Saint Hidulphe de Trèves

Archevêque de Trèves, Fondateur de Moyenmoutier

Fête : 11 juillet 8ᵉ siècle • saint

Résumé

Noble bavarois devenu archevêque de Trèves, Hidulphe renonça à sa dignité pour embrasser la vie monastique dans les Vosges. Il y fonda l'abbaye de Moyenmoutier et dirigea également celle de Saint-Dié après la mort de son ami Déodat. Reconnu pour ses miracles et sa grande austérité, il mourut en 707 après avoir organisé la vie religieuse de la région.

Biographie

SAINT HIDULPHE, ARCHEVÊQUE DE TRÈVES,

FONDATEUR DU MONASTÈRE DE MOYENMOUTIER, AU DIOCÈSE DE SAINT-DIÉ

767. — Pape : Jean VII. — Roi de France : Childebert III.

Vite coelestis cupidus sancta terrena facile relinquít.

Celui qui désire la vie céleste abandonne facilement tous les biens de la terre.

S. Grégoire le Grand, hom. x; sup. Euang.

S'il y eut un grand nombre de saints religieux tirés de leur solitude ou de leur cloître, pour être élevés sur le trône épiscopal, il y eut aussi beaucoup d'évêques qui sont descendus de leurs trônes pour se faire religieux et se retirer dans le cloître et dans la solitude. Nous en avons deux exemples très éclatants dans la personne de saint Hidulphe et de saint Dié, dont l'un laissa l'archevêché de Trèves, en Basse-Allemagne, et l'autre l'évêché de Nevers, en France, pour s'aller cacher dans les déserts des montagnes des Vosges, qui séparent la Lorraine de l'Alsace et de la Bourgogne, et donnent naissance à la Moselle du côté du septentrion, et à la Saône du côté du midi.

Saint Hidulphe était d'une très-noble famille de Bavière : il naquit à Ratisbonne. Il conserva dans son enfance, dans sa jeunesse, pendant ses études, l'innocence et la pureté de son baptême, et se préserva des vices auxquels cet âge est sujet. Il faisait ses délices de soulager les pauvres et de venir en aide à tous les malheureux. Préparé dès son enfance aux vertus ecclésiastiques, il renonça aux espérances flatteuses que lui offrait le monde, embrassa l'état ecclésiastique et se fit recevoir au nombre des clercs dans la ville de Ratisbonne. Son exemple fut suivi par Erard, son frère, qui devint depuis évêque régionnaire à Ratisbonne et dans la Bavière. Ce fut Erard qui baptisa sainte Odile, et notre saint Hidulphe assistait à ce baptême, qui produisit un effet si miraculeux.

Hidulphe, entendant un jour cette parole du Sauveur : « Celui qui délaissera sa maison, quittera son père, sa mère, ses frères ou ses sœurs, par respect pour mon nom, recevra le centuple et jouira de la vie éternelle », quitta aussitôt sa famille et son pays, prit le chemin de la Sicambrie ou Gueldres, et arriva dans la ville de Trèves, illustrée alors par des religieux qui répandaient partout la bonne odeur de leurs vertus. Sans craindre les rigueurs de la pénitence, l'intrépide soldat de Jésus-Christ se mêla dans leurs rangs. Sous la discipline monastique, sa vie fut tellement fervente, que les moins vertueux envièrent sa piété, et qu'il fut chéri de ses égaux et de ses supérieurs.

Le saint archevêque de Trèves, Numérien, considérant la science, la maturité, la vie angélique d'Hidulphe qui, sur l'aile de toutes les vertus, volait à la perfection, l'arracha de son monastère, et le retint près de lui, afin qu'il lui succédât après sa mort. Il l'associa dès lors à sa vie pastorale, et Hidulphe s'en acquitta avec autant de piété que de courage. Numérien

SAINT HIDULPHE, ARCHEVÊQUE DE TRÈVES.

