Le Bienheureux Martin de Porrès
Religieux du Tiers Ordre de Saint-Dominique
Résumé
Né à Lima en 1569, Martin de Porrès fut un frère lai dominicain renommé pour son humilité profonde et sa charité envers les pauvres, les malades et les animaux. Chirurgien de formation, il consacra sa vie au service des déshérités et fonda un collège pour orphelins. Il est célèbre pour ses miracles, notamment son autorité sur les rats, et fut béatifié en 1836.
Biographie
LE BIENHEUREUX MARTIN DE PORRÈS,
RELIGIEUX DU TIERS ORDRE DE SAINT-DOMINIQUE
La charité rend léger ce qu'il y a de plus rude ; elle apprend que la vertu est facile et le vice plein d'amertume.
Saint Jean Chrysostome.
Le bienheureux Martin naquit à Lima, dans l'Amérique méridionale, d'une honorable famille, en 1569. Il eut pour père Jean de Porrès, et pour mère Anna Velasquez. Dès ses premières années, l'admirable pureté de ses mœurs fut le présage de l'éclatante sainteté à laquelle il devait s'élever. La modestie, l'humilité, la charité pour les pauvres furent les vertus qui caractérisèrent son enfance et lui attirèrent déjà la vénération universelle. Devenu jeune homme, sa miséricorde pour le prochain et surtout pour les malades s'accrut en lui par un progrès continu, et il se consacra à l'étude de la chirurgie afin de pouvoir rendre gratuitement la santé aux malheureux et il y réussit très-souvent. Afin d'étendre de plus en plus dans son cœur le règne de l'amour de Dieu, plein de mépris pour les honneurs et les divertissements du monde, il dit adieu à la maison paternelle et demanda avec instances d'embrasser le Tiers Ordre de Saint-Dominique et d'être admis parmi les frères lais d'un couvent ; cette grâce lui fut accordée. Son noviciat terminé, à la grande édification de tous, il prononça ses vœux solennels : et qui pourrait dire avec quelle ferveur, avec quel soin il s'efforça de pratiquer et de s'identifier les vertus qui constituent le religieux parfait ? Il chérissait tellement l'humilité qu'il faisait ses délices de remplir toujours les offices les plus vils et les plus abjects du couvent ; il s'appelait le plus grand de tous les pécheurs et il baisait à genoux les pieds de ceux qui osaient le charger d'injures.
Malgré son aversion pour les fautes, même les plus légères, il ne cessa
LE BIENHEUREUX MARTIN DE PORRÈS, RELIGIEUX.
jamais néanmoins de châtier sa chair par des jeûnes continuels et de l'en-sanglanter par des cilices et des chaînes de fer, au point que l'on pouvait vraiment dire de lui qu'il portait dans son corps la mortification de Jésus. Tel était l'amour dont il était enflammé pour le divin Rédempteur qu'un jour, pendant qu'il était en prière devant un crucifix, on le vit s'élever de terre, s'envoler vers la sainte image, presser avidement de ses lèvres la plaie du côté, comme s'il en coulait encore du sang et comme s'il eût voulu s'en abreuver. Il n'est donc pas étonnant qu'enivré à cette source toujours jaillissante du divin amour, il ne parlait jamais que des choses célestes et qu'il eût un si grand désir d'en enflammer son cœur et celui des autres. Jaloux de la palme du martyre, il eût voulu aller en Chine et au Japon afin de tomber entre les mains cruelles des païens et de mériter, par l'effusion de son sang, de devenir l'hostie du Christ. Cet insatiable amour de Dieu, il en embrasait aussi les hommes de toutes les conditions, surtout les malades et les mourants auxquels il s'efforçait de tout son cœur de procurer tous les soulagements. Pendant qu'il donnait à sa patrie tant de preuves de son admirable charité, on le vit en même temps enflammé de compassion pour les malheureux captifs détenus en Afrique, les visiter souvent dans leurs fers pour les encourager, pourvoir à leurs besoins et briser les chaînes de leur captivité. Il arriva un jour qu'un de ces captifs, espagnol de naissance, qui avait à l'aide de Martin recouvré sa liberté à Alger, l'ayant rencontré à Lima où il s'était ensuite rendu, pénétré de reconnaissance, le salua comme son libérateur, et malgré ses réclamations, ne cessa de proclamer l'insigne bienfait qu'il en avait reçu.
