Sainte Rose de Viterbe
Vierge du Tiers Ordre de Saint-François
Résumé
Née à Viterbe en 1235, Rose se consacre à Dieu dès l'enfance et rejoint le Tiers-Ordre franciscain. Elle parcourt les villes pour prêcher la foi catholique contre les partisans de l'empereur Frédéric II, accomplissant de nombreux miracles dont celui du bûcher. Elle meurt à dix-sept ans, laissant un corps qui demeure miraculeusement intact.
Biographie
SAINTE ROSE DE VITERBE, VIERGE.
DU TIERS ORDRE DE SAINT-FRANÇOIS
Omnia possum in eo qui me confortat. Je peux tout en celui qui me fortifie. Philipp., iv, 13.
Sainte Rose naquit en 1235, à Viterbe, capitale du Patrimoine de Saint-Pierre, de parents plus remarquables par leurs vertus que par leur fortune ou l'éclat de leur origine. Son père, qui s'appelait Jean, fut un homme estimé pour son incomparable droiture ; Catherine, sa mère, était un modèle de sagesse, de modestie, et d'inébranlable fidélité à ses devoirs religieux.
A peine venue au monde, elle fut apportée sur les fonts baptismaux, où elle reçut le nom de Rose. Dès les premiers moments de sa vie, elle donna quelques marques de sa future grandeur. Jamais elle ne demanda le sein de sa mère, jamais on ne l'entendit vagir ni crier, jamais on ne la vit pleurer. C'est pour un meilleur usage sans doute qu'elle réservait ses larmes et
VIES DES SAINTS. — TOME X. 30
ses cris. Son visage toujours calme, tranquille et doux, s'éclairait parfois d'un intelligent et gracieux sourire ; et bientôt son regard qui s'élevait et se fixait angéliquement vers le ciel, laissait sous la puissance et le charme d'une religieuse admiration les personnes étonnées qui l'abordaient. On n'a jamais douté que Dieu ne lui eût avancé l'usage de la raison.
Ses parents ne tardèrent pas à reconnaître le prix et la beauté du trésor que le ciel leur avait confié ; aussi employèrent-ils tout ce que put leur suggérer leur amour et leur foi pour mettre cette enfant sur la voie de ses destinées. Sa langue n'était pas encore déliée qu'ils lui apprenaient à prononcer les saints noms de Jésus et de Marie. Ils n'auraient pas voulu que d'autres paroles sortissent les premières de sa bouche. Et comme les premières actions sont aussi celles qui forment le pli de l'âme, ils dirigèrent les siennes vers la piété. Cependant ils n'eurent pas besoin de beaucoup d'efforts pour la former à la vertu. Vivement excitée par la grâce, sa nature s'y portait avec ardeur. Elle n'avait de goût que pour les choses de Dieu. Dès l'âge de deux ans, elle écoutait avec une insatiable avidité les instructions sur les vérités éternelles que son père et sa mère lui adressaient avec une touchante et naïve simplicité. Au lieu de s'amuser comme tous les enfants de son âge, elle passait la plus grande partie de son temps devant les saintes images qui ornaient les murs de sa modeste demeure, particulièrement devant celles de la très-sainte Vierge et du divin Précurseur ; et là, immobile, à genoux, les mains jointes, elle exprimait plus encore par la vivacité de son regard que par les mouvements de sa langue, les sentiments de vénération, de tendresse, et de filiale confiance dont son âme était pénétrée.
Quand elle fut capable de marcher, elle ne sortait avec plaisir que pour aller à l'église. Elle s'y tenait dans une posture si modeste et si recueillie, que les assistants en étaient tout édifiés. Les cérémonies augustes de notre sainte religion produisaient une impression profonde sur son cœur. La parole divine, qu'elle semblait écouter de l'oreille et des yeux, la remplissait des plus tendres émotions. De retour à la maison, elle répétait les plus longs discours, reproduisait les accents et imitait les gestes des prédicateurs avec tant de naturel, de grâce, de conviction et de feu, qu'elle charmait, attendrissait, et souvent ramenait à Dieu ceux de ses auditeurs qui avaient eu le malheur de s'en éloigner.
Rose avançait moins en âge qu'en vertu. Elle avait le cœur tellement rempli de son Dieu, qu'elle ne pensait qu'à lui et n'aimait qu'à entendre parler de lui. De là vient ce grand goût qu'elle ressentit pour la retraite et ce plaisir si vif qu'elle éprouvait d'aller à l'église, surtout dans celle de Saint François pour lequel elle avait une singulière dévotion.
Quand elle assistait à la célébration des divins mystères, on voyait que son recueillement et ses transports redoublaient à mesure qu'elle en appréciait davantage la sainteté et la grandeur. Tantôt, pleinement absorbée dans l'adoration de la souveraine Majesté présente, elle paraissait comme anéantie : tout se taisait dans ses membres, sur ses lèvres et dans ses traits. Tantôt, la poitrine haletante, le regard vivement fixé sur l'autel, le visage ardent, la bouche entrouverte, il semblait que son âme, incapable de résister au feu qui la dévorait, était sur le point de quitter son corps pour s'élancer vers le divin objet de son amour.
Dès que cette pieuse enfant fut capable de produire des actes de vertu, le premier soin du Père céleste fut de la porter à se rendre en tout conforme à Jésus, son divin modèle. Aussi prit-elle de bonne heure la résolution de l'imiter dans son humilité, son silence, son esprit de pauvreté, l'amour pour les souffrances, l'obéissance à ses parents. Dès l'âge le plus tendre, elle manifesta un grand éloignement pour le monde, pour ses conversations, ses amusements et ses vanités. Si elle fuyait même la société des petites filles de son âge, ce n'était certes point par orgueil. Ne trouvant, au contraire, rien en soi qu'elle n'eût reçu, elle se considérait comme un ver de terre digne du mépris et de la réprobation de tous.
Quoique ses parents ne fussent pas dans une position à lui donner du superflu, elle se plaignait toujours d'une trop grande abondance. Elle en vint donc à se constituer bien pauvre au sein même de sa pauvreté. Couverte d'une simple robe en laine fort rude et fort grossière, qui servait moins à conserver la décence qu'à déchirer ses chairs, elle marchait, hiver et été, les pieds nus, la tête découverte et les cheveux en désordre livrés au caprice des vents. Cette simplicité plus qu'ordinaire dans le vêtement était accompagnée d'une simplicité non moins étonnante dans la nourriture. Comme elle n'acceptait jamais des aliments plus propres à flatter le goût qu'à soutenir les forces, on était obligé de recourir à la violence pour lui faire prendre le nécessaire. Elle se contentait le plus souvent d'un peu de pain pour sa journée, préludant ainsi à ces mortifications sévères, à ces jeûnes incroyables auxquels elle devait se livrer dans la suite. « Ceux qui sont à Jésus-Christ », dit saint Paul, « crucifient leur chair ». Ce ne sera donc pas assez pour notre sainte enfant de l'humilier aux yeux de tous et de la priver de tout, il faudra qu'elle la torture en la flagellant. Au cilice elle joint par conséquent la discipline.
Mais si elle est remplie d'une sainte cruauté contre elle-même, son âme compatissante et sensible s'émeut de la plus touchante tendresse à l'égard des membres souffrants de Jésus-Christ. La moindre peine, la plus légère douleur dans son prochain, suffit pour la faire pâlir ou lui tirer des larmes. Pour le soulager, elle commence toujours par implorer sur elle le secours du Tout-Puissant, et lui adresse ensuite les paroles les plus affectueuses et les plus consolantes. Quoiqu'elle fût bien petite, les personnes âgées l'écoutaient avec plaisir, parce qu'on sentait que c'était plus que l'âme d'une enfant qui parlait par sa bouche. Mais on peut dire que, si elle est parvenue à guérir bien des blessures et à faire renaître la joie et l'espoir dans les cœurs affligés, c'est parce que, dès le premier abord, elle devenait infirme avec les infirmes, souffrante avec ceux qui souffraient.
C'est encore à l'égard des pauvres qu'éclatait son incompréhensible charité. Considérant son divin Jésus en leur personne, elle les aimait plus qu'elle-même. Malgré sa pauvreté, elle trouva toujours le moyen de les secourir. Ceux qui ne pouvaient aller implorer la charité publique, parce qu'ils étaient retenus chez eux par quelque infirmité, excitaient plus particulièrement sa compassion. Elle se faisait indiquer leur demeure, et leur apportait, quelque temps qu'il fît, toujours pieds nus et la tête découverte, à travers la pluie, la glace et les neiges, tout ce qu'elle avait pu se procurer. Quand elle en apercevait dans les rues, sans attendre qu'ils vinssent s'humilier en lui tendant une main suppliante, elle courait à leur rencontre, les abordait d'un air affable, et après leur avoir adressé quelques mots empreints de la plus respectueuse tendresse, elle leur glissait furtivement tout ce qu'elle possédait. Le plus souvent, ce n'était que le petit morceau de pain qu'elle avait accepté pour sa journée, et dont elle cachait soigneusement à sa mère le pieux emploi qu'elle en avait fait. Comme les nécessiteux connaissaient son extrême bonté, ils se rendaient chaque jour
4 SEPTEMBRE.
en assez bon nombre devant sa porte. Quand ses parents étaient absents, elle s'emparait de toutes les provisions, et les leur distribuait avec autant de plaisir et de joie que si elle avait elle-même reçu les plus précieux trésors. Mais quand son père ou sa mère se trouvaient à la maison, la portion était naturellement beaucoup moins abondante. Alors, elle accompagnait son offrande de paroles si cordiales et si tendres, le sentiment qui se peignait sur ses traits était tellement rempli de tristesse et de douleur, que les malheureux, étonnés, se retiraient tout satisfaits et fort contents. Ils la célébraient partout comme la charité même personnifiée dans l'âme d'une enfant.
Mais si Rose était pleine de tendresse et de charité pour les pauvres, nous pouvons dire qu'elle portait au souverain degré l'amour, le respect et l'obéissance qu'une enfant doit à ses parents. Vivement convaincue qu'ils étaient auprès d'elle les plus augustes représentants de Dieu sur la terre, elle leur manifestait par ses paroles et ses actions ces sentiments de pieuse déférence, de sincère estime et de vénération parfaite qu'elle leur portait du fond de l'âme. Avec quelle perspicacité n'entrevoyait-elle pas leurs besoins pour y suppléer ! avec quelle promptitude, quelle bonne grâce, n'exécutait-elle pas leurs ordres, ne prévenait-elle pas leurs désirs ! Épanchements de cœur, douces paroles, manières aimables, airs souriants, elle avait recours à tous les moyens pour leur témoigner cette affection grande, vaste, profonde dont elle était pénétrée à leur égard.
L'exemple de tant de vertus la faisait déjà vénérer comme une sainte. De tous les côtés on se réunissait sur les chemins qu'elle devait parcourir pour la voir ou l'entendre. Cet empressement ne lui causait ni confusion ni vaine gloire, mais il lui faisait de la peine parce qu'il interrompait la continuité de ses entretiens avec son Dieu. L'attrait puissant qu'elle avait pour la vie contemplative la poussait vers la retraite ; dès l'âge de sept ans, elle prit le parti de s'enfermer.
Il n'y avait à cette époque dans Viterbe qu'un seul couvent : c'est celui où son père et sa mère étaient employés comme serviteurs. Les religieuses qui l'habitaient n'étaient originairement que de jeunes filles qui s'étaient réunies sous la conduite d'une pieuse dame pour s'édifier mutuellement par la pratique des vertus. Mais de plus en plus désireuses de s'élever à la perfection, elles s'engagèrent à observer la clôture, s'astreignirent à une vie pauvre, et adoptèrent la Règle de saint Damien, religieux de l'Ordre de Saint-Benoît. C'est pour cela qu'en confirmant leur institut, le pape Grégoire IX leur donna le titre de Religieuses de Saint-Damien. Les Viterbiens furent tellement impressionnés par la vie calme et sainte de ces bonnes Sœurs, que dans la crainte qu'elles ne fussent obligées de se disperser, faute d'espace et d'air, ils leur construisirent, aux frais de la ville, un monastère et une église connue sous le nom de Sainte-Marie des Roses.
