Bienheureux Ponce de Balmey

Évêque de Belley

Fête : 13 decembre 12ᵉ siècle • bienheureux

Résumé

Noble de naissance et chanoine de Lyon, Ponce de Balmey fonda la chartreuse de Meyria avant de devenir évêque de Belley en 1121. Malgré ses hautes fonctions et son rôle diplomatique au concile de Pise, il conserva une vie d'austérité monastique rigoureuse. Il finit ses jours dans la solitude de sa chère chartreuse de Meyria en 1140.

Biographie

LE BIENHEUREUX PONCE DE BALMEY,

ÉVÊQUE DE BELLEY

Cui similem toto vidit nec Sequana regne, Nec Rhodanus quantis circuit erva vadis.

Dans les vastes provinces qu'ils baignent de leurs eaux, la Seine et le Rhône n'ont rencontré nulle part un autre Ponce de Balmey.

Épitaphe du Bienheureux Ponce.

Le bienheureux Ponce de Balmey naquit au village de ce nom, dépendant aujourd'hui de la paroisse de Vieux-d'Izenave (Ain, arrondissement de Nantua, canton de Brenod), en Bugey. Noble rejeton de Northolde, seigneur du même lieu, Ponce rehaussa par l'intégrité de ses mœurs et par la sainteté de sa vie l'éclat de sa naissance.

Après avoir été soigneusement élevé dans tous les genres de littérature, cultivés de son temps, il fut reçu parmi les chanoines de Lyon. Son mérite le fit promouvoir en peu de temps aux dignités de pénitencier et de scolastique. Son unique occupation dans ces emplois était de gagner des âmes à Dieu par ses prières et par ses instructions. Persuadé que les exemples prêchent toujours plus haut que les paroles, il fut le premier à pratiquer ce qu'il enseignait aux autres par ses prédications. Informé de la vie édifiante que menaient les religieux de la Grande-Chartreuse, il prit, en 1116, le consentement de ses frères Garnier, seigneur de Balmey, et Guillaume, seigneur de Dorches, pour fonder un chartreuse dans la vallée de Meyria, qu'il possédait conjointement avec eux par droit d'héritage. Il fit, en présence du chapitre de Lyon, une entière cession de ce patrimoine, avec droit de propriété, juridiction et dépendances, à Étienne de Bourg, son parent, l'un des sept compagnons de saint Bruno qui fut envoyé à Meyria pour présider à la construction de cette chartreuse dont il fut établi premier prieur.

On était occupé à élever cet édifice, lorsque Ponce prit la résolution d'aller à la chartreuse de Grenoble se consacrer à la vie religieuse. Le vénérable Guigues qui en était alors prieur, l'accueillit avec une affectueuse bienveillance, et à peine avait-il fait profession qu'il fut envoyé à Meyria pour prendre le gouvernement de la nouvelle colonie religieuse qui lui devait son établissement et qui venait de perdre Étienne, son prieur, mort le 4 janvier 1118. Chacun se félicitait d'avoir retrouvé en lui le saint homme qu'on pleurait à si juste titre; sous sa direction la chartreuse de Meyria devint florissante.

Le bruit de la réputation de Ponce, accompagné de la bonne odeur de ses vertus, fit tourner vers lui les regards de l'Église de Belley, veuve de pasteur, qui le demanda pour remplacer l'évêque Guillaume que la mort venait de lui enlever. Notre Bienheureux, effrayé de cette nouvelle, gémit, pleura, et la voix seule de l'autorité put le tirer de la solitude et le forcer à subir la charge de l'épiscopat en 1121. Dans cette haute dignité, Ponce,

