Saint Quirin de Siscia
Évêque et Martyr
Résumé
Évêque de Siscia en Pannonie au début du IVe siècle, Quirin fut arrêté sous les ordres du magistrat Maxime. Après avoir subi la flagellation et converti son geôlier, il fut envoyé à Sabarie devant le gouverneur Amantius. Condamné à être noyé avec une meule au cou, il surnagea miraculeusement pour exhorter les chrétiens avant de mourir selon son désir.
Biographie
SAINT QUIRIN, ÉVÊQUE DE SISSEG OU SISSECK,
MARTYR
Omnia passum in eo qui me confortat. Je puis tout en Celui qui me fortifie. Joan., IV, 15.
Saint Quirin était évêque de Siscia, ville de Pannonie, située sur la Save. Saint Jérôme fait de lui une mention honorable dans sa chronique, sous l'an 309. Saint Prudence l'appelle un illustre Martyr. Fortunat le compte aussi parmi les plus célèbres d'entre ceux qui ont versé leur sang pour le nom de Jésus-Christ. Il souffrit le 4 juin 303 ou 304. Ses actes vont nous fournir l'histoire de son triomphe.
Le saint évêque, ayant su que Maxime, premier magistrat de la ville, avait donné des ordres pour qu'on se saisît de sa personne, s'éloigna aussitôt d'un lieu où il n'était pas en sûreté; mais ceux qui étaient chargés de l'arrêter le poursuivirent : l'ayant joint, ils le prirent et l'amenèrent devant le juge. Maxime lui demanda où il avait eu dessein de se sauver par la fuite. « Je n'ai point fui, répondit le Saint, je ne suis sorti d'ici que pour obéir à mon Maître; car il est écrit : Si l'on vous persécute dans une ville, retirez-vous dans une autre. — Maxime. Qui vous a donné cet ordre? — Quirin. Jésus-Christ, qui est le vrai Dieu. — Maxime. Ignorez-vous que les édits des empereurs vous découvriront dans les plus sombres retraites? Vous le voyez par expérience, et celui que vous appelez le vrai Dieu n'a pu ni vous défendre ni vous tirer de leurs mains. — Quirin. Le Dieu que nous adorons est toujours avec nous, en quelque lieu que nous soyons, et il peut toujours nous défendre. Il était avec moi lorsque j'ai été arrêté, et il y est encore présentement. C'est lui qui me fortifie et qui vous répond maintenant par ma bouche. — Maxime. Vous parlez beaucoup, et par là vous différez d'exécuter les ordres de nos souverains, ce qui vous rend coupable de désobéissance envers eux. Lisez leurs édits sacrés, et faites ce qu'ils vous
SAINT QUIRIN, ÉVÊQUE DE SISSEG OU SISSECK. 443
enjoignent. — Quirin. Je ne fais aucun cas de tels édits, parce qu'ils sont impies et contraires aux commandements de Dieu, en exigeant que nous, qui sommes ses serviteurs, sacrifions à des divinités imaginaires. Le Dieu que je sers est partout; il est au ciel, sur la terre, dans la mer; il est au-dessus de toutes les choses, les renfermant toutes en lui-même; c'est par lui seul que chaque être subsiste. — Maxime. L'âge a affaibli en vous la raison, et vous vous laissez séduire par des contes. Choisissez : voici de l'encens, offrez-le à nos dieux, ou attendez-vous à souffrir toutes sortes d'affronts et la mort la plus cruelle. — Quirin. Ces affronts feront ma gloire, et cette mort me procurera une vie éternelle. Je ne respecte que l'autel de mon Dieu, sur lequel je lui ai souvent offert un sacrifice d'agréable odeur. — Maxime. Vous avez perdu la raison, et votre folie va être cause de votre mort. Sacrifiez aux dieux. — Quirin. Je ne sacrifierai point aux démons ».
Maxime ordonna qu'on le frappât avec des bâtons; ce qui fut exécuté avec la dernière barbarie. Il lui disait pendant cette torture : « Reconnaissez à présent le pouvoir des dieux que l'empire romain adore. Obéissez, et je vous ferai prêtre de Jupiter. — Quirin. C'est dans cet instant que je fais la véritable fonction de prêtre en m'offrant moi-même en sacrifice au Dieu vivant. Je ne sens point les coups que mon corps a reçus; ils ne me causent aucun mal. Je suis prêt à souffrir les tortures les plus cruelles, afin d'encourager ceux dont la conduite m'a été confiée, à se procurer avec moi la vie éternelle ».
