La Très-Sainte Vierge Marie

Mère de Dieu, Reine de l'univers, Souveraine du monde

Fête : 15 aout 1ᵉʳ siècle • sainte

Résumé

Après avoir survécu vingt-trois ans à son Fils, la Vierge Marie s'éteint à Jérusalem par un pur excès d'amour. Entourée des Apôtres miraculeusement réunis, elle est ensevelie à Gethsémani avant d'être ressuscitée et élevée au ciel en corps et en âme. Son couronnement par la Trinité marque son triomphe comme Reine des Anges et des hommes.

Biographie

L'ASSOMPTION DE LA TRÈS-SAINTE VIERGE

57. — Pape : Saint Pierre. — Empereur romain : Néron.

Aujourd'hui les Archanges célèbrent Marie, les Vertus la glorifient, les Principautés triomphent avec elle; avec elle les Puissances, les Dominations se livrent aux démonstrations et au sentiment de leur joie; les Trônes solennisent sa fête, les Chérubins la louent, les Séraphins proclament sa gloire.

S. Jean Damascène, Sermons.

Ce mystère est la consommation de tous les autres de l'auguste Vierge Marie : c'est celui où elle a reçu les derniers ornements de son incomparable dignité de Mère de Dieu ; sa véritable Pâque, où, après avoir goûté quelque temps l'humiliation de la mort, elle est passée, par la résurrection, dans l'état d'une vie glorieuse et immortelle, pour être parfaitement semblable à son Fils ressuscité. Saint Bernard témoigne qu'il n'en peut parler

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qu'avec joie; mais il proteste, en même temps, qu'il est saisi de crainte et d'épouvante lorsqu'il fait réflexion sur la profondeur et l'éminence de ce sujet; parce que la gloire de Marie est tellement au-dessus de toutes sortes de discours et de pensées, qu'on ne peut rien dire ni concevoir qui ne soit infiniment au-dessous de ce qu'elle est en effet. Nous aurions sans doute beaucoup plus de raisons que ce saint Docteur d'entrer dans ces sentiments de crainte et de frayeur, nous qui n'avons que des lumières extrêmement faibles et bien éloignées de la splendeur et de la pureté de celles dont son esprit était éclairé; mais nous ne pouvons pas nous dispenser de découvrir ici, aux fidèles, ce que les Pères de l'Église nous apprennent de notre mystère, et ce que l'on en peut recueillir de divers passages de l'Écriture, au moins selon leur sens analogique.

Après l'ascension de son Fils et la descente du Saint-Esprit, cette auguste Reine de l'univers demeura encore vingt-trois ans et quelques mois sur la terre, c'est-à-dire jusqu'à la soixante-douzième année de son âge, et la cinquante-septième année du Sauveur. Il est vrai que cette opinion n'est pas suivie de tout le monde, et qu'il y en a encore sept ou huit autres rapportées en ce jour par Tamayo Salazar, dans son martyrologe d'Espagne, et soutenues par divers auteurs; mais c'est celle que le cardinal Baronius juge la plus probable, et qui est, en effet, la plus conforme à ce que nous savons de certain sur la chronologie des voyages de saint Paul et de saint Denis l'Aréopagite, qui se trouvèrent à Jérusalem au temps du décès de la sainte Vierge. On pourrait s'étonner que Notre-Seigneur, qui avait tant de respect et d'amour pour elle, et qui lui voulait tout le bien qu'un tel Fils pouvait souhaiter à une telle Mère, ne l'ait pas emmenée avec lui lorsqu'il est monté dans le ciel, et qu'il l'ait laissée si longtemps dans les misères et les calamités de cette vie, séparée de sa présence sensible et privée de la gloire que ses actions toutes saintes et ses douleurs au pied de la croix lui avaient si justement méritée; mais il a eu de grandes raisons pour ne la pas enlever si tôt dans le ciel; car: 1° par ce délai, il lui a donné lieu d'augmenter infiniment ses mérites et de gagner une couronne incomparablement plus belle et plus éclatante que celle qu'elle aurait eue si elle était décédée dès le temps de l'Ascension. En effet, dans les vingt-trois ans qu'elle a survécu, elle n'a pas été un moment sans agir surnaturellement dans toute l'étendue de sa grâce et avec toute la perfection qu'elle pouvait agir: ce qui lui a acquis des trésors de gloire qui ne se peuvent comprendre; 2° par ce délai il a pourvu aux besoins de son Église naissante, en lui laissant, dans la personne de son auguste Vierge, une Mère pour l'élever, une Gouvernante pour la conduire, une Maîtresse pour l'instruire, un Modèle pour la former et lui servir d'exemple, et une Reine pour l'encourager et la fortifier au milieu des persécutions des Juifs et des Gentils. Aussi, c'est elle qui a encouragé les Apôtres, qui a découvert aux saints Évangélistes les plus grands secrets de la vie cachée de son Fils, qui a encouragé les premiers martyrs, et qui a dès lors inspiré aux vierges et aux veuves continentes l'amour de la pureté; et l'on ne peut croire combien sa présence a servi, dans ces commencements du Christianisme, à soutenir les ouvriers évangéliques, à édifier les nouveaux convertis, à régler les bonnes mœurs et à établir la véritable piété. Saint Anselme ajoute que, par ce délai, Notre-Seigneur a préparé à sa Mère un triomphe beaucoup plus éclatant et plus glorieux qu'il n'aurait été auparavant; soit parce qu'au bout de ce temps elle était chargée de plus de victoires, la foi chrétienne ayant déjà été publiée par ses soins dans les principales parties de la terre,

soit parce qu'il y avait alors plus de Saints dans le ciel, pour la venir recevoir et pour lui faire l'accueil qui était dû à son éminente dignité de Mère de Dieu et de Souveraine du monde.

Supposant donc, comme une chose constante, qu'il a été fort à propos, non-seulement que son entrée dans le ciel fût séparée de l'Ascension de son Fils, mais aussi qu'elle fût différée de plusieurs années, pour la rendre plus éclatante et plus magnifique, la piété nous oblige maintenant à faire une sérieuse réflexion sur toute la suite et les circonstances d'un événement si glorieux. Il y a huit choses principales que nous y devons considérer : 1° le précieux décès de la sainte Vierge, auquel quelques Pères de l'Église ne donnent par respect, que le nom de sommeil; 2° la glorification de son âme au moment de son décès; 3° la sépulture de son corps au bourg de Gethsémani; 4° sa résurrection et la réunion de son corps et de son âme; 5° son assomption en corps et en âme dans le ciel; 6° son couronnement des mains de la très-adorable Trinité; 7° l'empire et le pouvoir absolu qui lui ont été donnés, l'étendue de ses influences, la force de sa protection et la nécessité que nous avons de son secours pour éviter les pièges de Satan et pour arriver au port du salut; 8° enfin les manières saintes de l'honorer et de mériter son amitié et son assistance. Ce sont aussi huit points qui peuvent composer son octave et servir de sujets de méditations dans les huit jours où l'Église célèbre sa fête.

Pour ce qui est du décès de notre Reine, il n'en faut nullement douter. Elle était digne de ne point mourir; mais elle n'a pas laissé de goûter la mort. Il est vrai que quelques Pères de l'Église ont, autrefois, témoigné n'en être pas assurés et n'en vouloir rien déterminer, comme saint Épiphane, sur l'Hérésie LXXVIII°; il dit qu'il ne veut point décider si la Mère de Dieu a passé par la mort, ou si elle est demeurée immortelle; mais l'Église dit clairement qu'elle est morte, par ces paroles de son oraison secrète de la messe de ce jour : *Quam etsi pro conditione carnis migrasse cognoscimus* : « Nous reconnaissons qu'elle est morte selon la condition de la chair ». Tous les docteurs tiennent cette proposition pour certaine; on ne peut maintenant la combattre sans témérité. Toute la difficulté est de savoir pourquoi et par quel titre elle est morte; car il est certain que la mort a été le châtiment du péché, et qu'elle n'est entrée dans le monde que par cette voie. Par un homme, dit saint Paul, le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et, de cette manière, la mort s'est répandue sur tous les hommes. Or, la sainte Vierge n'a ni contracté ni commis de péché: d'où vient donc qu'elle a été sujette à la mort ? Il est vrai que Jésus-Christ, son Fils, qui, non-seulement n'a point fait de péché, mais aussi était impeccable par nature, à cause de l'union substantielle de son humanité avec la sainteté infinie de l'Être divin, n'a pas laissé d'être mortel et de mourir effectivement sur la croix; mais il y a bien de la différence entre le Fils et la Mère; car Jésus-Christ est mort, parce qu'il s'était chargé de tous les péchés du monde, qu'il avait accepté d'en porter toute la peine, et que, comme Sauveur et Rédempteur du genre humain, il devait être puni pour les crimes de tous les hommes; mais, pour la sainte Vierge, elle n'a point été chargée de nos péchés, sa mort n'était point un moyen que Dieu eût choisi pour notre rédemption; et, quoique quelques saints Docteurs lui donnent le nom de Rédemptrice, ce n'est point qu'elle nous ait rachetés par ses peines et ses mérites, mais seulement parce qu'elle a contribué, par sa maternité, à l'œuvre incomparable de notre rédemption. Pourquoi donc est-elle morte, et par quelle raison a-t-elle été engagée à mourir ?

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Nous répondons qu'elle n'est pas morte pour le péché, ni par le péché, puisqu'elle n'a jamais été coupable d'aucun défaut, et que le péché n'a pu avoir aucun pouvoir sur elle; mais elle est morte parce que, d'un côté, elle était d'une nature mortelle, étant composée de chair et d'os et des quatre premières substances dont le combat mutuel est la source de la corruption et de la mort; et que, de l'autre, Notre-Seigneur n'a pas jugé à propos de l'exempter de mourir, comme il en eût exempté les hommes dans l'état de la justice originelle; mais seulement de lui donner une mort choisie et précieuse, qui ne vînt pas de vieillesse, ni de maladie, ni d'une violence extérieure, mais d'une cause plus noble: la véhémence du pur amour. Le péché, néanmoins, a été l'occasion de sa mort; car, si Adam n'eût point péché, ou elle n'aurait jamais été au monde, selon la doctrine de saint Thomas, qui dit que: « sans le crime du premier homme, le Verbe divin ne se serait point incarné »; ou, si elle l'avait été, elle n'aurait pas passé par la mort, non plus que les autres hommes, et c'est en ce sens que saint Paul dit que, par le péché, la mort est entrée dans ce monde: ce qui est véritable, non-seulement de la mort des hommes pécheurs, mais aussi de la mort de Jésus-Christ et de celle de Marie qui n'ont point péché.

