Saintes Rufine et Seconde
Vierges et Martyres
Résumé
Sœurs romaines de noble lignée, Rufine et Seconde refusèrent d'apostasier malgré la pression de leurs fiancés durant la persécution de Valérien. Après avoir fui en Étrurie, elles furent capturées, soumises à divers supplices miraculeusement surmontés, puis décapitées sur la voie Cornélia. Leurs reliques reposent aujourd'hui à la basilique du Latran.
Biographie
SAINTES RUFINE ET SECONDE,
VIERGES ET MARTYRES À ROME
*Magna est enim virginitas libertasque, septa aciebus persecutorum, inter maxima pericula integritatis et vitae, nunquam inclinata est.*
Grande est la liberté d'une pleine vierge qui, entourée de nombreux bataillons de persécuteurs, au milieu des plus grands périls que peuvent courir sa virginité et même sa vie, ne sait pas faiblir.
*Saint Augustin.*
Ces deux saintes étaient romaines et d'un sang illustre, filles d'Astérius et d'Aurélia. Lorsqu'elles furent nubiles, on les fiança à Armentaire et à Vérin. Lorsque la persécution suscitée par les empereurs Valérien et Gallien, sévit violemment à Rome, les fiancés de nos saintes abandonnèrent la foi chrétienne et exhortèrent même les servantes de Dieu à les imiter. Pour se dérober à ces funestes sollicitations, elles sortirent de Rome et se dirigèrent vers une villa qu'elles possédaient dans l'Étrurie. Le comte Archélaüs, averti par Armentaire et Vérin, monte à cheval avec ses satellites, poursuit les nobles fugitives, les atteint, les arrête et les ramène à la ville, où il les remet au préfet Junius Donatus, pour rendre compte de leur fuite et de leur religion. Le préfet les envoya trois jours en prison, et, après ce temps, les ayant rappelées devant lui, il dit à Rufine, qui était l'aînée :
« Fille de noble race, qui a pu te porter à prendre une condition si basse ? Tu aimes donc mieux vivre dans les liens de la captivité que de mener une vie agréable et libre avec un mari ? »
Rufine répondit : « Cette captivité temporelle préserve de la captivité éternelle, et les liens temporels brisent les liens de ces autres chaînes qui ne se délieront jamais ».
Le préfet : « Laisse là ces vaines fables de vieilles femmes, et sacrifie aux dieux immortels, afin de pouvoir ensuite parvenir à l'heureuse possession de ton fiancé ».
Rufine : « Tu veux me persuader des choses qui sont inutiles, et tu m'en promets une autre qui est fort douteuse. Car tu me dis que je dois sacrifier aux idoles, c'est-à-dire que je dois me perdre pour l'éternité ; et après cela, prendre un mari, sacrifiant ainsi la gloire de ma virginité. Et après ces propositions si dures pour moi et si opposées à mes vues, tu me promets que je parviendrai jusqu'à la vieillesse dans la joie et les plaisirs, toi qui es tellement incertain de la vie que tu ne sais pas même si tu verras le jour de demain ».
Le préfet : « Mets fin à ces discours, car les instruments du supplice sont prêts. Je crois donc devoir t'exhorter à goûter de meilleurs conseils, à renoncer à ces vaines superstitions, et à ne pas perdre le temps dont tu peux jouir encore ».
Rufine : « Je vois que tu corriges un peu tes premiers dires. En effet, quand tu parles du temps qui me reste à vivre, tu donnes à entendre que la vie de l'homme n'est point assurée, et il est vrai que rien n'est plus incertain. Mais moi j'embrasse cette vie
SAINTE RUFINE ET SAINTE SECONDE, VIERGES ET MARTYRES.
qui se résume dans l'éternité, et qui ne promet rien d'incertain à ceux qui l'aiment. C'est cette vie qu'a enseignée le Christ, le maître de la vérité. Lorsque les cœurs endurcis des Juifs n'opposaient que le doute ou l'incrédulité à ses enseignements, il faisait sortir, devant eux, les morts de leurs tombeaux, ordonnant à ceux-ci de rendre témoignage de la vérité de sa doctrine, afin que ceux qui ne voulaient pas croire à ses paroles, ajoutassent foi à ses miracles ».
