Bienheureuse Catherine de Racconigi

Vierge, du Tiers Ordre de la Pénitence de Saint-Dominique

Fête : 4 septembre 15ᵉ siècle • bienheureuse

Résumé

Mystique dominicaine du Piémont, Catherine de Racconigi vécut une vie d'austérités et de visions dès son enfance. Marquée par les stigmates et un échange de cœur mystique, elle fut persécutée et bannie avant d'être reconnue pour sa sainteté et ses dons de prophétie. Elle est particulièrement vénérée par les ouvriers rubaniers, métier qu'elle exerça pour subvenir aux besoins des pauvres.

Biographie

LA BIENHEUREUSE CATHERINE DE RACCONIGI,

DU TIERS ORDRE DE LA PÉNITENCE DE SAINT-DOMINIQUE

LA BIENHEUREUSE CATHERINE DE RACCONIGI.

Faire sa dévotion au couvent des Pères Servites, elle vit peinte sur la muraille une représentation de saint Pierre, martyr. Pendant qu'elle considérait avec admiration la palme, emblème glorieux de son martyre, et les traces de ses blessures, elle sentit naître en son cœur un vif désir de mourir pour la foi. Elle se mit donc à prier le saint martyr de l'enseigner et de la fortifier dans la foi, le suppliant de lui obtenir une charité ardente qui la rendit de plus en plus chère à son céleste époux, et imitatrice de ses afflictions et de ses tourments. Sa prière achevée, le saint martyr lui apparut entouré d'une splendide lumière et tenant à la main un calice plein de sang. « Prends, ma fille », dit-il, « prends ce calice et goûte le très-précieux sang de Jésus-Christ, en signe qu'un jour tu boiras au calice de son amère passion. »

A peine l'eut-elle goûté, qu'elle se sentit comme enivrée de sa suavité et de sa douceur.

Jésus lui apparut alors sous la forme d'un enfant de dix ans environ, paraissant porter une croix sur l'épaule. « Rassure-toi », lui dit-il, « mon épouse, celui qui est venu n'est pas le démon, mais Pierre, mon fidèle serviteur, le même que je t'ai donné pour maître ; il a bu déjà, lui, le calice de ma passion, en souffrant le martyre pour mon amour. Afin donc que tu puisses lui ressembler, ainsi qu'à moi, selon ta demande, tu porteras cette croix pour mon amour. » En disant cela, l'enfant Jésus mit la croix sur l'épaule de Catherine, et pour lui donner courage, il ajouta : « Au commencement elle te paraîtra dure et pesante, mais mon amour croissant en toi, à la fin elle te semblera douce et légère. » Il lui montra aussi une couronne de roses très-belles et lui dit : « Toutes les afflictions te paraîtront des roses, si tu les supportes avec bonne volonté. »

Dès ce moment, Catherine commença à éprouver une merveilleuse ardeur de souffrir pour l'amour de Jésus-Christ, ardeur qui crût à un tel point que, bien que petite enfant, elle souhaitait d'aller vers les infidèles prêcher la religion de Jésus et mourir martyre. Vers le même temps, le démon se mit, de son côté, à la tenter fortement et à lui faire une guerre acharnée. Mais les Saints et Jésus lui-même ne manquaient pas de venir la consoler et de la fortifier.

Pendant ces mêmes années de sa plus tendre enfance, déjà Catherine commençait à avoir ses entretiens dans le ciel. Même au plus fort de son travail, elle élevait ses pensées au-dessus de la terre, et tout lui devenait une occasion de méditer. Lorsqu'elle montait l'escalier, la marche d'en bas lui mettait en esprit la bassesse du péché, et à mesure que de l'une à l'autre elle atteignait le haut, elle se représentait les différents degrés de la vertu, jusqu'à ce qu'enfin, arrivée dans sa chambre, l'objet de sa méditation était la beauté et la dignité de l'âme quand elle a le bonheur de posséder la grâce, et la sublime demeure que Dieu lui réserve dans le ciel.

A la vue des images des saints, notre jeune vierge se prenait à méditer leurs vertus, et s'enflammait du désir de les imiter. Une fois, une image de sainte Catherine vint à tomber sous ses yeux, et remarquant que cette sainte tenait de la main droite le crucifix et une branche de lis, et de la gauche un cœur élevé, cette vue la fit entrer en méditation. « Le lis », se disait-elle à elle-même, « signifie la pureté ; la croix, le souvenir continuel de la passion du Sauveur ; le cœur élevé, le détachement vrai des choses de cette terre. » En sorte qu'elle priait la sainte de lui obtenir la grâce de l'imiter.

Un an après ces derniers événements (1495), un jour que Catherine, occupée à son travail, songeait à la grande pauvreté de sa mère, et combien étaient grands les maux qu'elle lui faisait souffrir, l'émotion de cette pensée la mit tout en larmes, et se tournant vers son céleste Époux, elle lui recommanda sa famille avec une telle ferveur, qu'elle obtint bientôt d'abondants secours, et d'une façon tout à fait prodigieuse.

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Vers le même temps il arriva que Catherine ayant cassé un plat, sa mère la réprimanda en termes durs, et alla même jusqu'à la menacer de la châtier si jamais pareille chose lui arrivait. Or, apprêtant un jour la table, l'enfant laissa tomber un verre qui se rompit en mille pièces. Se rappelant la menace de sa mère, Catherine se mit à pleurer et à prier Jésus et sa céleste Mère de vouloir bien lui venir en aide. Elle fut exaucée, car par un miracle extraordinaire elle put remettre le verre en son premier état et réparer le dommage sans que sa mère s'aperçût de rien.

Son père ayant un jour adressé à sa femme des menaces, même suivies d'effets, parce qu'elle n'avait pas bien préparé le souper du dernier jour de carnaval, Catherine, pénétrée de douleur, en pleura jusqu'au lendemain matin, qui était le premier jour de Carême. Seule à la maison, parce que sa mère s'était retirée près de l'un de ses frères, l'heure de dîner arrivant, elle voulut faire effort pour manger, mais les grosses larmes qui lui tombaient des yeux l'en empêchèrent. En même temps elle poussait vers son Jésus d'affectueux soupirs, espérant son aide et sa consolation de lui seul. Au même moment elle vit entrer et venir à elle un jeune enfant de quatorze ans environ, lequel, après l'avoir saluée, lui demanda ce qui la faisait tant pleurer. Catherine lui raconta l'événement arrivé dans sa maison. Alors il la consola par ces paroles : « Aie bon courage, parce que tu seras délivrée de tous périls, et je ne te manquerai pas dans tes nécessités. Pour ta mère, dont l'amour fait ton affliction à cette heure, sa douleur présente sera bientôt soulagée. »

Le démon, jaloux des dons si grands que la jeune enfant recevait du Seigneur, chercha par tous les moyens et par les tentations les plus fortes, à la détourner du droit chemin de la vertu. Un jour de dimanche qu'elle entendait la messe dans l'église des Pères Servites, au moment de la consécration, un démon sous figure d'homme se présente à elle et lui dit : « Pourquoi te prosternes-tu devant un peu de pain trempé dans un peu d'eau ? Si tu penses que Jésus soit là, tu te trompes grandement, et tu es bien sotte de croire de pareilles choses. »

A ces paroles, la pauvre enfant, tout effrayée, se tourne vers son Jésus, lui adressa une fervente prière, puis levant les yeux au ciel, elle vit sur l'autel Jésus sous la forme d'un enfant de trois ans, percé de cinq plaies, dont le sang dégouttait dans le calice. Une autre fois, sous les apparences d'un ange envoyé de Dieu, le démon se présenta à elle et lui dit de l'adorer. « Si tu étais vraiment celui que tu dis », lui répondit-elle, « tu ne réclamerais pas de moi un pareil honneur, mais tu le voudrais pour Dieu seul. Inutile de feindre à présent, je vois bien que tu es le déchu du ciel, puisque tu t'obstines dans ton antique orgueil : va au lieu auquel il a été condamné. »

