Vénérable Frère Egidio de Saint-Joseph

Religieux franciscain de la réforme de Saint-Pierre d'Alcantara

Fête : 7 fevrier 18ᵉ siècle • vénérable

Résumé

Religieux franciscain du XVIIIe siècle, Egidio de Saint-Joseph se distingua par son humilité et sa charité à Naples. Frère quêteur pendant plus de cinquante ans, il devint célèbre pour ses nombreux miracles et sa dévotion à Notre-Dame du Puits. Il mourut en odeur de sainteté en 1812.

Biographie

LE V. FRÈRE EGIDIO DE SAINT-JOSEPH,

RELIGIEUX FRANCISCAIN DE LA RÉFORME DE SAINT-PIERRE D'ALCANTARA

7 FÉVRIER.

Sa piété pénétrait dans son cœur, de sorte que sa vertu était toujours en harmonie avec le développement de son esprit. Aussi il fut trouvé de bonheur en état d'approcher des divins Sacrements. Ce fut alors qu'il cessa d'être un enfant et qu'il fit de tels progrès dans la vertu, que sa conduite attira tous les regards.

Il ne connaissait pas de passe-temps plus agréable que de se livrer aux pratiques pieuses, et les exercices religieux faisaient ses plus chères délices. La piété était devenue son élément, et les devoirs qu'elle impose la satisfaction d'un pressant besoin de son cœur. Placé en apprentissage chez un patron d'une conduite irréprochable et rempli de sentiments d'honneur et de religion, il fut le modèle des autres apprentis par sa régularité, son obéissance aux ordres de son maître, le profond respect qu'il montrait pour lui en toutes circonstances, et son affabilité envers tous. Son apprentissage étant terminé, il ne fut pas insensible au plaisir de se voir le maître de ses actions et de pouvoir disposer de son temps un peu mieux à son gré; mais ce fut afin de consacrer de plus longues heures au recueillement et à la prière. Les plaisirs mensongers que le monde promet, et qui offrent à la jeunesse insensée des attraits si irrésistibles, n'effleurèrent jamais son noble cœur. Inaccessible à toute satisfaction sensible et grossière, il tint toujours ses affections si haut, que les créatures n'y eurent jamais de part. Cette ardente aspiration vers la vertu inspira l'ordre d'après lequel il régla toutes les actions de sa journée. Sa première occupation, le matin, était d'aller entendre la sainte messe, après quoi il se sentait plus de force pour supporter la fatigue. Il passait la journée dans une joie paisible, offrant à Dieu sa sueur en esprit de pénitence et unissant le travail à la prière. Le soir, il rentrait promptement dans sa chambre, et là, loin du tumulte et du bruit, il se plongeait dans le recueillement et l'oraison, comme dans un bain vivifiant. Il parlait à son Dieu, il s'humiliait en sa présence, il examinait dans la lumière divine toutes ses actions avec rigueur, expiait ses fautes légères par des actes d'une contrition vive et profonde. Son âme, purifiée de ces manquements inhérents à la fragilité humaine, s'élevait sans entrave vers son Dieu, et Dieu s'inclinait miséricordieusement vers elle. Dans ces communications ineffables, l'âme de François oubliait la terre, et s'envolait vers le ciel sur les ailes de la contemplation et de l'amour.

Mais le Seigneur, qui perfectionne ses élus dans les tribulations, lui ménagea une épreuve bien sensible. François n'était encore que dans sa dix-huitième année quand il perdit son père. La douleur qu'il éprouva, à la suite de cette perte cruelle, fut inexprimable. Heureusement la piété lui vint en aide, et, en l'invitant à regarder vers le ciel, où il avait un Père immortel, elle répandit un baume divin sur cette plaie cuisante. Pour subvenir aux besoins de sa famille qui venait de perdre son principal appui, François se mit au travail avec une ardeur infatigable; mais le Seigneur, qui avait des vues bien plus élevées sur lui, ne tarda pas à manifester ses desseins adorables en le retirant du milieu du siècle au moment où il paraissait y avoir été enchaîné par les liens d'un devoir sacré et rigoureux. Sa mère ayant convolé à de secondes noces, François résolut d'entrer dans un Ordre religieux et de s'y consacrer entièrement au service de Dieu. Fidèle à la voix du Seigneur, il sollicita la faveur d'être admis dans l'Ordre de Saint-Pierre d'Alcantara; ce qui eut lieu dans le courant du mois de février 1734, au couvent de la ville de Lecce. François avait alors vingt-quatre ans et deux mois. Le lendemain il se rendit à Galatone, où se trouvait le noviciat de la province de Lecce. Vingt jours après son entrée dans

LE VÉNÉRABLE FRÈRE EGIDIO DE SAINT-JOSEPH.

cette maison, il revêtit la bure de l'Ordre séraphique et prit le nom de Frère Egidio de la Mère de Dieu.

