Sainte Foi d'Agen
Vierge et Martyre
Résumé
Jeune vierge de la noblesse d'Agen, sainte Foi fut martyrisée à la fin du IIIe siècle sous le préfet Dacien. Après avoir survécu miraculeusement au supplice du gril grâce à une colombe céleste, elle fut décapitée. Ses reliques, transportées à Conques au IXe siècle, firent d'elle l'une des saintes les plus populaires du Moyen Âge.
Biographie
LES MARTYRS D'AGEN SAINT CAPRAIS, SAINTE FOI,
SAINTE ALBERTE, SŒUR DE SAINTE FOI, SAINT PRIME, SAINT FÉLICIEN, — ET UN GRAND NOMBRE D'AUTRES, MASSACRÉS PAR LA FOULE
Bourges, Saintes, Poitiers, Angoulême, Bordeaux, Agen, reçurent tour à tour les lumières de l'Évangile de la bouche de saint Martial, disciple des Apôtres, apôtre lui-même et premier évêque de Limoges.
20 OCTOBRE.
Le bréviaire de Limoges nous apprend que l'église d'Agen fut au nombre de celles que saint Martial érigea en évêché, sous l'invocation de Saint-Étienne, et qu'il arrosa de ses sueurs.
L'apostolat de saint Martial, aux temps apostoliques, était aussi consacré par l'ancienne liturgie agenaise qui lui donnait le titre de *Patronus noster*. Les propres modernes de l'Agenais avaient partagé l'erreur des deux siècles derniers où l'on avait voulu reculer, sur une fausse interprétation d'un texte de saint Grégoire de Tours, la mission de Martial jusqu'au IIIe siècle; mais ce diocèse a aussi repris la liturgie romaine en 1853, et saint Martial y a retrouvé sa place parmi les disciples de Jésus-Christ.
Mais voici d'autres missionnaires qui s'avancent vers Agen : Paterne de Tolède, disciple de saint Saturnin; Firmin de Pampelune qui commence sa mission par Agen, la continue par l'Auvergne, l'Anjou, le Beauvaisis et va la terminer à Amiens. Malheureusement les ouvriers de l'Évangile étaient encore rares, et la plupart des évêchés érigés par saint Martial furent bientôt sans pasteurs. Si l'Église d'Agen eut des évêques durant le temps des persécutions, leurs noms sont restés ignorés. Caprais est le premier qui soit connu, et il n'occupa ce siège que vers la fin du IIIe siècle.
Caprais appartenait à une illustre famille d'Agen qui, de bonne heure, et sans doute aux temps de Martial ou de Firmin, avait embrassé le christianisme : son père s'appelait Fauste.
Fidèle gardien de son troupeau, Caprais veilla sur lui jusqu'au moment où Dieu l'appela au sacrifice solennel et lui présenta la palme du martyre.
Laissons parler les légendes agenaises : « Tandis que le cruel Maximien tenait le sceptre de l'empire romain et qu'il écrasait sous sa domination la monarchie universelle, les chrétiens, courbés sous son joug de fer, et ne pouvant plus soutenir la rage du tyran, fuyaient loin de leurs maisons pour aller demander aux bêtes sauvages un asile dans leurs forêts ou dans leurs cavernes. D'autres, moins heureux, croyaient trouver une retraite mieux assurée dans les détours et les souterrains de leurs églises; mais s'ils venaient à être découverts, ils étaient dévoués aux tortures les plus cruelles et les plus diverses, jusqu'au moment de leur entrée dans le ciel, après avoir conquis sur la terre la palme de l'immortalité.
« Ce fut sous cette effroyable tempête que le même empereur confia à un sacrilège, nommé Dacien, la dictature des Espagnes. Dévoré par la soif du carnage, il brûlait de l'étancher dans le sang des chrétiens. Fier des édits qui lui permettaient de déchirer les corps de la sainte phalange, il courbe sous le sceptre de sa domination grand nombre d'illustres cités de l'Occident. Il les accable sous le poids de son insolente brutalité, et le sang des martyrs coule à flots au pied des idoles.
« Ces crimes se multipliaient avec un accroissement formidable, quand Dacien, ce féroce brigand, cet ardent dévastateur de l'église d'Occident, s'avance vers Agen. Déjà il se précipite à travers les flots courroucés de la Garonne, et il entre accompagné d'une escorte nombreuse dans cette ville que protègent d'immenses remparts.