Au reste, Notre-Seigneur n'a pas donné à sa Mère cette exemption qu'il lui pouvait donner, et dont elle était très-digne pour plusieurs excellentes raisons: 1° afin qu'elle eût plus de ressemblance avec lui en mourant et ressuscitant comme il est mort et ressuscité; 2° afin qu'elle ne fût pas privée du mérite inestimable du sacrifice de sa propre vie, lequel a été d'autant plus relevé, que sa vie était la plus excellente de toutes les vies, après celle de Dieu; qu'elle n'avait nullement mérité de la perdre; que, selon quelques Docteurs, son Fils lui fit offre de ne point mourir, et qu'enfin elle choisit la mort par conformité à la sienne, avec un amour et une ferveur qui ne peuvent se comprendre; 3° afin qu'en mourant elle adoucît et diminuât la peine que nous avons tous à mourir. En effet, pourquoi ne recevrions-nous pas de bon gré la juste sentence de mort qui a été donnée contre nous, après que Marie, notre Princesse et notre Reine; Marie, le Miroir sans tache de toute sainteté; Marie, la Mère de notre Dieu, n'a pas voulu être exempte de cette misère générale de notre nature, et que, ne devant rien à la mort, elle n'a pas laissé d'y être sujette? Ne devons-nous pas aussi reconnaître par là que la mort n'est pas un si grand mal que nous nous l'imaginons, puisque si elle était si mauvaise qu'on la conçoit, Dieu ne l'aurait pas donnée aux deux personnes les plus chères et les plus précieuses qu'il ait jamais eues sur la terre, nous voulons dire à Jésus et à Marie; 4° afin que, comme Jésus-Christ nous avait donné l'exemple de la plus constante et de la plus héroïque de toutes les morts violentes, Marie nous donnât l'exemple de la plus sainte de toutes les morts tranquilles et naturelles; et que, nous ayant appris à bien vivre, elle nous apprît aussi à bien mourir, c'est-à-dire mourir avec soumission à la volonté de Dieu et avec allégresse, mourir avec un esprit pur et dégagé de toutes les choses de la terre, et mourir avec un cœur brûlant et consumé des ardeurs du saint amour; 5° afin que par sa mort elle devînt l'Asile, l'Avocate et la Patronne de tous les mourants; que nous eussions plus de hardiesse de l'invoquer à cette dernière heure et plus de confiance dans sa bonté, et qu'elle-même fût plus portée à nous y secourir. Une grande âme de ce temps dit avoir connu, par révélation, qu'en récompense du choix qu'elle fit de mourir lorsque Notre-Seigneur lui offrit de la transporter toute vivante dans le ciel, sans avoir goûté la mort, elle reçut un pouvoir souverain d'assister

à l'article de la mort les personnes qui l'invoqueraient, et de leur procurer la grâce d'une sainte mort. Ajoutons à toutes ces raisons que Notre-Seigneur ne l'a pas exemptée de la mort, afin qu'en mourant elle établit et confirmât les mystères de notre foi et qu'elle détruisit les hérésies qui lui sont contraires; car il est né depuis ce temps-là des hérétiques, les Manichéens et les Collyridiens, qui ont nié la vérité de la chair de Jésus-Christ et de la sainte Vierge, et ne leur ont attribué que des corps d'une substance céleste, ou des corps d'air. Or, il n'y a rien qui renverse si solidement ces hérésies, que la mort de la sainte Vierge, puisqu'elle fait voir qu'elle était d'une nature fragile et mortelle comme nous, et que, bien qu'elle n'eût pas le péché et les maux spirituels du premier homme, elle était néanmoins sa fille et avait une chair semblable à la sienne.

Il était donc arrêté dans le conseil de Dieu que la sainte Vierge n'arriverait à la gloire qui lui était destinée qu'en goûtant la mort; Notre-Seigneur, quelque temps auparavant, lui envoya un des premiers anges de sa cour pour lui annoncer que le moment de sa récompense était proche; on croit que ce fut saint Gabriel, celui qui lui avait annoncé l'Incarnation du Verbe divin dans son sein, et à qui, selon saint Ildefonse, *tota illius causa commissa esse prædicatur* : « La charge de tout ce qui lui appartenait avait été donnée ». On peut aussi se persuader avec Siméon Métaphraste, Cédrénus et Nicéphore, qu'il avait une palme à la main pour marquer le triomphe dont ses vertus l'avaient rendu digne, et qu'il était accompagné de plusieurs autres esprits célestes, dont la visite et l'entretien ne lui étaient nullement nouveaux et extraordinaires. Comme depuis l'Ascension de son Fils, sa vie n'avait été qu'une vie de langueur, et qu'elle demandait continuellement d'être réunie à celui qu'elle avait conçu et porté dans ses chastes entrailles, on ne peut comprendre la joie et la consolation avec lesquelles elle reçut ce bienheureux message du ciel: elle était alors à Jérusalem dans la maison du Cénacle, où tant de mystères de notre religion ont été accomplis, et que l'on a depuis changée en une église, appelée la Sainte-Sion, et elle y priait à son oratoire pour la conversion du monde et la propagation de la foi. Sa réponse fut courte mais admirable, puisqu'on croit qu'elle dit les mêmes mots qu'elle avait prononcés dans son Annonciation : « Voici la servante du Seigneur; qu'il me soit fait selon votre parole ». Elle invita en même temps les anges à l'aider à remercier le souverain Seigneur du nombre infini des grâces qu'elle avait reçues de sa bonté, et s'étant élevée en Dieu par un nouvel effort d'amour, elle réitéra le sacrifice de sa vie qu'elle avait déjà fait une infinité de fois. Ensuite, elle avertit saint Jean de ce qui devait arriver bientôt, et saint Jean en informa tous les fidèles de Jérusalem, afin de les préparer à cette perte et de les engager à profiter le plus qu'ils pourraient du reste des moments qu'ils avaient encore à jouir de la présence de leur chère maîtresse. On ne peut croire la douleur qu'en ressentit ce saint Apôtre et toute l'Église de la ville et des environs. Ce n'est pas qu'ils enviassent à Marie le bonheur dont elle allait être comblée; mais, sachant que c'était un bien qui ne pouvait pas lui manquer, ils eussent bien désiré qu'elle ne leur eût pas été ôtée si tôt. On dit que plusieurs créatures privées de raison, comme des oiseaux et d'autres animaux, et même quelques créatures insensibles, témoignèrent à leur manière un vif regret de ce départ; mais, puisque les anciens auteurs n'en parlent pas, nous n'en dirons rien.

Cependant Notre-Seigneur, pour donner à sa très-sainte Mère une dernière consolation sur la terre, lui voulut encore faire voir avant sa mort les

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Apôtres qui étaient répandus dans le monde pour la prédication de l'Évangile, avec les plus célèbres de leurs disciples. Saint Denis l'Aréopagite, dans son livre des *Noms divers*, chapitre III, dit qu'ils s'assemblèrent à Jérusalem pour y voir ce corps bienheureux qui a donné naissance à la Vie, et qui a reçu Dieu dans son sein : *Quod vita principium dedit, et Deum ineffabili modo suscepti*. Et il nomme, parmi ceux qui s'y trouvèrent, saint Jacques, cousin du Seigneur, et saint Pierre, le souverain chef des théologiens, c'est-à-dire des prédicateurs de la parole divine, avec les autres princes de la hiérarchie ecclésiastique; de plus, saint Jérothée, saint Timothée et plusieurs de leurs saints frères, du nombre desquels il était lui-même. Juvénal, patriarche de Jérusalem, saint André de Crète, saint Jean Damascène, et d'autres Pères ajoutent que les Apôtres y furent transportés dans une nue et par le ministère des anges: ce n'est pas qu'ils n'y pussent aller par des voies ordinaires, étant avertis de bonne heure du temps du trépas de la Vierge, mais Dieu fait quelquefois en faveur de ses amis d'une manière miraculeuse ce qu'il pourrait faire sans miracle; ainsi, bien qu'il pût envoyer quelqu'un de Babylone à Daniel, pour le nourrir dans la fosse aux lions qui était proche, il lui fit néanmoins venir de Judée, par le milieu de l'air, un saint prophète nommé Babacuc, qui lui apporta le dîner qu'il avait préparé à ses moissonneurs, et, bien qu'il pût conduire saint Philippe, diacre, à Azore, par le chemin des autres voyageurs, il l'enleva néanmoins subitement de la compagnie de l'eunuque de la reine d'Éthiopie, qu'il venait de baptiser, et le transporta miraculeusement par une route inconnue dans cette ville. Quant aux saints Disciples qui se trouvèrent au décès de Notre-Dame, nous ne pouvons pas assurer qu'ils y aient été amenés de la même manière, et il y a plus d'apparence qu'ils s'y rendirent par un mouvement intérieur du Saint-Esprit, qui les pressa de faire ce voyage sans leur en découvrir le véritable sujet.

Nous ne nous arrêterons pas à décrire les divers mouvements que ressentirent ces hommes divins, lorsqu'ils surent qu'ils étaient assemblés pour assister à la mort de leur chère Maîtresse. Elle les reçut avec une joie et une humilité merveilleuses, et élevant ses yeux et son esprit vers le ciel, elle remercia Dieu de la grâce qu'il lui faisait de lui faire voir ces dignes instruments de sa puissance et ces glorieux prédicateurs de son Évangile. On dit qu'elle les obligea de lui donner leur bénédiction, et de souffrir qu'elle leur baisât les pieds, afin de se disposer par cet acte d'humilité à l'immensité de la gloire où elle allait être élevée. Si les Apôtres y consentirent, ce ne fut qu'après beaucoup d'excuses et avec une sainte répugnance. Les fidèles de Jérusalem accoururent à ce spectacle avec des flambeaux allumés, des odeurs et des parfums précieux, et mêlèrent leurs gémissements et leurs soupirs avec ceux de la troupe apostolique. Marie les consola par un discours admirable, et, leur ayant donné à son tour sa bénédiction plus que maternelle, elle les exhorta à continuer à travailler avec courage à l'établissement de l'Église, qu'elle appelait sa Mère, et dont elle se reconnaissait le membre et la fille; elle leur promit aussi de les assister puissamment dans le ciel, et d'employer tout son crédit auprès de son Fils pour leur obtenir l'abondance des grâces qui leur étaient nécessaires pour s'acquitter dignement de leurs fonctions, et pour achever l'œuvre de leur propre sanctification. Elle n'oublia pas non plus de faire son testament; mais quel testament pouvait faire celle qui s'était dépouillée de toutes choses, et qui, bien que Reine du ciel et de la terre et Souveraine de l'univers, ne possédait ni or, ni argent, ni revenus, ni héritages en ce monde ? Néanmoins, elle en fit un de

vive voix, pour mettre son âme entre les mains de son Dieu, pour laisser son corps à la terre, pour sceller de nouveau le renoncement qu'elle avait fait à toutes les choses d'ici-bas, pour léguer aux chrétiens qui lui seraient dévots le prix de ses larmes et de toutes les saintes actions de sa vie, et pour prier saint Jean de donner à deux filles qui l'avaient assistée, le peu d'habits dont elle s'était servie, et qu'ils trouveraient après sa mort : c'étaient seulement deux tuniques.

Elle n'était nullement malade, et quoiqu'elle eût soixante-douze ans, il ne paraissait néanmoins en elle aucun signe de vieillesse, son visage s'étant toujours maintenu dans son ancienne beauté. On y voyait même un nouvel éclat, qui montrait bien que l'âme qui y logeait se sentait déjà de l'approche de l'éternité. Il ne faut donc point s'imaginer qu'elle fut couchée, ni qu'on lui rendît les devoirs que l'on rend ordinairement aux malades. Elle ne reçut point le sacrement de la Pénitence ni celui de l'Extrême-Onction, parce que ces sacrements ont pour effet de remettre les péchés et que la sainte Vierge était sans aucun péché: mais il ne faut point douter qu'elle ne reçût le sacrement de l'Eucharistie comme Viatique, ainsi qu'elle le recevait tous les jours comme aliment de son âme: on peut croire qu'elle le fit à la messe de saint Pierre.

Enfin, le moment de son passage étant venu, Jésus-Christ, son Fils bien-aimé, selon le témoignage de saint Jean Damascène, de Métaphraste et de Nicéphore, qui l'ont appris de l'ancienne tradition, descendit du ciel sur la terre, avec toute la cour céleste, pour recevoir le dépôt sacré de son esprit bienheureux. La sainte Vierge lui rendit alors la plus parfaite adoration qu'il ait jamais reçue et qu'il doive jamais recevoir sur la terre, et lui baisa humblement les pieds. Notre-Seigneur lui dit qu'il la venait chercher pour lui faire part de sa gloire et la placer dans le ciel, à sa droite, comme son Père l'avait placé lui-même à la droite de sa Majesté divine. « Que votre volonté soit faite ! » répondit Marie, « il y a longtemps, mon Fils et mon Dieu, que je soupire après vous, et rien ne peut m'être plus agréable que de vous suivre, et d'être où vous êtes pour toute l'éternité ».

Les anges, cependant, entonnèrent un cantique céleste avec une mélodie qui fut entendue de tous les assistants, quoique tous ne vissent pas Notre-Seigneur: « ce qui est d'autant plus croyable », dit Sophrone, dans le sermon de l'Assomption, « que nous trouvons des grâces semblables dans les histoires des autres Saints. Durant ce cantique, l'adorable Marie, s'inclinant modestement sur sa couche, et, s'étant mise dans la posture où elle voulait être ensevelie, répéta ces mots : *Fiat mihi secundum verbum tuum* : « Qu'il me soit fait selon votre parole », et ajouta ceux que son Fils avait prononcés sur la croix : *In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum* : « Je remets, Seigneur, mon esprit entre vos mains ». Ainsi, les mains jointes, les yeux collés sur son Bien-Aimé, et le cœur tout embrasé de son amour, elle lui rendit son âme, pour être transportée dans son sein, au séjour du bonheur éternel.

