Saint Gildéric (Joudry)

Solitaire au diocèse de Séez

Fête : 14 mai 7ᵉ siècle • saint

Résumé

Originaire d'Écosse au VIIe siècle, saint Gildéric s'installa comme ermite en Neustrie, près d'Exmes, pour vivre dans une austérité extrême. Soutenu par l'évêque saint Annobert, il fonda un oratoire et se consacra à la prière et au travail de la terre. Ses reliques, longtemps vénérées à Vendôme, disparurent à la Révolution, mais son culte persiste notamment pour la guérison des fièvres.

Biographie

XIV JOUR DE MAI

SAINT GILDERIC OU JOUDRY, SOLITAIRE AU DIOCÈSE DE SÉEZ

(VIIe siècle).

Saint Gildéric naquit en Écosse, vers le commencement du VIIe siècle. Issu de parents pauvres, il mena de bonne heure une vie dure et laborieuse, qui le prépara aux grandes austérités qu'il pratiqua dans la suite. En effet, lorsqu'il fut parvenu à l'âge mûr, le désir d'arriver promptement à la perfection évangélique embrasa tellement son cœur, qu'il résolut d'abandonner entièrement le monde. Il fit part de ce dessein à un saint personnage, qui lui conseilla, pour rendre son sacrifice plus méritoire, d'abandonner sa patrie et de passer en France, où il pourrait mener plus facilement une vie solitaire et inconnue au monde. Ayant donc dit adieu pour toujours à ses parents, il s'embarqua sur un vaisseau qui partait pour la France, et qui le déposa sur les côtes de la Neustrie, dans le diocèse de Coutances.

Après avoir sanctifié par sa présence plusieurs solitudes, il se retira dans une épaisse forêt, qui était proche de la ville d'Exmes. C'est dans la prière et la méditation des vérités éternelles qu'il avait trouvé la force nécessaire pour accomplir ces grands sacrifices. C'est la prière qui lui adoucit les austérités effrayantes qu'il pratiqua dans cette profonde solitude, sous les yeux de Dieu et des anges. En effet, après s'être bâti une petite cellule avec des branches d'arbres, il réduisit tellement sa chair sous l'obéissance de l'esprit, qu'il n'avait pour tout vêtement qu'un cilice, pour toute nourriture qu'un peu d'orge mêlé avec des écorces d'arbres. Souvent, au plus fort de l'hiver, et au milieu de la nuit, il se plongeait jusqu'aux épaules dans la rivière voisine, et restait dans cette eau glacée jusqu'à ce qu'il eût récité tout le psautier. Ayant déclaré la guerre à son corps comme à son ennemi le plus mortel, il prenait tous les moyens de l'immoler chaque jour à la gloire de Dieu.

Mais quelques efforts qu'il fit pour cacher ses austérités, elles furent découvertes, et la renommée de sa sainteté, volant de bouche en bouche, attira bientôt une foule de personnes qui venaient le visiter et se recommander à ses prières. Parmi ses pieux visiteurs, on remarqua surtout le comte d'Exmes, qui non content de lui témoigner sa vénération, lui donna quelques arpents de

SAINT ANNOBERT OU ALNOBERT, ÉVÊQUE DE SÉEZ. 645

terre pour y bâtir un oratoire. Le Saint ayant élevé de ses mains un petit sanctuaire, y fit placer deux autels, dont l'un fut dédié à la Mère de Dieu et l'autre à sainte Marie-Madeleine, modèle des âmes pénitentes. Il cultiva le reste du terrain qu'on lui avait donné, et par ses prières il éloigna de cette contrée les animaux nuisibles, qui venaient ravager non-seulement son petit enclos, mais encore les campagnes voisines. Un autre visiteur, qui se plaisait à combler saint Gildéric des marques de sa bienveillance, fut saint Annobert, évêque de Séez. Il le soutenait dans le chemin de la perfection, par ses exhortations paternelles, et il lui procura jusqu'à la fin de sa vie tous les secours spirituels et temporels qui furent en son pouvoir.

Saint Gildéric parvint à une grande vieillesse, tout en pratiquant ces austérités. Comblé de jours et de mérites, il quitta ce monde pour aller goûter auprès de Dieu les joies de l'éternité, après lesquelles il soupirait depuis longtemps.

Il fut enseveli dans l'oratoire qu'il avait lui-même bâti, par saint Annobert, qui voulut ainsi donner à son ami cette dernière marque de son affection sur la terre. Après avoir reposé quelque temps dans cette chapelle, son corps, objet de la vénération des fidèles, fut transféré à l'abbaye d'Almenèches. C'est de là qu'il fut enlevé, vers l'année 1137, par Gouffroy, comte de Vendôme, et déposé dans une église située entre Chauvigny et la Ville-aux-Clercs. La vénération universelle qu'inspiraient ces saintes reliques, fit bientôt donner à cette église le nom de Saint-Joudry; mais elle resta peu de temps en possession de son précieux trésor qui fut transféré dans l'église collégiale de Vendôme où il fut exposé à la vénération des religieux et des fidèles jusqu'en 1792. A cette époque, les reliques disparurent sans qu'on ait pu découvrir ce qu'elles étaient devenues. On continua cependant de rendre un culte public au Saint dans les diocèses de Blois et de Séez. Aujourd'hui, il est vrai, on ne récite plus d'office en son honneur, mais sa mémoire demeure en bénédiction dans les diocèses de Séez, de Chartres et de Blois.

Ruinée par les incursions des gens de guerre, l'ancienne église élevée sous son vocable fut reconstruite vers 1648. L'impiété révolutionnaire vint ravager à son tour cette église, en 1793. Mais elle fut rebâtie en 1835, et bénite solennellement, le 16 mai 1836, sous l'épiscopat de Mgr Pierre-François de Saussin, évêque de Blois. Elle est aujourd'hui annexée à la paroisse de Chauvigny. La statue qu'on y vénère, est grossièrement travaillée. Elle représente saint Gildéric revêtu d'une robe brune à capuchon, un chapelet pendant à sa ceinture de cuir. Il a un bréviaire ouvert entre les mains et s'appuie sur une canne à traverse. Chaque deuxième vendredi du mois, le curé de Chauvigny y vient célébrer la messe, à laquelle assiste un certain nombre de pèlerins. Les habitants de ces contrées ont une très-grande vénération pour le Saint. On vient l'invoquer de dix lieues à la ronde; moins connu vers Châteaudun, il est plus célèbre dans le Vendôme à ce pays de Monidoubiena. La fête du Saint, que l'on célébrait le 14 mai, a été reportée au lundi de la Pentecôte. Les pèlerins vont en grand nombre à cette fête d'où plusieurs s'en sont déjà retournés guéris de la fièvre.

Extrait des Vies des Saints des diocèses de Séez, par M. l'abbé Blin, curé de Dorcet.

Événements marquants

  • Naissance en Écosse de parents pauvres
  • Exil volontaire en France (Neustrie) sur conseil d'un saint personnage
  • Retraite dans une forêt proche de la ville d'Exmes
  • Construction d'un oratoire avec deux autels (Vierge et Marie-Madeleine)
  • Translation des reliques à l'abbaye d'Almenèches puis à Vendôme
  • Disparition des reliques en 1792

Miracles

  • Éloignement des animaux nuisibles par la prière
  • Guérisons de la fièvre constatées lors des pèlerinages