Saint Flavien de Constantinople

Patriarche de Constantinople et Martyre

Fête : 18 fevrier 5ᵉ siècle • sainte

Résumé

Élu patriarche de Constantinople en 447, Flavien s'opposa fermement à la simonie de la cour et à l'hérésie d'Eutychès. Victime d'une cabale menée par l'eunuque Chrysaphius et le patriarche Dioscore, il fut sauvagement battu lors du concile d'Éphèse en 449. Il mourut peu après en exil des suites de ses blessures, avant d'être réhabilité par le concile de Chalcédoine.

Biographie

SAINT FLAVIEN, PATRIARCHE DE CONSTANTINOPLE

En règle générale, la persécution est la part des justes ; il ne faut pas s'en plaindre, puisque le ciel s'achète à ce prix. Morts., v, 10.

Flavien, prêtre et trésorier de l'église de Constantinople, en fut élu archevêque en 447, après la mort de saint Procle. Cette élection déplut à l'eunuque Chrysaphius, chambellan de l'empereur Théodose le Jeune. Ce ministre, prévenu contre Flavien, conçut dès lors le dessein de le perdre. Il engagea le faible empereur, de l'esprit duquel il s'était absolument rendu maître, à lui demander quelque présent pour son ordination. Le saint pasteur, conformément à ce qui se pratiquait alors dans l'Église, envoya au prince des eulogies ou pains bénits, en signe de paix et de communion. Chrysaphius, qui avait ses vues, lui fit dire qu'il devait envoyer un présent d'une autre espèce. Flavien, ennemi déclaré de tout ce qui avait même l'apparence de la simonie, répondit avec fermeté que les revenus de l'Église étaient destinés à d'autres usages, et qu'ils devaient être uniquement employés à la gloire de Dieu et au soulagement des pauvres. L'eunuque, irrité d'une réponse aussi généreuse, résolut de ne plus garder de mesure et de mettre en œuvre tous les ressorts imaginables pour faire déposer Flavien; mais comme il le savait protégé de Pulchérie, sœur de l'empereur, qui avait toute l'autorité, il travailla d'abord à éloigner cette princesse des affaires. Il persuada ensuite à Théodose, par le moyen de l'impératrice Eudoxie, d'exiger de l'archevêque qu'il ordonnât Pulchérie diaconesse. Le refus que fit Flavien de se prêter à leurs intrigues parut un crime aux ennemis qu'il avait à la cour; et ils ne manquèrent pas de le peindre avec les plus noires couleurs. Notre Saint ayant ensuite condamné les erreurs d'Eutychès, parent de Chrysaphius, ce dernier devint furieux et se porta à tous les excès où peut tomber un homme qui suit les mouvements de la haine la plus implacable.

Eutychès était prêtre et abbé de trois cents moines, près de Constantinople. Il s'était fait une sorte de réputation par une vie réglée; mais, en réalité, ce n'était qu'un ignorant et un orgueilleux fort entêté de ses propres idées. Un zèle outré contre Nestorius, qui niait l'unité de personne en Jésus-Christ, le jeta dans l'erreur opposée, et il en vint jusqu'à enseigner qu'il n'y a en Jésus-Christ qu'une seule nature. Eusèbe de Dorylée, autrefois son ami, l'accusa dans un concile assemblé par Flavien en 448. Les Pères de ce con

18 FÉVRIER.

cile firent à l'accusé plusieurs citations auxquelles il ne répondit point; il comparut cependant à la fin, mais il entra suivi de deux officiers de la cour et d'une troupe de soldats. Les évêques lui ayant demandé compte de sa foi sur le point dont il était question, il déclara qu'il ne reconnaissait qu'une nature en Jésus-Christ; et comme on voulait lui montrer l'impiété de sa doctrine, il répondit qu'il n'était point venu pour disputer, mais seulement pour rendre compte de sa foi. Le concile lui dit aussitôt anathème et le déposa. Flavien prononça la sentence, qui fut souscrite par trente-trois évêques et par vingt-trois abbés, dont dix-huit étaient prêtres. Entychès, se voyant condamné, dit tout bas à ses gardes qu'il en appelait aux évêques de Rome, de Jérusalem et d'Égypte. Il écrivit en même temps une lettre captieuse au pape saint Léon pour le prévenir contre le concile de Constantinople; mais cette lettre ne produisit pas l'effet qu'il en attendait. Saint Léon ne donna point dans le piège; il fut instruit du véritable état des choses par Flavien, qui lui envoya une relation exacte de tout ce qui s'était passé. Il écrivit ensuite à notre Saint une fort belle lettre, où il expliquait avec autant de clarté que de solidité le dogme combattu par le nouvel hérésiarque. Cette lettre fut insérée depuis dans les actes du concile de Chalcédoine, qui condamna solennellement les erreurs d'Eutychès.