Dans notre récit, il nous eût été difficile du reste de consacrer une biographie à chacun d'eux sans tomber dans des petites, sans émietter la narration et la faire languir. Ces actes sont un drame dont toutes les parties se tiennent.
La fête de sainte Alberte est marquée, dans le Propre d'Agen, au 11 mars; celle de sainte Foi au 6 octobre; celle de saint Prime et de saint Félicien au 7 octobre; celle des nombreux Martyrs innommés au 26 octobre.
« A son approche, les chrétiens effrayés abandonnent la ville et vont chercher une retraite dans la profondeur des forêts ou les cavernes des rochers. Réduits à la nourriture des animaux, ils n'ont, pour apaiser leur faim, que des racines ou des fruits agrestes, s'estimant trop heureux de pouvoir ainsi échapper aux mains sanglantes du tyran. Caprais est au milieu de la troupe fidèle et cherche partout un refuge dans les rochers qui avoisinent la ville. Il gravit clandestinement la pente de cette montagne que les anciens ont appelée du nom de Pompéjac, aujourd'hui Mont-Saint-Vincent.
« Aux pieds de cette montagne s'élève, environnée de remparts, cette ville que les Aronces appelèrent du nom d'Agen et décorèrent avec magnificence. L'implacable Dacien était à peine entré dans cette illustre cité, qu'on accourut en foule des contrées circonvoisines. Le peuple était avide d'entendre la sentence que cette bouche impie allait prononcer contre le troupeau de Jésus-Christ. Dacien, se voyant entouré de cette foule empressée, lui adresse ces paroles : « Vous ignorez peut-être le sujet qui m'amène au milieu de vous. Je viens donner une juste récompense à ceux qui, fidèles au culte de nos pères, fréquentent nos temples et offrent des sacrifices à nos dieux ; mais ceux qui les outragent, ceux qui méprisent nos institutions, trouveront la mort dans les plus cruels tourments ».
C'est ainsi que Dacien commence par étaler aux yeux du peuple l'appareil des supplices. Caprais semble avoir fui la persécution ; mais avant tout, il se devait à son troupeau, et il ne pouvait pas l'abandonner avant de connaître la volonté de Dieu. D'ailleurs il n'ignorait pas combien il était téméraire de s'exposer volontairement au martyre. Le courage ne lui manquera pas quand Dieu l'appellera à l'autel de l'immolation. Mais c'est une jeune vierge, sainte Foi, qui doit, la première, affronter la rage du tyran : Dieu a choisi les faibles pour confondre les forts.
« Issue de parents nobles et illustres, sainte Foi naquit dans la cité d'Agen. Elle appartenait à cette ville par droit de naissance, elle en devint la patronne par son glorieux martyre. Héritière d'une race antique, elle tirait sa principale noblesse des dons du Christ. L'éclat de sa blancheur virginale formait son plus beau vêtement. Tout, en elle, respirait les ardeurs de sa foi, et répandait la bonne odeur de sa mansuétude. Elle eut la gloire de conquérir dans Agen la première couronne du martyre, et par l'exemple de ce beau trépas, elle devint le plus bel ornement de sa patrie : c'était l'échange d'une vie d'un jour contre des biens éternels. Dès le berceau elle aima le Sauveur son Dieu, et ne voulut point d'autre maître. Au temps de son martyre, elle était jeune par le nombre de ses années, mais elle avait toute la sagesse et toute l'expérience de l'âge mûr. La beauté de son âme effaçait la beauté de son corps ; et lorsque le juge fut arrivé, quand le préfet dont nous avons inutilement cherché le nom (Dacien), fut entré dans Agen, promettant, selon sa coutume, des faveurs aux adorateurs des idoles, aux chrétiens fidèles les tourments de la persécution, il commanda qu'on allait chercher la jeune Foi, et la fit conduire en sa présence.
