Sainte Hyacinthe Mariscotti (Clarice)
Clarisse
Résumé
Issue de la noblesse italienne, Hyacinthe Mariscotti vécut d'abord une vie mondaine au sein de son couvent à Viterbe avant une conversion radicale. Devenue un modèle de pénitence extrême et de charité, elle se consacra au soin des pauvres et à la conversion des pécheurs. Elle est célèbre pour ses mortifications héroïques et ses nombreux miracles.
Biographie
SAINTE HYACINTHE MARISCOTTI, CLARISSE
Sa grande occupation était d'étudier dans le doux et humble de cœur. Vie de la bienheureuse imprimée à Rome en 1807.
L'illustre famille des Mariscotti est originaire de l'Écosse. En 728, quand Charlemagne entreprit une croisade contre les Sarrasins d'Espagne, une foule de nobles seigneurs vinrent de tous côtés lui amener des renforts et se mettre sous ses ordres. De ce nombre était un certain Marius, chef d'une bande de guerriers du Nord, qui prit en France et en Italie le nom de Mariscotti (Marius le Scott ou l'Écossais), et dont les descendants s'unirent plus tard aux premières familles romaines, les Orsini, les Conti, les Farnèse et les Capizucchi.
Sainte Hyacinthe, qui fut la gloire de cette noble race, naquit en 1585, dans les États de l'Église. Elle était fille de Marc-Antoine Mariscotti et d'Octavie Orsini, comtesse de Vignanello, près de Viterbe, et reçut au baptême le nom de Clarice. Elle fut élevée dans la crainte de Dieu, et montra dès son enfance les plus heureuses dispositions, de sorte que ceux qui la connaissaient, frappés de ses vertus précoces, prédisaient déjà sa sainteté future.
On fut obligé toutefois de revenir sur la bonne opinion qu'on avait formée de cet enfant ; car à peine fut-elle entrée dans l'adolescence, qu'elle changea tout à coup de conduite, et devint aussi légère et aussi mondaine qu'elle avait été jusque-là pieuse et recueillie. Elle n'ensait qu'à la toilette et aux assemblées profanes et paraissait incapable de toute idée sérieuse. Sa sœur aînée, Innocentia, donnait alors au couvent des Clarisses de Viterbe l'exemple de toutes les vertus ; on la mena auprès d'elle pour essayer de la ramener au bien ; mais ni les bons soins de sa sœur, ni les sages leçons et les avertissements salutaires des religieuses ne purent rien sur ce cœur léger. Du jour où elle entra au couvent, elle ne manifesta
qu'un désir : en sortir le plus vite possible. Elle brûlait de se jeter dans le tourbillon du monde, et d'y goûter ces jouissances acres et violentes, qui, pour elle, étaient la suprême félicité de la vie. Elle n'y éprouva tout d'abord qu'une grande déception : belle et coquette, elle espérait faire un mariage brillant ; elle vit sa plus jeune sœur, Hortense, épouser le marquis romain Paul Capizucchi, tandis qu'aucun parti convenable ne se présentait pour elle. Elle en conçut un chagrin profond, devint sombre, mélancolique, et d'une humeur si difficile qu'il était presque impossible de vivre avec elle.
Le repos de la famille était sérieusement compromis par cette jeune fille égarée ; elle ne pouvait plus songer à se marier, et il n'y avait plus pour elle d'autre ressource que le couvent. Quoiqu'elle manifestât pour la vie religieuse une extrême répugnance, son père l'engagea à se faire Clarisse. Elle obéit, et entra dans un monastère du tiers ordre régulier à Viterbe, où elle reçut le nom de sœur Hyacinthe. Mais au lieu d'oublier le monde, dit le chroniqueur, elle le fit entrer avec elle au couvent. Elle déclara qu'elle n'habiterait pas les horribles petites cellules des religieuses, et se fit bâtir une chambre magnifique, qu'elle orna avec un luxe princier ; elle y mit des tentures splendides, des tapis, des draperies d'or et d'argent ; ses bijoux s'étalaient sur une table de marbre ; on eût cru voir la demeure d'une princesse mondaine, bien plutôt que la retraite d'une servante du Christ. Elle s'acquittait avec tiédeur des exercices de piété, et supportait avec un ennui qu'elle ne cherchait même pas à déguiser les observances prescrites par la règle. Durant dix années entières, elle mena ce genre de vie, et ni les remontrances de ses supérieurs, ni les exhortations de ses parents ne purent la ramener à une conduite plus conforme à l'esprit du saint institut qu'elle avait embrassé.
