Bienheureuse Marie des Anges
Carmélite Déchaussée
Résumé
Née dans la noblesse turinoise, Marie-Anne Fontanella entra au Carmel de Turin sous le nom de Marie des Anges après une enfance marquée par la piété. Mystique favorisée de dons extraordinaires, elle fut une figure centrale de la réforme carmélitaine en Italie du Nord. Elle mourut en 1717 après une vie de pénitence et de charité héroïque.
Biographie
LA BIENHEUREUSE MARIE DES ANGES,
DE L'ORDRE DES CARMÉLITES DÉCHAUSSÉES
« Je me propose de fouler aux pieds toute considération humaine et tout motif humain, et de n'agir en tout que dans le but de plaire à Dieu. »
Maxime de la Bienheureuse.
Notre Bienheureuse naquit à Turin, le 8 janvier 1661, et quatre jours après, elle reçut, sur les fonts baptismaux de la paroisse des Saints-Simon-et-Jude, avec l'onde salutaire, le nom de Marie-Anne qu'elle échangea plus tard contre celui de Marie des Anges, à son entrée dans l'Ordre de la séraphique Thérèse. Elle eut pour père Jean Donat de Fontanella, comte de Baldissero, et pour mère Marie de Tana, marquise de Santena, de la ville de Chieri en Piémont, cousine au troisième degré, du côté maternel, avec saint Louis de Gonzague. Elle fut le dernier-né des dix enfants (sept filles et trois garçons) qu'eurent ces fortunés et vertueux époux et qui se montrèrent jusqu'à la fin fidèles aux leçons et aux exemples de la maison paternelle.
Elle fit voir, dès le berceau, que Dieu l'avait prévenue de l'abondance de ses bénédictions. Obéissante jusqu'à l'abnégation d'elle-même aux moindres signes et aux moindres ordres de ses parents et de ses maîtres, pleine de déférence à l'égard de ses frères, de ses sœurs, de ses domestiques.
LA BIENHEUREUSE MARIE DES ANGES. 331
que même, elle avait pour tous ceux qui l'abordaient des attentions et des obséquiosités que d'ordinaire l'enfance ne connaît point. Comme Tobie, comme son angélique parent, elle ne fit rien de puéril à cet âge. Son plus grand plaisir était de s'entretenir le plus fréquemment possible avec l'un de ses frères des grandeurs de Dieu et des choses saintes, ou d'enseigner les obligations du chrétien à ses petites compagnes. À quatre ans, elle se désolait de ne pouvoir encore se nourrir du pain des Anges, et à six ans, afin d'imiter un Saint dont elle avait entendu lire l'histoire, elle prit la résolution généreuse de fuir dans la solitude et d'y faire pénitence jusqu'à la fin de ses jours. Ainsi qu'on le pense bien, elle fut arrêtée dans l'exécution de son dessein; mais elle fut si affligée de ce contretemps, qu'elle tomba malade au point d'avoir besoin du secours de la sainte Vierge elle-même pour revenir à la santé.
Voici ce qui se passa en cette circonstance. Les médecins ayant déclaré incurable la maladie de cette admirable enfant, la comtesse, sa mère, à la sollicitation d'un religieux franciscain, fit un vœu pour sa guérison en l'honneur de l'Immaculée Conception, et, au moment même d'une crise qui l'avait réduite à toute extrémité, elle lui fit dire : Marie, venez à mon aide. À l'instant, le mal disparut comme par enchantement : et consolée en même temps par une apparition surnaturelle de la Mère de miséricorde tenant son divin Fils entre ses bras, celle qui venait de se trouver aux portes du tombeau se leva, pleine de vie et de santé, au milieu de la joie impossible à décrire de sa famille et de ses amis.
Ce miracle fut pour elle un motif nouveau de s'exciter à la vertu et de redoubler surtout d'amour envers Notre-Seigneur Jésus-Christ et sa très-sainte Mère. Le désir ardent qu'elle avait de la divine Eucharistie s'accrut également, et il n'était sorte d'instances qu'elle ne fit, soit à son confesseur, soit à sa mère, pour être autorisée à faire sa première communion. Elle avait onze ans et huit mois, lorsque ce bonheur lui fut enfin accordé, et malgré son âge, son confesseur qui savait pertinemment que chez elle la piété avait devancé les années, lui permit dès lors de s'approcher trois fois par semaine de la Table Sainte.