LE BIENHEUREUX PONCE DE BALMEY, ÉVÊQUE DE BELLEY. 263

non-seulement donna à son troupeau l'exemple de la plus sublime vertu, mais il sut encore le prévenir en sa faveur par des manières douces et affables, et surtout par son humeur indulgente à l'égard des pécheurs; il accueillait les plus endurcis avec une bonté paternelle, et quelque déplorables que fussent leurs égarements, jamais il ne désespérait de leur retour. De cette manière, il adoucit pour ses ouailles ce qu'il y avait d'austère dans la morale qu'il leur prêchait. Son ton de simplicité ne contribua pas peu à le faire chérir : ennemi du faste et de toute magnificence, insensible à la flatterie qui vient souvent ramper jusqu'au pied du trône d'un évêque, dédaignant les soins empressés des personnes qui l'entouraient, surtout quand il s'apercevait qu'un sentiment bas les faisait agir, Ponce ne se plaisait qu'en la compagnie des pauvres, pour lesquels il eut toujours des entrailles de père.

Son amour pour la pénitence égalait son humilité; il ne se contentait pas de prêcher la mortification aux autres, il châtiait son corps par la plus rude discipline, et portait sur sa chair un cilice capable d'effrayer même les pénitents de la Thébaïde. Son lit était simple et dur comme celui qu'il avait à Meyria; un peu de pain et d'eau était toute sa nourriture le lundi, le mercredi et le vendredi; les autres jours, il n'y ajoutait que quelques légumes grossièrement accommodés, quelquefois du fromage et quelques gouttes de vin; pour se conformer à la règle des Chartreux qu'il suivait autant que les devoirs de son état le lui permettaient, il s'abstint toujours de viande, même quand il était malade.

C'est ainsi que ce vénérable et vigilant pasteur unissait l'exemple à la prédication, pour enseigner aux âmes confiées à ses soins le chemin de la vie éternelle tracé par la croix du Sauveur. Ses travaux portèrent des fruits; il retira plusieurs grands personnages des voies de l'iniquité, leur ouvrit les yeux sur le néant du monde et les convertit au Seigneur. Ses exemples et ses exhortations firent naître chez plusieurs de ses parents et de ses amis le désir d'embrasser la vie religieuse. Du nombre de ces derniers, furent Garnier, son frère, qui se fit chartreux à Meyria, où il vécut et mourut saintement le 1er juin 1140, âgé de plus de cent ans, et le bienheureux Nantelle, son secrétaire, qui alla se consacrer à Dieu dans la solitude de Portes, d'où il fut tiré pour être placé sur le siège épiscopal de Belley qu'il illustra par ses vertus. Pasteur formé sur le type que saint Paul trace d'un véritable évêque, Ponce veilla toujours attentivement sur son Église, et mit toute sa sollicitude à la préserver des loups ravisseurs. Jamais la faveur, l'intrigue ou la richesse, ne lui firent ouvrir le sanctuaire à des mercenaires, la science et les mœurs étaient la seule recommandation qui eût accès auprès de lui.

Un de ses principaux soins fut de relever sa cathédrale, la demeure de ses chanoines et les hôpitaux de Belley, considérablement endommagés sous ses prédécesseurs par un incendie qui avait causé de grands dégâts dans la ville. Sa vigilance ne se borna pas à Belley; elle n'eut d'autres limites que celles de son diocèse qu'il ne cessa d'évangéliser avec tout le zèle d'un apôtre. Les auteurs de sa vie affirment que le ciel se plut souvent à récompenser le saint évêque par des faveurs extraordinaires, et qu'il guérit miraculeusement plusieurs personnes atteintes de maladies invétérées.

En 1138, Ponce se trouva à la chartreuse de Portes avec Humbald, archevêque de Lyon, et saint Hugues, évêque de Grenoble, qui s'y étaient rendus pour consacrer l'église supérieure. Il saisit cette occasion pour découvrir à ces vénérables prélats la résolution qu'il avait prise de quitter son

13 DÉCEMBRE.

Église pour retourner dans la solitude. « Rappelez-vous », mon très-cher frère, lui répondit saint Hugues, « comme je fus blâmé de notre maître Bruno, lorsque je voulus renoncer à mon évêché pour me retirer avec lui dans le désert, ce dont je vous ai souvent parlé. N'abandonnez donc point les brebis que le divin Pasteur a confiées à votre garde. Continuez à veiller sur elles jusqu'à la mort ». Ces sages conseils semblaient l'avoir détourné de son projet ; il reprit ses fonctions avec un nouveau courage.