Dès les premières années de Catherine, sa sainteté commença à être manifestée, même par des miracles. Un matin, de très-bonne heure, un saint prêtre était à prier. Pendant qu'il se trouvait absorbé en Dieu et contemplait sa beauté, son ange gardien lui dit de descendre des hauteurs de sa contemplation, et qu'il verrait une admirable créature. Le prêtre lui répondit : « Il m'est pénible de laisser Dieu pour voir une créature ; toutefois, si telle est la volonté du Seigneur, ainsi soit-il. » Retournant donc à ses sens, il vit une petite fille de dix ans, revêtue d'une robe toute resplendissante. Le serviteur de Dieu lui demanda aussitôt qui elle était. « Je suis », répondit-elle, « Catherine de Racconigi, pauvre des biens temporels, mais, par la

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grâce de Dieu tout-puissant, riche des biens spirituels. Je vous prie de vous souvenir de moi dans vos prières, afin que j'obtienne du ciel tous les secours qui me sont nécessaires. C'est par ce motif que j'ai été amenée ici. » Et cela dit, elle disparut. Ce même prêtre raconta le fait à l'un de ses amis, qui étant venu trouver Catherine, lui demanda comment elle s'était introduite dans ce lieu. Après de longues instances, Catherine lui répondit : « Je n'en sais rien, sinon que c'est un ange qui m'y a conduite. »

Vers l'âge de treize ans, Catherine alla dans une église, où elle entendit un prédicateur qui faisait le panégyrique de sainte Catherine de Sienne, dont ce jour-là on célébrait la fête. De retour à la maison, elle alla dans sa chambre, et se mettant à prier avec une grande ferveur et une grande abondance de larmes, elle s'accusait de la négligence qu'elle pensait avoir apportée jusque-là au service de Dieu. Se sentant donc excitée pour lui de l'aiguillon d'un vif amour, elle appela à son aide Jésus-Christ, la bienheureuse Vierge Marie, et sainte Catherine, les priant de l'assister dans l'offrande qu'elle désirait faire. « Voici », dit-elle, « que je m'offre tout entière à vous, ô Père céleste, à Jésus votre Fils unique et l'Époux bien-aimé de mon âme, à l'Esprit-Saint, et à Marie, Reine des vierges. A vous, oui à vous, je fais le vœu perpétuel de virginité. »

Puis se tournant d'une façon particulièrement affectueuse vers la bienheureuse Vierge : « Marie, ma très-chère mère », lui dit-elle, « je suis une faible créature, incapable par moi seule de conserver un si grand trésor. Aussi je m'abandonne entièrement entre vos mains, et je vous prie de toute mon âme de vouloir bien m'aider à me conserver toujours pure de toute souillure. Que de cette promesse soient témoins, je le veux, tous les anges et les saints du ciel, et particulièrement saint Pierre, saint Jérôme et sainte Catherine de Sienne. » Ce vœu fut suivi d'une impression de contentement dont elle demeura toute remplie. La nuit suivante lui apparut sainte Catherine de Sienne entourée d'une vive lumière, tenant à la main deux très-belles roses, l'une blanche, l'autre rouge. Elle l'assura que son vœu avait été agréable à Jésus et à Marie, et qu'ils l'aideraient toujours à conserver son cœur chaste et vierge. Elle lui dit pourquoi son divin Époux lui envoyait ces deux roses. La rouge, pour lui rappeler l'amour très-ardent que Jésus avait montré non-seulement à elle, mais à tout le genre humain, lorsqu'il répandit son sang pour le salut de tous. La blanche, pour qu'elle eût toujours présent à sa pensée dans quelle pureté et quelle innocence elle devait conserver son cœur, afin qu'il demeurât digne de Jésus. Ensuite, lui ayant donné sa sainte bénédiction, elle disparut, laissant dans la chambre un parfum céleste.

Afin de vaquer plus commodément à la prière, ou pour mieux conserver la pureté de son cœur, Catherine ressentit dès lors des désirs plus vifs de la retraite et de la solitude. La conversation lui était devenue si insupportable qu'elle fuyait le monde autant qu'il lui était possible, excepté lorsque l'honneur de Dieu et le bien du prochain la mettait dans l'obligation d'agir autrement.

Notre jeune vierge, s'apercevant que les embûches et les tentations contre la sainte vertu ne faisaient qu'augmenter de plus en plus, prit la coutume d'invoquer divers saints et en grand nombre, principalement au jour de leur fête, en les priant de tout cœur d'intercéder pour elle.

A la fête de saint Étienne, premier martyr, Catherine, s'étant levée avant le jour, se mit à prier le Saint afin qu'il daignât lui conserver la pureté de la même manière qu'il avait conservé la sienne, lorsqu'il fut élu par les

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Apôtres pour remplir le ministère de diacre. Elle lui exposa que, toute jeune encore, elle se trouvait affaiblie et agitée de diverses tribulations, qu'un grand nombre d'hommes impurs lui tendaient des pièges, lui tenaient de mauvais discours, et donnaient de grands assauts à sa vertu. Enfin elle lui dit qu'elle était grandement tourmentée par les démons, qu'elle désirait plutôt mourir que de vivre au milieu de tant de périls de son âme et de son corps. En parlant ainsi au saint martyr, la pauvre enfant fondait en larmes. Saint Étienne, entouré d'une splendeur céleste, lui apparut et la consola en lui disant : « Ô ma sœur, sèche tes larmes, console-toi, parce que Dieu a exaucé tes prières. Oui, par sa sainte grâce tu seras délivrée des tentations contre la modestie. À présent, prépare-toi à recevoir le Saint-Esprit. »

Au même instant survint le séraphin qui dès son enfance avait été donné pour gardien à la Bienheureuse ; il la consola par ces paroles : « La conservation de ta pureté, que tu as demandée au Seigneur avec tant de larmes, tu l'as obtenue. Maintenant donc, prépare-toi à recevoir le Saint-Esprit. » Ces mots étaient à peine achevés, que du ciel descendit une lumière merveilleuse formée de rayons qui se posèrent sur la tête de Catherine. En même temps elle sentit se répandre dans son cœur une douceur inexprimable et une chaleur si vive qu'elle semblait être en feu ; elle entendit aussi ces paroles : « Je suis venu habiter en toi, afin de purifier, d'illuminer, d'embraser ton cœur et de te donner la vie. »

Depuis ce merveilleux événement, il demeura sur le visage de Catherine une teinte d'un rouge et d'un blanc mêlés, et il sortait d'elle comme un éclat lumineux. Ses voisins, étonnés et pensant qu'elle usait pour cela de quelque industrie, lui demandèrent ce qu'elle mettait sur son visage pour le rendre si éclatant. Catherine répondit en souriant que son seul secret était un peu de pain, voulant parler de la sainte Eucharistie. En effet, c'était ce divin sacrement qui colorait son âme de blanc et de rouge. Mais plus grand encore était l'étonnement de ceux de la famille, qui savaient bien qu'elle n'usait d'aucune industrie, mais qu'au contraire elle jeûnait fréquemment au pain et à l'eau, et différait souvent son repas jusqu'au soir.

