Saint Gerland d'Agrigente

Évêque et Confesseur

Fête : 25 fevrier 11ᵉ siècle • saint

Résumé

Né à Besançon, Gerland rejoignit ses parents normands en Sicile pour restaurer le christianisme après l'occupation arabe. Nommé évêque d'Agrigente en 1088, il rebâtit la cathédrale et se distingua par sa charité envers les pauvres et son zèle apostolique. Il mourut en 1100 après avoir assisté le pape Urbain II.

Biographie

SAINT GERLAND, ÉVÊQUE DE GIRGENTI

Ut moriens viveret, vixit ut moriturus.

Pour qu'en mourant, il obtînt de vivre, il a vécu comme devant mourir.

Épitaphe du cardinal Valentini à Saints-Sabine de Rome.

Gerland appartenait par sa famille à la nation des Allobroges. Il naquit à Besançon au commencement du XIe siècle, de parents distingués par leur fortune et leur piété. Tandis qu'il vivait tranquille sous le toit paternel, deux princes normands auxquels il était uni par les liens du sang, Robert Guiscard et Roger, s'embarquaient pour une lointaine et périlleuse expédition : il ne s'agissait rien moins que d'affranchir la Sicile du joug des Arabes,

25 FÉVRIER.

qui s'en étaient rendus maîtres en 828. Cette entreprise réussit ; peu à peu les deux jeunes conquérants avaient gagné du terrain, et, dès l'année 1086, le culte catholique commençait à refleurir dans cette malheureuse contrée. Ce fut alors que Robert et Roger appelèrent à eux notre Saint ; il pouvait leur être grandement utile, soit à cause de ses éminentes vertus, soit par ses talents. Gerland avait un cœur noble, des vues larges, une intégrité de mœurs admirable, une parole facile et forte. Il venait, d'ailleurs, d'être honoré du sacerdoce, circonstance qui ne pouvait qu'agrandir le cercle de son influence et de son action. Aussitôt après son arrivée en Sicile, le comte Robert l'attacha à la cathédrale de Catane, en qualité de chapelain ; un peu plus tard, il était primicier du chapitre ; enfin, sur l'invitation qui lui en fut faite par le premier pasteur, il quitta ce nouveau poste pour devenir grand chantre de la cathédrale de Mélit. Notre Saint ne demeura pas longtemps dans cette ville ; l'affreuse dissolution qui y régnait lui inspira un dégoût si profond pour le monde, qu'il se hâta de revenir en Bourgogne, avec la résolution de vivre dans la solitude. Dieu, qui avait des vues particulières sur son serviteur, ne permit pas qu'il exécutât son dessein. Rappelé en Sicile par le comte Roger, qui lui fit de grandes instances, il crut devoir surmonter ses répugnances et se remit en mer.

Le souverain Pontife avait alors à pourvoir d'un évêque l'église d'Agrigente ; Gerland fut sacré et envoyé immédiatement dans cette partie de la vigne du Seigneur. Ceci arriva sur la fin de l'année 1088. On se figure sans peine ce qu'il y avait à faire dans un diocèse où de barbares oppresseurs, qui étaient en même temps les ennemis jurés du Christ, avaient séjourné près de trois cents ans. Le premier soin du nouvel évêque fut de rétablir l'ancienne cathédrale, que Libertinus, un de ses prédécesseurs, avait fait construire, et de laquelle il ne restait que des ruines. Mais comme la Sicile n'était point encore entièrement délivrée de la présence des Sarrasins, Gerland eut la précaution de transporter cette église dans la partie la plus élevée de la ville, à côté d'un château fort, afin qu'elle fût désormais à l'abri de leurs dévastations. Cette œuvre importante, ainsi que la construction du palais épiscopal, ne l'occupa pas moins de six ans. Persuadé qu'il ne pourrait travailler efficacement au bien spirituel de son diocèse qu'après avoir écarté tous les embarras matériels, saint Gerland témoigna à Roger, à peu près vers le même temps, le désir de connaître d'une manière certaine les limites de sa juridiction. Le comte, sentant lui-même de quelle importance il était de prévenir les conflits, dans la nouvelle circonscription dont il s'occupait en qualité de légat, s'empressa de répondre à son vœu et lui fit délivrer un diplôme en due forme.

Il n'en fallait pas davantage pour tranquilliser notre Saint ; cependant, quelques années plus tard, le Pape lui écrivit encore à ce sujet. Sa lettre, datée du 6 des ides d'octobre 1099, est moins un acte d'autorité pontificale qu'une confidence et un témoignage d'estime adressés à l'évêque d'Agrigente.