Durant ce trajet, à côté même de ces ministres d'iniquité, la bienheureuse Foi fit monter cette prière vers le Seigneur : « Jésus-Christ, mon Sauveur, vous qui n'abandonnez jamais ceux qui vous implorent, venez à mon aide, secourez votre servante, et prêtez à mes lèvres des paroles dignes de l'interrogatoire que je vais subir sous les yeux du tyran ! » En prononçant cette prière, elle forma le signe de la croix sur son front, sur sa bouche et sur son cœur. Armée de ce bouclier invincible, elle marche avec courage vers le gouverneur. A peine arrivée en sa présence, le préfet lui parle avec tous les artifices d'une douceur apparente : « Quel est votre nom ? » — « Je m'appelle Foi ». — « Quelle est votre religion ? » — « Je suis chrétienne dès mon enfance, et je sers le Seigneur Jésus-Christ de toute l'ardeur de mon âme ». — « Croyez-moi, prenez conseil de votre jeunesse et de votre beauté ; abandonnez la religion que vous professez maintenant, et sacrifiez à Diane, qui est une divinité conforme à votre sexe, et je vous comblerai des plus précieuses faveurs ». — « J'ai appris par la tradition de mes pères que tous les dieux des nations n'étaient que des démons, et vous voulez me persuader de leur offrir des sacrifices ! » A ces mots, le gouverneur enflammé de colère : « Sacrifiez à nos dieux », lui dit-il, « ou bien vous allez expirer dans les tourments ». A son tour, la bienheureuse Foi entend ces menaces sans s'effrayer. Elle regarde le ciel, et s'élançant déjà vers la patrie éternelle, elle emprunte la force des plus illustres martyrs, et s'écrie d'une voix énergique : « Au nom de Jésus-Christ, mon Seigneur, non-seulement je ne sacrifierai pas à vos dieux, mais je suis prête à souffrir toutes sortes de tourments ».
« Le courage de la jeune vierge irrite le proconsul. Il commande à ses satellites d'apporter un lit d'airain, y fait étendre le corps de la Sainte, et puis on allume dessous un grand feu pour tourmenter ses membres par ce cruel supplice. Frappé de ce spectacle, tout le peuple s'écrie : O cruauté inouïe ! inique sentence ! Comment peut-on tourmenter de la sorte une jeune vierge de la plus illustre noblesse, qui n'a jamais fait aucun acte coupable, jamais souillé sa bouche par un forfait, et dont tout le crime est d'adorer son Dieu ! C'était le cri de l'innocence, et, ce même jour, un grand nombre dont nous n'avons pas pu connaître les noms, confessèrent la foi de Jésus-Christ et conquirent la palme du martyre.
« Cependant le bienheureux Caprais, inquiet de cette effroyable persécution, errait fugitif, cherchant partout avec la plus tendre sollicitude son troupeau dispersé, lorsque enfin il arrive au sommet de cette roche qui s'élève près de la cité, du côté du septentrion, aujourd'hui mont Saint-Vincent. Il s'arrête, et roulant dans son esprit les malheurs dont la ville était menacée, il ne put se défendre d'une secrète frayeur. Dans le trouble qui l'agite, il tourne ses regards vers la cité, et il aperçoit la jeune Foi tourmentée par les supplices les plus cruels. Il lève les yeux, regarde le ciel, et, par la plus fervente prière, il conjure le Seigneur de donner la victoire à la Sainte, dans le combat qu'elle soutient. L'athlète du Christ, Caprais, lève les yeux pour la seconde fois, et, dans sa contemplation, il semble dévorer le ciel ; puis il se prosterne contre terre, et, incertain de ce qu'il doit faire, il demande à son Dieu de manifester sa volonté par quelque prodige. A peine s'est-il relevé, qu'il voit briller sur la tête de Foi une couronne resplendissante de mille couleurs, ornée de diamants et des plus riches pierreries qui semblent détachées du firmament. Il regarde encore : une colombe descend des nuages et vient se poser sur la tête de la Sainte, qu'elle environne d'un vêtement plus blanc que la neige, plus éclatant que le soleil. Cette colombe descendue du ciel, voulant que la postérité publiât d'âge en âge la puissance que Dieu allait manifester dans le martyre de la Sainte, étend ses ailes avec un doux frémissement, et il en tombe une pluie légère qui éteint les flammes allumées pour dévorer la jeune Foi. Dans ce vol mystérieux, on eût dit une source d'eau vive s'épanchant sur le bûcher funèbre pour en éteindre les ardeurs.
LES MARTYRS D'AGEN SAINT CAPRAIS, SAINTE FOI, ETC.
« Dès ce moment, la palme du triomphe, la couronne du salut est assurée à la vierge. A la vue de ce prodige que Dieu vient de manifester, Caprais se réjouit grandement. Il ne croit pas son courage inférieur à celui de la Sainte, et sûr de la victoire, il se prépare au martyre après avoir connu la volonté de Dieu par un prodige nouveau. Il frappe de sa main la roche sous laquelle il s'était abrité, et il en jaillit une source qui n'a jamais tari. Bien plus encore, la puissance de Dieu a attaché une telle vertu à cette eau salutaire, que tous ceux qui viennent avec une foi vive boire à la source de ce rocher, de quelque langueur qu'ils soient affligés, ils sont rendus à la santé par la vertu du saint Martyr.