Il souffrait beaucoup de voir les enfants trouvés et les orphelins en bas âge exposés à tous les malheurs ; pour obvier à cette infortune, il fit bâtir à Lima un célèbre collège où ils pussent être formés à la piété et à une vie honnête. Sa bonté était si grande qu'elle n'exceptait pas même les animaux et qu'il leur donna souvent les soins et les secours de son art. Dieu se plut à honorer par des faveurs célestes l'excellente charité de son serviteur. Éclairé de la lumière divine, il prédit l'avenir, il connut les secrets des cœurs, il dévoila les ruses des démons et repoussa les assauts de leur fureur. Quoiqu'il n'eût point fait d'études, il résolvait les plus graves questions de la théologie avec tant de sûreté que les hommes les plus doctes en étaient émerveillés et qu'ils proclamaient que sa science ne pouvait lui venir que du ciel. Tant de vertus lui méritèrent de Dieu de jouir de l'entretien des Esprits célestes, d'accomplir un grand nombre de miracles éclatants et de connaître d'avance le jour de sa mort qu'il indiqua en effet en plusieurs circonstances et avec précision. Enfin, quand il tomba malade, il demanda avec instances que tous les religieux du couvent fussent présents à ses derniers moments, et il leur demanda pardon pour toutes les offenses qu'ils avaient pu recevoir de lui. Puis il fixa les yeux sur le crucifix qu'il tenait entre ses mains, et quand les assistants, qui récitaient le Symbole des Apôtres, en vinrent à ces mots : « Le Verbe s'est fait chair », il posa le crucifix sur sa poitrine, et, le front serein, le visage joyeux, il rendit à Dieu son âme innocente, le troisième jour des Nones de novembre de l'année 1639, la soixantième de son âge. De nombreux miracles illustrèrent sa vie et sa mort ; après qu'ils eurent été examinés et approuvés, Grégoire XVI le rangea au nombre des Bienheureux (19 mars 1836), et permit à tout l'Ordre des Frères Prêcheurs et au diocèse de Lima d'en célébrer la fête avec office et messe.
Presque toute l'Amérique espagnole l'appelle le Saint aux rats ; car on
5 NOVEMBRE.
dit que son image déposée dans les lieux qu'infestent les souris et les rats, fait disparaître promptement ces animaux. Dans son couvent du Pérou, comme le sacristain se plaignait de voir ses étoffes rongées par les rats, et se proposait de détruire par le poison des hôtes si désagréables, le frère Martin le dissuada de cette cruauté. Il appela donc toutes ces petites créatures, déposant à terre un papier qu'il avait à la main ; et quand toutes eurent grimpé dans sa corbeille, il les porta au jardin, leur promettant de prendre soin d'elles chaque jour, si elles cessaient de dévaster les provisions du monastère. C'est pourquoi on le représente une corbeille à la main, et entouré de rats, soit parce qu'il leur distribue à manger, soit parce qu'il se dispose à les transporter hors de la sacristie pour les réunir dans le jardin où il se chargera de les approvisionner avec les restes qui se perdent par la maison.
Le bienheureux Martin de Porrès est patron des mulâtres ; on l'invoque contre les rats.
Extrait de l'Année dominicaine, et des Caractéristiques des Saints.
Événements marquants
- Naissance à Lima en 1569
- Études de chirurgie pour soigner les pauvres
- Entrée dans le Tiers Ordre de Saint-Dominique comme frère lai
- Profession des vœux solennels après le noviciat
- Fondation d'un collège pour orphelins à Lima
- Béatification par Grégoire XVI le 19 mars 1836
Miracles
- Lévitation devant un crucifix
- Bilocation ou visites mystiques aux captifs en Afrique
- Don de prophétie et connaissance des secrets des cœurs
- Résolution de questions théologiques complexes sans études
- Commandement aux rats et souris de quitter la sacristie
Citations
La charité rend léger ce qu'il y a de plus rude ; elle apprend que la vertu est facile et le vice plein d'amertume.