Saint Liboire du Mans
Quatrième évêque du Mans et Confesseur
Résumé
Quatrième évêque du Mans au IVe siècle, saint Liboire fut le grand apôtre de la conversion du Maine, fondant dix-sept paroisses. Ami de saint Martin de Tours qui l'assista à sa mort en 390, il est célèbre pour la translation de ses reliques à Paderborn en 836, devenant le patron de la Westphalie.
Biographie
SAINT LIBOIRE
QUATRIÈME ÉVÊQUE DU MANS ET CONFESSEUR
Sunt nonnulla, quae ad amorem patriae calcatis plus exemplo quam praedicatione ascendunt.
Les exemples sont plus puissants que la prédication auprès d'un grand nombre pour allumer en eux l'amour de la céleste patrie. S. Greg. Mag., lib. Dialogi.
Après les désordres et les bouleversements qu'avait causés dans toutes les contrées armoricaines la présence des bandes saxonnes acharnées au pillage, à l'incendie, et surtout ennemies de la religion chrétienne, l'Évangile avait besoin d'être proclamé de nouveau, et il fallait pour ainsi dire reprendre en sous-œuvre l'apostolat de la contrée. Aussi l'épiscopat de saint Liboire est-il justement regardé comme la grande époque de la conversion de la province du Maine. Ce fut surtout par l'évangélisation des campagnes et par la conversion de leurs habitants, que cette époque fut glorieuse pour les Églises gauloises, et en particulier pour les Églises armoricaines.
La société chrétienne n'avait plus à craindre les persécutions de l'empire ; elle recevait même les faveurs du pouvoir. Dès l'origine, les chrétiens avaient volontairement porté leurs querelles devant leur évêque, mais à cette époque ils furent obligés de le faire ; de même les fonctions de défenseur, qui donnaient tant de pouvoir à celui qui en était revêtu, furent dès lors dévolues à l'évêque, et ce furent les vœux du peuple qui lui confièrent cette nouvelle dignité. Ainsi il fut désormais dans la cité pasteur et magistrat. Le premier qui nous soit connu, comme ayant exercé dans le Maine cette double fonction, est saint Liboire.
Il naquit au sein d'une famille puissante dans la Gaule, et il parut doué, dès son enfance, de dons si remarquables, que tout le monde, en l'admirant, attendait de lui de grandes choses. On le vit dès lors, plein de dégoût pour les vanités de la terre, s'appliquer à acquérir la science des choses saintes. Il trouva dans l'école catéchismale, sous la conduite de l'évêque et de son archidiacre, l'instruction qui devait le former pour être un digne conducteur du troupeau fidèle. Mais le Saint-Esprit agissait plus encore au fond de son âme, et le préparait à recevoir les grâces abondantes d'un ministère apostolique.
Il quitta l'habit séculier et tout l'éclat de la vie mondaine, où sa naissance semblait l'engager, et prit l'humble habit d'ecclésiastique, pour dire librement à Dieu qu'il était son partage, et qu'il ne souhaitait point d'autre bien que lui. Ce changement d'état lui servit d'un nouvel aiguillon pour travailler à son avancement dans la vertu. Il veillait si parfaitement sur lui-même, pour former toutes ses pensées, tous ses désirs et toutes ses actions sur les plus justes règles de la raison et de la loi de Dieu, qu'il ne lui échappait presque rien dont il eût sujet de se repentir. Il faisait continuellement la guerre à ses passions ; et lors même qu'elles ne se soulevaient
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point, il ne laissait pas de les attaquer, de les poursuivre et d'en diminuer les forces par des actes opposés et des exercices propres à les mortifier. Il s'appuyait surtout sur la bonté de Dieu qui lui donnait une constance, une fermeté et une assurance merveilleuses ; nulle tentation ne le troublait ; nulle adversité n'était capable d'abattre son courage. Il méditait souvent sur les grandes vérités du christianisme, qui imprimaient en lui de plus en plus le mépris du monde et de toutes ses vanités, et la résolution de n'avoir jamais d'autre but que de plaire à Dieu et de procurer sa gloire. Il avait pour lui un zèle et un amour incomparable ; pour le prochain une justice et une charité toujours constantes, et pour lui-même une sainte sévérité qu'il faisait paraître par sa sobriété, son abstinence, ses veilles, ses jeûnes et d'autres pratiques de la mortification chrétienne.