étant venu à mourir, le clergé et le peuple jetèrent aussitôt les yeux sur Hidulphe dont les talents et les vertus brillaient d'un vif éclat; mais notre Saint, effrayé du fardeau qu'on voulait lui imposer, le repoussa de toutes ses forces, se regardant indigne d'une charge si élevée. Les princes, les évêques, le clergé, les moines et le peuple redoublèrent leurs instances, et Hidulphe finit enfin par accepter la charge pastorale.

Dès lors il redoubla ses austérités, qui étaient déjà très-grandes. Sa charité envers les pauvres était admirable: il n'avait rien qui ne fût à eux et qu'il ne leur distribuât libéralement. Le soin du salut des âmes était son occupation principale. Il y travaillait par ses prédications, ses visites, ses exhortations, ses réprimandes, ses bons exemples, ses prières continuelles, et surtout par la vertu de l'auguste sacrifice de la messe, qu'il célébrait tous les jours. Parmi les actions mémorables de son épiscopat, il faut remarquer l'élévation et la translation du corps de saint Maximin de Trèves, l'un de ses prédécesseurs, dans une chapelle qu'il avait fait bâtir en son honneur. Il était encore dans le lieu où saint Paulin, évêque du même siège, l'avait inhumé, et il était couvert d'une tombe si pesante, que l'on ne pouvait la lever de place; mais saint Hidulphe la remua lui seul fort facilement; et, ayant trouvé dessous cette incomparable relique, il la mit dans une chasse de cyprès et la transporta avec beaucoup de solennité dans le lieu qu'il lui avait destiné. Il construisit ensuite un monastère en ce lieu, et l'enrichit de ses bienfaits.

Vers l'an 665, il introduisit la règle de Saint-Benoît dans le monastère de Saint-Maximin, fondé dans le IVe siècle. Il en augmenta les revenus et y rétablit une régularité si parfaite, que cette maison devint l'admiration de ce siècle. Cette abbaye fut détruite pendant la révolution française.

Le saint prélat portait envie depuis longtemps à ces religieux qui avaient le bonheur de vivre loin du monde, dans la contemplation des choses célestes: il soupirait après l'heure où il lui serait donné de les imiter. Il put enfin faire mettre en sa place, sur le siège épiscopal de Trèves, les uns disent saint Véomade, abbé de Saint-Maximin, d'autres, saint Basin; après quoi il alla se renfermer dans le monastère de Saint-Maximin. Mais voyant qu'il ne pourrait trouver, dans son propre diocèse, l'obscurité qu'il cherchait, il se retira secrètement, vers l'an 374, sur les frontières de la Lorraine, dans les montagnes des Vosges. Il y bâtit un monastère, qui fut appelé Moyenmoutier, parce qu'il était au milieu de ceux de Senones, d'Etival, de Saint-Dié et de Bonmoutier, puis il y fit construire deux églises, l'une en l'honneur de la sainte Vierge, et l'autre en l'honneur de saint Pierre; plus tard il en ajouta une troisième, en dehors de l'enceinte, pour les pèlerins et les malades qui venaient implorer son secours et celui de ses religieux, lui donnant le nom de Saint-Jean-Baptiste; puis une quatrième qu'il dédia à saint Grégoire. Il plaça cette dernière sur une colline au midi du monastère, au milieu du terrain qu'il avait choisi pour en faire le cimetière de la communauté.

Après ces constructions, qui furent rapides, il s'adonna à la contemplation pour laquelle il avait quitté la dignité épiscopale: cela ne l'empêcha pas de recevoir comme disciples beaucoup de personnes distinguées, soit par leur naissance, soit par leur mérite, qui vinrent se ranger sous sa direction. De la sorte, son monastère fut bientôt rempli de saints religieux, dont la vie était toute céleste. Il y venait aussi une foule de malades et d'estropiés pour recevoir du soulagement dans leur misère, parce que Dieu lui avait donné la grâce des miracles à un si haut degré, que, par sa seule

11 JUILLET.

prière, il rendait la santé à ceux qui imploraient son assistance. De là vint que beaucoup de séculiers bâtirent des maisons aux environs de Moyen-moutier, et que ce lieu, auparavant désert et inhabitable, commença à être extrêmement peuplé.

