L'Attente des Couches de Notre-Dame
Mère de Dieu
Résumé
Instituée au Xe concile de Tolède en 654, cette fête célèbre l'attente de l'accouchement de la Vierge Marie huit jours avant Noël. Elle permet de solenniser l'Annonciation et l'Incarnation, souvent occultées par le Carême ou Pâques en mars. Elle est marquée par le chant des antiennes 'O' invoquant la Sagesse éternelle.
Biographie
FÊTE DE L'ATTENTE DES COUCHES DE NOTRE-DAME
Instituée en 654. — Pape : Saint Eugène Ier. — Roi de France : Clovis II.
*Ipse erit expectatio gentium.* *Les nations attendront avec impatience leur libérateur.* *Genèse, XIX, 10.*
Cette fête fut établie en ce jour au Xe concile de Tolède, tenu en 654, au temps du roi Recheswind et de saint Eugène III, évêque de ce siège, en l'honneur de l'Annonciation de Notre-Dame et du mystère de l'Incarnation du Verbe divin, parce que le 25 mars, où ces mystères ont été accomplis, venant ordinairement en Carême ou dans la solennité de Pâques, où l'on est occupé à d'autres cérémonies, on ne pouvait pas les célébrer avec toute l'application qui leur est due. C'est ainsi qu'en parle ce Concile dans un décret rapporté par Garcias de Loaysa, Ambroise, Moralès, François Padilla et Jean Tamayo Salazar, dans son martyrologe des Saints d'Espagne. Saint Ildefonse, successeur d'Eugène, confirma cet établissement et ordonna que cette fête serait appelée l'Attente de l'accouchement de Notre-Dame, parce qu'elle devait se faire huit jours avant son adorable enfantement. Elle est devenue fort célèbre dans toutes les églises d'Espagne, et on lui a donné aussi le nom de Notre-Dame de l'O, parce que c'est en ce jour, aux premières Vêpres, que l'on commence à chanter ces célèbres antiennes que l'on appelle les O, pour inviter la Sagesse éternelle à venir sur la terre délivrer le genre humain, perdu et ruiné par le péché.
Au reste, on peut dire que la naissance du Verbe divin est une fête de tous les siècles, et qu'elle est aussi ancienne que la chute du premier homme; car, à peine fut-il tombé, que Dieu dit au serpent en sa présence : « Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, ta postérité et la sienne; elle te brisera la tête et tu lui dresseras des embûches au talon »; et cette parole, prononcée par la bouche de Celui qui s'appelle le Véritable et le Fidèle, fut la première assurance de notre réconciliation. Depuis ce moment, les Patriarches et les saints Pères ne firent plus qu'attendre, espérer, demander et prédire la venue du Sauveur, qui devait nous procurer un si grand bienfait; c'est de quoi toutes les Écritures de l'Ancien Testament sont remplies; c'est pour cela que le Messie est appelé tantôt le Désiré de toutes les nations, tantôt le Désir des collines éternelles. C'est pour cela que Notre-Seigneur disait à ses disciples, en saint Luc, chap. II : « Bienheureux les yeux qui voient ce que vous voyez, parce que plusieurs rois et plusieurs prophètes ont désiré le voir et ne l'ont pas vu ». Et ailleurs, il assurait aux Juifs qu'Abraham avait eu un saint empressement de voir le jour de son avènement, qu'il l'avait vu en esprit et qu'il en avait eu une joie extrême.
Dans cette attente bienheureuse et cette noble espérance, Jacob, en donnant sa bénédiction à ses enfants, prédit que le sceptre ne sortirait point de la lignée de Juda, ni la souveraineté de sa famille, que celui qui devait être envoyé ne vînt effectivement, et il ajouta ensuite : « J'attendais, Seigneur, votre salut ». Dans la même vue, lorsque Dieu voulut envoyer Moïse pour la délivrance du peuple d'Israël et pour lui donner la loi, cet humble législateur lui répondit : « Je vous prie, Seigneur, envoyez celui que vous devez envoyer ». Le Prophète-Roi dit dans un empressement semblable : « Seigneur, faites éclater votre puissance pour nous sauver, montrez votre face et nous serons délivrés. De même que le cerf altéré désire les fontaines des eaux, ainsi mon âme vous souhaite, ô mon Dieu ! » Salomon, son fils, parlant de la Sagesse éternelle qui devait se donner dans ce mystère, fait à son sujet cette prière au Père éternel : « Envoyez-la, Seigneur, je vous prie, de vos cieux qui sont saints et du siège de votre grandeur, afin qu'elle demeure et qu'elle travaille avec moi ». Et Tobie l'ancien, étant au lit de la mort, où il donnait des instructions prophétiques à son fils et ne parlait que par oracles, s'écria avec une tendresse admirable : « Mon âme, bénis le Seigneur, parce que le Seigneur, notre Dieu, a délivré Jérusalem, sa cité, de toutes ses tribulations. Oh ! que je serai heureux s'il demeure quelqu'un de ma postérité pour voir la gloire de Jérusalem ».
