Saint Blaise

Évêque et Martyr

Fête : 3 fevrier 4ᵉ siècle • saint

Résumé

Évêque de Sébaste en Arménie, saint Blaise vécut en ermite sur le mont Argée parmi les bêtes sauvages avant d'être martyrisé sous Licinius. Célèbre pour avoir guéri un enfant étranglé par une arête, il est l'un des quatorze saints secourables. Son culte est marqué par la bénédiction des cierges et des pains de saint Blaise.

Biographie

SAINT BLAISE, ÉVÊQUE ET MARTYR

Qui voudra sauver sa vie la perdre, et qui l'aura perdue pour moi la retrouvera. Matth., xvi, 25.

L'histoire de saint Blaise nous apprend qu'il parut dès son enfance d'un bon naturel, qu'il fut modeste en sa jeunesse : arrivé à l'âge mûr, il s'appliqua particulièrement à la médecine, et fut toujours pénétré de la crainte de Dieu ; de sorte qu'ayant gagné par ses vertus l'affection de tout le peuple, il fut élu évêque de la ville de Sébaste, qui est en la province d'Arménie. Depuis, par un mouvement de l'esprit de Dieu, il se retira sur une montagne nommée Argée, où il vécut quelque temps dans une caverne vers laquelle les bêtes sauvages des environs venaient tous les jours pour lui faire honneur et recevoir avec sa bénédiction la guérison de leurs maux. S'il arrivait qu'il fît sa prière, elles ne l'interrompaient pas, mais elles attendaient qu'il eût achevé, et ne s'en retournaient point sans avoir en quelque façon reçu leur congé, pour faire voir combien Dieu favorise ses serviteurs et quelle est l'obéissance qui est due à sa majesté par toutes les créatures. Ainsi, ce saint prélat trouvait des délices dans le creux de la terre, de la soumission parmi les bêtes, de la sûreté au milieu des monstres, de l'abondance dans les déserts et du plaisir en la solitude : ce qui nous donne sujet de le considérer comme un second Adam au paradis terrestre, ou plutôt comme une excellente copie de Jésus-Christ, dont il est écrit dans l'Évangile que, pendant les quarante jours de son jeûne et de sa solitude, il vivait parmi les bêtes.

Agricola, gouverneur de la Cappadoce et de la petite Arménie, sous l'empereur Licinius, étant venu à Sébaste, commença à y persécuter les fidèles, selon les ordres de son maître, qui déchirait les ouailles de Jésus-Christ comme un loup cruel et affamé, tandis que les loups véritables baisaient les pieds de Blaise, leur pasteur. Ce cruel juge crut que, ne devant point faire quartier aux chrétiens enfermés dans les prisons, il était expédient de les faire mourir tout d'un coup en les exposant aux bêtes sauvages. Pour cet effet, il envoya ses gens dans les forêts prendre des lions et d'autres bêtes farouches; mais il arriva qu'environnant le mont Argée, ils poussèrent jusqu'à la caverne où était Blaise, et trouvèrent autour de lui un grand nombre de lions, de tigres, d'ours, de loups et d'autres animaux semblables, qui lui faisaient compagnie. Surpris de cette aventure, ils entrèrent plus avant dans la caverne, et, trouvant le saint assis et ravi dans la méditation des grandeurs de la Divinité, ils en furent encore plus étonnés, et s'en retournèrent à la ville pour faire savoir au gouverneur ce qu'ils avaient vu. Ce récit l'engagea à envoyer des soldats vers cette montagne, pour chercher les chrétiens et amener tous ceux qu'ils pourraient rencontrer. Ils y allèrent et, ayant encore trouvé saint Blaise, qui priait et louait Notre-Seigneur, ils lui dirent que le gouverneur le demandait. Le saint répondit joyeusement : « Mes enfants, soyez les bienvenus; il y a longtemps que je soupire après votre arrivée; allons, au nom de Dieu ». Dès qu'il fut arrivé à la ville, Agricola le fit mettre en prison; et, le jour suivant, il le fit venir en sa présence et lui dit : « Je suis ravi de vous voir, Blaise, cher ami des dieux immortels. — Dieu vous garde, ô gouverneur », répondit Blaise; « mais ne donnez pas le nom de dieux à ces misérables esprits qui ne peuvent vous faire du bien ».