Le Seigneur, cependant, finit par jeter sur elle un regard de sa divine miséricorde : il amena au couvent un saint homme, le père Antoine Bionchetti. À ce moment, sœur Hyacinthe, gravement malade, était couchée sur son lit de douleurs, et frappée de terreur à la pensée du sort qui l'attendait dans l'autre monde, elle réclamait à grands cris un confesseur. Le père Antoine accourut : à la vue de cet appartement somptueux, et des objets de luxe dont s'était entourée une fille de sainte Claire, il s'arrêta court et refusa d'entendre sa confession en disant que le Paradis n'était pas fait pour les personnes superbes. La pauvre religieuse montra un violent désespoir : « Ainsi, je ne puis être sauvée », dit-elle, en versant un torrent de larmes, « et il est écrit que Dieu n'aura pas pitié de moi ». « Changez de vie », repartit le serviteur du Christ, « laissez là ces vaines parures, ces bijoux, ces vêtements somptueux ; soyez humble, soyez pieuse, oubliez le monde et ne songez plus qu'aux choses du ciel ; et peut-être alors, le pardon viendra avec le repentir ». Le lendemain il entendit sa confession générale ; la malheureuse sanglotait si fort qu'elle ne pouvait prononcer que des paroles entrecoupées. Puis elle se leva malgré sa faiblesse, remplaça sa robe de soie par une robe de bure, et se rendit au réfectoire où elle se donna la discipline en présence de ses sœurs, à qui elle demanda pardon avec des larmes dans les yeux et dans la voix. Les religieuses, pleines de joie à la vue de cette soudaine transformation, la consolèrent, l'encouragèrent à persévérer dans cette bonne voie et lui promirent le secours de leurs prières : sainte Hyacinthe allait commencer de vivre pour le Seigneur.
Toutefois sa conversion ne fut encore que partielle, et elle ne put tout d'abord se résigner à quitter toutes les futilités qui jusque-là avaient fait sa joie. C'est seulement quelques mois plus tard, à la suite d'une nou-
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velle maladie, que cédant à l'influence toute puissante de la grâce, et aux conseils de sainte Catherine de Sienne qui lui apparut au milieu de ses souffrances, elle prit une résolution définitive et héroïque. Elle fit le sacrifice de tout ce qu'elle possédait au mépris de la règle, remit à l'abbesse ses meubles, ses robes et ses bijoux, et revêtit la dépouille d'une religieuse qui venait de mourir. Elle embrassa une vie de pénitence si austère qu'on n'y peut penser sans frémir. Elle se choisit pour patrons au ciel les Saints qui s'étaient, comme elle, laissés d'abord entraîner au torrent du monde : saint Augustin, sainte Marie d'Égypte, saint Guillaume, sainte Marguerite de Cortone. Elle ne voulut plus qu'on l'appelât Hyacinthe Mariscotti, mais sœur Hyacinthe de Sainte-Marie. Elle ne consentit plus à voir ses parents et ses amis que sur un ordre de l'abbesse, et pour pratiquer la sainte vertu de l'obéissance, à laquelle elle avait si souvent manqué dans le passé ; Jésus-Christ souffrant sur sa croix fut sa seule pensée et son seul amour.
Jour et nuit, elle se mortifia. Elle prenait la discipline avec tant de sévérité que le pavé de sa cellule était tout rouge de sang. En souvenir des plaies divines du Sauveur, elle se fit aux pieds, aux mains et au côté de larges blessures, qu'elle rouvrait elle-même continuellement et qu'elle ne laissa se cicatriser que sur un ordre formel de ses supérieures. Elle s'était procuré un immense crucifix, qu'elle portait presque tout le jour sur ses épaules, et aux bras duquel elle se faisait attacher la nuit avec des chaînes de fer. Un fagot de sarments lui servait maintenant de couche ; une pierre était son unique oreiller. Elle foula de ses pieds mignons et délicats le rude pavé de la cour du couvent, sur lequel elle laissait souvent des traces de sang ; et tous les vendredis, en mémoire de la soif de Jésus, elle se mettait dans la bouche une poignée de sel. Elle ne buvait que de l'eau, et ne mangeait que du pain très-dur qu'elle laissait brûler au four, pour le rendre désagréable au goût. Une fois, pour se punir d'avoir trouvé bon un peu de mouton qu'elle avait mangé le jour de Pâques, elle en laissa un morceau se corrompre dans sa cellule pendant quatorze jours, et en fit un repas. Pendant l'Avent et le Carême, elle vivait de salade et de racines cuites à l'eau. En un mot, elle poussa ses austérités, ses jeûnes et ses autres pénitences aussi loin que le permit la conservation de sa vie.
