Bienheureux Crispino de Viterbe

Frère lai Capucin

Fête : 23 mai 17ᵉ siècle • bienheureux

Résumé

Frère lai capucin né à Viterbe, Crispino (Pierre Fioretti) mena une vie de simplicité et de dévotion mariale intense. Successivement cordonnier, cuisinier, infirmier et quêteur, il fut célèbre pour ses miracles, sa joie humble et ses liens avec le pape Clément XI. Il mourut à Rome en 1750, laissant un corps resté intact.

Biographie

LE BIENHEUREUX CRISPINO DE VITERBE

Efforçons-nous d'acquérir la pureté du cœur, car le Saint-Esprit habite dans les cœurs simples et candides.

Maxime de saint Philippe de Néri.

Ce sublime ignorant qui, par sa simplicité a ravi le ciel, tandis que bien des savants, ses contemporains, esclaves de leurs passions, marchaient vers une triste fin, le frère capucin Crispino naquit à Viterbe, capitale de la province des États pontificaux, dite patrimoine de saint Pierre : c'était le 13 décembre 1668. On lui donna au baptême le nom de Pierre. Son père, Ubaldo Fioretti et sa mère Marzia étaient ce que l'on appelle dans le monde de pauvres ouvriers ; mais riches de leur foi et de leur piété, ils marchaient bravement, eux aussi, à la conquête du ciel.

Les anges et les saints durent se réjouir dans les parvis éternels le jour où la mère de ce futur compagnon de leur gloire conduisit son enfant à l'autel de Marie et lui dit : « Regarde, mon enfant, voilà ta véritable mère ; je te donne à elle en ce moment ; aime-la toujours de tout ton cœur et honore-la comme ta seule maîtresse ».

L'enfant, qui n'avait alors que cinq ans, n'oublia jamais ces paroles. Sa mère lui avait encore dit : « Mon enfant, dans tous les dangers, il faut s'écrier : Vierge Marie, venez à mon aide, et elle y viendra ». Quelque temps après, Crispino tomba d'un arbre sur lequel il était monté avec des camarades. Ceux-ci se blessèrent tous grièvement sur un tas de pierres ; lui seul n'eut rien : il avait invoqué la sainte Vierge.

Quand sa mère allait au couvent de Sainte-Rose de Viterbe porter ou recevoir du linge à blanchir, l'enfant allait l'attendre à l'église, et priait devant le corps de sainte Rose. Les religieuses, témoins de sa ferveur, ne pouvaient s'empêcher de l'appeler le petit saint ; ce qui le faisait rougir. Les jeux et les divertissements n'avaient pour lui que peu d'attraits : son plus grand plaisir était de servir la sainte messe dans les églises, et lorsqu'on voulait lui remettre un petit salaire, il refusait et disait, en montrant la sainte Vierge, que sa maîtresse l'avait déjà payé.

Quand il eut dix ans, on lui fit étudier la grammaire au collège des jésuites. Malgré ses succès, ses parents ne jugèrent pas à propos de lui faire continuer ses études : ils le mirent en apprentissage chez un de ses oncles qui était cordonnier, afin de lui faire apprendre un métier qui pût lui fournir plus tard des moyens d'existence. Tous les samedis soir, quand il était content de son travail, cet oncle lui donnait un petit salaire. Le dimanche matin, le pieux enfant courait au marché et y achetait un bouquet. « Donnez-moi vos plus belles fleurs », disait-il au marchand ; « car c'est pour les offrir à une grande dame ». Il allait ensuite les porter à quelque image ou statue de la Vierge, et demeurait toute la matinée à servir les messes dans l'église qui avait eu son choix.

Sa dévotion pour la Mère de grâce semblait croître en lui avec les années : depuis qu'il avait l'âge de raison, il jeûnait le samedi ; désormais il jeûna encore la veille de ses fêtes. Accoutumé, dès sa plus tendre enfance, aux pratiques de mortification, il s'y livrait avec ardeur : chaque nuit il se flagellait avec un paquet de cordes, en mémoire de la passion. Une vie si pénitente influa sur son tempérament. Son oncle, qui remarqua sa pâleur et sa maigreur, s'en fâcha et exigea qu'il se nourrit comme les autres ; le serviteur de Dieu obéit, mais n'en devint que plus faible et que plus chétif ; alors l'oncle dit à la mère : « Laissez-le jeûner, car il vaut mieux qu'il se porte bien en étant maigre, que d'avoir de l'embonpoint et d'être un mauvais sujet ».