Pendant un grand nombre d'années, elle pratiquait cette austérité tout le temps de l'Avent, le dimanche excepté ; elle faisait de même en Carême, et il n'était pas rare qu'elle demeurât un jour entier sans boire ni manger. Elle poussa même la rigueur de son jeûne jusqu'à ne prendre de la nourriture que trois fois par semaine. Le but de toutes ces austérités était de perdre cette beauté naturelle dans la crainte qu'elle ne devînt pour quelqu'un une occasion de péché. Et parce qu'un traitement si austère ne lui semblait pas suffisant, elle se ceignait la taille d'une corde épaisse qu'elle changea peu après contre une ceinture de fer qu'elle serrait si fortement, qu'elle la faisait entrer jusqu'à dans la chair. Elle portait en outre un cilice, qu'elle ne quitta jamais, si ce n'est dans les dernières années de sa vie, lorsque l'âge eut diminué sensiblement ses forces. Son appui pour se conserver pure de toute souillure fut surtout l'exercice fréquent de la prière et de la méditation. Aussi son père spirituel put assurer que jamais, dans le cours de sa vie, elle n'avait commis une faute grave.

Vers l'âge de quinze ans, se trouvant malade, son occupation était de considérer les graves et nombreux périls dont elle était entourée ; elle se comparait à une herbe verte et fleurie que la faux du moissonneur va bientôt couper, ou que les rayons d'un soleil trop ardent jaunissent et dessèchent, et elle se disait à elle-même : « Moi jeune, florissante, et de vives couleurs, quand la mort sera venue je ne serai plus que pourriture et mauvaise odeur,

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et bien pis encore que cela, si alors j'avais le malheur d'être éloignée et séparée de Dieu, par le péché mortel. Ah ! malheureuse ! quelle serait alors ma difformité et ma puanteur devant Dieu et ses Saints ! » Mais pleine de foi et d'une sainte crainte, elle ajoutait : « Ô mon Dieu, ô mon espérance, ô Mère de miséricorde, ô mes saints anges gardiens, aidez-moi, assistez-moi. Viennent sur moi tous les maux, et la mort même, mais qu'il ne m'arrive jamais le malheur de commettre un péché mortel. »

Pour mieux conserver la belle vertu de pureté, Catherine désirait ardemment revêtir le plus tôt qu'il lui serait possible l'habit religieux, ainsi que la très-sainte Vierge le lui avait prédit dès ses premières années. Ce fut alors qu'elle prévit par quelle voie devait s'accomplir un souhait qu'elle avait si fort à cœur, et elle annonça la fondation d'un couvent de Pères Dominicains, bien qu'alors il n'y eût aucune apparence de cet événement. Elle avait pour confesseur le Père Alexandre, religieux des Servites de Marie. Ces bons Pères, ayant entendu dire qu'elle désirait prendre l'habit religieux tout en restant dans sa maison, le Père Alexandre lui offrit celui des sœurs de son Ordre. « Non », lui répondit-elle, « l'habit que je veux revêtir est celui de Saint-Dominique ». — « Mais vous savez bien », repartit le Père, « qu'il n'existe ici aucun couvent de cet Ordre ». — « Dieu », ajouta Catherine, « fera en sorte qu'il y en ait ». Voyant plus tard les commencements de la réalisation de cette prophétie, le Père Alexandre raconta tout ce qui s'était passé à un seigneur nommé Claude, et ce dernier, à partir de cette époque, prit en grande estime la sainteté de Catherine.

Elle reçut plusieurs fois d'une manière sensible les dons du Saint-Esprit, et entre autres, d'une façon toute spéciale, le don de science, qui la rendit capable de résoudre les plus hautes questions de la religion. Cependant son ardeur de souffrir pour l'amour de Jésus-Christ allait toujours croissant. Dans la vingt-quatrième année de son âge, le troisième jour après Pâques, méditant, vers l'aurore, le mystère de la longue oraison et de la sueur de sang du Sauveur au jardin, elle priait avec ferveur son divin époux Jésus de lui accorder la grâce de lui ressembler dans ses souffrances. Au même moment Jésus lui apparut revêtu d'une robe d'un rouge enflammé, et tout resplendissant de merveilleux rayons de lumière, qui s'échappaient de ses plaies sacrées, et lui dit : « Ô mon épouse ! grand est ton désir de souffrir, mais tu ne connais pas bien ta faiblesse ». — « Ô mon espérance », répondit Catherine, « mes forces sont moins que rien, et de moi-même je suis incapable de tout ; il me faut en toutes choses votre puissant secours. »

Cette vivacité de son amour et la profondeur de son humilité lui méritèrent d'entendre cette réponse de la bouche de Jésus : « Ta grande foi mérite d'être exaltée, c'est pourquoi je me fais une joie de te rendre participante des douleurs que j'ai endurées aux pieds et aux mains. » À ces mots, le Sauveur étendit ses divines mains vers celles de Catherine, et il jaillit de ses plaies sacrées comme un dard de sang qui traversa les mains de son épouse bien-aimée. La même merveille eut lieu aux pieds, et elle était accompagnée d'une souffrance telle, que Catherine sentait ses forces l'abandonner par la violence de la douleur. Les pieds et les mains gardèrent la trace des blessures reçues. Ces signes de la passion du Sauveur demeurèrent visibles pendant quelque temps, et après la mort de Catherine, un grand nombre de personnes déposèrent sous serment avoir vu sur son corps ces sacrés stigmates.

Mais bientôt l'humilité de Catherine la contraignit à demander à Dieu la

VIES DES SAINTS. — TOME X.

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grâce que ces signes fussent cachés. Elle l'obtint ; les mains restèrent cependant tellement endolories et faibles, qu'elle pouvait à grand peine vaquer aux services de la maison. Elle endurait en son corps tous les tourments du Rédempteur; car, outre les stigmates des pieds et des mains, elle avait encore la plaie du côté et la couronne d'épines. Cette dernière lui causait de si grandes douleurs, qu'elle ne pouvait faire que les personnes présentes ne s'en aperçussent.

Quelquefois aussi le sang qui sortait de ses plaies était si abondant, que non-seulement ses habits de dessus, mais ceux de dessous en demeuraient trempés. Une fois, entre autres, elle avait donné l'une de ses robes à laver à des personnes de sa famille qui, connaissant déjà la sainteté de Catherine, songèrent à la retenir par dévotion et à la changer contre une semblable. Catherine, s'étant aperçue de cette pieuse ruse, ne voulut jamais s'y prêter, mais elle dit et elle fit tant, que ses parentes furent obligées de lui rendre son vêtement.

Nous ne devons pas être étonnés qu'une âme que Dieu traitait avec une telle familiarité ait possédé le don de prophétie. Catherine prédit les guerres du Piémont, qui ne devaient arriver que vingt-cinq ans après sa prédiction. Le Seigneur fit encore d'autres libéralités à sa fidèle servante. Le jour de l'Exaltation de la sainte croix, Catherine étant malade, le Seigneur Jésus lui apparut avec deux anges qui marchaient devant lui, portant une grande croix. Jésus prit cette Croix, la posa sur l'épaule de Catherine, et lui dit ces paroles : « Voilà, ô mon épouse, la croix que tu auras à porter tout le temps de ta vie. Elle te paraîtra pesante, mais elle ne t'en sera que plus glorieuse. »

A partir de ce jour, Catherine ne resta pas un instant sans peine ni douleurs. Néanmoins elle sentit se renouveler en elle le désir d'aller chez les infidèles pour y propager la foi, et elle demeura pendant plusieurs mois avec le dessein de l'accomplir, jusqu'à ce que, ne trouvant aucun moyen d'en venir à bout, elle y renonça, mais non sans un vif regret.