L'humilité est la vertu des anges : Hyacinthe la posséda au suprême degré. Riche de tous les dons de la nature et de la grâce, véritablement sainte aux yeux des hommes et aux yeux de Dieu, elle continua à se regarder comme la dernière des pécheresses. La plus pauvre sœur converse avait une robe plus belle et une cellule moins sévère que la sienne. Elle cherchait toutes les occasions de se faire mépriser et humilier. Souvent elle vint au réfectoire sans voile, une corde au cou, et elle allait baiser les pieds des religieuses en leur demandant pardon du scandale dont elle avait été l'objet. Elle se couchait sur le seuil, et suppliait les sœurs et les novices de lui marcher sur le corps. Elle faisait les ouvrages les plus répugnants du couvent, balayait les cellules, et presque toujours en se traînant sur les genoux, pour se fatiguer davantage. Les religieuses ne lui ménageaient pas les dures paroles, et beaucoup d'entre elles la traitaient tout haut d'hallucinée et de folle. Elle s'en félicitait au fond du cœur, et préférait de beaucoup les plus grossières injures aux éloges que lui donnait souvent la supérieure. Quand on la nomma sous-supérieure et maîtresse des novices, elle ne se décida à accepter ces dignités que sur l'ordre absolu de l'abbesse : « Comment voulez-vous », disait-elle en pleurant, « que je dirige les autres dans la voie de la vertu, quand je sais à peine me conduire moi-même ».
Un jour, au parloir, une jeune fille qui était venue faire visite à une religieuse de ses amies, parla en termes fort élogieux de la bienheureuse Hyacinthe, et dit que par le monde elle avait entendu maintes fois célébrer ses vertus. La sainte fille passait par hasard, et elle entendit cette conversation : « Les hommes », répliqua-t-elle sans se faire connaître, « parlent toujours de ce qu'ils ignorent ; cette religieuse est la plus grande pécheresse de l'univers ».
Elle implorait sans cesse les prières de toutes les personnes qui avaient quelque relation avec elle. « Il y a quatorze ans que j'ai changé de conduite », écrivait-elle à une religieuse ; « pendant ce temps j'ai prié quelquefois quarante heures de suite, j'ai assisté tous les jours à plusieurs messes, et je me trouve plus loin que jamais de la perfection. Quand pourrai-je servir mon Dieu comme il le mérite ? Priez pour moi, mon amie, pour que le Seigneur me donne au moins l'espérance ! »
Dieu lui avait accordé le don de faire des miracles, mais elle s'en défendait comme d'un crime. Des Italiens, en promenade sur mer, furent tout à coup assaillis par une violente tempête, et se trouvèrent en danger de mort. L'un d'eux pensa aussitôt à la bienheureuse sœur, dont la sainteté était proverbiale, et joignant les mains il s'écria : « Ô sœur Hyacinthe, venez à notre aide, ou nous périssons ». Au même instant, les passagers virent, debout à l'avant du bateau, une Clarisse en robe blanche, qui aplanissait les vagues et dirigeait avec une force surnaturelle l'embarcation vers le port. Déposés sains et saufs sur le rivage, ils coururent aussitôt vers le couvent pour exprimer à la bienheureuse toute leur reconnaissance. L'abbesse lui donna l'ordre de venir au parloir, mais à peine les eut-elle entendus dire : « C'est elle qui nous a sauvés de la tempête », qu'elle s'enfuit, comme un coupable poursuivi par la justice, et s'en alla toute rouge de honte se cacher dans sa cellule.
C'est parce qu'elle était si profondément convaincue de la grandeur de ses fautes, que la bienheureuse Hyacinthe endurait avec un calme et une tranquillité parfaits les souffrances qu'il plaisait à Dieu de lui envoyer. Pendant dix-sept ans elle fut atteinte de coliques presque continues, produites par la mauvaise nourriture à laquelle elle s'était astreinte, et par l'excès même de ses austérités. Ses douleurs étaient parfois si violentes, qu'il lui arriva de perdre connaissance au moment même où elle entrait au chœur. Cependant le même sourire angélique illuminait sa figure, et on ne l'entendit jamais gémir que sur la grandeur de ses fautes.