Au milieu de toutes les sollicitudes que lui donnait l'administration temporelle de son diocèse, notre Saint pratiquait le zèle et la charité du bon Pasteur. Peu content d'annoncer la parole de Dieu à ceux qui avaient droit de la recevoir de lui, il recherchait partout les Sarrasins et les Juifs, les amenait à des entretiens particuliers, les baptisait lui-même quand il les avait convertis. Ses succès, soit dans les instructions pastorales, soit dans les conférences avec les infidèles, étaient véritablement merveilleux. Persuadé que l'évêque, « placé comme une sentinelle sur les murs de Jérusalem »

SAINT CÉSAIRE, MÉDECIN.

a besoin d'avoir les yeux partout, il exerçait sur son troupeau une vigilance continuelle. Gerland savait aussi que l'Apôtre recommande à l'évêque d'être « le modèle des autres dans la conversation, dans la manière d'agir avec le prochain, dans la chasteté et dans la foi » ; il avait médité cet avis et il le pratiquait à la lettre. Mais ce qui paraissait lui tenir à cœur plus que tout le reste, c'était le devoir de la charité ; on peut dire qu'il prodiguait l'aumône plutôt qu'il ne la faisait, et que son titre d'évêque s'effaçait en quelque sorte devant le titre touchant de père nourricier des orphelins et des veuves.

Ce fut au milieu de ces œuvres et dans la pratique de toutes ces vertus, que mourut notre Saint. Il y avait onze ans qu'il gouvernait l'église d'Agrigente, lorsqu'il fut appelé à Rome, apparemment par la maladie d'Urbain II. Après avoir assisté aux derniers moments de ce grand Pape, pour lequel il avait une vénération filiale, il s'empressa de regagner la Sicile. En passant par Balnearia, aujourd'hui Bagnara, ville de la Calabre, il voulut rendre visite à l'évêque de ce diocèse, appelé Dragon. Ce prélat l'accueillit avec honneur ; il conçut même d'abord l'espérance de le retenir quelques jours ; mais notre Saint avait hâte de revoir son troupeau : il se remit en route presque aussitôt, et dit, en partant, à l'évêque de Balnearia, de vouloir bien prier pour l'âme de Gerland, lorsqu'il apprendrait sa mort. Cette parole était une prophétie ; le 25 février de l'année suivante, saint Gerland allait recevoir au ciel la récompense promise au serviteur fidèle. Une odeur suave, qui se répandit incontinent dans le palais épiscopal, témoigna que sa mort avait été précieuse aux yeux de Dieu ; les honneurs funèbres que vinrent lui rendre en foule les évêques et les prêtres de la Sicile, furent en quelque sorte les prémices du culte que l'Église lui a accordé plus tard. Son corps fut déposé dans le chœur de la cathédrale d'Agrigente, et, quelques années après, cette cathédrale fut placée sous le vocable de Saint-Gerland.

Gerland est mentionné comme Saint, sous le double titre d'évêque et de confesseur, dans plusieurs martyrologes. Nous citerons en particulier ceux de Cajetan (Vies des Saints Siciliens. Palerme, 1657) et de Melanna. Les miracles qui furent opérés sur son tombeau augmentèrent la dévotion des fidèles envers lui. Une chapelle lui fut dédiée dans l'église même qu'il avait bâtie, et, chaque année, deux jours furent consacrés spécialement à honorer sa mémoire : l'an, le 25 février, qui est celui de sa bienheureuse mort ; ce jour-là, on exposait son bras enfermé dans une châsse d'argent et son bâton pastoral ; l'autre, le 20 mars : il rappelait la translation solennelle de ses reliques, qui eut lieu dans la dernière moitié du XIVe siècle. Aujourd'hui encore, on vénère à Palerme des parcelles du corps de saint Gerland, et les Siciliens n'ont pas cessé de lui donner des marques de leur confiance et de leur amour.

En France, le Bréviaire bisontin donne son office sous le rite semi-double. Son nom se trouve dans les litanies du diocèse de Besançon.

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SAINT CÉSAIRE, MÉDECIN (369).

Saint Césaire, frère de saint Grégoire de Nazianze et de sainte Gorgonie, né vers l'an 320, alla étudier dans la célèbre école d'Alexandrie, et s'appliqua avec succès à l'éloquence, à la philosophie, et surtout à la médecine, pour laquelle il avait un goût et une aptitude remarquables. Très-jeune encore, il éclipsait déjà les plus fameux médecins de son siècle. Avant de retourner dans sa patrie, il voulut faire quelque séjour à Constantinople, afin de se perfectionner de plus en plus dans la profession qu'il avait choisie. Son mérite et ses belles qualités lui concilièrent l'estime et la considération publiques, au point que l'empereur Constance lui fit offrir, s'il voulait se fixer dans la capitale, une alliance illustre, de plus la dignité de sénateur, et le titre de son premier médecin ; mais le désir de retourner dans son pays, joint aux instances de son frère Grégoire,

