Saint Daniel Stylite
Stylite à Constantinople
Résumé
Originaire de Maratha, Daniel devint un célèbre stylite à Constantinople au Ve siècle, suivant l'exemple de saint Siméon. Vivant sur une colonne pendant plusieurs décennies, il devint un conseiller influent pour l'empereur Léon et un médiateur politique respecté. Il est célèbre pour sa résistance aux éléments et ses dons de prophétie, notamment lors de l'incendie de 465.
Biographie
SAINT DANIEL DE MARATHA,
STYLITE À CONSTANTINOPLE
Si nosmetipsos proprio severitate distringimus, sententiam futuri judicii praevenimus.
Si nous nous châtions nous-mêmes par des matériels volontaires, nous prévenons la sentence du jugement à venir. Saint Césaire d'Arles, Homélies.
Non loin de Constantinople et de la cour où, vers la fin du Ve siècle, les Grecs et les Barbares se trahissaient et s'égorgeaient pour monter sur le trône ou y rester, s'élevait sur une colonne un nouveau Siméon, un nouveau prodige de l'abnégation et de la pénitence chrétienne, comme pour condamner de plus haut et de plus près les désordres de la cour et de la ville. C'était saint Daniel Stylite. Il était natif du bourg de Maratha, près de Samosate. À l'âge de douze ans, il se retira dans un monastère voisin. Longtemps après, son abbé, allant à Antioche pour les affaires de l'Église, lui dit de l'accompagner. Ils passèrent par le bourg de Télanisse, et allèrent voir saint Siméon sur sa colonne. Ce Saint permit à Daniel de monter auprès de lui, lui donna sa bénédiction, et lui prédit qu'il souffrirait beaucoup pour Jésus-Christ. L'abbé étant mort, les moines voulurent mettre Daniel à sa place ; mais il prit la fuite et retourna auprès de Siméon. Quand il eut demeuré quatorze jours dans le monastère près de la colonne, il entreprit le pèlerinage de la Terre Sainte. Mais Siméon lui apparut en chemin, et lui ordonna d'aller à Constantinople. Il obéit, et passa sept
11 DÉCEMBRE.
jours dans l'église de Saint-Michel, hors des murs de la ville. De là, il alla s'établir dans un vieux temple d'idoles, infesté par les démons ; il les en chassa par le signe de la croix et la prière, et y demeura neuf ans. Quelques clercs de l'église de Constantinople voulurent l'inquiéter ; mais il fut protégé par l'évêque Anatolius : et l'évêque étant tombé dangereusement malade, Daniel le guérit, et lui demanda pour toute récompense, le pardon de ceux qui l'avaient calomnié.
Saint Siméon Stylite avait envoyé son disciple Sergius porter à l'empereur son habillement de fête. N'ayant pu avoir accès auprès du prince, il alla trouver Daniel, dont il avait ouï dire de grandes choses, et lui remit le présent qu'il portait à l'empereur. Cette circonstance jointe à une révélation qu'eut Sergius à cet égard, lui fit prendre la résolution de monter lui-même sur une colonne.
À sa demande, Sergius lui choisit pour le lieu de sa retraite une montagne solitaire peu éloignée, vers l'embouchure du Pont-Euxin : elle était à quatre milles de la mer, et à sept de Constantinople, du côté du Nord. Un des amis de Daniel y fit construire deux colonnes unies ensemble par des barres de fer, qui n'en formaient qu'une. On mit au-dessus une autre colonne plus petite, au haut de laquelle était une espèce de tonneau, environné d'une balustrade. C'était là qu'il demeurait. La situation du pays, sujet à de grands vents et à des froids très-rudes, rendait sa pénitence encore plus étonnante que celle de saint Siméon. Il y eut un hiver où les vents pensèrent l'emporter ; ils le dépouillèrent de tous ses habits, et il demeura immobile et transi de froid. Ses disciples montèrent à la colonne, et, avec des éponges, lui appliquèrent de l'eau chaude pour le dégeler. Il ne quitta pas pour cela sa colonne, et ne laissa pas d'y vivre jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans.
Sans en descendre, il fut ordonné prêtre, à la prière de l'empereur, par Gennade, évêque de Constantinople, qui, ayant fait en bas les prières, monta sur la colonne pour achever la cérémonie et lui donna la communion. Depuis cette époque il célébrait les saints mystères sur sa colonne même. Il obtint, par ses prières, un fils à l'empereur Léon, qui le visitait souvent et lui portait un grand respect. Le Saint en profitait pour lui donner des instructions salutaires, pour l'exhorter surtout à pardonner avec facilité, et à combattre la dureté qui lui était naturelle. Ce prince fit bâtir près de la colonne de Daniel un petit monastère pour ses disciples, et un hospice pour ceux qui venaient le voir, avec un oratoire pour mettre les reliques de saint Siméon, que Daniel avait fait venir d'Antioche.