Un an après, ayant été conduite par sa mère à Saluces pour y assister à la prise d'habit de l'une de ses sœurs reçue chez les Cisterciennes du monastère de Sainte-Marie de l'Étoile, elle crut l'occasion favorable pour exécuter le projet qu'elle avait formé depuis longtemps de quitter le monde. C'est pourquoi, quelques minutes avant la cérémonie, elle obtint de l'Abbesse la permission d'entrer dans le chœur, sous prétexte de voir plus facilement et plus attentivement les détails de la vêture, et quand il lui fallut quitter le couvent, elle signifia avec tant de fermeté et d'énergie à sa mère sa résolution bien arrêtée de se consacrer à Dieu dans le cloître, que cette dernière dut souscrire à son vœu et s'en retourner toute seule à Turin.
Dieu cependant ne l'appelait pas à la profession Cistercienne. Au bout d'un an, une grave indisposition la força de quitter le monastère de Saluces, au grand mécontentement des religieuses dont elle faisait l'édification, et elle revint auprès de sa mère, que la mort du comte de Baldissero, son époux, venait de rendre veuve.
Sur ces entrefaites eut lieu à Turin l'exposition solennelle du Saint Suaire, dans lequel Joseph d'Arimathie enveloppa le corps de Notre-Seigneur, à sa descente de la Croix, relique précieuse qui, après avoir été donnée, en 1148, par le grand maître des chevaliers de Rhodes au comte
16 DÉCEMBRE.
Amédée III de Savoie, fut vénérée successivement en Bourgogne, à Chambéry, à Verceil et à Nice.
Notre Bienheureuse, qui passait à la campagne le temps du deuil de sa famille, voulut revenir dans sa ville natale pour y satisfaire, en présence d'un monument aussi remarquable des souffrances de l'Homme-Dieu, sa dévotion à la douloureuse Passion de cet adorable Sauveur. Pendant la procession qui se fit à cette occasion, elle se trouva au même balcon que deux Carmes Déchaussés, dont l'un, le Père François-Antoine de Saint-André, passait avec raison pour un grand serviteur de Dieu.
Ce saint religieux n'eut pas plus tôt aperçu la jeune demoiselle, qu'il découvrit, la grâce de Dieu aidant, et les trésors de vertu que renfermait sa belle âme et la haute perfection à laquelle le ciel l'appelait. Il entra tout de suite en conversation avec elle ; il l'interrogea sur ses projets d'avenir, et après avoir appris de sa bouche les circonstances de sa sortie du monastère de Saluces, il lui suggéra l'idée de se présenter à celui des Carmélites de Sainte-Christine, dans la ville même de Turin. Il n'en fallut pas davantage pour la déterminer à embrasser les austérités du Carmel réformé ; aussi, peu de jours après cette rencontre évidemment ménagée par la divine Providence, se hâta-t-elle d'écrire aux Cisterciennes de Saluces pour prendre congé d'elles, les remercier de leurs bontés et leur faire voir le doigt de Dieu dans la grande affaire de sa vocation. Elle signa sa lettre des mots de Sœur Marie, Carmélite indigne, absolument comme si elle eût déjà fait profession parmi les filles de Sainte-Thérèse.
À dater de ce moment, elle ne pensa plus qu'à mater son corps, à le mortifier, à le réduire en servitude. Disciplines, cilices, jeûnes, rien ne la rebuta ; et bien qu'elle se vît obligée, à cause de sa rare dextérité pour l'administration des choses de ce monde, de suppléer sa mère dans le soin de ses frères et de ses sœurs, et dans le gouvernement de sa maison, elle s'appliqua néanmoins à devenir, au milieu même du monde, une Carmélite consommée.