Catherine n'avait plus qu'une seule pensée : l'amour de Dieu et du prochain. L'unique désir qui l'embrasait était celui d'un cœur pur et saint, digne d'être offert tout entier à son cher Jésus. Sa sollicitude pour l'entretenir dans cette pureté était si grande, qu'il était facile de la remarquer même dans le soin et la vigilance qu'elle mettait à tenir toutes choses dans une grande propreté, soit dans ses vêtements, soit dans sa maison. C'est un adage du Saint-Esprit, que la netteté extérieure est l'indice de la pureté de l'âme.

S'étant donc un jour levée de grand matin, et se tenant en oraison, elle vit apparaître Jésus, accompagné d'une grande multitude de saints, parmi lesquels se trouvaient saint Dominique, sainte Catherine de Sienne et saint Pierre, martyr. Ce dernier lui ouvrit le côté gauche, entre les deux côtes, et lui retira son cœur, mais avec des douleurs si vives qu'elle crut en mourir. Saint Pierre, se tournant vers le Sauveur, le pria de vouloir bien rendre ce cœur qu'il lui présentait pur de toute souillure. Jésus, avec un visage serein, y consentit. Catherine, devenue toute joyeuse, s'enhardit à lui adresser, avec beaucoup de larmes, la prière de lui rendre son cœur devenu pur. Jésus exauça sa bien-aimée, et, lui donnant sa bénédiction, il partit. Alors Catherine fut prise d'une si vive douleur qu'elle paraissait sur le point d'expirer. Ses parents accoururent près d'elle, et craignant qu'elle ne vînt à mourir, envoyèrent chercher un prêtre, avec prière de venir aussitôt l'entendre en confession et lui faire la recommandation de l'âme, comme on a

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coutume pour ceux qui vont mourir. Le prêtre arriva ; mais voyant que Catherine avait le teint et le visage comme à l'ordinaire, et les couleurs aussi vives que si elle n'avait éprouvé aucun mal, il fut saisi d'étonnement, et il soupçonna que la cause de cette maladie n'était pas ordinaire. Il lui ordonna donc de ne lui rien cacher. Contrainte par l'obéissance, mais humiliée profondément, Catherine lui raconta son merveilleux secret. Cet événement arriva le 3 août 1512, dans la vingt-sixième année de son âge. Néanmoins le Seigneur voulut que sa servante éprouvât cet état d'aridité spirituelle qui plonge l'âme dans une telle obscurité et mélancolie, qu'il lui semble être en disgrâce avec Dieu. Épreuve douloureuse dont Dieu use envers les âmes bonnes sans doute, mais qu'il veut encore embellir et rendre plus parfaites.

Par ses grandes mortifications et ses pénitences, Catherine cherchait à perdre la beauté qu'elle avait reçue de la nature, mais sans y réussir. La beauté de son âme était si grande, qu'elle se répandait sur son visage et l'éclairait comme un miroir. Aussi eut-elle à lutter contre un grand nombre de séducteurs qui tendirent des embûches à son honnêteté ; ils lui faisaient de riches promesses, espérant par là l'ébranler dans ses saintes résolutions. Mais, par la sagesse de ses réponses, Catherine détruisait bientôt toutes leurs espérances. Toutefois s'apercevant, à sa grande douleur, que sa beauté était pour le prochain l'occasion d'offenser Dieu, elle le pria de vouloir bien la lui retirer. Sa prière fut exaucée, et en peu de temps il s'opéra sur son visage un tel changement que ses parents en demeurèrent pour la plupart étrangement surpris.

Non-seulement les hommes, mais les démons avec eux, faisaient tous leurs efforts pour lui faire perdre la vertu de pureté. Pensées déshonnêtes, imaginations impures, songes immondes, telles étaient leurs armes. Mais Catherine les repoussait toutes par l'oraison et la mortification. L'objet de ses méditations était l'incarnation et la passion du Fils de Dieu, la beauté de l'âme ornée de la vertu de modestie, la bassesse de ceux qui s'abandonnent au vice contraire, et les éternels tourments qui les attendent dans l'enfer. Elle macérait son corps par la pénitence, elle fuyait l'oisiveté, qui est la mère de tous les vices, et faisait en sorte d'être toujours occupée. Jésus, voyant la fidélité de son épouse, la consolait de temps en temps, lui apparaissant entouré d'une éblouissante clarté et chassant de sa chambre tous ces esprits immondes.

Mais la plus grande épreuve qu'elle eut à endurer lui advint en l'année 1512. C'était le 11 avril. À dater de ce jour, et pendant sept jours consécutifs, elle se vit fatiguée de tentations continues contre la modestie. Elle ne trouvait de soulagement que dans la prière, sans pouvoir même prendre ni sommeil, ni repos. Ce qu'elle s'efforçait de manger ou de boire ne lui était d'aucun secours ; loin de là, elle le rejetait aussitôt, et tout le jour elle fondait en larmes, mais sans allégement de son mal. Elle implorait l'assistance de Jésus et de Marie, mais elle n'en ressentait aucune consolation. Elle appelait par ses cris les Saints qui lui avaient été donnés pour gardiens, et par-dessus tous saint Pierre et sainte Catherine de Sienne ; elle les faisait souvenir de leurs promesses, et se plaignait à eux au milieu des lamentations et des larmes.

Ne recevant aucun soulagement et ne retirant aucun profit des jeûnes austères par lesquels elle affligeait son corps, elle imagina un autre moyen pour étouffer cette tentation. Pleine d'angoisses, elle va trouver son confesseur, et lui raconte tout. L'homme de Dieu lui conseille de se jeter, en

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posture de suppliante, devant Dieu, et d'attendre de lui le secours dont elle a besoin. Catherine obéit. Elle se met à genoux dans sa chambre, et là elle s'offre de nouveau à la divine Majesté, détestant avec des larmes et des soupirs toutes les erreurs de sa vie passée, accusant sa négligence dans le service de Dieu, et son ingratitude monstrueuse pour tant de faveurs reçues de son amour. Enfin, elle le prie de traiter son âme, non plus selon que l'exigeait son indignité, mais uniquement selon le bon plaisir de sa grande miséricorde et les mérites de sa rédemption surabondante. Pendant ces prières et ces soupirs, Jésus-Christ lui apparut, le visage doux et serein, et lui dit : « Ne crains pas, puisque je suis avec toi. »

Pendant que Jésus lui parlait, apparurent deux anges qui, avec un cordon d'une blancheur céleste, ceignirent les reins de Catherine. « De la part de Dieu », lui dirent-ils, « nous te ceignons de la ceinture de la chasteté, qui ne se déliera jamais ». Depuis lors, et jusqu'à la fin de sa vie, elle ne fut plus molestée ni par les aiguillons de la chair, ni, à leur occasion, par les troubles de l'esprit ; au contraire, on eût dit qu'elle infusait le don de chasteté à tous ceux qui avaient le bonheur de l'entretenir. Se sentant ainsi hors de danger, elle redouta moins d'aider de sa conversation ceux qui avaient besoin de son secours.