Le préfet Junius Donatus lui dit alors : « Laisse là tous ces vains discours et épouse ton fiancé ».
Le comte Archélaus repartit : « Cette fille est coupable de sacrilège, elle ne saurait contracter l'union matrimoniale ».
Rufine répondit : « Comme tu dis, je ne puis prendre le parti du mariage ; car, si je désirais devenir l'épouse d'un homme, ce ne serait donc pas sincèrement que j'ai voué ma virginité au Christ, Fils de Dieu. C'est pourquoi, écoute, comte Archélaus : cherche quelque autre à qui tes menaces puissent inspirer de l'effroi : pour moi, elles ne pourront ni m'enlever la palme de la virginité, ni me séparer de l'amour du Christ, Fils de Dieu ».
Le Préfet fit amener Seconde, et ordonna d'infliger, en sa présence, une rude flagellation à sa sœur Rufine ; car il espérait, ce sacrilège, que Seconde, cédant à la crainte, se rendrait à ses persuasions. Mais elle, voyant sa sœur qu'on battait de verges, se mit à crier au juge : « Qu'est-ce que tu fais, ô homme pervers et contempteur du royaume des cieux ? pourquoi est-ce que tu glorifies ma sœur et que tu me déshonores, moi ? »
Le Préfet lui dit : « À ce que je vois, tu es encore plus insensée que ta sœur ».
Seconde : « Ma sœur n'est point une insensée, et moi je ne déraisonne pas non plus ; mais nous sommes toutes deux chrétiennes. Et puisque nous confessons ensemble le Seigneur Christ, il est juste que nous soyons flagellées ensemble. La gloire du nom chrétien augmente avec les coups de verges, et elle compte autant de couronnes éternelles qu'elle recevra de plaies ici-bas ».
Le Préfet : « Exhorte donc plutôt ta sœur à se rendre, afin que vous soyez délivrées de cette infamie, et que vous puissiez être remises à vos fiancés dans toute la gloire de votre noblesse ».
Seconde : « Tu te tourmentes pour de vaines terreurs, et tu t'inquiètes pour de frivoles promesses. Quant à nous, nous sommes si intimement éprises par les charmes de la virginité, que nous préférons de beaucoup subir la mort plutôt que de la perdre ».
Le Préfet : « Et si on vous enlève cette virginité malgré vous, que ferez-vous alors avec le Christ ? »
Seconde : « La virginité agréable au Christ Fils de Dieu, consiste dans un cœur pur. Une vierge ne saurait perdre son intégrité tant qu'elle ne consent pas à abandonner la pureté : car la violence produit la souffrance, et la souffrance prépare la palme de la victoire. Tu as pris tes armes pour obtenir notre consentement, pour nous contraindre à vouloir ce que nous ne voulons pas, et à prendre plaisir à des choses que nous repoussons. Emploie donc sur nous le feu, les fouets, le glaive : autant de supplices que tu nous infligeras, autant je compterai de sujets de gloire dans notre martyre ; et toutes les violences dont tu useras envers nous, seront pour nous autant de couronnes. Car c'est pour nous une grande gloire que les peines de tout genre que nous endurons pour l'amour du Christ ; et l'on ne peut dire qu'elle a été souillée, celle qui, forte de l'intégrité de son âme, a perdu par violence celle de son corps : c'est sur le consentement que l'on est jugé devant Dieu, qui aime la volonté quand elle est pure ».
