Sainte Guiborat (Viborade)
Vierge, recluse et martyre
Résumé
Noble de Souabe au Xe siècle, Guiborat se consacra à la prière et au soin des pauvres avant de devenir recluse près de l'abbaye de Saint-Gall. Elle dirigea spirituellement sainte Rachilde et Wendilgarde, et fit preuve d'une grande austérité. Elle mourut martyre en 925, frappée par les envahisseurs Hongrois dans sa cellule.
Biographie
SAINTE GUIBORAT OU VIBORADE, VIERGE,
RECLUSE ET MARTYRE EN SUISSE, — ET SA COMPAGNE SAINTE RACHILDE
Demandez toujours conseil aux sages. Tob., IV, 19.
Viborade, appelée parmi nous Guiborat, et chez les Allemands Weib-Rath, était née d'une famille noble et ancienne dans la Souabe, en haute Allemagne. Elle fut élevée dès sa plus tendre enfance dans les sentiments et les exercices de la piété chrétienne ; et le désir qu'elle avait de se consacrer uniquement à Dieu se fortifiant toujours avec son âge et sa raison, lui fit préférer inviolablement la conservation de la pureté de son corps et de son esprit, à celle même de sa santé et de sa vie.
Dès le sortir du berceau elle avait paru prévenue d'une grâce particulière, qui l'avait mise au-dessus des faiblesses et des affections puériles, qui l'avait portée à se sevrer volontairement de tous les plaisirs et passe-temps dont on a coutume d'amuser les enfants, et qui lui avait inspiré un air de modestie et de gravité, qui fit remarquer dans toute sa conduite une sagesse qu'on trouvait difficilement dans les personnes les plus consommées en vertu et en expérience.
Elle apportait dans ses occupations spirituelles un tempérament si judicieux entre l'action et la contemplation, qu'il semblait qu'elle eût réuni en elle seule tout le mérite des deux saintes sœurs Marthe et Marie, qui se trouvèrent dignes d'être les hôtesses de Jésus-Christ. Elle joignait le travail des mains et les pratiques les plus pénibles de la pénitence, à la mortification intérieure de son cœur et de ses passions.
De la maison de son père où elle vivait aussi régulièrement que dans un monastère, elle allait tous les matins, le plus souvent nu-pieds à l'église, qui en était éloignée de près d'une demi-lieue. À son retour elle se renfermait pour s'appliquer seule en la présence de Dieu à la lecture, au travail et à la prière, fuyant non seulement la compagnie des personnes du dehors, mais même les entretiens trop fréquents de ses frères, de ses propres sœurs, et de tous ceux de la maison ; ce qui ne l'empêchait pas d'être fort exacte à rendre à ses parents toute la soumission et la déférence qu'elle leur devait, de les soulager dans leur vieillesse, et de les servir dans leurs maladies avec une assiduité et un zèle qu'ils ne pouvaient eux-mêmes assez admirer.
Aussi de leur côté eurent-ils pour elle toute l'indulgence qu'elle pouvait souhaiter pour le repos de sa retraite et la liberté de ses exercices, depuis qu'elle eut obtenu d'eux qu'ils ne l'assujettiraient plus aux modes du siècle, et qu'ils ne la presseraient plus sur le mariage auquel elle avait renoncé pour Jésus-Christ.
La joie qu'elle eut de voir son frère Hitton entré dans l'état ecclésiastique, et dévoué pour le reste de ses jours au service de Dieu, lui fit convertir le travail de ses mains à son usage, s'estimant heureuse de pouvoir servir les ministres de l'autel. Elle lui faisait elle-même ses habits, son linge, ses meubles qu'elle lui envoyait dans l'abbaye de Saint-Gall où il s'était retiré pour étudier l'Écriture sainte et la théologie. Elle travaillait en même temps pour les religieux de ce célèbre monastère, et s'appliquait principalement à faire les couvertures de leurs livres.
Dès que son frère fut prêtre, elle se retira avec lui, non seulement pour l'assister dans les soins de son temporel, mais aussi dans l'espérance de trouver chez lui des facilités plus grandes de servir Dieu et le prochain. Elle n'y fut point trompée, et continuant les exercices de charité qu'elle faisait auparavant chez son père et sa mère, elle se vit secondée par ce digne frère, qui non content de lui abandonner tout son revenu et sa maison même, pour en faire un hôpital, allait encore lui chercher des malades qu'il lui amenait tantôt sur sa jument, et tantôt sur ses propres épaules. Ils en partageaient tous les soins entre eux, et Guiborat se chargeait toujours de ce qu'il y avait de plus humiliant et de plus pénible.
