Saints Cant, Cantien, Cantianille et Protus
Martyrs
Résumé
Membres de la famille de l'empereur Carin, les frères Cant et Cantien, leur sœur Cantianille et leur précepteur Protus fuient Rome pour Aquilée durant les persécutions. Refusant de sacrifier aux idoles, ils sont rattrapés aux Eaux de Grade et décapités. Leurs reliques, transférées à Étampes par le roi Robert le Pieux, y sont l'objet d'une grande dévotion, particulièrement pour les enfants.
Biographie
SAINTS CANTIAN, CANTIANILLE, FRÈRES,
ET SAINT PROTUS, LEUR PRÉCEPTEUR, MARTYRS
31 MAI.
ne pouvait plus les compter. Nos saints Martyrs, après leur arrivée en cette ville, se présentèrent, au milieu de la nuit, à cette prison, et demandèrent aux chrétiens qui y étaient détenus s'ils avaient au milieu d'eux le très-saint martyr du Christ, Chrysogone. Les saints martyrs de la prison leur répondirent : « Voilà trente-six jours que Chrysogone a reçu la palme du martyre par la décapitation, sur l'ordre de princes iniques. Il a été mis à mort non loin de cette ville, en un lieu appelé « aux Eaux de Grade », et il a été inhumé par le très-saint prêtre Zelle ». Les martyrs Cant, Cantien, Protus et Cantianille pleurèrent de joie avec ceux qui étaient en prison ; puis, au moyen de quelque argent qu'ils donnèrent aux gardiens, ils purent passer la nuit avec les confesseurs. Le matin étant venu, ils quittèrent la prison et se mirent à annoncer Notre-Seigneur Jésus-Christ, au nom duquel ils opéraient beaucoup de miracles, illuminant les aveugles, purifiant les lépreux, chassant les démons, et, par l'imposition des mains, guérissant ceux que leurs infirmités retenaient sur leur grabat.
« En ce même temps et dans cette même ville d'Aquilée, le très-impie Dulcidius partageait la charge de président avec son collègue Sisinnius. Les juges iniques, apprenant que les saints de Dieu, Cant, Cantien, Protus et Cantianilla étaient venus de Rome en cette ville, ordonnèrent aux appariteurs de se saisir de leurs personnes, pour leur faire offrir de l'encens aux dieux. Les bienheureux Martyrs, levant les yeux au ciel, répondirent : « Nous ne sacrifions point aux démons, car il est écrit : « Tous les dieux des gentils sont des démons ; mais c'est le Seigneur qui a fait les cieux » ; et encore : « Qu'ils leur deviennent semblables, ceux qui les fabriquent et tous ceux qui se confient en eux ». Allez donc dire à votre inique président que nous voulons mourir pour le nom du Christ plutôt que de nous éloigner de ses commandements ; car depuis le berceau nous confessons le Seigneur Jésus-Christ ». Les satellites retournèrent vers le président et lui rendirent compte de ce qui s'était passé. Alors le président Dulcidius et son collègue Sisinnius, piqués de ce refus, écrivirent en ces termes aux empereurs Dioclétien et Maximien : « Très-pieux empereurs, venez au secours des lois romaines, pour lesquelles votre bras victorieux sait faire ployer les têtes superbes des ennemis ; prêtez votre assistance aux dieux tout-puissants, qui ne reçoivent que du mépris de la part des chrétiens. On vient de voir arriver de la ville de Rome trois frères germains, qu'on sait être membres de la famille de l'empereur Carin, accompagnés de leur gouverneur Protus, ils se sont concertés pour résister à nos ordres et pour prêcher le Christ, celui-là même que les Juifs crucifièrent sous Ponce-Pilate, président de la Judée, et en son nom ils font beaucoup de merveilles surprenantes. C'est à vous de voir ce que vous avez à ordonner ». Les exécrables Dioclétien et Maximien, saisis de fureur, rendirent cette sentence, que, s'ils refusaient de sacrifier, ils devaient être mis à mort.