Et elle y réussit si bien qu'en 1776, lorsque, après avoir réglé toutes ses affaires de famille, refusé plusieurs mariages considérables et surmonté toutes les oppositions de la tendresse et de l'amitié, elle revêtit à Sainte-Christine la robe grossière du Carmel, elle ne trouva derrière les grilles du cloître rien d'étonnant ni de nouveau pour elle. Elle était accoutumée à toutes les pénitences, elle était faite à toutes les mortifications et les moindres prescriptions de la Règle lui étaient aussi familières que si elle eût passé des années au couvent.
Au milieu des rigueurs de la vie religieuse, *in claustro rigidioris observantiae*, comme le dit un des décrets pontificaux préparatoires à sa béatification, elle alla chaque jour de vertu en vertu. Nous ne nous arrêterons pas à faire le récit des actes héroïques par lesquels elle se signala parmi ses vertueuses compagnes. L'on sait ce qu'est ici-bas la vie des Carmélites, de ces anges qui vivent sur la terre comme n'y étant pas et dont toute la conversation est dans les cieux ; il suffit donc de redire que Marie des Anges marcha à pas de géant, à la suite de la séraphique Thérèse, dans cette voie de sacrifices que venait de parcourir, avec la double auréole de la sainteté et des miracles, la noble, l'illustre, la grande Madame Acarie, cette voie qu'illustrait alors par sa glorieuse pénitence, sous le nom de Louise de la Miséricorde, la célèbre Mlle de La Vallière, et sur laquelle enfin, quelques années plus tard, la fille même de nos rois, Madame Louise de France, devait
jeter l'éclat incomparable de sa naissance et le lustre plus grand encore de ses vertus.
Aussi ferventes dans le service du Seigneur que leurs sœurs de France, d'Espagne et d'Italie, et pareilles à ces abeilles laborieuses qui distillent sans relâche, au sein de leurs alvéoles cachées, le suc odorant des fleurs, les Carmélites du couvent de Sainte-Christine amassaient chaque jour dans le secret de leur solitude des trésors pour l'éternité; et cependant, l'on peut dire de notre héroïne, comme de la femme forte de l'Écriture, qu'elle les a toutes surpassées. Obéissante jusqu'à l'anéantissement de sa propre volonté, pauvre jusqu'au dénuement le plus complet de sa personne, chaste jusqu'à refuser dans ses maladies l'assistance de l'infirmière elle-même, elle ne démentit pas un seul instant la réputation d'humilité que son entrée en religion lui avait faite, ni les marques remarquables de piété qu'elle avait données dans le monde. Le livre de la Règle du Carmel était tout pour elle: son occupation principale consistait à faire ses efforts pour ne point s'écarter d'un iota de la lettre et de l'esprit des constitutions de son Ordre; aussi a-t-elle mérité que, dès l'année 1778, le pape Pie VI, de glorieuse mémoire, déclarât de science certaine qu'elle avait pratiqué à un haut degré héroïque les vertus théologales et les vertus cardinales.
Dieu cependant se plut à l'éprouver de toutes les manières: il lui envoya des croix en abondance. La maladie fondit à plusieurs reprises sur elle; elle fut en proie longtemps à des peines de conscience, et le démon, non content de la tourmenter de tentations épouvantables, se montra plus d'une fois visiblement à ses yeux. Purifiée de la sorte par le creuset des souffrances, à l'instar de l'or dans la fournaise, elle arriva à la plus haute perfection, et Dieu, pour la récompenser de sa fidélité au jour de la tribulation, la gratifia de ses faveurs les plus extraordinaires: don d'oraison, don de prophétie, don de pénétration au fond des cœurs, don d'extase, don des miracles, elle eut toutes les grâces en partage, jusqu'à celle de l'apparition fréquente de la très-sainte Vierge et de son divin Fils. Elle avait, d'ailleurs, tant de dévotion envers la Passion de cet adorable Sauveur, envers le Sacrement de son amour et envers son Auguste Mère, qu'il semble que c'était justice qu'elle reçût dès ici-bas par leurs visites un avant-goût des joies du Paradis. Elle honorait aussi d'une façon toute spéciale saint Joseph, sainte Thérèse, saint François-Xavier, et surtout l'archange saint Raphaël, dont elle s'efforça de propager le culte par tous les moyens possibles.