Ses assiduités à traiter les malades et à nourrir les pauvres qui abordaient chez elle de toutes parts, ne diminuaient rien de son application à la prière, ni de l'esprit de retraite qu'elle conservait toujours au milieu de ces distractions apparentes. Elle apprit les psaumes sous son frère, disait l'office avec lui, et le servait même au chœur et à l'autel. Elle fit avec lui le pèlerinage de Rome, pour visiter par dévotion le tombeau des saints Apôtres, et les autres lieux consacrés par le sang des martyrs. La curiosité n'eut aucune part à ce grand voyage, qu'elle avait elle-même sollicité longtemps auparavant auprès de son frère : elle joignit à la fatigue des chemins des abstinences et des austérités volontaires, distribuant aux pauvres ce qu'elle retranchait de la dépense ; et tout le séjour qu'elle fit dans la ville, fut employé à faire des prières, et à répandre des larmes aux pieds des autels et sur les tombeaux des Saints dont elle réclamait l'intercession.
Au retour de Rome elle représenta si vivement à son frère les difficultés qu'il y avait de bien travailler à son salut dans le monde, qu'elle lui persuada de l'abandonner entièrement, et de se retirer dans l'abbaye de Saint-Gall. Après qu'il y eut fait profession de la vie religieuse, il semblait qu'elle dût suivre son exemple, ce qu'elle ne put faire néanmoins de plus de six ans après. Mais elle vivait dans le siècle comme une étrangère, qui n'en suivait ni les lois, ni les usages. Elle s'y regardait comme dans un lieu d'exil, où elle ne pouvait goûter aucune satisfaction que celle que lui pouvait procurer l'espérance d'en sortir. Elle y vivait comme si elle eût toujours été prête à partir et à aller rendre compte à Dieu. Elle s'y macérait le corps par les veilles et les jeûnes. Elle ne mangeait point de viande et ne buvait point de vin, quoiqu'on en servît toujours sur la table ; ce qui ne pouvait contribuer qu'à augmenter encore sa mortification.
Elle faisait encore beaucoup d'autres austérités secrètes, dont elle n'avait pour témoin que deux filles qui la servaient, à qui elle avait appris la discrétion avec la piété, et qui avaient soin de distribuer aux pauvres et aux malades ce qu'on croyait qui était préparé pour elle.
Elle avait un lit fort propre, et ne couchait jamais que sur la terre, couverte d'un simple cilice, n'ayant qu'une pierre pour chevet. Aussi n'y prenait-elle que fort peu de repos, interrompant son premier sommeil pour se relever, tandis que tout le monde dormait, et pour passer le reste de la nuit en prières.
Une action si sainte ne laissa point d'être décriée par une autre de ses servantes qui n'avait point sa confidence. Dieu voulant éprouver la fidélité de Guiborat, et purifier sa vertu de plus en plus, permit que la calomnie l'attaquât par le côté le plus sensible, qui était celui de l'honneur. Cette misérable servante alla publier partout que sa maîtresse se relevait toutes les nuits, mais que c'était pour faire toute autre chose que pour prier Dieu ; qu'après avoir vécu longtemps dans un commerce incestueux avec son propre frère, elle s'était abandonnée aux crimes les plus honteux qu'elle couvrait du voile de la nuit, parce que la lumière du jour ne les pourrait souffrir.
Ceux qui connaissaient la Sainte n'eurent que de l'indignation pour des calomnies si noires ; mais il n'y eut que trop de gens parmi les autres, qui suivant la pente naturelle que l'on a ordinairement pour la médisance, la jugèrent capable d'être tombée dans ces excès, et crurent lui faire grâce de plaindre en elle la fragilité humaine.
Guiborat, sans se laisser abattre sous les traits d'une si cruelle diffamation, mit toute sa confiance dans le divin protecteur de son innocence, qui l'était aussi de sa virginité. Elle ne fit point difficulté d'aller se présenter au tribunal de l'évêque de Constance, Salomon, pour répondre à ces accusations, et de justifier devant lui son innocence par les épreuves périlleuses qu'on appelait le jugement de Dieu, et qui étaient alors de grand usage.
