Saint Taraise de Constantinople
Patriarche de Constantinople
Résumé
Ancien secrétaire d'État devenu patriarche de Constantinople en 784, Taraise fut l'artisan du second concile de Nicée qui rétablit le culte des images. Il se distingua par sa charité envers les pauvres, sa rigueur morale et son opposition courageuse au remariage illégitime de l'empereur Constantin VI. Il mourut saintement en 806 après vingt-deux ans d'épiscopat.
Biographie
SAINT TARAISE, PATRIARCHE DE CONSTANTINOPLE
Vivre saintement, c'est faire le bien et souffrir le mal. V. P. Jérôme Savonarola, *Sermon du 8 mai 1496*.
Paul III, patriarche de Constantinople, souscrivit, par faiblesse, à la condamnation des saintes images, quoiqu'en son âme il sût très-bien la vérité; touché d'un grand repentir par l'appréhension de la mort, dont il était menacé dans une grande maladie, il quitta secrètement le trône patriarcal qu'il avait occupé pendant quatre ans, et se retira dans le monastère de Flore où il prit l'habit religieux. Ce changement surprit extraordinairement l'empereur Constantin et l'impératrice Irène, sa mère, qui allèrent en personne le visiter et s'informer, auprès de lui-même, des causes de sa retraite. Ils le trouvèrent malade à la mort, et il déclara, en présence de Leurs Majestés, qu'il avait été porté à cela par un motif de conscience et pour se sauver, puisque, par sa chute, il était devenu inutile à l'Église et qu'il ne pouvait demeurer pasteur d'un troupeau qu'il avait fait tomber dans l'hérésie : « J'aime mieux », ajouta-t-il, « m'enfermer dans un sépulcre, que d'être frappé d'anathème par le Saint-Siège de Rome, ne pouvant, en cet état, attendre d'autre sort au jugement de Dieu, que d'être jeté dans les ténèbres extérieures, préparées au démon et à ses anges ». Ensuite il les pria de donner son siège à un évêque orthodoxe qu'il leur nomma : ce fut Taraise, leur secrétaire d'État, que ses vertus avaient élevé jusqu'à la dignité de consul. Son père s'appelait Georges, et avait exercé avec honneur la charge de préfet de la ville, et sa mère Eucratie, issue, comme lui, de race patricienne. Quelque temps après, Paul mourut et fut regretté de tout le monde, à cause de sa charité et de son illustre pénitence.
Taraise se trouva fort surpris de ce choix : premièrement, parce qu'il n'était pas clerc, ensuite, parce qu'il voyait l'Église partagée en diverses factions au sujet des saintes images, les Orientaux refusant de les honorer : c'est pourquoi il refusa d'abord d'acquiescer à cette élection, alléguant son insuffisance, et, s'il y consentit enfin, ce fut à la condition que l'empereur assemblerait un Concile œcuménique, pour condamner l'hérésie des Iconoclastes et pour lever l'anathème qui pesait sur l'Église de Constantinople ; on lui en fit la promesse. Après la réception des saints Ordres il se laissa sacrer évêque de ce siège patriarcal, le 25 décembre 784. Cette élection d'un homme laïque à l'épiscopat ne se fit que par dispense de la discipline ecclésiastique, dans l'espérance d'un plus grand bien; aussi apporta-t-elle tout l'avantage possible à l'Église, comme nous le verrons dans la suite.
L'année suivante, l'empereur Constantin et Irène, sa mère, écrivirent au
pape Adrien, touchant cette élection de Taraise; ces lettres se trouvent dans Anastase le Bibliothécaire, au préambule du second concile de Nicée; ils supplièrent le Saint-Père de venir à Constantinople pour y présider au concile comme le premier et le souverain Pasteur, en la place de saint Pierre, ou d'y envoyer quelqu'un qui y pût présider en son nom; et Taraise écrivit de son côté, pour ce même dessein, aux trois autres patriarches d'Antioche, d'Alexandrie et de Jérusalem.
Bien loin de se croire dispensé, par sa dignité de patriarche, de pratiquer les vertus religieuses, il s'adonna plus que jamais à l'oraison, à l'humilité et au mépris de lui-même. Il traitait magnifiquement les pauvres et leur servait lui-même une excellente nourriture, quoiqu'à son égard il usât d'une extrême frugalité et se contentât de fort peu, tant pour son vivre que pour son vêtir et pour son coucher, et qu'il ne permit pas même à ses domestiques de le servir. Il n'eut pas moins de soin de faire régner la modestie parmi les clercs; car, au lieu des ceintures d'or et des habits de soie qu'ils avaient coutume de porter, il leur donna des ceintures tissues de poil de chèvre et des vêtements de simple étoffe, sans nul ornement. Lui-même catéchisait son peuple, particulièrement les soldats, dont la plupart étaient infectés de l'hérésie des Iconoclastes, et, afin d'avoir des aides et des coadjuteurs en un si digne ministère, il fit bâtir un monastère au côté gauche du Bosphore de Thrace, où il mit un bon nombre de savants religieux afin qu'ils lui servissent pour appuyer et soutenir la foi catholique.