Notre petite enfant fit des efforts incroyables pour entrer dans cette pieuse retraite ; mais Dieu, qui voulait la faire passer par un état de contemplation pure pour l'envoyer ensuite dans le monde travailler à la conversion des âmes, ne permit pas qu'elle y fût admise. La supérieure lui objecta son âge encore trop tendre, et l'absence complète de ressources qu'elle pouvait offrir à une communauté, dont les membres ne subsistaient que par le peu de biens que chaque novice apportait à son entrée. Ce refus ne fit qu'augmenter son penchant pour la solitude. Elle s'en créa une dans la maison de son père, où elle s'enferma dès l'âge de sept ans, bien résolue d'y passer tous les jours et tous les moments de sa vie.
A peine y fut-elle entrée, que, suivant les transports de son amour pour Jésus souffrant, elle se livra, pour l'imiter et lui plaire, à tous les exercices de la plus austère pénitence et de l'union la plus intime avec son Dieu. Sans cesse revêtue du cilice qu'elle porta directement appliqué sur la chair, chaque jour elle se donnait plusieurs fois la discipline, mais si longuement et avec tant de force, qu'épuisée de fatigue elle tombait sans connaissance sur le pavé au milieu d'une véritable mare de sang. À part les trois et les sept jours de suite qu'elle passait souvent sans prendre aucune sorte de nourriture, elle ne se permettait jamais que du pain et de l'eau, et encore en quantité si minime qu'elle ne pouvait évidemment subsister que par un secours extraordinaire de la Divinité. Lorsqu'elle était vaincue par le sommeil, elle se jetait toute vêtue sur son misérable lit, et dès le premier réveil, hâté sans doute par ses cuisantes douleurs, elle se levait pour recommencer le cours de nouvelles tortures. Effrayés à la vue de ces incroyables excès, ses parents firent, dès le principe, les efforts les plus énergiques pour la retirer de son infect et ténébreux cachot, et obtenir d'elle une autre ligne de conduite. Mais elle leur montra, les yeux en larmes, que la gloire de Dieu et l'intérêt de sa pauvre âme réclamaient une vie bien austère, et elle redoubla le nombre de ses jeûnes, l'âpreté de ses cilices et la rigueur de ses macérations.
Or, la souffrance voulue, aimée, recherchée, purifie le cœur, ennoblit les sentiments, élève les pensées, détache l'esprit de la terre et le porte vers le ciel. De là vient que cette aimable enfant avait tant de facilité pour la prière. Elle y passait toute la journée et la plus grande partie des nuits, et son âme s'y absorbait tellement que les bruits les plus forts semblaient ne pas lui parvenir. Rien ne pouvait la distraire. Ses parents et les personnes étrangères qui se rendaient auprès de sa cellule pour contempler, à travers la porte qu'entrouvrait doucement leur pieuse indiscrétion, le spectacle admirable de son angélique ferveur, la trouvaient souvent plongée dans une méditation si profonde que son corps insensible et fixe la faisait regarder comme morte ou évanouie. C'est en vain qu'on s'empressait pour lui faire reprendre ses sens. Ce n'était qu'après plusieurs heures et quelquefois au bout d'une journée entière, que, sortant de son ravissement et de son extase, elle revenait au mouvement et à la vie.
Ces entretiens intimes et continus avec Dieu étaient pour elle la source d'une science, d'une force et d'un bonheur que l'Esprit-Saint peut bien communiquer, mais que toute l'activité humaine ne saurait acquérir. Ainsi, lorsque pour répondre aux diverses questions qu'on lui adressait, elle se mettait à parler de la Puissance, de la Miséricorde, de la Justice, de la Beauté, de la Gloire et de toutes les perfections de Dieu, elle le faisait avec des sentiments si tendres et si élevés, des expressions si simples mais si ardentes, des mouvements si entraînants et si vifs, une fécondité si soudaine et si inépuisable, que tous ceux qui l'entendaient proclamaient bien hautement que c'était dans le sein même de l'éternelle Vérité qu'elle puisait des connaissances si extraordinaires et si sublimes, que c'était celui-là même qui avait inspiré les Prophètes et tous les écrivains sacrés qui s'exprimait par ses lèvres. De même, lorsque les visiteurs, s'apitoyant sur son âge et la rigueur de ses pénitences, lui recommandaient d'apporter quelque adoucissement à ses rudes pratiques, elle exposait le bonheur qu'il y a dans la souffrance avec tant de charme et d'éloquence, qu'on ne tardait pas à s'apercevoir que c'était une véritable félicité pour elle que de souffrir. Et, en effet, la plus grande de ses douleurs était de ne pas en avoir. Ce
4 SEPTEMBRE.
n'est pas certes qu'elle ne ressentit tout ce que la douleur a de pénible et de poignant, mais sachant que la souffrance contribue à nous rendre plus conformes à notre divin Modèle, non-seulement elle se complaisait dans les tourments, mais encore elle avait recours à mille moyens pour s'en créer davantage.
Cependant ces privations rigides, ces flagellations si souvent répétées, cette claustration sévère dans un lieu étroit et peu aéré, jointes à l'occupation constante de son esprit et de son cœur, lui occasionnèrent, à l'âge de huit ans, une maladie sérieuse qui dura près de quinze mois, et faillit à plusieurs reprises la conduire au tombeau. Elle se déclara par une faiblesse excessive qui dégénéra bientôt en consomption. Quel touchant spectacle que celui de cette petite vierge, étendue sur sa pauvre couchette, continuellement brûlée par la fièvre, n'exhalant jamais une seule plainte, n'ouvrant jamais la bouche que pour bénir le Seigneur, ne gardant le silence que pour s'occuper à la prière avec autant de calme et d'application que si elle avait été en parfaite santé ! Ce qui l'affligeait le plus, c'était d'être obligée de garder le repos sans qu'il lui fût permis de se macérer comme à l'ordinaire. Aussi se plaignait-elle auprès de ses parents, de ses amis et des personnes étrangères, de sa trop grande délicatesse, et elle leur demandait à tous avec les plus pressantes instances que, puisque son bras était trop faible pour lui faire expier ses péchés par des peines volontaires, ils voulussent bien suppléer à sa fâcheuse impuissance en la fustigeant de toute leur force pour l'amour de son adorable Jésus qui avait été si rudement flagellé pour elle. Des larmes coulaient sur tous les visages, des sanglots s'échappaient de toutes les poitrines, lorsqu'on voyait cette pauvre enfant épuisée par de longues douleurs, n'ayant presque plus qu'un souffle de vie, se redresser péniblement sur sa couche, et demander les mains jointes, les yeux en pleurs et d'une voix plus qu'attendrissante, qu'on ajoutât de nouveaux tourments à ceux qu'elle endurait. Mais si les hommes refusaient d'accéder à ses désirs, le ciel les accomplissait de la manière la plus prompte et la plus rigoureuse : ses douleurs devenaient de plus en plus vives, et il arriva un moment où, la fièvre étant tombée, sa faiblesse fut tellement grande, que toute pâle et entièrement épuisée, elle parut ne plus exister.
La veille de la Saint-Jean-Baptiste, elle eut une vision bien douce et que nous ne pouvons nous empêcher de relater, parce qu'elle fut de la plus haute conséquence pour tout le reste de sa vie. Comme ses forces faiblissaient toujours, et que depuis quelque temps on attendait d'heure en heure son dernier soupir, sa cellule et toute la maison étaient remplies de jeunes filles et de pieuses dames, ses amies, qui voulaient l'assister à cet instant suprême. Or, au moment où immobile et sans pouls on la regardait comme déjà trépassée, tout d'un coup ses paupières s'ouvrent, son regard se fixe, son visage étincelle de joie, une vigueur extraordinaire se répand dans tous ses membres, et se dressant précipitamment sur sa couche, elle s'écrie : « Vous toutes qui êtes ici, pourquoi ne saluez-vous pas la Reine du monde ? ne voyez-vous pas Marie, l'auguste Mère de mon Dieu, qui s'avance ? Hâtons-nous d'aller à sa rencontre : prosternons-nous devant sa majesté ». Elle se lève à ces mots, se dirige d'un pas rapide et ferme vers la porte de sa cellule, tombe à genoux avec toutes les personnes présentes, et tandis que l'humilité, la modestie, la dévotion la plus tendre et l'amour le plus vif sont peints sur tous ses traits, son regard reste constamment attaché sur l'objet qui l'attire. Elle ne prononce pas un seul mot. Il semblait que son âme, complètement absorbée dans la contemplation du grand spectacle
qui s'offrait à ses yeux, était incapable de faire sortir son corps de l'immobilité complète où il était plongé.
La céleste Reine lui apparaissait dans tout l'éclat de ses grâces et le charme de sa bonté. Elle était revêtue des ornements les plus magnifiques, et la lumière vive, immense, dont elle était environnée et qui la pénétrait tout entière, n'avait cependant rien que de très-agréable et de très-doux. La puissance et la grandeur, qui se révélaient dans son port majestueux et sur sa resplendissante figure, étaient admirablement rehaussées par l'attrait de cette miséricordieuse tendresse qui forme le fond de sa nature. Autour d'elle se tenaient en couronnes brillantes plusieurs groupes de glorieuses amantes de Jésus. Elles étaient moins grandes, moins lumineuses et moins belles que leur divine Souveraine. Leur visage, tout rayonnant d'innocence et d'amour, de bonheur et de joie, se montrait encadré dans des bandeaux de longs et éclatants cheveux qui coulaient en ruisseaux d'or sur leurs virginales épaules.
Dès que cette bienheureuse enfant eut recouvré la respiration et la parole que lui avaient fait perdre le ravissement de ses sens et la surabondance de sa félicité, elle rompit tout à coup le silence et s'écria : « Ô ma Reine, ô ma joie, ô ma consolation, ô mon bonheur ! vous avez quelque recommandation à me faire, quelque ordre à me donner ; parlez, parlez, car votre servante vous écoute ».
Alors la Mère de Dieu s'approche, l'embrasse avec la plus affectueuse tendresse, et de cette voix calme, délicieuse, ravissante qui porterait la sérénité, la force et le bonheur dans les cœurs les plus faibles et les plus troublés, elle lui dit : « Rose très-pure, dont la tige qui repose au sein même du plus brillant des lis s'est couronnée de la plus belle et la plus odoriférante des fleurs, vous me voyez pompeusement parée, comme l'épouse d'un grand roi, ornée de joyaux précieux, environnée de vierges innocentes et richement vêtues. Prenez à notre exemple les ornements les plus somptueux que vous pourrez trouver, et après avoir visité les églises de Saint-Jean-Baptiste et de mon bien-aimé serviteur, le pauvre François, vous irez dans celle de Sainte-Marie du Coteau, où l'on vous coupera les cheveux. Vous vous dépouillerez ensuite de toutes ces futiles livrées du monde, et Dona Sita vous imposera le saint habit de la pénitence. Pour la corde, vous prendrez celle de votre petit ânon. Après avoir ainsi célébré vos noces avec le grand Roi de la gloire et rendu vos actions de grâces au Très-Haut, vous retournerez dans votre cellule où, revêtue de l'habit du Tiers Ordre de Saint-François, vous vous appliquerez à prier et à louer votre Dieu. Plus tard, quand le moment sera venu, vous vous armerez de confiance et de courage, et avec tout le zèle dont vous serez capable, vous parcourrez les villes pour reprendre, convaincre, exhorter, et ramener les égarés dans les sentiers du salut. Si une telle conduite vous attire des sarcasmes et des railleries, des persécutions et des peines, vous les supporterez avec patience, car elles seront pour vous une source de mérites et un sujet de précieuses récompenses. Mais malheur à ceux qui vous feront de l'opposition et s'obstineront à vous entraver dans l'accomplissement de votre mission ! ils seront en proie aux plus tristes calamités, tandis que ceux qui vous seconderont dans vos pieux efforts se verront enrichis de toutes les grâces du Seigneur ». Après avoir dit ces mots, elle la bénit et se re
4 SEPTEMBRE.
tire, la laissant comme plongée dans un océan de bonheur et de joie.