Après plusieurs années passées dans la boutique du cordonnier, Crispino fut appelé à un état plus parfait. Une grande sécheresse désolait en ce temps-là le patrimoine de saint Pierre. Des processions de pénitence eurent lieu pour apaiser la colère du ciel. Une de ces processions fut le moyen dont le Seigneur se servit pour l'appeler à son service. Les Ordres religieux assistaient à cette cérémonie. Le vertueux jeune homme fut tellement touché de la modestie et de l'air pénitent des Capucins, qu'il les regarda comme des anges, et se sentit le désir d'entrer dans leur Ordre pour y faire son salut. À partir de ce moment, il fréquenta l'église des bons religieux, se procura la Règle de Saint-François, l'apprit par cœur, et la plaça sur sa poitrine pour ne plus s'en séparer. Le Père provincial étant venu à Viterbe, il se présenta à lui et obtint la permission d'entrer au noviciat. Il fit donc part de sa résolution aux parents et aux amis. Sa bonne mère, pendant l'entrevue d'adieu, pleurait amèrement. « Pourquoi pleurez-vous, lui dit Crispino ? Ne m'avez-vous pas consacré dès l'âge de cinq ans à Dieu et à la Vierge ? Vous avez fait cette donation librement, sans réserve, sans condition ; je ne m'appartiens plus ; il faut remplir votre promesse et vous consoler ». Puis il couvrit de baisers les mains de sa mère, embrassa les personnes présentes et les quitta aussitôt. C'était au mois de juillet 1693.

Le couvent de Paranzana fut le lieu désigné pour son noviciat. Le gardien fit d'abord difficulté de le recevoir à cause de sa petite taille et de sa frêle constitution : il craignait que le nouveau frère ne pût supporter les rigueurs de la Règle et s'adonner aux travaux de l'institut. Mais par ses supplications et ses larmes, par ses prières et sa confiance en Marie, les difficultés s'aplanirent comme par enchantement. Le provincial intervint et ordonna qu'on le reçût, puisqu'il l'avait admis. Il prit l'habit le jour de sainte Marie-Madeleine et changea son nom contre celui de Crispino ou Crépin, patron des cordonniers, en mémoire du métier qu'il avait exercé. Le Bienheureux était dans sa vingt-cinquième année.

Il fut admis en qualité de frère lai. Ce n'est pas qu'il ne pût étudier et parvenir au sacerdoce ; il avait appris les premiers éléments du latin et ne manquait pas d'esprit naturel ; mais dans son humilité, il ne se croyait pas assez pur pour aspirer aux sublimes fonctions des autels. Il bêchait le jardin, allait à la quête, soignait les malades : il suffisait à tout, avec la grâce de Dieu ; il parut avoir acquis des forces nouvelles.

Un religieux malade auprès duquel on l'employa, fut si satisfait de sa charité et de ses soins, qu'il disait : « Frère Crispino n'est pas un novice, mais un ange ». Ce témoignage et beaucoup d'autres du même genre qu'on pouvait rendre en sa faveur le firent admettre à l'unanimité à la profession.

Lorsqu'il eut prononcé ses vœux, on l'envoya au couvent de la Tolfa, où il exerça la charge de cuisinier. Aussitôt qu'il eut pris possession de son domaine, il y dressa un autel à la sainte Vierge qu'il ornait avec soin de fleurs, chaque jour renouvelées ; la cuisine était devenue un vrai paradis, tant on y respirait de doux parfums. Tous les soirs, il y chantait les litanies de sa bonne Mère. La Vierge Immaculée ne tarda pas à récompenser la dévotion de son serviteur.

Une épidémie vint à ravager la Tolfa, pays voisin de la mer, et sujet à des brouillards malsains. Une dame qui connaissait la vertu du Bienheureux en fut atteinte : elle pria le Père gardien de permettre au frère Crispino de la visiter : quand celui-ci fut entré, la malade le pria de faire le signe de la croix sur sa tête avec la médaille de son chapelet qui représentait l'Immaculée-Conception. Le Bienheureux accéda de bonne grâce à cette requête, et aussitôt la malade fut guérie. Ce prodige commença sa réputation au dehors. Les malades accoururent de tous côtés ; en vain le frère voulut se cacher : le Père gardien ordonna, et un très-grand nombre furent guéris par le moyen de cette médaille.

Le gouverneur des mines d'alun, situées dans le voisinage, payait son tribut à l'épidémie. Or, ce personnage avait une mauvaise réputation sous le rapport des mœurs. Le Bienheureux l'alla voir : « Seigneur gouverneur », lui dit-il en entrant, « si vous voulez que la sainte Vierge vous guérisse, il ne faut pas offenser son fils ; qui offense l'un, afflige l'autre ». Le gouverneur se mit à pleurer et promit de changer de vie ; il tint parole et vécut saintement, après que le frère l'eut guéri en faisant le signe de la croix avec la toute-puissante médaille.