Le démon qui voyait avec fureur cette âme lui échapper, essaya contre elle toutes ses tentations et toutes ses ruses ; il se brisa contre une vertu plus solide que des remparts de fer et des portes d'airain. Toutes les puissances de l'enfer ne prévalurent pas contre la fiancée du Christ, soutenue qu'elle était par l'amour de son Dieu et par la grâce de l'Esprit-Saint. Elle opposa aux attaques du malin esprit des prières, des méditations, de longues contemplations aux pieds du Sauveur crucifié, la lecture de bons livres et les conseils de son confesseur, et elle triompha avec l'aide du Très-Haut. S'il est vrai que sortir victorieux des tentations, quand autrefois on y a succombé, est plus agréable à Dieu que toutes les prières et toutes les offrandes, le nom de la bienheureuse Hyacinthe a dû être inscrit avant beaucoup d'autres sur le livre d'or du ciel.
Après avoir écrasé le démon quand il s'attaquait à elle-même, Hyacinthe s'occupa de délivrer de son infernale puissance tous ceux qui y avaient succombé. Les pécheurs, surtout ceux qui avaient fait les plus lourdes
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chutes, furent l'objet de sa sollicitude. Quand elle voyait commettre une faute contre Dieu, il lui semblait que son cœur allait se briser; elle prenait sa part du péché, se mortifiait et se punissait comme si elle eût été elle-même coupable: « Mon Dieu », disait-elle, « pourquoi ne puis-je faire comprendre aux hommes la grandeur de leur néant, et leur mettre sous les yeux l'enfer avec toutes ses horreurs, afin de les ramener à vous par la crainte, sinon par l'amour? Ô mon souverain bien, penser qu'on ne vous connaît pas, et qu'on ne vous aime pas! Ô lumière du monde, penser qu'on ne vous voit pas! Quel plus cruel supplice pour ceux qui vous voient, qui vous connaissent et n'ont d'autre objet que vous! »
Quand elle essayait de convertir un pécheur, elle avait une éloquence irrésistible, qui partait du cœur et qui allait au cœur. Elle éprouvait pour eux une immense pitié qui se traduisait en paroles passionnées et en prières si touchantes qu'on ne pouvait pas ne pas lui promettre de s'amender et de rentrer au giron de l'Église. Les malheureuses femmes qui vendent leur âme avec leur corps étaient surtout l'objet de son ardente sollicitude; elle les faisait venir près d'elle, leur montrait l'horreur de leur conduite, les reprenait doucement comme une mère qui gronde son enfant, et arrachait aux plus endurcies des larmes de repentir. La plupart du temps, elle leur donnait de l'argent et des vêtements convenables, et les faisait entrer dans des maisons respectables ou dans des couvents.
Souvent par la seule force de ses prières, elle ramenait au bien des âmes égarées. Une mère, dont le fils vivait d'une façon indigne, vint la trouver les larmes aux yeux, et lui demanda des conseils: « Soyez tranquille », lui dit la Sainte, « Dieu vous viendra en aide ». Elle se mit aussitôt à genoux, et adressa au ciel de ferventes supplications. Ce jour-là même, le jeune homme repentant vint implorer de sa mère le pardon de ses fautes.
La bienheureuse Hyacinthe avait au plus haut degré l'amour de la chasteté, et toutes ses paroles tendaient à inspirer cette vertu: « Virginité sainte et immaculée », disait-elle souvent, « quelles louanges peuvent assez te célébrer ». Et encore:
« Sainte Marie, Mère de Jésus, par votre virginité sans tache avant la Conception, aidez-moi à rester moi-même chaste et pure dans mon âme.
« Sainte Marie, Mère de Jésus, par votre virginité sans tache pendant la Conception, aidez-moi à rester moi-même chaste et pure dans mon corps.
« Sainte Marie, Mère de Jésus, par votre virginité sans tache après la Conception, aidez-moi à rester moi-même chaste et pure dans mes paroles ».
C'est elle encore qui adressait à Marie cette prière:
« Mettons-nous sous la protection de la sainte Mère de Dieu; ô Vierge glorieuse et trois fois bénie, assistez-nous dans nos besoins, et délivrez-nous de tout mal ». Amen.