« Lorsque la sentence fut connue des bienheureux Martyrs Cant, Cantien et Cantianilla, ils prirent un char et sortirent de la ville avec leur gouverneur Protus, afin de se rendre en toute hâte au tombeau du saint martyr Chrysogone, se souvenant de cette divine parole : « Venez, bénis de mon Père, recevez le royaume qui vous a été préparé dès l'origine du monde ». Or, dans la nuit précédente, le Seigneur avait daigné visiter les bienheureux Martyrs, et leur avait dit : « Paix à vous. Hâtez-vous de vous rendre auprès de mon bien-aimé Chrysogone ; car c'est là que j'ai préparé vos couronnes, c'est là que vous devez être couronnés, pour aller ensuite vous réjouir sans fin dans mon royaume avec Chrysogone. Ne vous affligez point, car il est écrit : Si on vous persécute dans une ville, fuyez dans une autre ; et qui vous persécute, me persécute moi-même ». Le matin on annonça aux juges que les Saints de Dieu s'étaient enfuis. Le comte Sisinnius, pour exécuter les ordres des empereurs, se mit aussitôt à leur poursuite, accompagné d'appariteurs.
« Les bienheureux Martyrs continuaient précipitamment leur route sur leur char. Mais, à peu de distance de la ville, une des mules du char tomba subitement au lieu nommé « les Eaux de Grade », là même où saint Chrysogone avait souffert le martyre ; afin qu'ainsi s'accomplit ce que le prophète David avait dit par l'inspiration du Saint-Esprit : « Comme il est bon, comme il est agréable que des frères demeurent dans l'union ! » et encore : « Le Seigneur a fait un commandement, et il ne sera point transgressé ». Les saints Martyrs se trouvant donc au lieu où avait souffert le saint martyr Chrysogone, se mirent à genoux et adressèrent au ciel cette prière : « Seigneur Jésus-Christ, Dieu tout-puissant, envoyez votre saint ange à notre secours, pour la confusion de tous ceux qui adorent les idoles. Nous vous prions donc, Seigneur, de daigner nous rendre persévérants en cette sainte vocation, pour la gloire et la louange de votre nom, et pour raffermir les cœurs de ceux qui croient en vous ; afin que tous ceux qui honorent les idoles sachent qu'il n'y a point d'autre Dieu que vous seul, qui avez les anges pour serviteurs ». Comme ils priaient ainsi, le comte Sisinnius survint avec ses appariteurs, qui se saisirent aussitôt des saints Martyrs.
« Sisinnius les exhorta à brûler de l'encens à l'honneur de Jupiter. Les bienheureux serviteurs de Dieu, remplis d'indignation, dirent que jamais ils ne sacrifieraient aux démons, mais seulement à Dieu, qui a fait le ciel et la terre, la mer et tout ce qui y est contenu : car, ajoutèrent-ils, toutes les idoles et tous ceux qui les révèrent iront ensemble au feu éternel. L'impie Sisinnius, irrité de ce langage, dit à ses appariteurs que si ces hommes n'offraient de l'encens à Jupiter, ils n'avaient qu'à les décapiter. Les bienheureux martyrs Cant, Cantien et Cantianilla, avec leur précepteur Protus, ayant refusé d'obtempérer, on les conduisit plus loin. En se rendant au lieu du supplice, ils chantaient joyeusement des psaumes. Et après s'être mutuellement donné le baiser de paix, ils se mirent à genoux, présentèrent leur tête au glaive et reçurent ainsi des couronnes immortelles. Mais, ô prodige ! leur sang apparut aux spectateurs comme du lait ; on en voit encore les traces de nos jours, sur la pierre placée au lieu de leur martyre. En ce même temps, le vénérable prêtre Zonus recueillit les corps de ces bienheureux Martyrs, les embauma avec des aromates de prix et les déposa dans un tombeau de marbre près de celui de saint Chrysogone.
« Les bienheureux martyrs Cant, Cantien et Cantianilla, avec leur précepteur Protus, subirent le martyre la veille des calendes de juin, au douzième milliaire de la ville d'Aquilée, au-delà de la rivière Hysonce, au lieu nommé les Eaux de Grade ».
