Sainte Benoîte de Rome

Vierge et Martyre

Fête : 8 octobre 4ᵉ siècle • sainte

Résumé

Fille d'un sénateur romain, Benoîte quitte Rome pour les Gaules afin d'imiter le martyre de saint Quentin. Établie à Origny-sur-Oise, elle convertit de nombreux païens avant d'être arrêtée par le préfet Matrocle. Après avoir survécu miraculeusement à plusieurs supplices, elle est décapitée à la hache en 362.

Biographie

SAINTE BENOÎTE DE ROME, VIERGE ET MARTYRE

À ORIGNY, AU DIOCÈSE DE SOISSONS

Le Christ nous a appris par les maux de cette vie à compenser les prospérités du siècle.

*Saint Augustin.*

Sainte Benoîte était fille d'un sénateur romain. Dès qu'elle eut embrassé la religion chrétienne, elle méprisa toutes les richesses et tous les honneurs de la terre, et, ayant gagné à Jésus-Christ une douzaine d'autres jeunes filles, elle les prit dans sa maison et mena avec elles une vie très-pieuse. Comme elle vivait ainsi dans tous les exercices d'une solide piété, le bruit du triomphe que l'illustre martyr saint Quentin et ses compagnons avaient remporté en Picardie et des miracles qui se faisaient par leur intercession, se répandit dans Rome et lui inspira un si grand désir d'imiter l'exemple de ces nobles Romains, que, se sentant animée d'une sainte ardeur, elle abandonna son pays pour venir avec ses douze compagnes chercher le martyre dans les Gaules.

Après avoir traversé les Alpes, elles firent quelque séjour dans les Gaules lyonnaises, d'où elles se rendirent enfin dans la capitale du Vermandois. Après y avoir visité dévotement les tombeaux de leurs saints compatriotes, elles se partagèrent pour aller en divers endroits, travailler à la conversion des âmes. Benoîte, qui prit avec elle Léobérie, fut conduite par l'Esprit de Dieu à Origny-sur-Oise, au diocèse de Soissons : là, par l'exemple de ses vertus et par des exhortations familières qu'elle faisait avec une admirable ferveur, elle gagna un grand nombre de personnes à la religion chrétienne. Sa retraite ordinaire était dans une petite cellule qu'elle fit bâtir sur une colline, hors le bourg, du côté de la rivière. Elle y passait les nuits en prière et dans la contemplation des vérités divines, et, s'étant, par cette sainte pratique, remplie de grâces et d'onction, elle parcourait ensuite les lieux voisins pour y répandre les lumières que le Saint-Esprit lui avait communiquées.

Les nouvelles conquêtes qu'elle faisait tous les jours à Jésus-Christ ne purent demeurer cachées au préfet de la province, nommé Matrocle : il avait ordre de l'empereur Julien l'Apostat de n'épargner aucun fidèle ; de plus, il était juif d'origine et par conséquent ennemi juré des chrétiens. Il ne fut donc pas plus tôt informé des conversions qu'opérait notre Sainte, qu'il la fit arrêter et amener devant lui. Il employa d'abord les artifices et la douceur pour tâcher de la faire renoncer à Notre-Seigneur ; mais, la trouvant inébranlable dans la foi et insensible à toutes ses belles paroles, il la fit souffleter puis fouetter, ce qui fut exécuté avec tant de cruauté, que le corps de cette innocente vierge fut couvert d'une plaie universelle. Après ce supplice, elle fut jetée dans un obscur cachot pour y être réservée à un nouveau tourment. Mais à peine y fut-elle entrée, qu'un ange tout brillant lui apparut, et, après l'avoir consolée et animée à la persévérance, la guérit parfaitement de toutes ses blessures. Cinquante-cinq personnes qui l'avaient vue auparavant dans ce pitoyable état, la voyant entièrement guérie sans aucun remède humain, reconnurent la toute-puissance du vrai Dieu et embrassèrent la religion chrétienne.

Le tyran, ne pouvant souffrir ces admirables progrès, la fit comparaître une seconde fois devant son tribunal et tenta de nouveau de la séduire. Mais, n'ayant pu faire aucune impression sur son cœur, il la fit mettre sur le chevalet, et après lui avoir fait endurer plusieurs tourments, il la renvoya en prison en attendant qu'il inventât quelque autre genre de supplice. L'ange du Seigneur l'y vint aussitôt visiter, la remplit de joie par sa présence, la guérit encore une fois de toutes ses plaies, et enfin la délivra de son cachot : ce qui fut cause de la conversion d'un grand nombre d'idolâtres. Mais le préfet, demeurant toujours dans son aveuglement, et désespérant tout à fait de pouvoir vaincre celle qui avait déjà triomphé de sa cruauté, la condamna à mort et, par une fureur détestable, il se fit son bourreau en lui déchargeant à l'heure même un coup de hache qui lui trancha la tête, le 8 octobre, l'an 362 de l'Incarnation.