L'évêque, qui estimait et honorait auparavant la vertu de Guiborat, se confirma davantage dans la haute opinion qu'il en avait, lorsqu'il vit que Dieu se déclarait si visiblement en sa faveur. Il rechercha avec soin l'occasion de profiter souvent de sa compagnie. Un jour qu'il allait à l'abbaye de Saint-Gall qui était de son diocèse, il lui proposa d'en faire le voyage avec lui, et elle y consentit avec joie. Elle en trouva la solitude si fort à son gré, que renonçant au lieu de son ancienne demeure, sous prétexte de vouloir céder à la malignité des médisants et des calomniateurs, elle s'arrêta sur une montagne voisine de l'abbaye, s'y fit bâtir une cellule proche de l'église de Saint-Georges, et y resta près de quarante ans à continuer ses austérités. Elle passait les jours et les nuits dans cette église à prier, y demeurant quelquefois trois jours de suite sans manger, et ne rentrait dans sa cellule que pour accorder à son corps un peu de repos ou de nourriture, lorsqu'elle le voyait réduit aux dernières extrémités.
Les peuples d'alentour, considérant qu'elle s'était dépouillée de tout pour Jésus-Christ, et qu'elle s'était appauvrie pour soulager les pauvres, lui portaient à l'envi des aumônes pour la faire subsister ; ce qui la remit dans quelque sorte d'abondance dont elle ne voulut profiter néanmoins que pour secourir ceux qui étaient dans le besoin. La distribution de ces charités dont elle était occupée souvent pendant toute la journée, et les visites fréquentes de ceux qui lui apportaient de quoi y fournir ou qui la venaient consulter sur les affaires de leur salut, faisaient une si grande diversion au silence qu'elle voulait garder dans sa retraite et à la contemplation dans laquelle elle souhaitait de n'être remplie que de Dieu, qu'elle résolut enfin d'embrasser l'Institut des recluses qui menaient la vie des anachorètes dans une clôture perpétuelle.
L'évêque de Constance lui bénit une cellule près de l'église de Saint-Magne, à quelque distance de Saint-Gall, et fit la cérémonie de la renfermer. La vie qu'elle mena dans cette retraite pendant l'espace de trente-quatre ans, eut beaucoup moins de rapport à celle des hommes qu'à l'état de ces esprits bienheureux qui subsistent sans corps, et qui ne sont employés qu'à louer Dieu, et à jouir de sa présence. Elle y fut si cachée qu'elle serait demeurée entièrement inconnue aux hommes, si ses miracles et ses prédictions n'y eussent fait obstacle.
Il y avait dans le voisinage une fille de qualité nommée Rachilde, sujette à beaucoup d'infirmités corporelles qui l'avaient réduite à une maladie qu'on jugeait incurable. Ses parents, après avoir employé inutilement les remèdes humains, se disposaient à la faire transporter à Rome pour demander à Dieu sa guérison par l'intercession des saints Apôtres. Guiborat ayant appris cette résolution, et connaissant ce que Dieu voulait faire de cette fille, se la fit amener dans sa cellule. Après l'avoir embrassée, elle l'adopta pour sa fille spirituelle, et lui déclara que pour obéir à Dieu elle voulait prendre soin de son âme et de son corps le reste de ses jours.
Rachilde se trouva fort consolée dans ses disgrâces, par les témoignages d'une si grande bonté ; et Dieu, pour ne la point gratifier à demi, lui rendit une santé parfaite, tant par les prières que par les services de Guiborat. Les parents de Rachilde, fort joyeux d'une guérison si peu espérée, consentirent d'abord que la Sainte retint leur fille près d'elle. Mais la guerre étant survenue entre Henri de Saxe, dit l'Oiseleur, nouvellement élu roi de Germanie, et Burchard, duc d'Allemagne, c'est-à-dire, de la Souabe, ils appréhendèrent de la voir exposée aux insultes des soldats, ou aux misères de la faim, et voulurent la ramener chez eux. Guiborat s'y opposa, et leur ayant déclaré la volonté de Dieu sur leur fille, elle les renvoya en paix, et peu de temps après elle renferma Rachilde, et la fit recluse comme elle, nonobstant les maladies qui revenaient par intervalle, et dont elle guérissait de même par les prières et les soins de sa mère spirituelle.
