Sainte Claire de Rimini

Bienheureuse

Fête : 10 fevrier 13ᵉ siècle • sainte

Résumé

Noble dame de Rimini au XIIIe siècle, Claire se tourna vers une pénitence héroïque après un second mariage et des tragédies familiales. Elle fonda un monastère, se dévoua aux pauvres et aux prisonniers, et pratiqua des mortifications extrêmes. Elle mourut en 1346, célèbre pour ses miracles et ses extases mystiques.

Biographie

SAINTE CLAIRE DE RIMINI

Il y a de belles choses à dire sur la Bienheureuse Claire de Rimini : on pourra les voir dans sa Légende, publiée par le cardinal Joseph Garampi ; nous n'en donnerons ici qu'un abrégé. Elle naquit vers le milieu du XIIIe siècle, à Rimini, où un grand miracle devait arriver de nos jours. Son père s'appelait Chiarello et sa mère Gaudiana ; ils appartenaient tous deux à une famille noble et opulente. Claire se maria jeune, et, étant demeurée veuve quelque temps après, son cœur devint comme un grand chemin, où la bonne semence qu'y jetait l'Esprit-Saint était foulée aux pieds par le monde et enlevée par le démon ; car ce cœur était tellement ouvert aux vanités, que les malheurs mêmes ne l'y pouvaient fermer : exilée à la suite d'une guerre civile, elle ne revint que pour voir monter sur l'échafaud son père et l'un de ses frères ; elle avait même passé à de secondes noces, lorsque Notre-Seigneur qui la recherchait depuis longtemps pour son épouse, l'invita enfin à cette divine union.

Un jour qu'elle était entrée dans l'église des Franciscains, il lui sembla entendre une voix qui lui disait : « Efforcez-vous, Claire, de dire un Pater et un Ave à la louange de Dieu, et, comme une marque de votre souvenir, de les réciter avec attention, sans penser à autre chose ». Elle ne comprit pas d'abord ce que cet avis signifiait, mais il la porta à la réflexion. Dès lors elle abandonna les assemblées tumultueuses pour se retirer dans ses jardins et dans les lieux les plus solitaires.

C'est dans le recueillement que Dieu parle à nos âmes : Claire reçut une visite céleste : la sainte Vierge vint pour ainsi dire la prendre par la main et l'arracher au monde ; cette Reine des vierges, environnée d'une multitude d'anges, apparut à notre Bienheureuse, dans la même église de Saint-François, et, s'étant tournée vers elle : « Claire, lui dit-elle, à quoi servirent à ton premier mari, que tu aimais tant, et ses grandes richesses, et sa forte jeunesse, le secours des médecins, la grandeur de sa maison, ses palais superbes, puisqu'un peu de fièvre, le menant à la mort, l'a enfin séparé de toi ? » Ces paroles touchèrent son cœur : cette lumière du ciel lui fit voir les égarements de sa vie ; elle résolut de la passer dès lors aux pieds de son Sauveur, les arrosant des larmes de la pénitence. Son mari lui permit de vivre en religieuse et d'en porter l'habit ; et, comme il mourut peu de temps après, Claire, se voyant libre de prendre Jésus-Christ pour son unique époux, se voua à de grandes austérités ; pour mortifier sa délicatesse, elle marchait pieds nus : ce qu'elle fit le reste de sa vie. Pour punir son corps des joyaux et des perles qui l'avaient orné, elle portait au cou, aux bras et aux genoux des cercles de fer ; elle avait aussi une espèce de cuirasse du même métal, qui se conserve encore à Rimini ; elle ne couchait plus que sur de grosses planches, pour expier le plaisir d'avoir reposé sur des lits moelleux, et son estomac fit pénitence de sa bonne chère en ne recevant plus que la plus pauvre nourriture ; c'était ordinairement du pain et de l'eau, auxquels elle ajoutait un peu d'huile les dimanches et les grandes fêtes.

