Le Bienheureux Alexandre Sauli
Supérieur général des Barnabites, Évêque d'Aléria et de Pavie
Résumé
Membre de l'ordre des Barnabites et proche de saint Charles Borromée, Alexandre Sauli fut nommé évêque d'Aléria en 1570 pour réformer une Corse dévastée. Surnommé l'Ange de paix, il rebâtit l'Église sur l'île avant de devenir évêque de Pavie. Il mourut en 1592, laissant une œuvre théologique estimée par saint François de Sales.
Biographie
LE BIENHEUREUX ALEXANDRE SAULI,
SUPÉRIEUR GÉNÉRAL DES BARNABITES, ENSUITE ÉVÊQUE D'ALÉRIA ET DE PAVIE
LE BIENHEUREUX ALEXANDRE SAULI. 641
la réconciliation. Il avait un talent singulier pour toucher et convertir les pécheurs. Il continua d'exercer les mêmes fonctions, même lorsqu'il eut été chargé d'enseigner la philosophie et la théologie dans l'université de Pavie. On vit des communautés entières se mettre sous sa conduite, afin d'apprendre de lui les moyens de parvenir à la perfection de leur état. Ayant été invité à prêcher dans la cathédrale de Milan, il produisit par ses sermons des fruits merveilleux. Saint Charles Borromée félicita l'Église d'avoir un pareil ministre et versa des larmes de joie à la vue des succès de son zèle apostolique.
Alexandre n'avait encore que trente-deux ans, lorsqu'il fut élu supérieur général de son Ordre. Il remplit cette place avec une capacité qui donna un nouvel éclat à sa Congrégation; mais Dieu ne l'avait pas destiné à vivre renfermé dans la retraite : l'île de Corse était le théâtre où devaient briller ses éminentes vertus.
Cette île avait été anciennement convertie à la foi par des missionnaires venus de Rome. L'église d'Aléria paraît être une des plus anciennes de celles qui y furent fondées. On connaît principalement un de ses évêques, nommé Pierre. Il vivait du temps de saint Grégoire le Grand, qui lui écrivit des lettres. Mais cette église était depuis longtemps réduite à l'état le plus déplorable : il n'y avait plus de piété ni de discipline, quand Alexandre Sauli en fut nommé évêque en 1570 par le saint pape Pie V.
Le nouvel évêque, ayant été sacré par saint Charles Borromée, partit sans délai avec trois prêtres de son Ordre. Il s'embarqua plein de confiance en Dieu, et la navigation fut heureuse. Il ressentit une vive douleur en voyant que Dieu était partout méconnu. Aléria n'était plus que le titre d'une église. À peine y avait-il dans toute l'étendue du diocèse un lieu où l'on put faire décemment l'office divin. Les bourgades, à l'exception de trois ou quatre, étaient inhabitées. Les peuples étaient dispersés dans les bois et sur les montagnes. Plongés dans une grossière ignorance, ils ne savaient pas les premiers éléments de la religion. Le clergé n'avait pas moins besoin d'être instruit que le peuple.
Le saint évêque, sans église, et même sans maison, fixa d'abord sa demeure à Tallone. C'était une espèce de bourgade située à quatre lieues des ruines d'Aléria. Il y tint un synode sur le modèle de ceux qui se tenaient à Milan sous saint Charles Borromée, et y fit de sages règlements pour commencer à remédier aux abus; il entreprit ensuite la visite de tout son diocèse. Il alla dans les hameaux les plus écartés, et pénétra jusqu'aux endroits réputés inaccessibles. La vue d'un pasteur si charitable attendrissait les plus sauvages : ils venaient tous se jeter à ses pieds, bien résolus de lui obéir même avant de l'avoir entendu. Ses paroles portaient la lumière de la foi dans les esprits, et le feu de la charité dans les cœurs. Partout il lui fallut réformer d'anciens abus, abolir des coutumes scandaleuses, fonder des églises ou relever celles qui étaient ruinées, et pourvoir à la décence du culte du Seigneur. Il établit des collèges et des séminaires où l'on put former la jeunesse.
Les coopérateurs qu'il avait amenés avec lui étant morts de fatigue sous ses yeux, il se trouva dans un très-grand embarras : il ne se découragea cependant point; il redoubla ses travaux sans craindre d'épuiser sa santé. La continuité de ses occupations ne l'empêcha pas non plus de s'assujétir à des jeûnes continuels et à une rigoureuse abstinence. Quoiqu'il eût très-peu de revenus, il ne laissait pas de faire des aumônes abondantes. Les déprédations des corsaires l'obligèrent souvent de changer de demeure. On le vit transporter son séminaire et son clergé de Tallone, situé sur la côte orientale de l'île, à Algajola qui était sur la côte occidentale, et de cette ville à Corte, dans le centre de l'île, puis à Cervione. Ce fut dans cette dernière ville qu'il bâtit sa cathédrale et qu'il fonda un chapitre de chanoines. Il avait un rare talent pour réunir les esprits et les cœurs divisés; aussi lui donna-t-on dans toute la Corse le surnom d'Ange de paix.
