu'on ne passerait pas outre et que les propositions de mariage seraient rompues ; Angadrème avoua d'ailleurs franchement à son père qu'elle avait voué sa virginité, et que c'était pour cela que le Fils de Dieu, qui l'avait choisie pour épouse, ne voulait pas qu'elle fût possédée par un autre.

Après cette rupture, à laquelle personne ne s'opposa, Angadrème, qui, apparemment, avait été amenée chez le seigneur Siwin, fut conduite à saint Ouen, archevêque de Rouen, à qui elle demanda humblement le voile des vierges : le saint archevêque le lui accorda volontiers, et alors, par une merveille de la puissance divine, elle parut à la vue de tout le monde parfaitement guérie de sa lèpre, et sa première beauté lui fut rendue avec tant d'avantages, qu'il fut aisé de voir qu'elle ne l'avait perdue que parce que le Fils de Dieu la voulait pour lui seul. Ensuite saint Ouen, qui prit un soin particulier de sa conduite, la mit dans une communauté de saintes vierges de son diocèse, pour y être formée à toutes les pratiques de la vie religieuse. Elle parut au milieu de ces anges terrestres comme un soleil au milieu des étoiles. Son humilité, sa patience, sa soumission d'esprit et sa charité, étaient admirables. Elle était la première à tous les exercices spirituels, et la dernière à prendre du soulagement et à se dispenser des charges onéreuses de la communauté. Une vertu si éclatante fit qu'on la transféra dans une célèbre abbaye de l'Ordre de Saint-Benoît, qu'on appelait l'Oratoire, ou, selon la manière de parler de ce temps-là, l'Oroer des Vierges.

On croit que c'était pour en être supérieure. Cependant sa modestie lui fit refuser ce rang dont elle s'estimait indigne. Elle y demeura quelque temps dans celui de simple religieuse, jusqu'à ce que, sa prudence et sa sainteté jetant continuellement de nouveaux éclats, les sœurs, ravies d'une si grande vertu, l'obligèrent enfin de prendre leur conduite.

La sagesse de son gouvernement fit bientôt voir que ce choix venait du ciel. Elle était plus mère par les soins maternels qu'elle avait de ses filles, que par le titre de sa dignité d'abbesse. Son exemple était la règle vivante de son monastère : elle n'ordonnait rien qu'elle ne fît aussi elle-même, ou qu'elle ne fût disposée à faire, si les sœurs le lui eussent permis. Enfin, elle rendit son abbaye florissante plus par l'éclat de l'observance régulière, que par l'abondance des biens et par le grand nombre des filles de qualité qui vinrent se ranger sous sa discipline.

En ce temps-là, la clôture n'était pas encore introduite dans les monastères de religieuses comme elle l'est maintenant. Ainsi, notre Sainte ayant la liberté de sortir, ne le faisait que pour des actions de piété et pour visiter les tombeaux des saints martyrs Lucien, Maximien et Julien, qui ont planté la foi dans le Beauvaisis, aux dépens de leur sang et de leur vie. Elle avait aussi un respect singulier pour saint Evrou, dont il y avait des reliques dans son église, dédiée sous le nom de Notre-Dame. On dit que, le feu ayant pris à ce lieu sacré, elle eut le courage de prendre ces saints ossements et de les opposer à la violence de la flamme, qui menaçait l'édifice d'un embrasement général : ce qui eut un si heureux succès, que le feu s'éteignit au même instant. Ce miracle doit sans doute être attribué au mérite du saint confesseur ; mais la foi d'Angadrème y contribua aussi beaucoup ; Dieu voulut honorer par un même prodige un Saint qui régnait déjà avec lui dans le ciel, et une Sainte qui le servait fidèlement sur la terre. Elle fit encore une foule d'autres miracles dont le détail n'est pas venu jusqu'à nous.

Durant trente années, Angadrème gouverna son monastère avec une admirable sagesse. Par sa patience, sa douceur, ses austérités, son détachement absolu des choses de la terre, elle édifia constamment les humbles filles dont Dieu l'avait établie la mère. Avant de mourir, elle voulut leur inspirer une dernière fois, par son exemple, les sentiments qui doivent toujours animer les âmes chrétiennes, au souvenir de leurs péchés et de leurs misères. « Sur le point de recevoir mon Dieu et mon Juge », leur dit-elle, « moi, votre indigne abbesse, je vous demande pardon de tous les mauvais exemples que j'ai pu vous donner, et des peines dont j'ai été pour vous la cause. Je ne mérite pas ce pardon, je le sais ; mais vous aurez pitié de moi et de mes faiblesses ». Elle reçut ensuite la divine Eucharistie dans un cœur embrasé d'amour, et alla partager au ciel la gloire et la joie des élus. Elle mourut le 14 octobre, vers la fin du VIIIe siècle, âgée de plus de quatre-vingts ans.

On la représente tantôt debout en costume de religieuse, tantôt recevant des mains de la sainte Vierge l'Enfant Jésus dans ses bras.