Ces miracles donnèrent une grande influence au Bienheureux dans la contrée ; sa seule présence suffisait pour disperser les joueurs et apaiser les rixes.

Les supérieurs l'envoyèrent ensuite à Rome en qualité d'infirmier. En vain le peuple de Tolfa demanda-t-il qu'on lui laissât frère Crispino, qu'il regardait comme le protecteur du pays. Le provincial répondit que c'était contre l'esprit de la Règle : en effet, la coutume des Capucins est de faire souvent changer de couvent aux frères, afin qu'ils ne s'attachent pas aux lieux qu'ils habitent.

Le Bienheureux entra dans Rome par la porte la plus rapprochée de Saint-Pierre. Il lui avait fallu pour cela se détourner de son chemin et faire quelques milles de plus. C'est qu'il voulait, suivant son expression, prier au tombeau de celui qui tient les clefs du paradis, avant d'aller au couvent.

Il resta peu de temps à Rome : il lui fallait le feu de la cuisine ou le soleil du jardin. « Je ne suis pas une bête que l'on puisse tenir à l'ombre », disait-il, « je suis trop froid dans l'amour de Dieu. Il me faut du travail pour me réchauffer ». Il tomba en effet malade. Les supérieurs l'envoyèrent à Albano, où on le chargea encore de la cuisine.

Son premier soin fut, comme à la Tolfa, de s'arranger un petit autel sur lequel il plaça une image de Marie. Quand on le venait voir, et on y venait beaucoup, il conduisait les visiteurs devant cette image et leur récitait les belles stances que le Tasse a chantées à Marie dans sa Jérusalem délivrée. Cela lui fournissait l'occasion d'en arriver à des entretiens pieux, à des conseils utiles et salutaires au bien des âmes. Un religieux lui reprocha un jour de recourir ainsi aux auteurs profanes. « Mon Père », répondit le Bienheureux, « le poisson ne vient pas de lui-même à l'hameçon ; on l'attire par un appât. Nos austérités ne sont guère du goût des gens du monde ; ces stances sont l'appât avec lequel je les attire et leur fais supporter le petit discours que j'y ajoute ».

Albano est le rendez-vous d'un grand nombre de seigneurs et de prélats pendant l'automne : tous ceux qui y venaient voulaient voir l'autel du frère Crispino, et lui entendre réciter ses vers : sa douce gaiété, son aimable simplicité, l'air de sainteté répandue sur toute sa personne charmaient les visiteurs.

Le pape Clément XI lui-même fut pris à ce charme, et venait rarement à Castel-Gandolfo, sans se rendre au couvent et demander le frère Crispino. Un matin le Pontife lui fit porter deux cierges pour son autel. Ce don nous rappelle une aventure dans laquelle le bon religieux avait montré un abandon de tendresse envers Marie, sa bien-aimée, vraiment digne d'un fils affectueux.

Un seigneur lui avait fait présent de deux fleurs de soie magnifiques. Des jeunes gens, espiègles, qui allaient et venaient dans la cuisine, volèrent les fleurs ; ce qui affligea sensiblement le frère, car c'était avoir manqué de respect à la très-sainte Vierge, à qui ces fleurs étaient destinées. Peu après, un religieux, le Père Damasceni lui donna deux cierges pour son autel : le Bienheureux les allume et sort pour cueillir des légumes dans le jardin. Le père Damasceni fit aussitôt enlever les cierges, en sorte que quand le Bienheureux rentra, il crut qu'on les lui avait encore volés. Il s'en plaignit à la sainte Vierge. « Mais comment », lui dit-il avec une familiarité toute filiale, « hier les fleurs et aujourd'hui les cierges ! Mais vraiment, ma Mère, vous êtes trop bonne ; quelque jour, on vous prendra votre fils dans les bras, et vous n'oserez rien dire ! » et il continua longtemps sur ce ton. Le Père Damasceni, qui s'était caché, entendait ces tendres reproches : il rentra dans la cuisine, prit le frère dans ses bras, lui rendit les cierges et le quitta plein d'une admiration facile à comprendre.

La bienveillance du Pape et des prélats de sa cour fit trembler l'humilité du Bienheureux. Quelques miracles que sa charité le força à opérer, portèrent ses craintes à leur comble : il demanda donc qu'on l'envoyât dans un autre couvent. Celui de Monte-Rotondo lui fut assigné.

