Sainte Ménehould de Perthes
Vierge, Patronne de Bienville
Résumé
Fille du comte du Perthois au Ve siècle, Ménehould consacra sa virginité à Dieu avec ses six sœurs. Elle se distingua par sa charité envers les malades à Château-sur-Aisne et finit ses jours dans la prière à Bienville. Elle est célèbre pour avoir fait jaillir une source avec son fuseau.
Biographie
SAINTE MÉNEHOULD DE PERTHES, VIERGE,
PATRONNE DE BIENVILLE, AU DIOCÈSE DE LANGRES.
Vers 490. — Pape : Saint Félix III. — Roi de France : Clovis Ier.
Sous l'influence d'une route céleste et d'un jeûne sévère, une vierge calme les feux qu'allume la jeunesse, et, dans une enveloppe terrestre, mène la vie des anges.
Saint Jérôme.
Ménehould vit le jour à Perthes, en Champagne, non loin de la ville de Saint-Didier, aujourd'hui Saint-Dizier. Son père, nommé Sygmare, était comte du Perthois ; c'était un homme illustre, non moins par sa piété que par son rang et sa naissance. Sa mère, non moins illustre par la naissance, la piété et la vertu, se nommait Lintrude. Ménehould, la plus jeune de ses sœurs qu'elle voyait avancer rapidement dans la pratique de toutes les vertus chrétiennes, sous la direction d'un saint prêtre nommé Eugène, recommandable par sa science et sa sainteté, voulut imiter leurs exemples.
Docile aux bons mouvements de la grâce que Dieu répandait abondamment dans son cœur, elle ne se laissa point devancer dans le chemin de la vertu. Pendant dix ans, Ménehould et ses sœurs rivalisèrent d'une sainte ardeur dans les sentiers de la perfection. Alors, de leur propre mouvement,
SAINTE MÉNEHOULD DE PÉRTHES, VIERGE.
les sept sœurs formèrent le dessein de vouer leur virginité à Dieu et de ne prendre que Jésus-Christ pour leur partage. L'évêque de Châlons, saint Alpin, reçut leur vœu, leur donna le voile et les bénit. De retour à la maison paternelle, Ménehould se mit aussitôt à l'œuvre pour s'élever, avec la grâce de Dieu, au plus haut sommet de la perfection.
Son temps était partagé entre la prière et le travail des mains ; l'oraison était sa principale occupation. Son premier soin était de s'entretenir, de converser dans la méditation avec l'Époux céleste. Mais comme l'esprit ne peut toujours se tenir dans les hauteurs de la contemplation, qu'il lui faut du repos, et que d'un autre côté l'oisiveté est la mère de tous les vices, elle ne dédaignait pas de manier la quenouille et le fuseau : le produit de son travail était pour les églises ou pour les pauvres. À cela elle joignait une obéissance complète, aveugle, prompte à ses parents, et retranchait, par le glaive de la mortification, tous ses penchants mauvais et les affections terrestres. Ainsi, elle remplissait de l'huile de toutes les vertus la lampe de son âme, afin d'être toujours prête à se présenter devant l'Époux lorsqu'il lui plairait de l'appeler à lui.
Une année, Sygmare mena avec lui Ménehould à Château-sur-Aisne, plus tard appelé ville de Sainte-Ménehould, lieu compris dans le gouvernement du Perthois, dont il formait les limites de ce côté. Elle y séjourna quelque temps. Les vastes marais qui entouraient le château, au milieu desquels la bourgade était en partie construite, rendaient le pays malsain. Ses habitants se voyaient souvent en proie à des maladies pestilentielles, occasionnées par des exhalaisons que répandaient ces lieux infects, et par le défaut de circulation de l'air trop concentré à cause des bois environnants. La fille de Sygmare avait accompagné son père à Château-sur-Aisne, lorsque les habitants furent affligés d'une maladie contagieuse qui s'étendit dans les environs. On dit que cette fille pieuse et charitable fit usage de toute sa science pour venir au secours des malades, et qu'elle parvint par ses soins et ses prières à détourner, si l'on en croit la tradition, le fléau qui désolait la ville. Sans doute de là vint la dévotion à sainte Ménehould contre les maladies pestilentielles, comme on le voit dans des litanies anciennes, où son nom se trouve invoqué avec celui de saint Roch.