« Cette mort », dit saint Damascène, « fut sans aucune peine; de même que son enfantement, lorsqu'elle avait mis Jésus-Christ au monde, avait été sans douleur. Aussi elle n'eut point d'autre cause que la véhémence de son amour, dont sa nature ne put porter davantage le grand effort. La puissance de Dieu l'avait soutenue jusqu'alors au milieu de ce brasier, ce qui lui avait conservé la vie; mais cette puissance ayant cessé pour un moment son opération, elle cessa en même temps de vivre; en un mot, son âme sortit de son corps comme une flamme très-ardente qui se détache de sa

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matière pour s'envoler dans sa sphère ». D'autres Saints sont morts dans l'amour, c'est-à-dire en aimant Dieu actuellement; mais elle, outre qu'elle est morte dans l'amour, elle est morte par l'amour, et c'est l'amour qui lui a ôté la vie naturelle pour lui donner une vie de gloire. Les anges continuèrent de chanter des hymnes à sa louange, et le lieu fut rempli d'une odeur si agréable, que toute la maison en fut parfumée.

Cependant, ce chef-d'œuvre des mains du Tout-Puissant, cet admirable composé du plus beau corps et de l'esprit le plus pur et le plus saint qui fussent entre les créatures, s'étant divisé en ses deux parties, chacune reçut les avantages qui lui étaient propres et dont elle était capable. Pour l'âme, elle fut au même moment enlevée dans le ciel pour y jouir de l'immensité de la gloire qui lui était due. Les anges eurent une joie merveilleuse de se voir possesseurs de ce grand trésor qu'ils avaient si longtemps envié à la terre; mais toute l'adorable Trinité fit paraître une satisfaction indicible, de donner enfin à cette âme bienheureuse la récompense que son amour, qui avait été si pur, si généreux et si constant, lui avait méritée avec tant de justice. L'Église nous fait assez connaître, par l'exaltation souveraine qu'elle lui attribue, que nulle béatitude des justes n'est comparable à celle dont elle fut comblée: ce que saint Damascène, saint Ildefonse, saint Anselme et tous les autres Pères nous apprennent d'un commun consentement, dans les sermons et les homélies qu'ils ont faits sur cette fête. Mais le bienheureux Pierre Damien donne plus de jour à cette vérité, lorsqu'il dit que la gloire qui fut alors donnée à Marie est quelque chose de plus relevé et de plus parfait que toute la gloire des autres Saints ensemble. Saint Bernardin de Sienne enseigne aussi la même doctrine, et saint Bonaventure, qui vivait entre les deux, et qui ne cédait ni à l'un ni à l'autre en dévotion envers notre auguste Reine, cite, à ce sujet, ces passages de l'Écriture : *Omnia flumina intrant in mare, et mare non redundat* : « Toutes les rivières viennent se rendre à la mer, et la mer ne déborde point »; *In plenitudine Sanctorum detentio mea* : « Ma demeure est dans la plénitude des Saints »; *Multæ filiæ congregaverunt divitias, tu supergressa es universas* : « Plusieurs filles ont amassé de grandes richesses, mais vous les avez surpassées toutes ». On pourrait aussi citer l'endroit du Cantique des cantiques, où Notre-Dame est comparée au soleil, qui a lui seul plus de lumière que tous les autres astres ensemble; on pourrait rappeler qu'elle est appelée la Cité de Dieu, la sainte Sion, et la Jérusalem céleste, comme si elle seule était le Paradis tout entier et qu'il ne fallût point d'autre Saint qu'elle pour le composer. En effet, selon saint Bernard et le bienheureux Pierre Damien, nous devons juger de l'excellence de sa gloire, par rapport à la grandeur de la dignité à laquelle elle a été prédestinée. Or, il est certain que la dignité de Mère de Dieu vaut mieux que toutes les prérogatives ensemble qui ont jamais été accordées aux autres Saints; et même le docteur angélique nous assure qu'elle est en quelque sorte infinie. Il ne faut donc point douter que la Vierge n'ait reçu elle seule plus de gloire, et une vision de Dieu plus pure et plus parfaite que tous les Anges et les autres Saints ensemble. De plus, toute la théologie tombe d'accord que l'excellence de la gloire répond à la grandeur de la grâce, des vertus et des mérites; comme la béatitude renferme trois choses : la vision intuitive de Dieu, l'amour béatifique et le plaisir ineffable qui naît de cette vision et de cet amour. La première répond à la pureté de la foi; la seconde à la ferveur de la charité, et la troisième à la patience dans les afflictions et les persécutions. Or, la sainte Vierge a eu elle seule incomparablement plus de grâces, de vertus et de mérites que

tous les Anges et tous les Saints ensemble; car, quand nous ne lui donnerions au moment de sa Conception, où elle a commencé de mériter, qu'une grâce semblable à celle du premier de tous les Anges, ce qui est néanmoins trop peu pour elle qui était destinée à être la Mère de Dieu et la Reine de tout l'univers, il est clair que, dans près de soixante-treize ans qu'elle n'a jamais cessé de mériter, et qu'elle a reçu à chaque moment un accroissement continu des dons qui lui avaient été conférés d'abord, elle serait montée à un degré de grâce auquel toute la sainteté des autres créatures ne serait nullement comparable. Que sera-ce donc si nous disons avec plusieurs grands docteurs, que sa grâce originelle surpassait elle seule toute la collection des autres grâces créées, excepté celle de l'âme sainte de Jésus-Christ, son Fils, et qu'elle fit au premier moment un acte d'amour et de conversion vers Dieu plus excellent et plus parfait, que n'ont jamais été et ne seront jamais tous les autres actes des pures créatures, suivant ces paroles du Psaume LXXXVI° : *Fundamenta ejus in montibus sanctis* : « Ses fondements sont posés sur les montagnes saintes ? » A quel degré aura monté sa grâce et sa sainteté dans le point de sa consommation et dans cet heureux moment qui fut le dernier de ses mérites, pour être le commencement de sa récompense ? D'ailleurs, on ne peut concevoir ni la force et l'éminence de sa foi, ni l'immensité de sa charité, ni la grandeur de sa patience dans les douleurs les plus aiguës que l'on ait jamais souffertes sur la terre, après celles du Sauveur. Il faut donc nécessairement avouer que sa récompense et sa gloire dans le ciel font un ordre tout particulier, qui excède tout ce qu'il y a de gloire et de bonheur dans l'ordre des Saints et des intelligences bienheureuses.

Enfin, il est constant que l'on est d'autant plus élevé dans l'éternité, que l'on s'est abaissé plus sur la terre par les sentiments d'une humilité sincère; car cette parole de Notre-Seigneur est véritable : « Celui qui s'humiliera sera exalté » : ce qui signifie aussi que celui qui s'humiliera davantage sera davantage exalté. Or, l'humilité de Marie est un abîme sans fond, et qui surpasse tout ce qu'il y a jamais eu d'humilité dans toutes les créatures, puisque, étant infiniment au-dessus d'elles, elle s'était faite néanmoins la plus petite de toutes et qu'elle s'est abaissée si bas, qu'il n'y avait plus de lieu où elle put descendre davantage. C'est de cette manière qu'en parle le dévot docteur saint Bernard: et il dit que c'est pour cela qu'elle est nommée la dernière dans le chapitre Ier des *Actes des Apôtres*, où il est parlé de ceux qui se retirèrent dans le Cénacle, après l'Ascension de Notre-Seigneur, pour y attendre la descente du Saint-Esprit. *Non recensetur prima, sed novissima omnium, etiam in infra viduas et parnitentes, et eam de qua ejecta erant septem dæmonia quia se ultimam exhibebat*. D'autres saints personnages ajoutent que, dans ce sentiment, elle a toujours empêché les Évangélistes de rien dire en son honneur que ce qui était précisément nécessaire pour expliquer le mystère de l'Incarnation du Verbe et celui de notre Rédemption: il faut donc conclure que son excellence n'a point eu de bornes, et qu'elle a reçu, au moment de son décès, une gloire et une béatitude qui surpassent, sans comparaison, toute celle qui a été donnée aux autres Saints.

Nous ne nous arrêterons pas à expliquer ici l'étendue de sa vision béatifique, c'est-à-dire jusqu'où se porte sa lumière dans les replis de la toute-puissance divine, et ce qu'elle connaît en Dieu de toutes les choses qui ont l'existence et de toutes celles qui la peuvent avoir. C'est une matière trop subtile pour nous arrêter dans un discours où nous n'avons point d'autre dessein que d'instruire les fidèles sur les points les plus nécessaires de nos

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mystères. Nous dirons seulement, en passant, que, selon le sentiment de plusieurs savants théologiens, il n'y a rien de ce qui a été, de ce qui est, ni de ce qui sera hors de Dieu qui lui soit caché, et que, dans le nombre infini des créatures possibles, elle en connaît plus elle seule que tout le reste des Bienheureux ensemble.

Revenons maintenant à son corps sacré que nous avons laissé sur sa couche environnée des Apôtres et des hommes apostoliques. La douleur, les gémissements et les larmes empêchèrent quelque temps ces saints personnages d'ouvrir la bouche; mais, revenus à eux, ils commencèrent à chanter des hymnes et des cantiques à la louange de Dieu et de leur divine Maîtresse. Une partie des Anges était demeurée auprès de cette précieuse dépouille pour en célébrer les obsèques. Ils continuèrent aussi le chant mélodieux qu'ils avaient commencé avant son décès, et c'était sans doute une musique bien charmante d'entendre d'un côté ces intelligences célestes employer toute leur industrie pour témoigner l'allégresse qu'ils avaient de la gloire où Marie venait d'être élevée; et, de l'autre, le chœur des Apôtres, des disciples et des fidèles élever leurs voix de toutes leurs forces pour seconder l'harmonie de ces chantres du paradis. Saint Jean Damascène dit que, après leurs premiers devoirs, ils eurent la hardiesse de baiser ces précieux membres qui avaient été le sanctuaire animé du Verbe fait chair, et que la même liberté ayant été donnée à plusieurs malades, ils reçurent à l'instant même une parfaite guérison; que des aveugles recouvrèrent la vue, des sourds l'ouïe, des muets la parole, et des boiteux l'usage de leurs membres. Il ajoute que le saint corps fut, selon l'usage, lavé, embaumé, enveloppé dans des suaires et placé avec beaucoup de révérence sur son lit, qu'ils parsemèrent de fleurs et d'autres odeurs très-agréables. Siméon Métaphraste répète la même chose; mais nous ne pouvons nous empêcher de rapporter ici ce que nous trouvons sur ce sujet parmi les révélations d'une grande âme du XVIIe siècle qui est morte en odeur de sainteté : saint Pierre et les autres Apôtres, ayant jugé à propos que le corps de notre Reine fût lavé et embaumé, se retirèrent de sa chambre et y envoyèrent les deux vierges qui l'avaient suivie durant sa vie, pour lui rendre ce devoir. Ces deux filles y entrèrent, mais le saint corps devint alors si lumineux, qu'elles ne purent l'apercevoir: elles revinrent vers les Apôtres pour leur dire ce qui se passait: et ils connurent par là et par une voix du ciel que ce gage de l'éternité ne devait être ni découvert ni touché de personne. Ainsi, il fut mis avec ses habits dans la bière pour y être porté en terre.