Ce sont là les armes qu'elle employait pour combattre ses anciennes habitudes, qui, dans les commencements surtout, lui livrèrent de grands combats. Que de courage il lui fallut, principalement pour triompher du démon de la gourmandise, qui lui rappelait les délices de ses festins d'autrefois ! Un jour qu'elle était presque vaincue sur ce point, Jésus-Christ, qu'elle priait avec ferveur, lui inspira de dire ces paroles : « Levez-vous, ô Christ, et secourez-moi ! Levez-vous, ô vous qui êtes le Défenseur des hommes ; ô rejeton de David ! Alleluia ». Claire n'eut pas plus tôt prononcé ces paroles, qu'elle se sentit pleine de force contre la tentation ; mais la voulant détruire jusqu'à dans sa racine, je veux dire dans le penchant et l'habitude, devenue une seconde nature, elle va chercher une bête dégoûtante, la fait rôtir et la porte à sa bouche, en se disant à elle-même : « Mange, gourmande ; mange ce mets délicieux ! » Anéanti, après une pareille défaite, cet ennemi ne l'attaqua plus dans la suite. Non contente de ces austérités et des jeûnes rigoureux qu'elle s'imposait, depuis la fête de saint Martin jusqu'à Noël, et depuis l'Épiphanie jusqu'à Pâques, elle y joignait les veilles, passant en prières la plus grande partie des nuits ; pendant le Carême, elle se retirait dans un réduit que lui offrait l'ancien mur de la ville ; là, exposée au froid, à la pluie, et à toutes les injures du temps, elle demandait à Dieu miséricorde, confessait ses fautes et récitait plus de cent fois par jour l'Oraison dominicale, en versant des larmes abondantes.

Elle puisait, dans cet amour pour Dieu, une tendresse surnaturelle pour les malheureux, et son propre frère en éprouva les effets un des premiers. Il avait été proscrit une seconde fois, par suite des troubles qui agitaient sa patrie, et il se trouvait malade à Urbino. Claire vola près de lui, lui donna tous les secours dont il avait besoin et l'aida à sanctifier ses souffrances. Il y avait, près de la cathédrale d'Urbino, une tour solitaire et abandonnée ; c'est là que cette sainte colombe se retira, adressant au Seigneur, du milieu de la pierre, des gémissements inspirés par l'Esprit-Saint. Elle n'en sortait que pour mendier aux portes un peu de pain, dont les pauvres profitaient plus qu'elle ; pour donner à son frère les soins d'une mère, aider la domestique dans les détails les plus vils du ménage, consoler les prisonniers, soulager les malades dont les plaies lui semblaient celles de son Sauveur. Sur le soir, elle visitait les églises et revenait gémir dans sa tour : « Mon Dieu », s'écriait-elle souvent, « aidez-moi ; mon Dieu, secourez-moi ; vous êtes notre seul appui, ô fils de David ! » Le calme étant rétabli, elle retourna à Rimini avec son frère et le reste de sa famille, et y continua ses œuvres de charité, qu'elle savait très-bien allier avec ses pieux exercices et avec la sainte communion, qu'elle recevait souvent. Les malheurs de la guerre ayant obligé les clarisses de Begnode à se réfugier à Rimini, où elles se trouvaient dans une grande détresse, Claire n'en fut pas plus tôt informée qu'elle alla de maison en maison quêter pour ces pauvres religieuses.

Elles manquaient de bois : un jour, notre Bienheureuse ayant trouvé dans la campagne un tronc d'arbre, le chargea sur ses épaules pour ses chères protégées. Comme elle passait devant le palais de Dino, cet homme, qui était son parent, l'aperçut et commanda à un de ses domestiques de prendre l'arbre et de le porter où elle voudrait ; mais Claire, après avoir donné mille bénédictions à son parent pour sa charité, ne voulut pas qu'on lui enlevât le mérite de porter sans respect humain, à travers la ville de Rimini, ce bois pour son Sauveur, qui n'avait pas rougi de porter pour elle le bois de la croix devant tout le peuple de Jérusalem. Un pauvre de Rimini ayant le plus pressant besoin d'expédier un message à Urbino, pendant l'hiver, l'humble servante des pauvres fit ce pénible voyage par le froid et la neige : le feu de l'amour divin la réchauffait contre les glaçons qui hérissaient sa tunique. Elle logeait les pèlerins, elle réconciliait les ennemis et les familles divisées, elle apaisait les factions. Elle se mit même en vente pour racheter un homme condamné à avoir la main coupée ; et les seigneurs de la ville, émus de cette charité, firent grâce au coupable. Mais elle, qui obtenait la grâce des autres, ne se la fit jamais à elle-même, lorsqu'elle croyait avoir offensé ses frères. Il lui était échappé envers quelqu'un une parole qui n'était pas assez polie ; le chagrin de lui avoir causé de la peine la fit retourner aussitôt à sa cellule, et, prenant des tenailles, elle se tint la langue hors de la bouche pendant un temps si considérable qu'elle se la mit tout en sang, et qu'elle fut ensuite plusieurs jours sans pouvoir parler. Son amour du prochain ne se bornait pas aux nécessités corporelles ; elle brûlait de zèle pour le salut des âmes, et Dieu la favorisa de la grâce des conversions.