Il ne tarda pas à devenir un objet d'étonnement et d'admiration pour tous les religieux. La belle vertu de simplicité brilla en lui d'un éclat incomparable. Cette vertu avait fait l'un des plus précieux ornements de sa jeunesse; en religion, elle s'épanouit comme une fleur transplantée sous le ciel qui lui est favorable. À force de candeur, il devint, pour ainsi dire, tout transparent; les sentiments les plus profonds de son cœur venaient se peindre d'eux-mêmes sur son visage, et son front était le miroir fidèle de son âme. Sa foi lui montrait l'œil de Dieu ouvert sur lui partout où il se trouvait, et cette pensée le rendait en quelque sorte incapable de pécher. La sainte Règle était pour lui une loi sacrée et inviolable dont il ne croyait pas possible de se dispenser. Il ne distinguait jamais entre les points de grande ou de petite importance. Dès qu'il savait qu'une chose était défendue ou commandée, tout était dit pour lui. Il marchait là où le devoir lui traçait sa route, et il ne déviait ni à droite ni à gauche dans la voie du bien. La vertu d'obéissance semblait lui être toute naturelle; ses supérieurs l'employaient à tout, sans jamais rencontrer une ombre de résistance. Dans la pensée que c'est la vertu d'obéissance qui fait le religieux, il n'avait d'autre volonté que d'accomplir celle d'autrui.

La charité fraternelle, dont la pratique, selon saint Augustin, fait la principale pénitence du religieux, ne lui présentait pas même d'obstacles à vaincre. Il aimait réellement et du fond du cœur son prochain comme lui-même, et il était toujours prêt à se sacrifier à ses besoins et à ses goûts. Son bonheur était de faire le bien, et c'était lui rendre service que de lui en fournir des occasions nombreuses. Son humilité le rendait insensible aux offenses; rempli de bas sentiments de lui-même, il croyait sincèrement mériter toutes sortes de mépris. Le moindre témoignage d'égards le confondait, et lui faisait voir un sujet d'édification dans celui qui le lui rendait.

La prière faisait le charme de cette âme si pure. Il avait toujours aimé à converser avec Dieu, les anges et les Saints; mais, dès qu'il se vit revêtu des livrées séraphiques, il était dans un transport presque continu d'amour et de reconnaissance. Sa prière s'échappait de son cœur comme les flammes de la fournaise. Quand il paraissait devant le très-saint Sacrement ou en présence de la Madone, sa foi naïve lui montrait Dieu, la sainte Vierge et les Saints aussi présents que s'il les avait vus de ses propres yeux. Il s'adressait à Dieu comme au plus tendre des pères, à Marie comme à une Mère dont il savait qu'il pouvait tout attendre, et aux Saints comme à des amis et à des frères vivement désireux de le secourir. Les religieux du monastère de Lecce ne purent voir sans admiration tant de vertus dans un jeune novice.

L'année du noviciat n'était pas encore écoulée, que les supérieurs du monastère l'avertirent de se préparer au grand jour où il devait contracter avec le Seigneur une alliance éternelle. La nouvelle d'une faveur qui mettait le comble à toutes celles qu'il avait déjà reçues, le fit tressaillir de bonheur. Ce fut le 28 février 1755 qu'il prononça ses vœux solennels et que, suivant l'usage de la famille alcantarine, il changea de nom et se fit appeler frère Egidio de Saint-Joseph. Quelques jours après, ses supérieurs l'envoyèrent au couvent de Squizzano, petit bourg des environs de la ville de Nardo, où il reçut l'emploi d'aide-cuisinier. Cette occupation lui permit de jouir à l'aise des douceurs de la solitude, et de mettre la dernière main

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à sa sanctification par la pratique d'un recueillement parfait et d'une oraison continuelle. Mais le révérend Père Provincial lui ayant ordonné de sortir de ce couvent et de se rendre à Naples dans celui de Saint-Pascal Baylon, l'humble Frère se rendit en toute hâte au lieu qui venait de lui être assigné et y remplit le même office.