Il n'y eut jamais de pompe funèbre si sainte, ni accompagnée de tant de merveilles, que celle de notre adorable Princesse. Les Apôtres portèrent eux-mêmes le cercueil par le milieu de la ville, jusqu'au lieu de la sépulture, qui était au bourg de Gethsémani, dans la vallée de Josaphat. Tous les fidèles les accompagnèrent en procession, avec des flambeaux à la main. Les Juifs, tout animés qu'ils étaient contre les chrétiens, reçurent alors une impression de crainte et de respect, qui les empêcha de leur faire insulte et de troubler la cérémonie. Il y en eut même plusieurs qui se joignirent à eux, et qui grossirent cette troupe sacrée, en suivant la nouvelle Arche d'alliance que l'on conduisait au lieu de son repos. Tous les saints Pères que nous avons déjà cités, disent unanimement que les Anges firent en même temps leur procession, et qu'ils précédaient, accompagnaient et suivaient le corps de leur Souveraine, en chantant des cantiques de joie d'une manière sensible et qui était entendue des assistants. Ils ajoutent qu'il sortait des membres

sacrés de la Vierge une odeur surnaturelle qui embaumait tous les lieux par où ils passaient, et que le convoi fut rendu illustre par beaucoup de nouveaux miracles: nul malade ne s'y présentait sans recevoir la guérison, et plusieurs Juifs aussi se convertirent en voyant tant de prodiges. Saint Damascène raconte : « Il y en eut un de la race sacerdotale qui eut la témérité de se jeter sur le vénérable lit où cette divine relique était portée, pour la faire tomber à terre; mais ses mains furent coupées miraculeusement et se séparèrent du reste de son corps. Une vengeance si visible le remplit de confusion et de douleur. Il reconnut la grandeur de sa faute, l'avoua publiquement et en demanda pardon, et saint Pierre, lui ayant ordonné de rapprocher les bras de ses mains coupées, elles s'y rejoignirent aussitôt; ce qui fut cause qu'il embrassa la foi de Jésus-Christ ». Métaphraste et Nicéphore font le même récit, qu'ils ont tiré de saint Damascène ou d'une tradition immémoriale, de laquelle même saint Damascène l'avait appris.

Enfin, ce trésor inestimable fut déposé avec un très-profond respect dans le tombeau qui lui avait été préparé, et on le couvrit d'une grosse pierre, afin que celle qui avait si parfaitement imité les vertus et les actions de Jésus-Christ, et qui était morte par conformité à sa mort, lui ressemblât aussi dans l'humilité de sa sépulture. Après la cérémonie, la compagnie se retira à Jérusalem, mais les Anges ne quittèrent pas ce lieu qui leur était si cher. Juvénal, patriarche de Jérusalem, dans son discours à l'empereur Marcien et à l'impératrice Pulchérie, son épouse, nous apprend qu'ils y demeurèrent encore trois jours, y continuant sans cesse le chant harmonieux des hymnes et des cantiques qu'ils avaient commencé dès le moment du décès de leur Reine. Les Apôtres mêmes ne l'abandonnèrent pas tout à fait; mais, se relevant l'un l'autre, ils y venaient alternativement pour seconder la ferveur et la dévotion de ces chantres célestes. Au bout de trois jours, saint Thomas, qui était le seul des Apôtres encore vivant qui n'eût pas été présent à cette cérémonie sacrée, arriva des Indes ou de l'Éthiopie, où son zèle l'avait conduit pour annoncer l'Évangile, et, ayant appris tout ce qui s'était passé, il désira voir encore une fois à découvert le visage de son auguste Maîtresse. Les autres Apôtres trouvèrent fort à propos de lui donner cette consolation, ne doutant point que son retard ne fût mystérieux, et que Dieu ne l'eût ménagé pour quelque grande raison qui leur était inconnue. Ils s'assemblèrent donc autour du sépulcre, et, après quelques prières, ils en détournèrent la pierre: mais, au lieu de trouver le corps qu'ils cherchaient, ils n'y trouvèrent que les linges et les habits dont il avait été revêtu, et, en même temps, ils furent embaumés d'une odeur incomparable qui sortait du fond du caveau. Ils virent bien que personne sur la terre ne pouvait avoir enlevé ce précieux gage, puisque les Anges et eux l'avaient toujours gardé, et qu'il n'y avait aucune marque d'ouverture à la pierre, et que les linceuls qu'ils y voyaient, sans coupure ni confusion, montraient bien qu'en cela il n'y avait point eu de vol ni d'enlèvement; ils pensèrent donc que Notre-Seigneur, qui avait voulu naître du sein de Marie, sans violer le sceau de sa virginité, avait aussi voulu préserver son corps après sa mort de toute corruption, et l'honorer d'une vie glorieuse et immortelle avant la résurrection générale du genre humain. C'est de cette sorte qu'en parle aussi saint Jean Damascène, après le patriarche Juvénal: et l'Église a tant déféré à ce récit, qu'elle l'a inséré dans son bréviaire, le quatrième jour de l'octave de cette fête.

Ainsi nous savons que le corps de la sainte Vierge n'a point été laissé dans la terre pour y servir de pâture aux vers, et y retourner en cendres

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comme le corps des autres hommes, mais il a été réuni à son âme pour participer à sa gloire et en recevoir une vie céleste et exempte de toute altération. Pour la première chose, nous ne trouvons personne entre les écrivains ecclésiastiques qui en ait jamais douté, et nous en avons de très-belles preuves dans le livre de l'Assomption, attribué à saint Augustin, et imprimé parmi ses œuvres au tome IX : « Nous savons », dit l'auteur, « qu'il a été dit à Adam : Tu es poussière et tu retourneras en poussière; mais nous savons aussi qu'il a été dit à Ève : Tu mettras tes enfants au monde avec douleur, et tu seras sous la puissance d'un mari. Si donc Marie a été exempte de cette seconde malédiction, ayant conçu sans corruption et enfanté sans aucune douleur Celui qui venait pour nous délivrer de la servitude du péché, pourquoi ne croirions-nous pas qu'elle a aussi été exempte de la première, et qu'elle a goûté la mort de telle manière que les suites de la mort n'ont point eu lieu en sa personne ? D'ailleurs, il est certain que la pourriture et la résolution en poussière est le dernier opprobre de la nature humaine: et il n'est pas moins constant que Jésus-Christ a pu en préserver sa Mère, comme il a préservé les trois jeunes Israélites des flammes ardentes de la fournaise de Babylone, sauvé Daniel de la gueule des lions, et Jonas du ventre de la baleine. Qui pourrait donc penser que lui, qui commande si expressément aux enfants d'honorer leur père et mère, aurait laissé la sienne exposée à cet opprobre sans lui donner le privilège de l'incorruption qu'il pouvait si facilement lui donner ? » Seulement, il faut se souvenir qu'elle a renfermé neuf mois dans ses entrailles le Verbe divin fait chair, qu'elle l'a serré mille fois sur son sein, qu'elle l'a nourri de ses mamelles, et qu'elle l'a porté dans son enfance dans tous les endroits où la divine Providence voulait qu'il fût porté: car quel baume plus précieux et plus capable de défendre de toute pourriture, que la chair de Jésus-Christ qui donne la vie au monde et qui est le véritable germe de l'immortalité ! « Non », conclut ce Père, « je ne puis dire et je ne puis croire que le corps dont Jésus a pris la chair ait été livré aux vers pour en être la pâture: si quelqu'un contredit mon sentiment, comme il ne peut pas ôter à Jésus le pouvoir de préserver la Vierge de la corruption, qu'il montre donc qu'il ne l'a pas dû faire et que cela n'était point convenable: mais, c'est assurément ce que personne ne pourra jamais montrer ». Nous n'avons pas rapporté, mot à mot, les paroles de cet auteur qui s'étend fort au long sur ce sujet; mais nous en avons fait un résumé qui renferme toute la force de ses raisons.

Pour la résurrection glorieuse de notre adorable Maîtresse, nous savons que quelques anciens écrivains en ont douté, ou du moins ont témoigné ne vouloir rien prononcer sur son sujet: comme l'auteur d'un Sermon de l'Assomption, attribué premièrement à saint Jérôme, et puis à Sophrone, contemporain de ce saint Docteur, mais qui n'est ni de l'un ni de l'autre, et Usuard, religieux de Saint-Germain des Prés, à Paris, dans son martyrologe, où il dit : « Le corps de la très-sainte Vierge ne se trouvant point sur la terre, l'Église, qui est sage en ses jugements, a mieux aimé ignorer avec piété ce que la divine Providence en a fait, que de rien avancer d'apocryphe sur ce sujet: et pour cela il n'a pas appelé cette fête l'Assomption de la glorieuse Vierge Marie, Mère de Dieu, mais seulement son sommeil, *Dormitio* ». Adon, archevêque de Vienne, a aussi imité sa conduite dans sa chronique et son martyrologe. Mais il est certain, comme dit fort bien le cardinal Baronius, dans ses Notes sur le martyrologe romain, et dans le premier tome de ses Annales, que l'Église incline entièrement, et a toujours incliné vers le sentiment, que la sainte Vierge est ressuscitée et qu'elle est

en corps et en âme dans le ciel. Car, d'abord, elle ne s'est jamais servie pour exprimer la fête d'aujourd'hui du mot de sommeil dont se servent Usuard et Adon, ni de ceux de décès, de naissance au ciel et d'autres semblables dont elle use à la fête des autres Saints; mais elle s'est toujours servie du mot d'Assomption, qui tombe proprement sur toute la personne et signifie son élévation en corps et en âme: on le peut voir, dans l'Ordo romain, dans le Sacramentaire de saint Grégoire, et dans les plus anciens calendriers, rituels, missels, martyrologes et bréviaires à l'usage de Rome.

De plus, elle propose à ses enfants, dans les leçons de cette octave, les sermons et les traités des Pères, où le mystère de la résurrection de Notre-Dame est déclaré en termes exprès: comme l'Oraison de saint Jean Damascène, dont nous avons déjà parlé, et un Sermon de saint Bernard, où il dit que la nature humaine est aujourd'hui élevée en Marie au-dessus des esprits immortels. Enfin, cette vérité est si fortement imprimée dans l'âme de tous les fidèles, et si généralement reçue de tout le monde chrétien, qu'il ne faut point douter que le Saint-Esprit, qui n'a pas encore voulu en faire un article de foi, ni l'exprimer distinctement dans les saintes lettres, n'en soit néanmoins l'auteur, et ne l'ait lui-même inspirée secrètement au cœur de son Église.

Il y a même des passages de l'Ancien Testament qui semblent avoir prédit ce grand mystère, comme quand le Roi-Prophète dit à Notre-Seigneur : « Levez-vous, Seigneur, et entrez dans votre repos, vous et l'Arche que vous avez sanctifiée »; sans doute, par cette Arche, on peut entendre l'humanité sainte de Jésus-Christ qui a été sanctifiée par l'onction ineffable de la Divinité; néanmoins, il est constant qu'on peut aussi entendre la glorieuse Vierge Marie, que les saints Pères appellent continuellement l'Arche nouvelle, l'Arche dorée et l'Arche d'Alliance; de sorte que, par ce passage, le Prophète invite Notre-Seigneur non-seulement à monter dans le ciel avec son corps ressuscité et glorieux, mais aussi d'y transporter cette Arche animée où il a pris naissance, et qui a été pendant neuf mois sa demeure très-agréable. Ce qu'il souhaite et demande en cet endroit, il en marque l'exécution dans le Psaume XIV, où, parlant encore à Notre-Seigneur, il lui dit « que la Reine a été placée à sa droite, avec un vêtement doré, et toute environnée de diversités » : car, quelle est cette Reine, sinon l'auguste Marie que l'Église appelle la Reine des anges et la Souveraine du monde; et quel est ce vêtement doré et embelli de tant de diversités, sinon son corps glorieux et revêtu des douaires inestimables de l'immortalité ? C'est ainsi que l'explique l'auteur du livre de *Sanctissima Deipara*, qu'on trouve parmi les œuvres de saint Athanase.