Le gouverneur, surpris d'une réponse si libre, méditait en lui-même comment il pourrait gagner ce prisonnier; puis, se laissant emporter à la rage, il le fit frapper de coups de bâton l'espace de deux ou trois heures. Le saint demeura toujours joyeux et constant au milieu de ce supplice, et il ne dit que ces belles paroles : « Ô trompeur insensé des âmes! penses-tu me séparer de Dieu par tes tourments? Non, non, le Seigneur est avec moi, et c'est lui-même qui me fortifie. C'est pourquoi fais de moi tout ce que tu voudras ». Agricola le fit ramener en prison, et, lorsqu'il y fut, une pieuse veuve lui apporta à manger, et, se jetant à ses pieds, le supplia d'accepter le peu qu'elle lui offrait. Le saint évêque agréa ses charités, et promit de lui procurer, à elle et à tous ceux qui lui appartenaient, du secours et de l'assistance dans toutes leurs nécessités.

On amenait à ce bienheureux prisonnier les malades de tous ces quartiers-là : parmi eux se trouva un jeune enfant qui, en mangeant du poisson, avait avalé une arête qui l'étranglait et le réduisait presque à l'extrémité. Sa mère le mit aux pieds du Saint, et lui demanda son secours avec beaucoup de larmes et de soupirs; il pria Notre-Seigneur de lui donner la santé, et à tous ceux qui, étant travaillés d'un mal semblable, se recommanderaient à lui, et l'enfant fut guéri aussitôt. Depuis la mort du saint Martyr, plusieurs personnes incommodées du même mal ont été soulagées par son intercession. Que les hérétiques ne nous disent point que c'est une dévotion inventée depuis peu, car Aétius, ancien médecin de Grèce, parmi les remèdes qu'il enseigne pour ce mal, met particulièrement l'invocation à saint Blaise.

À quelques jours de là, Agricola se fit amener son prisonnier une seconde fois, et, le trouvant plus ferme et plus résolu qu'auparavant, il le fit attacher à un poteau, où on le fouetta avec une cruauté inouïe. Mais le saint martyr endurait les coups avec joie, et louait la bonté de son Dieu de la grâce qu'il lui faisait en lui donnant la force de souffrir quelque chose pour son amour.

3 FÉVRIER.

Après ce supplice, on le détacha de ce poteau pour le ramener en prison. Sept femmes pieuses le suivirent, ramassant les gouttes de son sang qui coulait à terre; elles s'en frottaient le visage comme d'un baume précieux, avec un grand sentiment de piété. Elles furent arrêtées et menées au gouverneur, qui leur commanda de sacrifier aux dieux ou de se résoudre à mourir. Ces femmes prudentes lui répondirent qu'il n'avait qu'à envoyer ses dieux au bord d'un lac qui était là auprès, et qu'elles iraient les laver, afin de leur offrir un sacrifice plus pur. Le juge, très-joyeux de cette réponse, ordonna aussitôt que ses idoles y fussent portées; mais ces généreuses servantes de Jésus-Christ prirent les dieux d'Agricola et les jetèrent au fond de l'eau; il entra en une telle furie, qu'il fit préparer un grand feu avec du plomb fondu, et sept plaques de fer en forme de chemises : puis il leur dit de choisir, ou d'adorer les dieux, ou d'éprouver l'extrême chaleur du feu, et les effets du plomb fondu. Le tyran n'eut pas plus tôt proféré ces paroles, qu'une de ces saintes femmes, qui avait deux petits enfants, courut vers le feu, et ces deux innocents la prièrent, puisqu'elle voulait mourir, de ne pas les laisser en vie, de les aider à avoir la lumière céleste comme elle leur avait donné la lumière corporelle. Agricola fut bien étonné de ces paroles, et, tout outré de douleur, il s'écria : « Hélas! faut-il que les femmes et les enfants se moquent ainsi de nous? » Ensuite il fit attacher ces femmes à des poteaux, et commanda qu'on leur déchirât tout le corps avec des peignes de fer; mais, ô puissance infinie du Dieu vivant! du lait au lieu de sang coulait de leurs plaies, pour confondre la cruauté du gouverneur, et, en même temps que leurs corps étaient déchirés avec ces peignes de fer, des esprits bienheureux descendaient du ciel pour les consoler, et, les guérissant de leurs plaies, ils leur disaient : « N'appréhendez point les tourments; combattez, car vous vaincrez, et vous serez couronnées ». Après ce supplice, Agricola les fit jeter dans le feu; mais elles en furent retirées par la main du Tout-Puissant, sans en avoir été atteintes. Enfin, ce juge les condamna à avoir la tête tranchée; ce qui fut exécuté sur-le-champ, tandis qu'elles rendaient grâces à Dieu pour ce bienfait, en disant toutes ensemble d'un même esprit et d'un même cœur : « Nous vous remercions, Seigneur, de la grâce que vous nous faites d'être sacrifiées sur cet autel comme des brebis innocentes ». Pour les petits enfants, ils criaient à leur mère qu'elle eût bon courage, que la couronne lui était préparée et qu'elle allait la recevoir des mains de Dieu.