Une des conversions qui font le plus d'honneur à la bienheureuse Hyacinthe, c'est celle de François Pacini, soldat de fortune, que sa cruauté, son insolence et son impudeur avaient rendu tristement célèbre dans toute l'Italie. La Sainte entendit parler de lui, et elle résolut d'en faire un homme pieux et craignant Dieu. Elle jeûna, pria et se mortifia pendant quarante jours; puis elle lui écrivit de venir la voir à son couvent pour des affaires très-importantes. Pacini répondit tout d'abord qu'il s'était juré de ne jamais mettre le pied dans un cloître, et il refusa. Mais Hyacinthe ne se tint pas pour battue: à sa prière, un pécheur converti nommé Simonetti, qui avait été autrefois l'ami de Pacini, alla le trouver, et se moqua de lui: « Que vous êtes bien changé », lui dit-il, « puisque vous n'osez plus même affron-
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ter les regards d'une femme ». Pacini craignit de passer pour avoir eu peur une fois en sa vie ; il vint trouver Hyacinthe, en se promettant bien de la faire se repentir longtemps de sa démarche. Il avait compté sans Dieu, qui, quand il lui plaît, abat les plus insolents courages et transforme les loups dévorants en timides brebis. À peine fut-il en présence de la Sainte, qu'il se sentit trembler ; il ne put que murmurer des paroles confuses, et, pris tout à coup d'horreur au tableau qu'elle lui fit de ses crimes, il tomba à genoux, versa des larmes amères, et promit de se confesser. Le dimanche suivant, jour de la Passion de Notre-Seigneur, il alla pieds nus et la corde au cou se mettre à genoux au milieu de l'église et faire amende honorable. Plus tard il se rendit à Rome revêtu de l'habit de pèlerin, et consacra au Seigneur le reste de sa vie.
Il serait trop long d'énumérer toutes les conversions que provoqua la sainte religieuse, les couvents qu'elle réforma par des lettres sévères adressées à des supérieurs trop faciles, les villes où la seule renommée de sa sainteté changea en réunions pieuses les assemblées mondaines et frivoles. De toutes parts on lui demandait des conseils et des prières. C'est à son instigation que Camille Savella, duchesse de Farnèse et de Savella, fonda deux monastères de Clarisses à Farnèse et à Rome. Les novices accouraient au couvent de Viterbe, pour marcher sous sa direction dans la voie de la perfection, et beaucoup d'entre elles, entre autres la bienheureuse Lucrèce, suivirent si bien ses traces qu'elles moururent en odeur de sainteté.
La Sainte de Viterbe montrait une égale sollicitude pour les souffrances physiques et pour les maladies morales de l'humanité. Ce qu'elle a fait d'aumônes est presque incroyable. On se demande par quels moyens, pauvre et dénuée de tout comme elle était elle-même, elle a pu distribuer aux pauvres tant d'argent et de vêtements. Elle allait elle-même visiter les misérables honteux, et leur porter tout ce dont ils avaient besoin. Dans les tristes réduits où elle passait parfois de longues heures, elle amenait avec elle la paix, la joie, l'espoir et le bien-être. Elle avait une ardeur inépuisable de charité : « Que ne puis-je, comme autrefois le Seigneur sur la montagne », disait-elle, « multiplier les vêtements dont je me couvre et le pain dont je me nourris, pour en couvrir et en nourrir tous les malheureux de ce monde ? J'irai prêcher par les rues la bienfaisance et la charité ! La pauvreté est sainte, c'est une fille du ciel ; il faut que les hommes la respectent. Quand les pauvres souffrent, Marie, leur reine, pleure dans le ciel, et les générations des riches, qui passent sans abaisser les yeux sur leur misère et sans tendre vers eux leurs mains, sont maudites du Seigneur. Qui méprise les pauvres, méprise Jésus-Christ ; qui les repousse, commet un crime contre Dieu ».
Il y avait dans la cour du couvent sept chapelles où les religieuses pouvaient mériter les indulgences des sept églises de Rome. Toutes les nuits, même en hiver, Hyacinthe passait de l'une à l'autre, et dans chacune d'elle elle faisait ses dévotions devant les statues du Fils de Dieu, de la Reine des Anges et des Saints qui s'y trouvaient. Elle accomplissait cette sorte de pèlerinage pieds nus, avec une lourde croix sur ses épaules, se donnant ici la discipline, là frappant la terre de son front, partout versant des torrents de larmes, et priant les bras étendus vers le ciel.