Les religieux de Saint-Pascal ne tardèrent pas à remarquer en lui une grande piété et une haute perfection. Ils le voyaient d'une humeur toujours égale, le sourire sur les lèvres, actif dans les devoirs de son emploi, calme et sans empressement dans ses actions. Ils n'entendaient jamais une plainte de sa bouche ni un murmure. Il était bon et charitable envers tous; personne ne paraissait l'importuner, et chacun le trouvait disposé à le servir avec autant de zèle que s'il n'avait eu que lui seul à contenter; en un mot, il offrait à tous les regards le modèle accompli d'une vertu éprouvée. Les Pères de la réforme de saint Pierre d'Alcantara voyant qu'il réunissait toutes les qualités qui constituent le parfait religieux, jetèrent les yeux sur lui pour remplir la charge de portier. Dans cet emploi, ses vertus commencèrent à fixer l'attention du public: en peu de temps, son nom fut sur toutes les lèvres, et on venait de toutes parts se recommander à ses puissantes prières. Ce concours redoubla, quand le bruit se répandit qu'il avait obtenu la santé aux malades, fait prospérer des affaires désespérées, converti des pécheurs endurcis. Dès lors, les familles riches de Naples voulurent l'avoir dans leurs palais, et les malades au pied de leur lit de douleur. Un événement si inattendu détermina les supérieurs du couvent à appliquer Frère Egidio à un emploi qui lui permit de répondre à la confiance que ses vertus lui avaient acquise: ils le nommèrent donc Frère quêteur. Ce fut alors le commencement d'un nombre infini de miracles qu'il opéra dans la ville de Naples pendant plus de cinquante ans.

A peine se vit-il chargé de cet emploi, qu'il montra un grand zèle pour la décoration de l'Église et la magnificence du culte. Néanmoins le culte extérieur n'était pas celui qui le préoccupait davantage. Quelque ardent que parût son zèle pour la beauté de la maison de Dieu, celui qu'il déployait pour lui procurer des adorateurs en esprit et en vérité était bien plus grand encore. Les jours où il avait le bonheur de faire la sainte communion, il devenait pour la communauté entière un spectacle touchant d'édification. L'expression que prenait sa figure au moment où il approchait de la table sainte frappait tous les regards. Il ressemblait à un ange du ciel qui se serait approché avec crainte et amour du trône de la Majesté divine. Après s'être uni à Dieu, il paraissait avoir oublié ce monde, et s'être plongé dans les profondeurs de la Divinité. Il ne savait plus ce qui se passait autour de lui: la présence de son Dieu l'absorbait, il ne voyait plus autre chose que la grandeur de son Bien-Aimé, et ne goûtait plus que le souverain Bien.

Il n'était pas possible que le Frère Egidio aimât si vivement le divin Fils de Dieu sans concevoir une tendre affection pour sa céleste Mère. L'amour sans mesure dont il était consumé pour Notre-Seigneur engendra dans son cœur une incomparable tendresse pour la très-sainte Vierge. Après avoir sollicité et obtenu de ses supérieurs un tableau représentant Notre-Dame du Puits, il le plaça sur un autel et en introduisit la fête dans les usages du couvent. Elle était célébrée le quatrième dimanche du mois d'août. Il avait aussi une dévotion toute particulière pour le glorieux patriarche saint Joseph, pour saint François d'Assise, saint Pierre d'Alcantara et saint Pascal Baylon. Ce commerce familier qu'il avait avec les Saints lui faisait goûter

LE VÉNÉRABLE FRÈRE EGIDIO DE SAINT-JOSEPH.

par avance quelque chose de la félicité du ciel. Quoique les nécessités de la vie le retinsent captif sur la terre, il habitait en esprit parmi les Bienheureux. Il les voyait des yeux de la foi, il leur parlait, il les invoquait sans cesse. Il traitait avec eux comme avec des amis et des frères; il en avait fait les compagnons et les consolateurs de son exil.

L'esprit de pénitence ne le cédait en rien aux autres vertus dans le vénérable Frère. Son abstinence, rigoureuse en temps ordinaire, redoublait encore les jours où la Règle franciscaine en fait un précepte spécial à tous les membres de la famille séraphique. Il portait l'esprit de mortification dans toute sa conduite: il accordait peu de repos à son corps, et encore avait-il trouvé le secret d'en diminuer autant que possible la douceur par la dureté de sa couche. Outre les disciplines de règle, il en prenait encore en secret. Un homme du monde, avec lequel il était familier, étant entré dans sa cellule, lui demanda pourquoi, en outre de sa discipline de cordes, il lui en voyait une autre de lames de fer. Le Saint se mit à sourire, et lui répondit: « Lorsque le démon ne me livre que de petits assauts, je me sers de la discipline en cordes; mais quand ses attaques sont violentes, je saisis la discipline en fer, et je l'oblige bien à prendre la fuite ». Mais sa grande mortification était la vie qu'il menait: son existence tout entière était un martyre aussi cruel que silencieux. Ses courses incessantes dans tous les quartiers de la ville de Naples, sa sobriété extrême, la persévérance dans une égalité d'âme imperturbable au milieu de tant de demandes et d'importunités, l'oubli constant de lui-même, l'attention perpétuelle aux besoins des autres, la pratique exacte d'une Règle austère, une fidélité irréprochable aux grandes comme aux petites choses, la garde continuelle de ses sens et de son cœur au sein d'une foule enthousiaste, voilà ce qui faisait l'admiration de tous, et élevait le Frère Egidio au rang des plus grands pénitents.

