Bienheureuse Émilie Bicchieri

Vierge

Fête : 3 mai 13ᵉ siècle • bienheureuse

Résumé

Née à Verceil en 1238, Émilie Bicchieri entra au Tiers Ordre de Saint-Dominique à quatorze ans. Fondatrice et supérieure du monastère Sainte-Marguerite, elle se distingua par son humilité, ses mortifications et ses visions mystiques. Elle mourut en 1314 après une vie marquée par des miracles et une profonde dévotion à la Passion du Christ.

Biographie

LA BIENHEUREUSE ÉMILIE BICCHIERI,

DU TIERS ORDRE DE SAINT-DOMINIQUE

Ô charmante fleur de virginité, qui dès vos tendres années avez brillé dans le jardin de Dieu à l'égal d'un lis ; vous dont l'âme habitait déjà le ciel, pendant que votre corps était encore enchaîné à la terre, faites-moi la grâce de marcher sur vos saintes traces.

Vie de la bienheureuse, par la sœur Mathilde. Apud Boland.

Émilie naquit le 3 mai 1238, à Verceil, de Pierre Bicchieri et d'Alésia Borromée, aussi distingués par leur naissance que par leur fortune. Elle était la quatrième de sept sœurs que Dieu donna à ses parents. Toutes se marièrent avantageusement : seule Émilie devait suivre une voie qui est d'ailleurs celle de l'exception. Dès ses jeunes années elle se montra douée d'heureuses qualités que développa une éducation chrétienne. Elle se distingua de bonne heure par une tendre dévotion à l'égard de la sainte Vierge, et sa mère étant morte, elle pria Marie de lui servir de mère. On la vit s'appliquer dès son enfance à la pratique de la mortification et du silence. Elle parlait peu afin d'avoir plus de temps à consacrer avec Dieu. À des oraisons fréquentes elle joignait le jeûne et la pratique du renoncement et de la charité. Elle aimait ardemment les pauvres et mettait en œuvre, afin de les soulager, tous les moyens qui étaient en son pouvoir. Bicchieri était fier de sa fille, et cherchait à lui procurer un établissement avantageux, mais cela n'entrait pas dans les desseins d'Émilie qui voulait se consacrer à Dieu. Âgée seulement de quatorze ans, elle va trouver son père, se jette à ses pieds et le conjure de la laisser entrer en religion. Le père surpris refuse d'abord son consentement, et puis vaincu par ses sollicitations, lui accorde ce qu'elle demande.

3 MAI.

Dès lors se regardant comme séparée du monde et consacrée à Dieu, elle se mit à mener dans la maison de son père la vie d'une véritable religieuse. Son choix n'était pas encore fixé. Elle se décida plus tard pour l'Ordre de Saint-Dominique, et son père lui ayant fait bâtir un monastère, elle y entra avec plusieurs compagnes qui étaient venues se ranger sous sa conduite. Après un an de noviciat, elle prenait l'habit du Tiers Ordre de Saint-Dominique et cessait toute relation avec le dehors, ne voulant plus recevoir que son père : malheureusement elle le perdit peu de temps après, et malgré sa douleur profonde, montra une grande résignation à la volonté de Dieu.

Ses compagnes la choisirent pour leur supérieure et n'eurent pas à s'en repentir, tant elle leur montra de tendresse et d'affection. Remplie d'une profonde humilité, elle partageait avec ses filles les travaux les plus vils et les plus abjects de la maison. Elle tenait beaucoup à l'exacte observance de la règle et au respect envers les supérieurs ecclésiastiques : elle regardait son confesseur comme l'interprète des volontés de Dieu sur elle et ses filles. Connaissant à fond chacune de ses sœurs, elle les traitait d'après le degré de perfection auquel elles étaient parvenues. Mais il est une chose qu'elle demandait à toutes indistinctement : la pureté d'intention. Elle voulait aussi qu'elles eussent pour but en toutes leurs actions la gloire de Dieu. Elle mettait tous ses soins à entretenir en elles une parfaite charité. Elle avait pour cela établi une coutume touchante au milieu de sa communauté : la veille des fêtes, chaque religieuse se mettait à genoux devant ses compagnes, et leur demandait pardon des mauvais exemples qu'elle leur avait donnés et des peines qu'elle leur avait causées.