Le Préfet ordonna de les enfermer dans un lieu ténébreux et d'y faire pénétrer une fumée infecte. Mais après qu'on eut exécuté ses ordres, cette
10 JUILLET.
fumée se transforma en un parfum qui flattait délicieusement l'odorat. L'obscurité de la prison avait fait place à un jour lumineux. L'ordre vint ensuite de les tirer de là, et de les enfermer dans les bains de leur maison. On les jeta aussitôt dans une baignoire remplie d'eau bouillante. Deux heures après, des hommes rentrèrent pour enlever leurs corps; mais ils trouvèrent la baignoire froide et toute l'eau évaporée. Le Préfet l'ayant appris, en fut stupéfait. Alors il commanda qu'on les menât, sur une barque, au milieu du Tibre, et qu'on les précipitât dans l'eau avec une grosse pierre qui serait attachée au cou des deux sœurs. Elles demeurèrent ainsi submergées pendant environ une demi-heure; puis ces deux vierges, qu'on avait jetées sans vêtements au milieu du fleuve, se montrèrent sur la rive, revêtues d'habits entièrement secs, exaltant le triomphe du Seigneur, et chantant la gloire du Christ. Quand on eut porté cette nouvelle au Préfet, il dit au comte Archélaus: « Les filles que tu m'as amenées triomphent de nous par les effets de l'art magique, ou bien la sainteté règne vraiment en elles. Je te les rends comme tu me les as livrées; je te laisse maître ou de leur faire subir leur sentence, ou de les relâcher ».
Archélaus les fit conduire dans une forêt, sur la voie Cornélia, à dix milles de Rome, sur un terrain qu'on appelle Buxo, et il ordonna que l'une et l'autre y fussent décapitées, et qu'on y laissât leurs corps sans sépulture, exposés à la dent des loups.
Mais la grâce du Seigneur, qui n'avait point manqué à celles qui croyaient au Christ, ne les abandonna pas non plus après leur mort. Une matrone, nommée Plautilla, sur les terres de laquelle leur martyre avait été consommé, les aperçut dans une vision, parées de riches pierreries et étendues sur un lit de repos; elles lui dirent: « Plautilla, mets fin à ton idolâtrie et renonce à ton incrédulité; crois au Christ; puis viens dans ton verger, et tu trouveras nos corps: tu les inhumeras au même lieu où tu les auras découverts. » Plautilla, se levant aussitôt, se rendit à l'endroit indiqué; y ayant trouvé les corps des saintes vierges sans mauvaise odeur et sans aucune lésion, elle se prosterna, elle crut et fit ériger un tombeau aux vierges du Christ.
On donne pour attribut à ces Saintes la pierre avec laquelle on les précipita dans le Tibre.
## CULTE ET RELIQUES.
On bâtit sur leur tombeau une chapelle, à laquelle le pape Simmacus substitua une grande église. Il se forma en ce lieu une ville qui fut appelée *Silva-Candida*, et qui devint un siège épiscopal; mais l'église ayant été détruite par les barbares dans le XIIIe siècle, l'évêché fut uni à celui de Porto. En 1120, on transporta les reliques des saintes Martyres dans la basilique de Latran, près du baptistère de Constantin.
On conservait le corps entier d'une sainte Rufine, vierge et martyre, dans l'église abbatiale de Schwartzzach, de l'ordre de Saint-Benoît, au diocèse de Strasbourg. On ignore si c'est la Sainte dont nous parlons. On y faisait la fête de la translation de ses reliques le 27 août.
Le corps de sainte Rufine est maintenant sous l'autel de l'église qui lui est dédiée et qui porte son nom dans le quartier de Transtevère. Les Dames françaises du Sacré-Cœur occupent la maison qui est jointe à cette église.
Nous avons substitué les actes véritables de nos saintes Martyres, un peu abrégés, au récit du P. Giry.
Événements marquants
- Fiançailles avec Armentaire et Vérin
- Fuite de Rome vers l'Étrurie pour préserver leur foi et leur virginité
- Arrestation par le comte Archélaüs
- Interrogatoire et supplices par le préfet Junius Donatus
- Tentative de noyade dans le Tibre avec une pierre au cou
- Décapitation dans la forêt de Buxo sur la voie Cornélia
Miracles
- Transformation d'une fumée infecte en parfum délicieux dans la prison
- L'eau bouillante d'une baignoire devient froide et s'évapore
- Survie à une tentative de noyade dans le Tibre et retour sur la rive avec des habits secs
- Apparition en vision à la matrone Plautilla
Citations
La virginité agréable au Christ Fils de Dieu, consiste dans un cœur pur.
Cette captivité temporelle préserve de la captivité éternelle.