Elle avait une grande dévotion à l'archange saint Michel dont elle invoquait l'assistance dans tous ses besoins. Mais c'est surtout la Très-Sainte Vierge qu'elle avait prise pour avocate dans le ciel. Son cœur brûlait d'amour et semblait se consumer chaque fois qu'on prononçait devant elle le
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nom de la Reine des Anges; elle l'écrivait sans cesse sur ses livres, sur les murs de sa cellule, au réfectoire, à la chapelle, pour l'avoir sans cesse devant les yeux. Pendant les sept jours qui précédaient les fêtes de Marie, elle récitait à haute voix, avec les pieuses habitantes du couvent, sept Pater, et sept Ave, et la veille même des fêtes, elle faisait avec les novices une procession autour du couvent, en chantant les Litanies de la Sainte Vierge ou d'autres saints cantiques.
Que dire de son amour pour Jésus, son céleste Fiancé? Enfant, dans l'étable de Bethléem, elle avait pour lui le culte d'une mère; Dieu fait homme et mourant sur la croix, elle lui demandait avec des larmes et en baisant ses blessures, pardon pour tous les péchés qu'elle avait commis. Elle ne pouvait voir un tableau représentant la Passion, sans assister par la pensée à tout le supplice du Sauveur des hommes; elle priait avec lui au mont des Oliviers; elle recevait sur sa joue le baiser de Judas, elle était près de lui chez Caïphe et chez Hérode; elle montait avec lui, chargée aussi de sa croix, le saint Calvaire. Alors elle se mettait elle-même sur sa tête une couronne d'épines, qu'elle enfonçait jusqu'à ce que le sang l'aveuglât, et elle se couchait sur la terre nue les bras étendus.
Le saint sacrifice de la messe, où le Sauveur s'offre tous les jours comme une victime expiatoire de tous les péchés des hommes, lui faisait verser des torrents de larmes: « Mon Jésus vient d'être crucifié », disait-elle souvent; « quand donc, ô mon Dieu, aurez-vous assez lavé de votre sang tous les péchés des hommes? » Elle s'approchait de la sainte table tous les jours, et si on ne l'en eût empêchée, elle serait restée toute sa vie en contemplation devant le sacré Tabernacle. « Seigneur », s'écriait-elle, « je suis le néant et vous êtes l'infini, et vous êtes mort pour moi sur une croix! Seigneur, donnez-moi votre amour ».
Tout ce qu'elle voyait, tout ce qu'elle entendait la faisait aussitôt s'élever à Dieu. Elle priait presque continuellement, et elle puisait dans ses prières la consolation et l'espérance, dont elle sentit le besoin toute sa vie: « Seigneur », disait-elle, « que votre volonté soit faite; mais ayez pitié de moi, misérable créature, pleine de péchés et de vices ». On la trouvait souvent en extase, les bras étendus, pendant des heures entières; immobile comme une statue, la figure resplendissante, les yeux perdus dans l'immensité, tandis qu'un parfum céleste remplissait sa cellule. Elle ne voyait et n'entendait plus rien de ce qui se passait autour d'elle, mais elle se sentait mêlée aux chœurs des anges, et elle chantait avec eux: Gloria in excelsis Deo, et in terra pax hominibus bonæ voluntatis.
Dieu voulut récompenser dès ce monde sa servante en lui accordant le don de prophéties et de miracles.
Le comte Degliotti, gravement malade, se fit recommander à ses prières: « Mieux vaudrait », dit-elle, « qu'il mourût maintenant, car plus tard il sera assassiné ».
Catherine Zagretti, qui souffrait d'un érysipèle à la tête et à la gorge, était condamnée par les médecins. Son fils vint tout en pleurs prier la Sainte d'intercéder pour elle auprès de Dieu: « Mon fils », lui répondit-elle, « consolez-vous, votre mère guérira; allez seulement pendant quelques jours offrir au Seigneur vos actions de grâces, et réciter neuf fois au pied des autels le Salve Regina, en mémoire des neuf mois durant lesquels la Très-Sainte Mère de Dieu a porté son divin Fils dans son sein virginal ». Le jeune homme obéit, et de retour à la maison, il trouva sa mère saine et sauve.
La liste des prédictions de la bienheureuse Hyacinthe est trop longue
pour que nous la placions ici ; elle serait d'ailleurs superflue et n'ajouterait rien à ce que nous savons de ses mérites et des complaisances de Dieu pour sa fidèle servante.