Quand il arriva, le frère quêteur était malade : il fit la quête, cultiva le jardin, prit sur lui presque tout le service du couvent. Quand on le plaignait de ce surcroît de travail, il répétait en riant le mot de saint Philippe de Néri : « Le paradis n'est pas fait pour les lâches ».

À cette époque, une maladie contagieuse s'était abattue sur le couvent des Capucins à Bracciano : il fallait y envoyer un infirmier. Mais qui choisir ? il y allait de la vie. Notre charitable religieux s'offrit aussitôt. — Mais, frère Crispino, comme il y a péril de mort, je n'entends pas forcer votre volonté, dit le provincial, — quelle volonté, lui répondit-il ? je l'ai laissée à Viterbe, lorsque je suis entré chez les Capucins. Il partit, muni de la bénédiction de son provincial, emmenant avec lui, comme il le disait encore, saint François comme médecin, et la sainte obéissance comme préservatif. Médecin et préservatif firent des merveilles, car frère Crispino revint quelques mois après, mieux portant que jamais : il avait guéri par ses soins et ses prières tous les malades du couvent.

Au Chapitre suivant, il fut envoyé à Orvieto, où il devait passer quarante années de sa vie, comme quêteur. Il fut vite connu et aimé, et on lui donnait en abondance tout ce qu'il désirait. Il en profita pour soulager grand nombre de misères. L'amour des habitants d'Orvieto pour notre Bienheureux était tel qu'on fut obligé de le leur laisser. Chaque fois qu'on essaya de le changer, toutes les portes se fermèrent devant les nouveaux frères quêteurs, et pour ne pas mourir de faim, il fallut se résoudre à faire revenir celui qui, par humilité, s'appelait l'âne des Capucins.

Lorsqu'il lui fallait traverser la foule, il s'écriait : — Allons, mes enfants, faites place à l'âne des Capucins. — Et où est donc cet âne, dit un jour un homme qui ne le connaissait pas? — Tu ne vois pas que je porte le bât, dit le Bienheureux, en montrant sa besace. On lui demanda une fois pourquoi il allait toujours tête-nue. — C'est parce qu'un âne ne porte pas de chapeau, répondit-il avec une aimable jovialité.

Dans un couvent de religieuses, la sœur qui était chargée de le recevoir ne manquait jamais, pour l'éprouver sans doute, de l'accabler de sottises, de le traiter de fourbe et d'hypocrite. Le serviteur de Dieu se contentait de répondre : « Dieu soit loué, qu'il y ait à Orvieto une personne qui me traite comme je le mérite ».

Les miracles continuaient à naître sous ses pas : multiplication de la farine et du vin, prédiction de l'avenir, prévision des événements, heureux ou malheureux, don de lire dans les consciences, Dieu lui avait tout accordé à profusion.

Il arrive un jour à l'improviste dans un couvent de sœurs de Saint-Dominique ; il fait demander une des religieuses et lui dit : « Nous naissons pour mourir; que vous êtes heureuse, vous allez quitter cette vallée de misères où nous sommes prisonniers; une éternité de bonheur vous est assurée. Que vous êtes heureuse! que vous êtes heureuse! » Or, cette religieuse se portait à merveille; on conçoit donc son étonnement. Cependant, réfléchissant qu'elle avait eu affaire à un homme de Dieu, elle résolut de se préparer : peu de jours après, elle mourut de la mort des saints.

Le cardinal Gualtieri, qui habitait une villa dans les environs d'Orvieto, eut un jour à recevoir le roi d'Angleterre, fils de Jacques II : son intendant avait fait demander à Rome des fleurs dont on manquait, vu la saison. La personne chargée de la commission oublia les fleurs. L'intendant du cardinal rencontra frère Crispino et lui conta sa désolation : « Ne vous désolez pas, dit le frère, vous aurez toutes les fleurs dont vous aurez besoin et au-delà. » Il part et revient presque aussitôt, portant des fleurs magnifiques dont, chose étonnante, on ne cultivait pas l'espèce dans les jardins d'Orvieto. Quand on demandait au Bienheureux d'où il les avait tirées, il répondait : « Occupons-nous de gagner le paradis; si nous avons le bonheur d'y parvenir, nous y verrons des fleurs bien plus belles et d'un parfum incomparablement plus exquis ».