Nous ne pouvons taire ici la charité dont brûla durant toute sa vie son cœur si compatissant en faveur du prochain, et du prochain malheureux. Le bruit des hommes expire d'ordinaire au seuil d'un monastère du Carmel: la grille, tout hérissée de pointes de fer, y est une barrière le plus souvent infranchissable entre le siècle et le cloître, et les pieuses solitaires ne se souviennent qu'elles sont encore sur la terre des vivants que pour s'offrir elles-mêmes en holocauste au Seigneur afin de fléchir sa colère et de désarmer son bras levé sur les pêcheurs. Cependant la bienheureuse Marie des Anges n'avait pas, en entrant au couvent, perdu le souvenir de ceux qu'elle avait connus dans le monde, et ceux-ci, de leur côté, n'avaient pu oublier que la jeune personne la plus accomplie de la société Turinoise s'était dérobée à leur admiration pour se cacher et s'anéantir dans l'humilité religieuse. C'est ce qui fut cause que bien souvent l'on vint frapper à la porte de son monastère.
Il est impossible de dire combien de personnes eurent recours à elle de
334 16 DÉCEMBRE.
vive voix ou par écrit, soit pour obtenir de sa piété des consolations spirituelles, soit pour prendre les conseils de sa prudence. Les malades, les malheureux, les indigents recevaient de ses mains, ou par sa puissante entremise, les secours que réclamait leur infortune; les filles pauvres étaient mariées par ses soins, ou, si elles préféraient se donner à Dieu, elles se voyaient, sur ses recommandations pressantes, admises dans les monastères de leur choix. Les pécheurs étaient également l'objet de sa sollicitude; non-seulement elle priait et faisait prier pour eux, mais encore elle employait à leur conversion tous les moyens que pouvaient lui fournir la haute position qu'elle avait quittée et les connaissances avec lesquelles elle n'avait pas dû rompre.
Il n'est pas jusqu'aux prisonniers qui ne ressentissent les effets de son immense charité. On raconte qu'ayant fait demander sans succès à son souverain la grâce d'un soldat condamné à mort pour crime de désertion, elle se jeta au pied d'une image représentant Notre-Seigneur au Jardin des Olives: « O mon doux Sauveur », s'écria-t-elle, « si je me fusse adressée à vous, vous n'auriez pas manqué d'exaucer ma prière; ah! je le vois bien, il ne faut pas mettre sa confiance dans les princes de la terre ». À peine achevait-elle ces mots, qu'on vint lui annoncer qu'à la fin sa prière avait été écoutée et que son protégé ne serait point ravi à sa nombreuse et malheureuse famille.
Elle s'employait encore si efficacement pour le soulagement des âmes du Purgatoire, qu'au procès de sa Béatification, il est relaté que ceux des membres de l'Église souffrante qu'elle avait délivrés par ses prières des flammes expiatrices, venaient visiblement la remercier, avant de s'envoler au ciel.
Elle obtint aussi par ses larmes au pied de son crucifix l'éloignement d'une épidémie pestilentielle dont la justice de Dieu menaçait le Piémont, et il est certain qu'elle procura également la cessation de la stérilité d'Anne d'Orléans, épouse du roi Victor-Amédée II, auquel elle obtint encore du ciel, au traité d'Utrecht, la couronne royale de Sicile. Mais quatre ans après, en 1717, ce prince échangea la Sicile contre la Sardaigne.
Cependant notre Bienheureuse était mûre pour le ciel: les Anges, dont elle ne portait pas vainement le nom, enviaient sa belle âme à la terre, et l'Agneau immaculé l'appelait aux chastes délices des noces éternelles. Elle allait terminer la cinquante-septième année de sa vie, lorsqu'une fièvre ardente vint l'enlever en sept jours à l'amour de ses sœurs.