Le pape Innocent II avait convoqué un concile à Pise en 1134. Ponce s'y rendit avec saint Bernard, abbé de Clairvaux, et un grand nombre de prélats français. Il eut la consolation de voir canoniser dans ce concile Hugues, évêque de Grenoble, son ami, ravi depuis deux ans à l'affection de son troupeau. A leur retour de Pise, les évêques français furent arrêtés et maltraités en Toscane par une troupe de brigands soudoyés par l'antipape Anaclet et Conrad III, roi des Romains, son partisan. Arrivés à Pontremoli, ils furent de nouveau arrêtés ; Ponce, blessé grièvement, fut enfermé dans une prison étroite avec beaucoup d'autres évêques et abbés. Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, qui était du nombre, écrivit au Pape cette lamentable histoire pour le prier de sévir contre les auteurs de ce crime. Enfin, délivré de sa prison, l'évêque de Belley rentra dans son diocèse ; mais affaibli par l'âge et par ses longues austérités, il obtint, cette même année, du pape Innocent II, à force d'importunités, la permission de retourner dans la solitude. Ne voulant pas toutefois laisser son troupeau sans pasteur, il dirigea les suffrages du clergé et du peuple sur Berlion, personnage qui, par une heureuse réunion de toutes les vertus, lui paraissait digne de l'épiscopat. Cette nomination ayant été approuvée par le Pape, Ponce fit les adieux les plus touchants à ses ouailles, établit Berlion à la tête de son peuple, et reprit le chemin de Meyria avec l'allégresse du voyageur qui arriva au port après les secousses d'une violente tempête. Là, il retrouve avec délices le repos que lui présente la retraite ; là, il goûte les charmes de la solitude et ne cesse de savourer les douceurs que trouve l'âme fervente dans les entretiens solitaires avec son Dieu ; là, méprisant le faste de la dignité épiscopale, il n'ambitionne que la dernière place parmi les religieux qu'il regarde comme ses frères ; il ne veut les surpasser que par sa ferveur à suivre la sainte règle. Telle fut la vie du bienheureux Ponce jusqu'à l'âge le plus avancé.

A mesure que son âme se détachait de son corps et semblait préluder au vol qu'elle allait prendre vers le ciel, on aurait dit que ses paroles étaient les oracles de la Divinité, tant étaient sublimes les exhortations qu'il adressait aux religieux pour les engager à vivre dans la sainteté de leur vocation. Après avoir reçu les derniers sacrements, il rendit sans effort son esprit à Dieu, au milieu des réjouissances de la cour céleste et des larmes de ses frères, le 13 décembre 1140. Son tombeau devint célèbre à cause du grand nombre de miracles qui s'y opéraient.

Histoire hagiologique du diocèse de Belley, par Mgr Depéry.

SAINTE JEANNE-FRANÇOISE FRÉMYOT DE CHANTAL. 267

Événements marquants

  • Naissance au village de Balmey
  • Chanoine, pénitencier et scolastique à Lyon
  • Fondation de la chartreuse de Meyria en 1116
  • Profession religieuse à la Grande-Chartreuse
  • Nomination comme Évêque de Belley en 1121
  • Participation au concile de Pise en 1134
  • Emprisonnement à Pontremoli par les partisans de l'antipape Anaclet
  • Retraite finale à la chartreuse de Meyria

Miracles

  • Guérisons miraculeuses de maladies invétérées
  • Nombreux miracles opérés sur son tombeau

Citations

Cui similem toto vidit nec Sequana regne, Nec Rhodanus quantis circuit erva vadis.

— Épitaphe du Bienheureux Ponce