Les constitutions du monastère de Sainte-Marguerite (tel était le nom de cette nouvelle fondation), portaient que les jours de jeûne on ne pouvait pas même boire de l'eau en dehors des repas, sans la permission de la supérieure. Celle-ci, qui était fort versée dans la connaissance des voies spirituelles, quelquefois la refusait, quelquefois l'accordait. Elle ne manquait jamais de dire qu'une mortification, une abstinence qu'on s'impose par pure obéissance est du plus grand profit pour la vie éternelle. Elle enseignait aussi à offrir cette mortification à Jésus-Christ, en mémoire de la soif qu'il éprouva sur la croix. Elle allait jusqu'à supplier ses religieuses de vouloir bien réserver ce soulagement pour l'autre monde, de le déposer entre les mains de leur ange gardien, afin qu'il l'appliquât au rafraîchissement de leurs âmes lorsqu'elles seraient en purgatoire. Un exemple vint prouver l'efficacité, le mérite de cette excellente pratique. Sœur Cécile Marguerite Avogadro de Quinto se montra à mère Émilie trois jours après sa mort. Or, la mère Émilie avait quelquefois refusé à cette sœur la permission de boire : quelque pénible que fût ce refus, selon les instructions de la supérieure, sœur Cécile offrait sa mortification à Jésus crucifié. Mais à peine était-elle morte, que son ange gardien se montrant à elle au travers des flammes du purgatoire, il les éteignit presqu'entièrement à l'aide de l'eau dont elle s'était privée sur la terre. Elle resta trois jours seulement dans le lieu d'expiation, à cause de l'affection trop charnelle qu'elle avait eue pour sa propre mère : cette tache effacée, elle en fut aussitôt tirée à cause des mortifications qu'elle avait pratiquées par obéissance.

Ses filles n'étaient pas seules l'objet de sa charité ; elle s'occupait également des pauvres et des affligés. Mais autant elle était douce et charitable envers les autres, autant elle était sévère envers elle-même, ne vivant que de privations. Dieu récompensait tant de vertus par des faveurs extraordinaires. Un jour de fête que sa charité l'avait retenue près d'une sœur malade, pendant que toutes ses sœurs participaient au banquet de l'Agneau, elle s'affligea fort d'être privée de la communion. S'étant rendue à l'église avant que l'office fût terminé, elle se prosterna devant le crucifix et se plaignit avec amour d'être ainsi privée de la nourriture céleste, qui fait germer et soutient la virginité. Aussitôt un ange descendit du ciel, lui donna la communion de ses propres mains; ce dont toutes les sœurs furent témoins. La mère Émilie fit alors entonner l'hymne d'actions de grâces, persuadée que ses religieuses devaient être bien agréables à Notre-Seigneur, pour que ce bon Maître les rendît ainsi témoins de ses aimables prévenances envers elle. Comment raconter toutes les faveurs dont Dieu la combla, soit pour son profit, soit pour celui du prochain? C'est ainsi qu'elle guérit subitement plusieurs de ses sœurs en leur donnant sa bénédiction, et arrêta un incendie en faisant le signe de la croix sur les flammes.

Mais le don des miracles ne fut pas la seule grâce spéciale que Notre-Seigneur accorda à sa servante. Elle goûtait dans la prière tant de douceurs, qu'elle se fût jour et nuit adonnée à ce pieux exercice, sans les obligations de sa charge et les devoirs de la vie commune. Elle suppléait la nuit à ce qu'elle n'avait pu faire le jour, et souvent sa prière était une extase continuelle. Or, il arriva, dans le temps que le ciel se communiquait ainsi à son âme, que le pays de Verceil était désolé par des pluies incessantes. On avait fait des prières spéciales, institué des neuvaines, le tout sans résultat. Une nuit que la bienheureuse Émilie suppliait la sainte Vierge de venir au secours de ses compatriotes, cette bonne Mère lui apparut au milieu d'un ciel pur et serein, la consola et lui enseigna une formule, une suite de prières auxquelles elle attacha une efficacité certaine pour elle et pour tous ceux qui les réciteraient contre les orages. Nous donnerons cette formule à la suite de la vie de la bienheureuse Émilie. Une autre fois qu'elle était en prières dans sa cellule, et qu'elle demandait avec supplication à la sainte Vierge de lui apprendre la manière de prier, la Reine des anges lui apparut encore et lui dit : « Ma fille bien-aimée, la douceur de tes paroles m'attire vers toi. Tu veux savoir quelle serait la prière la plus agréable à mon Fils. Eh bien! apprends que tu lui plairas beaucoup, si, rappelant à ton souvenir ses trois longues oraisons de Gethsémani, tu récites trois Pater et trois Ave; si tu lui rends grâce pour les souffrances qu'il a endurées, son agonie, la sueur du sang, et si tu pries pour ceux qui, luttant contre les dernières étreintes de la mort, sont sur le point de rendre l'âme ». À partir de ce moment, elle ne manqua pas un seul jour à cette pratique, et en retira de grandes consolations.