Elle expira le 16 décembre 1717, sur les onze heures avant minuit. L'on dit, et l'un des décrets de sa béatification en fait foi, que, peu d'instants avant de rendre le dernier soupir, elle entendit la voix de son céleste Époux l'invitant à le suivre, et vierge sage, portant entre ses mains sa lampe pleine de l'huile de la charité, elle se leva pour aller à sa rencontre. Elle avait alors quarante et un ans de religion et cinquante-six ans d'âge. Quatre fois elle avait été élue prieure de son monastère, et plus souvent encore maîtresse des novices. Elle avait, de plus, présidé à la fondation du couvent de son Ordre, à Moncalieri.
La nouvelle de sa mort mit toute la ville de Turin en mouvement. De tous les points de cette grande cité il n'y eut qu'un cri: La Sainte est morte! On accourut en foule à l'église de son monastère pour contempler ses restes vénérables, si bien qu'il fallut d'abord différer de deux jours leur inhumation, et que l'on dut ensuite faire garder son cercueil par la force armée, pour empêcher le peuple de se partager ses vêtements. Ce
cercueil fut déposé dans le caveau commun, sans aucune marque distinctive. Le 10 octobre 1722, jour où fut faite la première reconnaissance du corps, les commissaires apostoliques le firent placer dans un endroit à part ; et le 19 juin 1733, à la suite de la seconde visite, il fut transporté dans l'église du monastère. Ce couvent ayant été livré à un usage profane au commencement de ce siècle, le corps de la Bienheureuse fut transporté, le 20 septembre 1802, par ordre de l'archevêque de Turin, dans l'église des Carmes Déchaussés de la même ville, et placé à droite du maître-autel ; c'est dans ce lieu qu'il est resté jusqu'à ces derniers temps.
Mais la pierre sépulcrale, en dérobant ses reliques à la vénération publique, n'emporta pas sa mémoire dans les profondeurs et les obscurités de la tombe. La renommée de sa sainteté se répandit promptement de tous côtés ; du reste, le bruit des miracles attribués à son intercession ne contribua pas peu à la propager et à l'accroître.
De tous ces miracles les plus remarquables sont la guérison instantanée de la mère Félicie-Thérèse de Saint-Joseph, religieuse carmélite, atteinte d'une hémicranie douloureuse ; — celle d'une jeune fille de vingt ans, nommée Marie-Antoinette Masotti, réduite à l'extrémité par une pleurésie ; — celle du médecin Gianotti, souffrant de néphrétiques douleurs d'entrailles ; — celle d'Anne-Christine Auda, débarrassée d'une longue palpitation de cœur par le seul attouchement du scapulaire de la Bienheureuse, et surtout les deux prodiges approuvés par la Sacrée Congrégation des Rites pour sa Béatification.
L'un a trait à Madeleine Cavassa de Turin, dame de haute qualité et de la famille de la Bienheureuse. Cette noble et pieuse femme, plus que sexagénaire, souffrait de douleurs épouvantables qu'occasionnait un énorme polype gangrenéux qui, depuis plus d'un an, avait envahi les fosses nasales. Se voyant perdue, elle se décida à recourir à la puissante intercession de sa sainte parente. « Au mois d'avril 1788 », dit-elle, « j'eus tout à coup l'inspiration de me recommander à la vénérable Sœur Marie des Anges, et tout de suite, me mettant à genoux dans ma chambre : Vénérable Marie », m'écriai-je, « jetez un regard sur celle qui est prosternée à vos pieds pour vous prier de solliciter de la très-sainte et adorable Trinité la grâce de ma guérison, je vous en garderai une reconnaissance éternelle. Et je fis cette prière avec la ferme et inébranlable confiance que je serais guérie ». Et de fait, ayant commencé sur-le-champ une neuvaine en l'honneur de la Bienheureuse, elle n'eut pas le temps de l'achever que son polype se détacha des chairs, tout seul et sans douleur, et tomba par terre au milieu d'une forte hémorragie nasale. De plus, la malade, que la souffrance avait presque entièrement privée de l'usage de ses jambes, put marcher avec facilité : sa première course fut au tombeau de sa céleste bienfaitrice, et dans cette circonstance, le glorieux sépulcre lui sembla (et les personnes qui l'accompagnaient s'en aperçurent aussi) exhaler une odeur délicieuse, comme elle n'en avait jamais respiré.