Les saints Pères et les docteurs qui ont traité cette matière sont aussi de ce sentiment, comme, parmi les Grecs, saint André de Crète, saint Germain de Constantinople, saint Jean Damascène, l'empereur Léon, dit le Sage, Michel Syngelus et Michel Glycas; et, parmi les Latins, saint Grégoire de Tours, saint Grégoire le Grand, saint Bernard, saint Thomas, saint Bonaventure, Hugues et Richard de Saint-Victor, Jean Gerson, saint Bernardin de Sienne, saint Antonin et tous les théologiens plus récents: ce qui fait dire au cardinal Baronius, dans ses Annales, qu'on ne peut, sans une grande témérité, enseigner le contraire, et ôter à la Vierge sacrée la gloire d'être ressuscitée des morts et de régner en corps et en âme avec son Fils. Aussi, si son corps n'avait pas été réuni à son âme, sans doute que Notre-Seigneur ne l'aurait pas privé de l'honneur que l'Église rend aux reliques des autres Saints; et il l'aurait aussi exposé à la vénération publique

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des fidèles; puisque, depuis le temps de sa mort jusqu'à présent, nulle église ne s'est vantée de posséder son corps sacré ni aucun de ses membres, mais seulement quelque chose de ses vêtements; il faut nécessairement conclure qu'il a été réuni à son âme, et qu'il jouit du bonheur de l'immortalité. D'ailleurs, plusieurs saints docteurs croient que les Saints qui ressuscitèrent au temps de la résurrection du Sauveur, et qui apparurent alors à diverses personnes dans Jérusalem, ne sont pas morts une seconde fois, mais qu'ils sont montés en corps et en âme avec lui dans le ciel. Si cela est, peut-on refuser cette même prérogative à Marie? Quoi! la Reine et la Souveraine attendrait la résurrection, tandis que ceux qui se reconnaissent pour ses humbles sujets en jouissent déjà? Quoi! l'on verrait dans le ciel des corps glorieux parmi les Saints, tandis que la Reine de tous les Saints n'aurait point encore d'autre gloire que celle de son âme? De plus, l'âme désire naturellement son corps: l'âme de la sainte Vierge, après sa séparation du corps, dut donc avoir une inclination naturelle à lui être réunie. Est-il croyable que Notre-Seigneur n'ait pas satisfait cette inclination? Il a pu la satisfaire, puisqu'il est tout-puissant, et que ce miracle n'était pas plus difficile, trois jours après sa mort, qu'à la fin de tous les siècles: si donc il ne l'a pas fait, c'est que le pouvant, il ne l'a pas voulu; mais, comment n'aurait-il pas voulu contenter l'inclination de celle qui lui avait obéi en toutes choses, qui avait toujours fait sa volonté, et qui l'avait aimé du plus excellent amour dont une pure créature le puisse aimer: de celle qui l'avait revêtu de sa chair, sustenté de son lait, nourri par son travail, et assisté sur la terre en tous ses besoins. Il l'aimait trop tendrement, il se tenait trop obligé à ses soins maternels, il avait trop de désirs de reconnaître son affection, pour ne pas lui vouloir un bien qui lui coûtait si peu, et qui était si convenable à son mérite. Disons encore qu'il était intéressé à le lui vouloir; car, enfin, on pouvait dire qu'il n'était pas parfaitement ressuscité que Marie ne fût ressuscitée, puisque la chair de Marie était le principe de la sienne, et qu'autrefois elles n'avaient été qu'une même chair. Et puis l'honneur de la Mère ne retombe-t-il pas sur le Fils? et n'est-ce pas la gloire du Fils de procurer à sa Mère tous les avantages qu'il est capable de lui procurer? Enfin, il dit expressément dans l'Évangile qu'il veut que celui qui le sert soit où il sera lui-même: il a donc eu à plus forte raison cette bonne volonté pour celle qui l'a engendré, et qu'il ne rougit point d'appeler sa Mère; mais comme ses mérites sont infiniment au-dessus de ceux de ses serviteurs, tandis qu'il diffère jusqu'à la fin des siècles de donner à ceux-ci l'entier accomplissement de ce bonheur, il l'a anticipé pour elle, en la mettant auprès de lui pour participer à la plénitude de ses grandeurs.

Il faudrait maintenant expliquer la manière dont se fit cette heureuse résurrection de notre Reine; mais ne pouvons-nous pas dire d'elle ce que saint Grégoire le Grand dit de la résurrection de Jésus-Christ, qu'il n'y a que la nuit où elle s'est faite qui en ait connu le mystère? Les hommes n'en furent point les témoins, et leurs yeux n'étaient pas assez forts pour en soutenir la splendeur. On demande si elle se fit dans le tombeau ou dans le ciel, c'est-à-dire, si l'âme de la Vierge descendit dans le sépulcre pour y reprendre son corps, ou si son corps fut transporté par les anges dans le ciel pour y être réuni à son âme. Quelques auteurs du XVIIIe siècle ont suivi cette seconde opinion. Mais la première est plus certaine; car il n'y a nulle apparence qu'un corps inanimé, et sans nul ornement de la gloire, ait été porté dans ce lieu qui n'est destiné que pour les esprits et pour les corps

revêtus de l'immortalité. Il est donc fort vraisemblable que, lorsque ce corps eut été trois jours dans le sépulcre, son âme bienheureuse y descendit dans la compagnie de Notre-Seigneur et d'un nombre infini d'anges, d'archanges et d'autres bienheureux du ciel, et, qu'étant rentrée dans ce corps, elle recommença de l'animer, en lui communiquant une vie toute céleste et les quatre qualités qui composent la gloire et la félicité des corps, nous voulons dire la subtilité, l'agilité, la clarté et l'immortalité. Nous laissons à la piété des fidèles de s'imaginer dans quel degré ces qualités lui furent données. Pour nous, nous n'en pouvons dire que ces mots de saint Bernard : que ce fut dans le degré dont une telle Mère était digne, et qui était convenable à l'excellence et à la libéralité d'un tel Fils : *Quo tanta Mater digna fuit, et qui tantum decuit Filium*. En un mot, cette gloire corporelle était proportionnée à la gloire de l'âme, puisqu'elle en naissait comme de son principe. Or, nous avons dit que la gloire de l'âme dans Marie surpassait, sans comparaison, la gloire de tous les Anges et de tous les Saints ensemble; il faut donc conclure que la gloire, l'éclat, la beauté et la perfection qui furent données à son corps étaient ineffables, et qu'ils en firent un chef-d'œuvre plus accompli que tout l'univers.

Nous souhaiterions maintenant d'avoir l'esprit et la plume des séraphins pour décrire dignement le triomphe de son Assomption, qui fait le principal sujet de la fête d'aujourd'hui, et le plus bel objet de notre contemplation et de nos respects. Nous en avons une belle figure dans le triomphe avec lequel l'arche d'alliance fut transportée par David dans la ville de Jérusalem, où les prêtres, les lévites et le peuple firent résonner toutes sortes d'instruments de musique, et où l'air retentissait des chants des psaumes et des hymnes et de mille acclamations de joie. Nous en avons encore une autre figure dans la magnificence avec laquelle la reine de Saba entra dans la même ville, pour y jouir quelque temps de l'entretien du sage Salomon. Il est dit de cette reine qu'elle y entra avec un nombreux cortège et avec des richesses infinies d'or, de pierres précieuses et de parfums, pour en faire présent à Salomon; que, depuis, on n'avait point vu tant de parfums qu'elle en avait apporté, et que ce prince, en reconnaissance, lui donna tout ce qu'elle voulut et demanda, et beaucoup plus qu'elle-même ne lui avait donné.

Voilà une image de ce qui se fait dans le triomphe de l'Assomption de notre adorable Princesse. Elle est montée avec un nombreux cortège, parce qu'elle était accompagnée de toute la cour céleste; elle est montée avec des richesses infinies, parce qu'elle était chargée d'un trésor inestimable de vertus et de mérites; elle en a fait présent au véritable Salomon, qui est son Fils, parce qu'elle lui en a fait hommage, comme à celui dont elle avait reçu toutes ces grâces. On n'a point vu depuis de parfums si excellents, ni en si grand nombre dans le paradis, parce que les mérites de Marie sont si agréables à Jésus-Christ, que nulle action des Saints ne lui a jamais donné tant de satisfaction. Enfin, elle a beaucoup plus reçu qu'elle n'a donné, parce que, comme dit saint Ildefonse : *Sicut est incomparable quod gessit, ita est incomprehensibile præmium gloriæ quod promeruit* ; « de même que ce qu'elle a fait pour la gloire de son Dieu est incomparable, aussi le poids de la gloire qu'elle a méritée et qui lui a été donnée pour récompense est incompréhensible ».

Mais pour expliquer distinctement la gloire merveilleuse de cette pompe, il faut remarquer qu'il y a trois choses qui rendent un triomphe auguste et magnifique : 1° les hauts faits et les perfections de celui qui triomphe;

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2° l'éclat des personnes qui l'accompagnent; 3° les honneurs qui lui sont rendus dans sa marche et dans tout le cours du même triomphe. Or, toutes ces choses concourent admirablement pour rendre l'Assomption de la Vierge d'un prix et d'une valeur inestimables: car, en premier lieu, si nous considérons les mérites de celle qui triomphe, et les actions qui lui ont acquis cet honneur, il n'y a rien de plus grand, de plus noble et de plus éclatant. Les amis de l'Époux, dans le Cantique des cantiques, nous les représentent par trois acclamations différentes, qui comprennent toutes les perfections dont une créature soit capable. Ils disent dans la première: Qui est celle-ci qui monte par le désert comme une fumée déliée, naissant des parfums de myrrhe, d'encens et de toutes sortes de senteurs? Ils disent dans la seconde: Qui est celle-ci qui s'avance comme l'aurore qui commence à poindre, belle comme la lune, choisie comme le soleil et terrible comme une armée rangée en bataille? Ils disent enfin dans la troisième: Qui est celle-ci qui s'élève du désert, toute comblée de délices et appuyée sur son Bien-Aimé? Par la première, ils nous représentent son humilité, sa modestie, sa dévotion, sa ferveur, sa persévérance dans la piété, sa miséricorde, sa libéralité et toutes ses autres vertus édifiantes. Par la seconde, ils nous signifient l'éclat de sa pureté, l'éminence de sa science et de sa sagesse, la grandeur de son amour pour Dieu, et l'ardeur de son zèle qui la rend formidable à toutes les puissances du monde et de l'enfer. Par la troisième, ils nous expriment sa parfaite ressemblance avec son Fils, l'union qu'elle avait avec sa divinité, et les douceurs ineffables qu'elle goûtait dans la jouissance de cette union. Aussi, nous avons dans ces paroles un riche tableau des beautés et des perfections de notre illustre Triomphante. Mais qui pourrait exprimer les biens qu'elle a faits dans le monde, les victoires qu'elle a remportées, les faveurs dont elle a comblé tout le genre humain, et les services qu'elle a rendus à Dieu, son souverain Seigneur? N'est-ce pas elle qui a écrasé la tête de l'ancien serpent, qui a réparé le mal que la première femme avait causé, qui nous a donné un Sauveur et un Libérateur, et qui a ouvert les portes du ciel pour y faire entrer ceux qui en étaient bannis? N'est-ce pas elle qui a mérité d'être le refuge des pécheurs, l'Avocate des malheureux, la Dispensatrice des trésors de Dieu, la Médiatrice de notre salut et le Canal par lequel toutes les grâces coulent sur nos âmes? Oh! qu'elle est parfaite, qu'elle est accomplie, qu'elle est aimable, qu'elle est digne de triompher et de recevoir tous les honneurs qui peuvent être faits, au-dessous des honneurs divins!

