Bienheureuse Catherine de Cardone

Recluse Carmélite

16ᵉ siècle • bienheureuse

Résumé

Issue de l'illustre maison des ducs de Cardone, Catherine fuit la cour d'Espagne pour vivre vingt ans en ermite dans une grotte près de Roda. Déguisée en homme pour préserver sa solitude, elle finit ses jours en 1577 comme recluse chez les Carmes après que son identité fut révélée par un livre d'heures.

Biographie

LA B. CATHERINE DE CARDONE, RECLUSE CARMÉLITE (1577).

Non loin de la petite ville de Roda, en Espagne, on voyait, au commencement du XVIe siècle, un couvent des Pères de la Merci, ces religieux dont la vie se consumait à soulager ou à racheter les chrétiens captifs chez les Infidèles. Les habitants des campagnes environnantes affluaient les dimanches à l'église du monastère, et ils y remarquaient un ermite dont le recueillement et la ferveur édifiaient tout le monde. Nul cependant ne le connaissait, nul ne savait le lieu de sa demeure. Ce mystérieux personnage éveillait et piquait la curiosité : on se mit à épier ses pas au sortir de l'église. Il s'en aperçut bientôt, et il se mit à rester si longtemps en prières qu'il finissait par lasser la patience des curieux. Parfois néanmoins les plus intrépides attendaient, les plus rusés se cachaient ; mais l'ermite prenait tantôt un chemin, tantôt un autre. Il marchait d'ailleurs si vite qu'on ne pouvait le suivre ; ou bien on le perdait de vue dans les sentiers qui s'entrecroisaient, dans les épais fourrés, dans les taillis, dans les buissons d'épines où il ne craignait pas de se perdre, quoique les pieds nus et souvent ensanglantés. Là-dessus, toutes sortes de conjectures et toutes sortes de commentaires circulaient dans la foule.

La demeure du pauvre ermite n'était pourtant qu'à une demi-lieue du couvent : c'était une espèce de grotte creusée par la nature dans un rocher, au milieu d'épais halliers d'épines et de broussailles, et dont l'entrée était fermée par une clef en genêts. Le solitaire s'y tenait caché et s'y livrait aux plus rudes exercices de la pénitence, n'ayant pour toute nourriture que des racines, des herbes, des fruits sauvages et un peu d'eau puisée à un petit ruisseau de la forêt. Là, ses jours et ses nuits se passaient à louer le Seigneur, à le prier, à méditer ses grandeurs et son amour, et à implorer sa miséricorde sur un monde rempli de péchés et de corruption. Ne faut-il pas à un tel monde des paratonnerres pour détourner les foudres de la justice divine ?

Un berger, poursuivant un jour quelques chèvres vagabondes sur les rochers, vint à découvrir la grotte du pieux solitaire, qui supplia, pour l'amour de Dieu, son visiteur de ne faire connaître son asile à personne. « Je ne saurais vous promettre cela, mon père », dit le berger ; « je sers un maître qui est un bon chrétien, et qui désire depuis longtemps savoir où vous demeurez. Il sera heureux et ravi de vous connaître : il donne à tant d'autres qui ne vous valent pas. Vous manquez de tout, et il ne vous laissera manquer de rien ». L'ermite eut beau se défendre : il lui fallut accepter tout d'abord une part du pain que ce bon paysan avait pris pour sa journée, et recevoir ensuite ce que son maître lui envoya.

Ce ne fut point le plus désagréable de la découverte. On ne garda point le secret, et bientôt la grotte du pieux solitaire fut connue de tout le monde. Il y eut une affluence considérable : tous voulaient voir cet homme de Dieu, cet ange de la solitude, cette merveille de la pénitence. On vint de toutes parts consulter l'ami du Seigneur, s'édifier de ses vertus, et lui demander le secours de ses prières.

Un jour que le solitaire était absent, — pour aller à l'église sans doute, — un curieux pénétra dans la grotte pour la visiter et en examiner le mobilier. Un crucifix, et parmi des instruments de pénitence, un livre d'heures, ce fut tout ce qu'il rencontra. Ce livre ne manqua pas d'être examiné ; on y trouva cette inscription : Donné à Catherine de Cardone par la princesse d'Eboli. C'était donc une femme qui habitait cette grotte, qui menait cette vie austère, et cette femme était de la famille des ducs de Cardone, de l'une des maisons les plus illustres de l'Espagne.

Dès l'âge de huit ans, Catherine s'était sentie portée à la pratique des conseils évangéliques. Mais, loin de la seconder, ses parents songèrent à la marier, aussitôt qu'elle fut nubile. L'humble jeune fille se soumit en vraie victime de l'obéissance filiale et on prépara tout pour les noces. Mais Dieu, qui lisait dans le fond de son cœur, la délivra des mains de ceux qui violaient sa liberté : le noble jeune homme qu'on lui destinait pour époux, mourut dans l'intervalle. Après cette catastrophe, personne ne s'étonna de la voir entrer chez les Franciscaines. Sa famille la retira bientôt de ce pieux asile pour la conduire à la cour d'Espagne où elle fut successivement dame d'honneur de la princesse de Salerne et de la princesse d'Eboli. Mais son âme éprouvait dans ce milieu mondain des souffrances indicibles. Un matin, on trouva dans sa chambre une lettre à la princesse Eboli par laquelle Catherine remerciait cette dame de toutes ses bontés et lui annonçait sa résolution d'aller vivre dans la solitude.

Après vingt ans passés dans la caverne où nous l'avons vue au commencement de ce récit, elle reçut tant de visites importunes qu'elle céda son ermitage aux Carmes et entra dans une réclusion que ces religieux lui préparèrent près de leur couvent. Elle y vécut encore cinq ans : Catherine termina sa carrière mortelle, en 1577, à l'âge de soixante-trois ans.

D'après M. l'abbé Chapin.

Événements marquants

  • Vocation religieuse dès l'âge de huit ans
  • Projet de mariage forcé interrompu par la mort du fiancé
  • Entrée chez les Franciscaines
  • Dame d'honneur à la cour d'Espagne (Salerne et Eboli)
  • Fuite dans la solitude et vie d'ermite pendant vingt ans dans une grotte
  • Découverte de son identité par un livre d'heures
  • Entrée en réclusion chez les Carmes pour les cinq dernières années de sa vie

Citations

Donné à Catherine de Cardone par la princesse d'Eboli

— Inscription dans son livre d'heures