Rose, accompagnée d'une foule immense accourue à la première nouvelle de ce qui se passait, se rendit dans les églises de Saint-Jean-Baptiste et de Saint-François, où elle versa beaucoup de larmes d'amour, de reconnaissance et de joie ; mais c'est surtout dans celle de Sainte-Marie du Coteau qu'elle fut obligée de laisser un libre cours à ses ardeurs et à ses transports. Après la messe qu'on célébra solennellement à son intention, elle se dépouilla de tous ses atours mondains, se prosterna au pied de l'autel et fit à haute voix, entre les mains du prêtre et en présence de tout le peuple, les trois vœux de pauvreté, d'obéissance et de perpétuelle virginité. Se tournant ensuite vers la dame Sita, elle la pria de terminer la cérémonie commencée par le ministre du Seigneur. Celle-ci se croyait trop indigne de lui rendre un semblable office : « Telle est la volonté de Marie, notre Mère Immaculée », repartit l'enfant : « refuseriez-vous d'accomplir un si saint devoir ? » Sita se soumit : elle lui coupa les cheveux et la revêtit de l'habit du Tiers-Ordre de la Pénitence, que le prêtre lui avait imposé.
Lorsque après la cérémonie elle se retourna vers le peuple pour revenir à sa place, un cri d'admiration s'échappa de toutes les poitrines, des larmes de tendresse coulèrent de tous les yeux. Un ébranlement instantané se produisit dans cette foule immense. Chacun voulait l'approcher pour la voir, pour la toucher. Il y a dans la sainteté comme une vertu puissante qui assiège les cœurs et les attire. Comment d'ailleurs ne pas être ému à l'aspect d'une petite fille de dix ans qui, avec une connaissance pleine et entière, vient de se donner à Dieu sans réserve et pour toujours ? Ses pieds nus, son corps miné par les privations, ses yeux amoureusement collés sur un crucifix qu'elle pressait dans ses mains, son front où, avec une céleste sérénité, rayonnait la plus aimable candeur, son visage d'ange qui se détachait radieux et tendre des plis informes d'une grossière tunique, comme le ferait un lit délicat et pur du milieu d'après épines, produisaient un effet merveilleux dans les âmes.
Quand elle fut hors de l'église, on voulut l'entendre. La parole s'élança de ses lèvres abondante, majestueuse, enflammée. Elle parla avec tant de véhémence et de sentiment du malheur de ceux qui vivent loin de Dieu ; elle fit sur son crucifix, qu'elle inondait de pleurs, un tableau si pathétique, si navrant et si vif de l'état déplorable où le péché avait réduit son aimable Jésus ; elle employa pour porter les coupables au repentir, des raisons si énergiques et si entraînantes, qu'il n'y eut pas de cœur qui ne fût atterré, qui ne s'avouât vaincu. Les sanglots firent irruption partout ; de tous les côtés ce ne fut qu'une immense explosion de voix qui s'élevaient vers le ciel pour implorer miséricorde et pardon. Jamais peut-être la parole de Dieu, si efficace, si pénétrante quand elle est maniée par une âme innocente et pure, n'avait agi avec tant de puissance et de supériorité, sur la masse d'un grand peuple, par la bouche d'une simple petite enfant.
Dès qu'elle eut fini de parler, Rose se hâta de revenir à sa demeure. Une inspiration secrète la portait à se retrouver seule avec Dieu seul. Se dérobant donc au plus tôt à la foule serrée qui l'accompagnait, elle s'enferma dans le silence de sa cellule, et se mit à répandre devant son céleste Époux les sentiments de joie, d'humilité, de confusion, de reconnaissance, d'amour, d'abandon complet d'elle-même, dont son âme débordait. Mais Jésus ne l'avait rappelée à la solitude que pour lui parler plus intimement au cœur. Il lui fit entrevoir que s'il l'avait épousée dans l'Ordre de la Pénitence, c'était pour qu'elle s'assimilât plus parfaitement à lui par la douleur.
Dès ce moment on la voit multiplier ses privations et aggraver ses tortures. Elle se frappe la poitrine avec une grosse pierre qu'elle s'est préparée à cet effet. Chaque jour, et plusieurs fois par jour, elle se déchire le corps par de rudes flagellations, qu'elle se donne pendant des heures entières. Peu lui importe que le sang s'échappe à gros bouillons et inonde le pavé ; lorsque les pans grossiers de sa robe de bure se sont fortement collés sur ses larges plaies, elle les en arrache violemment pour emporter des lambeaux de chair.
Un jour que son âme s'exhalait comme à l'ordinaire dans les sentiments de la compassion la plus ardente, Jésus-Christ lui apparut suspendu à la croix, les mains et les pieds cloués, la tête couronnée d'épines, le visage meurtri, défiguré, les membres affreusement tendus et disloqués, les chairs déchirées jusqu'aux os, tout le corps inondé d'un sang écumant qui jaillissait des plaies larges et profondes qu'il avait reçues de ses bourreaux.
A cette vue, un cri perçant s'échappe de ses lèvres : une douleur aiguë, vive, terrassante la saisit dans tous ses membres ; elle tombe évanouie la face contre terre. Quand elle se relève, sa poitrine est trop oppressée, sa bouche ne peut proférer un seul mot ; mais pendant que son regard se fixe avec une poignante avidité sur la grande et muette Victime, un travail inconnu se fait dans tout son être : ses veines se gonflent, ses nerfs s'irritent, sa sensibilité s'aiguise, et son cœur, qui s'élargit et se creuse, devient comme un abîme où, du sein de Jésus, se précipitent avec excès toutes les amertumes, toutes les angoisses, toutes les douleurs. Excitée par tant de maux, et pareille à cette épouse infortunée qui, voyant tout à coup l'objet de ses tendresses ensanglanté, broyé, expirant dans quelque terrible catastrophe, porte instinctivement un bras nerveux contre elle-même et semble, en se torturant, adoucir et même conjurer la rigueur d'un trop funeste sort, Rose s'arrache les cheveux, saisit d'une main crispée la grosse pierre qui gît à ses côtés, s'en donne des coups affreux sur les épaules et la poitrine, et lorsque les flots de sang qui s'échappent par sa bouche ont ouvert un libre passage à sa voix, elle s'écrie : « Ô mon Jésus, qui vous a donc réduit à ce lamentable état ? qui vous a si inhumainement meurtri, déchiré ? qui vous a si cruellement percé et attaché à cet horrible bois ? » — « C'est mon amour, mon ardent amour pour les hommes », répond le Sauveur ; « c'est le péché dont ils se rendent coupables » — « Votre amour pour les hommes ! » reprend cette admirable enfant, « c'est donc pour moi que vous avez tant souffert!!... Le péché des hommes ! c'est donc moi, misérable pécheresse, qui vous ai causé tous ces tourments ! » Alors, transportée de toutes les fureurs d'un saint désespoir, elle pousse les cris les plus lamentables, verse par torrents les larmes les plus amères, et se déchire, se torture, se frappe jusqu'à se briser les os.
Considérant ensuite que ce ne sont pas seulement ses péchés, mais ceux de tous les hommes, qui ont occasionné tant de souffrances à son Dieu, et qui arment chaque jour sa justice contre la terre, elle s'interpose entre le ciel irrité et le monde coupable. Elle conjure le Seigneur de faire tomber sur sa tête tous les traits de sa colère, et de fermer les yeux sur les crimes de tant d'hommes qui ne savent ce qu'ils font. Pour obtenir, sur Viterbe surtout, ces trésors de miséricorde qu'elle implore avec tant d'ardeur, elle cherche à émouvoir son divin Époux en s'associant de plus en plus à ses souffrances, et en s'arrachant la peau et des morceaux de chair avec les ongles ou un couteau. Incapable de lutter longtemps contre les douleurs inexprimables qu'elle éprouve, elle tombe une seconde fois sans connais-
4 SEPTEMBRE. sance sur le pavé, et ne se relève que pour continuer à se meurtrir en contemplant son Jésus crucifié.
Cependant la vision disparaît. Mais en se retirant, le Sauveur ne calme point ses souffrances. Il lui laisse seulement une soif brûlante du salut des âmes, qui triomphe un instant de son excessive faiblesse, et la porte à parcourir toutes les rues de la cité pour ramener le peuple à des sentiments de vertu. Elle le convoque à grands cris sur les principales places ; et là, pour se faire entendre de la foule nombreuse qui, poussée par la curiosité, l'esprit de foi et le souffle du Tout-Puissant, débouche par toutes les avenues, elle s'abandonne aux célestes inspirations de son cœur. Le crucifix qu'elle tient dans ses mains, le feu divin qui brille dans ses yeux, l'expression touchante que revêt son visage ensanglanté, la peinture vive, énergique et vraie qu'elle présente des affreux désordres où l'on vit, et des châtiments terribles dont on est menacé, font une impression si profonde sur les esprits que quelques-uns même, qui n'étaient venus que dans le but avoué de contredire et de se moquer, s'en retournent tout silencieux et tout émus. Elle renouvelle plusieurs fois ses instructions sur les diverses places ; et lorsque le soir est venu, elle se rend dans l'église de Sainte-Marie du Coteau pour y achever publiquement devant Dieu par ses prières, ses gémissements et ses larmes, ce que ses prédications ont si heureusement commencé. Mais à peine s'est-elle prosternée devant le très-saint Sacrement et a-t-elle, en se frappant la poitrine, élevé vers son céleste Époux une voix suppliante, qu'épuisée de sollicitudes, de tourments et de fatigue, elle s'affaisse et s'évanouit pour la troisième fois.
On la transporte dans sa demeure ; mais aussitôt qu'elle a repris ses sens, le feu divin la ressaisit et l'embrase. Elle se dégage des bras de ceux qui veulent la retenir, et va de nouveau parcourir toutes les rues de la ville en criant au peuple, avec une voix lamentable, de se convertir et de détourner par de ferventes supplications les coups vengeurs dont le ciel est sur le point de le frapper. La cité tout entière s'émeut. Les catholiques font de dignes fruits de pénitence, et plusieurs de ceux qui se sont laissés aller à l'erreur, ouvrent leurs yeux à la foi et leur cœur au repentir. Mais les principaux chefs du parti impérial, craignant que, par suite de ses prédications, les Viterbiens ne secouent le joug de Frédéric II pour rentrer dans l'obédience du Saint-Père, conçoivent le dessein de la perdre. Les dangers ne l'intimideront pas. La gloire de Dieu, le soin de sa perfection, le salut des âmes sont les seuls principes que consultera sa conscience et dont elle suivra, sans faste comme sans faiblesse, les impérieuses lois.
Aussi, quelques mois s'étaient à peine écoulés, qu'un changement notable s'était déjà produit dans tous les quartiers de Viterbe. Il n'y était plus question de meurtres, de rapines, de vengeances, d'injures et de haines. Le crime avait fait place à la vertu ; la religion s'élevait partout triomphante ; et la foi, redevenue la règle des croyances et des mœurs, apportait chaque jour de nouvelles richesses à la couronne de gloire que chacun se tressait pour l'éternité.
