Sainte Cunégonde, Impératrice
Impératrice, Vierge et Veuve
Résumé
Fille du comte de Luxembourg et épouse de l'empereur Henri Ier, Cunégonde vécut dans une virginité perpétuelle consentie. Après avoir prouvé son innocence par l'épreuve du feu et fondé de nombreux édifices religieux, elle finit ses jours comme simple religieuse au monastère de Kauffungen. Elle est enterrée aux côtés de son époux dans la cathédrale de Bamberg.
Biographie
SAINTE CUNÉGONDE, IMPÉRATRICE
Timentibus Deum omnia cooperantur in bonum. Toutes choses tournent à l'avantage de ceux qui craignent Dieu. Rom., VIII, 28.
Cette illustre princesse était fille de Siffroi ou Sigefroi, premier comte de Luxembourg, de la maison des comtes Palatins du Rhin ou de la Moselle. Ayant été mariée à l'empereur Henri Ier, fils d'un autre Henri, duc de Bavière, elle consacra sa virginité au Roi du ciel et la conserva jusqu'à la mort, du consentement de son chaste époux. Dieu seul, au commencement, en fut témoin; mais comme il ne voulait pas qu'une action si éclatante à ses yeux demeurât ensevelie dans les ténèbres, il permit qu'elle fût connue de tout le monde, et confondit, par ce même moyen, la méchanceté de ceux qui osèrent accuser l'innocence de cette vierge de Jésus-Christ. Elle marcha les pieds nus, et sans recevoir aucun mal, sur des socs de charrue tout embrasés; ainsi chacun connut le mérite de sa continence, qu'elle s'efforçait de cacher sous la pourpre impériale, afin de pouvoir exécuter, avec plus de facilité, les bonnes œuvres que Dieu lui faisait entreprendre pour sa gloire.
Après avoir bâti et orné superbement, avec l'empereur, son époux, l'église de Bamberg, qu'ils consacrèrent au Prince des Apôtres et à saint Georges, martyr, elle s'employa, avec un pareil soin, à fonder, en l'honneur de saint Michel, un monastère de l'Ordre de Saint-Benoît; et, des deniers de sa dot, elle en bâtit un autre moins grand, auquel elle donna pour patron saint Étienne, premier martyr, et où elle mit des chanoines; enfin, elle en bâtit encore un troisième, avec beaucoup de magnificence, en l'honneur de la sainte et victorieuse Croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ, en un lieu nommé le Refuge, où elle établit des religieuses pour y vivre selon la règle du même saint Benoît. Mais ces saints Époux ne bornèrent pas là leur libéralité envers les églises: ils la témoignèrent en tant d'autres manières, qu'ils portaient partout, même hors de leur empire, la bonne odeur de Jésus-Christ. Ô heureux mariage dont le lien n'était pas la volupté, mais la charité! Ô sainte union, où se rencontrait le même désir d'une chasteté inviolable, le même esprit de compassion envers les pauvres, la même affection pour la vérité, le même amour pour la vertu, la même haine contre le vice, la même volonté en toutes choses, et enfin une conformité si merveilleuse, que l'on ne pouvait remarquer aucune différence de sentiments dans ce grand nombre d'actions qui ont rendu leur vie si agréable aux yeux de Dieu, et si admirable devant les hommes!
Lorsque l'empereur Henri, qui avait toujours été fidèle gardien de la chasteté de cette heureuse princesse, l'eut laissée vierge entre les mains de Jésus-Christ, ainsi qu'il l'avait reçue de lui, et fut allé jouir des félicités éternelles, vers lesquelles il avait toujours soupiré, cette admirable veuve continua avec la même application, d'un côté à protéger les églises qu'elle avait fondées, et les personnes religieuses qu'elle y avait assemblées pour le service de Dieu, et de l'autre à se perfectionner elle-même par la victoire qu'elle remportait sur ses appétits, et par l'acquisition des vertus les plus éminentes. C'était là que tendaient ses veilles et ses oraisons, et comme durant le jour elle imitait la vie active de Marthe, elle s'exerçait pendant la nuit à la vie contemplative avec Marie.
Un an après la mort de son saint époux, se voyant déchargée de tous les soins de la terre par l'élection de Conrad, qui fut élevé à l'empire, elle fit consacrer, par des archevêques, l'église du Refuge qu'elle avait fondée; et, au milieu de la messe, étant vêtue en impératrice et parée de tous les ornements qui conviennent à une si éminente dignité, elle offrit, sur le grand autel, un morceau de la vraie Croix, qui, bien que petit, était néanmoins un des plus grands trésors qu'elle eût pu offrir. Après qu'on eut lu l'Évangile, où il est parlé de Zachée, qui monta sur un arbre pour voir Jésus-Christ, et qui mérita de le recevoir en son logis et d'être honoré de sa bénédiction, elle se dépouilla de ses ornements superbes, reçut la bénédiction épiscopale, et se revêtit de l'habit de religion qu'elle avait fait de ses propres mains. On lui coupa les cheveux, qui furent gardés avec une grande vénération dans ce monastère; l'évêque lui mit le voile sur la tête et lui donna l'anneau pour gage de la fidélité qu'elle devait garder inviolablement à son divin Époux. Nul des assistants ne put voir ce qui se passait sans verser des larmes de joie pour cette princesse et de douleur pour soi-même.
