Saint Crescent
Disciple de Saint Paul, Fondateur de l'Église de Vienne
Résumé
Disciple de saint Paul au Ier siècle, Crescent fut envoyé évangéliser la Galatie avant de fonder l'Église de Vienne en Dauphiné. Il est également considéré comme le premier évêque de Mayence en Germanie. Il finit sa vie en martyr sous l'empereur Trajan après avoir consacré saint Zacharie comme son successeur.
Biographie
SAINT CRESCENT, DISCIPLE DE SAINT PAUL,
FONDATEUR DE L'ÉGLISE DE VIENNE, EN DAUPHINÉ
1er siècle.
Ad annuntiandum missus est me Dominus, ut mederer contritis corde, ut praedicarem captivis liberationem et caecis visum.
Le Seigneur m'a envoyé pour prêcher son Évangile aux humbles, pour retirer le courage de ceux qui sont abattus, pour annoncer aux captifs la liberté, aux aveugles la lumière.
Luc, IV, 18.
Comme nous avons donné, dans le mois de mai, la vie de saint Zacharie, second évêque de Vienne, en Dauphiné, il est raisonnable que nous remontions maintenant jusqu'à la source, et que nous parlions de saint Crescent, fondateur de cette illustre Église, qui a joui autrefois du droit de primatie et de vicariat du Pape sur sept grandes provinces de France. Ceux qui font cette injure au pays des Gaules, de dire que ni les Apôtres, ni les premiers successeurs de saint Pierre n'ont point pensé à sa conversion; que saint Paul n'y a point passé et n'y a point envoyé de ses disciples, et que, pendant que ces divins missionnaires se répandaient si heureusement par toute l'Asie et toute l'Afrique, un royaume aussi florissant et aussi proche de l'Italie et de Rome en était abandonné, sans qu'il eût aucune part au bonheur de la prédication de l'Évangile; ceux-là, disons-nous, n'ont garde de reconnaître ce glorieux évêque de Vienne pour disciple des Apôtres, ni d'avouer qu'il soit ce saint Crescent dont parle saint Paul dans sa seconde Épître à Timothée. Nous avons néanmoins de puissants témoignages dans l'antiquité, qui nous assurent que saint Paul est venu dans les Gaules en allant prêcher en Espagne, et qu'il y a envoyé saint Crescent, son disciple, pour y répandre la semence de l'Évangile.
Du voyage de saint Paul en Espagne, il est aisé de conclure qu'il passa en France. Tous les Pères des premiers siècles qui ont eu occasion de parler de ce voyage en demeurent d'accord : tels sont, parmi les Grecs, saint Athanase, saint Cyrille de Jérusalem et saint Chrysostome, et, parmi les Latins, saint Jérôme, saint Grégoire le Grand et saint Isidore de Séville, dont on pourra voir les paroles rapportées par les interprètes sur le chap. XV de l'Épître aux Romains; et, pour ce qui est de la mission de saint Crescent dans les Gaules, nous avons le témoignage de saint Dorothée, de saint Jérôme, d'Eusèbe de Césarée, un des plus anciens et des plus célèbres historiens de l'Église, au livre IV de son Histoire, chap. 4, selon le véritable texte grec et la version de Valois. Saint Épiphane qui, dans l'Hérésie 51, parlant de saint Luc, dit qu'il prêcha dans la Dalmatie, dans l'Italie, dans la Macédoine, mais surtout dans les Gaules, assure aussi que saint Paul y envoya quelques-uns de ses disciples, entre autres saint Crescent. Théodoret ajoute que, lorsque cet Apôtre dit qu'il a envoyé saint Crescent en Galatie, par ce mot de Galatie il entend les Gaules, que l'on appelait autrefois de ce nom. Enfin, sans parler de Sophronie au livre des Historiens ecclésiastiques et de la Chronique d'Alexandrie, qui enseignent la même chose, Adon, archevêque de Vienne, qui devait être parfaitement informé de l'ancienne tradition de son Église, dit en termes exprès, dans son martyrologe, que saint Crescent, disciple de saint Paul, étant venu dans les Gaules, y convertit plusieurs infidèles à la foi de Jésus-Christ, qu'il tint quelques années son siège épiscopal à Vienne, et qu'ayant ordonné en sa place saint Zacharie, il s'en retourna au pays des Galates (les Gaulois orientaux, comme les Gaulois étaient les Galates occidentaux), et employa le reste de sa vie à les fortifier dans la foi et la religion chrétienne.