Le gouverneur entreprit encore d'ébranler le cœur de Blaise, son prisonnier; mais ayant vu que tous ses efforts étaient inutiles, il le fit jeter dans le lac où ses idoles avaient été noyées. Le saint Martyr fit le signe de la croix et marcha sur les eaux sans enfoncer; et, s'étant assis au milieu du lac, il convia les infidèles et les ministres de la justice à entrer dans l'eau comme lui, s'ils croyaient avoir du secours de leurs dieux. Il y en entra, dit-on, soixante-huit, qui allèrent aussitôt au fond et se noyèrent, pendant qu'un esprit de lumière apparut au saint Martyr, et lui dit : « Ô âme éclairée du Seigneur, ô pontife ami de Dieu, sortez de cette eau pour recevoir la couronne de la gloire immortelle! » Aussitôt le saint Prélat s'approcha de la terre, si éclatant de lumière, qu'il remplit de terreur les païens et consola merveilleusement les fidèles. Agricola en étant confus, et voyant que toutes ces inventions étaient inutiles, lui fit trancher la tête. Le Saint, étant près de tendre le cou au bourreau, pria son souverain Seigneur en faveur de tous ceux dont il avait été assisté dans ses combats, et de ceux aussi qui, dans la suite, imploreraient son secours. Alors Notre-Seigneur lui apparut, et lui dit d'une voix qui fut entendue de toute l'assistance : « J'ai ouï ton oraison, et je t'accorde ce que tu me demandes ». Après quoi il eut la tête tranchée sur une pierre, avec les deux enfants dont nous avons parlé, et qui avaient généreusement confessé Jésus-Christ. Telle fut la fin glorieuse de ce saint Pontife, qui mourut à Sébaste le 3 février, environ l'an 316, sous l'empereur Licinius, et non pas sous Dioclétien. Les opinions sont fort partagées là-dessus, mais nous suivons la plus vraisemblable, notre dessein n'étant pas de faire ici des critiques de chronologie.

On met dans la main de saint Blaise une carde ou peigne de fer, ou bien une bougie roulée ; un peigne de fer, parce qu'il endura, entre autres supplices, celui des ongles de fer, ce qui l'a fait choisir pour patron par les cardeurs de laine et même par les tailleurs de pierre, à cause d'un outil, appelé ripe, dont se servent ces derniers et qui ressemble à une carde ; — un cierge, parce qu'il aurait dit, en forme de testament, à la femme dont il guérit l'enfant dans sa prison : « Offrez tous les ans un cierge en mémoire de moi et vous vous en trouverez bien, ainsi que tous ceux qui vous imiteront ». Dans certains pays, on fait bénir deux cierges le jour de la Chandeleur, qui est la veille de la fête de saint Blaise. Ceux qui, à l'exemple de l'enfant guéri par lui, veulent être délivrés de leurs maux de gorge pour lesquels on l'invoque spécialement, s'approchent du prêtre qui tient à la main les deux cierges bénits la veille, les approche du cou des malades et prie sur eux en invoquant le Saint. — C'est par assimilation des maladies qu'on lui recommande l'espèce porcine très-sujette à l'esquinancie.

Ajoutons qu'on a souvent peint saint Blaise avec l'enfant qu'il délivre de la strangulation ; avec le pourceau qu'il força un loup de rendre à une pauvre femme, dont il était toute la richesse ; en ermite entouré des bêtes féroces qui lui tenaient compagnie dans la caverne.

## RELIQUES DE SAINT BLAISE.

Le corps de saint Blaise et ceux des deux petits innocents furent pris par une femme pieuse nommée Ililisée, qui les ensevelit en ce même lieu, d'où plusieurs de ces saintes reliques ont été, à l'époque des croisades, apportées en diverses églises de France : comme le chef sacré de notre Saint en la ville de Montpellier ; d'autres ossements à Mende, en Gévaudan ; d'autres à Melun-sur-Seine, au monastère de Saint-Pierre ; et à Paris, en l'église de Saint-Jean-en-Grève ; quelques-uns au célèbre prieuré de Variville, de l'Ordre de Fontevrault, au diocèse de Beauvais ; et d'autres enfin, fort notables, au couvent des Minimes de Grenoble, qui porta, pour ce sujet, le titre de Saint-Blaise. Ces reliques et les miracles qu'elles ont opérés ont rendu son culte très-populaire chez nous. — En Orient, sa fête est d'obligation et se célèbre le 11 février.