Notre Sainte fut souvent sollicitée de prendre encore d'autres disciples, que son humilité et son amour pour la retraite lui firent refuser. Elle ne put néanmoins se dispenser de recevoir une jeune dame qui se croyait veuve, et qui cherchait à servir Dieu sous sa conduite. C'était Wendilgarde, petite-fille de Henri, roi de Germanie, qui avait épousé le comte Udalric, pris par les Hongrois dans un combat, peu de temps après son mariage. La persuasion où l'on était de la mort de son mari, la fit rechercher aussitôt pour des partis fort avantageux ; mais ayant refusé de passer à de secondes noces, elle vint demander à l'abbé de Saint-Gall qu'il lui fût permis de se bâtir une cellule auprès de celle de sainte Guiborat, qu'elle avait choisie pour sa directrice. Elle obtint aisément sa demande, et n'ayant retenu que ce qui lui était nécessaire pour sa subsistance, elle fit de grandes aumônes du reste de son bien aux pauvres et aux religieux de l'abbaye, pour le repos de l'âme de son mari.
Comme elle avait toujours été élevée fort délicatement, elle eut beaucoup à souffrir pour s'accoutumer aux abstinences et aux autres austérités de la vie qu'elle voulait embrasser. Elle aimait la diversité des viandes et la douceur des fruits ; et quoique Guiborat l'en reprît avec beaucoup de sévérité, et lui représentât que cet appétit pour la variété des nourritures n'était pas une marque de publicité dans une femme, elle avait des peines inconcevables à réprimer ses désirs sur ce sujet.
Un jour qu'elle était dans la cellule de sa maîtresse, elle la pria de lui donner quelques pommes douces, si elle en avait. La Sainte lui dit qu'elle en avait gardé de fort belles pour les pauvres, et lui donna un de ces fruits sauvages, qu'on appelle des pommes de bois. Wendilgarde se jeta dessus avec une avidité qui semblait tenir quelque chose de la fureur. Mais à peine y eut-elle mis la dent, qu'elle la rejeta, et dit à la Sainte : « Ah ! que vos pommes sont aigres, et que vous êtes dure vous-même ! Plût à Dieu qu'il n'y en eût jamais d'autres dans le Paradis terrestre. Ève n'aurait eu garde d'y toucher ; et nous ne serions pas réduites à tant de misères. »
« Puisque vous parlez d'Ève, répondit Guiborat, vous devez savoir que c'est sa convoitise pour un fruit délicieux, qui a causé sa chute et notre malheur ; et vous pouvez juger par cet exemple, si la vôtre peut être innocente ». Cette remontrance porta coup au cœur de Wendilgarde, qui se retira toute confuse pour aller pleurer ses faiblesses dans le secret. Depuis ce moment elle travailla si fortement à se corriger, que avec la grâce de Dieu et les conseils de sainte Guiborat, elle vint à bout de mortifier entièrement ses appétits, et de pratiquer une parfaite abstinence. Elle fit ensuite tant de progrès dans les autres vertus, que l'évêque de Constance, de l'avis de son synode, crut devoir lui donner le voile sacré qu'elle lui demandait.
Son zèle alla si loin, que s'accoutumant insensiblement à la vie la plus austère des recluses, elle conjura notre Sainte de lui accorder la survivance de Rachilde, dont on attendait la mort de jour à autre, parce que tout son corps s'en allait en pourriture par la multitude des ulcères qui s'y formaient. Mais Dieu en disposa autrement. Rachilde fut réservée pour un long martyre, et pour laisser à la postérité chrétienne un modèle achevé de la patience que Dieu nous demande dans les maux qu'il nous envoie.
Quatre ans après la retraite de Wendilgarde, on apporta la nouvelle de l'heureux retour de son mari, le comte Udalric, qu'on croyait mort, et qui était demeuré en captivité durant tout ce temps, sous la puissance des Hongrois ou Esclavons. Il fallut lui rendre sa femme qu'il redemandait ; et les évêques assemblés dans leur synode, jugèrent que la profession religieuse ne pouvait empêcher qu'on ne la lui restituât. Wendilgarde, ainsi obligée de retourner dans le monde, promit de reprendre ses vœux si elle survivait à son mari, et voua dès lors à Dieu, sous la protection de saint Gall, le premier enfant qu'elle en aurait. Le comte Udalric fut le fidèle exécuteur de cette promesse : ayant perdu sa femme lorsqu'elle était en travail, et sauvé par l'incision césarienne, l'enfant qui fut depuis abbé de Saint-Gall.