Ceux que nous appelons particulièrement prophètes n'ont pas témoigné moins d'empressement. « Envoyez », dit Isaïe, « envoyez cet agneau qui doit dominer sur toute la terre. Ô cieux, faites tomber votre rosée d'en haut et que la nuée pleuve le juste; que la terre s'ouvre et qu'elle fasse germer un Sauveur ! Ô Dieu, que ne rompez-vous les cieux et que ne descendez-vous au plus tôt ! que les montagnes ne coulent-elles en votre présence ! » Jérémie est dans le même sentiment. « Un roi », dit-il, « régnera, il sera rempli de sagesse et il fera jugement et justice sur la terre; et le nom qu'on lui donnera, ce sera le Seigneur, notre juge. Il est ma part et mon héritage, c'est pourquoi je l'attendrai ». Tous les autres Prophètes ont de semblables mouvements extatiques : surtout le divin Daniel, qui a mérité pour cela d'être appelé l'homme de désirs : *Vir desideriorum*. Après la captivité de Babylone, la prophétie sembla être éteinte parmi les Juifs, mais les gens de bien ne laissèrent pas de soupirer continuellement après le Messie. Témoin les jeunes Machabées avec leur sainte mère; le juste Siméon, qui attendait la rédemption d'Israël; Anne la prophétesse, qui ne sortait point du temple et y passait les jours et les nuits dans un jeûne et une oraison presque continuels; saint Joachim et sainte Anne, père et mère de la glorieuse Vierge, et Zacharie avec Elisabeth, les parents de saint Jean-Baptiste.
Que si tous les Saints de l'Ancien Testament ont désiré avec ardeur et empressement la naissance du Sauveur du monde, quels ont été les souhaits de celle qu'il avait choisie pour être sa mère, qui connaissait mieux que nul autre le besoin qu'en avait le genre humain, l'excellence infinie de sa personne et les fruits incomparables qu'il devait produire sur la terre, et dont la foi et la charité surpassaient incomparablement celles des Abraham, des Moïse, des David, des Isaïe, des Jérémie et de tous les autres Prophètes. Certes, son désir fut si grand, que nous n'avons point de paroles pour en exprimer le mérite; mais on ne peut concevoir quelle fut sa joie, lorsqu'elle vit qu'enfin ses souhaits et ceux de tous les anges et de tous les hommes étaient accomplis, et qu'ils l'étaient en elle et par elle, parce qu'elle allait mettre au monde l'espoir de toutes les nations et celui sur qui le ciel et la terre jetaient les yeux comme sur leur libérateur.
Ce sont ces grandes choses qui sont l'objet de la fête d'aujourd'hui. On les trouvera traitées plus au long dans Louis de Grenade, Louis du Pont et les autres livres de dévotion. Ce que nous en avons dit suffit pour exciter la ferveur des chrétiens en cette fête et pour les obliger à entrer dans les desseins de l'Église, lorsqu'elle chante avec tant de solennité les antiennes des Vêpres, qui sont autant de flèches ardentes et de désirs enflammés qu'elle envoie vers le ciel pour en attirer la vie et la lumière éternelle.
Cet article est du Père Giry.
Événements marquants
- Institution de la fête au Xe concile de Tolède en 654
- Confirmation de la fête par Saint Ildefonse
- Chant des grandes antiennes 'O' commençant huit jours avant Noël
Citations
Ipse erit expectatio gentium.
Ô cieux, faites tomber votre rosée d'en haut et que la nuée pleuve le juste ; que la terre s'ouvre et qu'elle fasse germer un Sauveur !