Quelques mois avant sa mort, elle se sentit pour ainsi dire lentement consumer par le feu de l'amour divin ; c'est le signe auquel elle devait reconnaître qu'elle allait bientôt retourner dans la céleste patrie. Dieu lui avait aussi annoncé qu'à ses derniers moments, elle recevrait d'un prêtre une statuette magnifique de la Très-Sainte Vierge ; c'est ce qui arriva en effet : elle la plaça dans sa cellule, et dès lors elle ne songea plus qu'à bien mourir. Elle écrivit au cardinal Brancaccio pour lui recommander la confrérie qu'elle avait fondée, sous le patronage de Marie. Le 29 janvier, elle se confessa avec une grande piété, et reçut la sainte communion ; et le soir même de ce jour, au moment où elle récitait avec ses sœurs les litanies de la Sainte Vierge, elle fut tout à coup prise de si violentes coliques qu'il fallut la porter à l'hôpital. On lui faisait espérer qu'elle ne souffrirait pas longtemps : « C'est vrai », répondit-elle, « encore quelques heures, et je serai pour jamais délivrée de tous les maux de ce monde ». Les plus célèbres médecins de Viterbe conféraient sur les moyens de la sauver : « Remerciez-les de leur bonne volonté », murmurait-elle, « mais dites-leur que demain je serai dans le ciel auprès de mon Fiancé ».
Les assistants ne pouvaient retenir leurs larmes. Elle demanda une dernière fois pardon à l'abbesse et à toutes les religieuses des fautes qu'elle avait commises et du scandale qu'elle avait causé, et les supplia de prier pour elle à l'heure de la mort. Puis elle se confessa encore à plusieurs reprises, murmura : « Jésus, fiancé de mon âme, venez à mon secours », et : « Seigneur, je remets mon âme entre vos mains », et dans la soirée du 30 janvier 1640, elle s'endormit dans le sein de Dieu. Elle était âgée de cinquante-quatre ans, et elle était entrée au couvent dans sa vingtième année.
À la nouvelle de sa mort, ce fut dans Viterbe un deuil universel.
Des miracles qui s'accomplirent par son intercession, la guérison d'un boiteux, accrurent encore la vénération enthousiaste du peuple. Enfin on put célébrer ses funérailles. Un père Franciscain, au milieu des sanglots et des gémissements des assistants, fit l'éloge funèbre de sœur Hyacinthe, et rappela avec émotion ses incomparables vertus. Puis on l'ensevelit dans le caveau commun du couvent. Sa discipline, sa grande croix, la planche qui lui servait de lit et ses autres instruments de pénitence furent envoyés aux illustres familles des Mariscotti, des Ruspoli et des Capizucchi.
Huit jours après la mort de la Sainte, un enfant lépreux fut guéri sur son tombeau.
André Cecconi, familier du cardinal Mariscotti, envoyé en mission par le Pape en Espagne, tomba dans une rivière et pensa se noyer ; il invoqua le secours d'Hyacinthe, et se sentit soutenu par une main invisible jusqu'à l'autre bord où il arriva sauf.
Des aveugles, des muets recouvrèrent sur son tombeau la vue ou la parole, et la sainteté de la bienheureuse s'affirma ainsi davantage de jour en jour. En 1618, le cardinal Urbain Sachetti, évêque de Viterbe, institua en son honneur une procession solennelle, et quelque temps après il demanda au pape Alexandre VIII de la canoniser ; cette requête fut soutenue par tout l'Ordre de Saint-François, par le couvent des Clarisses de Viterbe, par l'empereur, par les rois d'Espagne et de Pologne, par le duc de Toscane, et par la plupart des princes de la chrétienté. Un premier procès s'ouvrit à Rome à cette époque ; un second, sous le pontificat d'Urbain VIII ; enfin le
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18 février 1698, onze cardinaux, dix prélats et onze conseillers réguliers de la cour de Rome se réunirent une dernière fois pour examiner les pièces présentées de tous côtés.
En 1726, le pape Benoît XIII plaça sœur Hyacinthe au rang des bienheureuses, et en 1807, le pape Pie VII la canonisa.
Sainte Hyacinthe est patronne de Viterbe : on fait son office le 6 février, dans les États de l'Église et dans un grand nombre de diocèses de France.
Nous avons extrait cette vie de notre Palmier séraphique (12 vol. in-8°), pour donner une idée de cet ouvrage consacré à tous les Saints des divers Ordres de Saint-François : les détails charmants y abondent, et dans une biographie en sont les détails qu'on aime. À cause de l'étendue de la plupart de ces biographies, il nous serait impossible de les reproduire dans les Petits Bollandistes sans les abréger : nous ne pouvons donc que renvoyer à notre Palmier, qui en est comme le complément.