L'an 465, il y eut à Constantinople un incendie terrible, qui consuma huit de ses quartiers. Daniel l'avait prédit, et avait conseillé au patriarche et à l'empereur de le prévenir en faisant deux fois la semaine des prières publiques ; mais on ne l'avait pas cru. L'événement en fit souvenir, et le peuple courut en grande hâte vers sa colonne. L'un se plaignait d'avoir perdu sa maison, l'autre ses biens, ses amis, sa femme, ses enfants. Le Saint, touché de leurs afflictions, fondait en larmes, et leur conseillait de s'appliquer à la prière et au jeûne. Il étendit les mains vers le ciel, et pria pour eux ; puis il les renvoya, disant que l'incendie finirait au bout de sept jours : ce qui arriva. Alors l'empereur vint avec l'impératrice le prier de demander à Dieu de leur pardonner le passé, et de les mettre en sûreté pour l'avenir.
Gobazès, roi des Lazes dans la Colchide, étant venu renouveler son alliance avec les Romains, l'empereur le mena voir Daniel, comme le
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miracle de son empire. Le roi barbare se prosterna avec larmes devant la colonne, et le Saint fut l'arbitre du traité entre ces deux princes. Gobazès étant de retour chez lui, y racontait cette merveille, et n'envoyait jamais à Constantinople, qu'il n'écrivit à Daniel pour se recommander à ses prières. Il lui fit même bâtir une troisième colonne plus haute, à côté des deux autres, pour le mettre un peu à l'abri dans les temps orageux. Daniel consentit enfin aux instances que lui fit l'empereur Léon, de laisser couvrir d'un toit le haut de sa colonne.
Ce prince avait à son service un seigneur barbare nommé Edrane, toujours nourri dans la guerre et le carnage, et qui commandait quelques troupes de sa nation. Le voyant très-brave, il lui avait donné la charge de connétable avec le titre de comte. Comme l'empereur envoyait toutes les personnes considérables voir Daniel et recevoir sa bénédiction, il en envoya aussi Edrane. Ce barbare fut si touché des instructions que lui donna le Saint et de l'exemple de sa vie, qu'il résolut à l'heure même de quitter tout et d'embrasser l'état monastique. Il fit assembler tous les siens, leur représenta la vanité de toutes les choses de la terre, et combien il était indigne de voir des hommes répandre le sang des hommes ; que, pour lui, il était résolu de ne plus servir que Jésus-Christ, et de ne plus travailler que pour le salut de son âme ; qu'il les exhortait tous à le suivre, mais que ceux qui ne le voudraient pas, pouvaient se retirer où il leur plairait. Ce discours toucha deux barbares, qui n'avaient jamais entendu parler de Jésus-Christ. Les autres se contentèrent de l'argent qu'il leur donna et se retirèrent. Edrane, ainsi libre de tout, reçut l'habit monastique des mains de Daniel, avec les deux barbares qui l'avaient suivi, et changea son ancien nom en celui de Tite. L'empereur fut fâché de sa résolution, et lui en fit faire des reproches ; mais rien ne put l'ébranler. Bientôt même l'empereur finit par estimer ce qu'il avait condamné d'abord, et, quand il visitait Daniel, il allait aussi voir Tite, et recevait avec joie ses instructions. Daniel, sur sa colonne, était ainsi une prédication continuelle et pour les Grecs et pour les Barbares.
Saint Daniel Stylite mourut sur sa colonne, le 11 décembre vers l'an 489, après avoir fait plusieurs miracles, et prédit plusieurs révolutions politiques qui s'accomplirent de son temps.
Comme pour saint Siméon et saint Walfroy, la colonne est l'attribut caractéristique de saint Daniel Stylite.
Rubrbacher, Vie des Saints ; Père Calder, Caractéristiques des Saints.
12 DÉCEMBRE.
Événements marquants
- Entrée au monastère à l'âge de douze ans
- Rencontre avec saint Siméon Stylite à Télanisse
- Pèlerinage vers la Terre Sainte interrompu par une vision
- Retraite de neuf ans dans un ancien temple d'idoles à Constantinople
- Installation sur une colonne près du Pont-Euxin
- Ordination sacerdotale sur sa colonne par l'évêque Gennade
- Prédiction du grand incendie de Constantinople en 465
- Médiation diplomatique entre l'empereur Léon et le roi Gobazès
Miracles
- Guérison de l'évêque Anatolius
- Expulsion de démons d'un vieux temple
- Prédiction de l'incendie de Constantinople
- Obtention par la prière d'un fils pour l'empereur Léon
- Survie miraculeuse à un hiver rigoureux sans vêtements
Citations
Si nosmetipsos proprio severitate distringimus, sententiam futuri judicii praevenimus.