Alors commença à se répandre le bruit de sa sainteté ; une multitude de personnes pieuses venaient la visiter. Elle en éprouvait un grand déplaisir. Son humilité lui faisait désirer de fuir le monde, afin que personne ne s'occupât ni ne parlât d'elle. Il lui vint la pensée de disparaître, de passer les Alpes, et de chercher quelque lieu solitaire pour y mener la vie érémitique, ou au moins d'entrer dans quelque monastère. On était alors au mois de novembre ; la campagne était couverte de givre, et Catherine, encore mal remise d'une longue maladie, se leva dès quatre heures du matin, à l'insu de sa mère, pour mettre son projet à exécution. Cependant, avant d'y procéder, elle se mit à genoux afin d'invoquer le Saint-Esprit. Elle lui demanda qu'il la gardât de tout danger et qu'il la dirigeât dans son chemin. Sa pensée était d'aller d'abord à un monastère de femmes situé dans le voisinage, et puis de passer les Alpes. Mais comme elle allait sortir de la maison, elle entendit une voix qui lui dit : « Arrête ; où veux-tu aller ? » Catherine regarda autour d'elle, et ne voyant personne de qui pût venir cette voix, elle ne doute pas que c'est un ordre de Dieu qui veut l'empêcher de partir, et elle demeure. Quelques jours après, Jésus-Christ lui assura, par l'entremise de sainte Marguerite, vierge et martyre, que la volonté de Dieu était qu'elle ne partît pas. Il lui fit savoir qu'il ne lui avait pas prodigué tant de dons pour qu'elle s'enfermât dans un monastère, mais bien afin que, par ses saintes conversations et par l'exemple de sa vie, elle procurât l'honneur de Dieu et le salut d'un grand nombre d'âmes.

L'Italie était alors agitée de guerres épouvantables, qui causaient la perte de beaucoup d'âmes : aussi Catherine répandait souvent des larmes de douleur. Sa tristesse cependant était quelquefois adoucie par la conversion de quelques âmes qu'elle gagnait à Dieu. Tous ceux qui avaient le bonheur de traiter avec elle se sentaient animés à la pratique du bien. Par ses visions, Catherine connut clairement la nécessité où elle se trouvait de vivre parmi les pécheurs, et qu'ainsi elle ne pouvait s'éloigner du bruit du monde. Elle pria donc le Seigneur de lui enseigner la manière d'y élever l'édifice de sa sainteté. Le Seigneur l'exauça en lui envoyant la vision suivante : il lui sembla qu'on allait construire un temple immense, dont il lui fut dit qu'elle aurait à creuser les fondements. Lorsque le fossé eut atteint

la taille d'un homme, et qu'on fut au moment de placer le fondement, elle apprit par Jésus-Christ que par ce fondement elle devait entendre l'humilité. « À l'aide de l'humilité », lui disait-il, « l'homme se considère vil et abject aux yeux de Dieu, et plus il se met au dernier rang, plus il s'élève, à l'exemple de ma très-sainte Mère, qui, pour avoir été la plus humble des créatures, fut élevée par Dieu au-dessus de toutes ». Jésus ajouta qu'elle devait élever le mur en se servant du fil à plomb, ce qui signifiait les tribulations, les chagrins, les peines par lesquelles Dieu redresse la voie où il fait marcher ceux qu'il aime. Le mur élevé, Jésus lui recommanda de faire une fenêtre carrée, séparée par une croix au milieu, dont les côtés devaient lui permettre de passer la tête et de regarder dehors. Catherine demanda ce que voulait dire cette fenêtre, et il lui fut expliqué que la fenêtre, disposée intérieurement en forme de croix, signifiait le souvenir de la passion et de la mort du Sauveur. Jésus termina en lui disant que, de même qu'en se mettant à la fenêtre de sa maison, on a la clarté de la lumière, ainsi sa lumière dans la voie de la sainteté serait la méditation de la passion et la considération de la mort qu'il avait endurées.

La bienheureuse Vierge Marie avait promis à Catherine qu'elle revêtirait l'habit de Saint-Dominique. Or, vingt-trois années s'étaient déjà écoulées depuis cette promesse, et ne voyant aucun indice que la prophétie dût s'accomplir, l'incertitude la prit ainsi que la crainte d'avoir été déçue par le démon. Mais bientôt une nouvelle révélation lui donna l'assurance que la promesse venait de Dieu, que tout arriverait selon ce qui lui avait été annoncé, et que sous peu se fonderait à Racconigi un couvent des religieux de Saint-Dominique. En effet, on jeta bientôt les fondements sur lesquels s'éleva un couvent que l'on voit encore aujourd'hui.

Quelque temps avant que Catherine revêtît l'habit de la Pénitence, certains méchants esprits, voyant d'un mauvais œil les choses merveilleuses qu'elle opérait, la citèrent au tribunal de l'inquisition, en l'accusant d'hérésie et de magie. Par là ils espéraient lui faire perdre la grande réputation dont elle jouissait auprès d'un grand nombre, et que l'éclat des plus belles vertus rendait plus brillante de jour en jour. Catherine se rendit à Turin pour se justifier. Dieu, qui protège ses serviteurs fidèles, fit que non-seulement elle fut reconnue innocente, mais que sa réputation et son renom de vertu ne firent que s'accroître auprès des personnes de haute condition.

Le bruit de sa sainteté commença dès lors à arriver jusqu'aux oreilles du duc de Savoie et de l'archevêque de Turin, qui tous deux l'honorèrent publiquement. À partir de cette époque, non-seulement elle fut appelée et reçue avec de grands honneurs par la sœur du duc de Savoie et par les autres princesses de cette illustre maison, mais on l'invita même à se rendre en des pays éloignés. Ainsi, elle dut plusieurs fois aller à Casale sur les instances d'Anne, marquise de Montferrat, parente du roi de France. Cette pieuse dame alla jusqu'à prier Catherine de vouloir bien fixer pour toujours sa demeure dans cette ville ; mais l'humble vierge ne voulut jamais y consentir. La marquise de Montferrat a assuré plusieurs fois, que dans ses afflictions elle n'éprouvait jamais une plus grande assistance que des conversations de Catherine ; elle ajoutait même que rien qu'à la regarder, elle se sentait toute renouvelée.

Parvenue à la vingt-huitième année de son âge, Catherine revêtit enfin l'habit de Saint-Dominique, qu'elle avait tant désiré. Rien ne put ébranler la résolution de Catherine, ni les calomnies élevées contre elle et contre

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les religieux dominicains, ni les contradictions du monde, qui fit tout son possible pour l'empêcher de la mettre à exécution.

En même temps que Catherine, une autre jeune fille avait revêtu l'habit de la Pénitence; mais elle était si pauvre, que faute d'argent elle n'avait pu se procurer le vêtement nécessaire. Catherine l'ayant su, dit et fit tant auprès de sa mère, qu'elle en obtint la permission de donner à sa compagne l'argent qui était à la maison. Cette belle action lui obtint de Dieu une grande augmentation de charité. Depuis ce moment, elle cherchait toutes les occasions de faire des œuvres charitables. Jamais elle ne laissait partir un pauvre de sa maison sans lui avoir donné quelques secours. Elle travaillait plus longtemps et avec plus de diligence que par le passé à son état de tresseuse, afin de pouvoir ramasser quelque argent de plus, et soulager ainsi un plus grand nombre de nécessiteux. Souvent, après avoir passé une grande partie de la nuit en prières, elle se mettait au travail avant le jour, afin de pouvoir satisfaire son ardente charité envers le prochain. Dans ses repas, il lui arrivait fréquemment de se priver d'une partie de sa nourriture pour la porter à des malades qui se trouvaient dans le besoin. Quant à l'estime qu'elle faisait de cette vertu, on peut encore en juger par la réponse qu'elle fit une fois à quelques personnes de sa famille qui voulaient lui persuader de laisser à sa mère le soin des affaires de la maison, sous le prétexte que, ne mesurant pas ses moyens, elle donnait aux pauvres, par amour de Dieu, plus qu'elle ne pouvait. « Je ne le ferai pas », répondit-elle, « je ne le ferai pas, parce que je me priverais de l'occasion de faire l'aumône aux pauvres; et, si je n'avais autre chose à donner, je leur donnerais ma propre robe. »

Le démon, n'ayant pu détourner la servante de Dieu de sa résolution de revêtir l'habit religieux, ne négligea rien pour troubler son âme sous la captieuse abondance des raisonnements trompeurs. Par exemple, il lui donnait à entendre qu'elle aurait mieux fait de se marier et de servir Dieu en liberté, ou tout au moins sous un habit plus en faveur, et mille autres raisons du même genre, qu'il lui mettait dans l'esprit. Fatiguée de ces obsessions, Catherine obtint de Notre-Seigneur d'en être délivrée.