Il n'y a pas de vertus solides sans une humilité profonde qui leur sert de base; aussi le Seigneur, qui mesure toujours à l'homme ses grâces selon la part qu'il doit avoir dans l'accomplissement de ses desseins, avait favorisé son serviteur d'une humilité incomparable. Le Frère Egidio opérait les miracles les plus étonnants, soulevait l'admiration universelle, sans s'apercevoir qu'il pouvait être quelque chose dans ces grandes merveilles. Il ne voyait là que la toute-puissance de Dieu, aux yeux de qui les grandes et les petites choses sont également faciles, et il ne pouvait concevoir que les hommes fussent assez aveugles pour s'arrêter au faible instrument dont il daignait se servir. Le vénérable Frère avait acquis la réputation d'un Saint, d'un thaumaturge, d'un homme puissant auprès de Dieu, quand le Seigneur, jugeant que la terre n'en était plus digne, lui envoya une maladie mortelle et l'appela à lui pour le récompenser. C'était en l'année 1812. Il lui survint une hydropisie de poitrine qui le contraignit de se mettre au lit pour ne plus s'en relever. Bientôt la maladie fit des progrès effrayants, et les douleurs qu'endurait le malade étaient intolérables. Les belles vertus du vénérable Frère Egidio ne brillèrent jamais autant que sur son lit de mort. Il avait toujours aimé la sainte pauvreté comme le joyau le plus précieux de l'Ordre franciscain; il voulut lui donner un dernier gage de son estime et de son affection, en priant le révérend Père gardien de lui choisir l'habit le plus pauvre et le plus usé afin de l'en revêtir après son trépas. Sa foi était si vive, qu'elle lui montrait les choses futures comme si elles avaient été présentes. Son espérance avait passé à l'état d'une confiance douce et sûre, qui ne permet plus la crainte ni une ombre de doute. Il parlait du ciel comme de sa maison paternelle; il se préparait à y aller parce qu'on l'y attendait. Les flammes de la divine charité le dévoraient, et il pouvait à peine les contenir. Il se voyait sur le point d'aller voir Jésus, dont le nom revenait sans cesse sur ses lèvres, Marie qu'il aimait comme la plus tendre des mères, le glorieux saint Joseph, qui avait été le protecteur de sa vie et l'auteur de sa vocation religieuse. Enfin, muni des Sacrements de l'Église, il rendit son âme à Dieu le 7 février 1812.

Dès que la nouvelle de sa mort fut répandue, des flots de peuple commencèrent aussitôt à se diriger vers le couvent de Saint-Pascal pour contempler une dernière fois la figure de l'ami de Dieu. Ses saintes dépouilles furent exposées durant plusieurs jours dans l'église pour satisfaire la dévotion des fidèles, qui mirent ses vêtements en pièces pour les conserver comme des reliques. Le cinquième jour, les religieux firent secrètement les funérailles du vénérable Frère et l'ensevelirent dans la tombe commune; mais, en 1836, on exhuma le corps avec une grande solennité, et on le plaça dans un modeste monument érigé près de la porte de l'église. La cause de béatification du vénérable serviteur de Dieu est déjà très-avancée. Les miracles qu'il a opérés depuis sa mort sont pour ainsi dire sans nombre. Ses ossements fleurissent, selon le langage de l'Écriture; et les fruits qu'ils produisent sont des fruits de grâce et de salut.

Nous nous sommes servi, pour composer cette biographie, des Annales de la sainteté ou XIXe siècle.

Événements marquants

  • Entrée dans l'Ordre de Saint-Pierre d'Alcantara en février 1734
  • Prise d'habit au noviciat de Galatone sous le nom de Frère Egidio de la Mère de Dieu
  • Profession des vœux solennels le 28 février 1755
  • Nomination comme frère quêteur à Naples
  • Décès à Naples des suites d'une hydropisie de poitrine en 1812
  • Exhumation solennelle en 1836

Miracles

  • Guérisons de malades
  • Succès d'affaires désespérées
  • Conversion de pécheurs endurcis
  • Nombreux miracles posthumes

Citations

Lorsque le démon ne me livre que de petits assauts, je me sers de la discipline en cordes ; mais quand ses attaques sont violentes, je saisis la discipline en fer, et je l'oblige bien à prendre la fuite.

— Tradition orale rapportée dans le texte

Date de fête

7 fevrier

Époque

18ᵉ siècle

Décès

7 février 1812 (naturelle)

Patron(ne) de

Invoqué(e) pour

santé des malades, affaires désespérées, conversion des pécheurs

Autres formes du nom

  • François (fr)
  • Frère Egidio de la Mère de Dieu (fr)
  • Egidio di San Giuseppe (it)

Prénoms dérivés

Gilles, François

Famille

  • Inconnu (père)
  • Inconnu (mère)