Parmi ceux qui se rangèrent sous la conduite de saint Hidulphe, on compte saint Spinule ou Spin, saint Jean et saint Bénin, dont il se servit utilement pour la propagation de la vie monastique en ces pays. Saint Erard, son frère, le vint aussi trouver et demeura longtemps avec lui.

On rapporte une chose bien admirable : Hidulphe, appréhendant que la foule, qui venait continuellement à son monastère, attirée par ses miracles et par ceux de saint Spin, son disciple, qui mourut longtemps avant lui, ne ruinât enfin l'observance régulière et ne le détournât, aussi bien que ses religieux, des exercices de la vie contemplative, s'adressa à ce cher disciple déjà décédé, et prosterné devant son tombeau, il le pria, les larmes aux yeux, et même lui commanda de cesser de faire des miracles. Aussitôt les miracles cessèrent d'être aussi nombreux : le bienheureux Spin obéit ainsi à la voix d'un homme mortel, pour nous faire connaître le mérite de l'obéissance, préférable aux plus grands miracles.

Nous ne nous arrêterons point à rapporter ici les dons que divers princes et seigneurs firent à Moyenmoutier et aux autres maisons fondées par saint Hidulphe ; sa réputation était si grande dans le pays, que tout ce qu'il y avait de plus noble et de plus distingué le regardait comme un homme venu du ciel : on s'empressait de lui témoigner du respect et de la bienveillance.

Saint Hidulphe se lia intimement avec saint Déodat ou Dieudonné, vulgairement appelé saint Dié, qui, ayant quitté l'évêché de Nevers par un motif semblable à celui de notre Saint et à celui de saint Gundelbert, évêque de Sens, fondateur de Senones, s'était réfugié dans le désert du Val de Galilée, où il avait bâti le monastère de Jointures, depuis appelé Saint-Dié, ainsi que la ville qui s'y est formée. Ce monastère fut nommé Jointures à cause de la jonction du ruisseau de Rothbach avec la Meurthe, qui s'opère dans le voisinage. Hidulphe et Dié, postés à deux lieues environ l'un de l'autre, se rendaient visite une fois tous les ans pour s'éclairer et se soutenir mutuellement dans la carrière commune de la vie spirituelle. Au jour destiné pour cette visite, ils partaient à la même heure pour venir l'un au-devant de l'autre. Lorsqu'ils s'étaient joints, ils se mettaient à genoux sur la place même de leur rencontre ; et après avoir fait oraison, il se donnaient le baiser de paix, et s'entretenaient ensuite du séjour futur de l'autre vie. Ce saint commerce dura près de huit ans. Au bout de ce terme, saint Hidulphe perdit cet excellent ami, si l'on peut dire que les Saints font une perte lorsqu'ils se laissent devancer par celui qu'ils doivent suivre dans le repos éternel auquel ils aspirent et vers lequel ils marchent.

Comme saint Dié avait recommandé sa communauté à saint Hidulphe en mourant, les religieux de Jointures ne voulurent point avoir d'autre abbé que lui. Notre Saint se vit ainsi obligé de se charger de leur conduite. Il les gouverna néanmoins sans quitter Moyenmoutier, et il mit à Jointures un vicaire, qui y fit les fonctions de prieur. Il entretint ces deux maisons dans une union admirable ; et, en l'honneur de celle qui avait existé entre saint Dié et lui, il permit aux religieux de l'une de visiter ceux de l'autre une fois l'an, tour à tour. Il continua les rudes exercices de sa pénitence

SAINT HIDULPHE, ARCHEVÊQUE DE TRÈVES.