Le désir que Catherine ressentit dès ses plus tendres années, de donner sa vie pour l'amour de son Dieu, fut satisfait en partie par ses grandes et continuelles souffrances pour le salut des pécheurs, en sorte que sa vie peut être appelée un long et continuel martyre. L'amour qu'elle portait à Dieu et au prochain était si fort, que rien ne l'affligeait tant que la pensée de l'offense de Dieu et de la ruine des âmes. Bien des fois, à la nouvelle que quelqu'un était tombé en péché mortel, elle se mettait à répandre des larmes de douleur, et souvent son affliction la rendait malade et la contraignait de demeurer au lit. Ce fut alors que naquit en elle ce désir de supporter les peines dues à tous les pécheurs, afin de fermer ainsi la porte de l'enfer et d'empêcher qu'aucune âme n'y tombât à l'avenir.

A la prière de plusieurs de ses fils spirituels, Catherine alla séjourner pendant quelque temps à Saluces, en compagnie d'un prêtre de sa famille. Pendant son séjour dans cette ville, étant un jour à prier dans une église, une femme de mauvaise vie passa devant elle; Catherine jeta sur elle un regard si tendre, que la pauvre malheureuse rentra en elle-même, et résolut de suivre Catherine jusqu'à Racconigi, où elle pourrait lui parler plus librement. Une fois devant elle, elle se jeta à ses pieds, et, parmi les larmes et les soupirs, elle lui fit le récit de toute sa vie passée. Après l'avoir écoutée avec bonté, Catherine, par de douces paroles, l'instruisit du genre de

LA BIENNEUREUSE CATHERINE DE, RACCONIGI.

vie qu'elle devait mener à l'avenir. Notre pauvre pécheresse alla donc se confesser, et, rentrée chez elle, elle édifia par ses exemples autant qu'elle avait scandalisé par le passé.

En 1519, un soir du mois de mars, elle fut prise d'épouvantables souffrances de l'esprit et du corps. Cette recrudescence de douleurs lui provenait toujours de son grand désir d'endurer toutes sortes de tourments pour le salut des pécheurs contre lesquels elle voyait que Dieu était plus irrité. Les circonstances même du temps où l'on se trouvait ravivait en elle ce désir de souffrir. C'était, en effet, le mois de mars et l'époque du carnaval, pendant laquelle chacun se laissait aller à toutes sortes de vices. C'était pour elle une occasion de méditer sur l'aveuglement des hommes, et les entraînements misérables de la vie humaine, par lesquels tant de chrétiens se précipitent dans l'enfer. Ces réflexions l'affligeaient grandement, et la portaient à s'offrir à Dieu pour souffrir jour et nuit au profit des pécheurs, et à invoquer sur eux la divine miséricorde. Comme elle persévérait donc dans ses prières pour le bien de l'Église, et pour le salut des âmes, elle eut de Jésus cette réponse : « J'accepte ton offre, mais les douleurs que tu auras à endurer seront si violentes qu'à grand'peine tu échapperas à la mort ». Et, en effet, peu de jours après elle se sentit surprise de maux si violents qu'elle fut obligée de garder le lit pendant onze semaines. Durant ce temps elle restait souvent cinq jours sans rien prendre ; si les prières des siens la persuadaient d'essayer de quelque nourriture, elle la rejetait presque aussitôt. Les médecins eux-mêmes, voyant qu'elle ne pouvait plus conserver aucun aliment, et qu'un mal en appelait un autre, ne tardèrent pas à la déclarer perdue, et par trois fois ils furent très-surpris de la retrouver vivante. Ce n'était pas seulement pour tous les hommes en général, mais encore pour tous ceux dont les besoins particuliers lui étaient connus, qu'elle offrait ses prières et sa personne même à Notre-Seigneur ; car jamais il n'est arrivé que quelqu'un se soit recommandé à ses prières sans en avoir reçu quelques secours. Dieu exauçait toujours ses demandes, et pour les besoins de l'âme et pour ceux du corps.

Voici quel genre de vie suivait en son particulier Catherine. En se levant le matin, elle formait la résolution d'employer le jour présent à disposer toutes ses actions selon la plus grande gloire de Dieu. Le long du jour, elle élevait fréquemment son esprit et son cœur vers Dieu par de ferventes oraisons jaculatoires. Le soir, avant d'aller au lit, elle rappelait à sa mémoire de quelle manière elle avait employé la journée. Reconnaissait-elle y avoir fait quelque chose de bien, elle en rendait grâces à Dieu ; au contraire, remarquait-elle quelque action digne de blâme, elle en demandait humblement pardon, détestant de tout son cœur le plus léger manquement. Son application était plus grande encore lorsqu'elle allait à l'église pour se confesser. Alors elle cherchait dans sa conscience tout ce qui lui semblait avoir offensé Dieu, et après la confession elle lui demandait la grâce de changer de vie et de faire tout pour son honneur et pour sa gloire. Ce fut par là qu'elle arriva à un haut degré de perfection et de sainteté. De son côté, l'esprit malin s'appliquait à lui susciter mille troubles pour empêcher les grands biens qu'elle faisait par ses prières. Ce fut alors que le bruit se répandit qu'une peste mortelle avait envahi Turin et les environs. Catherine aussitôt se mit à prier sans interruption pour les populations frappées de ce fléau. La violence du fléau dans les villes et les campagnes voisines fut telle, et le nombre des victimes si considérable, que le pays et

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les maisons restèrent vides de leurs habitants. Seule, la ville de Racconigi demeura hors des atteintes de ce mal.

La sainteté de Catherine fut manifestée à un grand nombre de personnes, soit au dedans par des inspirations, soit au dehors par des visions et des signes extérieurs. Alors vivait à Savigliano, et sous le même habit que notre Sainte, une autre Catherine, célèbre par les lumières dont Dieu l'éclairait. Toutes les fois qu'on l'interrogeait sur le compte de notre Catherine, elle ne manquait jamais de la combler de louanges, l'appelant une grande sainte. Une autre vierge, qui ne connaissait Catherine que de réputation, la vit au ciel placée si haut qu'à peine pouvait-elle l'atteindre du regard. Une veuve, sa compagne, lui vit un jour sur la tête une lumière ressemblant à une étoile, et à cette splendeur comme à l'éclat subit de son visage, ceux qui vivaient avec elle étaient avertis de la présence de quelque esprit céleste. Un prêtre a raconté qu'entrant un jour dans sa chambre, où elle était malade, il la vit élevée en l'air au-dessus de son lit, et qu'il l'entendit parler comme une personne ravie en esprit. Cette sainteté n'était pas profitable à Catherine seule. Un grand nombre de pécheurs y trouvèrent un aide pour se convertir.

Bien que Catherine fût généralement aimée et vénérée, néanmoins il ne manqua pas de méchants à qui sa sainte vie était un reproche qui les couvrait de confusion. Ils cherchèrent donc par toutes sortes de moyens à lui faire perdre la réputation dont elle jouissait. Pour y réussir, plusieurs d'entre eux rapportèrent au supérieur de son Ordre tant de calomnies qu'ils avaient inventées sur son compte, que ce religieux, ajoutant foi à ces mauvais bruits, fut amené à devenir l'instrument de leur malignité. Pendant la durée de cette mauvaise disposition du supérieur envers Catherine, elle lui demanda de vouloir bien lui laisser son confesseur accoutumé, afin d'avoir une personne de confiance pour répondre aux lettres que des princes et des hommes du premier mérite lui adressaient. Mais ce religieux ne consentit jamais à le lui accorder. Cependant Dieu mit fin à cette persécution sans motif.