« Transporté d'allégresse et devenu plus intrépide par ce prodige nouveau, Caprais se dérobe à ses néophytes et s'élance au lieu du combat, où il trouve la jeune Foi encore étendue sur le bûcher funèbre. Au même instant, le préfet le fait conduire devant son tribunal, et sans s'effrayer de l'aspect terrible des satellites qui l'entourent, Caprais paraît avec sérénité devant le gouverneur. Celui-ci commence par lui demander son nom, sa patrie, ses ancêtres. « Mon nom », répond Caprais, « est plus beau que tous les titres du monde : je suis chrétien. Régénéré par les eaux du baptême et confirmé par la consécration épiscopale, je m'appelle Caprais ».
« Le préfet fait briller à ses yeux les plus belles promesses et lui parle en ces termes : « Je vois que vous êtes très-beau et dans la vigueur de l'âge ; si vous écoutez mes discours, vous serez le premier dans le palais des princes, vous obtiendrez leur amitié, et vous serez mis en possession de nombreux héritages ». Averti par les prodiges du ciel : « Tout mon désir », répond Caprais, « est d'habiter le palais de Celui que j'adore depuis le jour de mon baptême, et que j'ai appris à connaître comme le Rédempteur de tous ceux qui croient en lui ». — « Je serai patient à votre égard », continue le gouverneur, « jusqu'à ce que vous receviez les faveurs et les héritages que je vous ai promis ». — « J'aspire aux biens impérissables de Celui qui est fidèle dans ses paroles et saint dans toutes ses œuvres ».
« Dacien a vu Caprais inflexible dans ses discours et inébranlable dans sa résolution. « Je cesserai l'interrogatoire », dit-il aux siens, « car je succomberai dans ce combat qui me déshonore ». Il livre le Saint entre les mains de ses licteurs et le fait déchirer sans pitié. Mais Caprais est toujours invincible ; il est plus fort que les tourments.
« A l'aspect de tant de tortures, la foule, plongée dans le deuil, s'attendrit jusqu'aux larmes et l'on entend ce cri universel : « Détestable impiété ! Vit-on jamais rien de pareil parmi les hommes ! Le bienheureux Martyr n'était-il pas aussi agréable à Dieu qu'aux mortels ! D'une beauté remarquable, il avait une figure vraiment angélique ».
« Mais rien ne peut ébranler Caprais, ni les promesses, ni les menaces, ni les tortures. Tout est mis en œuvre pour tourner son cœur à la prévarication, et tout est inutile.
« Voyant la constance de Caprais, le gouverneur le livre à la torture et le fait jeter dans un cachot. De nouveau il est traîné en sa présence. C'étaient les enfants des ténèbres qui conduisaient le fils de la lumière, dont les yeux attachés au ciel étaient toujours fixés sur le Christ. « Gloire à Dieu au plus haut des cieux », s'écrie le Saint. « C'est là que nous, chrétiens, avons placé nos richesses impérissables, à l'abri de la rouille et des vicissitudes du temps ».
« Enfin la sentence est portée, et tandis que Caprais est conduit au supplice, il rencontre sa mère qui implore le ciel et encourage son fils au martyre. « Mon fils, tu sais où est le Christ ; élève ton cœur avec moi et regarde Celui qui règne dans les cieux. Tu ne mourras pas aujourd'hui, mais tu échangeras ta vie mortelle contre une vie meilleure. Le sentier est étroit, difficile, hérissé de misères et de tribulations. Prends garde ! c'est là que le démon t'attend pour te frapper ». Caprais entend la voix de sa mère et son cœur est ému. « Je vous rends grâce », s'écrie-t-il, « ô mon Sauveur Jésus-Christ ! parce que vous avez éclairé votre serviteur, vous l'avez honoré, vous l'avez glorifié en l'associant aujourd'hui au triomphe de vos Saints ! »
« Mais déjà les licteurs avaient repris leurs instruments de fer, quand tout à coup une jeune vierge traverse la foule et vient confesser la foi chrétienne en présence du gouverneur. C'est Alberte, la sœur même de Foi, qui vient cueillir avec elle la double couronne du martyre et de la virginité. Deux jeunes Nitiobriges, les deux frères Prime et Félicien, suivent son exemple et veulent partager les mêmes combats. Ils se présentent avec courage, animés par la constance de Foi et de Caprais.