Au mois d'octobre de la même année, le Pape fit sa réponse aux empereurs; après avoir prouvé la vénération des images, il les reprit d'avoir donné le titre d'universel au Patriarche de Constantinople; et, pour ce qui est de Taraise en particulier, il blâme sa promotion et son sacre, et promet cependant de les ratifier, s'il fait en sorte envers l'empereur que l'honneur des saintes images soit rétabli. C'était entrer dans les sentiments de notre Saint, dont le cœur était embrasé d'ardeur pour la foi chrétienne.
Le 7 août de l'année 786, le concile œcuménique fut assemblé dans cette capitale de l'empire, en l'église des saints Apôtres, pour le sujet que nous venons de dire; mais tout y fut troublé et rompu par les armes des Iconoclastes, qui étaient excités par les évêques de leur parti. C'est pourquoi les empereurs, usant de prudence, le remirent à un autre temps, et renvoyèrent les évêques en leurs sièges. Pour le légat du souverain Pontife et ceux des Patriarches orientaux, l'impératrice Irène les retint auprès d'elle, et les y fit demeurer jusqu'à l'année suivante; le concile fut transféré en la ville de Nicée, en Bithynie, où saint Taraise tint le premier rang après les légats du Pape; il fut enfin conclu et arrêté, du consentement unanime de tous les Pères assemblés, qui n'étaient pas moins de trois cent cinquante, que le culte des saintes images de Notre-Seigneur, de sa divine Mère et des Saints était une chose très-pieuse, et que tous ceux qui soutiendraient le contraire seraient frappés d'anathème.
Le concile étant achevé, le saint Patriarche reprit le chemin de son église, où tous ses soins furent de ramener à la bergerie de Jésus-Christ les ouailles qui s'en étaient égarées: il le faisait avec une douceur surprenante, ne privant point ni de leur grade ni de leurs bénéfices les clercs qui avaient été ordonnés par les hérétiques, mais exigeant seulement d'eux qu'en embrassant la vraie foi, ils souscrivissent au saint concile de Nicée. Néanmoins, cette conduite ne fut pas prise en bonne part par les personnes mêmes qui
25 FÉVRIER.
menaient une vie religieuse, particulièrement par Sabas. Cet excellent personnage, ne pouvant goûter cette façon de procéder de Taraise, qu'il jugeait trop molle et soupçonnait même de simonie, se retira de sa communion; mais le saint Patriarche le releva bien de ce soupçon, en s'employant d'ailleurs de tout son pouvoir à extirper cette peste de l'Église orientale, car, pour cet effet, il fit une ordonnance expresse : « Que les promotions des prêtres et des autres ecclésiastiques se feraient sans nulle rétribution ».
Cette même douceur du saint Patriarche ne se fit pas moins paraître à l'occasion que nous allons dire. Un magistrat fut accusé, auprès de l'empereur, d'avoir volé ses finances. Extrêmement affligé, et ne sachant que devenir, il se sauva dans l'église, comme en un lieu d'asile : des archers le poursuivirent, et, n'osant violer l'immunité des Temples, ils le serrèrent de si près, qu'il n'en pouvait point sortir pour quelque nécessité que ce fût. Que fit notre saint Patriarche ? Il eut tant de bonté, qu'il prit lui-même le soin d'apporter de la nourriture à ce prisonnier; bien plus, lorsqu'il était contraint de sortir de ce lieu, le Saint l'accompagnait toujours, afin de lui servir de protection assurée. Et comme enfin les gardes, ennuyés d'une si longue attente, ravirent par insolence cette ouaille d'entre les bras de son pasteur, il les excommunia, et fit tant que son innocence fut reconnue, et qu'il fut renvoyé libre. Notre Patriarche fit encore paraître son zèle pour la maison de Dieu en une autre circonstance.