Les ennemis de Catherine devinrent alors plus furieux que jamais, et cherchèrent à la faire mourir en l'empoisonnant. Mais Dieu, qui protège ses serviteurs, fit qu'elle n'en ressentit aucun mal. Voyant alors l'inutilité de leurs tentatives, ils firent tant par leurs menées auprès des uns et des autres, qu'ils obtinrent qu'elle fût bannie de Racconigi. Le jour fixé pour son bannissement étant arrivé, elle fut obligée, au milieu des moqueries et des insultes de quelques libertins, d'abandonner la maison paternelle pour se rendre sur une terre étrangère. Elle se dirigea donc vers Caraman, pays éloigné de deux milles de Racconigi. Les ennemis de Catherine, voyant qu'ils n'avaient pu réussir dans leurs projets en la chassant de son pays, et voulant accomplir des desseins encore plus fâcheux qu'ils nourrissaient contre elle, s'adjoignirent un supérieur de l'Ordre pour la faire retourner à Racconigi.

Catherine ayant su que ce supérieur se trouvait à Racconigi, et sachant en outre qu'il ne lui était pas défendu de venir de temps en temps dans sa patrie, mais seulement d'y faire de longs séjours, alla trouver ce supérieur pour lui témoigner son respect. Alors ce dernier lui manifesta sa volonté, qui était qu'elle revînt dans sa patrie. Mais Catherine lui répondit : « Mon Père, je suis fille d'obéissance, et je suis prête à obéir jusqu'à la mort en tout ce qui est conforme à la règle à laquelle je me suis engagée ; mais pour tout le reste, je n'entends pas m'y regarder comme obligée. Or, d'un côté

LA BIENNEUREUSE CATHERINE DE RACCONIGI.

ma règle ne m'impose pas de demeurer à Racconigi, et de l'autre la volonté de Dieu y étant contraire, veuillez m'excuser si je vous désobéis ». Le supérieur, mécontent de cette réponse, et de plus mal informé sur l'intégrité de la vie de Catherine, défendit aux couvents voisins de s'occuper de sa direction spirituelle, défense qui dura deux ans, et jusqu'à l'expiration de son gouvernement.

Parmi tant de persécutions, Catherine ne cessait de prier pour ses ennemis. Dieu voulut enfin la consoler en changeant le cœur de ses persécuteurs, dont plusieurs se repentirent de leurs mauvais procédés à son égard. Catherine avait reçu de Notre-Seigneur le don des miracles, et surtout celui de connaître les secrets des cœurs. Ce don, elle ne l'employait jamais que pour le bien des âmes et pour la plus grande gloire de Dieu.

Ses prières et ses pénitences les plus abondantes étaient surtout pour ses amis et ses enfants spirituels, que Notre-Seigneur lui avait confiés d'une façon toute spéciale. Dieu l'éclairait d'un grand nombre de révélations à leur sujet. Non-seulement elle savait les secrets de ceux qui étaient encore de ce monde, mais encore ceux aussi des défunts passés dans l'autre. Elle disait une fois avoir eu la connaissance que tous étaient en lieu de sûreté ; elle les nommait par leur nom, et elle savait en outre ceux qui jouissaient déjà de la gloire du paradis, et ceux qui demeuraient encore arrêtés dans le purgatoire. Un jeudi saint, elle fut ravie en esprit, et il lui fut donné de contempler la gloire de Dieu. Elle vit sur un trône élevé le divin Sauveur qui avait à ses pieds un grand livre fermé de sept sceaux. Le livre fut ouvert, et il lui fut accordé d'y voir inscrits son nom et celui de ses enfants spirituels. Ces célestes visions lui arrivaient spécialement dans le temps de l'oraison, exercice pour elle si fréquent, qu'ordinairement il ne se passait jamais une demi-heure, ou tout au plus une heure, sans qu'elle se mît à prier. Dans la vigueur et la force de l'âge, elle y employait même une grande partie de la nuit.

Cependant l'heure de sa mort approchait. Le Père Morelli, qui avait compris qu'elle en connaissait le moment, lui demanda si l'année 1546, dans laquelle on se trouvait, serait la dernière de sa vie. Catherine répondit : « Ce n'est pas encore cette année, mais l'autre qui vient après ». L'année 1547, qui fut la dernière de sa vie, Dieu opéra de grands miracles en faveur de ceux qui l'invoquaient par les mérites de sa fidèle servante. Nous en rapporterons seulement quelques-uns. La comtesse Françoise de Caconato était tourmentée de graves douleurs au côté. Quatre mois de remèdes assidus, au lieu de la calmer, n'avaient fait qu'augmenter cruellement ses souffrances. Voyant donc l'inutilité des secours humains, elle se souvint de Catherine, et pria Dieu en disant : « Si ce qui se dit des miracles de sœur Catherine est vrai, je vous prie, ô mon Dieu, de vouloir bien me délivrer par ses mérites ». Au même moment elle se sentit délivrée de tout mal.

Depuis de longues années, un homme était travaillé du mal caduc. Les remèdes qu'il avait pris avec soin ne lui avaient rien fait. Il alla trouver Catherine, et dans un sentiment de grande confiance, il la pria de vouloir bien lui obtenir de Dieu la santé. La Sainte le lui promit, et jamais depuis il ne ressentit la moindre atteinte de ce mal affreux.

Parvenue aux derniers temps de sa vie, Catherine, qui jusque-là avait été affligée principalement en son corps, se vit accablée en son esprit et son cœur ; aussi dit-elle que les douleurs dont sa jeunesse avait été flagellée étaient bien plus aisées à endurer que les angoisses spirituelles de sa

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vieillesse. Le Père Morelli atteste qu'il lui était souvent arrivé de la voir si affligée, qu'elle en faisait compassion.

Enfin le temps était arrivé où Dieu allait soustraire Catherine à tant de douleurs, et l'appeler aux joies de son éternité glorieuse. Le moment venu, elle tomba dans une longue et grave maladie qui pour elle fut la dernière. Parlant un jour avec le médecin des remèdes qu'elle devrait prendre pour se guérir, elle lui dit : « Tout remède est inutile, attendu que je n'ai plus que quatre mois à vivre ». On était alors dans les premiers jours de mai. Il faut renoncer à donner une idée de la patience, de la résignation avec laquelle elle supporta les douleurs de cette maladie, ainsi que les actes fréquents d'amour qu'elle envoyait à son Dieu. Elle ne paraissait plus être une créature de ce monde, mais un ange du ciel. Tous ceux qui s'approchaient de son lit emportaient d'elle les instructions toutes célestes qui les remplissaient d'amour pour le paradis.