27 JUIN.
Cet homme apostolique fut un des assistants de l'apôtre saint Paul; il travailla longtemps avec lui à la conversion des infidèles et souffrit comme lui la fatigue des voyages, la pauvreté, la nudité, le froid, le chaud, les contradictions, les persécutions et tous les maux qui étaient inséparables de la prédication de l'Évangile; après avoir été son disciple, il fut jugé digne d'être maître et de travailler de lui-même à ce grand ouvrage. L'Apôtre le fit donc évêque de la Galatie, province d'Asie-Mineure, dont la capitale est Ancyre et qui est aussi appelée Gallo-Grèce, parce qu'elle était habitée par des colonies de Gaulois et de Grecs; mais, comme le petit nombre des ouvriers évangéliques qu'il y avait en ce temps-là obligeait les évêques des principaux sièges, après avoir mis un bon règlement dans leurs églises, de porter la lumière de la foi dans des pays plus éloignés, saint Paul ne fit point difficulté de tirer saint Crescent de Galatie pour le faire prêcher en d'autres lieux, et surtout il l'envoya dans nos Gaules, qui étaient sans contredit le plus beau gouvernement de l'empire. Ce saint Missionnaire y fit en peu de temps de grands progrès, et, s'étant principalement arrêté à Vienne, en Dauphiné, ville très-considérable, qui donnait des sénateurs à Rome et avait elle-même un illustre sénat, il y convertit assez d'infidèles pour y établir son siège épiscopal, que l'Église romaine a toujours extrêmement considéré. Le pape Paul II, écrivant à Charlemagne, lui dit que cette Église a eu pour fondateur et pour maître saint Crescent, collègue des Apôtres.
Après s'être acquitté de sa mission avec beaucoup de succès, il nomma saint Zacharie pour évêque en sa place, comme nous l'avons déjà rapporté d'Adon, l'un de ses successeurs, et, s'il faut en croire la tradition du diocèse de Mayence, vint prêcher dans les environs de cette ville. Serrarius, dans son Histoire, présente comme authentique la fondation de l'Église de Mayence et de Cologne: il s'appuie sur le témoignage de saint Rupert, qui assure que saint Crescent a prêché dans ces deux villes. Il produit des catalogues manuscrits très-anciens, qui confirment cette tradition; il cite l'autorité d'Adon, de Bède, d'Usuard, et de plusieurs autres écrivains. Dans la Vie de saint Maxime, évêque de Mayence, il est dit que « le corps de ce saint Pontife fut inhumé dans l'église de Saint-Hilaire, près du tombeau de saint Crescent, premier évêque de cette ville, et qu'il y demeura cinq cent cinquante-sept ans, jusqu'au temps d'Hildebert, l'an 935 de Jésus-Christ, époque à laquelle on en fit la translation » solennelle dans l'église de saint Albain, martyr. D'où l'on doit conclure que l'an 400 de Jésus-Christ, les habitants de Mayence étaient généralement persuadés de la vérité de cette tradition, puisqu'ils possédaient son corps et son tombeau.
Saint Crescent, dans ses courses évangéliques, a opéré des miracles extraordinaires. Les martyrologes attestent qu'il a été martyrisé sous l'empire de Trajan; mais ils ne disent pas en quel lieu il a souffert pour la foi. L'Église de Mayence, qui se dit en possession de ses reliques, affirme en même temps que ce saint Martyr a été mis à mort par les païens dans cette ville. On y a érigé en son honneur une église remarquable par sa beauté.
Toutefois, cela n'empêche pas de croire que cet Apôtre zélé, comme le rapportent certaines traditions, ne soit retourné, au moins durant quelque temps, des lieux de sa mission occidentale, dans la Gallo-Grèce ou la Galatie, située dans l'Asie-Mineure, et qu'il n'ait encore gouverné comme évêque cette Église orientale, qu'il avait fondée en partie avec saint Paul. C'est pourquoi les Grecs disent qu'il fut, durant un temps, évêque de Chalcédone ou de Chalcis, ou Chalcide.
Il est marqué deux fois au martyrologe romain, mais l'une et l'autre fois comme disciple de saint Paul et comme premier évêque de Vienne; savoir : en ce jour, 27 juin, et le 29 décembre. Les autres martyrologes en parlent aussi et lui donnent tous cette qualité de disciple de l'Apôtre, ce qui confirme encore ce que nous avons dit de sa mission. Du Saussay en parle amplement, non-seulement en son martyrologe, mais aussi dans son traité des Soixante-douze Disciples, et dans le livre Ier des Écrivains mystiques des Gaules.
Les Mayençais l'ont parfois représenté portant une église sur la main, pour marquer qu'il fut le fondateur de leur siège épiscopal.
Acta Sanctorum. — Cf. Histoire des soixante-douze disciples, par l'abbé Maistre.
Événements marquants
- Disciple et assistant de l'apôtre saint Paul
- Établissement comme évêque de Galatie (Ancyre)
- Mission dans les Gaules et fondation de l'Église de Vienne
- Établissement du siège épiscopal de Mayence et de Cologne
- Retour en Galatie pour fortifier l'Église orientale
- Martyre sous le règne de Trajan
Miracles
- Opération de miracles extraordinaires durant ses courses évangéliques
Citations
Ad annuntiandum missus est me Dominus, ut mederer contritis corde, ut praedicarem captivis liberationem et caecis visum.