Saint Blaise fait partie du groupe des quatorze saints dits secourables ; on appelle ainsi ceux d'entre eux qui sont plus particulièrement célèbres pour l'efficacité de leur invocation. Ces quatorze Saints sont distribués deux à deux : saint Georges et saint Eustache ; saint Vit et saint Christophe ; saint Gilles et saint Cyriaque ; saint Erasme et saint Blaise ; saint Pantaléon et saint Achace ; saint Denis de Paris et sainte Marguerite ; sainte Catherine et sainte Barbe.

Il y a des reliques du Saint à Corbie, à Forestmouliers, à Frettemolle, à Saint-Michel de Doullens, à Notre-Dame de Longpré, à Sainte-Austreberte de Montreuil, à Saint-Riquier, etc.

L'église de Saint-Pierre de Melun, nous écrit M. Laurent, curé de cette ville, n'existe plus depuis un temps immémorial. Nous n'avons ici aucune relique, ni de saint Blaise, ni de saint Valentin. Mais je connais une petite ville de nos environs, qui s'appelle Chamues, et dont l'église est sous le vocable de saint Pierre. Je crois qu'elle est en possession des reliques de saint Blaise.

À Metz, en l'église Saint-Encaire, qui possède des reliques de saint Blaise, il se fait chaque année, le jour de la fête de ce Saint, une cérémonie très-populaire. À cinq heures du matin commence l'office, et à la grand'messe, qui se chante à huit heures, on bénit une grande quantité de pains, qui se vendent à plus de dix lieues à la ronde, et qui se conservent d'une année à l'autre. Ces pains sont appelés pains de saint Blaise.

3 FÉVRIER.

Plusieurs reliques de saint Blaise furent apportées dans le diocèse de Toul à une époque reculée, mais qu'il serait difficile de préciser. Plusieurs églises lui sont dédiées, et même quelques localités portent son nom dans le diocèse de Saint-Dié.

Un inventaire des reliques de l'ancienne abbaye de Vergaville, en 1640, mentionne des reliques de saint Blaise, contenues dans la neuvième châsse ou montrance. Dès le XVᵉ siècle, l'église collégiale de Vic, alors du diocèse de Metz, vénérait un fragment du crâne de saint Blaise, lequel se constitue encore au même endroit, ayant été reconnu le 28 février 1805, par Mgr Osmond, évêque de Nancy, sur le témoignage des anciens chanoines de la collégiale de Vic. Ce fragment de crâne mesure environ onze centimètres dans sa plus grande dimension ; il est « de couleur brune et d'une rare épaisseur ».

En Allemagne, la fête de saint Blaise se nomme messe de Blaise, ou messe du vent, le mot *blas* signifiant également vent et Blaise en allemand. De là vient que dans les calendriers anciens le 3 février est marqué par un cornet dans lequel on soufflerait. Autrefois les marins scandinaves faisaient de prononcer le nom de cette fête, et aujourd'hui encore les paysans danois regardent les vents qui soufflent ce jour-là comme présage de tempêtes pour toute l'année.

Saint Blaise, pour nous résumer, est patron de Comiso, en Sicile ; de Civitta di Penne et de Naples, dans le royaume de ce nom ; de Raguse, de Mulhausen, en Thuringe, etc. Les cardeurs et tisseurs de laine, les ouvriers en bâtiments, à Paris, l'ont pris pour leur patron. — On l'invoque contre les bêtes farouches, contre la toux et la coqueluche, contre tous les maux de gorge en général, contre le goitre et pour l'espèce porcine. Nous rappelons que la dévotion à saint Blaise contre les maux de gorge était chère à saint François de Sales, et qu'en Russie on l'invoque non-soulement en faveur des pourceaux, mais pour tout le bétail en général.

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Événements marquants

  • Élection comme évêque de Sébaste
  • Retraite dans une caverne sur le mont Argée
  • Arrestation par les soldats d'Agricola
  • Guérison d'un enfant étranglé par une arête de poisson
  • Supplice des peignes de fer
  • Marche miraculeuse sur les eaux d'un lac
  • Décapitation sous l'empereur Licinius

Miracles

  • Guérison des bêtes sauvages dans sa caverne
  • Guérison instantanée d'un enfant étranglé par une arête de poisson
  • Restitution d'un pourceau volé par un loup à une pauvre veuve
  • Marche sur les eaux d'un lac
  • Lait coulant des plaies des sept femmes martyrisées avec lui

Citations

Ô trompeur insensé des âmes! penses-tu me séparer de Dieu par tes tourments? Non, non, le Seigneur est avec moi.

— Réponse à Agricola

Date de fête

3 fevrier

Époque

4ᵉ siècle

Décès

environ l'an 316 (martyre)

Invoqué(e) pour

maux de gorge, étranglement par une arête, toux, coqueluche, goitre, protection du bétail (pourceaux), tempêtes (Scandinavie)

Autres formes du nom

  • Blas (de)

Prénoms dérivés

Blaise