Si le triomphe de l'Assomption est si relevé par l'excellence de celle qui triomphe, il l'est encore par l'éclat des personnes qui l'accompagnent: car nous devons nous persuader que Notre-Seigneur était le chef de cette troupe et qu'il mena lui-même sa Mère sur le trône de gloire qui lui était préparé, suivant ces paroles du Cantique: *Quis est ista qua ascendit innixa super dilectum suum* ? « Qui est celle qui monte appuyée sur son Bien-Aimé?» et c'est ce qui relève en quelque manière la pompe de l'Assomption au-dessus de celle de l'Ascension, parce que, dans l'Ascension, Notre-Seigneur ne fut escorté et accompagné que par des serviteurs; mais, dans l'Assomption, la Vierge, glorieuse est accompagnée du souverain Monarque du monde, qui l'élève par sa vertu et la soutient par sa puissance. Il ne faut donc pas croire qu'elle soit montée au ciel par le ministère des anges, quoique, par honneur, les anges l'aient environnée et lui aient servi de trône; mais elle est montée par la force de son agilité, qui est un des douaires de la béatitude, et par la vertu de son Fils, qui lui avait donné

cette agilité dans une perfection souveraine. De plus, nous devons nous représenter que toute la cour céleste composa cet illustre trophée, c'est-à-dire, d'une part, tous les chœurs des anges, sans excepter ceux qui ne sortent point ordinairement de devant le trône de Dieu; et, de l'autre, tous les ordres des Saints, c'est-à-dire les Patriarches, les Prophètes, les Hommes apostoliques, les Martyrs, les Vierges et toute la troupe des autres Bienheureux. Enfin, plusieurs docteurs pensent qu'en ce moment tout le purgatoire reçut une indulgence universelle, et qu'il n'y eut aucune des âmes qui y étaient alors tourmentées, qui n'en fût délivrée par la Vierge des Vierges, pour rendre son triomphe plus glorieux. Cela étant, qui pourrait concevoir la magnificence de cette pompe, et a-t-on jamais rien vu en ce monde qui mérite d'en être appelé l'ombre et l'image; car, si la gloire d'un seul ange surpasse toutes les beautés que l'industrie des hommes peut produire sur la terre, que dirons-nous de celle qui naît de l'assemblée de tous ces esprits et du concert agréable de tous les Saints ? Que dirons-nous de l'éclat et de la majesté de ces deux corps d'armée, dont l'un renferme toutes les intelligences bienheureuses, disposées par leurs hiérarchies et par leurs chœurs; et l'autre comprend tous les hommes glorifiés, rangés selon l'ordre de leur mérite et l'excellence de leur auréole et de leur béatitude ? Ne devons-nous pas nous écrier, en cette occasion, avec le bienheureux Pierre Damien : « O jour sublime et plus éclatant mille fois que le soleil, dans lequel cette Vierge royale a été élevée sur le trône de Dieu le Père et a été placée dans le siège de la très-sainte Trinité, où elle est l'objet continu des admirations et des désirs du Paradis ? »

Enfin, ce qui achève la splendeur de ce triomphe, ce sont les honneurs que notre adorable Princesse a reçus dans toute sa marche jusqu'à ce qu'elle ait été assise comme la véritable Bethsabée à côté de son Fils. Le lecteur chrétien pourra ici méditer les louanges, les bénédictions, les actions de grâces et les applaudissements que lui donnèrent chaque jour le chœur des Anges et chaque ordre des Saints en particulier, lorsque, montant au-dessus de toutes les œuvres de Dieu, elle passa successivement par le milieu de ces saintes troupes: ce que lui dirent les Patriarches qui l'avaient demandée avec tant d'instance; les Prophètes qui l'avaient prédite avec tant de lumière; les Apôtres déjà décédés et les Hommes apostoliques qui avaient prêché la maternité divine avec tant de zèle; les Martyrs qui avaient déjà versé leur sang pour l'honneur de son Fils; les Vierges, qui avaient si constamment imité son innocence et sa pureté virginale; en un mot, toutes les âmes bienheureuses qui savaient qu'elle était la Mère de leur Libérateur, la Source de leur salut et de leur bonheur, la Réparatrice de leurs chutes, et la porte par laquelle elles étaient entrées dans le royaume des cieux: ce que lui dirent aussi les Séraphins, la voyant si pénétrée des flammes de l'amour divin, les Chérubins, apercevant en elle une lumière infiniment plus haute et plus pénétrante que la leur; les Trônes la reconnaissant pour l'Arche vivante où la très-sainte Trinité reposait d'une manière beaucoup plus auguste et plus excellente qu'en eux-mêmes: quoi de plus ? tout le reste des esprits célestes, sachant qu'elle venait ajouter un nouvel éclat au Paradis, et que, par elle, les brèches que la révolte de Lucifer avait faites dans leurs rangs, seraient heureusement réparées. Sans doute, tous ces bienheureux se prosternèrent devant elle, la reconnurent pour leur Reine et leur Souveraine, lui firent offre de leurs personnes et de leurs services, et se dévouèrent entièrement à elle pour chanter éternellement ses louanges et pour obéir à toutes ses volontés.

VIES DES SAINTS. — TOME IX.

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C'est ainsi qu'en parlent les saints Pères que nous avons déjà cités, dans leurs sermons sur le mystère de l'Assomption : « La glorieuse Vierge », dit saint Bernard, « en montant aujourd'hui dans le ciel, a donné un merveilleux accroissement à la joie dont les Bienheureux étaient déjà remplis; car si l'âme du petit saint Jean, encore renfermé dans le sein de sa mère, s'est comme fondue d'allégresse par un seul mot de Marie, quels n'ont pas été la joie et le tressaillement de tous ces bienheureux esprits, lorsqu'ils ont eu le bonheur, non-seulement d'entendre sa voix, mais aussi de contempler son visage et de jouir de son aimable présence ? Mais qui pourrait penser avec combien de gloire cette Reine du monde s'éleva dans le siège de son empire; avec quelle tendresse de dévotion toute la multitude des légions bienheureuses vint au-devant d'elle pour la recevoir, et avec quel cantique d'honneur ils la conduisirent jusque sur le trône que la justice de Dieu lui avait préparé ». Il décrit ensuite, ce qui est le principal en cette fête, de quelle manière elle fut reçue de Celui qui était l'objet de ses désirs et dont la possession devait faire tout le bonheur : « Qui dira encore », ajoute-t-il, « avec quelle sérénité de visage, avec quelle douceur, quel amour, quels regards, quels embrassements, elle fut reçue de son Fils et portée au-dessus de toutes les créatures ? Ce fut sans doute avec tout l'honneur dont une Mère de si grand mérite était digne, et avec toute la gloire qui était convenable à la magnificence et à la piété d'un tel Fils. Heureux assurément les baisers que cette divine Mère lui donnait lorsqu'il pendait à ses mamelles, et qu'elle le caressait sur son sein virginal; mais n'estimerons-nous pas plus heureux les baisers qu'elle reçut de sa bouche à la droite du Père éternel, dans le moment de sa bienheureuse exaltation, lorsque, montant au trône de gloire où elle devait s'asseoir, elle chantait cet épithalame sacré : *Osculetur me osculo oris sui* : « Qu'il me baise d'un baiser de sa bouche ? » Qui pourra jamais déclarer les merveilles de la génération de Jésus-Christ et de l'Assomption de Marie ? car autant elle a reçu de grâces sur la terre au-dessus de tout le monde, autant elle a reçu dans le ciel de gloire singulière qui la relève au-dessus de tout ce qu'il y a de créé ».

Il faudrait encore décrire ici l'accueil qui lui fut fait par chacune des personnes divines, et par toute la très-sainte Trinité : par le Père, qui la regardait comme la plus parfaite de toutes les filles, et comme celle qui avait été sur la terre, à l'égard de son Fils unique, la vicaire de son amour et de son adorable paternité; par le Fils, qui la regardait comme sa mère et comme celle qui lui avait donné une seconde nature et une seconde naissance en le faisant Fils de l'Homme; par le Saint-Esprit, qui la regardait comme la plus fidèle de ses épouses, et comme celle qui l'avait rendu divinement fécond hors du sein de la Divinité. Mais ces grands mystères demandent plutôt nos adorations et nos respects que nos expressions, qui ne peuvent être que très-imparfaites. Les livres de méditation en parlent plus au long, et ce que nous avons dit suffit pour faire concevoir combien le triomphe de l'Assomption a été éclatant et magnifique. On peut seulement demander en quel lieu la sainte Vierge a été placée. Saint Bernard répond : « Comme il n'y avait point sur la terre de lieu plus digne que le sein virginal où Marie avait reçu et logé le Fils de Dieu, aussi il n'y a point dans les cieux de lieu plus digne que le trône royal où le fils de Dieu a élevé et placé sa très-sainte Mère ». D'autres saints docteurs, expliquant ces paroles du Psaume XLIV : « La reine est placée à votre droite », et ces autres du troisième livre des *Rois* : « Salomon s'assit sur son siège, et sa mère s'assit à sa droite », disent que Notre-Seigneur, dans son Ascension,

est monté à la droite de son Père; et que Marie, dans son Assomption, est montée à la droite de Jésus-Christ. Mais il y a cette différence que Notre-Seigneur est monté à la droite du Père, comme lui étant égal et ayant la même puissance et le même domaine que lui, tandis que Marie est montée à la droite de Jésus-Christ avec subordination à son autorité divine; ce qui fait dire au cardinal Bellarmin, dans son *Commentaire sur le Psaume* que nous venons de citer, qu'elle a été placée *in loco summi honoris infra regalem Tronum* : « dans le premier lieu d'honneur au-dessous du Trône royal de la divinité ». L'abbé Guéric, spiritualisant davantage cette matière, dit : « Elle est devenue, elle-même, le Trône de Dieu, suivant ces paroles dont l'Église se sert dans son office : *Veni, electa mea, et ponam in te Tronum meum* : Venez, mon élue, je vous ferai mon Trône. Elle avait été, sur la terre, son pavillon pour combattre, et sa chaire pour enseigner; mais elle est devenue dans le ciel sa maison pour s'y reposer, et son trône pour juger ». Il veut dire que comme le trône est le lieu où le prince paraît avec plus de splendeur et de majesté, ainsi Marie est la personne où le Fils de Dieu a déployé avec plus de magnificence tous les trésors de sa puissance et toutes les richesses de sa gloire. Enfin, nous avons déjà remarqué que, selon le sentiment de plusieurs saints docteurs, elle fait un Ordre particulier entre Dieu et tous les autres bienheureux; ce que le savant chancelier de Paris déclare excellemment par ces paroles tirées de son *Commentaire sur le Magnificat* : « La Vierge compose à elle seule la seconde hiérarchie au-dessous de Dieu, qui est le premier et le souverain Hiérarque: car, pour l'humanité de Notre-Seigneur, étant unie hypostatiquement à la divinité, elle appartient à cette première hiérarchie ». L'apôtre saint Paul semble avoir voulu exprimer ce mystère, dans sa première épître aux Corinthiens, chap. XV, lorsqu'il dit : *Alia claritas solis, alia claritas lunæ et alia claritas stellarum* : Autre est la clarté du soleil, c'est-à-dire de Jésus-Christ; autre la clarté de la lune, c'est-à-dire de la Vierge; et autre la clarté des étoiles, c'est-à-dire des Anges et des Saints.

Mais, parlons maintenant du mystère de son couronnement, qui est le sixième point que nous avons proposé dès le commencement de ce discours.

L'Époux, dans le Cantique des cantiques, et après avoir déclaré à sa bien-aimée qu'elle est toute belle et que nulle tâche ne se trouve en elle, lui dit : « Venez du Liban, mon épouse, venez; vous serez couronnée de la tête d'Amana, de la croupe de Sanir et d'Hermon, des repaires des lions, des montagnes des léopards ». Il l'invite trois fois à son couronnement, soit à cause des Personnes divines qui lui ont mis le diadème sur la tête; soit pour marquer ses trois vocations : la première, à la béatitude essentielle qui lui a été conférée au moment de la séparation de son âme d'avec son corps; la seconde, à sa résurrection par la réunion de ces deux excellentes parties; la troisième, à la béatitude consommée où elle est entrée par cette résurrection et par son Assomption en corps et en âme dans le ciel: soit enfin pour signifier les trois titres qui l'ont rendue digne d'être couronnée, et les trois couronnes qui lui étaient dues, dont nous parlerons tout à l'heure. On peut encore ajouter qu'il répète trois fois : *Venez*, pour représenter son empressement de glorifier cette Épouse, et de la combler du plus grand honneur dont une pure créature soit capable. Il lui dit deux fois : *Venez du Liban*, qui signifie blancheur, parce que sa vie mortelle, qui est le terme d'où il l'appelle, avait été souverainement pure et immaculée, tant selon l'esprit que selon la chair, et que nulle souillure, ni corporelle, ni spirituelle, ne s'était trouvée en elle. Il l'assure qu'elle sera couronnée

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de la tête d'Amana et de la croupe de Samir et d'Hermon, trois montagnes qui représentent les trois hiérarchies célestes et les trois Ordres des Saints entre les hommes, c'est-à-dire, les Vierges, les Mariés et les Continents, parce qu'elle devait être couronnée comme renfermant en elle les perfectionnements de tous les Saints. Il lui déclare enfin qu'elle sera encore couronnée des repaires des lions et des montagnes des léopards, soit à cause des victoires qu'elle a remportées sur les démons et sur les impies figurés par ces animaux, soit à cause des grands pécheurs qu'elle a conquis à Dieu, et dont elle a mérité la conversion.