De si rares vertus lui acquirent une telle réputation dans tout le pays du Maine, qu'à la mort de l'évêque, il n'y eut qu'une voix dans le clergé et le peuple du Mans pour le porter sur le siège vacant. Alors on vit briller avec plus d'éclat encore tout ce que l'on avait pu attendre de sa sainteté, de son zèle et de sa science. Les jours de son épiscopat furent des jours de bénédiction pour l'Église du Mans ; le nombre des fidèles augmenta prodigieusement par la conversion des idolâtres, et l'erreur recula de plus en plus dans les ténèbres.
Cependant Liboire, destiné à accomplir de si grands travaux pour la gloire de Dieu pendant son épiscopat, avait ressenti un éloignement des plus marqués pour ce ministère. Comme le grand évêque de Tours, son ami, il avait essayé de s'y dérober, en cherchant à persuader au clergé et au peuple qu'il n'était point capable de soutenir une charge aussi pesante ; mais ce fut en vain, on était trop convaincu que c'était la volonté de Dieu. Il fallut se rendre à un choix unanime, et les évêques de la province lui imposèrent les mains.
Contraint d'accepter la dignité épiscopale, Liboire sut conserver dans le haut rang que dès lors elle donnait, l'humilité et les pratiques d'un rang inférieur. Le peuple du Mans admira son assiduité à se trouver avec les clercs de son église, pour célébrer les veilles et les heures destinées aux louanges de Dieu ; on le vit toujours assidu à offrir le sacrifice de propitiation ; au reste, il était tout entier aux exercices de piété et aux fonctions de son ministère. Une vie si parfaite et ornée de toutes les vertus contribua beaucoup à rendre ses prédications efficaces, tant pour convertir les idolâtres que pour éclairer et échauffer le zèle de ceux qui déjà avaient embrassé la vraie religion.
S'il attaquait un vice, on voyait manifestement qu'il en était exempt ; s'il exhortait à une vertu, on voyait qu'il la possédait avec éminence et dans un degré héroïque. Par exemple, tâchait-il de donner de l'horreur du vice de l'orgueil et de la présomption, on ne voyait rien, ni dans ses paroles, ni dans ses gestes, ni dans ses habits, ni dans sa table, qui se sentît de ces dérèglements ; mais partout une modestie parfaite et une humilité chrétienne qui montraient qu'il était un véritable disciple de Jésus-Christ. Disait-il avec l'Apôtre : « Ne cherchez pas la vaine gloire », on voyait qu'il ne se glorifiait jamais qu'en Dieu seul. S'il animait ses auditeurs à la libéralité et à faire l'aumône aux pauvres, parce que l'avare est l'esclave des idoles, on voyait qu'il était lui-même plein de compassion pour les misérables et qu'il s'était ôté le pain de la bouche pour le donner à celui qui avait faim. Enfin, quand il recommandait la mansuétude, parce que c'est par elle qu'on possède son âme, on voyait qu'il avait une douceur inébranlable, et nulle
affliction ni persécution ne pouvait l'aigrir ni lui donner du chagrin. Aussi, il fit de grandes conversions dans son diocèse, et, quoiqu'il fût le successeur de plusieurs Saints qui avaient très-diligemment travaillé à cette vigne du Seigneur, on peut dire, néanmoins, à son honneur, qu'il lui fit encore changer de face et qu'il l'augmenta par la réduction d'un grand nombre d'idolâtres, et la poliça merveilleusement en bannissant des mœurs des chrétiens plusieurs dérèglements que le soin des premiers évêques n'avait pu retrancher.
Il eut cela de particulier, entre tous les grands prélats de son temps, qu'il s'appliqua avec un zèle extraordinaire à tout ce qui appartenait au culte religieux que l'on doit rendre à Dieu : c'est pourquoi, excepté le peu qui lui était nécessaire pour sa subsistance et celle de sa famille, et ce que sa miséricorde et sa libéralité lui faisaient donner aux pauvres, il employait tout le reste de son patrimoine et des revenus de son diocèse et des donations des fidèles à bâtir de nouvelles églises, à orner les anciennes et à leur fournir les livres et les vases sacrés qui leur étaient nécessaires, à y multiplier le nombre des chantres et des autres officiers du chœur et à augmenter, autant qu'il pouvait, la majesté des cérémonies ecclésiastiques. Son but, dans la construction des nouvelles églises, n'était pas seulement de multiplier le service de Dieu, qui ne peut jamais être assez loué, mais aussi de pourvoir à la commodité et au salut des fidèles, afin qu'ayant leurs églises et leurs prêtres auprès d'eux, sans être obligés de faire beaucoup de chemin, ils n'eussent aucun prétexte de se dispenser de l'usage fréquent des Sacrements, de l'assistance aux divins offices et de l'assiduité à écouter les sermons, les catéchismes et les saintes conférences qui leur seraient faits sur l'observance des commandements de Dieu. Dans cette vue, il fonda durant son épiscopat dix-sept paroisses différentes, dont les noms sont marqués dans son histoire ; il les fournit de tous les meubles sacrés dont une paroisse a besoin ; il y institua des prêtres et des clercs inférieurs, afin que les divins offices y fussent célébrés jour et nuit aux heures convenables. Mais, voulant que ces églises reconnussent à perpétuité la dépendance qu'elles avaient de son église cathédrale, il les obligea de lui payer chacune tous les ans une livre de cire et deux livres d'huile, pour aider à entretenir le feu de la lampe.