L'empereur Constantin, fils d'Irène, répudia son épouse légitime appelée Marie d'Arménie, fille, à la vérité, de bas lieu, mais qui était néanmoins considérée pour la sainteté d'un de ses oncles nommé Philaret, dit le Miséricordieux; et, en sa place, il épousa une servante appelée Théodote, qu'il fit couronner impératrice. N'ayant pu obtenir le consentement du saint Prélat pour ce prétendu mariage, il le fit bénir par un prêtre nommé Joseph, économe de l'église de Constantinople. Taraise se trouva là-dessus fort en peine, craignant justement que, s'il déclarait l'empereur excommunié, il ne renouvelât la guerre que ses prédécesseurs avaient faite aux saintes images; cependant, ne pouvant approuver ce mariage illégitime, il l'en reprit sévèrement, et le menaça même de l'anathème au cas qu'il persistât dans son crime. Constantin, en étant offensé, porta son ressentiment jusqu'à faire arrêter Taraise, qu'il enferma étroitement, sans permettre à qui que ce fût de ses gens de l'approcher, sous peine du fouet et du bannissement. Le Saint souffrit cette persécution avec une constance invincible et sans rien relâcher de son zèle, jusqu'à ce qu'enfin, Dieu faisant lui-même justice des pécheurs, permit, par un équitable jugement, que Constantin perdît tout ensemble la vue, la vie et l'empire, par les menées et les intrigues de sa mère Irène. Alors, saint Taraise chassa de l'Église ce lâche prêtre qui avait béni les noces illégitimes de l'empereur avec Théodote, et, par ce moyen, il se réconcilia avec les abbés Piaton et Théodore, dit le Studite, qui s'étaient offensés de ce qu'il n'avait pas fulminé l'anathème contre l'adultère. Car Dieu, comme nous avons dit, ayant puni les coupables, la discorde cessa entre ces Saints, dont l'un est véritablement louable en sa prudence, puisqu'il est quelquefois bon de ne pas porter les choses à l'extrémité; comme il est aussi d'ailleurs très-utile de tenir ferme pour la sévérité de la justice : deux conduites qui tendent à une même fin, la gloire de Dieu.
Enfin, le saint Patriarche, après avoir gouverné l'église de Constantinople durant vingt-deux ans avec une singulière pureté de vie et une constante confession de la foi catholique, faisant de grandes aumônes, et pratiquant toutes les vertus requises d'un bon pasteur, tomba dans une
grande et douloureuse maladie, qui lui fit juger que sa fin était proche. Il se prépara à la mort par une inviolable fidélité à ses pieux exercices; son ardent amour lui fit célébrer chaque jour le très-saint sacrifice de la messe, selon sa coutume; et, comme il avait beaucoup de peine à le faire, à cause de sa faiblesse, il se faisait mettre une table de bois au devant de l'autel, sur laquelle il appuyait et soutenait sa poitrine, pour achever ces augustes mystères.
Quelque temps avant de rendre l'âme, il fut tourmenté par la vue des démons, qui lui reprochaient plusieurs crimes, dont ils s'efforçaient de le convaincre; mais lui, sans s'effrayer, leur parla avec assurance, et les convainquit eux-mêmes de mille impostures: ce qui était entendu des assistants, ainsi que le rapporte le religieux Ignace, auteur de sa vie. Il ajoute de plus que le Saint, ne pouvant plus s'aider de sa langue, chassait ces spectres avec la main, comme s'il eût combattu contre eux, jusqu'à ce que ses sens commencèrent à se perdre; et lorsqu'à l'église on chantait à Vêpres ce verset: « Inclinez-vous, Seigneur, et écoutez ma prière », il quitta cette vie mortelle, pour passer à une vie plus heureuse, le 25 de février, l'an 806.
Le regret de sa mort fut général, et l'empereur même, qui était alors Nicéphore Ier, alla visiter le saint corps, se jeta dessus, le couvrit de sa propre robe, et, avec des plaintes mêlées de cris, le nommait son père, son pasteur, son divin maître, son aide dans la conduite de l'empire, le défenseur invincible de ses armées et le vainqueur de ses ennemis. Il fut porté avec pompe dans l'église du monastère des saints Martyrs qu'il avait fait bâtir dans le Bosphore. Dieu a fait voir, par plusieurs miracles, combien ce saint Patriarche est favorable aux catholiques et terrible aux hérétiques, même depuis son décès. Léon V, empereur d'Orient, dit l'Arménien et l'Isaurien, ayant renouvelé la persécution contre les saintes images, fut tué par Michel, surnommé le Bègue, qui s'empara de l'empire, suivant les menaces que le même saint Taraise lui en avait faites, lui apparaissant pendant son sommeil.
La vie de saint Taraise a été écrite fort amplement par Ignace, religieux au monastère du Bosphore, témoin oculaire de ses plus belles actions; Surius l'a fidèlement rapportée en son premier tome. Le cardinal Barouins fait mémoire de lui dans ses Annales et en ses Remarques sur le martyrologe romain; c'est de là que nous avons tiré ce que nous en avons écrit.
Événements marquants
- Secrétaire d'État et Consul sous Constantin et Irène
- Élection au patriarcat de Constantinople le 25 décembre 784
- Convocation du second concile de Nicée en 787 pour rétablir le culte des images
- Opposition au divorce de l'empereur Constantin VI avec Marie d'Arménie
- Emprisonnement par l'empereur Constantin
- Gouvernance de l'Église pendant vingt-deux ans
Miracles
- Apparition en songe à l'empereur Michel le Bègue pour annoncer la mort de Léon V
- Combat final contre les démons sur son lit de mort
- Miracles posthumes contre les hérétiques
Citations
Vivre saintement, c'est faire le bien et souffrir le mal.
Que les promotions des prêtres et des autres ecclésiastiques se feraient sans nulle rétribution