Saint Laumer
Abbé de Corbion
Résumé
Abbé de Corbion au VIe siècle, saint Laumer est une figure majeure du monachisme bénédictin. Ses reliques, transférées à Blois en 874 pour échapper aux Normands, firent de lui le protecteur de la ville où une célèbre abbaye fut fondée en son honneur. Il est reconnu pour son travail de défrichement et les miracles liés à ses sources et empreintes dans le Perche.
Biographie
RELIGUES DE SAINT LAUMER.
Le corps de saint Laumer fut enseveli dans un faubourg de Chartres, en l'église de Saint-Martin-du-Val, auprès de celui du saint évêque Lubin, mort en 556. En 595, on le transféra à Corbion. De ce monastère il fut porté dans le diocèse d'Avranches, puis au Mans et, enfin, en 874, à Blois, où les dévastations des Normands avaient obligé les moines de Corbion à chercher un refuge.
L'arrivée du corps de saint Laumer (en 874) fut un mémorable événement pour ce pays. Les habitants firent éclater les transports d'une vive allégresse, et manifestèrent leur vénération par des témoignages de piété. Les translations de reliques étaient les grandes solennités du temps ; nulle cérémonie ne remuait plus fortement les populations chrétiennes, dans ces vieux âges de foi et de ferveur. Depuis cette époque, le culte du saint abbé devint tout à fait populaire à Blois ; cinquante ans après, Raoul, roi de France et Thibault, comte de Chartres, fondèrent la célèbre abbaye de Saint-Laumer.
Les résultats répondirent aux intentions des bienfaiteurs. Les moines de saint Laumer reçurent, il est vrai, de vastes étendues de terrain ; mais ce fut pour les défricher et les mettre en culture. Les plaines fertiles, les vignobles avantageux que nous voyons aujourd'hui à l'entour de Blois, sont en partie le fruit de leurs travaux infatigables ; ils servirent en cela l'exemple de leur laborieux patriarche, que sa légende nous montre arrachant lui-même les bruyères et les ronces de Corbion, pour transformer un sol jusqu'à là improductif.
Les sciences et les lettres ne doivent pas moins à nos studieux Bénédictins ; elles ont trouvé dans leurs cloîtres un asile renommé ; leur école, au XIIIe siècle, eut la gloire de compter parmi ses élèves notre savant docteur Pierre de Blois, une des lumières de la théologie catholique. Les arts y furent également cultivés ; si l'on en doutait, il suffirait de considérer la structure du temple érigé par les enfants de saint Laumer et parvenu jusqu'à nous.
Il faudrait de longs détails pour énumérer ici les bienfaits, même temporels, du monastère bénédictin dont notre génération a recueilli l'héritage. Rappelons seulement une particularité peu connue. Au XIIIe siècle, les habitants du faubourg du Foix étaient encore serfs, taillables et corvéables à merci : eh bien ! ce furent les bons moines de saint Laumer, leurs seigneurs féodaux, qui les affranchirent spontanément ; cette mesure généreuse améliora d'une manière sensible leur condition auparavant triste et précaire. Ils n'étaient donc pas étrangers aux idées d'émancipation sociale (comme d'injustes détracteurs se plaisant à le répéter), ces pieux cénobites, que l'on a tant accusés de résister au progrès !
La dévotion aux insignes reliques de saint Laumer fut constamment le principal mobile des bonnes œuvres et des grandes choses accomplies à l'ombre d'un sanctuaire auguste. Il semblait que la possession d'un dépôt si précieux perpétuât dans cette maison l'esprit même du bienheureux abbé de Corbion, et que la violation de ce palladium sacré dût entraîner d'incalculables malheurs ; aussi, le deuil fut-il profond, lorsque, au XVIe siècle, les Huguenots eurent enlevé à la vénération publique ce corps jusque-là intact. Des mains pieuses recueillirent quelques os miraculeusement sauvés du désastre de 1568 ; mais ces derniers débris disparurent en 1793.