Saint Liboire fut quarante-deux ans évêque, pendant lesquels on dit qu'il fit quatre-vingt-seize ordinations ; ordonna deux cent dix-sept prêtres, cent soixante-seize diacres, quatre-vingt-treize sous-diacres et autant de clercs qu'il en était nécessaire pour les ministères ecclésiastiques. Il jouissait de l'estime, non-seulement de son clergé, mais aussi de tout son peuple, de ses diocésains, des bons prélats et de toutes les personnes pieuses de son temps. Ce qui est admirable en lui, c'est que le soin de plaire à Dieu ne l'empêchait pas de se faire aimer du prochain, et que l'application à contenter les hommes ne l'empêchait pas de se rendre irréprochable devant Dieu. De sorte qu'on peut justement lui appliquer l'éloge que l'Écriture sainte donne à Zacharie, père de saint Jean-Baptiste, qu'il marchait dans toutes les justifications de la loi du Seigneur, sans donner sujet de plainte à personne. Mais son sacerdoce était élevé au-dessus de celui de ce saint vieillard, autant que la vérité surpasse la figure et que la lumière de la loi de Jésus-Christ surpasse les ombres de la loi ancienne.
Enfin, ce glorieux prélat apprit par révélation qu'il jouirait bientôt de l'héritage céleste. Saint Martin, le grand thaumaturge, était alors archevêque de Tours, dont l'évêché du Mans est suffragant. Comme il était en
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oraison, un ange lui apparut de la part de Dieu et lui ordonna d'aller au plus tôt au Mans rendre visite à Notre-Seigneur qui était malade. Il comprit ce que cela signifiait, et que Notre-Seigneur ne pouvant pas être malade en lui-même, il l'était dans la personne de notre saint prélat, un de ses plus précieux membres mystiques. Il partit donc aussitôt, et, en arrivant dans cette ville, il rencontra dans une vigne le sous-diacre Victor, qui travaillait en chantant les louanges de Dieu. Le Saint-Esprit lui fit connaître que c'était lui que sa Providence avait choisi pour succéder à saint Liboire : il le salua en cette qualité et lui donna son bâton. Ensuite il entra dans la ville et monta à la chambre du malade. On ne peut exprimer la joie qu'eut saint Liboire de voir auprès de lui cet homme incomparable qui était le prodige et l'admiration de son siècle. Quoiqu'il fût presque à l'agonie et qu'il vît déjà le ciel ouvert pour le recevoir, il ne laissa pas de s'entretenir encore un peu avec lui comme avec un ange terrestre dont la sainteté égalait celle des intelligences bienheureuses. Mais, quel fut cet entretien, et quelles furent les dispositions de ces grands capitaines des armées du Seigneur, qui avaient l'un et l'autre triomphé du monde, du démon, du péché et de l'idolâtrie ; qui ne se voyaient alors que pour se quitter dans un moment, l'un allant recevoir la récompense de ses travaux, et l'autre devant encore demeurer quelque temps sur la terre pour la consolation et la défense du peuple chrétien ? C'est ce que nous n'entreprenons pas de décrire ici, parce que, comme l'a dit le premier auteur de cette vie, il n'est donné à personne de le rapporter dignement. Notre saint prélat rendit son âme à Dieu, en présence de saint Martin, le 9 juin 390. Son corps fut enterré avec beaucoup de solennité par le même saint archevêque, dans l'église abbatiale des saints Apôtres, qui a porté depuis le VIIIe siècle le nom de Saint-Julien du Pré, et qui est encore l'une des églises de la ville du Mans.
On représente saint Liboire : 1° portant sur un livre ou sur sa main quelques petites pierres presque imperceptibles : nous ne voyons pas trop la raison de cette caractéristique, à moins que ce ne soit pour rappeler qu'on l'invoque contre les douleurs causées par la pierre et la gravelle ; mais alors il nous resterait à connaître la raison de cette invocation ; 2° ayant quelquefois près de lui un paon : lorsque, en 836, on transportait ses reliques du Mans à Paderborn, un paon, dit-on, vola devant ceux qui portaient son corps, comme pour leur indiquer le chemin.