Il faudrait parcourir la nombreuse série des vertus chrétiennes, si l'on voulait parier en détail de celles de ce saint religieux; car il les possédait toutes à un degré éminent. Mais il se distinguait surtout par son zèle pour la gloire de Dieu; l'idée de le voir offensé l'affligeait tellement qu'il faisait mille efforts pour empêcher le péché; ainsi lorsqu'il était à la quête, et qu'il entendait jurer ou prononcer le saint nom de Dieu sans respect, il allait de suite reprendre les coupables, fût-il même chargé de fardeaux pesants. Le rang et la qualité des personnes ne l'arrêtaient pas alors, disposé qu'il était à tout souffrir pour arrêter le mal dont il était le témoin. Nulle démarche ne lui coûtait pour ramener les pécheurs à de meilleurs sentiments. Deux frères, pour des affaires d'intérêt, s'étaient tellement brouillés ensemble qu'ils avaient résolu de se battre en duel. Crispino l'apprend, son zèle s'enflamme; et, quoique les amis de ces deux pauvres aveugles n'eussent pu réussir à les rapprocher, il ne désespéra pas de les faire renoncer à leur funeste projet; en effet, il va les voir et agit si heureusement près d'eux, que le jour même où ils devaient exposer à la fois leur âme et leur corps dans un combat singulier, il les réconcilie si parfaitement que depuis il n'y eut plus entre eux aucune division.

C'est à Rome que le Bienheureux devait mourir, c'est à Rome que s'écoulèrent les dernières années de sa vie. Elles furent si pleines de miracles que la ville éternelle en fut dans l'admiration. Sachant par révélation l'heure de sa mort, Crispino fit ses adieux à ses bienfaiteurs et à ses amis qui en riaient, car il était encore bien portant et rien ne faisait présager qu'il fût si près d'aller au ciel. Cependant quelques jours après il tombait malade : il était âgé de quatre-vingt-deux ans et on n'espéra pas le conserver. Le démon essaya de troubler ses derniers moments. Il s'offrit à lui sous la forme d'une bête hideuse que l'eau bénite suffit pour mettre en fuite. Aussitôt que la nouvelle de sa maladie se fut répandue, tout le monde voulut le voir. Le Bienheureux s'en étonnait et admirait la simplicité de ces gens qui témoignaient de l'admiration pour un misérable pécheur comme lui. Après avoir reçu avec grande ferveur les derniers Sacrements, il expira doucement (1750). Aussitôt sa mort, ses membres raidis par l'âge reprirent leur souplesse, ils devinrent frais et roses, et la gangrène qui le dévorait disparut : depuis il s'est conservé intact et on peut le voir dans l'église des Capucins à Rome. Les guérisons miraculeuses furent nombreuses à son tombeau. Le Pape Pie VII béatifia le bienheureux Crispino en 1806 et fixa sa fête au 23 mai, quoiqu'il fût mort le 19.

L'image de Notre-Dame, qui joua un si grand rôle dans la vie du saint Capucin, doit, de toute justice, lui être assignée comme attribut caractéristique.

Vita del V. Serve di Dio Fr. Crispino da Viterbo, laico professio dell'Ordine de' Minori Capucini di S. Francesco, edizione prima romana, notabilmente accresciuta ed emendata dal Padre Fr. Emanuele da Dome d'Ossola, postulatore della causa, Roma, 1761.

Événements marquants

  • Naissance à Viterbe le 13 décembre 1668
  • Apprentissage de cordonnier chez son oncle
  • Entrée au noviciat des Capucins à Paranzana en juillet 1693
  • Profession religieuse après avoir été infirmier novice
  • Service comme cuisinier à la Tolfa et à Albano
  • Quêteur à Orvieto pendant quarante ans
  • Mort à Rome à l'âge de 82 ans
  • Béatification par Pie VII en 1806

Miracles

  • Guérison d'une dame et d'un gouverneur à la Tolfa avec une médaille de la Vierge
  • Multiplication de la farine et du vin
  • Apparition miraculeuse de fleurs hors saison pour le cardinal Gualtieri
  • Don de prophétie et lecture des consciences
  • Préservation du corps après la mort

Citations

Regarde, mon enfant, voilà ta véritable mère ; je te donne à elle en ce moment.

— Sa mère Marzia

Faites place à l'âne des Capucins.

— Crispino de Viterbe

Le paradis n'est pas fait pour les lâches.

— Crispino de Viterbe (citant Philippe de Néri)

Date de fête

23 mai

Époque

17ᵉ siècle

Décès

19 mai 1750 (naturelle)

Invoqué(e) pour

Guérison des épidémies, Conversion des pécheurs

Autres formes du nom

  • Pierre Fioretti (fr)
  • Pietro Fioretti (it)
  • Crépin (fr)
  • l'âne des Capucins (fr)

Prénoms dérivés

Pierre, Crispino, Crépin

Famille

  • Ubaldo Fioretti (père)
  • Marzia (mère)
  • Inconnu (oncle (cordonnier))