Un grand nombre de miracles ayant été obtenus par l'intercession de notre Sainte, nous allons en citer quelques-uns, tirés d'un livre très-ancien et très-rare : Le miroir d'Origny. Ce livre a toujours fait autorité.

Une fille d'Origny, nommée Alix, fut guérie d'une cruelle maladie de dix-huit mois, au moment d'une visite à la chapelle existant alors en l'honneur de sainte Benoîte. Beaucoup de témoins en déposèrent. Mais l'abbesse pleine de reconnaissance, voulant par une démonstration publique remercier Dieu dans la chapelle de la Sainte, convia à accompagner sa communauté, les chanoines du Chapitre. Deux d'entre eux refusaient de croire à la guérison merveilleuse, et disaient qu'ils n'y croiraient que s'ils voyaient guéri un pauvre homme du pays, nommé Gauthier. Ce malheureux était contrefait, ingambe, et se traînait par terre pour demander l'aumône. Conduit à la chapelle de la Sainte, il obtint aussi sa guérison. Cet homme demeura depuis au monastère où il resta plusieurs années, vu et connu de tout le monde.

Une femme de Regny, à une lieue d'Origny, souffrait d'un mal affreux ; elle avait été prise des douleurs de l'enfantement dans la campagne, seule et sans secours pour la délivrer, les intestins lui étaient sortis, la corruption s'y mit, c'était une infection. Deux femmes l'amenèrent à l'église de l'abbaye et elle fut bientôt complètement guérie.

Une fille d'un pays éloigné avait les jambes torses au point de ne pouvoir presque se soutenir. Son père l'ayant conduite à l'église de l'abbaye, elle y fit une neuvaine et recouvra la santé.

Un orfèvre de la ville d'Angers fut guéri d'un grave accident. Pendant son sommeil, il lui était entré des vers dans les oreilles. Il souffrit des maux incroyables pendant huit à neuf mois. La science et ses remèdes avaient été impuissants. Il vint visiter l'église où reposait le corps de sainte Benoite, et après plusieurs démarches et prières près de la châsse de la Sainte, il fut exaucé, et jamais depuis il ne souffrit de son mal.

En 1589, une pauvre fille infirme et dont les membres étaient comme disloqués, fut guérie après une neuvaine, peu de jours avant la Pentecôte. On la vit avec admiration assister à la grande procession du mercredi dans l'Octave. Une autre femme nommée Marsson, née à Origny, souffrait d'une enflure à la gorge, telle que la malheureuse faisait horreur à voir. Après plusieurs neuvaines, elle obtint enfin une entière guérison et vécut plus de vingt ans après en parfaite santé.

On représente sainte Benoîte torturée sur le chevalet.

VIES DES SAINTS. — TOME XII.

8 OCTOBRE.

[ANNEXE: CULTE ET RELIQUES.]

Son corps fut enterré par les chrétiens sur une petite colline auprès du lieu où elle avait souffert le martyre. Ce lieu, d'après la tradition locale, est nommé encore aujourd'hui les Arbres du Thil. C'est un enclos de soixante-cinq verges, entouré d'arbres et de haies vives. Ce lieu est journellement visité par un grand nombre de personnes ; à certains jours, et même chaque dimanche, ce sont comme des processions de visiteurs amenés par la confiance universelle en la sainte patronne du pays.

Après être demeuré caché l'espace de trois cents ans, le corps fut heureusement découvert par le miracle suivant :

Un aveugle, qui demeurait à Paris, ayant eu révélation qu'il recouvrerait la vue par le mérite de sainte Benoîte, s'il se transportait au lieu où était son corps, se fit conduire vers Origny, et, par une inspiration divine, il s'arrêta à l'endroit même où ce précieux trésor était caché. Il se rencontra alors en ce lieu, par une conduite particulière de la Providence, dix-huit évêques de diverses provinces, auxquels cet aveugle découvrit le sujet de son voyage, et comment Dieu lui avait fait connaître que, dans l'endroit qu'il désigna, en mettant son bâton dans la terre, reposait le corps d'une Sainte vierge et martyre, par l'intercession de laquelle il devait être guéri.

Comme ces prélats parlaient ensemble d'y faire creuser, ils furent entièrement confirmés dans ce dessein par l'apparition d'une colombe, qui, après avoir voltigé quelque temps autour des arbres, vint se poser, en leur présence, à l'endroit même que l'aveugle leur avait marqué. Ils firent fouiller et on y trouva effectivement le corps de notre Sainte avec l'histoire de son martyre. Il fut porté à Origny, dans une église de Chanoines réguliers, dédiée à saint Pierre ; elle a depuis été changée en une célèbre abbaye de religieuses de l'Ordre de Saint-Benoît, qui possédait encore, avant 93, les riches dépouilles de cette illustre vierge ; d'où vient que ce lieu s'appelle vulgairement Origny-sainte-Benoîte.