25 FÉVRIER.

qui était venu au-devant de lui jusqu'à Constantinople, lui firent refuser ces offres magnifiques. Il revint donc à Nazianze, et consacra au soulagement de ses compatriotes les prémices de son art. Dans la suite, il forma le projet de retourner à Constantinople, mais saint Grégoire, son père, sainte Nonne, sa mère, et son frère, essayèrent de l'en détourner, dans la crainte que l'air de la cour ne fût préjudiciable à son salut. Césaire ne crut pas leurs appréhensions fondées, et se rendit à la capitale, où il s'acquit en peu de temps la plus brillante réputation. Julien l'Apostat, qui l'estimait singulièrement, le fit son premier médecin, et l'excepta toujours dans les édits qu'il porta contre les chrétiens. Il eût bien voulu gagner à sa cause un homme d'un aussi rare mérite, et l'arracher au christianisme ; mais Césaire était inébranlable dans son attachement à la foi, il repoussa généreusement les tentatives d'apostasie et les caresses séduisantes de l'empereur. Cependant, les chrétiens de Nazianze murmuraient de voir le fils de leur évêque dans une cour pleine d'idoles et à la suite d'un empereur apostat. Le père en avait tant de chagrin, que la vie lui paraissait insupportable. Quant à la mère, on lui cachait le tout avec soin, de peur qu'elle n'en fût accablée. Grégoire en écrivit à son frère une lettre touchante pour le presser de revenir : à la suite de cette lettre, il quitta la cour, où il ne reparut que sous Jovien et Valens, qui tous deux l'honorèrent de leur confiance. Le dernier le créa trésorier de son domaine, puis intendant de Bithynie. Saint Grégoire, son frère, et saint Basile, son ami, lui écrivaient souvent pour l'engager à quitter le monde, afin de ne plus vivre que pour Dieu. Césaire recevait fort bien ces avis, mais il ne se pressait pas de les mettre à exécution. La Providence se servit, pour briser les liens qui le retenaient dans le siècle, du tremblement de terre qui arriva, en 368, à Nicée où il résidait, et auquel il n'échappa que par une espèce de miracle, ayant été enterré sous des ruines, d'où on le retira légèrement blessé. Saint Grégoire et saint Basile profitèrent de cette occasion pour renouveler leurs instances. Ce dernier lui écrivit une lettre très-pressante, dans laquelle il lui dit qu'il est obligé, plus que tout autre, de se donner entièrement à Dieu, puisqu'il venait de le retirer de la mort. Césaire se rendit enfin, et se disposa à recevoir le sacrement de la régénération, qu'il n'avait pas encore reçu, quoiqu'il eût déjà mérité le titre glorieux de confesseur de la foi. Il écrivit à son frère qu'il allait quitter le service du roi de la terre pour servir uniquement le roi du ciel ; mais le Seigneur se contenta de sa pieuse résolution et ne lui laissa pas le temps de l'exécuter, l'ayant appelé à lui au commencement de l'année 369.

Saint Grégoire prononça son oraison funèbre, et dans le détail qu'il donne de ses vertus, il remarqua qu'au milieu des honneurs il regarda toujours l'avantage d'être chrétien comme la première des dignités et le plus glorieux de tous les titres. Il s'étend aussi sur son désintéressement et sa générosité. Non-seulement il soulageait les pauvres, mais il se montrait libéral envers tout le monde. La bonté de son cœur et ses manières obligeantes lui faisaient des amis de tous ceux qui le connaissaient. Il exerçait sa profession sans aucune vue de gain, même à l'égard des riches. Il était le père des pauvres, et outre les soins gratuits qu'il leur consacrait dans leurs maladies, il leur distribuait encore la plus grande partie de ses revenus, et les institua ses héritiers quelque temps avant sa mort.

Dictionnaire hagiographique de Migne et Rohrbacher.

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Événements marquants

  • Naissance à Besançon au début du XIe siècle
  • Arrivée en Sicile pour aider Robert Guiscard et Roger contre les Arabes
  • Nomination comme chapelain à Catane puis grand chantre à Mélit
  • Sacre comme évêque d'Agrigente en 1088
  • Reconstruction de la cathédrale et du palais épiscopal d'Agrigente
  • Assistance aux derniers moments du pape Urbain II à Rome
  • Mort à Agrigente après 11 ans d'épiscopat

Miracles

  • Odeur suave se répandant dans le palais épiscopal à sa mort
  • Prophétie de sa propre mort faite à l'évêque Dragon
  • Miracles opérés sur son tombeau

Citations

Ut moriens viveret, vixit ut moriturus.

— Épitaphe citée en exergue

Date de fête

25 fevrier

Époque

11ᵉ siècle

Décès

25 février 1100 (naturelle)

Catégories

Attributs iconographiques

Invoqué(e) pour

protection contre les Sarrasins, père des orphelins et des veuves

Autres formes du nom

  • Gerlandus (la)

Prénoms dérivés

Gerland

Famille

  • Robert Guiscard (parent (prince normand))
  • Roger Ier de Sicile (parent (comte de Sicile))