Entre les âmes qu'elle conquit pour le royaume du ciel, on remarque surtout une veuve qui s'abandonnait au luxe et à tous les plaisirs de la terre, à laquelle elle coupa elle-même les cheveux et qu'elle revêtit du cilice ; le tyran de Mescotello, qui abandonna ses domaines pour la vie d'ermite ; enfin, un savant livré à ses passions : ce fut sans doute la plus difficile de ses conquêtes ; elle fit tant qu'il quitta tout pour se donner à Dieu.

Plusieurs personnes pieuses, voulant profiter des grâces que Dieu accordait à notre Bienheureuse, se mirent sous sa conduite, et, d'après l'avis de Dieu même, qui s'expliqua à elle la nuit, pendant son oraison, elle acheta, avec les secours de gens de bien, instruments de la Providence, le terrain où se trouvait sa cellule, dans le vieux mur de la ville ; elle y bâtit un monastère qui fut d'abord connu sous le titre de l'Annonciation et prit ensuite celui de Notre-Dame des Anges, nom qu'il portait encore dans le siècle dernier. Claire ne s'astreignit pas à la clôture dans cette maison ; mais si elle sortait, ce n'était que pour vaquer plus librement aux œuvres de miséricorde. Rien ne lui manquait pour faire fructifier son zèle envers le prochain : Dieu lui avait donné les grâces appelées gratuites ; surtout il la favorisa du don des miracles. À Gubbio, elle guérit un seigneur gravement malade en le touchant de la main. Sur la porte de la ville de Baroncello, un enfant aveugle recouvra la vue lorsqu'elle lui eut mis la main sur la tête. Comme elle se rendait d'Assise à l'église de la Portioncule, qui en est éloignée d'environ un mille, ses compagnes virent que ses pieds ne touchaient point le sol : les anges la portèrent jusqu'à l'église de leur Reine. Ses religieuses l'avaient un jour renfermée à clef dans sa cellule, afin qu'elle ne pût retourner à sa retraite des murs de la ville, où elle avait coutume de se livrer aux plus rigoureuses pénitences : elle disparut, quoique la porte restât fermée. Loin de se prévaloir de ces miracles, elle s'en punissait comme on le ferait d'une faute : dans ces cas-là, elle se dérobait aux applaudissements du peuple, passant la nuit dans les larmes et les macérations, pour éviter la vaine gloire. C'est dans la même pensée d'humilité qu'elle allait au-devant des épreuves. Quelquefois elle ne retirait de sa charité que des injures et des calomnies ; alors seulement elle se croyait bien payée. On l'accusa même publiquement d'hérésie. Ce n'était pas assez de cette ressemblance avec son Jésus, elle voulut représenter dans sa personne toutes les circonstances les plus douloureuses de sa passion : une année, le vendredi saint, elle se mit une corde au cou, se fit lier les mains derrière le dos, puis on la traîna par les rues de la ville, comme autrefois Notre-Seigneur dans celles de Jérusalem ; on l'attacha à une colonne où elle endura les railleries, les mépris de la foule ; on la frappa à coups de verges, on lui fit en un mot, d'après son ordre, boire le calice de son Sauveur jusqu'à la lie. Elle répéta plusieurs années cette scène, plus digne de l'admiration du ciel qu'imitable pour les enfants de la terre. En récompense, elle eut le bonheur de contempler, dans une vision qui dura quinze jours, tous les détails des souffrances de son Époux, comme si elle eût assisté à cette sanglante tragédie. Quelle n'était pas sa tendre compassion, lorsque cet Amant bien-aimé tendait à son Amante, du haut de sa croix, ses bras cloués par l'amour ! Quand il voulait l'attirer à lui, il l'appelait souvent par ces paroles : « Lève-toi, ma Bien-Aimée, et viens ». Il serait trop long de raconter ici ses extases et les autres caresses dont Dieu la favorisa. Elle resta une fois cinq jours entiers sans l'usage de la parole, perdue dans la plus haute contemplation. Un autre jour après la sainte communion, une main invisible lui posa sur la tête une couronne si pesante qu'elle ne pouvait faire aucun mouvement, et les anges furent obligés de la rapporter de l'église en sa cellule. Notre-Seigneur lui étant apparu une nuit, sur un trône majestueux, et entouré des Apôtres et de saint Jean-Baptiste, il daigna montrer à sa chère Claire la plaie de son côté, lui disant de puiser dans cette source toutes les grâces qu'elle voudrait.