Elle voulut aussi savoir de Notre-Seigneur, quelle était celle des douleurs de sa passion qui avait été le plus aiguë. Ce bon Maître lui assura qu'il avait enduré la plus vive de ses souffrances, pendant les trois heures qu'il était resté suspendu à la croix. Il promit en même temps d'accorder le don des trois vertus théologales aux personnes qui, à trois heures du soir, réciteraient trois Pater et trois Ave en mémoire de sa crucifixion.

Un autre jour que la bienheureuse Émilie méditait le mystère du couronnement d'épines, elle demanda à Notre-Seigneur de lui faire éprouver ce qu'il avait enduré lui-même dans cette circonstance. Le Sauveur lui répondit par la bouche d'un crucifix, qu'elle était exaucée. Lorsqu'elle quitta la prière, elle sentit un si violent mal de tête, qu'elle fut obligée de se mettre au lit et d'y rester trois jours, au bout desquels sainte Madeleine et sainte Catherine lui apparurent et lui donnèrent à boire d'une eau qui dissipa le mal de tête et la soif ardente qui l'accompagnait.

3 MAI.

La bienheureuse Émilie tomba malade à l'âge de soixante-seize ans. Elle comprit que sa fin approchait, elle redoubla de ferveur dans la pratique de toutes les vertus et se montra un modèle accompli de résignation chrétienne. Après avoir reçu les derniers Sacrements, après avoir adressé quelques paroles à ses sœurs, les avoir toutes embrassées l'une après l'autre, elle rendit son âme à Dieu en 1314. Son corps resta huit jours exposé à la vénération des fidèles, et plusieurs infirmes qui s'en approchèrent recouvrèrent aussitôt la santé. Clément XIV approuva son culte en 1769.

Formule de prières, enseignée par la sainte Vierge à la Mère Émilie, contre la tempête et les trop grandes pluies :

1° Faire une procession dans laquelle on portera le cierge pascal, avec la croix et l'eau bénite ; bénir les quatre coins du ciel et dire à chaque bénédiction :

Crux in Deum patrem, etc. Et verbum caro factum est et habitavit in nobis. Per signum Crucis, de inimicis nostris libera nos Deus noster. + In nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti. Amen.

Par le signe de la Croix, ô notre Dieu, délivrez-nous de nos ennemis. Au nom du Père, etc.

2° Au retour de la procession, réciter les litanies de la sainte Vierge, et l'hymne :

Maria, Mater gratiæ, Mater misericordiæ, Tu nos ab hoste protege, Et mortis hora suscipe. Amen.

Marie, Mère de grâce, Mère de miséricorde, Protégez-nous contre l'ennemi, Et à l'heure de la mort, recevez-nous entre vos bras. Ainsi soit-il.]

Cf. Acta Sanctorum, t. VII de mai, nouv. édit.

Événements marquants

  • Naissance à Verceil en 1238
  • Entrée en religion à 14 ans après l'accord de son père
  • Fondation du monastère de Sainte-Marguerite par son père
  • Prise d'habit du Tiers Ordre de Saint-Dominique
  • Élection comme supérieure de sa communauté
  • Apparitions de la Vierge Marie et de Jésus
  • Mort à l'âge de 76 ans en 1314
  • Approbation du culte par Clément XIV en 1769

Miracles

  • Communion reçue des mains d'un ange
  • Guérisons subites de sœurs par sa bénédiction
  • Extinction d'un incendie par le signe de la croix
  • Cessation de pluies diluviennes par ses prières
  • Parole d'un crucifix en réponse à sa prière
  • Guérisons d'infirmes auprès de son corps après sa mort

Citations

Ma fille bien-aimée, la douceur de tes paroles m'attire vers toi.

— Paroles de la Vierge Marie rapportées dans le texte

Date de fête

3 mai

Époque

13ᵉ siècle

Décès

1314 (naturelle)

Invoqué(e) pour

contre les tempêtes et les pluies incessantes, agonisants, âmes du purgatoire

Autres formes du nom

  • Emilia Bicchieri (it)

Prénoms dérivés

Émilie

Famille

  • Pierre Bicchieri (père)
  • Alésia Borromée (mère)