Il y avait déjà près de quatre ans qu'avec la bonne odeur de ses vertus, la petite Rose répandait, au sein de Viterbe, le charme toujours croissant de sa parole, de ses miracles et de ses bienfaits. L'empire qu'elle y avait acquis était tellement puissant, qu'elle semblait tenir en ses mains le ressort de toutes les âmes, diriger les aspirations de tous les cœurs, communiquer à toutes les volontés le mouvement et l'énergie. Rose voyait avec un sentiment d'inexprimable satisfaction le ravissant spectacle qu'offrait cette heureuse cité ; mais loin d'en attribuer la cause à ses bons exemples, à ses prédications et à son zèle, elle levait sans cesse ses mains vers le ciel pour remercier le Seigneur d'avoir ouvert le trésor de ses miséricordes sur sa chère patrie, et ramené dans les sentiers du salut tant de malheureux qui couraient en aveugles vers les abîmes de la perdition. Connaissant, en effet, le prix des âmes par les tourments horribles auxquels Jésus s'est assujéti pour les sauver, elle ressentait les peines les plus cuisantes, en présence des pernicieux efforts que faisaient les courtisans de Frédéric II pour arrêter le torrent qui portait la population tout entière vers la piété. Il n'y avait pas d'injures, de dérisions, de sarcasmes, de calomnies, de persécutions, qu'ils n'employassent pour décourager et faire retomber dans l'impiété ceux qui se livraient au service du Seigneur. Mais plus la malice de ces ennemis devenait redoutable, plus notre admirable enfant se montrait vigilante et active pour en paralyser les mauvais effets. Tandis que, dans le silence de sa retraite, elle redoublait ses prières, ses jeûnes, ses macérations et ses veilles, on la voyait multiplier au dehors ses courses et ses instructions pour encourager les faibles et soutenir les forts.
Mais les hérétiques, humiliés et vaincus, ne devinrent que plus opiniâtres, plus ardents et plus furieux. Ils se concertèrent ; et, pour l'empêcher de les combattre et de mettre au grand jour l'odieuse trame de leur conduite, pour l'empêcher surtout de diminuer la sympathie des Viterbiens pour Frédéric, en activant leur amour pour la religion et le souverain Pontife, ils lui signifièrent que, si elle paraissait encore en public pour continuer ses prédications, elle ne tarderait pas à recevoir le châtiment de son imprudence et de sa témérité.
Rose ne se laissa pas intimider. Elle répondit qu'ici-bas il n'y avait qu'un seul Être dont elle portait la crainte dans son cœur : celui dont relevait l'univers entier, celui qui les jugerait eux-mêmes un jour, celui que nous devons aimer par-dessus tout, parce qu'il nous a créés et rachetés, celui par conséquent à qui nous devons obéir de préférence à tous, le Dieu du ciel et de la terre ; que ce Dieu lui avait commandé de faire connaître, respecter, pratiquer la religion qu'il était venu fonder ; de réprimer la coupable audace des hommes aveugles ou pervertis, qui, excités par l'ennemi de tout bien et conduits par le misérable appât de quelques avantages temporels, s'appliquent à rendre infructueux le travail et les souffrances de leur Sauveur. Elle dit que le Seigneur lui ayant prescrit d'exercer son ministère malgré les contradictions et les dangers personnels auxquels pourrait l'exposer l'accomplissement de sa suprême volonté, elle poursuivrait sa mission avec ardeur, dans toute l'étendue et jusqu'au temps qu'il lui avait plu de déterminer. Elle ajouta que la puissance dont ils s'étayaient ne lui en imposait point ; que leurs menaces et leurs mauvais desseins ne lui feraient modifier en rien les voies où elle était entrée depuis plusieurs années ; que loin de trembler devant la prison, l'exil, les tortures et la mort la plus violente, elle s'estimerait trop heureuse d'avoir à les subir pour l'amour d'un Dieu qui avait tant souffert pour elle, et qui lui montrait déjà du haut du ciel la place réservée à sa constance et à sa fidélité ; qu'ils pouvaient donc exécuter leurs projets en faisant tomber sur sa tête les coups les plus multipliés de leur fureur : car tant que Dieu n'aurait pas fixé le terme de son céleste mandat, et qu'il lui resterait un souffle dans la poitrine, un mouvement dans le cœur, un filet de voix sur les lèvres, elle s'en irait, armée de confiance et de courage, annoncer au peuple, avec tout le zèle dont elle était capable, les vérités si importantes de la foi.
A cette protestation si énergique et si ferme, la colère des hérétiques s'exalta jusqu'à la rage ; ils allèrent trouver le Préfet, lui firent une fausse et très-noire peinture des excès prétendus auxquels Rose se livrait contre le gouvernement de l'Empereur ; lui dirent qu'excités par ses discours subversifs, les Viterbiens, qui n'avaient déjà qu'une froide insouciance pour Frédéric, étaient sur le point de se soulever pour se remettre sous la protection du Saint-Père ; que s'il voulait prévenir le danger de cette imminente révolte, et faire revivre dans la ville et la province de Viterbe l'esprit d'attachement et de soumission au César, leur maître, il n'avait qu'un seul parti à prendre : celui de se débarrasser de Rose en la faisant immédiatement sortir de la cité. Le comte de Chieti fut bouleversé au seul mot de soulèvement ; il mande aussitôt Rose et ses parents, et sans se donner le temps de les accuser ou de les entendre, il fulmine contre eux la sentence d'un exil immédiat. Rose sortit aussitôt de la ville avec ses parents ; mais quand ils se trouvèrent dans la campagne, leur perplexité devint extrême. Des nuages sombres et agités roulaient dans le ciel ; la nuit était humide et noire ; un vent aigu, glacial, soufflait sans interruption du côté du Nord ; et la neige qui commençait à tomber à gros flocons, eut, en quelques instants, couvert la plaine, effacé la trace des chemins, comblé tous les enfoncements du sol, et fait disparaître, sous une nappe immense, la mince lame de glace qui s'était formée sur les ruisseaux, les marécages et les étangs.
Après plusieurs heures de fatigue, ils arrivèrent transis, à demi morts, à l'extrémité d'une des gorges de la montagne où ils s'étaient engagés. Obligés d'aller toujours en avant, ils durent gagner les hauteurs. Leurs forces étaient épuisées, les ténèbres étaient horribles, et à mesure qu'ils s'élevaient, le terrain devenait plus escarpé, le vent plus impétueux, le froid plus intense, la neige plus épaisse. Ils se blottirent donc contre un rocher ; et pour ne pas se laisser surprendre par un sommeil funeste, ils attendirent debout l'arrivée du jour. Dès que l'aurore parut, ils se remirent en marche, et après avoir erré longtemps, ils arrivèrent à une heure assez avancée de la matinée en face de la forteresse de Soriano qui se montrait avec son étendard sur un des rochers opposés. Ce ne fut que vers midi qu'ils entrèrent dans la ville, et qu'ils reçurent de la charité d'un de ses habitants un morceau de pain pour soutenir leur frêle existence, ainsi qu'un pauvre gîte pour reposer leurs membres harassés. A la vue de tous les épouvantables désordres dont cette malheureuse ville était le théâtre, Rose sentit son cœur se déchirer. Pendant plusieurs jours elle ne put prendre aucune sorte de nourriture, ni goûter un seul instant de repos. Les outrages que recevait son Bien-Aimé se répercutaient dans son âme et y produisaient une indéfinissable tristesse, une affliction suprême que ses forces paraissaient incapables de supporter.
Quelques mois s'étaient à peine écoulés depuis l'arrivée de Rose dans cette ville, que, touchés jusqu'au fond de l'âme de la ferveur, du zèle et de la haute sainteté dont cette jeune fille donnait de si constantes marques, incapables de résister à la lumière de vérité qui éclatait dans ses paroles, entraînés d'ailleurs par la force des nombreux et surprenants prodiges qu'elle semait chaque jour sous ses pas, tous les habitants, riches ou pauvres, finirent par se rendre à ses exhortations, abandonnèrent leurs erreurs, renoncèrent à leur vie de désordre, et se livrèrent entièrement et pour toujours à la pratique de leur sainte religion. Ce n'étaient pas seulement les habitants de Soriano qui retiraient de si précieux fruits de salut des prédications de cette admirable enfant. De tous les villages d'alentour, on voyait encore accourir des hommes et des femmes, qui, surpris des étonnantes merveilles qu'ils
en entendaient raconter, lui amenaient leurs malades, se recommandaient à ses prières, prêtaient une oreille attentive à ses exhortations, et s'en retournaient dans leurs demeures, aussi résolus à changer de vie que vivement contents des guérisons et des autres bienfaits qu'ils avaient obtenus.
Rose ayant appris que les habitants de Vitorchiano, égarés par une magicienne que soudoyait le gouvernement de l'empereur, avaient conçu une haine profonde contre les enseignements et les pratiques de la religion, s'étaient séparés du Saint-Siège et vivaient dans un effrayant amas d'iniquités, il n'en fallut pas davantage pour l'attirer dans ce nouveau centre d'incessantes fatigues et de périlleux combats. Elle rassemble donc le peuple de Soriano, se réjouit avec lui des grâces nombreuses qu'il a reçues du ciel dans le courant de cette année, le conjure de rester fidèle aux promesses qu'il a faites au Seigneur, et après lui avoir dit que, pour obéir aux inspirations de son cœur aussi bien qu'aux ordres du Très-Haut, elle ne l'oubliera jamais dans ses humbles prières, elle lui annonce que sa mission l'appelle ailleurs, et qu'elle est sur le point de le quitter. A ces mots, un cri de douleur s'échappe de toutes les poitrines, les sanglots éclatent de toutes parts, les larmes coulent sur tous les visages, tous les bras se tendent pour la retenir : il n'y a personne qui ne sente vivement la grandeur de la perte qu'on va faire. Les pauvres se souviennent qu'elle les a nourris ; les malades, qu'ils lui doivent leur santé ; les pécheurs, leur conversion ; les justes, leur avancement dans la connaissance et l'amour de Dieu ; tous, qu'ils en ont obtenu quelque signalé bienfait : il leur semble que cette jeune fille c'est leur espérance, leur félicité, leur vie qui va s'enfuir. Rose cherche à les consoler en leur rappelant qu'ils ont dans le ciel un Père tendre, une Mère dévouée qui veilleront sur eux, les secourront dans leurs besoins, les combleront de leurs faveurs ; et pour se soustraire aux émotions qui gagnent de plus en plus son âme, elle se hâte de s'ouvrir un passage à travers cette foule désolée, et de prendre avec ses bien-aimés parents le chemin de Vitorchiano. Après s'être recommandée à la très-sainte Vierge, à son bon Ange, au divin Précurseur, à son séraphique Père, elle s'avance au nom de Dieu, entre dans la ville et commence sa mission.
Les Vitorchianiens connaissaient déjà Rose, sinon de vue, du moins de réputation. La plupart avaient assisté à ses prédications à Viterbe ou à Soriano, et tous en avaient entendu parler comme d'une fille extraordinaire par son éloquence, ses miracles et ses vertus. Aussi à peine eut-elle paru dans la ville, que le bruit de son arrivée se répandit avec la rapidité de l'éclair jusque dans les campagnes environnantes. De tous les côtés on vit accourir une multitude d'hommes, de femmes, de personnes de tout âge, de toute condition, qui se groupèrent en masse ardente, compacte, autour d'elle, brûlant de la voir et de l'entendre. Elle n'avait pas encore ouvert la bouche pour parler, qu'un ébranlement subit s'était produit dans cette vaste assemblée : l'émotion avait gagné toutes les âmes, les larmes avaient surgi dans tous les yeux. Ses pieds nus ; sa tête découverte ; sa pose modeste et calme ; son regard humblement baissé ; son crucifix que d'une main amoureusement tremblante elle pressait sur son cœur ; son visage pâle, angélique, animé mais tranquille, sur lequel, à travers le caractère sacré de la souffrance, semblait se peindre la douce et ravissante candeur d'une âme divinisée ; sa robe grossière, usée, que soutenait une corde plus pauvre encore, et dont la couleur sombre relevait si bien l'admirable sérénité de son front, pareille à ce nuage obscur, qui, en nous laissant entrevoir par une légère fissure l'astre paisible des nuits, semble le revêtir d'un éclat
4 SEPTEMBRE.
plus radieux et plus pur : tout cela donnait à cette intéressante petite fille un air de piété tendre, de grandeur aimable, d'attrayante et sublime majesté, qui, en lui gagnant les cœurs, les portait à épouser ses sentiments, à se soumettre à ses volontés avant même qu'elle les eût manifestées. Lorsque la foule eut cessé de s'accroître, Rose leva un instant vers le ciel son regard mouillé de pleurs, et ensuite, d'une voix entrecoupée de sanglots, elle laissa tomber sur ce peuple attendri les grandes et douloureuses pensées qui remplissaient son âme. Elle exposa les calamités terribles et nombreuses dont le démon, toujours ingrat envers ceux qui le servent, avait accablé cette ville autrefois bénie du ciel ; fit voir les fourberies insignes dont il avait usé pour les séduire et les entraîner ; et après leur avoir montré le tort qu'ils avaient eu de renoncer à leur ancienne foi pour se jeter dans un parti qui, en pervertissant les esprits par le mensonge, et le cœur par l'excitation à tous les dérèglements, les conduisait à leur éternelle perte, elle les conjura de revenir à un Dieu dont la justice est toujours désarmée par les larmes d'une sincère pénitence. Une semaine ne s'était pas encore écoulée qu'on voyait les plus notables habitants du pays vivre d'une manière conforme à ses désirs, et ne pas craindre, pour mieux satisfaire au Seigneur, de se livrer publiquement aux exercices de la pénitence la plus austère. De tous les hérétiques, indifférents, impies, que l'on comptait par milliers dans la ville et sur le territoire de Vitorchiano, il n'y en eut que quelques-uns qui, captivés par les plaisirs d'une vie licencieuse, refusèrent obstinément d'ouvrir les yeux à la lumière.