## CULTE ET RELIQUES.

Des miracles ne tardèrent pas à illustrer le tombeau d'Angadrème, et à rendre son nom et son culte fameux dans toute la contrée. Au IXe siècle, ses reliques soustraites aux ravages des Normands, et portées dans l'église de Saint-Michel, préservèrent la ville de Beauvais de la fureur de ces barbares. Plus tard, elles la protégèrent encore contre les dévastations des Anglais. Mais ce fut surtout pendant le mémorable siège de 1472, que les Beauvaisiens ressentirent les effets de la protection de la Sainte. Quatre-vingt mille Bourguignons, conduits par Charles le Téméraire, assiégeaient Beauvais. Un dernier assaut plus décisif que les autres allait triompher de la courageuse résistance des assiégés ; la ville était sur le point d'être prise et livrée au pillage. Voyant que le salut ne pouvait venir des hommes, les Beauvaisiens tournent leurs regards vers le ciel. Ils invoquent la bienheureuse Angadrème, qui les a déjà délivrés de tant de périls. Sa chasse qui, dès le premier jour du siège avait été portée par des jeunes filles sur les remparts de la ville, y paraît de nouveau. A cette vue, le courage des vaillants défenseurs de la cité se ranime, leurs forces se centuplent, une ardeur guerrière s'empare des femmes elles-mêmes. Au fort du combat, on voit une jeune fille, Jeanne Lainé, assaillir un soldat prêt à planter l'étendard de Bourgogne sur le haut de la muraille, et, d'un coup de hache, le renverser dans le fossé. Les Bourguignons, repoussés de toutes parts, se retirent, laissant plus de trois mille soldats tués sous les murs de la ville, tandis que les assiégés n'ont à déplorer que la perte de vingt-quatre hommes ; ce qui confirma les Beauvaisiens dans la pensée que Dieu, par l'intercession de sainte Angadrème, était venu à leur secours. Après cette victoire, Jeanne Lainé, qui s'appellera désormais Jeanne Hachette, alla déposer à l'église des Jacobins le glorieux étendard qu'elle avait pris à l'ennemi, et la chasse de la Libératrice fut reportée triomphalement dans le sanctuaire de l'église de Saint-Michel, qui n'existe plus aujourd'hui.

A dater de cette époque, le culte de sainte Angadrème, que Jean de Marigny, évêque de Beauvais, avait déjà relevé en l'année 1321, fut plus célèbre que jamais. Louis XI voulut qu'une procession solennelle rappelât, tous les ans, le souvenir de la protection dont la Bienheureuse avait couvert la ville. Cette cérémonie a lieu encore de nos jours le dimanche le plus rapproché du 27 juin. Les clergés de Saint-Etienne et des diverses chapelles de la ville se réunissent au clergé de la cathédrale, avec lequel ils se rendent sur la place de l'Hôtel-de-Ville. On porte solennellement, à cette procession, la chasse qui renferme une parcelle des reliques de sainte Angadrème.

Vie des Saints de Beauvais, par M. l'abbé Sabatier ; Notes locales fournies par M. Millière, vicaire général de Beauvais.

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## SAINT BURCHARD OU BURCKARD,

## PREMIER ÉVÊQUE DE WURTZBOURG ET CONFESSEUR (752).

Burchard naquit en Angleterre de parents illustres par leur noblesse et par leur piété. Son enfance fut toute sainte, on n'y put jamais remarquer les vices et les dérèglements de cet âge. Le mensonge ne sortait point de sa bouche ; on ne voyait en ses mœurs ni opiniâtreté, ni inconstance, ni précipitation, ni immodestie, ni légèreté. Il était parfaitement soumis à ses parents et à ses maîtres, poli et bienveillant envers les domestiques, assidu à la prière et au service divin, et si retenu dans toutes ses actions, qu'il était aisé de voir que Dieu le destinait à être un des plus riches ornements de l'état ecclésiastique. Le monde le dégoûta bientôt, et, dès qu'il eut suffisamment étudié pour rendre service à l'Église, il quitta ses biens, ses amis et sa propre patrie, et vint en France sous un habit de pèlerin, pour se sacrifier au salut des âmes. Lorsqu'il fut en âge de recevoir les Ordres, se sentant appelé au ministère sacré, il s'y fit promouvoir et fut fait prêtre, afin de pouvoir apaiser tous les jours la colère de Dieu par l'oblation du saint Sacrifice, et d'avoir aussi plus d'autorité pour prêcher sa parole et pour convertir les infidèles.