Cependant l'empereur, sollicité par Chrysaphius, ordonna la révision des actes du concile assemblé par Flavien à Constantinople, et il se tint pour cet effet un synode au mois d'avril de l'année suivante. Il fut composé de trente évêques, dont dix avaient assisté au concile de Constantinople. Thalassius de Césarée y présida, attendu que Flavien aurait été regardé comme juge et partie. L'examen que l'on fit tourna à la confusion d'Eutychès, et ne servit qu'à mettre dans un plus grand jour la justice des procédés de l'archevêque de Constantinople. Ce dernier, ayant été ensuite accusé par ses ennemis de favoriser le nestorianisme, se justifia pleinement, en présentant à l'empereur une profession de foi où il condamnait la doctrine impie de Nestorius et d'Eutychès. Chrysaphius, dont les projets avaient été déconcertés, ne se rebuta point; il fit jouer d'autres ressorts pour parvenir à ses fins. Il écrivit à Dioscore, patriarche d'Alexandrie, homme d'un caractère impétueux et violent, pour lui promettre son amitié et sa protection s'il voulait prendre la défense d'Eutychès et se liguer avec lui contre Flavien et Eusèbe de Dorylée. Lorsqu'il se fut assuré du patriarche, il travailla à gagner l'impératrice Eudoxie, et il y réussit d'autant plus aisément que cette princesse était charmée d'avoir une occasion de mortifier Pulchérie, qu'elle savait attachée au saint archevêque. L'intrigue étant bien nouée, on persuada à l'empereur de faire assembler un concile à Éphèse, afin, disait-on, de terminer toutes les disputes. Théodose, séduit, ne pensa plus qu'à la convocation de ce concile, dont on lui avait exagéré la prétendue nécessité; il manda à Dioscore de venir y présider, et d'amener avec lui dix métropolitains de sa dépendance, dix autres évêques, et l'archimandrite Barsumas, qui était entièrement dévoué aux ennemis de Flavien. Les autres patriarches et le pape saint Léon furent aussi invités au concile, mais ce dernier ne reçut que fort tard la lettre de l'empereur: il envoya toutefois quatre légats pour le représenter. Ces légats étaient Jules, évêque de Pouzzôies, René, prêtre, qui mourut en chemin, Hilaire, diacre, et Dulcitius, notaire. Ils étaient porteurs d'une lettre à Flavien, dans laquelle saint Léon démontrait l'ignorance d'Eutychès et établissait la doctrine catholique de la manière la plus solide et la plus lumineuse.

Ce fut le 8 août de l'année 449 que se fit l'ouverture du concile d'É-

phèse, connu dans l'histoire ecclésiastique sous le nom de brigandage, à cause des violences qui s'y commirent. Il s'y trouva cent trente évêques d'Égypte et d'Orient. Eutychès vint aussi à Éphèse avec deux officiers de l'empereur et une troupe de soldats. Il fut aisé de voir, dès le commencement du concile, que tout s'y ferait par cabale et qu'Eutychès y avait un parti puissant. Les légats du Pape n'eurent pas même la liberté de lire les lettres dont ils étaient porteurs. Enfin, après de longues contestations, Dioscore prononça une sentence de déposition contre Flavien et Eusèbe de Dorylée. Les légats de saint Léon protestèrent contre cette sentence, et le diacre Hilaire entre autres dit à haute voix Contradicitur (on fait opposition). Ce mot latin fut inséré dans les actes du concile. Lorsque Dioscore commença à lire la sentence, plusieurs évêques se jetèrent à ses pieds et le conjurèrent dans les termes les plus pressants de ne point passer outre; mais loin de se laisser fléchir, il se leva et appela les commissaires de l'empereur. Les portes ayant été aussitôt ouvertes, Proclus, proconsul d'Asie, entra avec une compagnie de soldats qui tenaient des chaînes, des bâtons et des épées. La plupart des évêques, effrayés à la vue d'un tel spectacle, souscrivirent à tout ce que Dioscore et ceux de son parti voulurent; il n'y eut que les légats du Pape qui, toujours inébranlables, protestèrent jusqu'à la fin contre ces violences inouïes. Un d'entre eux fut mis en prison. Le diacre Hilaire, après s'être sauvé avec beaucoup de peine, prit la route de l'Occident, et arriva enfin à Rome. Pour Flavien, il en appela au Saint-Siège de la sentence prononcée contre lui, et remit l'acte de son appel aux légats du Pape. Dioscore en fut si irrité, qu'il se jeta sur le Saint avec Barsumas et plusieurs autres personnes de son parti. Ils le renversèrent par terre, et le maltraitèrent si rudement à coups de pieds qu'il en mourut peu de temps après à Epipe, où il avait été exilé.