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## SAINT ANTOLIEN, MARTYR EN AUVERGNE (265).
Saint Grégoire de Tours met saint Antolien parmi les martyrs d'Auvergne, dont le triomphe arriva pendant l'irruption de Crocus, roi des Allemanes, dans les Gaules, sous les empereurs Valérien et Gallien. Il est dit dans le Livre des églises de Clermont que saint Antolien repose dans l'église de Saint-Gal. Après la destruction de cette église, son corps fut transféré dans celle de Saint-Allyre. D'autres veulent que les reliques de saint Antolien, après la destruction de l'église de Saint-Gal, au Xe siècle, aient été portées au monastère bénédictin de Chanteuge, aujourd'hui du diocèse de Saint-Flour, et qu'elles y soient encore parmi beaucoup de saintes reliques, illustration de ce lieu.
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## SAINT BARSANUPHE, ANACHORÈTE (VIe siècle).
Saint Barsanuphe passa quelques années dans le monastère de Saint-Séridon, situé près de Gaza en Palestine, où vécurent en même temps que lui Jean le prophète, le bienheureux Dorothée et saint Bouithée. L'amour de la contemplation le porta, en 540, à se renfermer dans une cellule écartée et n'avoir plus de commerce qu'avec Dieu. Ce fut là qu'il écrivit un traité contre les moines qui étaient tombés dans l'origénisme. Les Grecs avaient tant de vénération pour sa mémoire qu'ils mirent son image dans la grande église de Constantinople, près de celles de saint Antoine et de saint Éphrem. Saint Barsanuphe est honoré le 6 février, avec la qualité de premier patron, à Orlé, près de Siponto, en Italie, où ses reliques furent transférées dans le IXe siècle. Son office se trouve au même jour dans les synaxaires des Grecs. Le cardinal Baronius a inséré son nom dans le martyrologe romain, sous le 11 avril.
Voyez Evagre, l. iv, c. 33 ; le Père Pagi, sous l'an 548, n. 10 ; Bulteau, Hist. mon. d'Orient, l. iv, c. 9, p. 693.
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## SAINT ELRIC OU ALDRIC, BERGER (1200).
Quel est ce voyageur qui s'avance au milieu de la vallée de Fussenich, dans l'archevêché de Cologne, et vient frapper à la porte du couvent des Prémontrés ? Est-ce un cavalier égaré ou un pieux pèlerin ? À son air plein de distinction, la sœur tourière dut le prendre pour un grand seigneur fatigué qui venait demander au monastère l'hospitalité d'une nuit, car Aldric était de grande race, issu du sang royal de France, peut-être le dernier des Carlovingiens. Quel ne fut donc pas l'étonnement des religieuses, lorsque l'étranger demanda à prendre du service au couvent ? On comp-
MARTYROLOGES, 357
prit que l'esprit de Dieu avait soufflé sur cette âme. Son humilité dut être satisfaite, car on lui confia la garde des troupeaux, et son sacrifice, bien agréable au Seigneur, puisqu'il l'appela à lui au commencement de sa carrière, à peine âgé de vingt ans.
En quelques années, il avait rempli une longue course : sa sainteté ne fit de doute pour personne ; aussi l'ensevelit-on dans le chœur de l'église de Fussenich, non loin des reliques des Bienheureux élevés sur les autels. Les restes de saint Aldric furent sauvés de l'incendie qui consuma le couvent en 1642 et transférés à Zulpich. Le diocèse de Cologne faisait autrefois sa fête le 6 février.
Événements marquants
- Naissance en 1585 à Vignanello
- Entrée au couvent des Clarisses de Viterbe à 20 ans
- Conversion radicale après dix ans de vie mondaine au couvent
- Fondation de confréries et direction de novices
- Mort en odeur de sainteté en 1640
- Béatification en 1726 par Benoît XIII
- Canonisation en 1807 par Pie VII
Miracles
- Apparition sur un bateau pour calmer une tempête
- Guérison d'un érysipèle de Catherine Zagretti
- Guérison d'un enfant lépreux sur son tombeau
- Sauvetage d'André Cecconi de la noyade
Citations
Le Paradis n'est pas fait pour les personnes superbes.
Qui méprise les pauvres, méprise Jésus-Christ.