## CULTE ET RELIQUES.
Les corps des quatre Martyrs demeurèrent près de sept cents ans à Aquilée. Mais le roi Robert, un des plus pieux monarques qui aient régné en France, ayant fait bâtir, à Étampes, une église en l'honneur de Notre-Dame, il demanda avec instance les précieux ossements de saint Cant, saint Cantien et sainte Cantianilla ; et, les ayant obtenus, il en fit un don à cette nouvelle église. Nous n'avons pas l'histoire de cette ancienne translation ; mais nous avons un acte, du 12 avril de l'an 1621, par lequel il paraît que ces mêmes ossements furent changés de boîte, et remis ensuite dans leur châsse, que l'on avait enrichie de plusieurs nouveaux ouvrages d'orfèvrerie, par Henri Clausse,
31 MAI.
alors coadjuteur, et depuis évêque de Châlons. On fait tous les ans deux processions en leur honneur : l'une en ce jour, 31 mai, et l'autre le mardi de Pâques ; tout le clergé, la justice et le peuple y assistent en grande cérémonie.
Le pape Urbain VIII a ouvert les trésors de l'Église pour ceux qui visiteraient leurs reliques à Étampes, aux jours qui sont consacrés à leur mémoire, et leur a accordé de grandes indulgences. Un poète du XVIIe siècle a fait ces vers au sujet de leur martyre :
Vaillants soldats de Jésus-Christ, Vous avez gagné la victoire, Enfin, votre nom est écrit Dans les registres de la gloire ; Pour vous, il n'est plus de combats : Les tyrans sont défaits, leur orgueil est à bas.
Ces formidables majestés, Ces étonnants foudres de guerre, Ces rois qu'on a tant redoutés, Ne paraissent plus sur la terre. L'éclat de leur pourpre est passé, Et leur sceptre fragile en tombant s'est cassé.
Le fer, le feu, ni les carreaux N'attaquent plus votre innocence, Contre vous la main des bourreaux Est inutile et sans influence ; Vous êtes vainqueurs de la mort : L'orage est abattu, votre nef est au port.
Grande Sainte, dans ce charmant bonheur Oh vous a conduite le martyre, Jetez un regard de faveur Sur ceux qui goûtent votre empire ; Soyez ici-bas nos tuteurs, Et soyez dans le ciel nos puissants protecteurs.
En 1793, les révolutionnaires s'emparèrent de la châsse où reposaient les « corps saints » ; mais on sauva une partie de ces précieuses reliques, qui sont toujours l'objet de la plus grande dévotion. Il y a toujours un concours immense aux processions des « corps saints ». Aucune mère dans le pays ne priverait son enfant de cette bénédiction, car c'est surtout à l'égard des petits enfants que les saints protecteurs d'Étampes ont fait éclater leur puissance auprès de Dieu. (Renseignements dus à l'obligeance de M. Bouvoisin, curé d'Étampes.)
L'histoire de la passion de ces bienheureux Martyrs est attribuée à saint Ambroise, évêque de Milan ; il y a, de plus, dans ses sermons, un discours en leur honneur, que l'on croit être de saint Maxime, évêque de Turin. Bède, Ussard, Adon, Baronius et du Saussay en parlent aussi dans leurs martyrologes. Jean Chauffin en a donné la Vie en un livre particulier, avec tout ce que ces auteurs en ont écrit ; et Pierre Le Goudre en a fait un poème héroïque en latin, intitulé : Cantics. — La traduction que nous avons donnée ici est celle des Bénédictins.
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Événements marquants
- Départ de Rome pour Aquilée
- Visite aux chrétiens prisonniers et recherche de Chrysogone
- Refus de sacrifier aux idoles devant Dulcidius et Sisinnius
- Fuite en char vers le tombeau de Chrysogone
- Arrestation aux Eaux de Grade suite à la chute d'une mule
- Décapitation collective
Miracles
- Illumination des aveugles
- Purification des lépreux
- Guérisons par imposition des mains
- Sang transformé en lait lors du martyre
- Traces de sang persistantes sur la pierre du supplice
Citations
Nous ne sacrifions point aux démons, car il est écrit : Tous les dieux des gentils sont des démons ; mais c'est le Seigneur qui a fait les cieux