Le 26 mai 1246, il se fit une translation solennelle de ces saintes reliques, par Garnier, évêque de Laon, pour les mettre dans une chasse d'argent qu'Emmeline de Manny, abbesse d'Origny et sœur d'Anselme de Manny, aussi évêque de Laon, avait fait faire, excepté le chef qu'il mit dans un reliquaire particulier. Mais, comme cette chasse avait perdu toute sa beauté pour avoir été souvent transportée en divers lieux, à cause des guerres, tant civiles qu'étrangères, principalement durant celles des Huguenots, où elle demeura longtemps cachée dans la terre, Marie-Catherine de Montluc, abbesse de ce monastère, en fit faire une autre de vermeil, que l'on compare, pour sa magnificence, sa grandeur et son art, à celle de Sainte-Geneviève de Paris, et, l'an 1619, les précieux ossements de la Sainte y furent solennellement déposés par le grand-vicaire de l'évêque de Laon.

La très-riche chasse de sainte Benoîte fut transportée à Saint-Quentin lors du sac de l'abbaye royale d'Origny, avec les richesses et autres objets précieux qu'elle possédait. Deux voituriers du pays, requis pour transporter ces riches dépouilles, assistaient avec grand serrement de cœur au bois de la magnifique chasse ; ils s'emparèrent furtivement d'un os de l'avant-bras de la Sainte, et le partagèrent, et plus tard le rendirent à l'église d'Origny ; on constata les choses authentiquement, les procès-verbaux de l'époque en font foi.

L'église du Mont-d'Origny possède une parcelle des précieux ossements ; c'est, à ce que l'on assure, le don d'un ancien chanoine de Saint-Quentin, au commencement de ce siècle. C'est depuis lors que cette église fait aussi annuellement une procession aux Arbres du Thil, en portant cette relique, le premier dimanche d'octobre.

À Origny, la procession solennelle existe toujours, mais elle a été transférée au dimanche de la Trinité. Jusqu'à ces dernières années, on faisait aussi, plus simplement, une petite procession le mercredi de la Pentecôte. On y voyait encore quelques personnes venues de pays éloignés. On porte à la grande procession ce que l'on possède des reliques de sainte Benoîte, pieuse soustraction des deux voituriers dont on conserve les noms, Moret et Paris. On porte aussi d'autres saintes reliques, restes précieux des nombreuses richesses de l'abbaye sous ce rapport. Cette procession est très-solennelle ; une foule immense l'accompagne et c'est une fête pour tout le pays.

Lors des guerres des Bourguignons et des Espagnols, la désolation était partout, la peste décimait les populations, la plupart des maisons étaient désertes. La chasse de sainte Benoîte fut portée comme en un lieu de refuge à Laon, en 1635, et on remarqua que la peste épargna la seule rue où elle était déposée, la rue du Bloc, rue connue encore aujourd'hui sous ce nom par tous les anciens habitants de Laon.

Il ne reste plus rien à Origny de la magnifique abbaye qui vit à sa tête des princesses du sang royal, ni de son église ; le terrain est encore reconnaissable ; il est entouré de murailles avec la même enceinte, et le peuple l'appelle encore l'Abbaye. Tout fut détruit, saccagé, ruiné avec une passion furieuse lors de la révolution de 93. La dernière abbesse, Madame de Narbonne, mourut sur la paille dans les prisons de Saint-Quentin.

Nous avons complété le P. Giry avec des Notes fournies par M. le curé d'Origny-Sainte-Benoîte.

Événements marquants

  • Conversion au christianisme à Rome
  • Départ pour les Gaules avec douze compagnes
  • Évangélisation à Origny-sur-Oise
  • Arrestation par le préfet Matrocle sous Julien l'Apostat
  • Guérisons miraculeuses en prison par un ange
  • Martyre par décapitation à la hache

Miracles

  • Guérison instantanée de ses plaies en prison par un ange
  • Invention de son corps 300 ans après sa mort grâce à un aveugle et une colombe
  • Guérison d'Alix d'une maladie de dix-huit mois
  • Guérison de Gauthier, mendiant contrefait
  • Protection d'une rue de Laon contre la peste en 1635

Citations

Le Christ nous a appris par les maux de cette vie à compenser les prospérités du siècle.

— Saint Augustin (en exergue)

Date de fête

8 octobre

Époque

4ᵉ siècle

Décès

8 octobre 362 (martyre)

Catégories

Attributs iconographiques

Invoqué(e) pour

maladies cruelles, infirmités, maux d'oreilles, douleurs de l'enfantement, protection contre la peste

Autres formes du nom

  • Benoîte (fr)
  • Benedicta (la)

Prénoms dérivés

Benoîte

Famille

  • Sénateur romain non nommé (père)