L'autre est plus étonnant : c'est la disparition du cancer dont était atteinte la sœur Madeleine de Saint-François, religieuse converse au couvent des Augustines de Caprarola, près de Rome. Cette pieuse fille était à peu près à toute extrémité, lorsque, dans la soirée du 20 juillet 1844, on lui appliqua sur le corps une relique et une image de notre Bienheureuse. Elle s'endormit presque aussitôt d'un sommeil si calme et si tranquille qu'il dura jusqu'au lendemain matin à huit heures. « Je m'éveillai », a-t-elle déposé au procès de la Béatification, « avec les idées claires et lucides,
16 DÉCEMBRE.
sans douleur, sans aucun ressentiment de maladie. Je suis guérie », me dis-je, « la Sainte m'a fait cette grâce, levons-nous et allons faire la sainte communion ». À l'instant, elle se leva et mit ses vêtements, n'éprouvant d'autre sensation à l'intérieur du corps que celle d'une main qui lui aurait arraché quelque chose de l'estomac, et, à l'extérieur, que celle d'une impulsion que lui aurait imprimée du côté d'une croix placée dans sa cellule une force supérieure à la sienne ; en même temps elle vomit une masse de chairs corrompues, et elle entendit distinctement ces mots : « Tu es guérie ; car voilà à tes pieds le chancre qui te dévorait ». Elle tomba tout de suite à genoux devant son crucifix, et après avoir une heure entière rendu grâce à Dieu et à sa libératrice, elle descendit au chœur pour y faire la sainte communion au milieu de ses sœurs pénétrées d'étonnement et de joie.
Le Seigneur ayant donc permis que la haute sainteté de son humble et chaste servante fût encore rehaussée de la sorte, aux yeux des hommes, de l'éclat et de la splendeur des miracles, l'Église, notre sainte Mère, a voulu la proposer à ses enfants qui gémissent et qui pleurent en cette vallée de larmes, comme un nouveau modèle à imiter, comme une nouvelle patronne à invoquer. Et c'est bien à propos, on peut le dire ; car ne vivons-nous pas en un temps orageux où la fureur des impies et des mécréants paraît se déchaîner de préférence contre ces asiles de paix, d'innocence et de charité, où la vierge chrétienne, comme autrefois Moïse sur la montagne de Raphidim, élève nuit et jour les bras vers le ciel pour apaiser sa colère, où elle plaide sans cesse par ses prières et par ses pénitences la cause des pécheurs auprès de la justice du Très-Haut justement irritée des crimes de la terre.
Marie des Anges a été béatifiée par le pape Pie IX, le 14 mai 1865.
Cette notice, que nous devons à l'extrême obligeance de M. l'abbé Duchssain, chanoine d'Angoulême, est la reproduction presque intégrale de la notice publiée à Artigues en 1865. — Cf. Vie de la bienheureuse Marie des Anges, par M. le chanoine Labis, professeur au séminaire de Tournai (H. Casterman, 1867).
Événements marquants
- Naissance à Turin le 8 janvier 1661
- Guérison miraculeuse à l'âge de 6 ans par l'Immaculée Conception
- Entrée temporaire chez les Cisterciennes de Saluces à 12 ans
- Entrée au Carmel de Sainte-Christine à Turin en 1676
- Élue quatre fois prieure et maîtresse des novices
- Fondation du couvent de Moncalieri
- Béatification par Pie IX le 14 mai 1865
Miracles
- Guérison instantanée d'un polype gangréneux chez Madeleine Cavassa
- Disparition d'un cancer chez sœur Madeleine de Saint-François
- Cessation de la stérilité d'Anne d'Orléans
- Éloignement d'une épidémie pestilentielle au Piémont
- Apparitions des âmes du Purgatoire venant la remercier
Citations
Je me propose de fouler aux pieds toute considération humaine et tout motif humain, et de n'agir en tout que dans le but de plaire à Dieu.