## CULTE ET RELIQUES.
Les reliques de saint Liboire reposèrent dans la basilique des Douze-Apôtres jusqu'à l'année 536. Elles furent alors levées du sarcophage, où saint Martin les avait renfermées, par l'évêque du Mans saint Aldric. Voici à quelle occasion : l'évêque de Paderborn, en Saxe, ayant envoyé une célèbre ambassade à saint Aldric, pour lui demander un des corps saints dont son Église était enrichie, afin que la présence de ces reliques fortifiât dans la foi les Saxons, qui étaient tout nouvellement convertis à Jésus-Christ, ce saint prélat, du consentement de son clergé et des magistrats de la ville, lui accorda celui de saint Liboire. On dit qu'à l'ouverture de son cercueil, il en sortit une odeur si agréable, qu'elle embauma tous les assistants. Une femme aveugle y reçut à l'heure même le bienfait de la vue, et un démoniaque, que sa mère avait traîné de force à cette cérémonie, fut délivré des mauvais esprits qui le possédaient. Un boiteux et un muet, qui approchèrent de la caisse où on enfermait les reliques, furent soulagés de leurs infirmités. Un jeune homme hideux et contrefait, qui avait plutôt la figure d'un monstre que d'un homme, s'étant mis à genoux pour faire sa prière, ne se releva qu'en parfaite santé et ayant le corps droit et de belle taille. Tout le monde courut en foule pour voir tant de miracles, pour implorer l'assistance du saint Confesseur, et pour accompagner ses dépouilles sacrées avec honneur.
Les Saxons, les ayant en leur possession, prirent leur route par Yvré, où un homme sourd et muet reçut la guérison. De là, ayant traversé la rivière d'Huiane, ils passèrent par Saint-Mars de
LE BIENHEUREUX JEAN CASSIEN, PRÊTRE. 625
la Brière, où plusieurs malades recouvrirent la santé. Le bruit de tant de prodiges se répandant peu à peu, tous les peuples des campagnes voisines accouraient sur le passage, et il se fit partout de grands miracles. À Conneré, près de quatre-vingts personnes affligées de divers maux furent guéries ; entre autres, une femme noble possédée du malin esprit, un paralytique et un homme tout estropié. À Chartres, l'évêque Bernuinus, avec tout son clergé et une foule immense, vint au-devant de ce dépôt sacré, et le mit dans l'église de Saint-Chéron, où une jeune fille qui avait le corps tout contrefait fut heureusement rétablie. À Paris, il fut déposé avec beaucoup de révérence dans la cathédrale ; une femme qui était sourde, muette et possédée, fut délivrée de tous ces maux. Ce serait une chose infinie de rapporter tous les miracles que saint Liboire fit en chemin. Plusieurs personnes dévotes l'accompagnèrent jusqu'au Rhin.
Il fut reçu des Saxons avec une allégresse et une ferveur incroyables. Ils le portèrent en triomphe dans Paderborn, où il fit tout de nouveaux prodiges, que la plupart des infidèles se convertirent à la foi : on peut dire qu'après sa mort il fut l'apôtre de Westphalie. On le plaça avec honneur dans un lieu éminent de l'église cathédrale, dont il a toujours été reconnu depuis ce temps-là pour patron et pour titulaire.
Les reliques de saint Liboire reposent toujours dans l'église cathédrale de Paderborn dont il est le patron ainsi que de tout le diocèse. Son culte jouit d'une grande célébrité dans toute la Westphalie, dans l'Italie et à Rome où plusieurs autels lui sont dédiés. On célébrait autrefois la fête de sa translation le 29 avril, et aujourd'hui l'Église du Mans fait sa solennité le 23 juillet.
Nous avons empêché cette biographie avec l'Histoire de l'Église du Mans, par Dom Piatin.
Événements marquants
- Naissance dans une famille puissante de Gaule
- Renoncement à la vie mondaine et entrée dans l'état ecclésiastique
- Élection unanime au siège épiscopal du Mans
- Évangélisation des campagnes du Maine et fondation de dix-sept paroisses
- Visite de saint Martin de Tours à son chevet
- Mort en présence de saint Martin
- Translation des reliques à Paderborn en 836
Miracles
- Guérison d'une femme aveugle lors de l'ouverture du cercueil
- Délivrance de démoniaques
- Guérison de sourds, muets, boiteux et paralytiques sur le chemin de Paderborn
- Un paon guidant le convoi des reliques vers la Saxe
Citations
Sunt nonnulla, quae ad amorem patriae calcatis plus exemplo quam praedicatione ascendunt.