Le bienheureux Alexandre Sauli adressa de sages Avertissements à son clergé. Il s'y proposait d'instruire les ministres tant sur la conduite qu'ils devaient tenir que sur la manière dont ils devaient diriger les âmes confiées à leurs soins; il composa aussi des Entretiens, dans lesquels il expliqua la doctrine de l'Église avec beaucoup de précision et de netteté. Saint François de Sales estimait singulièrement cet ouvrage, et disait que la matière y était épuisée.
Le saint Prélat allait de temps en temps à Rome, ainsi que les autres évêques d'Italie; mais il y allait comme au centre de l'apostolat, et avec tant de dévotion qu'il éprouvait en lui-même ce que dit saint Chrysostome, que l'esprit apostolique y vit toujours, et que des tombeaux des Apôtres, et de leurs cendres tout inanimées qu'elles sont, sortent encore des étincelles du feu sacré dont ils embrasèrent la terre. Tous ses voyages furent comme autant de missions, par les grands fruits que produisirent partout ses prédications, ses conseils et ses exemples. C'est de quoi les villes de Gênes, de Milan et de Rome ont plusieurs fois fourni des témoignages qui furent confirmés par quatre souverains. Grégoire XIII, l'un d'eux, fut extrêmement frappé lorsqu'il l'entendit prêcher. Saint Philippe de Néri l'honorait aussi beaucoup à cause de ses talents et de son éminente sainteté. Les ennemis de la religion eux-mêmes ne pouvaient résister à la force et à l'onction de ses discours. Ayant eu une conférence avec un calviniste de Genève qui était venu dogmatiser en Corse, il lui fit ouvrir les yeux à la vérité et le ramena dans le sein de l'Église. À Rome, un seul de ses sermons enleva à la synagogue des Juifs quatre de ses plus fermes soutiens.
La vénération où était le saint Apôtre de la Corse porta les villes de Tortone et de Gênes à le demander pour pasteur; mais il ne voulut point quitter sa première épouse, à laquelle il était tendrement attaché. Ce ne fut que par obéissance aux ordres du pape Grégoire XIV, qu'il accepta l'évêché de Pavie en 1591. Il ne fut pas plus tôt arrivé dans son nouveau diocèse qu'il entreprit d'en faire la visite. Toutes les fêtes solennelles, il revenait à Pavie. Étant à Calozzo, dans le comté d'Asti, il fut attaqué de la maladie qui l'enleva de ce monde. Il mourut le 11 octobre 1592. Sa sainteté fut attestée par plusieurs miracles. Il fut béatifié le 23 avril 1741 par Benoît XIV.
On le représente : 1° Soutenant une grande croix. Ceci rappelle qu'étant encore novice, il sortit dans les rues de Milan portant une lourde croix, au risque de se faire passer pour fou. Il voulait par là signifier à tous ceux qui l’avaient connu qu’il renonçait bien résolument au monde ; 2° étendant la main vers un ou plusieurs navires qui paraissent s’engloutir dans les flots. On raconte que vingt galères barbaresques s’approchaient de la Corse pour la piller. L’épouvante était partout. Déjà on avait offert au saint évêque un cheval pour s’enfuir. Lui, sans s’intimider, alla prier un instant dans une chapelle, puis il revint sur la plage et recommanda à tout le monde d’avoir confiance en Dieu. En effet, une bourrasque s’éleva qui fit périr tous les navires.
Voir sa Vie, écrite en latin par Gubotio, et les excellentes notes de Brenda sur cet ouvrage : l’abrégé de la même Vie en français ; Paris, 1742, in-12, et la panégyrique prononcé en l’honneur du bienheureux Alexandre Sauli, par M. l’abbé Clément, en 1743.
Événements marquants
- Enseignement de la philosophie et théologie à Pavie
- Élection comme Supérieur général de son Ordre à 32 ans
- Nomination à l'évêché d'Aléria en 1570 par Pie V
- Sacre par saint Charles Borromée
- Mission et réforme de l'Église en Corse
- Nomination à l'évêché de Pavie en 1591
- Béatification le 23 avril 1741 par Benoît XIV
Miracles
- Destruction d'une flotte de vingt galères barbaresques par une bourrasque après sa prière sur la plage
- Conversion de quatre juifs à Rome après un seul sermon
- Conversion d'un calviniste de Genève en Corse
Citations
Ange de paix