Pour triompher de leurs préjugés et montrer avec une grande évidence la divinité de notre sainte religion, elle fait apporter sur la place publique une immense quantité de bois, et après en avoir fait faire un bûcher, elle fait signe de l'allumer. Les étincelles et la fumée s'élèvent, la ramée pétille, l'embrasement s'élargit ; la chaleur et l'effroi rayonnent de toutes parts. Or, pendant que les assistants se reportent vivement en arrière, et qu'en tourbillons impétueux les flammes s'élancent vers le ciel, Rose s'avance avec un visage calme, et, d'un pas ferme et assuré, elle entre dans le feu !... Un cri perçant, terrible, s'échappe de toutes les poitrines ; instinctivement, tous les bras se portent en avant pour la retirer. Mais quel n'est pas l'étonnement général lorsque, à travers l'effrayant manteau de flammes qui l'environnent, on la voit monter tranquillement jusqu'au faîte du bûcher !!... Là, elle se tient debout, croise les mains sur sa poitrine, et, le regard amoureusement fixé vers le ciel, elle semble s'entretenir avec son Bien-Aimé. Cette pose, cet air extatique, cette bouche qui s'entrouvre délicieusement sous l'inspiration de sa prière, ce visage sur lequel commence à s'épanouir la splendeur d'un séraphique sourire, ce trône de feu qui la tient élevée dans l'espace et qui, en s'écroulant peu à peu sous l'empire de l'élément destructeur, semble lui redire qu'une âme, créée pour Dieu, doit se détacher des périssables grandeurs de la terre pour s'envoler vers les éternelles munificences des cieux ; et ces flammes qui, en arrivant à ses pieds, perdent leur direction ordinaire, s'écartent avec un apparent respect, l'enveloppent sans la toucher, et se recourbent en voûte au-dessus de sa tête pour s'évanouir ensuite en flèche allongée dans d'incommensurables hauteurs : tout cela lui donne un tel aspect de grandeur et de majesté, qu'elle ne ressemble plus à une simple mortelle. Bientôt son visage s'éclaire du plus vif enthousiasme, ses sentiments débordent, et, comme autrefois sainte Crescentia dans sa chaudière de plomb fondu, de résine et de poix bouillantes, elle entonne, d'une voix douce mais forte, l'admirable cantique : « Soyez béni, Seigneur,
puissant Dieu de nos Pères », que les trois jeunes Hébreux firent pour la première fois entendre dans la fournaise de Babylone. Pendant qu'elle invite ainsi les anges et les astres, la lumière et les ténèbres, la chaleur et le froid, le tonnerre et l'éclair, les montagnes et les vallées, les fleuves et les mers, les plantes et tous les êtres animés, à bénir Celui qui, assis dans les hauteurs, s'incline pour regarder en bas, dans le ciel et sur la terre, tout ce que sa main a tiré du néant, le peuple est là, stupéfait, l'œil fixe, la bouche béante, incapable de faire un seul mouvement, de prononcer une seule parole. Mais, quand elle en vient à ces mots : Benedicte, filii hominum, Domino, et que s'adressant directement à l'assemblée, elle s'écrie : « Enfants des hommes, bénissez le Seigneur, louez-le, et glorifiez-le dans tous les siècles » ; une explosion immense de voix se fait entendre. Tout le monde répète : « Enfants des hommes, bénissons le Seigneur, louons-le et glorifions-le dans les siècles des siècles ». Cependant le bûcher creusé, dévoré par le feu, s'affaisse, et la jeune fille précipitée tout d'un coup dans les vastes profondeurs de cette masse brûlante, disparaît sous un épais nuage de flammes, d'étincelles et de fumée. Mais en un instant elle se relève, remonte à la surface, et, le front serein, les mains posées sur son cœur, elle va, elle vient, elle se promène sur ce piédestal embrasé, comme elle l'aurait fait sur un gazon de verdure ou dans un jardin émaillé de fleurs. Enfin, quand le bois eut été réduit en cendres, et que le feu se fut éteint, le peuple, incapable de maîtriser les pieux mouvements de son cœur, se précipita vers la petite Rose pour la voir de plus près, pour la toucher, pour l'embrasser. Frappé de l'extérieur humble, modeste, empreint de la pensée et de l'amour de Dieu, que cette chère enfant conservait au milieu de l'empressement inexprimable dont elle était l'objet, il éprouvait une véritable joie à proclamer sa sainteté et à remercier hautement le Seigneur de l'avoir fait entrer dans une religion dont la divinité se manifestait par de si grands miracles et de si belles vertus.
Quelque temps après, Rose quitta Vitorchiano, et parcourut toute la province, laissant partout les traces des plus signalés bienfaits. C'était une multitude de malades à qui elle avait rendu la santé, de pécheurs qu'elle avait convertis, de justes qu'elle avait enflammés de l'amour de la vertu, d'hostilités systématiques contre la religion et de haines invétérées entre citoyens qu'elle avait fait disparaître. Quand elle eut ainsi ramené à Dieu toutes les âmes qu'elle avait pour mission d'évangéliser, elle prit avec ses parents le chemin de Viterbe, après la mort de Frédéric. A la nouvelle de son retour, les habitants de cette cité entrèrent dans une jubilation extraordinaire, et se transportèrent en foule à sa rencontre. Elle aurait voulu regagner sa demeure par les voies les plus solitaires et les plus détournées ; mais, entraînée par la multitude, qui la pressait de toutes parts et lui enlevait la liberté de ses mouvements, elle fut obligée de suivre la route que lui traçaient les longues files d'un peuple échelonné en plusieurs rangs sur le chemin qui conduisait à sa maison. En revoyant, après seize ou dix-huit mois d'une pénible séparation, l'enfant bénie qu'ils regardaient comme la consolatrice des affligés, le secours des pauvres, la lumière des âmes, la libératrice de la patrie, ces bons habitants ne pouvaient contenir les cris de leur réjouissance et de leurs transports.
Dès qu'elle fut arrivée dans sa cellule, Rose ne pensa plus qu'à mettre à exécution le projet qu'elle avait formé depuis si longtemps. Elle voulut se séparer du monde pour vivre seule avec Dieu seul. Ne sortant qu'une fois le jour pour aller entendre la sainte messe ou s'entretenir avec son confesseur,
4 SEPTEMBRE.
sans le consentement duquel elle ne faisait ni n'entreprenait jamais rien, elle rentrait au plus tôt dans sa solitude pour continuer avec son céleste Époux, dans la mortification et la prière, cette union de pensées et de cœur qu'elle brûlait de rendre chaque jour plus parfaite. Mais comme sa porte était continuellement assiégée par une multitude de personnes qui venaient prendre ses conseils, ou se recommander à sa charité, elle rechercha une retraite plus profonde.
Le monastère de Sainte-Marie des Roses fixa plus que jamais ses regards. La vie pauvre, innocente, retirée, des sœurs qui l'habitaient, donna une nouvelle force à l'attrait puissant qui l'avait toujours portée vers cette maison. Sans se laisser arrêter par la considération du refus qu'elle avait déjà éprouvé, elle se recommanda à son divin Maître, à la très-sainte Vierge, à son séraphique Père saint François, et alla se jeter aux pieds de la Supérieure. Elle lui fit une vive et saisissante peinture des obstacles qu'elle trouvait dans la maison de son père pour s'entretenir avec son Bien-Aimé, et la conjura, les larmes aux yeux, de vouloir bien l'admettre au sein d'une communauté où l'appelaient depuis si longtemps les besoins de sa pauvre âme et toutes les plus chères affections de son cœur. Par une adorable et bienfaisante disposition de la Providence, la Supérieure ne crut pas devoir accéder à sa prière. Persuadée, sans doute, que cette angélique petite fille travaillerait davantage à la gloire de Dieu et au salut des âmes dans la maison de son père que dans un couvent, elle invoqua différents prétextes pour ne pas la recevoir. Quelque pénible que ce sacrifice dût être à son cœur, Rose s'y soumit instantanément, sans difficulté, de bonne grâce.
A peine fut-elle rentrée dans sa cellule que la démarche que vinrent faire auprès d'elle plusieurs jeunes filles, ses anciennes amies, lui dévoila tout à coup le secret de ce double penchant pour la retraite et pour la sanctification du prochain, qu'elle n'avait jamais cessé de ressentir. Ces jeunes compagnes avaient conservé leur ferveur pendant les dix-huit mois de son absence, et elles n'eurent rien de plus pressé, à son retour, que de la supplier de les reprendre sous sa conduite. Son confesseur, Pierre Capostoti, curé de Sainte-Marie du Coteau, l'engagea fortement à condescendre à leur désir ; et dès lors sa maison fut presque transformée en véritable couvent. A part les quelques moments de récréation qui suivaient le principal repas, leur silence n'était interrompu que par la récitation du saint office, le chant des psaumes et des cantiques, les lectures spirituelles, et les exhortations courtes mais enflammées que la petite Sainte leur adressait sur les vertus les plus propres à leur sexe, à leur âge et à leur condition. Elle leur parlait de l'humilité, qui est le fondement nécessaire de toute perfection ; de la modestie, qui est la plus puissante sauvegarde de l'innocence, le plus bel ornement de la virginité, et qui, pareille à ce parfum dont s'embaume le souffle du matin, révèle par sa seule présence, dans le cœur qu'elle pare, un trésor de mérites et de sainteté. « Or, la fille vraiment modeste », ajoutait-elle, « c'est celle qui, convaincue des dangers que lui offre le monde, pénétrée de sa propre faiblesse, faisant ses délices de converser intérieurement avec son divin Jésus, n'aime pas à s'épancher au dehors, vit sous les yeux de sa mère, évite la société des hommes, parle peu et avec circonspection, craint autant d'être vue que de voir ». Elle les entretenait de la nécessité de la pénitence, de l'oraison, du travail. « En affaiblissant les appétits déréglés de notre nature », leur disait-elle, « les mortifications la rendent plus apte à se plier à la loi de Dieu et à suivre les mouvements de la grâce. La prière, qui élève notre esprit et notre cœur
vers Dieu, leur découvre de ce haut point de vue la vanité des biens et des plaisirs d'ici-bas, les remplit de lumière, de force, de consolation, et leur fait pressentir le calme et les félicités de la céleste patrie. Le travail a ses peines, mais il nous procure de bien grands avantages. Non-seulement il nous préserve de l'oisiveté, source funeste de tant de vices, mais, se transformant en prière par l'offrande que l'on en fait à Dieu, il nous enrichit de mérites, et nous est un moyen de satisfaire pour nos péchés ». Elle les engageait aussi à obéir à leurs parents et à leurs supérieurs, quels qu'ils fussent ; à tenir sans cesse leurs yeux fixés sur Notre-Seigneur Jésus-Christ et sa très-sainte Mère, dont nous devons retracer en nous une vivante image ; à fuir les divertissements du siècle, le luxe des parures, et la mode des ajustements, frivolités auxquelles ne devraient pas s'attacher les pensées d'une âme faite pour Dieu ; à se comporter comme des anges de paix et de douceur au sein de leurs familles, souffrant avec résignation la mauvaise humeur des personnes qui les entourent, et recevant comme un précieux bienfait toutes les contrariétés que le ciel ne cesse de nous envoyer. Mais le sujet le plus ordinaire de ses entretiens, c'était la fidélité exacte et scrupuleuse à tous les exercices de piété ; l'amour de Dieu, qui doit toujours dominer dans notre cœur, et qui doit être le principe comme la fin de nos actes, de nos désirs, de nos pensées ; la dévotion à la très-sainte Vierge, qui, par suite des innombrables faveurs dont elle est la source, est une marque de prédestination et de salut.