Cependant les Hongrois ayant recommencé leurs courses, vinrent fondre avec fureur dans la Souabe et les pays voisins. Chacun se réfugia dans des lieux fortifiés pour pourvoir à sa sûreté ; et l'abbé de Saint-Gall pressa instamment sainte Guiborat de vouloir prendre une retraite dans une forteresse qui dépendait de son abbaye, et qui était en état de faire résistance aux Barbares. Mais la Sainte, qui avait prédit cette irruption, et qui était avertie intérieurement de ce qui devait lui arriver à elle-même, remercia l'abbé, et renvoya ses députés qui étaient venus la quérir, témoignant qu'elle ne voulait point s'opposer à ce que Dieu avait ordonné d'elle. Elle fit sauver les ecclésiastiques qui servaient l'église de Saint-Magne, dont son frère Hitton était le premier, et les autres personnes qui demeuraient autour d'elle, hors sa chère fille Rachilde, qui était toujours sur la paille, et de la conservation de laquelle elle assura ses parents qui étaient venus pour l'enlever.
Cependant les Barbares se répandirent dans la contrée, détruisant avec le fer et le feu ce qu'ils ne pouvaient piller. Ils brûlèrent l'église de Saint-Magne, et n'en ayant pu faire autant à la cellule de la Sainte, qui était bien bouchée, ils montèrent sur le toit qu'ils découvrirent, et la trouvèrent à genoux, qui priait dans son petit oratoire. Ils la dépouillèrent de tous ses habits, ne lui laissant que son cilice ; et irrités de ne point trouver d'argent chez elle, ils lui déchargèrent sur la tête trois coups de hache, dont elle tomba par terre. Ils la laissèrent à demi morte au milieu de son sang, qui coula jusqu'aux murs de sa cellule en si grande abondance, qu'ils en parurent imbibés durant plusieurs années. Elle vécut ainsi épuisée jusqu'au lendemain matin, qu'elle rendit son âme à son Créateur. C'était le second jour de mai, l'an 925.
Son frère Hitton étant revenu peu d'heures après de la retraite où elle l'avait envoyé se cacher, voulut enterrer le corps sur-le-champ, parce qu'il craignait que les Barbares ne le brûlassent à leur retour. Mais la bienheureuse Rachilde, que ces furieux avaient épargnée, s'y opposa, et l'abbé de Saint-Gall vint l'enlever avec ses religieux en grande cérémonie, pour le tenir en dépôt, premièrement, dans cette forteresse dépendante de son abbaye, qui en était à une demi-lieue, jusqu'à ce qu'on fût délivré de la terreur des Barbares ; et de là dans son église, où il demeura jusqu'à la mort de sa chère fille sainte Rachilde, qui lui survécut pendant vingt et un ans, dans des infirmités et des langueurs continues, que Dieu fit servir à sa sanctification.
Cependant Dieu faisait éclater la gloire dont il avait couronné sainte Guiborat par divers miracles qu'il opérait à son tombeau. Son corps fut transporté quelques années après dans l'oratoire de sa cellule, et de là dans l'église de Saint-Magne qu'on avait rétablie. On y déposa aussi celui de sainte Rachilde, dont on crut devoir honorer la mémoire, avec celle de sainte Guiborat, sur les indices qu'on eut de sa sainteté.
Les honneurs publics qu'on rendit à sainte Guiborat dans l'abbaye de Saint-Gall, se changèrent en un culte religieux dès le jour de son anniversaire, de sorte que la première célébration de sa fête se fit le second jour de mai de l'an 926, comme d'une sainte vierge et martyre. Cependant elle ne fut canoniquement mise au nombre des Saints que l'an 1047, par le pape Clément II. Les Martyrologes d'Allemagne, et ceux de l'Ordre de Saint-Benoît en font mention en ce jour ; mais le Romain moderne n'en parle nulle part.
On représente sainte Viborade ou Guiborat debout à la grille de sa cellule murée, distribuant le pain des bons conseils à ses visiteurs ; car, sans jeu de mots, le nom allemand de sainte Viborade, Weib-Rath, signifie conseil des femmes.
Baillet.
Événements marquants
- Naissance en Souabe dans une famille noble
- Service des pauvres et des malades avec son frère Hitton
- Pèlerinage à Rome avec son frère
- Retraite comme recluse près de l'abbaye de Saint-Gall pendant 34 ans
- Direction spirituelle de sainte Rachilde et de Wendilgarde
- Martyre par des envahisseurs Hongrois (coups de hache à la tête)
Miracles
- Guérison de sainte Rachilde par ses prières
- Don de prophétie (prédiction de l'irruption des Hongrois)
- Innocence prouvée par le jugement de Dieu face à la calomnie
Citations
Demandez toujours conseil aux sages.