depuis la mort de saint Dié, pendant l'espace de vingt-huit ans que Dieu le laissa vivre après son ami, avec un courage et une uniformité de conduite qui surprenait tout le monde. Il était d'une santé si robuste, que, dans sa dernière vieillesse même, il s'occupait encore du travail des mains, et gagnait ce qui était nécessaire pour subvenir à sa nourriture et à ses habits. Il avait à un si haut degré le don de composition, que son exemple seul l'inspirait aux autres, sans qu'il fût obligé de la leur prêcher. Le nombre de ses disciples s'accrut de telle sorte, qu'il se vit le père de près de trois cents religieux, dont les uns demeuraient à Moyenmoutier, les autres aux environs, dans diverses cellules. Il faut sans doute comprendre dans ce nombre ceux du monastère de Jointures, qui se considéraient comme ses véritables enfants, quoiqu'il eût toujours la modestie de les regarder comme étant à saint Dié son ami. Il eut au reste tant de tendresse pour eux, que, songeant à se décharger et à se procurer du temps, treize ans avant sa mort, pour vaquer à la contemplation, il ne voulut pas quitter la conduite du monastère de Jointures. Il aima mieux se démettre de Moyenmoutier, auquel il donna Leutbalde pour abbé en sa place. Il voulut faire voir combien lui était précieuse la mémoire d'un si saint ami, qui l'avait conjuré, par tout ce qu'il y avait de plus sacré dans leur amitié, d'avoir soin de ses disciples. Pour s'exciter à supporter la peine que lui donnait cet emploi, il se représentait sans cesse les reproches que l'ami lui ferait un jour devant Dieu, s'il n'exécutait pas sa dernière volonté avec la fidélité qu'il lui avait jurée. Il fit encore plus ; car l'abbé Leutbalde étant mort l'an 704, il reprit, à l'instance des religieux, le gouvernement de son ancienne maison, et, pendant trois ans encore qu'il vécut, il gouverna simultanément les deux abbayes. Il habitait d'ordinaire à Moyenmoutier, d'où il allait faire sa visite annuelle aux frères du Val de Galilée. Saint Dié, dans une vision, avertit saint Hidulphe de sa fin prochaine : le pieux évêque s'y prépara avec une nouvelle ferveur. Cet heureux moment arriva le 11 juillet de l'an 707. Il fut enseveli par ses religieux dans l'église Saint-Grégoire, à droite de l'autel. En 787, son corps fut transféré dans l'église de la bienheureuse vierge Marie, et placé sous un monument de pierre travaillé avec art, et recouvert de lames d'or et d'argent. Sous le gouvernement d'Adalbert, abbé du monastère de Jointures, son corps fut levé de terre et déposé dans une châsse de bois. En 1130, les religieux de Moyenmoutier le placèrent dans une châsse de la plus grande richesse. Ses saintes reliques se conservent encore aujourd'hui dans l'église de son monastère, devenue paroissiale. La châsse d'argent dans laquelle elles étaient renfermées a disparu pendant la révolution française.

On le représente : 1° assistant au baptême de sainte Odile ; 2° donnant ordre au cadavre de son disciple, Spin, de cesser ses miracles ; 3° délivrant des énergumènes : c'est sa caractéristique la plus ordinaire ; 4° ayant près de lui une mitre et une crosse, symboles de sa renonciation à l'épiscopat.

On l'invoque pour les esprits troublés, les énergumènes, contre la peste et les tempêtes.

Voir les actes de saint Hidulphe, dans l'Histoire de Lorraine, par Dom Calmet ; et les Saints du Val de Galilée, par l'abbé Guimet.

12 JUILLET.

Événements marquants

  • Naissance à Ratisbonne dans une noble famille de Bavière
  • Assistance au baptême miraculeux de sainte Odile
  • Départ pour Trèves et entrée au monastère
  • Élection comme archevêque de Trèves après Numérien
  • Translation du corps de saint Maximin
  • Renonciation à l'épiscopat pour se retirer dans les Vosges
  • Fondation du monastère de Moyenmoutier vers 674
  • Gouvernement simultané des monastères de Moyenmoutier et de Jointures (Saint-Dié)

Miracles

  • Déplacement facile d'une tombe de pierre pesant énormément
  • Guérisons nombreuses de malades et d'estropiés par la prière
  • Ordre donné au défunt saint Spin de cesser ses miracles par obéissance
  • Vision de saint Dié annonçant sa mort prochaine

Citations

Vite coelestis cupidus sancta terrena facile relinquít.

— S. Grégoire le Grand, cité en exergue