Saint Jean, dans son Apocalypse, chap. XII, nous décrit ainsi ce couronnement : « Un grand signe », dit-il, « me fut montré dans le ciel : c'était une femme revêtue du soleil, qui avait la lune sous ses pieds, et portait sur sa tête une couronne de douze étoiles ». Cette femme, sans doute, est Marie, comme l'expliquent saint Bernard et les autres Pères et Docteurs de l'Église. Elle est revêtue du soleil, parce qu'ayant revêtu de sa propre chair le soleil de justice, qui est la sagesse éternelle de Dieu, ce soleil, en récompense, l'a revêtue de son esprit et de sa gloire; ou plutôt il s'est fait lui-même sa gloire, suivant ce qui est écrit : « Qu'un fils recommandable par sa sagesse est la gloire de ses parents ». Elle a la lune, c'est-à-dire l'inconstance, sous ses pieds, parce qu'elle est dans l'état d'une immutabilité bienheureuse, ayant, dès à présent, tout le comble d'honneur qui lui est dû, et n'attendant plus rien pour sa consommation et son entière perfection. Elle porte sur sa tête une couronne de douze étoiles, parce qu'ayant possédé sur la terre toutes les vertus dans le degré le plus héroïque, elle en a maintenant la récompense, et qu'elle est ornée de tous les douaires dont un bienheureux puisse être orné, lesquels sont signifiés par ce nombre de douze qui est un nombre de perfection.

On ne peut donc pas douter du couronnement de notre Reine au moment de son exaltation dans le ciel. Mais, pour le mieux comprendre, il faut savoir que la couronne est un ornement de figure ronde que l'on met sur la tête d'une personne pour marquer son excellence et ses mérites. Sa forme et le lieu où on la met contribuent à cette fin, parce que le cercle et le rond font la plus accomplie de toutes les figures, et que la tête ou le front est le véritable siège de la grandeur et de la majesté. Or, il y a principalement trois sortes de personnes à qui l'on donne des couronnes : 1° on en donne aux souverains et aux grands seigneurs, pour marquer la plénitude de leur autorité et de leur puissance; ainsi, il y a des couronnes impériales, des couronnes royales, et des couronnes de duc, de marquis et de comte; 2° on en donne aux victorieux, pour marquer l'excellence de leur talent, de leur ouvrage; ainsi les Grecs couronnaient les poètes et les orateurs qui avaient emporté le dessus dans quelque combat d'esprit; et, parmi les Romains, il y avait six sortes de couronnes pour les vainqueurs : une appelée *triumphalis*, pour les généraux d'armée qui avaient gagné une grande bataille; une autre appelée *ovalis*, pour ceux qui avaient emporté une moindre victoire, et d'autres pour ceux qui avaient les premiers ou forcé le camp des ennemis, ou sauté dans leurs vaisseaux, ou monté à la brèche, ou bien qui avaient fait lever le siège d'une ville; 3° enfin, on donne des couronnes aux époux le jour de leurs noces, pour marquer la perfection de leur joie et l'accomplissement de leurs désirs; ainsi, sainte Agnès disait que « Jésus-Christ l'avait ornée d'une couronne, parce qu'elle avait l'honneur d'être son épouse ». Marie, notre auguste Princesse, a mérité par ses trois titres d'être couronnée, et comme souveraine, parce qu'elle est

la Reine et l'Impératrice du monde : *Imperatrix angelorum et hominum universalis*, dit Geoffroy de Vendôme, et que cette qualité lui appartient : 1° parce qu'elle est la Fille par excellence et la première héritière du Très-Haut; 2° parce qu'elle est la Mère du Verbe qui l'a associée à toutes ses grandeurs; 3° parce qu'elle est l'Épouse du Saint-Esprit, et même, selon la manière de parler de saint Épiphane, l'Épouse de la très-sainte Trinité : *Sponsa Trinitatis*. Elle a été couronnée comme victorieuse, parce qu'elle est, à elle seule, une armée tout entière rangée en bataille, et qu'elle a gagné des victoires sans nombre sur le démon et sur le monde: ce qui la fait appeler par saint Laurent Justinien : *Terror diaboli* : « La terreur du démon »; par Sophrone ou l'auteur du sermon de l'Assomption : *Interemptrix universa hæreticæ pravitatis* : « Celle qui a exterminé toute la malice des hérétiques »; et par saint André de Crète : *Propugnaculum fidei Christianorum* : « Le Rempart de la foi des chrétiens ». Enfin, elle a été couronnée comme Épouse, parce que le jour de l'Assomption a été proprement le jour de ses noces. Elle avait déjà la qualité d'Épouse du Saint-Esprit, comme nous venons de le dire, et c'est par le Saint-Esprit qu'elle avait conçu le Verbe incarné, et qu'elle était devenue mère d'une infinité d'enfants adoptifs; mais la solennité de ses épousailles n'était pas encore faite, il fallait qu'elle se fît dans le ciel, afin que tous les Bienheureux eussent part à une si grande fête, et, par conséquent, il fallait qu'auparavant elle y eût été reçue en triomphe. Ce fut donc après cette réception que le Père éternel fit des noces solennelles à sa Fille : *Fecit nuptias Filiæ suæ*, et ce fut pour lors qu'elle fut couronnée en qualité d'Épouse. Ainsi, si vous nous demandez quelles sont les trois couronnes de Marie, nous vous dirons que ces trois couronnes sont l'Impériale, la Triomphale et la Nuptiale : l'Impériale, pour honorer sa puissance et sa souveraineté universelle; la Triomphale, pour reconnaître ses victoires et les conquêtes qu'elle a faites sur le péché et sur le démon; la Nuptiale, pour solenniser ses épousailles et l'union éternelle qu'elle a avec toute la très-sainte Trinité.

Le Révérend Père Poiré, dans son savant livre de la Triple couronne de la Mère de Dieu, explique autrement ces trois couronnes, mais d'une manière, néanmoins, qui revient à ce que nous venons de dire : « La première est une couronne d'excellence, qui comprend douze perfections dont cette adorable Vierge a été douée; la seconde, une couronne de puissance qui renferme douze prérogatives du grand pouvoir qui lui a été donné; la troisième, une couronne de bonté qui contient douze manières dont elle assiste les siens, et dont elle procure leur salut et leur bonheur éternel : de sorte qu'elle est trois fois couronnée de douze étoiles. Elle l'est, premièrement, pour sa dignité souveraine et pour une infinité de dons, de grâces et de vertus qui l'accompagnent. Elle l'est, en second lieu, pour son pouvoir absolu et universel, et pour un grand nombre de droits et de privilèges qui naissent de ce pouvoir. Elle l'est, en troisième lieu, pour sa bonté incomparable, et pour les traits et les opérations amoureuses de cette bonté ». D'autres encore, par ces trois couronnes auxquelles son Époux l'invite, dans le Cantique des cantiques, entendent les trois auréoles : du Martyre, du Doctorat et de la Virginité. En effet, on ne peut douter qu'elle ne les ait reçues toutes d'une manière très-éminente : celle du Martyre, puisqu'elle a plus souffert au pied de la Croix que tous les autres Martyrs; celle du Doctorat, puisqu'elle est légitimement appelée, par l'abbé Rupert, la Maîtresse des maîtres, et par saint Augustin, la Maîtresse de toutes les nations: celle de la Virginité, puisque toute l'Église la reconnaît

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pour la Vierge des vierges, qui n'a jamais eu et n'aura jamais de semblable.

On peut demander de quelle nature sont ces couronnes. Nous répondons, en un mot, qu'elles sont et corporelles et spirituelles : elles sont corporelles, parce qu'on ne peut point douter que le vénérable front de la Vierge n'ait été environné de rayons d'une splendeur inestimable, et qui donnent, eux seuls, plus d'éclat au ciel, que n'en donnent ensemble tous les corps des autres Saints après la résurrection; ce qui fait dire à saint Anselme que le jour de l'Assomption a rempli le ciel et tout ce qui est dans le ciel, d'une gloire nouvelle et ineffable : *Nova et ineffabilis gloria decoravit*. Elles sont aussi spirituelles, parce que Dieu a donné à l'âme de cette très-pure Vierge, outre la gloire essentielle dont nous avons parlé, une plénitude de gloire accidentelle, c'est-à-dire de lumière, de joie et de délices, qui passent toutes les conceptions, et que nous pouvons justement appeler des couronnes. Il la fit reconnaître en même temps de tout ce qu'il y avait d'anges et d'hommes bienheureux, pour leur Dame et leur Souveraine après lui, pour la Gouvernante du monde, pour la Trésorière et la Dispensatrice de ses grâces, pour le grand Instrument de ses merveilles, et même, selon la manière de parler de saint Éphrem, pour leur propre couronne.

Il est aisé de conclure de tout ce qui a été dit, combien la sainte Vierge a de pouvoir pour nous secourir, et combien nous dépendons de son assistance et de sa protection pour surmonter les difficultés de notre pèlerinage, et pour arriver sûrement au port du salut où nous aspirons. Les saints Pères nous disent des merveilles sur ce sujet: outre les belles épithètes comprises dans les Litanies, saint Épiphane l'appelle la confiance des chrétiens; saint Bernard, tout le sujet de notre espérance; Richard de Saint-Laurent, le cou de l'Église par où toutes les faveurs de Jésus-Christ doivent passer pour couler dans ses membres; l'Hymne des Grecs, notre mur, notre soutien et notre invincible défense; saint Germain de Constantinople, le flambeau qui éclaire nos ténèbres, la rosée qui éteint nos convoitises, le conseil qui dissipe nos doutes, la médecine qui guérit nos plaies, le lénitif qui apaise nos douleurs, la consolation qui dessèche nos larmes et le trésor qui remédie efficacement à notre pauvreté; enfin, saint Pierre Damien et d'autres Pères, l'échelle céleste par laquelle Dieu est descendu du ciel, et saint Éphrem, le port assuré de ceux qui étaient en danger de faire naufrage. C'est encore dans ce même sentiment que le même saint Bernard nous adresse ces paroles pleines de piété et d'onction : « Si les vents des tentations viennent à s'élever contre vous, si vous vous trouvez au milieu des écueils et des rochers des tribulations, regardez cette Étoile, implorez le secours de Marie. Si vous êtes agité des flots de l'orgueil, de l'ambition, de l'envie et de la détraction, tournez-vous vers cette Étoile, invoquez le nom de Marie. Si la colère, l'avarice et l'incontinence ébranlent le vaisseau de votre âme, jetez les yeux sur cette Étoile et criez : Marie ! Si, étant troublé par la grandeur de vos crimes, étonné par l'état misérable de votre conscience, effrayé de la sévérité des jugements de Dieu, vous commencez à entrer dans une mélancolie noire et dans l'abîme du désespoir, pensez au plus tôt à Marie. Dans les dangers, dans les troubles, dans les détresses, dans les plus grandes extrémités, souvenez-vous de Marie, demandez la protection de Marie. Que son nom ne sorte point de votre bouche, que son souvenir ne sorte point de votre cœur; et, pour obtenir le suffrage de ses prières, ne cessez aussi jamais d'imiter ses exemples. En la suivant, vous ne vous égarerez point; en la priant, vous serez hors de danger du désespoir; en pensant à elle, vous ne tomberez point dans l'erreur; si elle a la bonté de vous soutenir, vous ne ferez point de

mauvais pas; si elle vous honore de sa protection, vous n'aurez aucun sujet de crainte; si elle prend la peine de vous conduire, vous marcherez sans sollicitude; et, si elle veut bien vous être propice, vous arriverez heureusement au terme du salut et vous éprouverez avec combien de raison on lui a donné le nom de Marie ». C'est en vertu de cette prérogative que saint Germain, patriarche de Constantinople, que nous venons de citer, lui parle de cette sorte : « Personne n'est sauvé que par vous, ô très-sainte Vierge; personne n'est exempt de mal que par vous, ô Vierge très-pure; personne ne reçoit de dons célestes que de vos mains, ô Vierge très-chaste; Dieu ne fait miséricorde à personne que par votre moyen, ô Vierge! Mère d'éternelle bénédiction!»