La naissance distinguée, la vie sainte et exemplaire de Ménehould, son zèle actif et salutaire près des malades, la firent regarder par les habitants comme un ange tutélaire qui méritait de leur part de la reconnaissance et des hommages. La renommée et les vertus de cette vertueuse fille se répandirent bientôt au loin comme un parfum de sainteté et de charité. Chacun accourut pour voir et bénir cette bienfaitrice et recevoir les soins et les secours qu'elle se faisait un plaisir de prodiguer à ceux qui en avaient besoin. Dès lors on la regarda comme une Sainte et on lui en donna le nom. Quand le peuple, dans ses adversités, croyait devoir recourir à cette vierge, il disait communément qu'il allait à sainte Ménehould. Et enfin, lorsqu'elle quitta Château-sur-Aisne pour n'y plus revenir, elle laissa dans les cœurs un long souvenir de ses bienfaits et de sa piété. On peut croire que dès ce moment la religion chrétienne commença à s'établir à Château-sur-Aisne, et qu'on est redevable à cette sainte fille d'avoir fait briller aux yeux des habitants la lumière de la foi qui n'avait point encore éclairé ces contrées. Quelques historiens disent que saint Alpin de Châlons chassa de son diocèse tous les Juifs qui s'y trouvaient établis. Deux de ces Juifs habitaient la bourgade sous Château-sur-Aisne. Afin de se soustraire à l'exil dont ils étaient menacés, ils se firent chrétiens, et donnèrent tous leurs biens pour
VIES DES SAINTS. — TOME XII.
14 OCTOBRE.
fonder un hospice qu'ils administrèrent, dit-on, pendant le reste de leur vie. Des manuscrits portent que sainte Ménehould avait été la première directrice de cet hospice, et qu'elle avait montré l'exemple du plus parfait dévouement pour le soulagement des malades.
Si l'on en croit une ancienne tradition, Château-sur-Aisne n'est pas le seul endroit dans ce pays qui ait joui de la présence et des bienfaits de sainte Ménehould. On assure qu'elle se retirait quelquefois au hameau appelé Laneuville-au-Pont, qui commençait alors à se former sur la rivière d'Aisne, et que là, sur une montagne connue depuis sous le nom de Côte-à-Vignes, cette vierge avait une cellule où le peuple allait la trouver, et où l'on dit qu'elle opéra plusieurs guérisons miraculeuses. On raconte qu'un jour, pendant les plus fortes chaleurs, plusieurs personnes, après être montées sur cette côte, s'y trouvant tourmentées de la soif, la Sainte, plantant son fuseau dans la terre, en fit jaillir une fontaine dont l'eau servit à désaltérer ceux qui étaient venus la visiter.
Après la mort de son père et de sa mère, Ménehould resta avec ses deux sœurs Amée et Hoïde, qui prirent soin de sa jeunesse. Elle se retira ensuite dans une petite ville appelée Bienville, située en-deçà de Saint-Dizier, sur les bords de la Marne. Là, ses jours s'écoulèrent dans la prière et les œuvres de miséricorde envers les pauvres. Ménehould ne survécut à ses sœurs que pour retracer leurs vertus et les surpasser en sainteté. Rien n'égalait sa profonde humilité, sa douceur, sa charité, sa pureté inviolable, son entier détachement de toutes les choses créées : on ne pouvait la voir, l'entendre, sans en devenir meilleur, sans se sentir touché d'un vif désir de l'imiter. Unie à Dieu par une prière continuelle, la vivacité de son amour lui faisait endurer une sorte de martyre. Elle ne soupirait qu'après les biens invisibles. Elle mortifia sa chair plus que ses sœurs, et épura son âme au feu sacré de l'amour divin. Enfin, après une vie pure, fervente, toute remplie de bonnes œuvres et de vertus, digne en un mot d'être présentée à Dieu, elle quitta la terre pour aller jouir dans le ciel de la présence de Celui qui fait la joie de ses Saints. Elle mourut à Bienville, dans un âge avancé, le 14 octobre vers l'an 490.
Un tableau, que l'on voit dans l'église de Laneuville-au-Pont, la représente frappant la terre de son fuseau pour faire jaillir la source, et près d'elle des personnages émerveillés. — Le vitrail du sanctuaire de l'église de Bienville représente douze des principaux traits de la vie de la Sainte.