Maxime le fit mener en prison, avec ordre de l'y laisser chargé de chaînes pesantes jusqu'à ce qu'il fût devenu plus sage. Le Martyr adressa cette prière à Dieu : « Je vous rends grâces, Seigneur, de ce que vous m'avez jugé digne de souffrir des opprobres pour votre nom. Faites que tous ceux qui sont en prison sachent que j'adore le vrai Dieu, et qu'il n'y en a pas d'autres que vous ». Cette prière fut exaucée. A minuit, une grande lumière se répandit dans la prison. Le geôlier, nommé Marcellus, l'ayant aperçue, vint se jeter aux pieds du Saint, et lui dit avec larmes : « Priez le Seigneur pour moi, car je crois qu'il n'y a point d'autre Dieu que celui que vous adorez ». Quirin, après une longue exhortation, le marqua du sceau sacré, au nom de Jésus-Christ. Ces paroles semblent donner à entendre qu'il lui administra les sacrements du Baptême et de Confirmation.
Le magistrat, qui n'avait pas le pouvoir de condamner à mort le saint Martyr, l'envoya, après trois jours d'emprisonnement, à Amantius, gouverneur de la province, qu'on appelait la première Pannonie. Quirin, chargé de fers, fut conduit à travers toutes les villes situées sur les bords du Danube. Ayant été présenté à Amantius, lorsqu'il revenait à Scarabance, celui-ci le fit amener à Sabarie, où il allait lui-même. En même temps, quelques femmes chrétiennes lui apportèrent des rafraîchissements. Tandis qu'il les bénissait, les chaînes lui tombèrent des pieds et des mains.
A son arrivée à Sabarie, Amantius le fit comparaître devant lui au théâtre public. Après la lecture de la relation envoyée par Maxime, il lui demanda s'il convenait de ce qui y était contenu, et s'il persistait toujours dans sa première confession. « J'ai confessé le vrai Dieu à Siscia », répondit Quirin, « et je n'en ai jamais adoré d'autre. Je le porte dans mon cœur, et personne
4 JUIN.
au monde ne pourra me séparer de lui ». Amantius mit tout en œuvre pour ébranler sa constance ; il lui dit de considérer son grand âge, et lui fit de magnifiques promesses ; mais le trouvant toujours inflexible, il le condamna à être jeté dans la rivière avec une meule de moulin au cou, et la sentence fut exécutée sur-le-champ.
Il arriva une chose qui saisit tous les spectateurs d'étonnement. Le Saint, au lieu d'aller au fond, resta longtemps sur l'eau ; d'où il exhortait les chrétiens à demeurer fermes dans la foi, et à ne craindre ni les tourments, ni la mort même. Comme il surnageait toujours, il craignit à la fin de perdre la couronne du Martyre. Il adressa donc cette prière à Jésus-Christ : « Il n'est point surprenant, Seigneur Jésus, que vous arrêtiez le cours des fleuves, comme vous le fîtes au Jourdain, ou que vous donniez aux hommes le pouvoir de marcher sur les eaux, comme vous le donnâtes à saint Pierre. Ce peuple vient de voir en moi une preuve assez frappante de ce que vous pouvez faire ; accordez-moi, ô mon Dieu ! ce qui me reste à désirer, ce qui est préférable à toutes choses, le bonheur de mourir pour vous ». Sa prière finie, il ne tarda pas à disparaître dans l'eau.
Son corps ayant été trouvé un peu au-dessous de l'endroit où il s'était enfoncé, on l'enterra dans une chapelle bâtie sur le bord de la rivière. Quelque temps après, on le déposa dans une grande église qu'on éleva près de la porte de Sabarie, qui menait à Scarabance. Quand les Barbares chassèrent les Pannoniens de leurs pays, les reliques du Saint furent transportées à Rome, et placées dans les catacombes, auprès de celles de saint Sébastien. En 1140, on les mit dans l'église de Sainte-Marie, au-delà du Tibre. On vénère aussi des reliques de saint Quirin, à Milan, et à Tegernse, en Bavière. Ce ne sont probablement que des portions, ou bien il y a plusieurs Saints du même nom.
La meule est l'attribut de saint Quirin de Sisseg dans les arts.
Tiré de ses Actes sincères, publiés par Surius et Ruinart, et de Prudence, *hymn.* vii. (Voir Tillemont, t. v, p. 428, et Hancix, *Germania sacra*, t. i, p. 30.)
Événements marquants
- Fuite de Siscia pour obéir au précepte évangélique
- Arrestation et interrogatoire par le magistrat Maxime
- Flagellation avec des bâtons
- Conversion du geôlier Marcellus en prison
- Transfert vers le gouverneur Amantius à Sabarie
- Chute miraculeuse des chaînes lors d'une bénédiction
- Condamnation à être jeté dans la rivière avec une meule au cou
- Surnage miraculeux sur l'eau pour exhorter les fidèles
Miracles
- Lumière céleste dans la prison à minuit
- Chute spontanée des chaînes des pieds et des mains
- Surnage sur l'eau malgré le poids d'une meule de pierre
Citations
Je n'ai point fui, je ne suis sorti d'ici que pour obéir à mon Maître.
C'est dans cet instant que je fais la véritable fonction de prêtre en m'offrant moi-même en sacrifice au Dieu vivant.