C'est dans de pareils principes que Rose s'appliquait à élever ses bien-aimées compagnes. Ses efforts ne tardèrent pas à être couronnés du plus heureux succès. Elles firent, en effet, des progrès si rapides dans la vertu, qu'après quelques jours seulement, les Viterbiens les reconnaissaient à la simplicité de leur tenue, à la modestie de leurs regards, à la gracieuse candeur de leurs traits, à l'exemplaire régularité de leur vie, à ce quelque chose de pur, d'indéfinissable, de divin, qui s'épanche d'un cœur que Dieu seul possède, où Dieu seul agit. Quoique leur vie de recueillement et de prière les mit à l'abri de la plupart des dangers qu'offre le monde, elles conçurent un vif désir de se plonger dans une retraite absolue. Pierre Capostoti fit pour elles l'acquisition d'un terrain attenant au monastère de Sainte-Marie des Roses, et adapta aux besoins de leur communauté les quelques bâtiments qui s'y trouvaient. A peine furent-elles établies dans ce nouveau couvent que, malgré la faiblesse de leur sexe et leur jeunesse, elles se livrèrent à l'exercice des plus sublimes et des plus austères vertus. Elles se levaient de grand matin, récitaient l'office, faisaient de longues méditations, chantaient des psaumes, se donnaient la discipline, s'imposaient de continuelles privations, et, non contentes de prier et de se mortifier ainsi le jour, elles consacraient à ces saintes pratiques la majeure partie de la nuit. Quelque sévère que soit en elle-même la Règle du Tiers Ordre de Saint-François qu'elles s'étaient empressées d'adopter, leur piété les poussait bien au-delà de ses prescriptions : encore faut-il ajouter que, pour ménager leur santé, Rose fut contrainte d'arrêter, par ses paroles, le trop impétueux élan que leur imprimaient ses exemples.
Quoique ses forces allassent toujours en s'affaiblissant, on la voyait redoubler ses prières, ses macérations et ses jeûnes. Unie sans cesse d'esprit et de cœur à son divin Jésus, elle vivait complètement absorbée en lui. N'ayant déjà plus de sommeil, ne prenant qu'un peu de pain et d'eau tous les huit ou quinze jours, elle ne semblait sortir de ses visions et de ses extases que pour ensanglanter, à coups de fouets armés de pointes et de
VIES DES SAINTS. — TOME X.
4 SEPTEMBRE. nœuds, cette mince et livide couche de chair qui couvrait à peine ses os disloqués, à demi brisés. Ses compagnes auraient voulu, pour prolonger une existence qui leur était si chère, suspendre le cours de ses violences et de ses transports. Mais elles ne pouvaient que l'approcher, fixer sur elle un regard attendri, tomber à ses genoux, et se retirer silencieuses, émues, tout embrasées.
Attirées par le charme d'une vie si céleste et si pure, de nombreuses filles de Viterbe venaient chaque jour implorer la faveur de passer quelque temps dans leur pieuse solitude. Elles y suivaient ponctuellement la règle de la communauté, prenaient part à tous les exercices publics, ne faisaient pas difficulté d'entrer dans la carrière des mortifications et des pénitences, et après s'être enflammées d'ardeur pour la perfection au contact de ces petits anges de la terre, elles allaient exhaler au dehors le délicieux parfum de leur piété. Ce n'était pas seulement une conduite régulière, profondément chrétienne, qu'elles menaient dans le monde, il y avait dans leur maintien, leur conversation, toute leur manière d'agir, quelque chose de si candide, de si ravissant et de si doux, qu'on ne pouvait les voir ou les entendre sans éprouver le sentiment du devoir et l'amour de la vertu. En présence des fruits merveilleux que produisaient de semblables retraites, Pierre Capostoti se proposait d'élargir la sphère de ses récentes constructions, lorsque, par une disposition de la Providence, la petite communauté fut supprimée par le pape Innocent IV, à la demande des sœurs de Saint-Damien, qui craignaient d'être privées des aumônes qu'elles recevaient du dehors. Rose et ses compagnes se soumirent toutes avec résignation et amour à la volonté du Très-Haut, retournèrent immédiatement, contentes et heureuses, au sein de leurs familles, bénissant Dieu de les avoir gardées plus longtemps que d'autres dans un asile où elles avaient reçu tant de grâces, se promettant aussi de suivre en leur particulier, autant que possible, la Règle qu'elles avaient adoptée et dont elles avaient recueilli de si précieuses faveurs.
A peine Rose fut-elle rentrée dans sa cellule, qu'elle tomba gravement malade. Les rudes privations qui avaient paralysé et comme desséché ses organes ; les coups affreux par lesquels elle avait déchiré son corps ; l'amour divin qui la dévorait jusqu'au fond des entrailles et ne lui laissait pas un instant de repos, avaient fini par altérer sa santé et joindre à l'acuité de ses souffrances une maladie de langueur qui ne pouvait se terminer que par la mort. « Ô terre », s'écriait-elle souvent dans les angoisses de son amour, « terre arrosée du sang de mon Dieu, mais qu'enveloppent en trop grand nombre les funestes effets de la malédiction dont il t'a frappée, que ton séjour est douloureux pour mon âme ! Que ne puis-je briser les liens qui me retiennent captifs et prendre mon vol vers l'éternité ! Nuit et jour, Seigneur, j'élève vers vous la voix de ma prière, pourquoi donc dérober à vos embrassements un cœur qui n'aspire qu'après vous ! Filles de Jérusalem, je vous en conjure, si vous voyez Celui que mon âme chérit, que mon cœur adore, dites-lui qu'abattue par la tristesse, loin de lui je ne saurais vivre, loin de lui je me sens mourir ! » Tandis que par des accents si enflammés et si purs, cette tendre épouse de Jésus faisait couler les larmes de tous ceux qui se pressaient autour d'elle pour adoucir, au moyen de quelques consolantes paroles, les trop vives amertumes de ses douleurs, le ciel, qui depuis longtemps enviait une si belle fleur à la terre, se préparait à la cueillir. C'est le divin Maître lui-même qui lui fit connaître le moment prochain où devait se fermer le cercle de ses jours.
SAINTE ROSE DE VITERBE, VIERGE.
Nous n'essaierons pas de peindre les enivrants transports qu'éprouva cette petite Sœur en apprenant qu'elle allait quitter ce monde pour s'envoler dans les cieux. « Je me suis réjouie de ce qu'on vient de me dire », s'écria-t-elle, « j'irai bientôt dans la maison du Seigneur » ; et dès ce moment son âme s'élance par toutes ses aspirations vers le ravissant objet de ses désirs, et semble ne retomber sur la terre, que pour rebondir et s'élever plus haut vers son Dieu. Tous ses actes, toutes ses affections, toutes ses pensées ne tendent plus que vers le ciel. Quelques heures avant de passer à l'autre vie, elle voulut recevoir par la participation au corps sacré de son divin Époux, un gage de cette union beaucoup plus intime et mille fois plus parfaite qu'elle allait contracter avec lui dans l'éternité. A peine le divin Maître eut-il pris possession de son âme, que, plongée tout à coup dans la contemplation la plus profonde, elle perdit le sentiment des objets extérieurs et resta quelque temps sans donner aucun signe de vie. La respiration s'était éteinte, le pouls ne battait plus, la pâleur couvrait ses traits, ses membres étaient frappés d'une immobilité complète. Quand elle eut repris l'usage de ses sens, ses forces se trouvèrent tellement affaiblies qu'elle fut obligée de se recoucher pour recevoir l'Extrême-Onction. Après avoir remercié le Seigneur de toutes les grâces qu'il venait de lui accorder, Rose dit un dernier adieu à ses bons parents ainsi qu'à ses jeunes compagnes ; puis elle rentra aussitôt en elle-même pour se préparer de plus en plus au grand passage de l'éternité. Elle demandait pardon à Dieu des péchés de sa vie, le remerciait des innombrables bienfaits dont il l'avait comblée, lui faisait un sacrifice de tout ce qu'elle avait de plus cher. Elle n'interrompit ces actes de contrition, de reconnaissance et d'amour, que pour supplier la divine Marie, l'auguste Précurseur, son séraphique Père saint François, tous les bienheureux habitants de la céleste patrie, de recevoir son âme et de la présenter à son aimable Époux ; et tandis que sa langue répétait avec une indicible ardeur ce cri d'espérance et d'amour : « Ô Jésus ! ô Marie ! » son âme brûlante et pure prit son essor vers les cieux, le 6 mars 1252.
Sainte Rose peut servir de modèle aux jeunes enfants et à toutes les vierges chrétiennes par son affectueux respect envers ses parents, par sa profonde modestie et par son angélique pureté ; aux hommes apostoliques, par son zèle ardent et son inaltérable patience ; aux pénitents les plus rigides, par la continuité de ses jeûnes et les acerbes macérations de son corps ; aux anachorètes, par son amour pour la solitude et les occupations célestes de son esprit ; à tous les chrétiens, par sa fidélité constante aux devoirs religieux et par l'exercice continuel de toutes les vertus.
On la représente souvent tenant des roses à la main ou dans son tablier. Un jour qu'elle portait aux pauvres des morceaux de pain, elle fut rencontrée par son père qui voulut voir ce qu'elle portait ; elle ouvrit son tablier, et, au lieu de pain, elle ne trouva plus que des roses. — On la peint aussi recevant la communion, ou à genoux près d'un autel et voyant en songe les instruments de la passion de Jésus-Christ.
## CULTE ET RELIQUES.
Aussitôt après sa mort, son corps devint tout resplendissant de lumière et n'éprouva pas la plus légère altération ; il s'en exhala une odeur si agréable que toute la maison en fut embaumée. Elle fut inhumée sans bière et avec son habit religieux, dès le soir même, à côté des fonts baptismaux, dans l'église Sainte-Marie du Coteau. Cette cérémonie eut lieu le plus secrètement pos-
4 SEPTEMBRE. sible et à l'insu du peuple, dont on craignait les pieux larcins. Une multitude immense inondait chaque jour les avenues de sa demeure ou de son tombeau : elle venait remercier la Sainte de ses faveurs, implorer sa protection, et transformer en précieuses reliques les différents objets qu'elle faisait toucher à ses vêtements, à son lit, aux murs de sa chambre, au pavé qu'avaient foulé ses pieds, à la terre qui couvrait son corps. A la demande du clergé, des magistrats et de tout le peuple de Viterbe, le pape Innocent IV ordonna des informations sur la vie et les miracles de sainte Rose ; mais il mourut avant la fin de la procédure. En 1258, Rose apparut au pape Alexandre IV, qui était alors à Viterbe, et lui dit d'exhumer son corps et de le transporter dans le couvent de Saint-Damien. Quant il eut été levé de terre, on le renferma dans une belle chasse en bois, richement ornée et couverte de draperies en velours cramoisi bordé d'or ; quatre cardinaux chargèrent sur leurs épaules cette précieuse dépouille, et, accompagnés du Pape, de tout le Sacré Collège, de tous les magistrats et d'une foule immense, ils la transportèrent solennellement dans le monastère des Sœurs de Saint-Damien, qui prit dès lors le nom de Sainte-Rose.
