Saint Lupien de Mende

Abbé de Saint-Privat, Martyr

Fête : 13 octobre 6ᵉ siècle • saint

Résumé

Abbé de Saint-Privat à Mende au VIe siècle, Lupien fut calomnié auprès de la reine Brunehaut par le comte Innocent. Bien qu'innocenté à Metz, il fut assassiné sur le chemin du retour près de la Marne. Son corps et sa tête furent miraculeusement retrouvés grâce à l'intervention d'un aigle.

Biographie

SAINT LUPIEN DE MENDE,

ABBÉ DE SAINT-PRIVAT, MARTYR AU DIOCÈSE DE CHALONS

Vers 584. — Pape : Pélage II. — Rois de France : Chilpéric Ier, Clotaire II.

Examinant et gladium linguae suae. Ils ont aiguisé leur langue comme un glaive. Ps. LXIII, 3.

Saint Lupien (Lupentius) naquit à Mende (Lozère), de parents illustres qui ne négligèrent rien pour le faire élever d'une manière convenable à sa naissance. Lupien répondit à leurs soins et se distingua par ses brillants succès dans les lettres profanes, mais plus encore par son inclination pour la vertu. Il visitait les malades, consolait les affligés, s'adonnait au jeûne et à l'aumône, et il avait une particulière sollicitude pour les pauvres honteux. Cette sainteté précoce le fit remarquer de son évêque, qui n'hésita pas à l'élever aux honneurs du sacerdoce.

Devenu prêtre, Lupien donna libre carrière à son talent oratoire. Ses instructions, aussi fréquentes que pathétiques, faisaient impression sur les cœurs, et comme sa parole était soutenue par l'exemple, il fit rentrer dans le devoir un grand nombre de pécheurs. Bientôt il fut revêtu de la dignité d'abbé du monastère de Saint-Privat de Javoux, et sa vertu n'en brilla que plus éclatante aux yeux de ses concitoyens.

Cependant Dieu voulait l'épurer au feu de la persécution. Lupien avait un zèle ardent qui ne pactisait jamais avec les vices et les passions ; il les attaquait vivement partout où il les rencontrait, sans faire aucune acception de personnes. Mais, « reprenez le méchant », dit l'Écriture, « il se déchaînera contre vous » ; c'est, en effet, ce qui arriva à notre Saint. Irrités de ses justes remontrances, ceux dont il condamnait les désordres résolurent de le perdre, et de peur qu'il ne prévînt la cour d'Austrasie en sa faveur, ils se hâtèrent de le dénoncer à la reine Brunehaut, veuve de Sigebert et mère de Childebert II, qui régnait alors. À la tête des accusateurs se trouvait Innocent, comte ou gouverneur de la ville et du pays de Gévaudan. Lui-même rédigea contre le Saint un mémoire qu'il fit signer par ses créatures, et qui accusait Lupien de corrompre le peuple à force de largesses, de parler contre l'honneur et la réputation de la reine, et de méditer un bouleversement dans l'État. Aussitôt, Lupien fut mandé à Metz où résidait la cour, et traité comme un criminel de lèse-majesté ; mais la reine ne tarda pas à reconnaître l'innocence de Lupien et le renvoya absous. Ce n'était pas ce que demandait le comte, qui n'en devint que plus acharné à sa perte. Aussi le Saint ne se fut pas plus tôt mis en chemin pour retourner à son monastère, qu'Innocent aposta deux misérables qui l'arrêtèrent à Ponthion, près de Châlons-sur-Marne. Après lui avoir fait endurer divers tourments en ce lieu, ils parurent vouloir le laisser repartir librement ; mais, comme s'ils se fussent repentis de l'avoir traité trop dou-

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cement, ils le poursuivirent et l'attaquèrent sur le bord de la Marne, où le saint abbé avait dressé sa tente, pour passer la nuit. Il leur fut aisé d'accabler un homme sans défense, qui n'avait à leur opposer que des prières et des bénédictions. Ces barbares et lâches ennemis, dignes ministres de leur maître, ne mirent fin à leurs mauvais traitements qu'en lui tranchant la tête. Pour cacher leur crime, ils la mirent dans un sac qu'ils remplirent de cailloux, et la jetèrent dans l'endroit le plus profond de la rivière. Ils y firent aussi rouler le corps, après l'avoir attaché à une énorme pierre. C'était vers l'an 584.