Elle priait souvent pour ses compagnes et ses bienfaiteurs devant une image de Notre-Seigneur : un jour cette image lui dit : « Je ne puis me refuser à tes instances ; sois assurée que les personnes que tu aimes, nous les inscrirons au Livre de vie » ; promesse que l'événement a montré vivable. On se presse encore en foule à l'église de notre Bienheureuse, pendant l'Octave de sa dédicace, pour obtenir le pardon des péchés ; cette fête s'appelle le Pardon de la bienheureuse Claire, qui obtint de Dieu cette indulgence, comme le témoigne l'inscription du grand autel, placée en 1568. Les démons, jaloux de tant de faveurs, n'oublièrent rien pour les lui faire perdre ; ils allèrent jusqu'à se précipiter sur elle avec des hurlements affreux ; ils la jetaient par terre, ils la chassaient violemment de son lit ; mais elle triompha aisément de toute leur malice par son humilité et par ses austérités. Méditant sur le jeûne de Notre-Seigneur, elle résolut de se priver de toute boisson : lorsque cette privation était près de la faire mourir, le ciel fit approcher de ses lèvres un breuvage divin dans une coupe d'or : en ayant bu, sa soif disparut entièrement. Notre-Seigneur lui apporta lui-même, pendant la nuit, une liqueur si suave que, pendant les douze dernières années de sa vie, elle ne put jamais, malgré sa soif dévorante, boire autre chose dans son exil que le sang de Notre-Seigneur, accomplissant ainsi les paroles du Prophète Jérémie : « Il y aura des personnes qui ne pourront plus boire de vin ni d'eau, et qui n'auront soif que de l'Agneau sans tache ». Vers la fin de sa vie, elle sembla revenir à la simplicité de l'enfance ; elle resta six mois privée de tout sentiment extérieur, ne vivant plus qu'en Dieu : elle perdit la vue, et, sortie enfin de cette extase, elle ne pouvait plus toutefois s'entretenir avec personne. Enfin, lorsque Notre-Seigneur l'eut détachée graduellement de la terre, le dernier fil qui l'y attachait fut brisé par un effort d'amour. Elle s'envola dans la demeure de son Époux, en disant : « Seigneur, je remets mon âme entre vos mains », le 13 février de l'an 1346. Après sa mort, sa figure devint resplendissante, et tout son corps répandit une suave odeur, pour témoigner la gloire où habitait son âme. On l'honora dès lors comme une Sainte. Elle fut enterrée dans l'église de son monastère, où l'on conserve ses reliques honorées de plusieurs miracles. Son culte fut approuvé en 1784, par le pape Pie VI, le 10 février.

Palmier séraphique.

Événements marquants

  • Naissance à Rimini au milieu du XIIIe siècle
  • Mariage jeune puis veuvage
  • Exil suite à une guerre civile et exécution de son père et son frère
  • Secondes noces et conversion dans l'église des Franciscains
  • Vie de pénitence extrême avec l'accord de son second mari
  • Retraite dans une tour à Urbino pour soigner son frère
  • Fondation du monastère de l'Annonciation (Notre-Dame des Anges) à Rimini
  • Approbation du culte par Pie VI en 1784

Miracles

  • Guérison d'un seigneur à Gubbio par le toucher
  • Restitution de la vue à un enfant aveugle à Baroncello
  • Lévitation lors d'un trajet vers la Portioncule
  • Disparition d'une cellule fermée à clef
  • Cessation de la soif par un breuvage divin apporté par le Christ

Citations

Levez-vous, ô Christ, et secourez-moi ! Levez-vous, ô vous qui êtes le Défenseur des hommes ; ô rejeton de David ! Alleluia

— Prière de Claire contre la tentation

Seigneur, je remets mon âme entre vos mains

— Dernières paroles

Date de fête

10 fevrier

Époque

13ᵉ siècle

Décès

13 février 1346 (naturelle)

Patron(ne) de

Invoqué(e) pour

pardon des péchés, conversion des pécheurs, soulagement des malades

Autres formes du nom

  • Chiara Agolanti

Prénoms dérivés

Claire

Famille

  • Chiarello (père)
  • Gaudiana (mère)
  • Non précisé (frère)
  • Dino (parent)