L'ancienne et belle abbaye de l'Ordre de Saint-Benoît dédiée à saint Laumer subsiste toujours à Blois. Les bâtiments actuels ne remontent pas à deux cent cinquante ans ; ils sont d'une belle et simple architecture, et sont devenus l'Hôtel-Dieu, hôpital civil et militaire. L'église ancienne de l'abbaye y est attenante ; elle est aujourd'hui église paroissiale, et, à l'époque du Concordat, on a substitué à son vocable primitif celui de saint Nicolas, nom d'une paroisse dont l'église a été détruite à la Révolution, et qui englobait dans son territoire l'église de l'abbaye. Ce monument est d'une architecture remarquable ; il date des XIe et XIIe siècles ; les archéologues, et je citerai entre autres le P. Arthur Martin, de regrettable et pieuse mémoire, admirent surtout l'harmonie qui règne en toutes ses parties, circonstance qu'on rencontre assez rarement, à raison des styles différents qu'on adoptait souvent dans ces gigantesques bâtisses, laissées et reprises en différentes fois. Le style dominant est la transition du plein-cintre à l'ogive ; il y a pourtant quelques points, entre autres une chapelle derrière l'abside, qui est pur roman.
De nos jours, on a commencé l'importante restauration de cet édifice trop longtemps négligé. Le patron primitif devait naturellement obtenir les prémices d'un travail considérable : saint Laumer a retrouvé, dans son sanctuaire de prédilection, une chapelle digne de lui : l'autel, les peintures, les vitraux font honneur au goût des artistes, qui ont su reproduire en abrégé la légende du Saint et l'histoire de sa pieuse maison.
La fête de saint Laumer est célébrée le 19 janvier, jour présumé de sa mort (vers l'an 594). Outre cet anniversaire, les Bénédictins avaient institué une solennité spéciale, en mémoire de la translation de ses reliques à Blois (le 23 octobre).
Le culte de saint Laumer, un peu négligé dans le Blésois depuis la Révolution, paraît s'être mieux conservé dans les localités qu'habita ce premier abbé de Corbion. Ainsi, plusieurs paroisses du pays chartrain et du Perche portent son nom, et l'honorent spécialement : en outre, des traditions respectables attestent la dévotion vivace du peuple de ces contrées pour leur vénéré patron. Nous lisons, à ce sujet, dans une publication récente, les renseignements qui suivent : « Un monument curieux, tout voisin de notre territoire chartrain, est celui de la Madeleine-Bouvet, connu sous le nom de Fontaine de saint Laumer ; ce pieux apôtre a laissé sur une grosse pierre de plus de six mètres de long sur quatre mètres de large, souchée en plein champ, la trace d'un coup de sa baguette, et sur un beau site, enchâssé aujourd'hui dans la sacristie de l'église du Pas-Saint-Laumer, l'empreinte bien figurée de son pied. Le trou de la grosse pierre garde l'eau du ciel, et forme la fontaine qui guérit de la fièvre ; le pas conservé dans l'église est vénéré des pèlerins et célébré par beaucoup de guérisons miraculeuses.
Ces souvenirs, pleins de merveilleux, annoncent au moins une grande confiance dans les mérites du bienheureux anachorète.
Surina rapporte la vie de saint Laumer au long ; les Martyrologes et surtout le Martyrologe des Saints de France, les Légendes de l'église de Chartres, et celles de Blois, font mention de lui.
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Événements marquants
- Fondation et direction du monastère de Corbion
- Mort vers 594
- Ensevelissement à Chartres (Saint-Martin-du-Val)
- Transfert à Corbion en 595
- Translation à Blois en 874 pour fuir les Normands
- Fondation de l'abbaye de Saint-Laumer par le roi Raoul et le comte Thibault
- Destruction des reliques par les Huguenots en 1568
- Disparition des derniers débris en 1793
Miracles
- Trace d'un coup de baguette sur une pierre créant une fontaine guérisseuse
- Empreinte de son pied conservée et vénérée pour des guérisons
- Sauvetage miraculeux de quelques os lors du saccage de 1568