C'est donc Marie qui est notre Avocate et notre Médiatrice auprès de son Fils; mais une avocate qui a toutes les qualités que l'on peut souhaiter pour se bien acquitter de cette fonction, nous voulons dire le Crédit, l'Industrie et la Bonté; le crédit, puisqu'elle est Mère de notre Juge, et que, pour le fléchir, elle lui peut représenter les entrailles qui l'ont porté, les mamelles qui l'ont allaité, les bras et les mains qui l'ont soutenu, et surtout le cœur qui l'a toujours aimé avec une tendresse infinie; l'industrie, puisque l'Écriture, selon l'application de l'Église, lui donne le nom de Sagesse, et nous assure que le conseil et la prudence sont toujours avec elle; la bonté, puisqu'elle est aussi notre Mère et qu'elle a pour nous des entrailles de miséricorde dont la douceur ne peut être comprise: « Vous avez », nous dit encore saint Bernard, « un grand avocat auprès du Père éternel, qui est Jésus-Christ, son Fils unique; il vous écoutera assurément, et il sera écouté; mais si l'éclat de sa majesté divine vous éblouit et vous empêche de vous jeter à ses pieds, vous avez aussi une puissante Avocate auprès de lui, qui est Marie: adressez-vous à elle, elle vous exaucera et elle sera sans doute exaucée. C'est là », ajoute-t-il, « l'échelle des pêcheurs, c'est tout le fond de notre espérance. Jésus auprès de son Père, Marie auprès de Jésus; car, Jésus ne peut être rebuté de son Père, et Marie ne peut être rebutée de Jésus ». Mais si Marie est une si bonne et si puissante Avocate des fidèles, c'est particulièrement au moment de leur mort qu'elle leur fait paraître sa miséricorde et son assistance: et, de fait, Notre-Seigneur, en récompense de l'acceptation qu'elle a faite de la mort, qu'elle n'avait nullement méritée, lui a donné un pouvoir singulier pour secourir les chrétiens à cette dernière heure. Ce qui fait que l'Église, à la fin de la Salutation angélique, lui dit ces paroles: « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pêcheurs, maintenant et à l'heure de notre mort ». Et dans l'hymne *Memento* : « Marie, pleine de grâce, Mère de miséricorde, défendez-nous de l'ennemi et recevez-nous à l'heure de la mort ».

Il faut maintenant marquer comment nous devons honorer ses mérites et son excellence incomparable, et reconnaître les faveurs inestimables que nous avons reçues et que nous recevons tous les jours par son moyen. Le révérend Père Poiré, au quatrième traité de sa Triple couronne, rapporte douze manières différentes de témoigner notre reconnaissance: la première, est d'avoir une haute estime de cette divine Mère, de la regarder comme la première de toutes les créatures et comme le grand chef-d'œuvre des mains du Tout-Puissant, et de conserver toujours un profond respect pour ses dons, ses prérogatives et ses vertus; la seconde, d'avoir une ferme confiance en son secours, de recourir à elle dans toutes sortes de difficultés, de se reposer sur sa protection, sans inquiétude dans les affaires les plus épineuses, et de ne rien entreprendre que sous sa conduite et dans l'espé-

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rance de sa protection; la troisième, de l'aimer d'un amour cordial et constant, de se plaire à converser et à traiter avec elle, de se réjouir de ses perfections et de son bonheur, et d'étendre cet amour sur tout ce qui lui appartient; la quatrième, de pratiquer les actions que l'on croit lui être plus agréables, dans la vue de lui plaire: telles que celles d'assister les pauvres, de visiter les malades, de consoler les affligés, de corriger les pécheurs et de travailler à la conquête des âmes; la cinquième, de la remercier de ses bienfaits et d'inviter les autres à l'en remercier, de lui attribuer les bons succès que l'on a eus dans ses affaires et de faire que les autres les lui attribuent; la sixième, de publier partout ses mérites et ses louanges, de les faire connaître aux pauvres et aux ignorants, d'engager autant qu'on peut de monde à son service et de détourner de toutes ses forces tout ce qui peut être contraire à sa gloire; la septième, de l'honorer intérieurement et extérieurement, de lui rendre le culte que nous appelons d'hyperdulie; de vénérer ses reliques et ses images, de célébrer dévotement ses fêtes, de lui dresser des églises et des oratoires, ou de contribuer à leur ornement, et de visiter les lieux qui lui sont particulièrement dédiés; la huitième, de lui être singulièrement dévot, soit en communiant souvent, pour remercier Dieu des grâces qu'il lui a faites, soit en récitant assidûment la Salutation angélique, ou le petit Office, le Rosaire, la Couronne et d'autres oraisons composées en son honneur; la neuvième, de faire diverses mortifications aux jours que l'Église a particulièrement désignés pour solenniser sa mémoire, comme de jeûner, de porter le cilice, de coucher sur la dure, de s'abstenir du jeu et de la promenade, et de vivre dans une plus grande retraite; la dixième, d'imiter ses admirables vertus, surtout sa foi, sa confiance en Dieu, son humilité, sa patience, sa douceur, sa pureté angélique et sa charité toute divine; la onzième, d'entrer dans les associations et les confréries établies sous son nom, telles que celles du Rosaire, du Scapulaire et de la Pureté; la douzième, de travailler continuellement à amplifier son culte et à étendre les respects et les adorations qui lui sont rendus. Il faudrait encore un nouveau discours pour rapporter les grâces qui ont été obtenues par ces pratiques, et les miracles que la glorieuse Vierge a faits de tous côtés en faveur de ceux qui s'y sont rendus fidèles. On pourra les voir dans les livres qui ont traité exprès cette matière, outre qu'on en trouvera une grande partie dans la Vie des Saints que nous donnons dans cet ouvrage. Ainsi, après avoir satisfait aux huit points que nous nous étions proposés au commencement de ce discours, il nous reste à dire deux mots de l'institution de la fête d'aujourd'hui, qui est la plus solennelle de toutes les fêtes de Notre-Dame.

Il y a beaucoup d'apparence qu'elle n'était pas encore instituée au temps de l'empereur Marcien et de l'impératrice Pulchérie, puisqu'ayant érigé un temple à Constantinople en l'honneur de Notre-Dame, ils prièrent le patriarche de Jérusalem de leur faire avoir son corps pour enrichir et ennoblir cette basilique. Mais, depuis ce temps-là, elle commença à s'établir et à s'étendre en divers lieux, tant dans l'Église latine que dans l'Église grecque. Nous avons déjà remarqué qu'il en est fait mention dans l'Ordo romain, que quelques auteurs font plus ancien que la seconde race de nos rois, de même que dans le Bénédictional et le Sacramentaire de saint Grégoire, qui vivait à la fin du VIe siècle. On croit, il est vrai, que, dans ce dernier, l'office de l'Assomption a été ajouté; mais il est constant que cette addition est plus ancienne que Louis le Débonnaire, fils de Charlemagne, puisque l'abbé Grimolde, qui vivait en ce temps-là, a fait le premier cette

remarque. Nous trouvons aussi cette fête dans les Règles de saint Chrodegand, évêque de Metz, sous Pépin le Bref, dans les Capitulaires du roi et empereur Charlemagne, et dans les ordonnances du concile de Mayence, célébré en 813. Elle était vigile et octave dès le temps du pape Nicolas Ier, en 858, et Sigebert, dans sa Chronique, remarque que cette octave avait été ordonnée à Rome par le pape Léon IV, bien que peut-être avant ce temps on la célébrât déjà en d'autres lieux. Saint Bernard, dans son Épître CXXIV aux chanoines de Lyon, dit qu'il avait reçu cette solennité de l'ancienne institution de l'Église: et saint Pierre de Cluny, son contemporain, rapporte que les flambeaux que les Romains offraient la veille de ce jour, quoiqu'ils brûlassent toute la nuit et jusqu'à la messe solennelle du lendemain, ne diminuaient point néanmoins et ne perdaient rien de leur poids.

Il paraît, par ce que nous venons de dire, que la fête de l'Assomption est, depuis longtemps, très-célèbre par toute la France; mais le roi Louis XIII la rendit encore plus célèbre, en 1638, par l'offrande solennelle qu'il fit de sa personne et de son royaume à la glorieuse Vierge, Mère de Dieu, pour la remercier de toutes les faveurs qu'il avait reçues de sa bonté, et pour obtenir, par son intercession, un dauphin à la France, qui a été son fils Louis XIV. On fit pour cela des processions fort augustes dans toutes les églises du royaume; et, parce que Sa Majesté se trouva pour lors à Abbeville, elle fit sa communion et assista à la procession, aux Vêpres et au sermon, dans l'église des Minimes de cette ville. Ces processions se continuent encore tous les ans en beaucoup d'endroits, comme de toute antiquité; selon la remarque de l'Ordo romain, on en faisait une à Rome qui s'arrêtait à Saint-Adrien, et allait ensuite à Sainte-Marie-Majeure.

Le sépulcre de la Vierge était au bourg de Gethsémani, dans la vallée de Josaphat. Mais, sous les empereurs Vespasien et Tite, ce lieu fut tellement désolé par les armées de ces princes, qui prirent Jérusalem, que les fidèles ne purent plus reconnaître où il était. C'est pourquoi saint Jérôme, qui fait mention des tombeaux des patriarches et des prophètes qui furent visités par sainte Paule et sainte Eustochie, ne parle nullement de celui de la Vierge. Depuis, néanmoins, il a été découvert par permission divine. Burchard assure qu'il l'avait vu, mais si chargé des ruines des autres édifices, qu'il y fallait descendre par soixante degrés. Bède écrit qu'on le montrait vide de son temps. Maintenant on le fait voir aux pèlerins de la Terre-Sainte, entaillé dans un roc.

Il s'est imprimé à Paris, en 1670, deux excellentes apologies en faveur de l'Assomption de la Sainte Vierge en corps et en âme dans le ciel; l'une, de Lavoce, docteur de Sorbonne, alors chanoine de l'église cathédrale de cette ville, et depuis évêque de Boulogne-sur-Mer; et l'autre, de Gaudin, aussi docteur de Sorbonne, chanoine et official de la même église. On y trouve toutes les preuves de cette vérité, qui est surtout appuyée sur le commun conventement de l'Église et des fidèles.

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Événements marquants

  • Survie de 23 ans après l'Ascension du Christ
  • Annonce de sa mort par l'ange Gabriel
  • Réunion miraculeuse des Apôtres à son chevet
  • Décès par 'véhémence du pur amour' à Jérusalem
  • Sépulture à Gethsémani
  • Résurrection et Assomption en corps et en âme après trois jours

Miracles

  • Guérisons multiples lors du passage de son convoi funèbre
  • Mains d'un prêtre juif tranchées puis recollées après avoir profané le brancard
  • Tombeau trouvé vide et rempli d'une odeur suave trois jours après l'inhumation
  • Lumière aveuglante empêchant de laver son corps sacré

Citations

Quam etsi pro conditione carnis migrasse cognoscimus

— Oraison secrète de la messe de l'Assomption

In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum

— Dernières paroles de Marie selon le texte

Date de fête

15 aout

Époque

1ᵉʳ siècle

Décès

Cinquante-septième année du Sauveur, soixante-douzième année de son âge (naturelle)

Catégories

Invoqué(e) pour

assistance à l'heure de la mort, protection contre les tentations, conversion des pécheurs, guérison des malades

Autres formes du nom

  • Auguste Reine de l'univers (fr)
  • Arche d'alliance (fr)
  • Miroir sans tache (fr)

Prénoms dérivés

Marie

Famille

  • Jésus-Christ (fils)
  • Adam (ancêtre)