Malgré leurs précautions, Dieu, qui se rit des efforts des impies, permit qu'au bout de quelques jours le corps flottât sur l'eau, et des bergers le retirèrent pour lui donner la sépulture. Comme ils se demandaient de qui pouvaient être ces dépouilles, voici qu'un aigle fondit tout à coup sur l'eau, comme pour se jeter sur quelque proie. Il leva un sac du fond de la rivière et le laissa retomber sur le bord. Aussitôt les bergers et les personnes rassemblées en ce lieu s'empressèrent autour du sac, et quel ne fut pas leur étonnement d'y trouver une tête s'adaptant parfaitement au corps qu'ils avaient retiré. Bientôt on reconnut le saint abbé, et on l'enterra le plus décemment possible. Mais Dieu qui, pour faire honorer la sépulture d'Élysée, rendit la vie à un mort par l'attouchement des os du Prophète, ne voulut pas non plus que les restes de Lupien restassent dans un lieu profane; il inspira à un vénérable prêtre du voisinage, nommé Hermance, de leur rendre de plus pompeux honneurs. Hermance vint donc avec son clergé et un grand nombre de fidèles, et les transporta dans son église avec beaucoup de solennité.

L'aigle est la caractéristique de saint Lupien; nous en avons dit la raison.

## CULTE ET RELIQUES.

Plus tard, les ossements du saint Martyr furent portés à Châlons-sur-Marne et déposés dans l'église cathédrale où l'on n'en vénère plus qu'une faible partie. La ville de Mende, patrie de saint Lupien, ne possédait aucune relique de son glorieux enfant; elle en obtint quelques parcelles de Mgr Claude-Antains de Choiseul-Beaupré, qui mourut en 1763.

Il y a d'autres Saints du nom de Lupien: les Rollandistes prétendent que les reliques qui sont au village qui porte ce nom (Aube) seraient plutôt celles de l'un d'entre eux que du célèbre abbé de Saint-Privat. Quoi qu'il en soit, les ossements qu'on y conserve avec une pieuse vénération furent renfermés jusqu'en 1469 dans un tombeau de pierre, élevé sur quatre piliers. À cette époque, ils furent visités par Mgr Louis Raguier, soixante-seizième évêque de Troyes, qui les fit placer dans une châsse *moulée de bois durci et embellie d'images*, que l'on voyait naguère encore auprès du tombeau du Saint, mais que la vétusté a fait disparaître. Leur identité fut constatée de nouveau en 1675 et 1757. Profanés en 1793, ils furent recueillis par une personne pieuse et digne de foi, et, après de sérieuses informations, leur authenticité fut reconnue, le 13 mai 1829, par M. l'abbé Fournerot, vicaire général de Mgr de Séguias-des-Hous.

Le 10 octobre 1838, M. l'abbé Roisard, vicaire général du même prélat, en fit la translation solennelle et les déposa dans une châsse nouvelle d'ordre gothique et d'un riche travail. Cette châsse est due à la générosité des habitants de saint Lupien: on la porte en procession, chaque année, le jour de l'Ascension, dans les rues du village, au milieu du concours des fidèles. Le principal ossement qu'on y conserve est le fémur. On vénère encore dans deux autres petits reliquaires un os de l'avant-bras et deux portions de côte de saint Lupien.

La fête de saint Lupien se célèbre le 13 octobre de chaque année. On voit encore en ce jour les pèlerins se presser autour des reliques et du tombeau, derniers restes d'une dévotion autrefois si florissante.

Saint Lupien est populaire dans le Perthois, où beaucoup d'églises l'ont choisi pour patron.

Extrait de la Vie des Saints de Troyes, par M. l'abbé Delor.

Événements marquants

  • Élévation au sacerdoce par son évêque à Mende
  • Nomination comme abbé du monastère de Saint-Privat de Javoux
  • Dénonciation calomnieuse à la reine Brunehaut par le comte Innocent
  • Comparution à la cour de Metz et absolution par la reine
  • Arrestation à Ponthion et martyre par décapitation sur les bords de la Marne

Miracles

  • Un aigle repêche le sac contenant la tête du saint dans la Marne
  • Réunion miraculeuse de la tête et du corps

Citations

Ils ont aiguisé leur langue comme un glaive.

— Ps. LXIII, 3