## CULTE ET RELIQUES.
Le corps de sainte Ménehould, inhumé dans l'église de Bienville, y reposa jusqu'en 866, époque où il fut transporté avec pompe au monastère de Saint-Urbain, par les soins d'Eichenraus, trente-deuxième évêque de Châlons. Longtemps après, le 14 octobre 1380, sous Archambaud, aussi évêque de Châlons, un bras et une côte de la Sainte furent donnés à la ville, qui s'enorgueillit de porter son nom. Tous les ans, depuis cette époque, la fête de la vierge de Bienville est célébrée solennellement à Sainte-Ménehould, le 14 octobre, et ses reliques, jadis déposées dans une châsse en bois très-bien sculptée, sont exposées, pendant l'octave, dans une chapelle où l'on a toujours vu un grand nombre d'habitants de la campagne accourir pour offrir à cette vierge leurs vœux et leurs prières. Postérieurement à cette donation, l'abbaye de Saint-Urbain fit présent, à la même ville, d'un fuseau dont la Sainte s'était servie, et ce nouveau don, joint au premier, fut renfermé dans le même reliquaire, qui laissait apercevoir, sous verre, ces objets à la vénération du peuple. Chaque année, le jour de l'Assomption, la châsse de sainte Ménehould était portée processionnellement dans les principales rues, et aussi vénérée quelque temps dans chaque église particulière. Elle se renouvelait le lendemain, fête de saint Roch, en mémoire d'une maladie pestilentielle qui désola autrefois le pays, et dont on assure qu'il fut délivré par l'intercession de sainte Ménehould et de
saint Roch. C'est une de ces cérémonies religieuses que l'on voyait représentée sur un immense tableau suspendu aux murs de la chapelle où se fait l'exposition du bras de la Sainte, et où se trouve placée sa statue. En 1793, des mains sacrilèges dispersèrent ces saintes reliques. Cependant quelques personnes pieuses en recueillirent des débris que l'on expose aux regards et à la vénération publique, pendant l'octave de cette sainte patronne de la ville.
Le lieu où la Sainte fit jaillir une fontaine, situé, comme nous l'avons dit, sur une colline appelée Côte-à-Vigues, près de Laneuville-au-Pont, a toujours été et est encore aujourd'hui fréquemment visité par de nombreux pèlerins, par les habitants du bourg et des pays voisins qui ont coutume de s'y rendre pour l'invoquer. On y conserve et on y entretient avec soin, dans la niche de la fontaine, la statue de sainte Ménébould, que le peuple appelle la bonne vierge de Côte-à-Vigues. Ceux qui font le pèlerinage prennent dévotement de l'eau de cette fontaine, qu'ils regardent comme consacrée par la charité de notre Sainte. Les habitants de ce bourg célèbrent tous les ans, d'une manière solennelle, la fête de sainte Ménébould, qui, cependant, n'est pas la patronne de leur paroisse, mais en mémoire de ses bienfaits et de son ancienne protection. M. Tostin, ancien curé de Laneuville-au-Pont, a fait placer un escalier en fonte avec des degrés également en fonte, car chacun desquels se trouve gravée en relief une invocation des Litanies de la très-sainte Vierge Marie, pour monter du bas de la côte jusqu'à la fontaine miraculeuse.
En 1849, une petite chapelle fut érigée à Bienville, en l'honneur de sainte Ménébould ; elle est visitée par de nombreux pèlerins, malades et autres. Elle se trouve auprès d'une fontaine qui porte le nom de Fontaine de Sainte-Ménébould, à laquelle on vient presque chaque jour puiser de l'eau, à l'intention de certains malades diversement affligés.
Son culte a survécu à toutes les révolutions du temps et des passions humaines ; il s'est étendu au loin : on le voit en honneur jusqu'à Pulluau, dans le Berry.
Sainte Ménébould est la patronne des fabricants de falots et des lanterniers.
Tiré des Beautés de l'histoire de la Champagne, par M. Yabbé Beitel, et d'une brochure intitulée : Souvenirs historiques de sainte Ménébould, vierge, patronne de Bienville, par M. le curé de Bienville. — Cf. Vies des Saints de la Haute-Marne, par M. Yabbé Godard, et Diocèse ancien de Châlons-sur-Marne, par Edouard de Barthélemy.
Événements marquants
- Naissance à Perthes en Champagne
- Vœu de virginité reçu par saint Alpin, évêque de Châlons
- Séjour à Château-sur-Aisne et lutte contre une maladie contagieuse
- Fondation ou direction d'un hospice avec deux convertis
- Retraite à Laneuville-au-Pont
- Mort à Bienville à un âge avancé
Miracles
- Jaillissement d'une fontaine en plantant son fuseau en terre à la Côte-à-Vignes
- Cessation d'une maladie contagieuse par ses prières
- Guérisons miraculeuses à sa cellule de Laneuville-au-Pont
Citations
Sous l'influence d'une route céleste et d'un jeûne sévère, une vierge calme les feux qu'allume la jeunesse, et, dans une enveloppe terrestre, mène la vie des anges.