« Dacien, plus féroce que ses licteurs, cherche à triompher de ces jeunes frères, tantôt par l'appât des récompenses, tantôt par l'appareil des supplices ; mais tout est inutile. Dacien est vaincu par la constance des Martyrs. Sa colère s'enflamme, l'arrêt est porté, et tous sont conduits au temple de Diane, ou pour sacrifier aux dieux, ou pour voir tomber leurs têtes aux pieds de leurs idoles. Caprais, cependant, est séparé de ses compagnons et jeté seul dans un noir cachot. Là, privé de la lumière du jour et de toute consolation humaine, il passe tout le temps dans la prière et dans les louanges du Seigneur.
« Arrivés dans le temple de la déesse, les soldats du Christ, toujours inflexibles, refusent de sacrifier aux idoles, et au même jour, à la même heure, ils voient leurs têtes tomber sous la hache du bourreau. Ils couronnent ainsi par une mort glorieuse les souffrances du martyre, et ils échangent une vie périssable pour un bonheur sans fin et sans mélange. Cette belle société qu'ils avaient formée sur la terre devint plus belle encore par leur constance dans la foi, et leur félicité plus magnifique par la société du martyre.
« Cette scène déchirante fut suivie du plus affreux carnage. Deux fois nous avons entendu des cris d'indignation s'élever du sein de la foule, attentive à ce triste spectacle. Un grand nombre de païens abjurent le culte des idoles pour confesser la foi de Jésus-Christ. Ils sont tous enveloppés dans la même sentence de mort, et les bourreaux ne peuvent plus suffire à tant d'exécutions. Mais tous ceux qui ont vu d'un œil sec les souffrances de nos martyrs, se sont irrités de la défection de leurs frères, et vont accomplir l'œuvre sanglante des licteurs. Les généreux néophytes l'attendent avec résignation et s'y préparent par la prière. Dacien donne le signal, chacun s'arme d'une pierre, d'un bâton ou d'un glaive, et les nouveaux chrétiens, purifiés par le baptême du sang, vont recevoir dans le ciel la couronne des élus. Dieu seul connaît le nom de ceux qui périrent alors, et qui furent inscrits dans le livre des vivants ».
Sainte Foi est représentée recevant une couronne que lui apporte une colombe mystérieuse. Un grand nombre de vieilles statues représentent la vierge agonaise. A Sainte-Foi de Longueville, des artistes modernes lui ont donné les attributs de l'Espérance et de la Foi théologiques. A Bertheauville, on la retrouve avec les attributs qui lui sont propres : le gril, ou lit d'airain sur lequel elle fut étendue pour être brûlée, et la chaîne qui servit à l'attacher sur l'instrument de son supplice. A Vicquemare, dont l'église était autrefois sous le patronage de la Sainte, son image est aussi représentée avec le gril, et deux dragons enchaînés. Le peuple de cette contrée la prend pour une héroïne militaire, et l'invoque contre la peur. On trouve encore l'image de la jeune vierge, sculptée avec le gril, et portant dans sa main la palme du martyre, dans une clef de voûte de la cathédrale d'Agen. Avec le même attribut, posée sur un brasier ardent, elle est représentée dans les Fasti Mariani. — On peut représenter saint Caprais à genoux près d'une fontaine jaillissante. — Saint Prime est représenté en prison, où il est visité par un ange.
## CULTE ET RELIQUES.
Les corps de ceux qui recueillirent la palme du martyre avec sainte Foi, et dont les noms ne nous sont pas connus, furent jetés dans un marais qui fut desséché plus tard, et qui permit aux chrétiens d'y bâtir une crypte sous le patronage de saint Caprais. Elle était placée sous l'autel de l'ancien hôpital, devenu aujourd'hui la chapelle des Pénitents-Gris. On la connaît encore sous le nom de Martrou, ou caveau des martyrs. Cette crypte, que les archéologues citent comme un monument de la primitive église, est très-petite, et malheureusement défigurée par des peintures modernes du plus mauvais goût.
Pour les corps de Foi et d'Alberte, de Prime et de Félicien, après avoir été jetés par les païens dans les carrefours de la ville et abandonnés sans sépulture, ils furent recueillis par les fidèles échappés au carnage, et enterrés furtivement dans un lieu où ils restèrent longtemps cachés. Mais après que l'idolâtrie eut disparu de la ville d'Agen, l'évêque Dulcide les fit déposer dans une église qu'il fit construire sous le nom de Sainte-Foi.