A cette époque, le grand saint Boniface travaillait avec un zèle incroyable à détruire l'idolâtrie et à rétablir le Christianisme en Allemagne, et demandait de tous côtés des ouvriers pour le seconder dans cette entreprise. Burchard, en étant informé, vint le trouver et s'offrit à lui pour aller où il voudrait annoncer l'Évangile de Jésus-Christ. Saint Boniface connut aussitôt l'éminente vertu de ce saint missionnaire, et, ayant tous les jours de nouvelles preuves de sa sainteté, il résolut de le faire créer évêque de la ville de Wurtzbourg, qui avait été gagnée à la foi par la prédication de saint Chilien et de ses compagnons, martyrs. Il le mena pour cela à Rome, et le présenta au pape saint Zacharie ; celui-ci, à la prière de Pépin le Bref et du même saint Boniface, érigea cette ville en évêché ; puis, ayant des témoignages assurés du mérite de Burchard, il l'en consacra évêque de ses propres mains. Après cette consécration, les deux prélats, munis de la bénédiction et des lettres apostoliques, retournèrent en Allemagne, et saint Boniface installa solennellement saint Burchard en son nouvel évêché, et lui donna pour sa subsistance un revenu suffisant, qu'il prit sur les biens de son propre archevêché de Mayence.

Burchard, se voyant établi pasteur des onnailles du Fils de Dieu, s'appliqua tout entier, pendant quarante ans, à les bien gouverner et à les conduire dans les voies du salut. Il était le père des orphelins, le soutien des pauvres et des veuves, le refuge des affligés et l'espoir des malades. Il prenait un tel soin de déraciner le vice et de faire fleurir les vertus chrétiennes dans toute l'étendue de son diocèse, qu'on y vit en peu de temps un changement merveilleux. Il se faisait lui-même le modèle de son troupeau. Son humilité était si grande, qu'il ne voulait jamais avoir que des ornements de peu de valeur. Sa crosse même n'était que de bois de sureau. Il avait tant de douceur et de bénignité, qu'il se faisait aimer de tout le monde : il n'y avait point d'esprits qu'il ne fléchit et ne gagnât. Enfin, il s'acquit une telle réputation parmi les grands du royaume de France, qu'ils le firent un de leurs députés auprès du pape saint Zacharie dans l'affaire importante et délicate de l'exaltation de Pépin le Bref, tige de la seconde race de nos rois, à la place de Childeric, qui a fini la première race.

Sa dévotion le porta à faire honorer les reliques des premiers apôtres de Wurtzbourg, saint Chilien, saint Colomano et saint Totman, martyrs ; ainsi, après de ferventes prières, il les leva de terre, et, les ayant mises dans des chasses précieuses, il les plaça dans un monastère qu'il fit bâtir exprès en leur honneur. Mais, comme il ne désirait rien tant que de joindre le repos de la vie contemplative aux empressements de la vie active, il fonda, sur la rivière du Mein, une autre abbaye qu'il dédia sous l'invocation de Notre-Dame et de saint André, pour douze religieux du chœur obligés aux heures canoniales. Il y venait fort souvent pour jouir avec plus de tranquillité des délices ineffables de l'union avec son Dieu. Enfin, après avoir porté, pendant quarante ans, le lourd fardeau de l'épiscopat, il mourut plein de mérites au château d'Hohenbourg, où il s'était retiré avec six de ses religieux. C'était le 9 février 752. Son corps fut porté dans le monastère qu'il avait fait bâtir sur le Mein ; mais, dans la suite des temps, après plusieurs miracles faits par son intercession, il fut transporté dans son église de Notre-Dame et de Saint-André. Hugues, évêque de Wurtzbourg, autorisé par un ordre du pape Benoît VII, fit la translation de ses reliques vers l'an 983, le 14 octobre, jour auquel on a depuis célébré sa principale fête.

Saint Burchard est patron de Wurtzbourg ; on l'invoque contre la gravelle et les maux de reins.

Surtus, Godescard, *Acta Sanctorum*.

Ce monastère, reconstruit au village de Saint-Paul, fut bientôt enrichi par la libéralité des évêques de Beauvais et des seigneurs voisins.

Événements marquants

  • Vœu secret de virginité
  • Fiançailles forcées avec Ansbert de Chaussy
  • Obtention miraculeuse de la lèpre pour rompre le mariage
  • Guérison miraculeuse lors de la prise de voile par saint Ouen
  • Fondation et direction de l'abbaye de l'Oroer pendant trente ans
  • Extinction miraculeuse d'un incendie avec les reliques de saint Evrou

Miracles

  • Apparition subite de la lèpre pour rompre ses fiançailles
  • Guérison instantanée de la lèpre lors de la réception du voile
  • Extinction d'un incendie par l'opposition des reliques de saint Evrou
  • Délivrance de Beauvais lors du siège de 1472

Citations

Voulez-vous paraître belle ? méprisez la beauté du corps et attachez-vous à orner votre âme.

— Saint Jean Chrysostome (en exergue)

Je vous demande pardon de tous les mauvais exemples que j'ai pu vous donner, et des peines dont j'ai été pour vous la cause.

— Dernières paroles d'Angadrème

Date de fête

14 octobre

Époque

7ᵉ siècle

Décès

14 octobre, vers la fin du VIIe siècle (vers 695) (naturelle)

Catégories

Patron(ne) de

Invoqué(e) pour

protection contre les incendies, protection contre les invasions ennemies, sièges militaires

Autres formes du nom

  • Angadrème (fr)
  • Angadrisma (la)

Prénoms dérivés

Angadrème

Famille

  • Robert (père)
  • Saint Lambert (cousin-germain)