Ainsi, la femme d'un empereur devint l'épouse de Dieu et la compagne de celles qu'elle pouvait considérer comme ses filles; mais, bien loin de se préférer à elles comme leur mère, elle les servait humblement et voulait passer pour la moindre de tout le monastère, tant elle fuyait l'ostentation, de crainte de recevoir sa récompense dès cette vie. Elle travaillait de ses mains, parce qu'elle savait qu'il est écrit, que « celui qui ne travaille point ne doit point manger »; elle parlait à son divin Époux, ou par des prières ferventes, ou par des cantiques de louanges; elle allait souvent à l'église sans être vue de personne; elle était grave et sérieuse; mais sa gravité était toujours accompagnée de gaîté; elle avait sans cesse dans l'esprit la brièveté de cette vie; elle trouvait son repos dans l'oraison; sa manière d'agir était uniforme; elle négligeait le soin de son corps, parce qu'elle ne croyait pas qu'il fallait traiter délicatement une chair qui devait être, en si peu de temps, la nourriture des vers; on la voyait souvent lire ou écouter lire les autres; elle aimait parfaitement ses compagnes, visitait les malades et prenait un soin extrême d'assister et de consoler les pauvres.
Parmi plusieurs miracles que l'on attribue à cette sainte durant sa vie, nous en rapporterons seulement un qui est assez remarquable. Une nuit, après de longues prières, le sommeil commença à l'accabler, elle s'était mise sur son lit, qui n'était qu'une simple paillasse couverte d'un cilice; la religieuse, qui avait coutume de lui lire l'Écriture sainte, s'endormit aussi, et laissa tomber la chandelle qu'elle avait entre les mains. Le feu ayant gagné la paillasse, y prit aussitôt et commença bientôt, par le bruit qu'il fit, à éveiller les autres religieuses. La Sainte, s'étant aussi éveillée, se trouva au milieu des flammes; elle eut recours à ses armes ordinaires, la prière, fit le signe de la croix, et le feu s'éteignit à l'instant même, sans avoir touché le moins du monde à ses habits.
Quand elle eut ainsi passé quinze années en religion, avec tant d'humilité et de piété, qu'elle était admirée de tout le monde, son extrême abstinence, ses prières et ses veilles continuelles la firent enfin tomber dans une telle langueur, et ensuite dans une si grande maladie, qu'il ne lui restait plus de force. Mais plus son corps s'affaiblissait au dehors, plus son esprit se fortifiait au dedans, et les louanges de Dieu étaient continuellement en sa bouche. Lorsqu'elle se vit en cet état, elle implora le secours des saints Anges dont elle avait imité la pureté sur la terre, celui des Apôtres et des Confesseurs dont elle avait toujours professé la foi, et des Vierges, compagnes de l'Agneau sans tache, à l'exemple desquelles, ayant vécu dans un corps mortel, comme si elle n'eût point eu de corps, elle avait conservé inviolablement sa virginité, même dans le mariage.
Le bruit de l'extrémité où elle était, ne remplit pas seulement de douleur toutes ses bonnes religieuses, mais aussi les personnes de toute condition de la ville. Lorsqu'elle fut près de rendre l'esprit, et qu'on récitait déjà les prières des agonisants, ayant aperçu que l'on préparait un drap mortuaire brodé d'or pour mettre sur son cercueil, elle fut si surprise de se voir traiter comme impératrice, et non comme pauvre religieuse, que son visage, qui paraissait gai à cause de la joie qu'elle ressentait de la venue de Jésus-Christ, son Époux, changea aussitôt; elle fit signe de la main et dit: « Cet ornement ne me convient point; ôtez-le d'ici. Lorsque j'ai épousé un homme mortel, j'ai porté de riches habits; mais le pauvre habit que j'ai maintenant est celui d'une épouse de Jésus-Christ; ne cherchez donc point d'autres ornements pour couvrir mon corps, et enterrez-le auprès de celui de mon frère et de mon seigneur l'empereur Henri, qui m'appelle, je le vois ». Sa vie finit avec ces paroles, et elle rendit son âme à Dieu.
La douleur de sa mort fut si grande et si générale, que l'on vint en foule de toutes parts pour assister à ses funérailles; et à peine put-on, au travers d'une telle presse, porter son saint corps dans l'église de Saint-Pierre de Bamberg. Il y fut enterré avec l'honneur qui lui était dû, auprès de celui de l'empereur Henri, son mari, ainsi qu'elle l'avait ordonné. Il a fait, dans la suite, quantité de miracles.
On la représente suspendant son manteau à un rayon de soleil; marchant pieds nus sur des fers rouges sensiblement en forme de socs de charrue; portant sur la main le monastère de Kauffungen, dans la Hesse, qu'elle avait fait élever et où elle prit le voile, etc. — Quand elle est en compagnie de saint Henri, le monument qu'elle porte représente la cathédrale de Bamberg. Elle est, avec Notre-Dame et saint Henri, la patronne de cette ville.
Voir la Bulle de sa canonisation, faite par le pape Innocent III, l'an 1200: elle est rapportée par Surina le 8 mars, et par le docte Grosserus, en son opuscule des Saints de Bamberg. Le martyrologe romain fait aussi une honorable mémoire de cette sainte Impératrice.
SAINT CALUPAN, RECLUS EN AUVERGNE. 14
Événements marquants
- Mariage avec l'empereur Henri Ier avec vœu de virginité commune
- Épreuve des socs de charrue ardents pour prouver son innocence
- Fondation de l'église de Bamberg et de plusieurs monastères
- Prise d'habit au monastère du Refuge (Kauffungen) un an après la mort de son époux
- Vie de religieuse humble pendant quinze ans
Miracles
- Marche pieds nus sur des socs de charrue embrasés sans blessure
- Extinction spontanée d'un incendie par le signe de la croix
- Manteau suspendu à un rayon de soleil
Citations
Cet ornement ne me convient point; ôtez-le d'ici. Lorsque j'ai épousé un homme mortel, j'ai porté de riches habits; mais le pauvre habit que j'ai maintenant est celui d'une épouse de Jésus-Christ.