Les légendes agenaises nous apprennent que les corps de saint Prime et de saint Félicien furent transportés au diocèse de Limoges, dans le célèbre monastère de Beaulieu, fondé vers le milieu du IXe siècle par Raoul de Torence, archevêque de Bourges. Plus tard, une portion des reliques de Félicien fut transférée de Beaulieu dans le monastère d'Isaigeac, qui plaça le martyr Agenais au nombre de ses patrons. Le corps de sainte Alberte fut aussi enlevé d'Agen pour aller d'abord à Périgueux, et plus tard dans l'ancienne église de Vénerque, sur les bords de l'Ariège, au diocèse de Toulouse.
Le corps de sainte Foi fut emporté furtivement d'Agen, avec celui de saint Vincent, vers le milieu du IXe siècle, par le moine Aroniede, dans l'antique et illustre abbaye de Conques, en Rouergue. Vers l'an 1365, le pape Urbain V en donna une partie aux moines de Cucufat, en Catalogne, où l'office de la Sainte était célébré avec beaucoup de pompe. On vénérait aussi autrefois à Glastonbury, en Angleterre, un bras de la Sainte agonaise. Elle était patronne du prieuré de Horsam, dans le comté de Norfolk, et l'église souterraine, bâtie avec celle de Saint-Paul de Londres, portait son nom, ainsi que plusieurs églises de France. Parmi ces dernières, nous devons citer celle du monastère de Longueville, en Normandie, construite vers la fin du XIe siècle. Quelque temps avant son glorieux trépas, l'illustre archevêque de Paris, Mgr Affre, transporta dans cette église des reliques de sainte Foi. Elles furent reçues avec joie par les habitants du lieu, et enchâssées avec le plus grand soin.
Si Agen perdit au IXe siècle le corps de l'illustre martyre sainte Foi, cette ville conserva au moins sa tête, et on la voit encore, quoique brisée, dans un reliquaire qui décore le maître-autel de la cathédrale. En 1867, l'église de Conques rendit aux Agenais une portion des précieuses reliques de sainte Foi, et aujourd'hui elles ont repris leur place dans l'église consacrée à la Sainte. Sainte Foi est la patronne de Bitry, au diocèse de Nevers, qui possède quelques parcelles de ses reliques.
Les précieux restes de saint Caprais furent recueillis par quelques fidèles serviteurs qui les ensevelirent et les déposèrent dans un caveau particulier. Sous l'épiscopat de saint Dulcide, ils furent transportés dans l'église bâtie dans l'intérieur de la ville et déposés avec honneur dans un sarcophage de marbre. Au XVIe siècle, la ville d'Agen étant tombée aux mains des Huguenots, les églises furent pillées et les saintes reliques profanées. Le corps du saint Martyr fut, d'après la tradition de l'église de Saint-Germain-du-Teil, au diocèse de Mende, vendu par les Huguenots, et transporté dans cette église, où il était très-vénéré. Heureusement, son chef était dans une chasse particulière, et conservé avec d'autres reliques, qui furent transportées au château de Lalande.
Outre l'église cathédrale, dans laquelle on conserve religieusement le chef de saint Caprais, il y a dans le diocèse d'Agen plusieurs autres églises dédiées en l'honneur de ce saint évêque. Il est aussi le patron de Saint-Vrain, près Corbeil.
Nous avons emprunté ces Actes des Martyrs d'Agen à l'excellente traduction qu'on a donnée M. l'abbé Barrière dans son Histoire monumentale et religieuse d'Agen, et aux savantes annotations dont l'auteur a accompagné son travail. — Cf. Acta Sanctorum; les Saints du Rouergue, par M. l'abbé Sarrières; les Saints d'Alsace, par M. l'abbé Honckler; l'Hagiologie nisernaise, par Mgr Crosnier.
Événements marquants
- Arrestation par le préfet Dacien à Agen
- Refus de sacrifier à la déesse Diane
- Supplice du lit d'airain (gril) et du feu
- Intervention miraculeuse d'une colombe et d'une rosée céleste
- Décapitation finale
Miracles
- Apparition d'une colombe déposant une couronne et éteignant le brasier par une pluie légère
- Guérisons à la source jaillie sous la main de saint Caprais
Citations
Je suis chrétienne dès mon enfance, et je sers le Seigneur Jésus-Christ de toute l'ardeur de mon âme.