L'impie Dioscore ne s'en tint pas là : il eut encore l'insolence, de concert avec deux évêques d'Égypte, d'excommunier le pape saint Léon; mais Dieu ne permit pas que le triomphe de l'injustice durât longtemps. L'empereur ayant enfin ouvert les yeux, Chrysaphius, l'auteur de tant de maux, fut disgracié, puis condamné à mort. Eudoxie fut elle-même obligée de se retirer à Jérusalem. Le rappel de Pulchérie à la cour produisit cette heureuse révolution. L'année suivante, cette princesse étant montée sur le trône après la mort de Théodose, ordonna que le corps de notre Saint fût solennellement transféré à Constantinople, et inhumé avec les archevêques ses prédécesseurs. Saint Léon, informé de tout ce qui s'était passé à Éphèse, avait écrit à Flavien pour le consoler, mais celui-ci était mort quand la lettre arriva. Il avait aussi écrit en sa faveur à Théodose, à Pulchérie et au clergé de Constantinople. Le concile général tenu à Chalcédoine en 454 mit Flavien au nombre des Saints et des martyrs, et rendit de grands honneurs à sa mémoire; il rétablit aussi Eusèbe de Dorylée sur son siège. Le pape Hilaire, qui avait été légat de saint Léon à Éphèse, avait une telle vénération pour le saint archevêque de Constantinople, qu'il fit représenter son martyre dans l'église qu'il fonda en l'honneur de la croix du Sauveur.

Le martyre de saint Flavien arriva au mois d'août de l'année 449; néanmoins l'Église n'en célèbre la fête qu'en celui de février, pendant lequel se

18 FÉVRIER.

fit cette translation de son corps dont nous avons parlé. Le martyrologe romain et le ménologe des Grecs en font mention au 18 de ce même mois, où l'on peut voir les doctes remarques du cardinal Baronius. Une bonne partie de ses reliques ont été apportées en Italie. Un de ses bras se conserve religieusement dans l'église cathédrale de Récanati, dans la Marche d'Ancône, et son chef sacré avec plusieurs ossements considérables reposent à Julia-Nova, dans le royaume de Naples.

Tiré des coucles et des histoires de Cédrénus, d'Evagre, de Théophane, etc. Voir Baronius, les Bellandistes, t. III, fév., p. 71; Fleury, t. xxvii et xxviii; Quennel, sur les œuvres de saint Léon, t. II, diss. I; le Père Cacciari, sur les œuvres du même Père, réimprimées à Rome en 1755, t. III, diss. 4, de Eurychiana hœres, t. I, c. 2, p. 222; c. 6, p. 303; c. 5, p. 385.

Événements marquants

  • Élection comme archevêque de Constantinople en 447
  • Condamnation d'Eutychès au concile de Constantinople en 448
  • Opposition aux intrigues de l'eunuque Chrysaphius
  • Déposition injuste lors du 'Brigandage d'Éphèse' en 449
  • Agression physique par Dioscore et ses partisans
  • Mort en exil à Epipe des suites de ses blessures
  • Translation solennelle de son corps à Constantinople par Pulchérie

Citations

Les revenus de l'Église sont destinés à d'autres usages, et ils doivent être uniquement employés à la gloire de Dieu et au soulagement des pauvres.

— Réponse à Chrysaphius