Comme les miracles se multipliaient à son tombeau, Alexandre IV permit aux Viterbiens de célébrer solennellement sa fête le 4 septembre, jour anniversaire de la translation de ses reliques. Il leur en accorda même une seconde qu'il fixa au 6 mars. Les Pontifes qui montèrent après lui sur le Siège apostolique, favorisèrent le pieux mouvement qui portait les cœurs à proclamer la sainteté de cette enfant. Le pape Eugène IV, dans une bulle qu'il expédia contre les usurpateurs des biens du couvent de Sainte-Rose, après avoir hautement approuvé la vénération et le culte que tout le monde lui rendait, ne fit pas difficulté de lui donner le titre de Sainte. Nicolas V ordonna au conseil de la ville de Viterbe d'offrir tous les ans à la petite Bienheureuse, pendant la procession de la Chandeleur, trois cierges de cire blanche, pour honorer, par ce mystérieux symbole, la lumière qu'elle avait répandue dans les âmes, l'ardent amour dont elle avait été consumée, la virginale innocence qu'elle n'avait jamais perdue. Enfin, le pape Calixte III décréta qu'elle serait inscrite dans le catalogue des Saints, et que l'Église universelle lui rendrait le culte des Saints. A peine cette décision fut-elle connue que l'on s'empressa de lui ériger des autels dans les églises d'Arco-Cœli et de Sainte-Catherine à Rome, de Sainte-Marie du Coteau et de Saint-Sixte à Viterbe, ainsi que dans celles de Vitorchiano, de Bolsena, de Tivoli, de Fabriano, de Foggia, etc. Des populations entières se rendirent à son tombeau, et encore de nos jours, elle est innombrable la multitude de ceux qui viennent se mettre sous sa protection.
Parmi les souverains Pontifes qui, après Alexandre IV, Innocent VII, Martin V, Eugène IV, se sont fait un point de religion de visiter son sanctuaire, nous citerons Nicolas V, Pie II (1459, 1460, 1462), Alexandre VI (28 octobre, 6 décembre 1493), Jules II, Léon X, Clément VII, Jules III, Grégoire XIII, Clément VIII, Benoît XIII, qui éleva son office au rite de douzième classe, Pie VI, Pie VII et l'immortel Pie IX.
Les plus illustres princes et princesses se sont aussi estimés très-heureux de pouvoir courber leur front devant ses saintes dépouilles. Qu'il suffise de nommer l'empereur Sigismond, qui se rendit à son sanctuaire à la tête de quinze cents de ses seigneurs ; l'empereur Frédéric III et son épouse Éléonore ; le roi de France Charles VIII, qui fut tellement frappé de voir son corps dans un état parfait de conservation, qu'il appela Viterbe, la ville de Rose ; le grand-duc de Toscane, Côme III ; le roi d'Angleterre, Jacques III et son épouse Clémentine Subieschi ; Yolande Béatrix de Bavière ; le roi d'Espagne, Charles IV, l'infante Marie-Louise, reine du Portugal, et son fils ; l'empereur d'Autriche, François Ier, avec son épouse Caroline et une de ses filles.
Quant aux cardinaux, évêques ou prêtres de tous les pays du monde qui viennent chaque année se recommander à ses suffrages, il serait impossible de les énumérer. Ce qui entretient dans les cœurs la dévotion envers sainte Rose, c'est la puissance sans bornes dont elle jouit auprès du Seigneur.
En 1357, un incendie s'étant déclaré dans la chapelle où reposaient ses vénérables reliques, la chasse et toutes les draperies dont elle était couverte furent consumées ; mais le corps fut retrouvé intact, et Dieu permit seulement que les chairs de la Sainte, qui jusqu'alors avaient conservé toute leur blancheur, prissent une couleur brune presque noirâtre. On fit faire une chasse semblable à celle que le feu avait détruite, en y plaça le corps et on la recouvrit de draperies de même nature et de même forme que les précédentes. Mais en 1615, le cardinal Mutio, évêque de Viterbe, fit remplacer les vêtements en velours par une tunique grise pareille à celle des Sœurs Clarisses. En 1658, 1675 et 1750, cette tunique éprouva de nouvelles modifications sous le rapport de la matière, de la forme et de la couleur ; mais depuis 1760, elle est en armoisine noire et tout à fait semblable à celle que portent en ce moment les Sœurs de Sainte-Claire. Quant à la chasse en bois, elle fut remplacée en 1699 par la belle urne transparente où la Sainte repose maintenant, et qui, pour plus de facilité, s'ouvre par le côté.
Depuis plus de six cents ans qu'il existe, le précieux corps de sainte Rose n'a pas encore éprouvé d'autre changement que celui de la couleur. Tous ceux qui l'ont vu, touché, s'accordent à dire qu'il est aussi entier, aussi moelleux, aussi souple que s'il était vivant. Le célèbre Papebrock, qui l'examina en 1661, affirme dans son Itinéraire de Rome en Flandre, qu'il n'en a jamais rencontré de si parfait. Son Éminence Mgr le cardinal Morlot, archevêque de Paris (1857-1862), plusieurs prêtres, plusieurs religieux qui l'ont considéré de bien près et qui ont fait mouvoir sa tête, ses bras, ses
SAINTE ROSALIE DE PALERME, VIERGE ET SOLITAIRE. 485
mains, ses pieds, ont affirmé qu'à l'exception du degré de chaleur, il est encore tel qu'il devait être aussitôt après le trépas. Un pareil état de conservation ne peut avoir pour cause qu'une miraculeuse intervention du Tout-Puissant.
Extrait de la Vie de sainte Rose de Viterbe, par l'abbé Darnsond, aumônier du lycée Louis le Grand. — Cf. Acta Sanctorum ; Wadding.
---
## SAINT SULPICE,
## VINGTIÈME ÉVÊQUE DE BAYEUX ET MARTYR (844).
Saint Sulpice occupait le siège de Bayeux vers le milieu du IXe siècle, c'est-à-dire à l'époque où les Normands, ravageant toute la France, s'acharnaient avec une fureur particulière à détruire les églises et les monastères, et tous les monuments consacrés à Dieu. Alors florissait, non loin de Bayeux, dans une paroisse nommée *Liberiacum* (peut-être Livry, au département de Seine-et-Oise) un monastère placé sous l'invocation de saint Jean-Baptiste : ce lieu s'appelle encore aujourd'hui Val-Sainte (*Vallis Sancta*). Le saint prélat s'était, selon son habitude, retiré dans ce monastère pour vaquer plus librement à l'oraison dans la compagnie des moines. Les barbares survivants envahirent le monastère et tuèrent saint Sulpice (844). Peu de temps après, son corps fut trouvé sous les ruines de l'église, et enseveli au même lieu.
Le 21 juillet 884, Simon, abbé de Saint-Ghislain, près de Mons, en Belgique, étant venu en pèlerinage au mont Saint-Michel, se rendit au bourg de *Liberiacum* et visita Val-Sainte, où il reçut l'hospitalité. Apprenant que le corps de saint Sulpice était enseveli en ce lieu, il projeta de l'enlever. Il vint donc l'année suivante, accompagné de plusieurs des siens, et, trompant le gardien de tombeau, il enleva le saint corps. Les reliques de saint Sulpice furent gardées avec beaucoup de vénération dans l'abbaye de Saint-Ghislain jusqu'à la Révolution française ; aujourd'hui elles sont conservées en grande partie dans la chapelle des religieuses de l'hospice.
L'abbé de Saint-Ghislain donna une des côtes de saint Sulpice au monastère bénédictin de Saint-Vigor, situé près de Bayeux. Cette relique, canoniquement reconnue après la Révolution française, se garde religieusement dans l'église paroissiale de Saint-Vigor (diocèse de Bayeux). De tout temps, le tombeau de saint Sulpice a attiré une grande multitude de pèlerins ; les mères pieuses, en particulier, y portent leurs enfants malades pour que le Saint les guérisse.
*Propre de Bayeux.*
---
## SAINTE ROSALIE DE PALERME,
## VIERGE ET SOLITAIRE SUR LE MONT PELLEGRINO, EN SICILE (1160).
Rosalie, du sang royal de Charlemagne, naquit à Palerme (Sicile) en 1130. Son père, seigneur de Rosez et de Quisquina, était un chevalier renommé par sa valeur et que Roger, roi de Sicile, s'attacha en le fixant à sa cour et en lui donnant pour épouse une de ses parentes ; il lui assigna de grands domaines et une demeure dans son palais. Sa fille reçut une éducation en rapport avec sa haute position et s'appliqua tellement à la pratique de la vertu et à l'amour de Dieu, que la beauté de son âme surpassa celle de son visage qui faisait l'admiration de tous ceux qui la voyaient. La sainte Vierge veillait avec un soin jaloux sur la pureté de la jeune enfant, et, quand des seigneurs de Sicile recherchèrent sa main, elle lui apparut et lui conseilla de se retirer du monde si elle voulait se conserver pour son Fils. Rosalie n'hésita pas, quoiqu'elle n'eût encore que quatorze ans ; quittant le palais de son père, elle n'emporta avec elle qu'un crucifix et ses instruments de discipline. Sous la conduite de deux anges qui lui servaient de guide, elle arriva sur la montagne de Quisquina. Ses guides lui indiquèrent pour sa retraite une caverne située au milieu d'un bois qui en couvrait le sommet. Dans cette grotte, placée sous les neiges qui enveloppent cette montagne pendant plusieurs mois, Rosalie passa de longues années, partageant son temps entre l'oral-
5 SEPTEMBRE.
ison, la lecture et la prière. Pour se nourrir, elle avait des racines, et, pour se désaltérer, l'eau qui tombait des rochers. Souvent elle recevait la visite des anges et de Notre-Seigneur qui venaient converser avec elle. Parfois elle se délassait en gravant sur la pierre de sa cellule ces mots qu'on lit encore aujourd'hui : *Ego Rosalia, Sinibaldi Quisquini et Rosarum domini filia, amore Domini mei Jesu Christi in hoc antro habitare decrevi*. On voit aussi dans cette caverne une petite fontaine qu'elle creusa pour réunir les eaux qui filtraient à travers les parois de la grotte ; il y a encore un autel grossier et un long morceau de marbre sur lequel elle prenait son repos, un siège taillé dans le roc et une vigne fort ancienne qui, selon la tradition, fut plantée par sainte Rosalie.
Cependant, par ordre de sa famille désolée, on cherchait après la Sainte dans toute la Sicile. Les anges l'avertirent qu'elle serait bientôt découverte si elle restait sur le mont Quisquina ; alors Rosalie, prenant d'une main son crucifix et de l'autre le bourdon des pèlerins, se dirigea vers le mont Pellegrino. Les anges, cette fois encore, la conduisaient. Ils lui montrèrent dans la partie la plus élevée de cette montagne une grotte que Dieu lui destinait. Elle avait une ouverture à peine suffisante pour passer, on y voyait peu clair, et le sol était tellement détrempé par les eaux qu'à peine Rosalie put trouver un coin pour se reposer sans être dans la boue. La voûte était très-basse, de sorte que la Sainte était presque toujours courbée. C'est dans cette affreuse retraite qu'elle passa les dernières années de sa vie, n'ayant que des herbes et des glands pour se nourrir. Après dix-huit années de cette vie austère et pénitente, Notre-Seigneur l'appela à lui pour lui donner la récompense qu'elle avait si bien méritée (4 septembre 1160).