Cependant son état devenait chaque jour plus grave, et celui qui devait mettre fin à son exil avançait à grands pas. On lui administra les sacrements. En recevant pour la dernière fois son aimable Jésus, ce Jésus qui tout le temps de sa vie avait été son époux et sa douce espérance, son cœur fut inondé d'un tel amour, qu'elle fut contrainte de s'écrier : « Le cœur me bout si fort, qu'il me semble avoir en moi une fournaise ardente. Ah ! pourquoi se fait tant attendre le moment où je volerai dans les bras de mon Époux céleste ? » Malgré le désir ardent qui brûlait Catherine de quitter bientôt ce monde, néanmoins, en pensant aux périls dans lesquels elle laissait ses enfants spirituels, elle adressait à Dieu la prière de saint Martin : « Seigneur », disait-elle, « s'il peut être utile aux âmes que je reste encore en ce monde, que votre volonté se fasse. »

Le bruit de sa mort prochaine s'étant répandu, un grand nombre de ses filles spirituelles vinrent entourer son lit. Catherine leur donna un regard maternel, et réunissant ce qui lui restait encore de forces, elle leur adressa une exhortation si émouvante, que toutes éclatèrent en sanglots. Elle les encouragea à la haine du monde, à aimer Dieu de tout leur cœur, et à mettre en Jésus et Marie toute leur confiance. Enfin elle leur promit de les protéger du haut du ciel, et de continuer de les aimer avec la tendresse d'une mère. Mais l'heure de la mort est sonnée ; déjà le ciel se prépare à ouvrir ses portes à cette âme bénie, et la terre pleure de se voir ravir un si précieux trésor. L'aurore du 4 septembre vient de poindre, et avec elle le signal que Catherine va rendre son dernier soupir. Au milieu de ceux qu'elle a honorés de son intimité, et qui l'assistent les larmes aux yeux, un religieux bénédictin d'une abbaye voisine fait pour elle les prières de la recommandation de l'âme. Pendant que les assistants l'entouraient, tenant fixés sur elle leurs yeux pleins de larmes, Catherine leva les siens au ciel, et dans un doux sourire elle rendit l'âme, et la remit dans les bras de son Dieu.

On voit au-dessus de l'autel, dans la chapelle qui lui a été bâtie à Racconigi, le divin Rédempteur rendant à l'épouse bien-aimée son cœur, enrichi de rayons en forme de croix, et sur lequel on lit ces mots : « Jésus mon espérance ». — Dans le couvent de Sainte-Marguerite, à Chieri, elle est représentée parée de l'auréole des Saints, couronnée d'épines, ayant une grande croix sur l'épaule gauche, une petite croix sur la poitrine, les stigmates et un lis dans les mains, trois anneaux au doigt, et l'Esprit-Saint au-dessus de sa tête.

[ANNEXE: CULTE ET RELIQUES.]

À peine Catherine eut-elle rendu le dernier soupir, que son corps exhala un parfum des plus suaves. Le peuple de Caraman vint en foule le visiter, et tous pleuraient la grande perte qu'ils avaient faite. Son corps fut inhumé, au milieu d'un grand concours de peuple, dans le cimetière public. Cinq mois après sa mort, son corps ayant été trouvé aussi frais et aussi flexible que si elle eût été endormie d'un sommeil de paix, et de plus exhalant une odeur céleste, on en fit la translation.

Arrivées à Garessio, ses précieuses dépouilles furent placées dans l'église des Dominicains, sous l'autel du chapitre qui lui est consacré, où elles commencèrent à être en grande vénération, à cause des nombreux miracles opérés par l'intercession de Catherine.

Dans plusieurs provinces, non-seulement du Piémont, mais des royaumes de Naples et d'Espagne, ses reliques furent vénérées sur les autels, et ses images exposées au culte public. À Turin et à Chambéry, on l'implorait dans les prières qui se faisaient à l'église. La chambre habitée par elle à Racconigi, fut convertie en chapelle. Sur l'autel, on voit exposé dans un élégant et précieux reliquaire, donné par Mgr Fransoni, archevêque de Turin, un os de la Bienheureuse ; c'est un fémur tout entier, et parfaitement conservé. Dans le bourg de Sainte-Victoire, près d'Albe, on érigea une chapelle en son honneur, et chaque année, le jour du 4 septembre, on y célèbre encore solennellement sa fête avec un grand concours de peuple.

À la vue de ce culte général, le maître général de l'Ordre de Saint-Dominique, Pic-Joseph Gadéi, demanda et obtint du pape Pie VII, le 9 avril 1808, l'approbation de ce culte public, que Catherine fût honorée du titre de Bienheureuse, et que l'on pût célébrer la messe et un office propre en son honneur.

On lui rend aussi un culte à Caraman, petit bourg célèbre par son antique abbaye de Sainte-Marie, et bien plus encore par le séjour qu'y a fait la Sainte.

De toutes les reliques de la bienheureuse Catherine, que possède Caraman, la plus insigne est un bras, reconnu et déclaré authentique, le 5 août 1811. Cette relique sacrée est exposée publiquement à la vénération du peuple, pendant tout le cours de la novaine, et aussi le jour de la fête de la Bienheureuse, qui se célèbre avec une grande pompe dans l'église paroissiale, le quatrième dimanche de septembre, jour auquel a lieu une procession solennelle. Le 4 septembre, anniversaire de sa précieuse mort, il y a indulgence plénière pour tous ceux qui, étant confessés et ayant communiqué, visitent la chapelle où, ce même jour, et pendant la novaine qui le précède, et qui attire en foule les dévots de notre Bienheureuse, se célèbrent un grand nombre de messes.

Lors de la suppression des Réguliers en Piémont, au commencement de ce siècle, le couvent et l'église de Garessio furent vendus et détruits. Les reliques de la Bienheureuse furent transportées dans la paroisse du faubourg supérieur du Garessio et exposées à la vénération publique dans une chapelle qui lui fut consacrée. On les revêtit d'un corps en cire et des vêtements du Tiers Ordre, et chaque année on y célèbre avec solennité la fête de l'illustre Dominicaine.

À la publication du décret du Saint-Siège qui approuvait le culte de la Bienheureuse, on célébra à Turin une grande fête en son honneur, et on lui éleva une chapelle dans l'église de Saint-Dominique. Cette chapelle subsiste encore aujourd'hui. Catherine est encore honorée dans d'autres églises de Turin. Les fabricants et les ouvriers en rubans célèbrent sa fête le premier dimanche de septembre ; car, suivant l'usage des jeunes filles de Racconigi, Catherine, de son temps, avait appris et exercé leur métier. Chaque année, ils portent le portrait de la Bienheureuse à l'église qu'ils ont choisie, et célèbrent sa fête avec une grande solennité.

A Chieri, le culte de la Bienheureuse a longtemps été en usage. Une des plus grandes chapelles de l'église de Saint-Dominique lui est consacrée ; elle est la patronne des Tertiaires, qui célèbrent chaque année sa fête avec une grande dévotion. Aujourd'hui l'église est devenue, par suite de la nouvelle loi contre les religieux, la propriété du gouvernement, et le monastère un collège.

A Puirino, bourg de sept mille âmes, à cinq lieues de Racconigi, vers l'orient, notre Bienheureuse reçoit des fidèles des honneurs et une vénération que rien ne peut interrompre.

Extrait de la Vie de la Bienheureuse, par un membre du Tiers Ordre du Saint-Dominique, et de l'Année Dominicaine.

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Événements marquants

  • Apparition de saint Pierre martyr et don du calice de sang
  • Vœu perpétuel de virginité à l'âge de 13 ans
  • Réception des stigmates invisibles à l'âge de 23 ans
  • Échange de cœur mystique avec Jésus le 3 août 1512
  • Prise d'habit du Tiers Ordre de Saint-Dominique à 28 ans
  • Bannissement de Racconigi vers Caraman
  • Mort le 4 septembre 1547

Miracles

  • Réparation miraculeuse d'un verre brisé
  • Multiplication de secours pour sa famille pauvre
  • Lévitation au-dessus de son lit de malade
  • Connaissance des secrets des cœurs et état des âmes au Purgatoire
  • Guérison de la comtesse Françoise de Caconato et d'un épileptique

Citations

Je suis Catherine de Racconigi, pauvre des biens temporels, mais, par la grâce de Dieu tout-puissant, riche des biens spirituels.

— Réponse au prêtre lors d'une vision

Jésus mon espérance

— Inscription sur son cœur mystique