Son culte se répandit rapidement par toute l'Europe et passa jusqu'en Afrique. Les deux grottes qu'elle avait habitées devinrent deux sanctuaires visités et très-fréquentés. Cependant son corps n'avait pas été retrouvé. L'eau, en tombant sur elle goutte à goutte, l'avait enveloppée d'une pierre transparente comme l'albâtre et dure comme le cristal. De nombreuses recherches avaient été faites, on avait creusé partout et on n'avait rien découvert. Une opinion s'était répandue parmi le peuple de Palerme, que ce corps saint ne se retrouverait que le jour où la vengeance divine s'appesantirait sur la ville. Le 29 mai, la peste éclatait à Palerme et, quelques jours après, on retrouvait le corps que l'on cherchait en brisant cette longue pierre d'albâtre dont nous avons parlé. Cependant la peste continuait ses ravages et beaucoup de pestiférés obtenaient leur guérison en invoquant sainte Rosalie. Le 22 janvier 1625, après bien des hésitations, ce corps vénéré était exposé en public, et la peste cessait subitement. A la suite de ces éclatants miracles, on éleva à sainte Rosalie une magnifique chapelle et on y déposa ses ossements, enfermés dans une belle châsse d'argent. Depuis cette époque la grotte du mont Pellegrino est devenue un sanctuaire tout couvert de marbre et de dorures. A la suite d'un éclatant miracle, le culte de sainte Rosalie se répandit dans les Indes et son nom devint populaire en Orient.
On la représente : 1° gravant sur l'entrée de sa grotte la formule du vœu qu'elle fit de passer ses jours dans cette retraite ; 2° couronnée de roses blanches, en mémoire de son nom et de sa virginité.
Acta Sanctorum, 4 septembre. — On peut voir dans ce recueil (tome II de septembre), une suite de vingt-trois magnifiques gravures, représentant les diverses phases de la vie de la Sainte.
---
## V° JOUR DE SEPTEMBRE
---
### MARTYROLOGE ROMAIN.
Saint LAURENT JUSTINIEN, premier patriarche de Venise, qui, par ses vertus et par ses miracles, honora la chaire épiscopale sur laquelle il fut, contre son gré, élevé en ce jour. Son décès est mentionné au 8 janvier. 1455. — Dans un faubourg de Rome, saint Victorin, évêque et martyr, qui, illustre par sa sainteté et par ses miracles, fut élu évêque d'Amiterno par tout le peuple de
MARTYROLOGES. 487
cette ville. Depuis, sous Trajan, ayant été relégué, avec d'autres serviteurs de Dieu, à Contilan, où se trouvent des eaux fétides et sulfureuses, il y fut suspendu la tête en bas par le juge Aurélien, et, après avoir supporté durant trois jours cet état violent pour le nom de Jésus-Christ, il alla tout triomphant recevoir la couronne de gloire. Les chrétiens enlevèrent son corps et le portèrent à Amiterno, où ils lui donnèrent une sépulture honorable. VIe s. — A Porto, la naissance au ciel de saint Hercule, martyr. Vers 172. — A Capoue, les saints martyrs Quince, Arconce et Douat. — Le même jour, saint Romule, préfet du palais de Trajan, qui, pour avoir blâmé la cruauté de l'empereur contre les chrétiens, fut battu de verges et décapité. — A Mélitine, en Arménie, le martyre des saints soldats Eudoxe, Zénon, Macaire et leurs compagnons, au nombre de onze cent quatre, qui, ayant déposé la ceinture militaire, furent massacrés durant la persécution de Dioclétien pour la foi de Jésus-Christ. — A Constantinople, les saints martyrs Urbein, Théodore, Ménédème et soixante-dix-sept autres, tous ecclésiastiques, qui, par ordre de l'empereur Valens, furent brûlés sur un vaisseau, au milieu de la mer, en haine de la foi catholique. 370. — Au monastère de Sithiû, dans le territoire de Thérouanne, saint BERTIN, abbé. 799. — A Tolède, sainte Obdulice, vierge.
## MARTYROLOGE DE FRANCE, REVU ET AUGMENTÉ.
Au diocèse de Soissons, saint Ansery ou Anseric, vingtième évêque de ce siège et confesseur, dont nous donnerons la vie au 7 de ce mois. 552. — A Laon, saint GENNEBAUD ou GENEBAUD, premier évêque de cet ancien siège et confesseur. 560. — Au diocèse de Verdun, saint Arateur, quatrième évêque de ce siège qu'il tint pendant trente-trois ans. Il remplit parfaitement la signification de son nom par son travail continuel dans le champ du Seigneur. Son corps fut mis dans un cercueil de pierre qu'on voit encore à présent derrière le maître-autel de l'église des Religieuses de l'abbaye de Saint-Maur de cette ville, près de ceux de ses prédécesseurs. Vers 454. — A Auch, saint TAURIN, premier évêque de l'ancien siège d'Élusa (Élusa), diocèse actuel d'Auch. — Au diocèse de Besançon, mémoire de saint Agnan, archevêque de ce siège et confesseur. Profondément instruit dans les lettres sacrées, il joignait à la sainteté de la vie un talent remarquable pour la prédication. Ce fut pendant son épiscopat qu'eut lieu l'invention des reliques des saints Ferréol et Ferjeux, apôtres de Besançon. Son corps fut inhumé auprès d'eux ; dans les anciennes litanies de Besançon, il est nommé le premier parmi les évêques confesseurs. 374. — A Laon, sainte Preuve ou Proba, vierge, massacrée par des impies près de Guise (Aisne), au diocèse de Soissons. Nous parlerons de ses reliques au 7 de ce mois, dans la vie de sainte Grimeule, vierge et martyre à La Capelle. VIe s. — Dans l'ancien Auxerrois, les saints Félix et Modérat, martyrs. 385. — A Tonnerre (Yonne), au diocèse d'Auxerre, le décès de la vénérable Marguerite de Nevers ou de Bourgne, comtesse de Tonnerre. 1308. — Au mont Valérien, colline du département de la Seine, au-dessus de Suresnes, et près de la rive gauche de la Seine, le vénérable Pierre de Bourbon ou de Borbone, reclus. 1639. — A Tours, saint Corentin, premier évêque de Quimper et confesseur, dont nous donnerons la vie au 12 décembre. 401. — A Évreux, invention et translation du corps de saint Taurin, premier évêque de ce siège, et dont nous avons donné la vie au 11 août. Vers 912. — En Auvergne, saint Pierre de Pibrac, confesseur. 1980. — Au diocèse de Versailles, saint Etern, évêque d'Évreux et martyr, cité aux martyrologes du 16 juillet, du 13 août et du 1er septembre. Vers 663. — Au diocèse d'Arras, le vénérable ALVISE, évêque de ce siège et confesseur. 1147. — Au même diocèse, saint Bertin, fondateur et abbé du monastère de Sithiû, appelé depuis Saint-Bertin, à Saint-Omer. 709.
5 SEPTEMBRE.
## MARTYROLOGES DES ORDRES RELIGIEUX.
*Martyrologe des Chanoines Réguliers.* — Saint Laurent Justinien, chanoine régulier, premier patriarche de Venise, qui, par ses vertus et ses miracles, honora la chaire épiscopale sur laquelle il fut, contre son gré, élevé en ce jour. 1455.
*Martyrologe des Dominicains.* — En Piémont, la bienheureuse CATHERINE DE RACCONISI, vierge, du Tiers Ordre de Saint-Dominique, qui brilla par une admirable charité et par l'abondance des grâces divines. 1480.
*Martyrologe des trois Ordres de Saint-François.* — A Thuringe, en Perse, le bienheureux GENTIL DE MATELICA, martyr, de l'Ordre des Frères Mineurs, qui, après beaucoup de travaux supportés pour la diffusion de l'Évangile, fut massacré par les Sarrasins, et, transporté à Venise, fut enseveli honorablement dans l'église des Frères Mineurs. 1340.
*Martyrologe de l'Ordre des Frères Mineurs.* — De même que chez les Franciscains.
*Martyrologe des Ermites de Saint-Augustin.* — A Pamiers, saint Antonin, martyr, neveu de Thierry, roi de France, qui, ayant embrassé la Règle de Saint-Augustin, devint illustre par ses vertus et ses miracles, et fut couronné du martyre par la main des impies, pour la foi chrétienne. Il souffrit le 2 septembre, et ses reliques sont conservées avec beaucoup de vénération dans l'église de Palencia, en Espagne. VIe s.
## ADDITIONS FAITES D'APRÈS LES BOLLANDISTES ET AUTRES HAGIOGRAPHES.
Au diocèse de Naples, sainte Candide la Jeune, vierge, citée au martyrologe romain du jour précédent. 586. — Dans la Volhynie (autrefois à la Pologne, aujourd'hui un des gouvernements de la Russie), saint Gleb ou Cleph, appelé aussi David, duc de Kiev ou Kiev. Rappelé du monastère de Cluny pour être fait roi de Pologne, il fut massacré par les émissaires de Zuantopèle, son frère. XIe s. — En Angleterre, saint Alton, moine écossais et abbé en Allemagne, fondateur de l'abbaye d'Altmunster. Il est honoré en Allemagne le 9 février, jour sous lequel nous l'avons déjà cité dans les additions des Bollandistes. 760. — A Ostie, bourg et petit port des États romains, les saints Censurin, préfet du prétoire, Cyriaque ou Quiriace, évêque, Maxime, prêtre, Archélaïs, diacre, Aurée, sainte femme, les saints Félix, Maxime, Taurin, Erosian ou Herculan, Vénère, Storozin, Mennas, Commede, Hermès, Maur, Eosèbe, Rustique, Monache, Amandin, Olipe, Cypre, soldats, et Théodore, tribun, tous martyrs. 252. — A Alexandrie d'Égypte, aujourd'hui Iskanderieh, sainte Rhala ou Hérais de Tamma, vierge et martyre. Vers 308. — Dans la même ville, les saints martyrs Nimfide ou Nymphe, et Saturnin. — En Égypte, les saints martyrs Taurin, Némorat, Saturnin, Arapollin, cités par les apographes de saint Jérôme. — En Perse, saint Abdus, évêque et martyr, et ses compagnons, victimes de la persécution suscitée contre les chrétiens par le roi Yezdedgerd Ier et continuée par son successeur Varane V. Vers 420. — A Tortone (Dertone), ville forte de la Haute-Italie, saint Alpert de Cessima, prêtre et confesseur. — A Ravenne, en Italie, le bienheureux Ursicin, vingt-septième évêque de ce siège qu'il illustra pendant trois ans, six mois, et neuf jours. Son corps fut déposé dans la basilique de Saint-Vital de cette ville. 537 ou 538. — A Côme, en Lombardie, saint Victorin, évêque et confesseur, dont le corps fut déposé dans la basilique de Saint-Abonde de cette ville. 644. — En Russie, saint Romain ou Boris, frère de saint Gleb, mentionné plus haut, et fils de Vladimir Ier, le Grand, prince de Russie. 1015. — Au monastère bénédictin de Saint-Jacques de Pontida, en Lombardie, le bienheureux Albert de Bergame, fondateur et premier abbé de ce monastère. Son corps, d'abord enseveli dans l'église de son abbaye, fut transféré, dans la suite, dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure de Bergame. 1099. — Au monastère de Pulsano, diocèse de Siponte, dans l'ancienne Apulie, le bienheureux Jourdain, abbé général de l'Ordre de Pulsano (cet Ordre n'existe plus), fondé, en 1118, sur le mont Gargan, par saint Jean de Mathera (20 juin). Milieu du XIIe s.
SAINT GENNEBAUD OU GÉNEBAUD, PREMIER ÉVÊQUE DE LAON. 489
Événements marquants
- Naissance à Viterbe en 1235
- Vocation précoce et réclusion volontaire à l'âge de sept ans
- Vision de la Vierge Marie et réception de l'habit du Tiers-Ordre à dix ans
- Prédications publiques contre les hérétiques et le parti impérial
- Exil à Soriano et Vitorchiano par le Préfet de Viterbe
- Miracle du bûcher à Vitorchiano
- Retour à Viterbe après la mort de Frédéric II
- Mort à l'âge de 17 ans
Miracles
- Transformation du pain en roses dans son tablier
- Survie indemne au milieu d'un bûcher enflammé pendant trois heures
- Guérisons de malades et de pestiférés
- Incorruptibilité du corps après la mort
Citations
Je peux tout en celui qui me fortifie.
Je me suis réjouie de ce qu'on vient de me dire, j'irai bientôt dans la maison du Seigneur